‹ Répertoire d'optiquemoderne, ou analyse complète des travaux modernes relatifs aux phénomènes de la lumière (volume 2)Chapitre 4 sur 31 · II. Dessins électriques secondaires · texte numérisé non relu

II. Dessins électriques secondaires

Les dessins électriques secondaires ne deviennent visibles que par un changement mécanique ou chimique produit à la surface d'une plaque par des décharges électriques ; ils se manifestent sur des pla* ques de toute matière et ne diffèrent pas , quelle que soit l'espèce d'électricité employée. Us se partagent en deux groupes, suivant que le changement affecte seulement la couche étrangère qui couvre la plaque^ cas auquel on rend les dessins visibles par la condensation de vapeurs ; ou suivant que la substance même de la surface a été mo<^ difiée, cas auquel ils sont visibles immédiatement

l*" Dessins visibles par la condensation de vapeurs. Les figures d'expiration résultent d'une simple décharge électrique, et sont différemment conformées suivant la matière de la plaque sur laquelle elles se produisent Sur la résine , elles sont rubanées ; sur les mé« taux, circulaires ; sur le verre et le mica, plusieurs fois anastomosées.

Les mages d'expiration résultent de décharges qui se suivent dans une direction alternativement opposée. Elles ne diffèrent point, suivant la nature des plaques , mais une différence sans importance (la confusion plus ou moins prononcée de l'image) est souvent due à la plus ou moins grande netteté des plaques.

2*" Dessins visibles immédiatement. Les bandes colorées se pn>duisent par une décharge électrique vive sur la surface du mica et du verre tendre; elles se présentent comme des bandes colorées bordées de deux lignes noires très-bien arrêtées.

Les anneaux colorés proviennent des décharges qui ont eu lieu en^ tre une pointe et une surface métallique polie.

Les images persistantes naissent sur toutes les plaques par suite d'une série de décharges alternativement opposées, et qui persistent longtemps après la naissance de l'image d'expiration parfaite.

Les images électrolyiiqnes se produisent sur du papier qu'on a plongé dans une liqueur décomposablo appropriée, au moyen d'une

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série de décharges alternativement contraires , dont la moitié seule-^ ment a de Tinfluence , et dans lesquelles une espèce d'électricité déterminée se décharge sur le papier.

Par suite de ses recherches, Fauteur a fait connaître la propriété remarquable que possède le mica frais, de condenser la vapeur d*eau en une masse cohérente , et hasarde une explication des formes variées des figures de poussière, phénomène jusqu'à présent enveloppé d'épaisses ténèbres.

La note suivante de M. Bertot , résume assez bien tout ce qui précède : il suffira ensuite de quelques mots pour éclairer cette vaste question de la formation des images à la surface des corps.

Nouveamx moyens pour obtenir des images de Moser, par M. BER- TOT. — « Je suis parvenu à produire, avec la plus grande facilité, les images de toute espèce de corps sur une plaque polie , et cela , en employant seulement le souffle de Thaleine : la nature de la plaque qui doit recevoir l'image, est absolument indifférente, pourvu qu'elle puisse condenser la vapeur de l'haleine d'une manière visible. J'ai observé , contrairement à M. Morren , que plus les surfaces étaient soigneusement débarrassées de corps étrangers , plus les images étaient parfaites.

a Si l'on fait l'expérience avec une pièce de monnaie, il suffit de projeter à sa surface la vapeur de l'haleine , de poser rapidement la pièce sur la plaque polie , exempte d'humidité , et de l'enlever aussitôt. L'image est visible , mais elle est fugitive ; à mesure que l'humidité s'évapore , l'image s'évanouit. Vient-on h projeter la vapeur de l'haleine sur la plaque , à la place où se voyait l'image, elle se reproproduit encore , mais affaiblie, et elle offre cette particularité que la lumière et les ombres de la première image sont renversées : la seconde image est donc négative.

» Dans mon opmion, les images de MM. Moser, Knorr, Karsten , Massoii, Morren , sont produites par une action complexe ; les deux corps mis en présence tendent à se mettre en équilibre de température ; il en résulte une condensation de la vapeur d'eau dissoute dans l'air interposé, laquelle retire le poli des surfaces , soit par une action électro-chimique , soit par une action seulement mécanique , soit par ces deux causes à la fois.

»Si ron£Eiit intervenir une action chimique avec la vapeur d'eau.

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rimâge devient permanente , et la vapeur d'eau s'évanouit en laissant les résultats deTaction chimique : ainsi, après avoir produit une image sur une plaque de cuivre poli, par le procédé que j'ai indiqué, si Ton porte la plaque rapidement au-dessus d'un vase contenant de l'ammoniaque liquide , la plaque garde fidèlement l'empreinte plus ou moins parfaite , selon qu'on a opéré au moment le plus convenable. J'ai obtenu ainsi sur cuivre des copies de dessins , de gravures , de caractères imprimés , avec la seule précaution de saturer auparavant le papier de la vapeur de l'haleine , et de les mettre quelques instants en contact avec la plaque polie; si l'on opère avec une feuille imprimée, les lettres du recto et du verso se peignent à la fois. Enfin, la plaque transmet à une autre plaque l'image qu'elle a reçue.

» La vapeur d'eau me paraissant jouer dans la production de ces images uu rôle capital , je proposerais de leur donner le nom d'Aydrographies.

» Le chlore gazeux communique une remarquable sensibilité pour la vapeur d'eau à la plaque de cuivre ; les moindres émanations aqueuses donnent au chlorure rose vif un aspect bleu maL Les hydrographies sont très-belles et très-nettes quand la plaque a reçu d'avance cette préparation.

» Mais le chlorure rose de cuivre jouit d'une propriété que je crois signaler le premier , c'est celle de se laisser impressionner dans la chambre obscure et de condenser ensuite les vapeurs mercurielles , comme l'iodure d'argent des plaques daguerriennes. Le temps de l'exposition dans mes expériences n'a pas été moindre d'une demiheure ; j'ignore si ce temps peut être abrégé par lemploi de substances accélératrices , le temps ne m'ayant pas encore permis de rendre complètes ces expériences et quelques autres dont je compte mettre prochainement les résultats sous les yeux de l'Académie, j»

Arrêtons-nous, et regrettons d'avoir été comme forcé d'accorder une si grande place à cet ensemble mystérieux de tant de procèdes d'impression dont on n'avait pasautrefois soupçonné même l'existence. Nous aurions pu beaucoup nous restreindre, parce qu'il est bien évident, il nous semble, que toutes ces images , sans en excepter celles de Moser , ne sont pas un phénomène optique. La théorie de leur formation peut se résumer en quelques mots : lorsqu'un objet quelconque, présentant dans ses limites extérieures ou à sa surface ,

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des in^alités sensibles , des reliefs et des creux^ est amené aa contact ou à nne très-petite distance d'une plaque placée dans certaines conditions, il y imprimera son image. Cet effet est simplement le résultat des actions inégales exercées à la surface de la plaque par les molécules inégalement distantes des creux et des reliefs suivant lesquels se dessinent les limites du corps dont il s'agit. La principale condition de succè s consiste en ce que la surface de la plaque , en ûxant une certaine quantité d'air ou de gaz s'en fasse comme une sorte d'atmosphère. La seule présence de cette couche insensible de gaz suffit quelquefois à la visibilité de l'image, mais cette visibilité est grandement accrue par la plupart des agents physiques naturels Ja lumière, la chaleur, l'électricité, etc. ; en ce sens, surtout, qu'en impressionnant la surface de la plaque, ces divers agents la rendent propre à condenser inégalement les vapeurs sèches ou humides ; et c'est au fond celte condensation inégale qui constitue proprement la visibilité de l'image : cette visibilité sera plus grande encore, en général, si la vapeur agit chimiquement à la surface de la plaque. Quand ou y réfléchit profondément, on s'étonne de voir ces différences infiniment petites entre les attractions ou les répulsions des molécules mises en présence sur le corps el sur la plaque, se manifester par la production d'une image parfaite du corps.

Qu'on nous permette, en finissant, de raconter l'histoire de la plus célèbre des images ainsi formées : M. Marx l'a transcrite dans l'ouvrage qui a pour titre Dos land Tyrol^ tome 1", page /!i02. Le 17 janvier 1797, au village d'Absam, la fille du laboureur Jean Prichler, découvrit tout-à-coup, sur une des vitres delà fenêtre, une image de la Samte-Yierge, faisant complètement l'effet d'une gravure. Le bruit de cette découverte se répandit rapidement dans tous le voisinage, les curieux accoururent de tous côtés« le peuple partout cria au miracle. Le doyen d'Inspruch, le juge de Tœur et un vitrier du pays, tinrent conseil, et restèrent convaincus qu'il n'y avait de la part du propriétaire de la maison aucune supercherie. Le doyen prit la vitre et la porta à Inspruch, où, sur l'ordre du gouverneur, elle fut soumise à l'examen de juges-compétents. Parmi eux, se trouvait François Zollinger, professeur ; un jésuite, Martin Schœpfer, professeur de chimie; et le peintre connu, Joseph Schœpf. Le résultat de l'examen fut, qu'autrefois^ la vitre avait été une peinture sur verre,

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peintare qu'on avait fait disparaître, mais qui avait laisaé une em*preinte. C'était cette empreinte, redevenne visible à la manière des images de Moser, que la jeune fille avait aperçue, et dans laqoelle les bons Tyroliens s'obstinèrent à voir une image nûraealeuse.

