‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 3)Chapitre 89 sur 134 · MOYENNES DES MAXIMA · texte numérisé non relu

MOYENNES DES MAXIMA

Localités

Nov.

Déc.

Janv.

Fév.

•Ségou

Patiana

Koulikoro

L’air est sec. Il ne pleut que très exceptionnellement. La rosée ne se forme plus que dans les plaines basses.

Dès le début de novembre l’harmattan ou vent de l’Est, vent desséchant venant en réalité du Nord-Est, commence à souffler à la surface du sol, et tue la végétation herbacée.

C’est pendant cette saison que se récolte le coton. En décembre et au commencement de janvier un très grand nombre de végétaux ligneux perdent leurs feuilles, et la brousse prend de ce fait un aspect particulier rappelant celui de nos bois de France à la fin de l’automne. Beaucoup d’arbres fleurissent en janvier et février : karité, pterocarpus erinaceus, cordyla africana, eriodendron anfractuosum, bombax buonopozense, etc. D’autres mûrissent leurs fruits.

4° Une période de transition, généralement dans le courant de mars, plus rarement en février. La température s’élève. L’atmosphère est un peu plus humide. Il tombe parfois quelques pluies fines mais d’assez longue durée. Les bourgeons éclatent, il se produit un départ de la végétation vivace, mais les plantes annuelles ne germent pas. C’est ce que les Européens désignent parfois sous le nom de petit hivernage. La moyenne des minima observés en mars est 2I°3 pour Ségou, 24°3 pour Patiana, 21 degrés pour

Koulikoro; celle des maxima, 41°2 pour Ségou, 37°9 pour Patiana et 37°3 pour Koulikoro.

5° Une saison sèche et très chaude de fin février ou fin mars au commencement ou au milieu de mai. Les pluies sont rares et faibles, elles font parfois absolument défaut. La moyenne des minima observés en avril est23°4 pour Ségou, 24°7 pour Patiana, 24°3 pour Koulikoro; celle des maxima, 41°7 pour Ségou, 36°9 pour Patiana et 38°5 pour Koulikoro. Le thermomètre à maxima marque souvent plus de 40°, bien que le thermomètre à minima puisse encore descendre vers 20° pendant les nuits les plus fraîches. La variation de température est de 15 à 20° en 24 heures quand il ne pleut pas. Le sol est partout absolument desséché : malgré cela les indigènes commencent à préparer leurs champs pour les semailles prochaines. De nombreux a-rbres ou arbustes fructifient : parkia, renier, prunier mombin, baobab, fromager, etc.

G° Une période de transition dans le courant de mai généralement. La température est analogue à celle de la saison précédente, mais le temps est souvent orageux. 11 se forme de nombreuses tornades sèches : coups de vent violents et imprévus, tourbillons de poussière, orages avortés. Les pluies hivernales commencent, mais ordinairement sont encore peu importantes. La moyenne des minima observés en mai est 25°8 pour Ségou, 25°3 pour Patiana, 25° pour Koulikoro; celle des maxima, 41°9 pour Ségou, 3G°2 pour Patiana et 37°6 pour Koulikoro.

En résumé, le climat de la région envisagée n'a rien de ce qui caractérise le climat dit intertropical, une chaleur élevée mais constante et uniforme, et un air en toutes saisons plus humide que dans les régions tempérées. Le vent sec qui s’établit après les dernières pluies est doublement défavorable à la végétation, par lui-même et par les variations excessives de température qu’il provoque en augmentant le rayonnement nocturne.

La chute totale de pluies, qui, comme il a été dit plus haut, varie de 0m 70 à l,u 30 suivant les localités et les années, serait généralement suffisante pour assurer d’abondantes récoltes si elle était régulièrement répartie. De longues périodes de sécheresse sévissent malheureusement souvent au début ou à la fin de l'hivernage, contrariant l'exécution des semailles, tuant les semis ou arrêtant prématurément la fructification.

Le tableau de la page 172 indique en millimètres les moyennes mensuelles des quantités tombées sur les trois localités où des observations ont été faites.

Ces chiffres ne présentent qu'un intérêt relatif au point de vue agricole. Il importe surtout au cultivateur de connaître les quantités minima sur lesquelles il peut compter et la façon approximative dont elles seront réparties. Le tableau ciaprès, qui donne pour chaque mois les quantités d’eau tombées à la station agronomique de Koulikoro, du 1er janvier 1910 au 31 décembre 1919. fixera déjà dans une certaine mesure les idées sur

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ces deux points. II est facile de se rendre compte par son examen des variations que présente d’une année à l’autre le début de la saison des pluies. En 1911, 1912, 1915, 1916, plus de 40 millimètres d’eau étaient recueillis dès avril; en 1913 et 1914 cette hauteur de pluie n’était pas encore atteinte au 31 mai. D’autre part, si en 1910, 1911, 1912, 1914, 1915 et 1918 le total mensuel a crû d'une façon progressive de mai à juillet, en 1916, 1917 et 1919 la chute de pluie de juin était inférieure à celle de mai, et en 1913 celle de juillet était inférieure à celle de juin. En 1911, pour une chute totale de 862 millimètres, 158 millimètres étaient recueillis en juin; en 1916, sur une hau-

des pluies d’octobre, réduisant la surface ensemencée, affaiblissant et décimant les jeunes plants et diminuant ainsi beaucoup le rendement total des cultures.

La même irrégularité se constate à la fin de l’hivernage : 247 millimètres d’eau ont été recueillis en septembre-en 1910,268 millimètres en 1917, 234 millimètres en 1919; pour le même mois, la chute de pluie a atteint seulement 62 millimètres en 1911, 80 millimètres en 1913. La dernière pluie supérieure à 3 millimètres a été observée le 25 septembre en 1917, le 18 octobre en 1918. En 1919 une pluie de 10 millimètres est encore tombée le 25 octobre, mais du 21 septem-

Localités

Total

Ségou

Patiana

Koulikoro (1910 à 1911) inclus).

tielev é mensuel des hauteurs d’eau tombées à la station agronomique de Koulikoro

De 1910 à 1919 (en millimètres) (observateurs : MM. Houard et Andrieu).

Mois

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin.

Juillet

Août

Septembre . . . .

Octobre

Novembre ....

Décembre ....

Totaux. .

teur de 944

millimètres,

l’apport du

même

mois

bre à cette date il

n’était

tombé que

8 milli-

ne comptait que pour 54 millimètres.

Ces irrégularités deviennent beaucoup plus frappantes si l’on examine non plus les totaux mensuels, mais les relevés journaliers. J’ai sous les yeux ceux de la station agronomique de Koulikoro pour 1917, 1918 et 1919 (observations de M. l’inspecteur d’agriculture Andrieu); si j’élimine les pluies inférieures à 3 millimètres, qui ne compensent même pas l’évaporation du sol nu en 24 heures, je compte du 1er mai au 31 juillet :

•1» En 1917 : 10 jours sans eau du 18 au 27 mai inclus; 10 jours de sécheresse du 5 au 14 juin; 9 jours du 16 au 24 du même mois :

2° Eu 1918 ; 8 jours sans eau du 30 juin au 7 juillet;

3° En 1919 : 13 jours de sécheresse du 10 au 22 mai; 8 jours sans eau du 3 au 10 juin; 8 jours de sécheresse du 18 au 25 du même mois.

mètres!

Il convient que le mois de septembre ne soit pas trop pluvieux, car des pluies prolongées déterminent la coulure des céréales, mais une lin prématurée de l’hivernage n’en est pas moins très préjudiciable aux récoltes : les cultures en retard, comme celles portées par des sols de constitution physique défavorable, ne fructifient pas, les autres ne donnent que des rendements très réduits.

Il est permis d’affirmer, pour conclure, que dans la contrée à laquelle se rapportent ces notes, des irrigations données à la terre au moment des semis et en fin d’hivernage (du 15 septembre ou du 1er octobre, suivant les années, au 15 novembre), suffiraient pour régulariser et pour le moins doubler la production totale.

Ces périodes irrégulières de sécheresse survenant à un moment où le sol n’a pas encore reconstitué sa réserve d’eau, gênent au plus haut point le cultivateur, l’obligeant fréquemment à recommencer les semailles, parfois si tardivement que la récolte ne peut être sauvée que par

Principales productions d’origine végétale.

Quoi qu’il en soit, quand les circonstances climatériques n’ont pas été exceptionnellement défavorables, les cercles de Ségou, de San et de Koutiala, produisent déjà sans irrigations des

récoltes abondantes en produits variés. Les principales productions agricoles de ces circonscriptions peuvent être classées comme il suit :

1° Produits vivriers :

a) Céréales : sorgho ou gros mil; mil à chandelles ou petit mil; riz; maïs.

b) Légumineuses ; voandzou ou pois souterrain ; doliques de Chine.

c) Racines et tubercules: manioc doux; patate.

zones d’inondation périodique au moment du retrait des eaux; b) sorghos cultivés à la faveur des pluies, en terres non arrosées par les inondations. Seuls ces derniers sont cultivés sur des surfaces importantes dans les provinces dont je m’occupe en ce moment. Les principales variétés que l'on y rencontre sont le kéninké, le kendé, le nioblé et le nionifi. Le nionifi, le moins apprécié, est spécialement utilisé pour la nourriture des

Afrique Française.

Cours d'eau toujours navigables pour les chalands de dzonnes Cours d'eau navigables aux hautes eaux.

Cours d 'eau non-navigables Chemin de Kay es au Niger Voie Decau ville ! Segou -Banil Coûtes principales.

Reproduction interdite.

2° Oléagineux: arachide; sésame; karité; ricin.

3" Textiles : coton ; da.

4" Divers : indigo; gousses tannantes; tabac.

1° Produits vivriers.

Comme chacun sait, les sorghos ou gros mils, sont des graminées annuelles à tige fortement articulée, atteignant 2 à 3 mètres de hauteur. Leurs graines ont de 2 à 3 millimètres de diamètre; elles sont plus ou moins arrondies, de couleur blanchâtre, jaunâtre ou rougeâtre, revêtues de deux glumes écailleuses, et réunies en panicules. On peut diviser les sorghos du Haut- Sénégal-Niger en deux grandes catégories suivant leur mode de culture : a) sorghos cultivés dans les

animaux. Le kéninké et le kendé constituent avec le mil à chandelles (sanio et souna), et le riz dans certaines provinces, la hase de l'alimentation des indigènes Toutes les variétés sont utilisées pour la préparation d'une boisson fermentée, le « dolo ».

