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LA SITUATIIIN DE L ALGÉRIE

En ouvrant la session des Délégations Finanoières. M. Sleeg gouverneur général de l'Algérie; a prononcé le discours suivant :

Messieurs,

Au printemps prochain. M. le Président de la République sera notre hôte. L’occasion m’est' douce de loi renouveler l’expression publique de la joyeuse gratitude de toute la population algérienne. Me permettre/- vous d’ajouter que j’éprouve comme une fierté personnelle à la pensée de recevoir avec vous l'homme d'Etat qui m'honora de sa confiance en des heures difficiles el m’appela à collaborer avec lui à une œuvre d'ordre public, de concorde républicaine-et de relèvement national dans la fraternité française?

En plein accord nous prendrons les mesures utiles pour que ce voyage serve efficacement le prestige, la renommée el la prospérité de l’Algérie. Nous savons avec quelle attention lucide et minutieuse M. Alexandre Millerand suit les efforts de notre colonie. Lorsque ce grand travailleur aura noté sur place les efforts ingénieux, patients, obstinés du peuple d'Algérie, il les secondera de sa robuste et tenace énergie, de toute l'autorité qui s’attache à sa personne et à sa haute magistrature.

Nul n’écliappe, en effet, Messieurs, à la séduction délicate et impérieuse qu’exercent les hommes cl les choses de ce pays. Et quiconque débarque sur cette terre en conquérant, même pacifique, est dès l'abord conquis. Depuis que le gouvernement de la République m'a fait l’honneur de m’appeler au poste que j'occupe, j’ai pu prendre contact avec un grand nombre d'eutre vous. La cordialité de votre accueil, la sincérité Confiante des questions que vous m’avez posées, des renseignements que vous m'avez fournis, atténuent l’inquiétude que me causerait l'imposant apparat de cette première rencontre officielle avec votre assemblée.

A Alger, à Conslantine. à (Iran, je me suis trouvé au milieu de la population réunie sans distinction de classe, de race ou de religion, et la sympathie chaleureuse dont elle m'a prodigué les témoignages aurait pu m’arracher à la modestie, salutaire aux hommes publics, si je n'avais compris que ces hommages allaient moins à ma personne qu'au représentant de la République, à l’envoyé de la patrie.

Si douces qu’aient été à mon cœur ces manifestations de l'espérance populaire, ma tâche u'était pas close pour les avoir goûtées. Elles m’apportent un encouragement, elles aiguisent en moi le sens des responsabilités que je dois prendre devant la France et devant vous. Cette heure où les énergies de l’Algérie s’orientent vers un avenir que notre effort fera, selon la valeur de notre œuvre, plus ou moins prospère et resplendissant, cette heure où je dois, sous le regard de la métropole, avec la collaboration de tous les élus algériens, me montrer digne, par mou labeur, par mes iuitiatives et leurs résultats, de la confiance de la République el de votre approbation, celte heure d’émotion personnelle et de recueillement patriotique, comment pourrais-je en méconnaître la redoutable solennité?

J'ai, dans la vie parlementaire, fréquenté d’autres assemblées. J’en ai connu les fluctuations et ce n’est pas sans quelque émoi que j’attendais leurs orages. Je viens à vous, cependant, sans inquiétude, parce que je sais dans quel esprit de sérénité vous accomplissez votre tâche. Sérénité, «lis-je : sérénité u’est pas somnolence. Chacun de vous est prêt à soutenir avec ténacité, avec ardeur, parfois même avec emportements, les intérêts dont son mandat lui donne la charge. Mais vos débats restent toujours ceux d’hommes qu’anime le seul souci du bien public et qu’unit une même ferveur d’amour pour la France el pour l'Algérie.