Nous avons encore à analyser quelques études importantes des rayons chimiques, et, entre autres, la série cwieuse des mémoires de M. Draper^ le plus connu aujourd'hui des physiciens de l'Amérique. M. Draper a d'abord beaucoup erré; ce n'était pas même assez pour lui de la lumière latente de M. Moser ; il inventa un nouvel agent» la tithanicitéf dont il défendit trop longtemps l'existence, contre la répulsion universelle et les objections insolubles de l'universalité des physiciens. Heureusement que, convaincu par ses propres recherches, M. Draper en est arrivé à désavouer complètement l'abstraction qu'il avait voulu transformer en être réel.

Travaux be M. Draper. — Premier Mémoire. —Février 1840; *— Sur les effets chimiques des rayons solaires. — - 1 "".La lumière qui a traversé certaines solutions salines , le chromate de potasse , par exemple, ou des infusions végétales colorées, perd la propriété de noircir le papier imprégné de chlorure d'argent; ces liquides sont en général jaunes, d'autres liquides communiquent à la lumière la pro* priété de colorer le papier sensible de diverses nuances. La lumière transmise à travers ces liquides jaunes, favorisent néanmoins la décomposition de l'acide carbonique dans l'acte de la végétation et sous leur action les plantes ne cessent pas d'être vertes. 2° Si sous une cloche où l'on a fait le vide, et bien sèche, on place des fragments de camphre, il se déposera des cristaux en grand nombre sur le côté exposé au rayon solaire, peu ou point sur le côté placé dans l'ombre ou dans l'obscurité, ou abritée par une feuille d'étain : la vapeur d'eau aussi se dépose sur la partie éclairée : la lumière a donc une influence réelle sur la cristallisation et la condensation des vapeurs.

Deuxième Mémoire. — Sur quelques analogies entre les phénomènes causés par les rayons chimiques et calorifiques, — Septembre 1841. — 1' Sur une plaque daguerrienne le mercure recouvre tonte la surface, les ombres aussi bien que les clairs ; à l'état métallique sur les ombres, à Tétat d'amalgame d'argent sur les clairs: avec le temps le mercure s'évapore sur les ombres qui sont dues alors à l'argent métallique. 2° La lumière qui agit sur la plaque indurée ne dégage-

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rdit pas h plus petite portion d'iode , elle iaiprimerait seulemeat h i'iodure transformé probablement en sous-iodure une tendance à céder au mercure l'argent avec lequel il est combiné : à cette ten«dance sa joint Faffinité de la couche inférieure d'argent pour Tiode séparé. L'image serait donc due à Faction corrosive combinée de l'iode et du mercure sur l'argent; elle serait une véritable gravure : en forçant riode à continuer son action , on transformerait la plaque en plau'cbe pouvant servir au tirage , c'est le problème résolu par M. Grove, l** L'action chimique dépendrait des rayons lumineux» comme l'augmentation de chaleur dépend de Tabsorption des rayons calorifiques; en effet, ces rayons qui après avoir impressionné une première plaque, sont réfléchis sur une seconde, ne la colorent pas : comme le rayon jaune est le seul sans action, il doit être seul réfléchi, les autres sont absorbés. Ceci expliquerait pourquoi Tiodure jaune d'or est si sensible. De même aussi que la chaleur communiquée par les rayons solaires se dissipe bientôt, l'effet produit par la lumière sur la plaque iodurée n'est que transitoire , il s'évanouit dans l'obscurité. 3° Si l'on place sur une lame froide de verre ou de métal un corps quelconque ayant une foraie déterminée , que l'on souffle une seule fois sur cet objet , puis, qu'après avoir attendu que l'humidité de l'haleine se soit dissipée, on souffle une seconde fois sur la place qu'il occupait , on verra une représentation fidèle de l'objet. Le simple contact du corps semble avoir communiquée la surface de la plaque, la faculté de modifier la condensation des vapeurs, à peu près comme la lumière influence le mode de condensation du mercure. 11 serait donc vrai que M. Draper peut disputer à M. Moser la gloire de sa brillante découverte. 4° L'action de la lumière sur la plaque iodurée n'est pas instantanée> elle ne s'accroit pas régulièrement; mais après un certain temps, il y a comme un temps d'arrêt pendant lequel beaucoup de lumière est absorbée, sans produire d'effet visible ; après quoi l'effet recommence : y aurait-il donc une lumière latente, comme il y a une chaleur latente. Ici encore, M. Draper a devancé M. Moser. 5"* La sensibilité de l'iodure d'argent pour la lumière n'est pas constante ; elle présente des changements périodiques dépendant plus des qualités optiques de la couche , que de la composition chimique : on modifiera donc la sensibilité de la couche en changeant sa condition optique, et il importe grandement que la surface entière présente le

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même état d*aggrégation et de couleur. 6° Les rayons chimiques absorbés semblent complémentaires des rayons réfléchis. 7° La nature des eflets chimiques de la lumière annonce plutôt un état vibratoire qu'une matière entrant en combinaison, elle est donc favorable à la théorie des ondulations.

Troisième Mémoire. — Sur quelques apparences lumineuses res* semblant à des spectres, et sur la lumière latente, — Novembre iSli2» — 1** L'auteur réclame la priorité de la découverte des images de Moser ; nous avons rappelé précédemment ses titres. 2° Il envoie une impression photographique du spectre solaire obtenue, au brillant soleil de la Virginie du Sud , et qui prouve qu*il y a une classe de rayons chimiques qui commencent précisément là où se terminent les rayons bleus du spectre, qui s*étendent au delà du rouge extrême , au-delà des rayons gris lavande de i\L Herschel, et qui détruisent en totalité l'effet produit par Faction de la lumière diffuse. On distingue dans cette même image six espèces d'actions, dues à six espèces de rayons rangés dans Tordre suivant, en commençant par les plus réfrangibles : rayons protecteurs ; rayons qui blanchissent ; rayons qui noircissent ; rayons qui blanchissent avec une grande intensité ; rayons qui blanchissent faiblement ; rayons protecteurs. U^ Il n'est pas impossible que la lumière solaire des régions tropicales diffère intrinsèquement de celle des régions tempérées.

Quatrième Mémoire. — Sur vue nouvelle substance impondérable, et sur une espèce de rayons chimiques analogues aux rayons calorifiques obscurs. -^ Décembre 1842. — 1° M. Draper veut avoir démontré que les effets chimiques des rayons solaires appartiennent à un nouvel agent impondérable, lequel diffère à la fois de la lumière et du calorique , et qui n'est pas l'électricité : il propose d'appeler ces rayons, rayons iithoniques, et cet agent thiionicite du nom de Tithon, le vieil époux de l'aurore. La thitonicité, comme la chaleur, pénétrant les corps d'une manière transitoire , y produirait des changements spécifiques, puis s'en dégagerait lentement et d'une manière insensible par radiation. Les rayons tilhoniqucs sont comme la chaleur, susceptibles de devenir latents dans les corps, soit pour un temps, soit d'une manière permanente : ces rayons existeraient sur tous les points du spectre : ils seraient complètement indépendants des rayons visibles dont on les sépare facilement au moyen

de milieux absorbants. M. Draper aurait même trouvé des rayons bleu et indigo sans aucune action chimique sur les substances qu'il em-« ployait. On prouverait rinciépcndance de ces rayons par rapport aux rayons calorifiques en s'appuyant des faits suivants : la lune, dontlalumière ne manifeste presque aucune chaleur, trace facilement son image sur la plaque iodée : le cuivre chauffé même au rouge, la chaleur acquise par les corps incandescents sont sans action chimique ; rélévation de température de la plaque ne l'impressionne point, etc. Si , après qu'une plaque a été impressionnée par la lumière^ on place au-dessus de sa surface, dans Tobscuriié, un écran métallique pendant plusieurs heures, puisqu'on l'expose aux vapeurs de mercure, la portion couverte n'éprouvera aucun changement ; les rayons tithoniques se sont donc dissipés par rayonnement. £n s'échappant ainsi sous forme de rayons obscurs, la tithonicité n'aurait pas perdu sa force chimique : une plaque impressionnée placée dans l'obscurité au-dessus d'une seconde plaque qui n'a pas été soumise à l'action de la lumière, lui communique, à son détriment, la faculté de condenser les vapeurs de mercure. En recouvrant la plaque iodée d'un verre limpide et transparent, on arrête l'irradiation : comme MM. Herschel et Becquerel ont reconnu que le verre interposé hâtait l'impression photographique, il faut absolument admettre qu'après l'action produite , les rayons lithoniques ne peuvent plus traverser le verre et d'autres substances, à travers lesquelles ils passaient autrefois avec facilité.

Cinquième mémoire. — Sur des espaces tithonographigues sans action chimique dans le spectre solaire, analogues aux lignes fixes de Fraunhofer. — MaiiSU^. — Sous ce titre prétentieux, nous retrouvons simplement une démonstration incomplète de la présence dans le spectre chimique des raies de Fraunhofer: M. Draper retrouve une partie des lignes obscures signalées par M. Becquerel , et les aurait retrouvées toutes s'il avait pris soin d'agrandir et de bien épurer son spectre.