Les Bamharas et les Markas cultivent en outre, mais seulement sur une échelle restreinte, un sorgho tinctorial et un sorgho sucré.

Comme les sorghos, les mils à chandelles présentent plusieurs variétés, dont la plus hâtive, le « souna », peut se récolter après moins de trois mois de végétation. Moins riche que celui du sorgho en amidon, le grain du mil à chandelles (petit mil) est par contre plus riche en matières azotées, en matières grasses et en sels minéraux.

Le gros mil n'est pas inconnu sur les grands marchés d’Europe, où déjà avant la guerre il en

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arrivait parfois de notables quantités. En Angleterre, où il atteignait (à Liverpool) des cours voisins de ceux du maïs, il était utilisé surtout pour l'entretien de la volaille, mais c’est là le moindre des emplois dont il est susceptible. Des recherches chimiques et des essais techniques poursuivis en Angleterre, en France et en Italie, ont montré qu’il peut trouver en Europe des utilisations très variées, dont voici les principales :

1° Il pourrait dès maintenant et avec avantage être substitué au maïs pour la distillation, et, quand certaines difficultés techniques auront été surmontées, pour ls brassage et pour l’extraction de l’amidon ou du glucose. M. P. Ammann a établi, par des fermentations laites au Jardin colonial de Nogent, que cette graine peut donner, et cela sous un faible volume de matière première, facile par conséquent à manipuler, un rendement de 30 % en alcool. Mais les conditions de fermentation sont très dilîérentes dans les pays chauds; les levures ne travaillent pas d’une façon aussi complète, les ferments étrangers, surtout le ferment acétique, prennent par contre un développement considérable et abaissent d'autant le rendement en alcool. Il serait utile de faire sur place des essais de fermentation portant sur les diverses variétés de grain de sorgho, en employant le procédé Boulard, dans lequel lasaccharification est faite par un mucor beaucoup plus résistant aux infections que celui de Calmette.

2°) Des essais faits sous la direction de M. le professeur Douglas Gilchrist, de l'Université de Durham, en en confirmant d’autres faits en Autriche en 1910 avec du sorgho du Soudan comparativement avec du maïs de Hongrie, ont prouvé qu’en ce qui concerne la production du lait et le pourcentage de beurre dans celui-ci, le sorgho a exactement la même valeur que le maïs pour l’alimentation des vaches laitières.

3° D’une façon générale, le sorgho peut être avantageusement employé pour l’alimentation du gros et du petit bétail; légèrement broyé, il semble spécialement indiqué pour l’engraissement des moutons en hiver (South Eastern Agricultural College); il peut aussi être donné aux chevaux, soit seul, soit en mélange avec l’avoine.

4° Enfin, ceci d’après un article de Y Agricultura Coloniale (1913, 9, 217) qui a résumé des expériences sur l’utilisation du sorgho pour la boulangerie faites en Italie à différentes époques, le pain fait de farine de sorgho mélangée avec 23 % de farine de blé a tous les caractères du bon pain. Son goût est excellent, et supérieur à celui du pain de seigle, de riz ou de pomme de terre. Le pain fait de farine de sorgho sans addition de farine de froment est de bonne qualité et de goût agréable, et supérieur à différents points de vue au pain de seigle et de maïs.

Au point de vue cultural, le sorgho présente de grands avantages sur le maïs, dont on encourage la production dans certaines colonies africaines : il résiste mieux à la sécheresse, et, sous le rapport du sol, est moins exigeant et moins épuisant.

Il ne peut pas être question de fixer la valeur du mil suç place par l’établissement du prix de revient. Comme je l’ai dit plus haut, le sorgho constitue la base de l'alimentation de l’indigène, qui au début de la saison des pluies en ensemence la plus vaste surface possible. Si la récolte est bonne, il y a surproduction et le prix du grain tombe très bas (parfois 0 fr. 03 le kilogramme dans les centres de production), pour se relever peu à peu et atteindre 0 fr. 15 et 0 fr. 20 vers mai etjuin. Souvent, malheureusement, la chute de pluie est insuffisante, excessive ou mal répartie, ou les insectes (pucerons, criquets) causent d’irrémédiables ravages ; la récolte est alors déficitaire et les cours sont 2, 3 et 4 fois plus élevés qu’en année normale.

Les rizières qui occupent des surfaces si importantes au Sud de Bamako, dans les vallées du Niger et de ses aflluents. et, surtout, au Nord de la ligne Sansanding-San dans le Delta central du lleuve, sont relativement rares dans la zone intermédiaire. Cela tient évidemment à ce que les plaines périodiquement inondées y sont beaucoup moins étendues. Des essais faits par M. l'inspecteur d’Agriculture Andrieu à Koulikoro, où ce fonctionnaire a obtenu sans fumure trois récoltes successives avec des rendements variant de 1.500 à 2.500 kilogrammes à l’hectare, sur un emplacement abondamment arrosé par les eaux d'un marigot détournées au moyen d’un barrage rustique, ont montré que la culture du riz deviendrait très rémunératrice dans cette partie de la vallée du Niger si les rizières pouvaient être irriguées d’une façon régulière par simple gravitation. Les habitants de Koulikoro cultivent déjà, sur des surfaces beaucoup trop restreintes malheureusement, une série de riz blancs égaux en qualité aux plus belles variétés de Java, et qui, produits en quantités suffisantes, seraient certainement accueillis avec faveur sur le marché français.

Le maïs soudanais a un grain corné, dur, ce qui en rend le pilage malaisé; pour cette raison, et aussi parce que cette céréale exige un sol de très bonne qualité et est épuisante, les Bambaras n’ont pas donné à sa culture l'extension qu elle semblerait mériter. L’irrigation de leurs champs leur permettrait de cultiver des variétés à grain tendre à grand rendement.

Jusqu'à ce jour le blé n’est cultivé que dans une faible partie de la vallée du Niger (circonscriptions administratives deGoundam, Tombouctou et Bamba), où il est ensemencé en saison sèche et froide, dans des sortes de jardins irrigués artificiellement, ou, plus rarement (Faguibine), dans des terres fertilisées par l'inondation sans l’intervention de l’homme. Comme pour le riz blanc et le maïs tendre, l’extension de la culture de cette céréale dans les plaines situées entre le Niger et le Bani est subordonnée à l'exécution des travaux qui en permettraient l'irrigation.

Le manioc s’accommodede terres naturellement médiocres ou épuisées par la culture continue des céréales sans assolements, ni fumures ; pour cette raison, les cultivateurs des environs de Ségou lui consacrent une grande partie de leurs champs, cultivés d’une façon intensive depuis une époque reculée et qui ne donnent plus aujourd’hui que de maigres récoltes de grains.

Cette plante présente en outre l’avantage de supporter aussi bien la sécheresse qu’une humidité excessive. Elle peut donner un rendement de vingt tonnes de tubercules à l’hectare.

La patate est surtout cultivée dans les alluvions profondes et fraîches. Elle se multiplie très facilement par boutures et comme sa végétation est rapide, elle ne réclame que peu de sarclages. Elle donne généralement à l'hectare de 10 à 20 tonnes de tubercules, qui, comme le manioc, pourraient fournir de l’alcool industriel à un très bas prix de revient.

Les doliques de Chine et le voandzou présentent un intérêt particulier au point de vue agri cole en raison de la propriété d’utiliser l’azote de l’air qu’ils partagent avec la plupart des légumineuses. Les doliques de Chine, plus connus au Soudan sous les vernaculaires de « niébé » ou de « sosso », sont de petits haricots, rampants ou grimpants selon les variétés. Les Bambaras les cultivent à la fois pour la graine, qui joue un rôle important dans leur alimentation, et pour en utiliser les parties herbacées comme fourrage sec. Le voandzou est une papilionacée herbacée mûrissant en terre des gousses courtes, analogues à celles de l’arachide. La graine a la grosseur de celle de l’arachide; elle est de couleur jaunâtre, rougeâtre ou violette, le plus souvent panachée. Elle est très nourrissante, surtout très riche en acide phosphorique.

Le soja jaune hâtif, qui a été cultivé avec succès à Bamako et à Koulikoro, pourrait jouer le rôle améliorant propre aux légumineuses dans les terres trop humides pour permettre la culture des doliques, du voandzou ou de l’arachide. Cette papilionacée pourrait notamment être avantageusement assolée avec le da et avec certaines variétés de riz. Malheureusement la graine de soja doit subir une fermentation spéciale avant d’être consommée, ce qui met obstacle à la diffusion de son emploi chez l’indigène.

2" Oléagineux.

Dans le llaut-Sénégal-Niger, l’ arachide n’est guère cultivée au-dessus de 15° de latitude, mais partout ailleurs on en rencontre des plantations d'une certaine importance. Les indigènes savent extraire de la graine de l'huile pour les besoins des Européens de la colonie; ils l’emploient aussi pour la fabrication d’un savon grossier, la consomment au naturel et la font entrer dans la composition de certains mets.

Dans la partie de la vallée du Niger comprise

entre Kénenkou et la zone d’inondation périodique, la culture de l’arachide trouve des conditions naturelles très favorables à son extension, qui a malheureusement été retardée jusqu’à ce jour par l'arrêt du rail dans le couloir rocheux de Koulikoro. A l’heure actuelle, les agriculteurs de cette contrée, abstraction faite seulement de ceux des environs de Ségou, ne peuvent écouler leurs produits qu’en les vendant à des sous-traitants, qui les payent des prix très bas, tenant compte, non seulement des bénéfices souvent excessifs qu'ils désirent se réserver, mais encore des manutentions dispendieuses nécessitées par l’expédition sur Bamako. C’est ainsi que le 27 janvier dernier les arachides qui étaient payées à Bamako 0 fr. 50 le kilogramme, n'étaient prises qu'à raison de 0 fr. 175 à Tamani, escale du Niger reliée à Bamako par 110 kilomètres de lleuve et 57 kilomètres de voie ferrée.

Le prolongement de la voie ferrée jusqu’à Nyamina d'une part et jusqu'au Bani de l’autre, et la création de centres de décorticage à San, Ségou, Nyamina et Kénenkou, permettraient à ces escales d’exporter le précieux oléagineux par dizaines de milliers de tonnes.

Le sésame est cultivé par les Markas et les Bobos des cercles de San et de Bandiagara, qui en utilisent à la fois l’huile et le tourteau pour la cuisine. Bien qu’elle ne soit pas encore l’objet d'un trafic important, on en voit fréquemment la graine sur les marchés des régions productrices. L’huile n'est généralement pas extraite en vue de la vente, mais il est cependant possible de s’en procurer de petites quantités à des prix avantageux. Avant la guerre le prix de l’huile de sésame ne dépassait pas à San 0 fr. 50 le litre.