J’ai déclaré. Messieurs, à diverses reprises, que j’entendais maintenir intacte l’autorité, remise entre mes mains par les lois existantes. Nul de vous ne s’est mépris sur ma pensée : un gouverneur qui gouverne n'esl pas l’homme qui s'imaginerait niaisement que. parce qu’il est protocolairement le premier, il est le seul, et que, parce qu’il peut beaucoup, il sait tout. Ne redoutez pas pour moi, Messieurs, l'entraîne-

ment de la vanité, la griserie de l’arbitraire, la promptitude présomptueuse de l’ignorance.

Nécessaire pour rappeler parfois utilement aux administrations métropolitaines que. parmi les innombrables dossiers que la complication des circonstances actuelles amoncelle dans leurs bureaux ; il en est qui intéressent et intéressent vitalemenl l'Algérie, nécéssaire pour travailler efficacement à substituer de plus en plus à l’antagonisme des races leur collaboration, à la lutte des partis leur émulation, à la rivalité des régions leur harmonieux accord, l’autorité dont je dispose ne serait qu’un privilège frivole ou redoutable, si elle ne s'appuyait sur une observation attentive, variée, au besoin indiscrète, si elle ne s’assurait de la consultation méthodique des intérêts, de la collaboration* systématique des compétences. Celle consultation, cette collaboration, je suis certain que vous me les apporterez, et cette certitude m’est un apaisement devant les conjonctures exceptionnelles que traverse aujourd’hui l’Algérie.

Rappelons-nous 1913 : Un excédent de recettes budgétaires considérable semblait apportera l’Algérie la promesse d une ère de prospérité solide et croissante. Brusquement, le gouffre s’est ouvert. De son souffle meurtrier, la guerre a tout secoué. Elle a arraché les enfants de votre terre à leur œuvre de paix. Citadins et ruraux, Français et indigènes, au premier rang dans la fournaise, sont tombés par milliers sur la terre de France qu’ils ont sauvée. Tout, dans leur sacrifice sublime, n'a pas été perdu pour l’Algérie. Par lui a été proclamée l'indissolubilité du lien qui la rattache à la mèrepatrie, lien de fidélité cl d’amour, lien tissé d’héroïsme, de justice, de reconnaissance pieuse et infinie.

Messieurs, vous avez participé à la fièvre de production que suscitaient les exigences d’un effort sans précédent dans l'histoire : mais vous avez été enveloppés, vous aussi, dans la crise fatale où se débat aujourd'hui le monde, tragique soubresaut d’une prospérité précaire sur qui planait le signe de la destruction. Et. pour comble d'infortune, comme si le ciel, mal assouvi, s’était obstiné à poursuivre la besogne meurtrière dont les hommes s’étaient lassés, voici que les deux années qui viennent de s'écouler ont désastreusement compromis vos espérances par le déficit de la récolte d’abord, par l’effondrement des cours ensuite. Les transactions s’arrêtent : I instabilité de toutes les valeurs, celle des produits agricoles et industriels, celle aussi de l'argent, rend toute prévision réfléchie impossible. La cherté de toute chose persiste, tandis que les ressources accumulées servent moins à de futiles satisfactions de luxe qu’à la lutte tenace contre l’adversité entêtée. Malgré sou labeur acharné, le colon ne retrouve pas dans la terre le trééor que, de ses propres mains, il a audacieusement enfoui. Et voici que le, crédit, plus que jamais indispensable, se restreint ou -e dérobe.