Sixième mémoire. — Du thùhonotype ou art de multiplier les épreuves daguerriennes. — Mai \%l\Z. — 1** L'auteur, par le procédé suivant, est parvenu à obtenir sur de la coWe de poisson des copies d'épreuves daguerriennes. Il recouvre l'épreuve qu'il veut copier d'une mince pellicule d'or, et il place la lame bien horizontalement sur des supports dans le courant d'air chaud qui s'échappe d'un

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poêle. La plaqae est ensuite recouverte d*une couche d'une dissolution bien claire de colle de poisson, couche qui doit avoir un sixième de pouce d'épaisseur, on la laisse alors sécher lentement , et dès qu'après deux ou trois heures la dessication est opérée, la couche de colle se sépare de Tépreuve, et, en Texaminant à la lumière, soit transmise, soit réfléchie, elle présente nue copie exacte et minutieuse de Toriginal ; 2* M. Draper voudrait que, par l'influence delà lumière, la couche d'argent iodurée fut polarisée dans tonte son étendue : que ses molécules fussent dans rétat ou se trouvent les molécules d'eau, entre les fils de platine qui forment les pôles de la pile : en vertu de cette polarité, Tiode serait du côté de la lame et l'argent viendrait à la surface. Par l'exposition aux vapeurs de mercure, l'argent de la surface s'amalgamerait, et l'iode du fond de la couche se combinerait avec du nouvel argent : il y aurait dans l'intermédiaire une série de composition et de décomposition. M. Draper, comme tant d'autres, â cédé k la manie d'envelopper de grands mots des faits très^ simples : il était dans la destinée des mots polarisation, polarisé, d'être mis à toute sauce; on leur a tant donné de significations , qu'ils ne signifient plus rien ; 3* M. Draper ne veut pas de la lumière latente de M. Moser, et des couleurs dont celui-ci la revêt.

Septième mémoire. — Sur un changement apporté dans les propriétés des corps élémentaires par leur exposition au soleil. — 28 avril 18^5. — T Le chlore qui a été exposé au soleil ou à la lumière diffuse du jour, possède des propriétés que n'a pas le chlore préparé et maintenu dans l'obscurité : cette différence tiendrait à ce que, dans le premier cas, le chlore aurait absorbé des rayons tithoniques d'une réfrangibilité correspondante à celle de l'indigo, et qui restent à l'état latent : celte absorption donne au chlore la propriété permanente de se combiner directement et promptement avec l'hydrogène, propriété que n'a point le chlore soustrait à la lumière ; 2"" Après avoir communiqué au chlore cette faculté nouvelle, la lumière serait elle-même modifiée , elle perdrait sa tithonicité , et ne produirait plus d'eiïets chimiques : ne serait-ce pas tout simplement parce que le chlore ne laisse passer que de la lumière jaune? 3^ M. Draper a disposé sur une cuve de porcelaine dix tubes ren- j versés égaux, contenant chacun un mélange identique de chlore préparé dans l'obscurité et d'hydrogène ; puis il éclairait tour-à-tour

RAYONfi CHIMIQUES. —TRAVAUX DE M. DRAPER. 947

les tubes de rayons colorés empruntés an spectre et en partant du roQge. Les actions comparées des diverses couleurs sont exprimées par les nombres suivants : extrême rouge, ; rouge et orangé, 1 ; jaune et vert, 1,90 ; vert et bleu, 25 ; bleu, 62,90 ; indigo, 66,60 ; indigo et violet, 50; premier violet, 44,40; second violet, 20; violet extrême, 18^10. L'action maximum appartient donc à riadigo. Ce procédé ingénieux, de mesurer Taction chimique par la formation de Tacide chlorhydriquc et la diminution de l'espace qui résulte, dans le tube, de son absorption par Teau, est préférable, sans contredit, à la comparaison toujours défectueuse des teintes des ioiprcssioDs photographiques. L'action chimique de tous les rayons est positive, tous, même le rouge, avaient commencé à tithoniser le chlore; et si l'expérience eût été continuée assez longtemps, l'acide çblorhydrique se serait formé ; le liquide aurait monté dans tous les tubes. Quand on expose à la lumière diffuse les tubes, où les rayons colorés n'ont rien produit, on voit les gaz se combiner plutôt qoe dans les tubes restés dans l'obscurité absolue. 3° M. Draper a déterminé le temps nécessaire à la formation d'une même quantité d'adide chlorhydriqne dans les différentes phases de l'opération : on opérait à la lueur d'une lampe ; il s'écoula 600 secondes avant toute formation d'acide chlorhydrique ; pour la combinaison de3 gaz contenus dans une des divisions égales du tube, il fallut pour la première, 480 secondes; pour la seconde, 155; pour la troi< sième, 130 ; pour la quatrième, 95 ; pour la cinquième et chacune des soivantes, régulièrement, 93 secondes. Il s'écoule donc un temps réel et assez long pendant lequel l'absorption des rayons lumineux a Heu sans combinaison chimique : cette absorption n'est point passagère; ai, après qu'elle a eu lieu, on soustrait le mélange à l'action 4e la lumière pendant un certain nombre d'heures, et qu'on Téclaire de nouveau, la combinaison recommence sur-le>champ, comme cela anrait eu lieu si on n'avait pas interrompu l'expérience. Il est probable, cependant, qu'après un temps trop long, Teffet de l'absorption se dissiperait; 5« Le phosphore de couleur ambrée ou blanche, tenu au soleil dans un vase rempli d'acide carbonique, devenait promptementd'un rouge de sang ; des cristaux soyeux rouges se sublimaient dms le tube du côté éclairé ; le même phénomène se reproduit dans le vide et divers gaz inertes. Le poids du phosphore et ses pro-

priétés chimiques ne changent pas dans sa titlwnùation; fondu sous Teau , il reprend sa couleur et son apparence primitive. Huitième mémoire. — Stir la décomposition de l'acide carbonique par les feuilles sous C influence de la lumière, — Septembre 18A4. — Dans une série de petits tubes éclairés chacun par des portions particulières du spectre, M. Draper mettait de l'eau imprégnée d*acide carbonique et quelques brins d'herbe ou gazon : après un temps donné, il y avait dans le tube rouge à peine une bulle, dans le tube orangé quelques bulles, beaucoup plus dans le jaune, moins dans le vert, et rien dans le bleu indigo, le violet, les rayons invisibles. Répétée avec le plus grand soin et en présence de témoins compétents, cette expérience a donné pour les quantités du mélange dégagé d*azote et d*oxigène, les nombres suivants : !*• extrême rouge et rouge, 0,0; 2" orangé et jaune, 19,8; 3° jaune et vert 27,4; 4* bleu, 0,5 ; 5*» indigo et violet, 0,0. Les gaz fournis par les rayons orangé et jaune, jaune et vert, ne contenaient aucune trace d'acide carbonique : ils renfermaient 41 d'oxigène et 59 d'azote ; celte forte proportion d'azote est assez difficile à expliquer.

Neuvième mémoire. — Sur le spectre lumineux produit par Tinter férence des rayons solaires^ et sur C absorption des rayons chimiques, — Il est difficile, avec le spectre donné par le prisme, de déterminer la distribution ou l'intensité de la lumière , parce que l'extrémité violette prend un épanouissement excessif. Le jaune n'est point au centre, comme cela devrait être, et les couleurs sont étalées d'une manière anormale. Il n'en est pas ainsi du spectre donné par les interférences, et c'est sur ce spectre que M. Draper a cru devoir opérer. Âu moyen d'un héliostat, il faisait entrer dans une chambre obscure , un étroit filet de lumière par une fente d'un centième de pouce d'épaisseur : à douze pieds de distance , ce rayon tombait perpendiculairement sur une lame de verre plane rendue miroitante par une lame d'élain , se réfléchissait et venait sortir par la même fente qui lui avait donné entrée ; alors on voyait apparaître de chaque côté une série de spectres d'interférences. M. Draper choisissait le premier spectre de l'une des séries, le séparait par un objectif achromatique, et plaçait an foyer une lame de verre dépolie , sur laquelle les raies du spectre venaient se peindre nettement , et à laquelle on pouvait substituer une surface recouverte d'une couche sensible.

RAYONS OfilMIQUES. — TRAVAUX DE M. DRAPER. 949

On sait que les déviations angulaires du rayon incident, correspondantes à deux couleurs quelconques, sont entre elles comme les longueurs d'ondulations respectives. Fraunhofer, d'ailleurs, a déterminé les longueurs d'ondulations pour toutes les raies ou lignes fixes du spectre ; nous reproduisons ici ce tableau : tout est exprimé en cent millionièmes du pouce français.

Longueur d'onde correspondant à la raie.

Ayant placé, dans le spectre d'interférence ainsi formé, une plaque dâguerrienne rendue sensible par l'iode ou le brome, il trouva que le maximum d'effet chimique correspondait au rayon dont la longueur d'onde est 1538 : l'action chimique ne s'étend pas également^ à partir de ce point, des deux côtés du spectre.