Un échantillon de sésame de San expertisé par les soins du Jardin Colonial a donné lieu aux appréciations suivantes :

Etude chimique : eau 4,40 0/0; matière grasse 48,54 0 0.

Expertise commerciale : ce sésame donue uue huile de qualité moyenne (39 à 40 0/0).

Par contre, un échantillon provenant du sud du cercle de Ségou et qui contenait 55 % de matière grasse pour 3,46 % d'eau, a pu être comparé aux meilleures provenances des Indes, et coté à 40 francs les 100 kilogrammes aux cours des premiers mois de 1 année 1911.

Pour répondre aux demandes pressantes de l’Aéronautique militaire, pour laquelle l’huile de ricin était un lubrifiant indispensable, l’administration locale a fait, en 1917 et 1918, de gros efforts en vue de développer la culture de cet oléagineux dans les cercles du Haut-Sénégal-Niger les plus favorisés au point de vue des facilités d’évacuation. La fin des hostilités a arrêté les achats officiels, et le commerce, trouvant à employer ses capitaux plus avantageusement, a dédaigné le nouveau produit que les cultivateurs, certains de ne pouvoir le vendre, ne prennent même plus la peine de récolter aujourd’hui. Il n’en reste pas moins acquis que les meilleures

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variétés de ricin poussent vigoureusement dans le i Haut-Sénégal-Niger, notamment sur le territoire de la Résidence de Barouéli (cercle de Ségou), où de belles plantations avaient été créées.

En attendant que la culture de l’arachide ait pris dans les cercles de Ségou, de San et de Koutiala la place qui lui revient, la noix de karité reste le produit oléagineux le plus important de ces divisions administratives. Les cotylédons des graines fournissent aux Soudanais un beurre végétal qu’ils utilisent pour la préparation de leurs aliments, l'éclairage des cases, la fabrication du savon et comme cosmétique.

Tel qu’on le trouve sur les marches du Soudan, le beurre de karité possède une odeur spéciale désagréable. Des essais d'épuration, faits à Marseille dans les usines de MM Rocca, Tassy et de Roux, ont fourni un beurre blanc,' ferme, débarrassé de toute àcreté désagréable, constituant un produit de tout premier ordre, capable de figurer avantageusement dans la consommation européenne, soit seul, soit mélangé au beurre de coco, dont il atténue la trop grande fluidité.

L’épuration est rendue délicate par la présence d’une certaine quantité de matière insaponifiable provenant du latex des graines (jusqu’à 7 et 8 0/0 pour certains échantillons). Les beurres sont d’autant plus impurs qu’ils ont été fabriqués avec des noix ayant subi une fermentation plus complète, la quantité de latex pouvant passer en solution dans le beurre à la faveur de cette fermentation étant plus forte. D’autre part, les beurres extraits à la presse de noix fraîches filtrent plus difficilement que les autres et ont un aspect légèrement gluant ; ils ont aussi une légère coloration verte. Il est probable que le latex qui n’a pas été coagulé, cède à la matière grasse un plus grand nombre de principes qu’il n’en cède après coagulation. C’est donc en triturant des noix sèches, mais non fermentées, que l’on obtiendra le produit le plus pur.

11 y a une douzaine d’années, le beurre de karité était surtout utilisé en Europe pour la fabrication des bougies, et aussi dans la savonnerie, bien qu’il soit moins propre à ce dernier emploi. Avant la guerre il était, en outre, de plus en plus employé en mélange avec d’autres graisses végétales, comme succédané du beurre ordinaire, de la margarine et des beurres de coco, et pour la fabrication de chocolats bon marché. Il trouvait aussi un emploi important dans la pâtisserie. Les amandes étaient triturées, presque en totalité, en Belgique, en Hollande et en Allemagne, dans les fabriques de margarine des maisons Félix de Bruyn, van Jurgens et van den Bergh. L’état de guerre a fait disparaître cette industrie. En raison du développement pris ces dernières années par l’industrie de l’hydrogénation des corps gras, il est impossible de préciser quels seront dans l’avenir les débouchés ouverts au beurre de karité. Il est permis d’espérer, étant donné la variété des applications dont il est susceptible,

qu’il restera longtemps très demandé sur les marchés d’Europe.

Les noix, amandes et beurre de karité exportés par le Haut-Sénégal-Niger, proviennent pour la plus grande partie des cercles de Ségou et de San. Malgré la guerre, les exportations de ces produits s’élevaient à 2.395 tonnes en 1914, 1.785 tonnes en 1915, 1 228 tonnes en 1916, et 234 tonnes en

Les exportations qui, avant la guerre, se faisaient surtout sous forme d’amandes sèches et vers l’Europe, se font actuellement sous forme de beurre, sur le Sénégal, où la hausse vertigineuse des arachides a entraîné l’élévation des cours de tous les corps gras alimentaires. Tout le beurre exporté jusqu’à ce jour du Haut-Sénégal-Niger a été fourni par l’industrie indigène, dont les procédés présentent le triple inconvénient d’être très longs, de laisser dans les résidus la moitié au moins de la matière grasse, et de donner un produit d’odeur désagréable. Il serait cependant très facile d’extraire sur place cette matière grasse d’une façon plus rationnelle, à l’aide d'un broyeur et d’une presse. On trouvera dans l’ouvrage le Karité et ses produits, Paris, 1911, deux projets d’huileries coloniales pour karité, établis par des constructeurs de Marseille.

Une des raisons qui ont retardé l’industrialisation de l’exploitation des innombrables peuplements de karités du Niger-Moyen, a été la difficulté de trouver pour le produit un emballage pratique et bon marché. Le beurre de karité exige, en effet, des récipients absolument étanches, car, malgré son point de fusion élevé, il fond en partie dans la cale des navires et arrive même à suinter des tonneaux, avariant tout ce qui l’avoisine. D’après M. Ammann, le seul récipient que l’on puisse utiliser est la boîte de fer-blanc de faible épaisseur, sertie et non soudée, que l’on peut facilement fabriquer sur place.

Quoi qu’il en soit, cette double question de l’extraction industrielle et de l’emballage du karité est actuellement étudiée de très près par plusieurs maisons de commerce de la colonie, et il ne me paraît pas douteux que, dans un avenir peu éloigné, des fabriques de karité ne se montent sur les rives du Niger et du Bani.

En aucun pays à ma connaissance le karité n’est cultivé, au sens étroit de ce mot, mais dans la plupart des régions de son aire de dispersion, l’homme contribue dans une très large mesure à sa propagation en lui donnant asile dans les terres cultivées, où il profite des labours et est défendu contre les feux de brousse, avantages grâce auxquels il se développe avec une plus grande vigueur et fructifie plus abondamment.

En raison de cette protection, les peuplements de karités s’étendent constamment par la mise en exploitation de terres neuves. Ils occupent déjà, sous forme de massifs denses ou clairs, la plus grande partie des superficies cultivables du cercle de Ségou et des territoires voisins. Leur présence est si constante sur les terres les plus fertiles, qu’il ne sera possible d’avoir recours à la

motoculture ou même simplement au labour par traction animale qu'en sacrifiant les arbres précieux par milliers. Cette constatation pose un grave problème. Doit on considérer le karité comme un arbre « tabou », et, en conséquence, interdire en fait toute innovation dans les procédés de culture qui nécessiterait l’abatage de massifs de cette essence? Doit-on au contraire faire des peuplements deux parts, dont l'une serait livrée à la cognée du défricheur pour pouvoir être ensuite fertilisée par la charrue, et l'autre, conservée en vue de la production du corps gras, pourrait être seulement cultivée par les procédés indigènes ?

La valeur des produits du karité ne semble pas assez grande pour qu’il y ait lieu de leur sacrifier l’avenir agricole de l’une des contrées les plus fertiles et les mieux peuplées de l’Afrique occidentale. Le rendement de l'arbre varie beaucoup d une année à l’autre. Certaines années, sans cause bien apparente, le plus souvent quand la récolte précédente a été très abondante, des sujets adultes ne donnent qu’une quantité négligeable de fruits. Les observations faites à la Station agronomique de Koulikoro montrent que le rendement moyen en noix sèches ne dépasse pas 10 kilogrammes par arbre. Même en comptant sur une densité de 20 arbres adultes à l’hectare, nous n’arrivons en partant de cette base qu’à une production de 200 kilogrammes de noix sèches, soit 1 40 kilogrammes d’amandes à l’hectare. Au prix de 30 à 33 francs les 100 kilogrammes d’amandes rendus à Anvers ou Rotterdam, pratiqué au début de 1914, nous nous trouverions en présence d’un revenu brut bien faible.

Il serait vain de vouloir prendre dès maintenant une décision définitive à ce sujet. La colonisation agricole est encore à l’état embryonnaire dans la région envisagée. La charrue n’y a encore remué la terre qu’en de rares endroits, et jamais avec persévérance. Aucun tracteur n’y a jusqu’ici tracé sa voie, et il ne me semble pas possible d’affirmer a priori que la motoculture pourra y être introduite avec succès. La colonie devra donc être reconnaissante aux novateurs qui, à leurs risques et périls, viendront y faire les premiers essais des méthodes de culture modernes, et surtout éviter d’ajouter de nouvelles difficultés à celles déjà trop nombreuses qui résulteront pour eux de l’éloignement de la côte, de la dureté du climat et de l’inexpérience de la main-d'œuvre locale. Provisoirement, les concessions devant être cultivées au moyen de tracteurs pourraient bénéficier d’un régime spécial : la coupe de toute essence, même utile, y serait autorisée, à charge pour le concessionnaire d’avoir commencé l’exploitation du sol par procédés mécaniques deux ans au plus tard après l’octroi de l’autorisation de défricher. Pour éviter le déboisement complet de trop grandes surfaces, le colon serait seulement astreint à établir ses plantations par bandes de 200 hectares au maximum , chaque bande devant être séparée de la bande voisine par une zone boisée ayant au moins le cinquième de sa

largeur, où tous les arbres donnant des produits utiles seraient conservés.

