MISE EN TABLEAUX DES TYPES CHROMATIQUES
73. Groupement des teintes. — Voulant mettre en évidence la parenté et les harmonies qui relient entre elles les différentes teintes, nous devons renoncer à l'agencement adopté par M. Chevreul, soit en secteurs de cercles soit en bandes parallèles. Tenant d'ailleurs à représenter non seulement les gammes lavées ou rabattues, mais de plus les tons résultant de la combinaison de chacun des tons lavés avec chacun des tons rabattus et à faire de même avec les nuances, nous n'avons plus à choisir notre mode de groupement : celui de la table de multiplication s'impose, et nos tables de teintes auront cet avantage sur celle attribuée à Pythagore qu'il n’y aura pas double emploi. Nos gammes étant de sept tons, y compris ceux de départ et d'arrivée, nos facteurs étant de nature distincte, nous aurons sept fois sept où quarante-neuf teintes différentes en chaque tableau. Reste à savoir si ce groupement est pratiquement réalisable par les procédés ordinaires de la polychromie lithographique ou typographique. Tout éditeur ne
reculera-t-il pas devant la difficulté et les frais de l'exécution ?
74. Recours au mélange optique. — Un artifice souvent employé en des cas
analogues mais trouvant ici une application beaucoup plus complète permet de
tourner heureusement la difficulté. Au lieu dechercher nos teintes dans le mélange mécanique préalable de leurs composantes, nous les obtiendrons par le mélange optique du rayonnement respectif de ces mêmes composantes, en les superposant par une impression successive dans les proportions et conditions voulues pour la production des dites teintes. On comprend en effet que ce mariage optique ne saurait se réaliser qu'autant que les couleurs ne se masqueront pas l'une l'autre, qu'elles seront plutôt juxtaposées que superposées, eten touches assez menues pour qu'à une certaine distance les rayons nés de ces deux couleurs composantes se
fondent dans une sensation résultante unique.
75. Emploi des lignes au lieu du pointillé. — M. Chevreul recourt à un grain plus ou moins serré pour représenter les différents tons; J'ai cru devoir préférer des lignes, des traits continus, et cela pour plusieurs raisons. D'abord, on peut régler mathématiquement l'épaisseur et lécartement des lignes, ce qui assure une eradation parfaite ; de plus, avec des lignes on peut beaucoup plus facilement éviter le danger de voir les impressions successives se recouvrir plus où moins complètement, il suffit de donner aux lignes unedirection telle que, dans la superposition, il ne puisse y avoir qu'un croisement ; ce croisement sera Sans inconvénient avec des couleurs un peu transparentes comme elles le sont habituellement.
Nous nous sommes arrêté à un tracé uniforme de deux traits par millimètre pour tous les tons et toutes les nuances, faisant reposer la gradation uniquement
sur l'épaisseur de ces traits. Dans nos gammes, en dehors des tons de départ et
d'arrivée qui sont l'un plein, l'autre vide (en blanc), il reste cinq tons à craduer ; nous avons procédé par douzièmes de millimètre : les traits ont successivement une épaisseur de 1/12, 2/12, 3/12, 4/12, 5/12 de millimètre.
Quand il s'est agi de combiner les traits des deux planches de gravure dont l'impression devait se superposer, nous nous sommes trouvé en face d’une ressource inattendue. Du moment que la gradation de tons était identique sur chaque
gissait pour ces tons de se rencontrer dans la superposition,
planche et qu'il s’
comme les facteurs dans la table de multiplication, en croisant mutuellement leurs
traits, la même planche pouvait suffire aux deux impressions ; on n'aurait pour la seconde impression qu'à faire faire à la planche un quart de tour sur elle-même.
Dès lors l'exécution de nos tableaux typiques était singulièrement simplifiée.