' On remplaça cette première lame par une seconde, soumise, en outre, au chlorure d'iode. Le maximum se trouva au même point que pour la première plaque : l'action commença dans le rayon vert et se termina dans le rayon violet : la longueur absolue de la partie impressionnée dépendait visiblement de la durée de l'exposition. Dans les spectres chimiques qu'on obtenait de cette manière , les raies ou lignes fixes étaient très-distinctes, quoique très-rapprochées. Cet emploi de la longueur d'ondulation, pour désigner avec précision la région du spectre ou a eu lieu le maximum d'aclion, est très- ingénieux et très-précis.

On regarde, en général, comme très-faibles, les effets chimiques produits par une bougie et les autres lumières artificielles; et cependant M. Draper a vu la lumière d'une bougie recomposer l'acide chlorhydrique plus rapidement que ne pouvait le décomposer une pile de Grove assez forte pour rougir à blanc un fil de platine.

Le rayon de lumière qui^ après être tombé sur une couche sensible, est réfléchi et reçu sur une seconde plaque sensible ne l'impressionne pas. Ce fait s'explique facilement par la couleur même de la première plaque sensible : M, Draper feint de l'oublier et eu conclut que le rayon

950 NAIUHK IINTIMË DU SPECTRE SOLAIRE.

éprouve une modification analogue à celle q9'il coitioiuniiiue à la plaque, il essaie de même de prouver par rexpérience que les rayons qui sont absorbés par les solutions sensibles, le citrate de fer ammoniacal, par exemple» sont précisément ceux qui ont sur ce sel une action cliimique ; et, qu'au contraire, les rayons qui s'échappent sont ceux qui n'ont point d'action. Le citrate ammoniacal de M. Draper est d'un jaune prononcé, et tout le monde sait que les rayons jaunes n'ont qu'une action insensible sur les plaques iodurées. Nous ne croyons donc pas aux lois suivantes énoncées par M. Draper.

1® Quand un i ayon agit sur une surface sensible, ou traverse un milieu sensible, la constitution du rayon est modifiée d'une manière correspondante à r^'fîet chimique produit.

2'' Les rayons qui disparaissent par l'absorption sont employés à altérer la constitution du milieu pondérable.

3^ Lqs rayons qui sont devenus inactifs sur le milieu donné, et qui n'ont par conséquent point été engagés dans les changements produits sur lui , s'échappent quand ils sont transmis ou réfléchis.

M. Draper, dans le but de les étendre, rapproche de ces lois divers phénomènes calorifiques ou lumineux; tels que la conversion du péioxide de mercure en protoxide ; la fusibilité de l'argent dépoli au foyer d'une forte loupe, tandis que l'argent poli ne peut se fondre ; le fait enfin observé par sir Herschel que les couleurs végétales sont détruites par les rayons de teintes complémentaires : M. Draper passe ensuite aux changements éprouvés par le milieu sensible sur lequel s'exerce l'action chimique. En soumettant dans le tithonomètre un mélange de chlore et d'hydrogène à l'influence d'une lampe d'Ârgand, on distingue quatre périodes distinctes : 1<» le mélange sedilate pendant un court espace de temps ; 2'' il reste beaucoup plus longtemps stationnaire, quoiqueles rayons ne cessent d'y arriver et d'être absorbés : 3» la coniraction produite par formation de l'acide chlorbydriquc commence d'abord lentement, puis devient plus rapide : k'' après que la contraction est bien établie, elle continue d'une manière uni* forme : des quantités égales d'acide chlorhydrique étant produites dans des temps égaux par l'action de quantités égales de rayons Guidé toujours par des idées préconçues, M. Draper voit dans cette nécessité d'une certaine affluence de rayons , avant tout effet

produit, une apalogie enlre la titbonicité et la chaleur ; l'une ainsi que Fautre serait absorbée à Tétat latent.

Étudiant ensuite les modifications éprouvées par le rayon dans son passage h travers le mélange, M. Draper arrive aux conclusions suivantes» fort peu philosophiquementformulées, mais que Ton retournera facilement : l'addition deThydrogène au chlore/ loin d'accroître le pouvoir absorbant de ce gaz, Taflaiblit. I /action du rayon parait primitivenient exercée sur le chlore seul, qui devient ainsi tithonisé, c'est-à-dire disposé à s'unir à l'hydrogène, lequel, de son côté, reste passif : le rayon à son tour est modifié, il est en parti absorbé et perd son action chimique. L'oxigène, l'hydrogène, l'azote^ ne paraissent exercer aucun pouvoir absorbant sur les divers rayons du spectre ; aussi ces corps et tous ceux qui leur ressemblent sous ce rapport, ne peuvent-ils exercer aucune action chimiqne les uns sur les autres, sous l'influence même de la lumière rayonnante la plus intense. Comment se peut-il, qu'après avoir présenté sous un jour si scieniifique des particularités bien simples, M. Draper se hâte sitôt de les réduire à la plus simple valeur , en ajoutant ; la circonstance d'être transparents et incolores empêche ces gaz d'absorber les rayons tithoniques; le chlore, au contraire, les absorbe en raison de sa couleur.

L'auteur termine son mémoire par quelques considérations sur l'espèce de rayons lumineux, produisant sur diverses substances l'effet chimique maximum. Il pense qu'il y a un rapport constant entre chaque substance et un rayon d'une certaine réfrangibilité. Pour les sels d'argent le maximum d'effet semble dû aux rayons bleus : le rayon jaune est celui que décompose le plus d'acide carbonique , et colore le plus les plantes en vert. Ne reculant devant aucun aperçu, quelque étrange qu'il soit, M. Draper ose insinuer que le rayon jaune nous parait le plus brillant à cause de son action sur le carbone qui entre dans la composition de la rétine.

Dixième mémoire. —Sur l'allotropie du chlore. -— M. Draper se propose de démontrer qu'une substance chimique, comme te chlore, peut passer de l'état de grande activité à un état absolument passif, dans lequel on voit disparaître ses plus énergiques affiin'tés, et qu'en* tre ces deux extrêmes , il y a des degrés intermédiaires d'activité et de passivité. Il avait déjà démontré, comme nous l'avons vu, que l'activité du chlore est due à l'influence avec absorption des rayoïis

indigos du speclre solaire ; il a reconnu depuis que l'élévation de la température et l'action du platine produisent le même effet. Le chlore, d'ailleurs , qui a une fois éprouvé Tinfluence du soleil, conserve , dans une certaine limite , la propriété de décomposer Feau , môme dans l'obscurité. Pour mettre bien en évidence ces propriétés, il recommence une nouvelle série d'expériences. Le plus diflScile était de prouver péremptoirement que le dégagement consécutif de gaz dans l'obscurité n'était pas une simple évolution de l'oxigène primitivement formé par l'exposition au soleil de la solution chlorée, mais bien l'effet de Tinflucnce continuée du chlore, conséquence des nouvelles propriétés qu'il a acquises pendant son exposition aux rayons lumineux. M. Draper croit y être parvenu. Il démontre aussi expérimentalement que ce dégagement de gaz oxigène n'est pas le résultat d'une propriété analogue à la fermentation, qui se communiquerait, une fois commencée, de particule à particule par une sorte d'action moléculaire ; bien loin de là, la faculté dont il s'agit appartient exclusivement aux portions originairement affectées par l'influence solaire. Cette dernière expérience est curieuse : M. Draper exposa au soleil deux ballons, l'un rempli entièrement d'eau chlorée, et l'autre seulement au tiers. Il rejeta l'oxigène produit, et acheva de remplir le second ballon avec de l'eau chlorée préparée et maintenue dans l'obscurité. Les deux appareils séjournèrent ensuite quelques jours dans l'obscurité, puis on mesura les quantités de gaz produites. Loin de les trouver égales, comme il aurait dû arriver, si la portion de la solution chlorée, exposée au soleil dans le second ballon, avait communiqué à la portion ajoutée sa propriété de décomposition, on ne trouva dans le second ballon que le quatorzième environ du gaz renfermé dans le premier.

La propriété de continuer à décomposer l'eau est proportionnelle à la durée de l'insolation, à son intensité, etc. Lorsque l'effet produit par une exposition donnée à la lumière est épuisé, on peut, par une nouvelle insolation, rétablir le dégagement d'oxigène, et cela tant qu'il reste du chlore dissous. Quoique la chaleur augmente la rapidité de la décomposition, il ne paraît pas qu'elle puisse l'opérer seule.

M. Draper revient ensuite au fait capital de la combinaison avec explo^iof) du chlore et de l'hydrogène exposés au soleil ; combinaison

qu'il attribue uniquement à l'absorption des rayons indigos du spectre. Cette absorption n'est pas due à l'aciion de l'hydrogène, car le spectre produit par le rayon qui a traversé une certaine masse d'hydrogène est entièrement semblable au spectre ordinaire. Le chlore, au contraire, absorbe tous les rayons lumineux compris entre la ligne fixe et rextréraité violette du spectre, ou les rayons dont les longueurs d'ondulation varient entre 1,587 et 1,287 millionièmes. D'ailleurs, en traversant un mélange à parties égales d*hydrogène et de chlore, le rayon perd précisément la moitié de son intensité originelle, ou ne produit que la moitié de l'effet exercé par lui lorsqu'il traversait un volume égal de chlore pur. De ces diverses considérations, M. Draper conclut que le chlore est le seul principe actif de la combinaison, dans laquelle l'hydrogène reste purement passif. II montre directement que le chlore qui, produit et conservé dans l'obscurité, n'a point de tendance à s'unir à l'hydrogène, acquiert cette propriété s'il a été exposé seul pendant quelque temps à la lumière.