Le colon qui voudrait établir une plantation de karités sur un terrain ne portant point de sujets spontanés, devrait avoir recours, soit au semis, soit à la transplantation en grosses mottes pendant la saison des pluies, de plants pris dans la brousse, n’ayant pas plus de 0mo0 à 0"’70 de hauteur, car les plants de cette dimension ont déjà une racine persistante très développée, et ne reprennent à la transplantation que si l’opération est faite avec beaucoup de soin. Il devrait compter avec la lenteur de croissance de la plante, qui ne commence guère à fructifier avant douze à quinze ans, et n’est en plein rapport qu’une dizaine d’années plus tard. Par contre, l’aménagement de peuplements naturels suffisamment denses en vue d’en intensifier la production serait, dans certains cas, une entreprise intéressante. En abattant la brousse, en respectant seulement l’arbre que l’on voudrait cultiver, on faciliterait le développement des rejets des vieilles souches, toujours très nombreuses dans les peuplements de karités, et l’on obtiendrait rapidement un massif homogène pouvant produire à l’hectare 100 à 200 kilogrammes d’amandes sèches. Il va sans dire que l’on ne saurait consacrer avantageusement à une exploitation île ce genre que des terrains ayant cumulativement une autre destination, des terres de parcours par exemple, ou des réserves d’essences utiles établies par le cahier des charges d’un acte de concession.

3° Textiles.

Le da-dian des Bambaras, ou chanvre de Guinée , est cultivé isolément et sur des surfaces relativement importantesdans la vallée du Niger, entre 13 et 15 degrés de latitude. Dans de nombreuses autres régions les Noirs en cultivent intercalairement des variétés de terres sèches dans le mil ou le maïs.

Les usages de la fibre fournie par la tige de cette plante sont nombreux. Dans l’Inde, où elle est connue sous les noms de jute de Madras ou de jute de Bilimpatam, elle est employée à la fabrication de la ficelle et de la corde nécessaires aux agriculteurs. Avec cette matière textile on fait aussi, en quelques endroits, des tissus grossiers, de la toile goudronnée, de l’étoffe à sacs et des filets de pêche. Des usines pour la filer et la transformer en sacs dits « gunnies » ont été créées à Bilimpatam, dans le district de Yizagapatam, et à Ellore, dans le district de Khrishna; c’est, d’autre part, la principale fibre employée par les manufactures de papier du district de Dacca (Bengaie).

Jusqu à ces dernières années, elle n était guère utilisée dans la vallée du Niger que pour la fabrication des cordes nécessaires à l’assemblage des pièces des pirogues, ainsi que pour la confection de filets de pêche et d’entraves pour le bétail. Depuis le guerre, la production ayant un peu augmenté, le commerce a eu souvent recours à

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elle pour remplacer le fer feuillard, les cordes et le ficelle d’importation. C’est ainsi qu’il se fait actuellement dans cette colonie une assez grande consommation de cordes de Da pour la confection des balles de laine et de coton, des ballots de peaux, des charges de sel en barres, et de ficelle de Da pour la fermeture des bérets de mil et de riz.

La filasse, telle qu’elle est utilisée, est constituée par des faisceaux de fibres unies par un ciment intercellulaire (fibre brute). Quoique le contraire ait été parfois affirmé, ces filaments ont une longueur suffisante pour être travaillés comme le jùte. Ils sont d’une couleur variant du grisâtre au blanc roussâtre et ont un certain lustre.

Avant la guerre, on trouvait déjà acheteurs en France pour des quantités importantes de fibres de da du Soudan à des prix variant de 50 à 55 francs les 100 kilogrammes caf, et atteignant même GO francs pour la première qualité. Présentement l’industrie paierait ce textile à des prix beaucoup plus élevés, en rapport avec les cours du jute, mais le faible surcroit de production qu'il a été possible d’obtenir de l’indigène ayant trouvé son emploi sur place, il n’existe toujours aucun disponible important pour l’exportation.

Les médiocres résultats donnés jusqu'ici par les efforts faits par l'Administration en vue de l’intensification de la culture du dà montrent qu'un industriel, qui voudrait l’utiliser pour la confection de sacs et de toile d’emballage, devrait produire lui-même la plus grande partie du stock dont il aurait besoin. C’est ce qu’a compris un groupe de négociants qui a déjà étudié la question et serait sur le point de passer aux réalisations.

En bonne culture indigène, les rendements oscillent généralement autour de 1 tonne de fibre sèche et 600 kilogrammes de graine pouvant fournir de 17 à 20 0/0 d’une huile siccative de couleur jaune clair cl un tourteau utilisable pour l’alimentation du bétail. Dans les terres riches en azote le rendement est beaucoup plus élevé. A Ségou, en 1909, M. Estève, agent du service de l'Agriculture, a ensemencé en da une parcelle de terre mesurant exactement un hectare de superficie, non inondée, mais enrichie par les résidus d’une usine d’égrenage de coton : ce champ a fourni 8.485 kilogrammes de tiges sèches, qui ont donné 1.750 kilogrammes de fibre. Pour cet essai, les frais de culture n’ont pas dépassé 270 francs, soit 40 francs pour la culture proprement dite, G0 francs pour l’arrachage et le bottelage des tiges et 170 francs pour le rouissage, le décorticage, le lavage et le séchage. Il est vrai que ces prix de revient seraient doublés aujourd’hui en raison de l'augmentation des salaires.

Malheureusement la bonne venue des cultures de da est subordonnée, d'une façon étroite, à des conditions climatériques favorables. La planle a besoin de beaucoup d’eau pour se développer normalement. Une chute de pluie de 0 m. 70 est un minimum au-dessous duquel la récolte ne

couvre plus les frais de culture, tout au moins en terre non atteinte par les eaux d'inondation. Une chute de 0"‘, 70 à 0,u.80 n’est elle-même suffisante que si elle est convenablement répartie. Il convient de semer le da au commencement de la saison des pluies, pour qu'il ait atteint son complet développement végétatif au retour de la sécheresse. Le semis est cependant retardé par la nécessité de donner au sol au préalable deux façons préparatoires successives, à intervalle permettant la levée, et la destruction consécutive par le second labour, de toutes les herbes nuisibles, et particulièrement d’un certain liseron grimpant, parasite habituel du da. On comprend facilement que dans ces conditions une période de sécheresse sévissant au début de l’hivernage ou un arrêt prématuré des pluies ait la plus désastreuse influence sur le rendement. L’irrigation des cultures au commencement et à la fin de la saison humide supprimerait ces aléas, et assurerait des récoltes régulières et abondantes.

En 1914 et 1915, sur le domaine de la Station agronomique de Koulikoro, dans un terrain inondé par intermittence par les eaux de crue d’un marigot détournées au moyen d’un barrage, M. Andrieu a obtenu à l’hectare G tonnes de tiges coupées au collet et pesées complètement sèches et débarrassées des capsules, pour un semis régulier à 10 centimètres en tout sens. Le rendement de ces tiges en fibre a été de 21,8 0/0. Le prix de revient de la tonne de fibre n’a pas dépassé 139 francs, les opérations de défibrage comprenant un rouissage de dix jours, l’écorçage à la main et un lavage rapide, et la journée de manœuvre étant comptée à 0 fr. G0.

La culture du cotonnier était en honneur bien avant l'occupation française dans les provinces qui forment aujourd’hui les cercles de Ségou, de San et de Koutiala, et les récits des explorateurs montrent qu’elle y était pratiquée il y a cent ans suivant les mêmes procédés que de nos jours.

Les habitants de ces pays ne se contentent pas de produire le textile nécessaire pour la confection de leurs vêtements, ils répondent aux besoins en matière première d’une véritable industrie locale dont les produits sont exportés au loin. Les couvertures en bandes ou en damiers blancs et bleus, les pagnes et les turbans de Ségou sont renommés dans toute l’Afrique occidentale, et, au temps où llorissait le commerce transsaharien des caravanes, trouvaient un écoulement jusque dans le Maghreb. Les bandes de pagne des provinces du Bani, quoique d'un travail beaucoup plus grossier, donnent lieu à d’importantes transactions avec les cercles voisins et aussi avec les colonies de la Cote d'ivoire et delà Guinée Française. Avant la guerre, la bande de coton écru du cercle de Koutiala valait sur place de 0 fr. 04 à 0 fr. 05 le double empan et celle de couleur de 0 fr. 08 à 0 fr. 10 l'empan de quatre travers de doigts. Les bandes écrues réunies en rouleau représentant la charge d’un homme, se payaient de 30 à 40 francs. Bien que d’après le contrôle des

patentes délivrées à Koutiala, M. l’administrateur Collieaux, auquel j'ai emprunté également les chiffres qui précèdent, a relevé à l’exportation en 1909 la sortie de 368 charges de ces handes ayant sur place une valeur de 11.040 francs.

Dans le cercle de Ségou, la plante est conservée pendant deux, ou même trois ans. Elle donne généralement son plus haut rendement la deuxième année : il est vrai que le semis est souvent exécuté beaucoup trop tardivement pour qu’elle puisse atteindre un bien grand développement végétatif avant la lin des pluies.

Le cotonnier est généralement semé intercalairement dans le sorgho ou le maïs. Cette méthode de culture est la seule qui soit pratiquée dans le cercle de Koutiala. Les Miniankas sèment le cotonnier dru dans leurs champs de gros mil; dès que le grain est récolté, et il est récolté dès fin septembre, la variété cultivée (sorgho rouge nommée diokobi en minianka) étant très précoce, les tiges de la céréale sont couchées, et la plante textile apparaît, un peu grêle, mais déjà chargée de fleurs. A ce moment les alentours des villages sont occupés, sans solution de continuité parfois, par une vaste cotonnière dont la superficie dépasse souvent 100 hectares.

Pendant toute la saison des pluies les cotonniers ne reçoivent pas de soins spéciaux. Ils profitent seulement des deux ou trois binages ou sarclages donnés aux céréales. Dès que le grain est récolté, si les autres travaux de la saison lui en laissent le loisir, le cultivateur arrache les tiges de mil ou de maïs et les entasse au bord du champ, sauf sur la périphérie, où elles servent à confectionner des clôtures de protection contre les incursions du bétail du village. Puis le sol est labouré assez profondément, ce qui lui permet de conserver une humidité suffisante jusqu’à la formation des capsules. La récolte commence en décembre et se termine en janvier ou dans les premiers jours de février. Elle occupe surtout les femmes trop âgées pour s’employer à des travaux plus pénibles. En mars ou avril les plants sont coupés et brûlés sur place, opération qui présente le double avantage d’enrayer la pullulation des parasites et d’assurer au produit une plus grande homogénéité, la libre fournie par les vieilles cotonnières étant d’une qualité très inférieure à celle récoltée sur des plantes de l’année.