La chute est rude. Se voiler la face devant ses réalités ue sert à rien. Je l'ai dit déjà: je ne suis pas pessimiste : mais mon optimisme n'est pas fait de résignation au mal présent, dans l’attente paresseuse d'un infaillible et bienveillant avenir. Je ne crois pas que les choses s’arrangent toutes seules. C’est eu nous-mêmes qu'il faut croire, c'est de noire énergie qu'il faut bondir, comme d’un tremplin, pour atteindre aux améliorations nécessaires. Vouloir pour relever, vouloir pour réparer, vouloir pour créer, tel me parait l’optimisme fort et nécessaire de l’heure. Cel optimisme robuste et réfléchi est. celui des Délégations financières. Le titre même de celte assemblée indique l’importance décisive de son action. Le baron Louis disait : « Faites-moi de bonne politique, je vous ferai dé bonnes finances ». Il semble que l'on puisse, aujourd’hui, retourner la proposition : la question financière domine, commande, absorbe toutes les autres. 11 s'agit, en dehors de tout parti pris d’école ou de système, de fonder un équilibre budgétaire qui se présente actuellement comme une des nécessités primordiales du la résurrection politique et économique de notre pays. L'assemblée à laquelle incombe une telle tâche tient, en fait, dans ses mains, les destinées de la colonie. Aussi, est-ce au début de sa session ordinaire, dans laquelle se discute le budget, que mes éminents prédécesseurs avaient coutume de vous apporter l’exposé analytique des idées qui devaient inspirer leur action dans le domaine économique, politique et colonial. Vous en trouviez la traduction précise et positive dans les chiffres inscrits aux divers chapitres de leurs propositions financières. Tout en définitive, aboutit au budget. Aussi 11’est-ce qu’à la ses-

*iou ordinaire prochaine que je vous imposerai la lecture d'un discours programme qui ne sera que la préface et le commentaire du projet de budget de 1923.

Je ne peux pas, cependant, demeurer indifférent à l’œuvre que vous avez accomplie au mois de juin dernier, et sur laquelle la colonie vivra au cours de l’année qui va s’ouvrir dans quelques jours. Le budget de 1922. établi par vos soins on accord avec mon prédécesseur, n'a pas encore été voté par le Parlement, mais nous voulons espérer qu'il le sera bieutôl tel que vous l’avez fixé. Ce résultat, ce n’est pas sans peine qu'il aura été obtenu. Vous le savez, nous avons craint, à plusieurs reprises, que l'équilibre n’en lût profondément bousculé par la suppression de reccltes et l’addition de charges que risquait d'entraîner l’élaboration difficile du budget métropolitain.

Vos élus à la Chambre et au Sénat ont défendu avec une ardeur éloquente et une habileté expérimentée, les intérêts de l’Algérie. Le gouvernement français nous a aidés de sa confiante sympathie. Mais vous ne me pardonneriez pas de ne pas signaler le rôle joué par votre président au sein de la Commission constituée par le ministre des Finances et où se débattait la question de savoir si la garantie d'intérêt promise à la colonie par la loi de 1904 lui Serait maintenue. En l'absence des Délégations financières, et soucieux de ne pas les engager sans leur assentiment, j’ai fait appel à M. Sabatier : il a bien voulu représenter le Gouvernement général et il a défendu notre thèse avec tant d’ingéniosité juridique, d'autorité courtoise el de conviction rayonnante que le texte élaboré par lui. légèrement modifié par nous, sera soumis à vos délibérations et à celle du Parlement.

Je me suis opposé, Messieurs, à la disposition qui, installant le déficit dans le budget algérien de 1922, nous obligeait à créer des ressources nouvelles. Je n'ignore rien, hélas! des difficultés au milieu desquelles se débat le ministre des Finances. Je couslate que les peuples associés ou alliés qui s’étaient juré, les uns aux autres, de rendre toute nouvelle guerre impossible par le désarmement définitif de l’agresseur et de relever les ruines de la France héroïque, innocente el meurtrie, semblent distraits de leurs serments solennels par des préoccupations moins généreuses. Je sais que les Français d’Algérie ont toujours répondu à l’appel de la mèrepairie et qu’ils sont prêts à lui apporter leur labeur, leur argent, leur vie. Mais je crois — el je l'ai dit avec toute la force d’une conviction réfléchie — que nous nous trouvons, en Algérie, à la limite des possibilités d'exigence fiscale. La commune, le département, la colonie, se lournenl vers le contribuable, cl si ce ne sont pas les mêmes qui perçoivent, c’est le même qui paie. Prenons garde qu’il ne demeure inerte cl impuissant sous le poids des taxes variées qui l’envelopperaient comme un vêlement de mieux en mieux taillé à sa mesure, mais comme un vêtement de plomb. Maintenons ses forces contributives à la hauteur de son patriotisme fiscal, dont il a donné, dont il donne et donnera des preuves éclatantes.