De quelle nature peut être ce changement imprimé au chlore par les rayons indigos ? M. Draper pense que, sous leur influence, les propriétés électro-négatives du chlore sont exaltées ; qu'il est comme ramené à l'état naissant, dans lequel, suivant les idées d'Ampère, l'électricité négative essentielle à ce gaz n'est pas dissimulée par l'atmosphère positive. Plusieurs substances simples, l'oxigène, par exemple, éprouvent évidemment des modifications semblables, et il en doit être ainsi de toutes. L'azote lui-même, inerte dans les circonstances ordinaires, développe une extrême énergie comme principe constituant de certains corps organiques. Ainsi donc, préparé comme à l'ordinaire, le chlore est dans un état passif; mais, sous l'influence des rayons. indigos ou d'autres causes, il entre dans une phase d'activité telle, que l'affinité qu'il a alors pour l'hydrogène suffit à la décomposition spontanée de l'eau.

Onzième mémoire. — Différence remarquable qui existe entre les rayons de lumière émis par la chaux incandescente et ceux que produit réiincelle électrique, — M. Becquerel remarqua, il y a quelques années, que la lumière d'une étincelle électrique ne peut rendre le sulfure de chaux phosphorescent, si elle est transmise 5 travers un écran de verre. M. Draper, pour répéter cette expérience, dont il a recojinu l'exa^ctitude, a fixé sur une plaque, avec de la gomme (Jis-»

soute dans l*eau, une poudre formée avec des écailles d'huttres calcinées et du soufre : et il a vu que si l'on se sert d'une plaque de quarz au lieu d'une plaque de verre, la phosphorescence est excitée, sous l'espace que la plaque recouvre, aussi parfaitement que si la lumière électrique tombait directement sur le mélange. Ayant remplacé la lumière électrique par de la lumière provenant de la chaux incandescente, il observa que la lame de verre, loin d'intercepter l'influence photogénique, la transmettait aussi bien que le quarz ou l'air atmosphérique.

Cette différence remarquable dans l'effet du verre, quand la Iu«mièrea une origine électrique ou provient de la chaux incandescente, ne tient ni à la moindre durée, ni à la moindre intensité de la lumière émise par la première source. L'arc voltaïque lumineux formé entre les deux pointes des charbons fixés aux pôles de la pile, dont l'intensité est si grande, et dont on peut prolonger indéfiniment l'action, ne parvient jamais à exciter la phosphorescence à travers te verre. 11 en est de même de la lumière bleue émise par le platine brûlant au passage d*un courant intense, et de la lumière verte émise par le cuivre dans les mêmeà circonstances. La propriété constatée par M. Becquerel serait donc un caractère distinctif de toute lumière provenant d'une source électrique. M. Draper s'est assuré qu'il y a une différence de réfrangibilité très-grande entre les rayons phosphogéniques de la première source et ceux des secondes. Les premiers appartiennent à l'extrémité violette du spectre, tandis que les autres, les rayons phosphogéniques de la chaux incandescente, de la lampe et du soleil, appartiennent h l'autre extrémité du spectre. Ceux-ci sont, en effet, complètement interceptés par une solution bleue de sulfate ammoniacal de cuivre, tandis qu'ils sont pleinement transmis par une solution rouge de sulfo-cyanure de fer et par une solution jaune de bichromate de potasse.

M. Draper a vu aussi, comme M. iMoser, que plusieurs images primitivement excitées sur une même surface phosphorescente, et qui avaient ensuite disparu, pouvaient reparaître et s'évanouir successivement à la même place et dans Tordre où elles avaient été déterminées, par le seul effet d'une élévation de température.

Douzième mémoire. — Remarques sur ^existence et le mécanisme 4ts rayons négatifs ou protecteurs solaires. — Dans une note adressée

à l'Académie le 28 septembre 18^5, M. Lerebours rendait compte d'une expérience qtii démontrait que les rayons les plus lumineux, lo Tert, le jaune, Torangé et le rouge, semblaient retarder Taction des rayons situés à i*autre extrémité du spectre. Dans la séance suivante du 5 octobre, MM. Fizeau et Foucault réclamèrent la priorité de cette observation clairement énoncée par eux dans un paquet cacheté dont le dépôt avait été accepté en décembre 184^i. Voici comment M. Foacanlt rend compte du principal résultat de ses expériences : « Nous avons formé, comme d'habitude, une couche sensible sur une surface d'ak'gent poli par Taction successive de .l'iode et du brome, puis nous l'avons exposée librement à la lumière d'une lampe pendant un temps suffisant pour Taliérer au point de la rendre capable de condenser les vapeurs mercurielles en une demi-teinte parfaitement uniforme. Sur cette couche ainsi altérée, mais avant Texposiiion au mercure^ nous avons fait tomber un spectre bien pur que nous avons laissé agir pendant un temps déterminé. Alors seulement la plaque a été soumise aux vapeurs mercurielles, et, celte opération faite, il nous a été permis d'examiner comment se comportent, dans ces circonstances, les divers rayons simples. En examinant la plaque en reflet, on s'assure aisément que l'endroit frappé par le rouge est devignu incapable de condenser les vapeurs du mercure et que la surface de l'argent est à nu ; de sorte que l'impression première produite par la lampe a été comme détruite ou neutralisée par l'action des radiations qui avoisinent le rouge. En considérant la plaque daguerienne impressionnée à un certain degré par la lumière blanche comme une couche sensible particulière, on voit que Faction du spectre est de deux ordres bien distincts : l'une agit pour accroître l'intensité du fond, l'autre pour la diminuer. L'action des rayons rouges, peut ainsi être appelée négative, par oppotition à celle des autres rayons qui est positive.

Daiis la représentation ombrée du spectre, ainsi obtenue par MM. Fiteau et Foucault, les raies noires de la partie rouge se détachent en clairs comme on devait s'y attendre: en effet, les points de la surface métallique où tombent ces raies sont peu ou point affectés par les radiations; conséquemment, l'effet de l'impression primitive y devait persister. C'est à tort que la raie  est généralement représentée, même dans le dessin donné par Franhofer, comme une ligne fine et

simple, MM. Fizeau et Foucault Ton trouTée double et la plus large du spectre après la raie H. Dans la partie située au-delà du rouge, qui est à peu près aussi étendu que lui, et que la vueue saurait atteindre; il existe également, sinon des raies, du moins des changements brusques d'intensité, eu des points que ces physiciens ont désigné provisoirement par les numéros d'ordre 1 , 2, 3, U, afin d'individualiser ces nouvelles radiations dans différentes expériences, auxquelles ils voulaient les soumettre, en faisant varier 1** le temps ou l'intensité de l'impression primitive, et, 2" l'intensité du spectre, ou, ce qui revient au même, le temps pendant lequel il agissait sur la couche sensible préalablement impressionnée. La première série d'expériences a seulement influé sur l'éclat du fond, sans modifier autrement les résultats. La seconde a fait varier le lieu qu'occupe le maximum d'action négative, et a clairement montré, qu'entre les rayons agissant franchement d'une manière positive, et ceux agissant de la manière inverse, il existe une classe de rayons qui se comportent de l'une ou de l'autre façon, selon leur intensité, ou selon la durée de leur action. Ces rayons, confinés particulièrement dans l'orangé, donnent un résultat négatif quand ils sont faibles ou qu'ils agissent peu de temps; dans le cas contraire, ils donnent un résultat positif. En un mot, ils se comportent comme si, d'abord, ils devaient détruire l'effet primitivement produit, pour ensuite modifier cette couche à leur manière propre et spéciale.

Ces singuliers phénomènes se manifestent sur toutes les couches que l'on peut former à la surface de l'argent avec l'iode, le chlore et le brome.