Le rendement à l’hectare varie généralement entre 130 el 250 kilogrammes de coton sur graines. Avant la guerre, lorsque le prix du kilogramme de coton brut sur les marchés du cercle de Koutiala oscillait entre 0 fr. 15 et 0 fr. 20, cette cueillette, faite, il ne faut pas l’oublier, sur un terrain qui donnait en même temps une récolte de grain, payait déjà assez bien le supplément de travail qui l’avait assurée : aux cours pratiqués actuellement (0 fr. 60 en décembre 1919 à M’Pésoba, où existe une usine d’égrenage), elle rémunère très largement le producteur et l’encourage à étendre ses cultures.

J’ai pris comme exemple ce type de culture annuelle en raison des avantages qu’il offre et que

j’ai signalés en passant. Les cultures bisannuelles et surtout trisannuelles, bien qu’elles puissent, dans certaines conditions, assurer des rende-' ments plus élevés, présentent de tels inconvénients qu’elles ne peuvent être considérées que comme des pis-aller. Non seulement elles faciT litent la multiplication des parasites et entraînent un abaissement de la qualité de la fibre, comme il a été dit plus haut, mais elles ont pour autres conséquences la diminution de la grosseur des capsules (et par suite l’augmentation du coût de la cueillette) et une baisse sensible du rendement à l’égrenage.

Je noterai que j'ai vu cependant pratiquer dans le cercle de San un procédé de culture bisannuelle capable d’empêcher la dégénérescence des capsules et de la fibre : il consiste simplement à recéper les tiges dès le début de l'hivernage.

Historique des essais faits en vue de développer

la culture du coton dans la contrée envisagée.

1° Campagne 1903-190-1. Premier essai de cotonniers américains. — En 1903, époque à laquelle l'Association cotonnière coloniale porte ses vues sur le Niger, deux méthodes essentiellement différentes sont préconisées pour le développement de la production cotonnière dans la vallée de ce tleuve : 1° commencer à exporter le coton du cru tel quel, tout en travaillant à l’amélioration de sa qualité en sélectionnant les divers types et en amenant l’indigène à perfectionner ses procédés de culture et à apporter plus de soin à la cueillette; 2° tenter l'acclimatation des variétés de cotonniers qui produisent les qualités recherchées par l’industrie française. C’est la deuxième méthode qui est adoptée, parce qu elle semble devoir donner les résultats les plus rapides.

11 est admis, d’autre part, qu’en raison de la faible valeur du produit sur place, la culture faite par main-d’œuvre salariée ne serait pas rémunératrice et que la production doit rester entièrement entre les mains du Noir.

En conséquence et bien qu’il soit reconnu que le coton indigène du Soudan peut trouver son utilisation dans les manufactures traitant les sortes indiennes et donner des tissus d’une bonne qualité marchande, dès 1903, l’A. C. C. distribue entre 206 villages du cercle de Ségou des semences de neuf variétés américaines. Ce premier essai paraît montrer que la culture des cotonniers américains est susceptible d’exlension dans la vallée du Niger, et que, des variétés introduites (Mississi pi , Missouri, Pointe coupée, Red river, Yasoo river, Black rattlers, Colorado river, Lamar Country et Texas parish bender),Ia variété Mississipi est la plus propre à être cultivée dans le pays de Ségou. Dans un champ d’essai de 3 hectares établi à Ségou, le rendement atteint, pour cette variété, 250 kilogrammes à l’hectare sans fumure.

2" 190^-1906. Diffusion de la culture du cotonnier américain. Campagne 190^-1905. — Des

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essais sont entrepris par le service de l’agriculture local suivant un programme tracé par le gouvernement général. Les recherches consistent à étudier comparativement dans les principales régions agricoles de la colonie un certain nombre de variétés appartenant aux types Upland, Louisiane, Pérou et Egypte. A cet effet, dans chaque région cotonnière, placée sous la surveillance d’un agent de culture, sont établis trois ou quatre champs d'essais cultivés à la mode indigène. D'une façon générale les rendements sont très faibles et ne confirment pas entièrement les résultats obtenus en 1903. D'importantes plantations cultivées sous la surveillance des agents de LA. C. G., dans le cercle de Ségou, (30 hectares dans le secteur de Zinzana et 88 hectares dans le secteur de Barouéli), ou celle du Farna Mademba sur le territoire de Sansanding, ne donnent pas de meilleurs rendements.

Cet insuccès est attribué à une sécheresse exceptionnelle, l’hivernage ayant pris fin un mois plus tôt que dans les années normales, et les cotonniers, dont la végétation était jusque là de toute beauté, n’ayant commencé à souffrir qu’au moment de la maturation des premières capsules. Au reste, la récolte de coton indigène n'est pas meilleure.

Quoi qu'il en soit, les essais de 1904 montrent que l’Excelsior et le Mississi pi sont parmi les variétés cultivées dans les champs d’expériences les plus recommandables pour la vallée du Niger. Les rendements à l’hectare des variétés retenues pour les essais futurs sont, en ce qui concerne la zone envisagée dans ces notes :

a) Essais de l’administration :

Sun-Excelsior : 380 kilogrammes ; King : 150 kilogrammes.

Ségou-Excelsior prolific : 141 kilogrammes.

Nyamina-Excelsior prolific: 134 kilogrammes.

Sansanding-Mississipi : 52 kilogrammes.

Koulikoro-Excelsior prolific : 428 kilogrammes ; Mississipi River benders : 350 kilogrammes; Colorado river : 210 kilogrammes; King : 150 kilogrammes; Lamar Country : 150 kilogrammes.

b) Essais de l’Association cotonnière coloniale :

Secteur de Zinzana-Mississipi : 100 kilo-

grammes; Missouri : 90 kilogrammes.

Secteur de Barouéli-Missouri : 40 kilogrammes ; Louisiane : 50 kilogrammes.

Le coton récolté par le Fama de Sansanding, égrené et emballé par ses soins, est expédié au Havre, où il est estimé de qualité « fully good middling » et vendu 75 francs les 50 kilogrammes. Les Etablissements de Filature et Tissage de Giromagny qui s’en sont rendus acquéreurs le travaillent avec les procédés habituels et le trouvent de meilleure qualité et de travail plus facile que le « Louisiane supérieur » qu'ils utilisent couramment.

Le coton indigène récolté à la Station agronomique de Koulikoro est l’objet au Havre de l’appréciation suivante : « Fully good middling, blanc, brillant, bon genre, soie 25/27, courte, mais assez régulière. Valeur approximative, sur

la base du terme Havre, de 63 à 65 francs le 26 octobre 1904. »

Campagne 1905-1906. — De fortes quantités de graines de Mississipi et d’Excelsior ou, plus exactement de graines expédiées comme telles des Etats-Unis, sont distribuées aux indigènes, notamment dans les cercles de Bamako, de Ségou et de San. Malheureusement ces graines, qui eussent dû parvenir au Soudan dans les premiers jours de juin, n’arrivent à Kayes qu’en juillet. Elles sont donc ensemencées beaucoup trop tard. D’autre part, à l'époque où les semis peuvent enfin être exécutés, les bonnes terres sont déjà occupées : pour cette raison beaucoup de graines ne sont pas semées, d’autres sont confiées à un sol trop ingrat. Les résultats obtenus dans certains champs prouvent cependant, une fois de plus, que les cotonniers des types Upland ou Louisiane peuvent donner, dans le Moyen-Niger, un produit répondant pleinement aux desiderata des filatures françaises traitant les sortes américaines Mais il devient évident que ces plantes sont exigeantes quant à la fertilité du sol et excessivement sensibles aux attaques des insectes parasites et à un accident d’origine climatique, sorte de folletage caractérisé par le dépérissement et la flétrissure brusque des feuilles, dû probablement à une rupture d’équilibre entre une transpiration exagérée de la plante et une absorption d’eau par les racines devenue insuffisante par suite du dessèchement rapide du sol, pendant les journées chaudes de la fin de l’hivernage.

3° 1906-1909. Continuation des tentatives d' introduction des variétés américaines et exportation du coton indigène. — Des distributions importantes de semences américaines sont faites de nouveau par TA. G. C. Encore une fois la belle venue des cultures autorise pendant la première période de végétation des espérances de brillante récolte, que les ravages des insectes et les accidents climatériques font malheureusement disparaître dès le début de la fructification. Pour la première fois une quantité notable de coton indigène est exportée par l’A. C. C.

Campagne 1901-1908. — Les distributions de semences américaines continuent. Les résultats sont les mêmes. En raison de la sécheresse extrême de l'année, la récolte de coton indigène est ellemême très mauvaise.

Campagne 1908-1909. — D'une façon générale les champs ensemencés en cotonnier américain continent à donner de très faibles rendements.

La cause principale d'insuccès est suivant les cas :

1° La qualité extrêmement mauvaise des graines distribuées par l’A G. C. ;

2° La pauvreté du sol cultivé, les indigènes ayant, dans de nombreuses localités, consacré leurs terres les plus ingrates à ce qu’ils appellent le « colon des blancs »;

3° Les dégâts causés par le bétail ;

4° L’insuffisance des laçons culturales;

5° Le parasitisme de la larve du Sphénoptère du cotonnier qui creuse intérieurement la tige ou

la racine de la plante. La dernière de ces causes d’insuccès est certainement la plus importante après la mauvaise qualité des semences. Le Sphénoptère s’attaque aussi au cotonnier indigène, mais celui-ci lui résiste beaucoup mieux.

Lne circulaire fait connaître aux administrateurs que pour enrayer la diffusion de ce redoutable parasite il confient :

1° Dans toutes les localités où les indigènes cultivent concurremment le cotonnier en culture annuelle et pérennante, d’exiger d’eux qu'ils ne conservent que le premier de ces modes de culture.

2° D’arracher et de brûler les cotonniers dès la lin de la récolte dans les plantations annuelles.

3° D’arracher et de brûler le plus rapidement possible tout plant qui meurt ou se dessèche avant la fin de la récolte.

La lutte contre le Sphénoptère du cotonnier est rendue difficile par le fait que, comme l a constaté M. Andrieu, ce parasite vit également sur d’autres Malvacées, notamment sur le Daoulou, Hibiscus sauvage du groupe des H. Sabdarilfa, très répandu dans la brousse nigérienne.

Pendant la campagne 1908-1909 LA. C. C. installe dans le cercle de Koutiala. à M’Pésoba, un atelier spécialement destiné à l’égrenage du coton indigène. Elle achète 45 tonnes de ce produit dans la circonscription.