Ge n’est point par l’augmentation des impôts de chacun «pic nous ferons face aux obligations morales el financières, dont nous voudrions nous acquitter si allègrement vis-à-vis de lu France. Nous y réussirons par la multiplication du nombre des contribuables, par l'accroissement du profil qu’ils lire roui de l’exercice d’une activité rendue de plus en plus alerte, facile et féconde. Le budget d’une nation est fonction de sa richesse vivante et circulante, produire, créer, multiplier les sources de richesse, utiliser leur force latente, assurer à toute valeur le débouché qui en fait le prix, voilà comment, par l’amélioration de la situation algérienne, nous ouvrirons la voie à l’assainissement des finances françaises.

Vous l'avez bien compris. Messieurs, lorsque vous avez dressé voire programme de grands travaux, lorsque vous avez décidé que chemins de fer, ports, travaux hydrauliques, colonisai ion. recevraient des dotations importantes, rançon nécessaire d'un avenir fructueux. Mais il va de soi que ces perspectives riantes ne seraient qu'un vain mirage si nous frappions de paralysie les affinités présentes en leur imposanl un effort accablant. Pendant l’exécution même des Ira vaux décidés, nous éviterons la lenteur d’un formalisme aussi coûteux dans ses minuties scrupuleuses qu’un gaspillage précipité. Nous penserons aussi que la réalisation du programme établi ne grèvera pas seulement nos finances de la charge des intérêts correspondant aux fonds empruntés

pour le dernier établissement, mais encore du déficit inévitable des premières années d’exploitation de ces organismes nouveaux. Dans la discussion que j’ai eue avec les représentants des ministres des Finances et. des Travaux publics, j’ai fait observer que, s’il ést permis d’espérer que l’exploitation des chemins de fer métropolitains arrive par l’institution d’un fonds commun, à mettre les dépenses à la charge des seuls usagers, une telle perspective nous est interdite en Algérie, où le rail est un instrument de colonisation qui ne met pas toujours en communication les centres actuels, mais prépare la création de centres futurs. 11 ne suffit pas hélas ! que les vignes soient plantées pour que les tonneaux s’emplissent ! Et, demain, lorsque nous aurons à examiner le projet de convention relative aux transports maritimes entre l’Algérie et la métropole — et ce sera l'objet d'une prochaine réunion des Délégations financières — tout en faisant œuvre de prévoyance et de solidarité algériennes, tout en cherchant à obtenir que les relations soient régulières, fréquentes, rapides, nous aurons à la fois à sauvegarder les intérêts du budget de la colonie et les intérêts de sa prospérité que compromettraient gravement des tarifs excessifs, parlant prohibitifs, imposés aux transports des voyageurs et des denrées. Ainsi, partout, nous devons pratiquer une politique financière de prudence el de progrès , 'partout, nous devons nous garder aussi bien de la pusillanimité quelle la mégalomanie. L’une et l’autre portent en elles un principe de stérilité.

Mais, Messieurs, nous ne pouvons pas nous considérer comme de simples gérants de la fortune algérienne. Nous avons aussi charge d’âmes. Nous avons charge de nation. Plantée sur les rives de la Méditerranée, l’Algérie n’est pas béotienne. Elle s’inspire d’Alhèncâ, de Home et de Paris. Depuis vingt ans. la part la plus importante de ses recettes budgétaires est allée au développement de la culture française, à la réalisation d’une œuvre d assistance el de bonté. L’Algérie veut être, sans doute, un champ magnifique; débordant d’abondance ; elle veut être plus que cela, cl, j’ose le dire, mieux que cela. J’en atteste celle intelligence agile, ce sens de l’élégance el de la beauté1 qui se rencontre partout ici. Celte race nouvelle, fruit du génie latin, n’a pas perdu, en traversant 1a mer illustre autour de laquelle se sont dressés tant de cités fameuses, lanl de civilisations brillantes, ses qualités natives de hardiesse, de mesure et de grâce.