M. Edmond Becquerel ne craint pas d'affirmer que ces expériences ne prouvent en aucune manière l'existence réelle dans la radiation solaire de deux actions opposées. Dans ses longues recherches sur l'action chimique des rayons du spectre, il n'a rien observé qui indiquât l'action de rayons négatifs, tout au contraire se réunissait pour lui prouver que toute la partie active du spectre solaire agissait chimiquement de la même manière, sur l'iodure d'argent, du moins. Il affirme que Ton ne peut conclure immédiatement , comme l'ont fait MM. Fizeau et Foucault, qu'il exit^te dans la partie rouge primitivedes rayons négatifs, par cela seul que les apparences des plaques daguerriennes ne sont pas toujpurs les mêmes ; il veut que les effets inverses, soient des

effets secondaires, produits par plusieurs réactions chimiques opérées simultanément, et ne sont pas dus à des actions inverses exercées de la part du rayonnement solaire. La portion rouge du spectre, au lieu déposséder une action négative, est essentiellement douée d^unc influence continuatrice sur la plupart des sels d'argent isolés ou pris séparément, tels que Tiodure, le bromure, le chlorure. Lorsqu'on emploie simultanément plusieurs de ces sels, les réactions chimiques deyiennent très-complexes et multiples, et Ton ne peut apprécier que l'effet résultant. Comme la décomposition que ces sels éprouvent de la part de la lumière consiste dans la formation de sous-sels, l'iode, le chlore, le brome, se trouvent tout à la fois en présence et de l'argent réduits, et des sels primitivement formés sur la plaque : il y a donc complication évidente ; et il est très-essentiel de distinguer les réac* lions chimiques opérées sous l'influence de la lumière, sur les matières sensibles isolées, et sur les mélanges; c'est, comme M. Becquerel le fait justement observer, ce que n'ont pas assez fait MM. Foucault et Fizeau : autrement, dit-il^ ils auraient trouvé que l'iodure d'argent n'éprouve qu'une seule et même action de la part des rayons solaires de réfrangibilités diverses, tandis que le mélange de cette substance, avec d'autres matières, peut donner lieu à des réactions chimiques secondaires qui masquent l'effet principal , et peuvent faire croire à une action négative. C'est un premier principe, que chaque matière sensible, particulière, se comporte différemment par rapport au rayonnement solaire ; ce que l'on peut exprimer en disant, que chaque substance • sensible voie le rayonnement à sa manière; ainsi, par exemple^ la teinture de gaïac qui bleuit au sein du violet du spectre, redevient incolore dans le rouge et le jaune.

M. Draper, invoqué par M. £. Becquerel^ est entré à son tour dans la lice, en publiant le mémoire que nous allons analyser.

Il afiQrme d'abord que l'idée d'attribuer aux deux extrémités opposéesdu spectre des propriétés contraires ne vient point de lui. \Yii« son, en 1775, dans une note intitulée, série (V expériences sur les phosphores, reconnaît que ce sont les rayons les plus réfrangibles qui excitent la phosphorescence du sulfate de chaux, et que les moins réfrangibles la font cesser. Ritter, en 1801, a dit que le chlorure d'argent, noirci par les rayons violets, recouvre en partie sa teinte primitive sous l'action des rayons rouges, que le phosphore enflammé danp

958 NATURK INTIME DU SPBGTRE SOLAIRE.

les rayons roogos s'éteint iinraédiatenieiit dans le rayon violet. Dos iSU2^ M. Draper n'avait aucun doute sur l'existence des rayons né* gatifs ou protecteurs: et, si M. Edmond Becquerel doute ou nie« ce ne peut être que par suite d'un mal entendu, dont voici l'explieation t

Une plaque daguerrienne peut présenter à la surface trois aspects différents ! 1* une teinte noire sur les parties non affectées par la lu-* mière : 2» différentes nuances de blanc ; 8*^ un noir coloré foncé ou parfois olivâtre : on obtient le premierdeces ^tats dans les ombres foncées, là où la lumière n'agit jamais ; le second dont les degrés d'intensités varient avec l'intensité de la lumière provient des parties éclairées du tableau ; le troisième, qu'on peut appeler solarisé ou dépassé, est causé par une trop longue exposition à la radiation lumineuse. C'est cet état solarisé que M. Becquerel confondrait avec le premier ( et de U naîtrait une divergence d'opinions qui est sans fondement. Voici les observations faites par M. Draper.

Si on reçoit un spectre solaire sur une plaque daguerrienne, sou* mise en même temps à l'action d'un jour faible, les rayons rouge, jaune, orangé, vert, et une partie de rayon bleu, arrêtent Faction de la lumière diffuse, et maintiennent à l'état inaffecté les portions sur lesquelles ils tombent; le reste du bleu, l'indigo et le violet, amènent, au contraire, à l'état solarisé. Il est donc vrai que les rayons les moins réfrangibles protègent la couche sensible.

Lorsqu'on avait exposé la plaque à la lumière pendant quelques secondes , de manière que si on l'eût ensuite exposée à k^ vapeur de mercure, elle eût été blanchie également partout; et qu'après eda, on projetait sur elle le spectre solaire , les rayons les moins réfrangibles la ramenaient à l'état inaffecté, détruisant ainsi l'action qui avait eu lieu. Les rayons les plus réfrangibles, au contraire, produisaient sur la plaque l'état solarisé. Les premiers rayons ne protègent donc pas seulement, ils sont douésd'un véritable antagonisme'; ils exercent une action négative. Le temps pendant lequel durait l'action du spectre, n'exerçait aucune influence sur l'effet produit : si cependant, le phénomène était dû, ainsi que le suppose M. Becquerel, à une action inégale, mais de même nature, le résultat devrait dépendre de la durée de l'action ; le rayonnement, aidéde la lumière du jour, devrait finir par solariser; or, c'est ce qui n'a pas lieu, même quand la durée de

ractionest lrës*proloDgée ; la portion sur laquelle Us tombent» reste éternellement inaffectée.

M. Draper croit avoir trouvé que la même action protectrice réapparaît an-delà du violet ; mais l'effet négatif, à New- York, disparaissait graduellement à partir du mois d*août ; en décembre, il était imperceptible, et reparaissait au mois de mars. Y aurait-il donc des changements périodiques dans la nature de la lumière du soleil» ou bien , les variations observées dépendraient-elles de changements accidentels.

Si l'on ne permet pas à la lumière diffuse de tomber sur la plaque, soit avant, soit après qu'elle a été exposée au spectre, on obtient des résultats tout contraires. Les rayons qui auraient protégé, agissent maintenant sur la plaque, et la blanchissent lentement ; un spectre daguerrien, Formé dans l'obscurité et sans exposition préalable au jour, présente une teinte blanche sur toutes les parties exposées aux rayons les moins rëfrangibles, et offre un contraste frappant avec celui qui est formé sous Tinfluence simultanée d'une lumière diffuse douce. Dans le spectre de l'obscurité, il y a dans la tache blanche un point où se trouve le maximum d'action ; il correspond à celui qui présente le maximum de protection dans le spectre du jour : la tache blanche est moins large que l'espace protégé dans le spectre du Jour. Des rayons de chaleur lumineuse ou non lumineuse, projetés sur le spectre soit du jour, soit de l'obscurité, pendant la durée de sa formation, ne paraissent exercer aucune influence sur le résultat.

£o interposant, entre le prisme et la plaque daguerrienne, une lentille convexe à court foyer, dç manière à intercepter, l'on après l'autre, chacun des rayons colorés ; M. Draper projeta sur la plaque, tandis que le spectre s'y imprimait, de la lumière successivement rouge^ orangée, jaune ; les rayons rouges accroissent l'étendue de la portion solarisée; les rayons jaunes la diminuent : les rayons indigosintervertissaient entièrement l'action des rayons moins réfrangibles, ils solarisaient la plaque. Lorsque des rayons différents agissent l'un sur l'autre, le résultat ne dépend pas seulement de leurs différences intrinsèques, mais aussi de leurs intensités relatives.

Voilà les faits : M. Draper en cherche l'explication, et croit pouvoir tout ramener au principe grand et fécond de l'interférence ; mais la théorie des interférences, que formule ici M, Draper, n'est

nullement la théorie connue, et nous avouons franchement ne rien comprendre à ces aperçus singuliers. Pour M. Draper, Faction des rayons de tout genre est essentiellement positive, et consisterait principalement à imprimer un mouvement vibratoire aux atomes de la substance décomposée ; mais, le rayon jaune, dont la longueur d*ondulation est 1 5 in{erférerait avec le rayon violet dont le rayon est 1, et le résultat de cette interférence serait la neutralisation de l'effet produit, ou la protection. Au contraire, le rayon violet 1 s'unirait dans une action commune au rayon rouge, dont la longueur d'ondulation est 2, et il y aurait accroissement d'effet. Que peut donc être en elle même cette interférence résultant d*une inégalité entre les longueurs d'ondulations ? M. Draper se comprend-il bien lui-même? Dans les phénomènes des interférences, tels qu'on la conçu jusqu'ici, la condition essentielle élait que les rayons fussent identiques, qu'ils partissent d'une origine commune et présentassent la même longueur d'ondulation avec des différences de marche. Il y a un étrange abus de mots dans l'énoncé si vague de l'opinion extraordinaire de M. Draper.

Cette difficile quesiion des rayons négatifs et positifs a été aussi étudiée par M. Claudet : quand nous avons parlé de ces dernières recherches, à l'occasion de la photographie, nous ne les connaissions que par un court extrait publié dans le Literary Gazette ; aujourd'hui nous possédons le mémoire entier de M. Claudet, et nous en reproduisons textuellement les passages les plus remarquables.

» Après avoir exposé une plaque à la lumière du jour sous un tulle noir, j'en couvris une moitié, et je soumis l'autre moitié à la radiation d'un verre rouge. Le mercure développa une image du tulle sur la partie qui n'avait été affectée que par la lumière du jour ; et l'autre, qui avait ensuite reçu l'action des rayons rouges, resta tout-à-fait noire : donc le verre rouge avait détruit l'effet photogénique.

» Je fis la même expérience avec des verres orangés et jaunes, et j'obtins des résultats analogues à ceux des verres rouges.

» Ayant ensuite exposé une plaque à la lumière du jour, je la couvris d'un tulle noire, et l'exposai de nouveau sous un verre rouge, j'obtins une image négative. Le verre rouge avait détruit l'effet de la lumière dans les intervalles du tulle, pendant que le tulle lui-même avait empêché l'action du verre rouge. L'image représentait un tulle blanc sur un fond noir.