Compagne 1909-1010. — Les distributions de semences américaines sont limitées aux cercles de Ségou, San et Djenné

Le représentant de I A. C. C. passe des contrats avec les habitants de certains villages pour leur faire cultiver pour son compte une partie de leurs champs en coton indigène. Les achats passent de 45 à 147 tonnes pour la seule circonscription de Koutiala.

Il fait d’autre part des plantations importantes de cotonnier américain dans le cercle de Ségou.

En résumé, PA. C. C. dirige nettement ses efforts vers l’extension de la culture du cotonnier indigène. Le peu de rusticité et la sensibilité aux parasites montrés depuis six ans par les cotonniers américains dans la vallée du Niger sont les raisons de ce changement d’orientation.

4° Essai du cotonnier du Dahomey. — Les appréciations favorables portées en France sur le coton du Dahomey décident l’administration locale à tenter l’introduction de cette sorte qui, à première vue, semble devoir s’acclimater dans le Moyen-Niger plus facilement que les cotonniers américains.

Le premier essai est fait par la Station agronomique de Koulikoro, en 1909, année de pluies abondantes, sur un terrain frais et très fertile, préparé soigneusement à la charrue et à la herse. La plante se montre très tardive : le 31 décembre la cueillette n’est pas commencée. Le rendement atteint (inalement 330 kilogrammes de coton non égrené à l’hectare.

Les deux années suivantes la récolte est à peu près nulle. Les cultures souffrent surtout du parasiti>me du Sphénoptère, auquel elles apparais-

sent beaucoup plus sensibles que les cotonniers indigènes. Les résultats obtenus avec les mêmes semences par les cultivateurs des cercles de Ségou. San et Koutiala, ne sont pas meilleurs.

Efforts de l'A. C. C. en eue de la création d'un mouvement d'exportation du coton indigène.

En 1907 l’A. C. C. monte à Ségou une usine d’égrenage, convenablement outillée, pour remplacer un petit atelier comprenant deux égreneuses de 45 scies mues au moyen de manèges antérieurement installé par l’administration dans cette localité et qui était devenu rapidement insuffisant. En 1910 le développement pris par la culture cotonnière dans le Minianka, sous l’impulsion énergique de .M. l’administrateur Collieaux, la détermine à monter une nouvelle usine à M’Pésoba. La production de ce centre passe rapidement à 190 et 250 tonnes. En 1911, l’A. C. C. décide la création d’un atelier d’égrenage à San. La diminution des frais de transport qui en résulte permet d’offrir un prix plus avantageux au producteur et les achats s’élèvent en deux ans de 25 à 35, puis à 80 tonnes.

L’A. C. G., pendant cette période, ne limite pas son action à l'installation de centres d’égrenage; elle poursuit en même temps ses essais, sous deux formes différentes :

1° Essais directs;

2" Essais de culture par contrats passés avec les indigènes.

M Level, dont la mort glorieuse a été une très grosse perte pour l’A. G. G., cultive directement dans les environs de Ségou, à Konodémini, une plantation de 13 hectares, dont chaque année une partie seulement est ensemencée, le reste étant laissé en jachère cultivée, dans le but d’étudier l’adaptation à la vallée du Niger des méthodes de culture sèche employées avec succès dans les régions les plus arides de l'Amérique du Nord. Une partie du terrain est mise en cotonnier indigène, obtenu de semences sélectionnées à l’usined’égrenage, une autreen cotonnier exotique (en 1912, 3 hectares en cotonnier américain d’introduction ancienne). A Massala (cercle de Ségou), M. Level cultive 6 hectares au moyen de l’instrument aratoire du pays, le court piochon désigné par les Bambarassous le nom de « daba » (exclusivement coton indigène). Le rendement à l’hectare atteint 325 kilogrammes de coton sur graines en 1910, 380 kilogrammes en 1911-1912.

Les contrats de culture sont des forfaits passés avec les gens de villages de la brousse, qui s’engagent à cultiver pour le compte de l’A. G. C. une certaine étendue de terrain, sous une stricte surveillance, et avec plus de soin qu’ils n’en donnent d’ordinaire à leurs propres champs.

Les cultivateurs contractants doivent fournir un minimum de récolte à l’hectare (minimum calculé d’après les résultats de l’année précédente), sauf circonstances exceptionnelles. L’Association fournit des graines de choix. Dans le cercle de Ségou, le nombre d'hectares cultivés ainsi est de

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45 en 1911-1912, de 60 en 1912-1913. Alors qu'en 1909-1910 le rendement moyen était resté un peu inférieur à 125 kilogrammes de coton brut, il atteint près de 200 kilogrammes en 1911-1912, montant pour certains villages à 267 kilogrammes. Dans certaines régions trop excentriques pour qu’elle puisse y faire de la culture par contrats, )’A. C. C. se contente d’encourager la production du coton par la distribution de gratifications. Le total des gratifications ainsi distribuées chaque année varie de 1.000 à 1.500 francs.

En propageant des semences choisies dans les centres de culture cotonnière dont le produit laissait le plus à désirer, l’A. C. G. a amélioré sensiblement la qualité du coton des cercles de Ségou, de San et de Koutiala, particulièrement en ce qui concerne l’homogénéité. Au début de 1914, ce produit obtient à la cote du marché du Havre, des prix un peu supérieurs à ceux du Middling des Etats-Unis.

Avant la guerre, le cercle de Koutiala fournissait à lui seul près des trois quarts des quantités exportées, l’industrie locale offrant au coton du cercle de Ségou un débouché plus avantageux.

Le coton acheté dans les provinces de la rive droite du Bani est égrené à M’Pésoba ou à San. Le rendement à l’égrenage atteint 24 à 25 0/0 : il est sensiblement supérieur à celui donné par le coton des cotonnières vivaces. A la sortie de 1 egreneuse la fibre est mise en balles de 30 à 35 kilogrammes, faciles à transporter, et celles-ci sont dirigées sur Ségou, par eau (de San), ou par la route et la voie étroite Ségou-Douna (de M’Pésoba). A Ségou, elles sont à nouveau comprimées à l’aide d’une forte presse hydraulique en balles de 220 à 230 kilogrammes.

Les chiffres ci-dessous indiquent l'importance des stocks réunis par l’A. C. G., et exportés en France après égrenage :

1907- 1908 25 tonnes

1913- 1914 (année de sécheresse) 220 —

En 1913, deux maisons de commerce de la colonie se décident à entrer dans la voie ouverte, et achètent dans le cercle de Koutiala 35 tonnes de coton, dont l’usine de M’Pésoba assure l’égrenage.

En 1914, l’A. C. C., privée coup sur coup des excellents services de son agent principal au Soudan et de la subvention qu’elle recevait chaque année du ministère des Colonies, pense devoir se contenter de sauvegarder l’avenir de son œuvre en assurant le fonctionnement des usines d’égrenage qu’elle a créées. Différentes maisons de commerce, l’administration locale, quand il n’y a pas d’autres acheteurs, prennent la suite des achats, et réunissent les stocks suivants :

1914- 1915 208 tonnes (poids bruts)

Pendant la campagne 1917-1918, le commerce local achète les quantités suivantes :

Ségou 145 tonnes

Koutiala 220 —

San 131 —

496 tonnes

Les usines d’égrenage, dont les machines, faute des rechanges nécessaires, sont en mauvais état, et qui manquent en outre de pétrole, de toile d’emballage et de fer feuillard, ne peuvent nettoyer et emballer ces stocks en temps convenable. Un fléchissement des cours se produisant sur ces entrefaites, les exportateurs voient s’évanouir rapidement les bénéfices escomptés, ce qui les décourage, et entraîne un arrêt momentané des achats. Geux-ci ne reprennent qu’en fin 1919 à la faveur de la hausse vertigineuse du produit sur les marchés de la métropole.

Etat de la question cotonnière dans la région envisagée.

La longue série d’essais dont je viens de faire un bref historique, a prouvé que les cotonniers américains ou égyptiens ne peuvent, sans irrigation, être cultivés intensivement dans la vallée du Niger, d’une façon avantageuse.

Les variétés indiennes se montrent plus résistantes, mais le produit qu’elles fournissent n’est pas supérieur au bon coton du pays.

Divers autres types (Pérou, Asie Mineure, Dahomey, Caravonica), expérimentés à différentes reprises, se sont montrés incapables de résister aux parasites locaux ou à des conditions climatériques défavorables.

Quant aux cotons indigènes, le développement de leur production est subordonné au maintien de cours élevés. Comme je l’ai déjà fait remarquer dans ces notes, ils ne correspondent pas entièrement aux desiderata de notre industrie. Actuellement, certaines filatures ne les acceptent que faute de mieux, la situation du change étant en voie de prohiber les importations américaines (I). A la vérité, il ne serait pas im possible de les améliorer notablement, si cette tâche était confiée à un organe scientifique, stable et nettement spécialisé. Il convient, cependant, de ne pas se dissimuler que tous les perfectionnements désirables ne sauraient être réalisés sur un même type. La petitesse des capsules qui rend la cueillette si onéreuse, le faible rendement à l’égrenage, le manque d’homogénéité, le peu de longueur de la fibre, ne sauraient être corrigés par simple sélection que dans une mesure très limitée. L’hybridation donnerait des résultats plus brillants, mais ce serait fatalement aux dépens de la rusticité. J’ajouterai que des types perfectionnés obtenus par cette méthode dégénéreraient dès qu’ils seraient cultivés sans soins spéciaux. Je noterai enfin que le cotonnier indigène lui-même est relativement exigeant, et que dans la région

(1) Ces notes ont été rédigées en mars 1920.

RENSEIGNEMENTS C0L0N1AÜX

Niger-Bani, sauf de rares exceptions, on ne rencontre des cotonnières de très belle venue qu’aux abords des villages, sur des emplacements enrichis par des détritus divers. Il sera donc indispensable d'avoir recours aux irrigations à la fois pour améliorer la qualité du produit, augmenter le rendement et étendre largement la culture de la plante. Les irrigations n'ont pas seulement pour effet de mettre à la disposition des végétaux l’eau qui leur est nécessaire pour remplacer celle exhalée par transpiration, mais aussi de favoriser la nitrification et de solubiliser des matières fertilisantes du sol telles que le silicate de potasse, et les phosphates que la plante ne pourrait pas utiliser sans cela.