Vous avez consacré, en vingt ans. sur les seules ressources du budget ordinaire, près d'un demi-milliard à l'instruction publique. Vous prévoyez, pour l'augmentation et l'amélioration de nos installations scolaires, une somme de plus de 200 millions, qui seront employés en quinze ans. Ainsi, nos concitoyens, de plus en plus nombreux, seront mis à même de ralliera la pensée française, la plus désintéressée. la plus profondément humaine qui soit, les enfants de loule origine qui peuplent ce pays.

C’est ainsi que la France entend conquérir : son impérialisme, le voilà ! Elle ne s’impose à personne par la contrainte. Elle s’olfre. aimable et sereine, dans la splendeur de son idéal immortel, qui n’est pas seulement de beauté, mais encore de justice et de pitié sociale. C'csl parce que vous souffrez du spectacle de la souffrance, c’est parce que vous ne croyez pas au dogme des maux nécessaires, que vous ne vous conteniez pas d’adoucir les misères, mais que vous voulez en atténuer ou en supprimer les causes psychologiques. économiques ou sociales. Voire programme prévoit, au litre de l'assistance publique, des sommes importantes, et déjà, les budgets de 1921 et de 1922 ont montré votre ferme résolution d’arrêter, par une aelion pratique et généneuse. les conséquences ruineuses el d'empêcher le renouvellement des événements qui ont si douloureusemenl assombri l'année 1920.

Votre conception du rôle colonisateur, je veux dire civilisateur de la France s'esl affirmée de la Inlle que vous avez engagée contre la disellc. la maladie, l'insécurité. Des crédits importants ont été mis à la disposilion du Gouvernement général ; ils ont pour objet de permettre le renouvellement de certaines avances, la distribution de semences, le labour des terres qui. depuis deux ans n ont pas été emblavées. la reconstitution d’un cheptel décimé par la sécheresse, l’amélioration de l’outillage agricole, l’organisation d’un enseignement pratique dont les résultats évidents développeront le goût du travail. 11 importe que ces crédits aillent entièrement et promptement à leur destination. Je ne

BULLETIN DU COMITE DE L'AFRIQUE FRANÇAISE

me flatte pas d'avoir prévenu toute erreur, épargné tout déchet, évité tout retard, mais mon attention s'est attachée minutieusement à l’accomplissement d une œuvre qui, si modeste qu’elle puisse paraître, est essentielle. Fonctionnaires français et fonctionnaires indigènes ont été invités à une surveillance continue, à une activité incessante. Ils seront jugés — et ils savent — sur les résultats effectifs tangibles, qu’ils auront obtenus. Assez, n'est-il pas vrai, de statistiques tendancieuses ; assez d’œuvres de façade qui ne fonctionnent que les jours où quelque personnage officiel vient les visiter.

Partout, l'influence de l'autorité française doit s’exercer, dans les grandes comme dans les petites choses ; partout il faut qu'on sache que, dans la situation financière du pays, le patriotisme exige que tout sacrifice budgétaire se traduise en accroissement de bien-être et de sécurité.

La sécurité est la condition vitale de toute collectivité civilisée. Sur ce point, pas de divergences doctrinales, pas de controverses politiques. La tâche première de tout gouvernement est de maintenir l’ordre matériel. Partout cet 01 dre fut ébranlé par la guerre, qui. si elle exalta l’héroïsme, déchaîna la barbarie. Dans le bouleversement universel, les pires instincts ont cherché à se donner libre cours en Algérie. comme ailleurs. Et. sans doute, l’angoisse de l’insécurité est-elle plus vive et plus justifiée dans une colonie. La dispersion des demeures sur une vaste superficie, la rareté des routes, la difficulté des communications ne permettent pas à l'agriculteur d’appeler ses voisins à l'aide en cas d’agression criminelle. Il ne craint pas seulement pour sa famille et lui-même, mais pour ses biens, pour ses récoltes sur pied ou en meules, qui représentent souvent l'ingrate rémunération d'un long et douloureux effort et qui sont exposés à la îapine ou à l’imbécile destruction. Colons et indigènes se sont tournés Aers le Gouverneur général. Vous avez été les interprètes autorisés de leur émoi. Comment ne nous serions-nous pas attachés de tout notre pouvoir à l’accomplissement d’un devoir plus impérieux que partout ailleurs, en un pays de colonisation?