> Ce qni n'a pas été observé avant moi, c'est qu'après la destruction de l'effet photographique par les rayons rouges^ orangés et jaunes, la plaque est redevenue sensible, et peut être de nouveau affectée par la lumière. On peut exposer une plaque à la lumière, détruire cet effet» lui rendre ainsi sa sensibilité ; puis l'exposer de nouveau à la lumière; détruire ce second effet par les radiations rouges, orangées et jaunes, et ainsi de suite, plusieurs fois, sans changer les propriétés propres à chacun de ces états, de manière que si l'on s'arrête après Tune des expositions quelconques à la lumière, la plaque pourra être affectée par les vapeurs de mercure, tandis que si Ton s'arrête après l'une des expositions à la radiation rouge, orangée et jaune, il n'y aura aucun dépôt de mercure.

» Cette propriété restauratrice des verres rouges, orangés et jaunes, peut être de la plusgrande utilité dans Ijes manipulations daguerriennes. Au lieu de préparer les plaques dans l'obscurité, on peut opérer impunément en plein jour; et il ne s'agit, pour assurer à la plaque sa sensibilité , que de la placer pendant quelques minutes sous un verre rouge, avant de la mettre dans la chambre noire.

» Si l'on emploie un verre rouge, il faut au moins une fois plus de temps pour détruire l'effet produit qu'il n'en a fallu à la lumière du jour pour le produire : avec un verre orangé, il ne faut que cinquante fois plus de temps, et dix fois seulement avec un verre jaune.

» En outre de leur action destructive, les radiations rouges, orangées et jaunes, sont douées d'un effet photogénique, c'est-à-dire que, comme la lumière diffuse, ou mieux comme les rayons bleu, indigo, violet, elle peut rendre la plaque propre à fixer les vapeurs de mercure : de sorte que les radiations sont douées de deux actions contraires, l'une destructive de l'effet produit par la lumière photogénique; rautre» productrice d'une action semblable à celle de cette même lumière.

» Il y a plus, chaque rayon du spectre a son action photogénique propre, et elles sont toutes indépendantes les unes des autres, et d'e^èces si différentes que Tune ne peut continuer l'effet commencé par l'autre, soit pour la production, soit pour la destruction de l'effet photogénique. Le rouge détruit l'action photogénique du jaune, le jaune détruit celle du rouge, et tous les deux détruisent l'action pho-

962 NATUIUS INTIME DU SPEÇTRB SOtilB^.

^pgéDiquc de la (uopiière diffuse ; cett^ dwnière dlff^'intae détruit l'effet photogénique des deux autres. »

Ce mémoire a ramené M. Edmond Becquerel sur la brèche. « Les expériences de M. Glaudet sont, dit-il, très*curieu$es et très-importaules, mais je pense qu'un ne peut nullement adopter les coaclusîQiis qu'il en tire touchant le mode d'action des rayons sur les matières sensibles, et supposer dans le spectre solaire trois actions pbotog^ niques différentes, correspondant à trois groupes de rayons qu'on peut ramener aux trois groupes de rayons rouges, jaunes et bleus ; car dans cette complication d'effets auxquels donne lieu l'emploi des lames daguerriennes exposées à diverses vapeurs» il serait prématuré* je crois, à chaque apparence ou effet particulier» de conclure que la portion du spectre où cet effet se produit, agit d'une manière particulière.

» 11 est plus essentiel que jamais de distinguer les réactions chimiques opérées sous l'influence du rayonnement sur les matières isolées et sur les mélanges. Une plaque daguerrienno rendue pitts impressionnable par son exposition à diverses vapeurs, m doil Itre considérée que comme une couche hétérogène pouvant se comporter diversement dans les différentes parties du spectre, suivant qu'elle a déjà été plus ou moins impressionnée, sans qu'il existe dans la radiation des rayons agissant en sens inverse sur les sels d'argent isolés.

» M. Claudel reconnaît lui-même que, dans le cas des papiers photogéniques, il est vrai que les rayons rouges, orangés et jaunes rendent plus sombres les parties préalablement affectées par les rayons photogéniques. Il ajoute qu'il en est de m^me pour la plaque daguerrienne qui, après avoir été impressionnée faiblement, fonce rapidement au violet sous la radiation d'un verre rouge... C'est précisément la découverte que j'ai faite en IS/ii,... Lorsque l'iodure, le bromure et le chlorure d'argent sont isolés, on remarque deux effets principaui^ produits sous l'influence du rayonnement solaire*.. Si les sels n'ont pas été impressionnés primitivement, ils noircissent dans le spectre depuis le bleu jusqu'au-delà du violet ; s'ils ont été impressionés faiblement, non-seulement ils noircissent dans la partie la plus réfrangible du spectre» mais encore depuis le bleu jusqu'au rouge. Ce sont les rayons qui donnent lieu à ce dernier effet qm l'a-

Tais nommés rayons œniinuataars» dénomiiiation qa' on a mal interprêtée... Je n'attachais aucune importance théorique à cette exprès- 8ioo..« En réalité, on doit énoncer le fait de la continuation de la manière suivante : Ces substances, impressionnées et modifiées, détiennent sensibles à des portions de la radiation auxquelles dles étaient primitÎTcment insensibles. »

On ne saurait nier que les observations de M. £. Becquerel ne aeienl fort sages. Nous le félicitons d'avoir reconnu hautement qu'il n'attachait pas tin sens absolu à la dénomination de rayons continuateurs; qu'en se servant de cette expression, ii n'avait voulu diètiu** gner que des effets relatifs, et non pas des différences intrinsèques et essentielles. Il est très^probable, comme il l'affirme^ qu'il en est de Biômè des distinctions qu'on cherche à établir entre les rayons positifs et négatifs. £n modifiant convenablement les mélanges dont se cûm- 1^ la couche sensible, on pourrait faire peut-êire que les rayoïiâ josqne-là positifs devinssent négatifs à leor tour, et vice versa. MM. Fizeau et Foucault avaient annoticé comme très-prochaine la publication de leurs longues recherches de trois années sur les effets comparés des radiations empruntées aux diverses portions du spectre ; mais ils ont rencontré tant de difiScultés, ils se sont vus amciiés à tant de résultats contradictoires en apparence, qu'ils ont été forcés d'ajonrner à une époque plus éloignée le pénible travail qui doit faire SQGcéder l'Ordre à une lamentable confusion.

M. Gaudin est aussi d'un avis tout opposé à eelnt de M. Claudet * il veut que l'action des rayons rouges, orangés et jaunes, soit réeUement une action continuatrtee, et non pas une action destructive de l'effet photogénique produit, comme le veut M. Claudet. Les expériences qu'il fit, il y a six ans, confirmèrent pleinement, pour lespia* qnes d'argent , la découverte de M. Becquerel, déjà constatée pour lespapierSb Les rayons, transmis parle verre rouge et orangé, continuaient si bien les impressions subies par les plaques d'argent loduf-ées, qti'on obtenait des épreuves complètes sans mercure , par leur seul Iffet de continuation. En faisant succéder à Taciion du verre jaune celle du mercure, on obtenait aussi des épreuves complètes ; et c'est par ce moyen que M. Gaudin a fait les premiers nuages. Avec les plaques iodurées, soumises au chlorure d'iode, on obtenait les mêmes Msnhats, avec cette diflérence qu'il faut substituer le v^rre rduge au

verre jaune orangé, car les rayons transmis par celui-ci ne se bornent plus à continuer, mais impressionnent eux-mêmes la couche sensible, ce qu'on prouvait en produisant des épreuves dans un laps de temps modéré , après avoir placé un verre jaune orangé devant ]*objectif, et mis la plaque au mercure comme à Fordinaire. L'action continuatrice des verres rouges n'était pas douteuse ; car, après avoir soumis une plaque faiblement impressionnée par la chambre obscure aux rayons solaires sous un verre rouge armé d'un écran , puis au mercure ; sous l'écran il n'y avait rien, tandis que hors de l'écran les épreuves étaient marquées de la manière la plus énergique » mais sans noirs , à cause de l'action photogénique que les verres rouges possèdent vis-à-vis des couches très-impressionnables. Enfin, avec les plaques iodurées soumises aux composés de brome, l'effet excitateur du verre rouge masquait son effet continuateur. M. Gau« din est donc porté à croire que M. Glaudet aura pris pour une absence complète d'impressionnement des noirs de solarisation, et il trouve ses conclusions prématurées. Chose singulière, M. Draper faisait à M. E. Becquerel un reproche analogue : celui-ci serait tombé dans Terreur, parce qu'il aurait confondu l'état solarisé avec l'état de non impression. Au milieu de ces affirmations et de ces négations contradictoires , il est difficile de savoir à quoi s'en tenir, et nous n'osons pas prononcer en dernier ressort. Les expériences de M. Gaudin sont bien nettes, peut-être la vérité est-elle de son côté. MM. Fizeau et Foucault, qui ont fait et réuni tant de précieuses ob-^ servations sur le rôle de chacun des rayons du spectre, ne seraientils pas en mesure de trancher ce fatal nœud gordien.