Dans un pays tel que le Soudan, où le cours normal des saisons l'ait succéder presque sans transition une sécheresse excessive aune période d’extrême humidité à la laveur de laquelle la végétation herbacée a pu prendre un développement luxuriant, les phénomènes de nitrification s'arrêtent précisément au moment où l’abondance des débris végétaux leur permettrait de jouer le rôle le plus utile. Les matières organiques restées ainsi inutilisées sont en grande partie détruites par les termites et les incendies de brousse avant que le retour de la saison humide ne permette aux ferments du sol de reprendre leur activité Des irrigations données régulièrement en octobre, novembre et décembre, en permettant à la nitrobactérie de se multiplier jusqu’aux froids, accroissent dans une large mesure la richesse du sol en azote assimilable, et permettent à des terres primitivement pauvres de porter de très belles récoltes.

Au cours d’une reconnaissance du cercle de Ségou faite en janvier dernier, M. l’ingénieur des Travaux publics Bélime a pu se rendre compte qu’il n’existe aucune impossibilité à l’établissement d’un canal dérivé du Niger en un point à déterminer et capable d’arroser par simple gravitation les plaines situées sur la rive droite du Meuve, en amont et en aval de Ségou. Les superficies commandées seraient de l’ordre de grandeur suivant (I) :

Certaines

Probables

Totales

Hectares

En amont de Ségou.. .

ISO. 000

En aval de Ségou. . . .

Totaux

11 ne semble pas douteux que sous l’influence des irrigations, doublement bienfaisantes comme il vient d’être montré, la plupart de ces terres ne puissent donner à l’hectare 1.200 à 1.300 kilogrammes de coton d’excellente qualité, les autres pouvant être avantageusement converties en rizières, en champs de da, ou porter des cultures fourragères. Cependant, comme l’établissement du canal envisagé par M. Bélime, entraînerait l’emploi d’un très gros capital, il est nécessaire de pouvoir chiffrer d’une façon certaine et précise

la plus-value dont bénéficieraient les zones arrosées pour déterminer quel serait le rendement iinancier des travaux. Seule l’expérience directe peut nous donner des bases de calcul indiscutables.

Il y aurait donc lieu de créer dans la région envisagée une ferme cotonnière irriguée provisoirement par pompage. Cet établissement ne répondrait convenablement au but visé, que si les conditions énuméréesci dessousétaientremplies :

1° Les terres du domaine devraient présenter les caractères de celles qu’arroserait le canal projeté;

2° Le personnel devrait comprendre un directeur et un excellent chef de culture, pour que la continuité des essais fût assurée et que la surveillance des chantiers ne nuisît pas aux recherches d’ordre scientifique nécessaires pour une bonne interprétation des résultats obtenus;

3° Les essais devraient porter parallèlement sur les variétés indigènes (Rayes, Barouéli, Bani', Mississipi, Excelsior prolific, Allen (qui donne de bons résultats en Nigéria) (1), Nyasaland, Cambodge et Sakellaridis, cultivées comparativement sur chaque type de terre du domaine; avec et sans fumure ; après labours superficiels, moyens et profonds.

t° Produits divers

Indigo. — De nombreux cultivateurs du cercle de Ségou consacrent une partie de leurs champs à la production de l’indigo utilisé par les teinturières markas pour la teinture des filés de coton et de pagnes renommés dans tout le Soudan.

La plante est semée à la volée, sur des lignes espacées de 60 centimètres, à plat ou sur billons. Elle reste généralement deux ans sur le même terrain.

Les feuilles, récoltées à plusieurs reprises, ;on fait généralement trois cueillettes, de septembre à janvier), sont pilées dans un mortier, et mises en pains arrondis ou en galettes. Ces pains doivent être soigneusement séchés au soleil avant emmagasinage. Ils sont l’objet d’un commerce d'une certaine importance. Avant la guerre ils se vendaient à raison de 0 fr. 30 le kilogramme sur les marchés des villes. Les teinturières indigènes obtiennent avec eux des teintes très solides et très belles. Il n’est pas possible de les conserver plus de deux ans en bon état. Ceux qui ont été présentés en France pour expertise ont toujours été trouvés moisis à l’intérieur. D’autre part, leur rendement en indigotine est faible.

De l’indigo véritable obtenu à Ségou par M. Coviaux, en traitant des feuilles provenant des cultures des indigènes, a donné à l’analyse 33 0/0 d’indigotine pure. M. Coviaux procédait de la façon ordinaire : il faisait fermenter les feuilles, soutirait, oxygénait, filtrait, faisait bouillir

(1) 311 tonnes de semences de coton « Allen long-staple » furent distribuées en 1918 dans les provinces du Nord. La récolte qui atteignit 2.000 balles (pour la province de Zaria et une petite partie de l’Emirat de Katséna), représentait une somme de 27.000 liv. sterl., payées aux cultivateurs indigènes.

(I) Chiffres de M. Bélime.

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

la pâte, puis sécher le produit à l'abri du soleil et de la poussière.

Comme chacun sait, l’indigo naturel luttait difficilement avant la guerre contre l’indigo bleu de synthèse obtenu de la naphtaline par l’industrie badoise. M. Bélime fait remarquer que la naphtaline étant elle-même retirée du goudron de houille, doit subir le contre-coup des nouvelles conditions de l’exploitation de la houille, et qu’en conséquence la production de l’indigo naturel doit prendre un nouvel essor. Si cette vue se réalise, comme tout permet de l’espérer, l’indigotier fournira dans les régions de Ségou et de San le plus précieux des assolements pour le cotonnier. De toute façon, il pourra être utilisé avantageusement comme engrais vert(l).

Tabac. — Le Haut-Sénégal-Niger exporte déjà de petites quantités de tabac sur les colonies voisines (17 tonnes en 1917, 39 tonnes pendant le 2° semestre 1918). On se rendra compte del’importance que peut prendre ce mouvement en relevant les chilîres des importations de l’Afrique Occidentale Française en tabacs bruts et fabriqués; on arrivera pour 1913 au total de 3.850.332 francs, comprenant seulement 5.341 francs de tabac brut et 398.948 francs de tabacs fabriqués d’origine française. Au cas où les tabacs du cru ne seraient pas susceptibles d’exportation en Europe, le colon aurait donc la ressource de fournir aux autres colonies du groupe le tabac de traite qu’elles ont acheté jusqu'ici très cher à l’étranger. Des essais de culture faits à la Station agronomique de Koulikoro ont montré qu’il pouvait viser à son choix l’un ou l’autre de ces débouchés. Les essais ont porté sur les variétés les plus diverses. Celle de la Havane en particulier mérite d'être répandue pour sa bonne croissance, ses feuilles longues de 0.40 à 0.00, souples et résistantes. Le tabac obtenu, de bonne combustibilité, très léger, de couleur jaune ou brune à volonté, semble remplir les conditions exigées par les manufactures.

Une variété de tabac rustique (sira des Bambaras) est cultivée sur des superficies relativement importantes dans le cercle de Ségou et les pays voisins : le produit ne répond malheureusement pas au goût du consommateur européen. Les habitants de ces contrées consomment surtout le tabac en le prisant, bien que l’habitude de fumer et celle de chiquer soient aussi répandues. Les méthodes de culture suivies (culture en saison sèche, fortes fumures, petit nombre de feuilles laissé par pied, récolte tardive), contribuent à augmenter la teneur en nicotine, et à donner un tabac fort, comme l’apprécient les Noirs. D'autre part la préparation est défec-

(1) Au cours de la guerre, grâce à l’élimination de son redoutable concurrent du marché mondial, l’indigo naturel a vu sa production croître dans une large mesure. Aux Indes britanniques ia surface consacrée à la culture de l’indigolier est passée de 60 690 hectares en 1914-1915 à 311.542 hectares en 1916-1917. Actuellement la teinture végétale recule de nouveau devant le produit germanique. Cependant les recherches poursuivies par des agronomes spécialement attachés à l’étude des méthodes de culture et d’extraction, ont montré qu’elles sont susceptibles d’améliorations dont la réalisation égaliserait à peu près les conditions de la lutte.

tueuse. Quoi qu’il en soit, les soins minutieux donnés à la plante aussi bien que l’examen des rendements obtenus montrent nettement qu'il s’agit d’une culture très rémunératrice.

Les semis sont faits dès la fin de l’hivernage, dans des pépinières ombragées. Les jeunes plants sont transplantés dans de véritables jardins, ou au bord des mares ou des cours d’eau à mesure que les eaux se retirent. Les planches sont divisées en compartiments rectangulaires de O"'2 500 au maximum, contenant 5 ou 6 plants, ce qui donne la compacité énorme de 110.000 pieds à l’hectare. Elles sont fumées avec du fumier de cheval et des cendres. Les plants sont écimés et les bourgeons latéraux supprimés; chaque pied ne porte que 6 à 10 feuilles, suivant sa vigueur, 1 ou 2 feuilles de terre qui n’ont aucune valeur et ne sont pas récoltées n’étant pas comptées. Les plantations reçoivent des façons d’entretien particulièrement fréquentes et sont constamment tenues dans un état de propreté parfaite; elles sont arrosées très régulièrement l’eau étant parfois puisée dans des puits relativement profonds.

La préparation n’est pas la même suivant les localités. A Gouni. en face du poste de Koulikoro, les feuilles, coupées une à une, sont disposées en petits paquets sur la terrasse des cases; elles y resteraient une dizaine de jours. Elles sont ensuite trempées dans de l’eau ayant servi au nettoyage des vases de terre dans lesquels est cuite la bouillie de mil, eau dans laquelle on a de plus fait bouillir l’écorce d’un arbre nommé Foloka par les Bambaras. Après cette opération, elles sont rentrées à l’ombre et y sont laissées quatre jours environ. 11 ne reste plus qu’à en faire de petits paquets serrés, fusiformes, liés étroitement avec des lanières de feuilles de rônier et soigneusement séchés au soleil.

Sur le Bani, à Nangola notamment, les 6 à 10 feuilles d'un même pied sont coupées une à une, puis réunies en manoque. On laisse pendant huit jours les feuilles en plein air sur une aire battue, en les disposant concentriquement de telle façon que les queues soient seules exposées au soleil, les manoques se recouvrant l’une l’autre et celles de la périphérie étant recouvertes de paille. Les manoques sont ensuite étalées au soleil. Dix jours après on les rentre dans une case où elles sont conservées jusqu’à la vente sans autre manipulation.

Les essais de la Station agronomique de Koulikoro ont été faits pendant la saison des pluies et au commencement de la saison sèche. Pendant la saison des pluies la végétation de la plante est plus rapide; les feuilles ont un parenchyme souple, très combustible, à faible teneur en nicotine. Malheureusement une période de sécheresse prématurée peut compromettre la récolte. L’irrigation en fin hivernage augmenterait beaucoup et régulariserait les rendements.