Certes, il reste beaucoup à faire. Je veux me défendre de toute présomption vaniteuse, mais vous reconnaîtrez avec moi. et votre esprit de justice a déjà reconnu que des mesures efficaces ont été prises, que l’activité des brigades mobiles, que les instructions précises et fermes données à tous les fonctionnaires fiançais et indigènes, que les sanctions appliquées à certaines négligences ont déterminé une amélioration incontestable de la situation. Nous redoublerons, Messieurs, de zèle, d’attention, d'ingéniosité. Nons serons très exigeants pour nous-mêmes, nous n’invoquerons pas comme une excuse les crimes nombreux qui se produisent daus la Métropole et clans d’autres colonies. Nous avons l’ambition virile que l'Algérie donne, comme elle le peut, l’exemple de labeur dans l'ordre et dans da paix.

Nul n'a songé à confondre les pillards, des bandits qui. trop souvent, ont troublé vos campagnes, avec ce qu’il y a de sain, de probe, dans la population indigène qui. elle aussi, souffre de leurs méfaits et. plus que tout autre subit leur action de terreur. A côté des malfaiteurs habituels, et, en quelque sorte, professionnels, il est des délinquants occasionnels conduits par des circonstances économiques ou sociales à des fautes que nul de nous ne songe à excuser ou à absoudre, mais nous devons travailler à eu prévenir le retour, en agissant sur les causes : la faim, la maladie, l'ignorance fanatique, l’absence de profession sont de mauvaises conseillères.

Traquons, frappons impitoyablement les chefs de l’armée du crime. Empêchons-les de former des i’ecrues. Pour cela, enseignons, au besoin imposons une hygiène générale plus stricte à une population qüi, trop souvent l’ignore encore. Enseignons, au besoin imposons les bienfaits de la près voyance à une population qui n’en a pas spontanément l'idée. Donnons, au besoin, imposons à une population illettrée, souvent nonchalante et négligente du progrès, une instruction qui corresponde non pas à notre fantaisie, mais à ses besoins véritables et à ses réelles aptitudes.

11 ne s'agit pas de fabriquer à grands frais des déracinés : il .''agit d’enraciner, au continue, les indigènes algériens dans la vie d’une grande colonie française qui entend que l’accroissement de la prospérité générale se traduise en amélioration matérielle et morale du sort de tous ceux qui, de leur patient et utile labeur, y auront collaboré.

Ordre, concorde, bien-être, développement économique ininterrompu, progrès intellectuel et moral incessant, telle est, telle sera notre devise. Tour la faire descendre des motdans la réalité, il ne suffit pas de la volonté d’un homme, il y faut celle d’un peuple. Comment unifier dans une direction unique mille et mille impulsions divergentes et sans cohésion ! Nous y sommes parvenus pendant la guerre grâce a la discipline militaire, sans doute, mais aussi et plus encore, peut-être, grâce à cette discipline tout intérieure que chaque citoyen s’est imposée et qui, du fond de sa conscience. 1 avertissait de son devoir, faisant taire en lui les appelde la vanité, de la rancune, de l'intérêt égoïste.