La dessiccation des feuilles est l’opération la plus délicate. Il convient de semer le tabac au début de l’hivernage, pour pouvoir faire la coupe

avant la saison sèche. Les feuilles sont alors séchées sous un hangar, dans un courant d'air. De bons résultats ont été obtenus aussi en séchant les feuilles dans une pièce close chauffée par la cheminée d’un foyer extérieur. Ce procédé est assez pratique : la dessiccation a lieu en quatre jours.

11 n'y a rien de particulier à signaler au sujet de la fermentation, qui est obtenue par le procédé habituel : mise des feuilles en tas de 0“,o0 environ de hauteur, légèrement pressés, ouverts à plusieurs reprises, et refaits de telle façon que les feuilles qui étaient au milieu soient en dehors.

Les Bambaras cultivent également un tabac d’hivernage, le doli ( Nicotiana labacum ), qui est planté irrégulièrement autour des cases. Le doli n'est utilisé que par les fumeurs. Beaucoup moins fort que le s.ira, il est surtout consommé par les vieillards. La plante atteint un plus grand développement végétatif que le sira. Elle ne reçoit ni fumures, ni arrosages.

Acacia Adansonii [Acacia des tanneurs). — Cet Acacia est une variété de X Acacia Arabica de XYilldenovv. C’est le Bagana des Bambaras.

Il a de 4 à 8 mètres de hauteur. L’écorce est de couleur noirâtre et de structure fibreuse. Les rameaux sont armés d’épines stipulâmes droites, géminées, blanchâtres, persistantes, longues de 15 à 50 millimètres. Les Heurs, en houles de 15 millimètres de diamètre situées à l’aisselle des feuilles, sont jaunes. Les fruits sont des gousses indéhiscentes, couvertes d'un court duvet velouté, blanchâtres, grisâtres et ridées quand elles sont sèches. Ces gousses sont aplaties, plus ou moins arquées et contournées, longues de G à 15 centimètres, larges de 17 à 20 millimètres. Les indigènes les utilisent pour le tannage, et, pour cette raison, propagent l’arbre autour des villages.

J’ai vu vendre ces gousses -èches 0 fr. 10 le kilogramme à Nyamina, 0 fr. 05 à Barouéli, 0 fr. 03 à San. La production est actuellement trop limitée pour pouvoir alimenter un mouvement d’exportation, mais les essais poursuivis par la Station agronomique de Koulikoro ont montré que l'arbre se prête bien à la culture et qu’il serait possih le d’en créer de grandes plantations. Le Bagana se multiplie très facilement par graines et se transplante sans aucune difficulté à un an. Il a une croissance rapide et est peu exigeant quant à la richesse du sol. Il semble se plaire particulièrement dans les terrains argilo-siliceux. Dans de bonnes conditions de végétation, un arbre de trois à quatre ans a déjà donné plusieurs kilogrammes de gousses; à partir de la cinquième année le rendement moyen par arbre, pour une plantation serrée, à G mètres sur G, est de 5 kilogrammes au minimum, ce qui donne un rendement à l’hectare de 1.387 kilogrammesde gousses récoltées avant dessiccation mais pesées sèches (la dessiccation fait perdre aux gousses vertes 50 0/0 environ de leur poids). En éclaircissant progressivement la plantation, pour permettre aux sujets les plus robustes de se développer librement, on ne ferait qu’accroître le

rendement total à l'hectare, un arbre adulte pouvant donner de 25 à 40 kilogrammes de gousses sèches. M. P. Aiumann, qui a expertisé des gousses d’Acacia Adansonii récoltées dans la plantation de la Station agronomique de Koulikoro, a trouvé qu’elles contenaient 45 de tannin pour 100 de matière sèche et donnaient une solution aqueuse jaune clairet un précipité noir bleu avec les sels de fer. Il considère qu'elles constituent un excellent succédané du Sumac.

On a pensé diminuer les trais de transport en séparant des cosses les graines, qui ne contiennent pas de tannin et entrent pour 32 à 33 0/0 dans le poids total des gousses mûres : il n'est donc pas inutile de noter ici que deux échantillons de poudre de gousses d’Acacia arabica contenant respectivement G0, 9 et 54,5 0 0 de tannin, préparés par le département des Forêts du Soudan égyptien, ont été envoyés pour examen à l’Institut impérial de Londres en 1910 et soumis à des tanneurs et à des experts commerciaux qui, d'une façon générale, estimèrent que le produit trouverait difficilement un débouché sous cette forme, celle-ci se prêtant mal à l’extraction du tannin et les tanneurs préférant employer un extrait solide ou liquide, soluble dans l'eau. Les gousses entières, au contraire, furent jugées très intéressantes, et il fut déclaré qu elles pourraient être écoulées en Angleterre, à raison de 200 francs la tonne (1).

Les gousses de l’Acacia arabica des Indes anglaises, bien que riches en tannin, ne sont généralement pas utilisées sur place pour la tannerie, la liqueur tannante préparée avec elles fermentant rapidement sous l’inlluence d'un mucor qui agit sur les matières saccharifiables, dont la proportion peut dépasser 15 0/0 de la gousse formée cueillie verte. Des expériences poursuivies par le Laboratoire technique du département de l’industrie des Provinces-Unies, aux Indes anglaises, ont montré que l'on peut arrêter la fermentation en faisant bouillir la liqueur, en la maintenant à une basse température ou en la traitant par un antiseptique. La faible activité du mucor sous un climat tempéré explique pourquoi la fermentation en question ne met pas obstacle à l’emploi des gousses d’Acacia arabica en Europe. J’ignore la teneur en matières saccharifiables des gousses de la variété d’Acacia arabica cultivée dans la vallée du Niger, mais ces matières ont été dosées par M. Ammann pour des fruits de la lorme sauvage du Sénégal. Pour des gousses récoltées sur un même arbre, quand elles étaient demi-formées, puis ensuite tous les quatre à cinq jours, la teneur s'éleva progressivement de 3,90 0/0 à 15,21, ce dernier ch i lire concernant des gousses récoltées vertes. Cette progression est due à la formation de l’amidon qui se dépose dans les graines. On pourra donc vraisemblablement éviter une fermentation nuisible en cueillant les gousses avant

(1) D'après une information de la Dépêche coloniale du 18 juin 1920, des tanneurs belges poursuivent actuellement l'estai de ce produit i|u'ils reçoivent du Soudan anglo-égyptien sous le nom de « Sant grains » et s’en montrent très satisfaits.

maturité. Cette façon de faire présentera par surcroît l’avantage de fournir un produit plus riche en tannin, car les graines, qui constituent 32 à 33 0/0 du poids total des gousses mûres, n’en renferment pas.

De toute façon, il conviendra de ne pas laisser les gousses sécher sur l’arbre, car récoltées dans ces conditions elles colorent plus ou moins fortement le cuir et ne contiennent qu'une proportion de tannin, relativement faible.

Cheptel. — .1 ai noté dans la première partie de ce travail que la population de la région constituée par les cercles de Ségou, San et Koutiala comprend 40.000 Peuls possesseurs de beaux et nombreux troupeaux : il y a lieu d’ajouter que les Bambaras, Markas, Sénoufos et Bobos, pour être surtout cultivateurs, n’en possèdent pas moins un peu de bétail.

I n dénombrement des troupeaux fait en juillet 1918 a donné les chiffres suivants:

Cercles Envi les Ovidés Capridés Equidés Anes

Ségou 3 7 . 1 0 19 000 7.700 4.700 2.250

Sau 14.002 7.558 8.254 5.791 2. 270

Koutiala 12.175 10.056 33.993 2.026 524

Totaux.. 03.087 42.61 4 49.947 13.117 5.050

En 1912, on comptait :

Cercle de Ségou 66.856 bovidés

— San 11.081 —

— Koutiala 15.874 —

Total 93.811 bovidés

La diminution qui ressort de ces chiffres est due aux épizooties qui ces dernières années ont sévi durement sur les troupeaux de la région envisagée (péripneumonie depuis 1912, peste bovine de 1915 à 1918). On peut espérer que l’organisation en cours du service vétérinaire du Ilaut- Sénégal-Niger permettra de prévenir le retour de ces hécatombes.

La composition des troupeaux varie beaucoup d’une province à l’autre de la région étudiée. Si nous considérons l’élevage des bovidés, de beaucoup le plus important, nous constatons que les bords du Bani et de ses afiluents, où pullulent les mouches tsé-tsé et où régnent des maladies à tripanozomes, nourrissent une race spéciale, de très petite taille, à pelage généralement noir et blanc, à cornes courtes, souvent bottantes, très probablement parente de la race côtière dite des Lagunes. Abstraction faite de ce type, au Sud du 13e degré la race dominante est une autre race taurine (sans bosse), à pelage souvent fauve, à cornes longues et minces, de taille un peu plus haute que la précédente, quoiqu’encore très réduite, voisine de la race N” Dama du Sénégal. Plus au Nord apparaît le zébua nigérien, représenté surtout par les Méré-Ouolosso (race bambara du vétérinaire Pierre), hybrides obtenus par croisement du zébu et de vaches de race taurine. Ce type, le plus important par le nombre pour l’ensemble de la région envisagée, est aussi le plus intéressant au point de vue économique. Il

est déjà relativement volumineux, bien que la taille au garrot n’atteigne que rarement lm40. 11 fournit d’excellentes bêtes de boucherie et les vaches sont assez bonnes laitières. Il n’est pas impossible d’en utiliser les bœufs comme bêtes de trait, mais si l’on peut en obtenir de bons services pour les transports sur routes pendant la saison sèche, il est beaucoup plus délicat de les employer à la charrue. La saison des labours est en effet celle où se réveillent les enzooties locales (trypanosomiases et piroplasmoses), qui emportent rapidement les animaux soumis à un travail un peu dur.

Quoi qu’il en soit, à la protection et à l’utilisation judicieuse de ce cheptel bovin est lié le développement agricole de la région. Il est nécessaire en ellet pour la production des fumiers, comme pour l’utilisation des fourrages que fourniront des assolements bien compris.

Quand on le voudra, il donnera des attelages pour le transport des récoltes aux centres de traite.

L établissement de luzernières et de plantations de canne à sucre fourragère subordonnée seulement aux possibilités d'irrigation, permettrait de le décupler, et mettrait le colon européen en mesure de l’exploiter d’une façon particulièrement fructueuse.

J. Vuillet.

UNE MISSION D’ÉTUDES PRATIQUES

AU MOYEN-CONGO (Janvier-Avril 1920)

(Suite) (1).

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