Ce régime d union n’est point périmé. L'accueil que ce pays a bien voulu réserver aux paroles de concorde et de fraternité que, depuis mon arrivée, je ne cesse de lui adresser. me sont un sur garant de la force qu’il possède encore et de 1 influence, sur l'âme algérienne, de l'idéal dont il s’inspire. Ce besoin de concorde n’est pas seulement l’aspiration naturelle d une âme généreuse; il répond aux exigences présentes et pressantes de la réalité. 11 importe que toutes les volontés algériennes se groupent en un même faisceau pour accomplir la tâche de reconnaissance collective. Mes efforts s’uniront aux vôtres.

Etranger à tout dogmatisme prétentieux, convaincu que si ma fonction m’impose les responsabilités les plus hautes, elle ne me confère pas une hautaine infaillibilité, je vous demanderai sans cesse de m’éclairer de vos avis, de vos vœux, de votre expérience. Notre collaboration sera franche, loyale et confiante, telle que je la désire, telle que vous la souhaitez. Nous y apporterons, les uns et les autres, toute notre ténacité méthodique, toute notre réflexion désintéressée, toute notre bonne foi. Cette estime réciproque nonsoutiendra aux heures d’hésitation. Aux heures d’inquiétude, nous serons réconfortés par l’amour ardent de cette colonie splendide, par la conviction que la contribution la plus efficace que nous puissions apporter à l'œuvre grandiose de la démocratie française est une Algérie active prospère, fraternellement unie dans le labeur comme elle le fut dans l’épreuve.

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Les troupes marocaines

dans l'armée française.

Les T. A. M. vont disparaître ; il n’y aura plus désormais de « troupes auxiliaires marocaines » : les troupes marocaines feront partie de l'armée française où elles* ont depuis longtemps conquis leur place au premier rang par leurs services au Maroc, en France et en Orient. Quel chemin parcouru depuis la révolte des tabors de Fez en 1912 jusqu’au projet de loi qui vient d’être déposé par le gouvernement pour transformer les troupes auxiliaires marocaines en corps réguliers! Pour ceux qui comme nous, ont toujours eu foi dans le développement de l’armée indigène française, la lecture de ce passage de l’exposé des motils du projet de loi est une satisfaction et une récompense :

En vue d'utiliser une partie des ressources en hommes que nous offrent les populations indigènes marocaines, dont le tempérament guerrier est bien connu, on avait organisé avant la guerre contre l'Allemagne des formations diverses : goums, maghzens, convois auxiliaires, etc., ainsi que des unités dites troupes au.riliaires marocaines, formées en majeure partie d’éléments venus de l'ancienne armée chérifienne, supprimée après les malheureux événements survenus à Fez, en avril 11)12.

Or, ces troupes auxiliaires maroeaines n'onl cessé, depuis leur création, d être partout employées aux côtés de nos corps réguliers.

Pendant la guerre de 1914-1918, en particulier, des régiments de marche de tirailleurs et de spahis marocains sont venus en France ou ont été envoyés en Orient, pour combattre sous nos drapeaux contre l’ennemi commun.

Il est donc apparu, dès 1915, que l’incorporation de ces belles troupes dans notre armée nationale, serait tout à la lois un acte de justice et d’utilité militaire. Elle devait consacrer le droit des indigènes marocains aux avantages pécuniaires, tels que soldes, hautes payes et pensions de retraite dont bénéficient nos soldats indigènes des corps réguliers. Elle devait permettre une meilleure utilisation des ressources de recrutements existant au Maroc.

Un projet de loi tendant à la transformation des troupes auxiliaires maroeaines en corps réguliers, fut donc soumis au Parlement.

La Chambre des députés l'adopta dans sa séance du 25 novembre 1915.

Mais, sur la demande du commissaire résident général de France au Maroc, qui, pour des raisons d’opportunité politique, préférait que le statut des troupes auxiliaires maroeaines ne fût pas modifié au cours de la guerre, ce projet de loi, déposé sur le bureau du Sénat, le 9 décembre 1915, est resté, depuis cette époque, en instance devant la Haute Assemblée.

Ces raisons n’existent plus aujourd’hui : le moment csl venu de reprendre la réforme projetée et d’en poursuivre l'aboutissement en y apportant, toutefois les modifications nécessaires.

En particulier, un projet qui a pour but essentiel de régulariser l'existence des « troupes auxiliaires marocaines » en les incorporant dans l’armée ne doit actuellement viser qu’à régler la situation militaire des indigènes marocains servant dans ces troupes, en fixant leur statut et le régime de leurs allocations et pensions sur le modèle des autres troupes indigènes de l’Afrique du Nord.

Quant à l’organisation de détail de ces troupes après leur régularisation, elle sçra réglée, en même temps que celle de toutes les troupes indigènes originaires da l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc, par la prochaine loi des cadres. 11 y avait donc lieu de supprimer, dans le projet de loi actuel, toutes dispositions relatives à ces objets.

Les « troupes auxiliaires marocaines » comprennent, à l'heure actuelle, les unités suivantes :

La garde noire du sultan ("garde chérifienne);

Infanterie. — t> régiments -f- 1 compagnie (détachée à Tanger).

Cavalerie. 2 régiments -f- 3 escadrons.

Artillerie. 2 batteries de montagnes.

Génie. — 3 compagnies de sapeurs-mineurs.

Génie. — 1 compagnie de monteurs télégraphistes.

Le statut de la garde chérifienne n’est pas à modifier, cette unité auxiliaire étant spécialement affectée au service . du sultan. La compagnie de Tanger, dont l'emploi est également spécialisé, sera rattachée à la garde.

Les autres unités des « troupes auxiliaires marocaines « seront toutes comprises dans l'organisation nouvelle et incorporées dans l’armée.

En ce qui concerne l'infanterie et la cavalerie, la régularisation des unités auxiliaires existantes peut être réalisée par création d’unités normalement recrutées en Marocains, et qui seront des « régiments de tirailleurs marocains » et des « régiments de spahis marocains ». Leur nombre et leur composition seront fixés par la loi des cadres en préparation. En attendant celle loi, les premières unités à créer seraient obtenues par incorporation pure et simple dans l’armée régulière des éléments de ces armes existant actuellement dans les « troupes auxiliaires marocaines ». Le ministre de la Guerre serait chargé de régler cette organisation provisoire.

Quant aux unités d’artillerie et du génie, où le personnel français doit nécessairement être employé en proportion assez forte à côté du personnel indigène, il n’y a pas d’intérêt à leur conserver le caractère spécial de troupes marocaines. Pour ces deux armes, la réforme proposée consiste donc en la transformation des unités marocaines actuelles en batteries de montagne et compagnies du génie du type normal au Maroc, et en leur incorporation dans les groupes d’artillerie

métropolitaine et les bataillons du génie en service dans le Protectorat.

Le recrutement des indigènes marocains se fera uniquement par voie d'engagement et de rengagement, tant que le gouvernement chérifien ne demandera pas le rétablissement de la conscription, dont l’application au Maroc est depuis longtemps tombée en désuétude. Ainsi nous ne risquerons pas de heurter les sentiments de ceux de nos indigènes qui sont encore rebelles à nos institutions, et nous ne ferons appel qu’à des concours volontaires et intéressés à servir sous nos drapeaux.

L’exposé des motifs conclut justement :

En résumé, la loi que nous vous proposons a pour but de régulariser l’existence de troupes auxiliaires qui combattent constamment aux côtés de nos troupes régulières et sont employées dans les mêmes conditions.

L'intelligence, la vigueur et les vertus guerrières des Marocains, l’attachement qu’ils témoignent déjà à l’Etat protecteur, la glorieuse participation qu’ils ont prise à la guerre contre l’Allemagne, donnent l’assurance que les nouvelles unités marocaines ne le céderont en rien aux troupes indigènes de l’Algérie et de la Tunisie.

On peut en être sur : les hauts faits des Ie1' et 2e régiments de tirailleurs marocains au front de France etdu régimentde spahis marocains en Orient et au Levant et la bonne tenue des régiments de tirailleurs marocains actuellement sur le Rhin répondent de l’avenir.

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