Treizième mémoire. — Recherches sur la production de la lu^ mière par la chaleur. — Mai 18^7. — M. Melloni, qui regarde ce mémoire comme une des meilleures publications scientifiques modernes , en a fait lui-même l'analyse; il a fait plus et mieux, il y a ajouté une exposition succincte des recherches analogues, des observations semblables faites par lui en diverses circonstances : nous remercions Tillustre physicien d'avoir ainsi rendu notre travail plus facile, et nous nous empressons de reproduire sa belle dissertation.

Chacun sait que la chaleur, en s'accumulant dans les corps, finit par les rendre incandescents, c'est-à-dire plus ou moins lumineux dans l'obscurité, La température nécessaire pour produire cet état

d'incandescence est-elle constante , ou Tarie t-elle avec la nature des corps ? Quel est son degré dans Vun et l'autre cas ? Quelle est la succession des couleurs transmises par une même substance amenée à une température de plus en plus élevée ? Quel est enfin le rapport qui, dans les diverses phases de Tincandescence» subsiste entre la température, et la quantité de lumière et de chaleur émanée successivement du corps.

Pour résoudre ces diverses questions, M. Draper a employé un iostrument composé d'un fil de platine rendu lumineux par l'action d'un courant électrique. L'extrémité libre du fil était en communia cation avec une aiguille indiquant sur un arc gradué les diverses dilatations du fil. On calculait les températures en supposant qu'elles sont proportionnelles à la dilatation du platine, et en partant du coefficient de Petit et de Dulong. Dans l'appareil de M. Draper, chaque degré parcouru par l'indicateur correspondait à une élévation de température de 64° c. Le fil était vertical, et maintenu tendu par un petit poids muni d'un appendice en fer qui trempait dans le mercure d'un vase placé au-dessous. Le circuit électrique s'établissait en mettant le mercure et l'extrémité supérieure et fixe du fil de platine en communication avec les deux pôles d'une pile de Grove ; modérée par un rhéostat de AVheastone^ l'intensité du courant restait constante pendant une heure environ.

On commençait l'expérience avec un courant faible, dont on accroissait l'énergie au moyen du rhéostat : la chaleur alors augmentait graduellement dans le fil , et le rendait enfin visible, dans l'obscurité, au sein de laquelle on opérait On éclairait alors l'instru* ment et on notait le degré marqué par l'indicateur ; d'une série d'observations faites par diverses personnes , on déduisait, en prenant la moyenne , la température relative au point ou commençait l'incandescence du platine : cette température correspondait à SSG^'.

A i'aide d'un canon de fusil qu'il remplissait successivement de platine, de cuivre , de charbon, de plomb, d'argile, etc. . et qu'il faisait ensuite rougir , M. Draper s'est assuré de ce fait remarquable que le canon et le corps qu'il contenait, quel qu'il fût, devenaient simultanément incandescents, et perdaient simultanément leur incandescence. Quand on opérait sur une matière fusible, sur le plomb , par exemple, elle devenait incandescente quelques moments après la

966 I«ATUil£ IJiTIMfi DU âPECTBK fiOLAIRfi.

fusion : ce qui proave que la températore consUate, i iaquelte riocandescence se loaiiileste, m dépend pas de Télat solide du corps, et qu'elle a lieu daus toutes les substaoces qui se maiaiieaoent 11quidei» sans se réduire en vapeurs jusqu'à SSô*". Il laut excepter df celte loi générale la chaux fluatée et la chaux carbonatée qui devien- Dent lumineuses longtemps auparavant : ces exceptions tiennent évidemment à ce que ces substances sont phos{rfiorescentes, et l'on sait que la phosphorescence commence à une température plus ou moins élevée suivant la qualité de la substance, £n considérant h question d'un point de vue général, il faudra excepter aussi les cas où le développement de la lumière provient de combinaisons chimiques.

Ces deux exceptions se manifestent elles-mêmes par la qualité des teintes initiales. Ainsi, la chaux carbonatée émet une loaiière blanche, et la chaux 'fluatée une lumière bleue : le soufre, en s unissant an cuivre, apparaît jaunâtre, il est bleu en se combinant avec Toxigène. Séduit par des idées théoriques universdlement abandonnées anjoard'hui, M. Biot et quelques autres physiciens ont voulu que If première lumière dég^ée par les corps incandescents fut Mené : il est certain, au contraire, que quand Tincandescence provient direc* tement et uniquement de l'élévation de températqre, eUe oom* mence toujours par une lumière rouge.

Pour mieux étudier la nature des couleurs qui se manifestent successivement à mesure que la température s'élève, voici commeiH M. Draper opérait. Il se procura un prisme très-pur de flint-glas^ et le disposa verticalement à une certaine distance du fil de platinf remplacé d'abord par un filet de lumière solaire : le spectre, produit par le prisme, était reçu sur une petite lunette d'approche munie de fils micrométriques pour mieux fixer la position des raies obscures ; le ûl de platine était ensuite renùs à sa place, on le chaufiait et l'on analysait avec soin les qiectres correspondants aux diverses périodes de Tincandescence. Le premier spectre, bien visible dans la plus complète obscurité, correspond à une température de 65ft^; et s'étend entre les lignes B et F du spectre normal. Le second spectre, produit par une température de TIS"", commence à peu près à la ligne B du spectre normal, et se termine à la ligne D ; le troisième, dû à uqe température de IST, semble commeocer an peu plus vtn ^

RAT0K8 CHIMIQUES. — TRAVAUX DE M. DnAPËR. §61

ligne A ; et dépasse notablement la ligne 6 ; enfin, le quatrième spectre qui éoffêspond à une température de 1165'', se rapproche beau* coup de la ligne A, et arrive jnsqu*à la ligne L. En d'autres termes, le spectre du fil de platine, qui correspond à l'extrémité rouge du spectre prismatique, se montre d'abord très-petit, et muni seulement des couleurs les moins réfrangibles .* à mesure que la température Augmente, on voit le spectre de l'incandescence s'étendre vers l'ex* trémité violette , se revêtir des teintes plus réfrangibles, et acquérir enfin toutes les couleurs et toute l'extension du spectre normal, m^ns les couleurs extrêmes qui échappent à l'œil de l'observateur h cause àé leur extrême faiblesse. Pour un œil exercé et sensible, les variations de longueur se seraient évidemment produites du côté des rttyoni les plus réfrangibles seulement, et tous les spectres auraient eommeifcé à la limite extrême ûes rayons rouges.

Lorsque l'incandescence devient de pins en plus vive et brillante par le eonconrs de nouvelles quantités de chaleur, il y a augmentation, non-senleajeât dans rintensité inminense, mais dans le nombre des couleurs èlétnentaires qui la composent ; il y a addition conti* nuelle de rayons de plus en plus réfrangibles, h mesure que la tem* pérature du Corps Incandescent devient plus élevée. Toilàdonc établi fin rapport intitte entre le développement progressif de la lumière et celui de la chaleur ; car M. Mefloni a démontré que les radiations, provenant de sottrèes de haute teetipérature, contenaient des éléments ^us réfÉ'angibles que celtes provenant de sources moins chaudes.

Alloiië pliis loini M« Draper cherche le rapport eitistant entre les aeeroissenfents de Inmièl'e et de chaleur. Bouguer a démontré qu'une dififérence de 1/50 dans la quantité de lumière qui agit sur l'œil est insensible, et qu'ainsi cette fraction constitue la limite des variations perceptibles. Pour comparer les intensités de lumière, M. Draper a ainpioyé ia méthode de Bouguer, la seule dont on puisse espérer un fésnltat avantageux. Voici en quoi elle consiste. Si l'on place un ôylittdire opaque entre le platine rouge ou toute autre source lumi** netiso, et une feuille de carton blanc disposé à une certaine distance, de manière que la surface de ce carton soit toute éclairée par la himière du platine, sauf les points ou se projette l'ombre du cyHnété t qu'on ait une lampe munie d'une cheminée métallique dans laquelle est pratiquée une petite ouverture ; qu'on dirige le rayon de

lumière qui sort par cette ouverture sur la surface blanche éclairée par le platine incandescent ; et qu'on approche graduellement la lampe jusqu'à ce que Tombre du cylindre ne soit plus sensible ; qu'on répète l'expérience dans les divers états d'incandescence, en mesurant à chaque fois la distance de la lampe au carton : les rapports des intensités seront en raison inverse des rapports des distances.

Les accroissements de radiations caloriûques ont été déterminés à l'aide du thermo-multiplicateur : on disposait à une certaine distance du fil de platine une pile thermo-électrique, et à chaque phase d'in* candescence on observait les déviations de l'indicateur du rhéomètre.

Par cette double série d'expériences délicates, M. Draper a établi nettement que les augmentations de lumière et de chaleur faibles d'abord , deviennent à la fin très-rapides ; d'où il résulte que les rayonnements lumineux et calorifiques suivent dans la progression d'intensité la même analogie observée d'abord dans la progression de quotité. Ce double parallélisme semble avoir modifié entièrement les opinions émises primitivement par M. Draper sur la nature des diverses radiations lumineuses, calorifiques^ chimiques, etc. Le préambule de son mémoire continue à ce sujet le passage suivant : « Les expériences que je vais décrire fournissent des analogies frappantes entre la lumière et la chaleur , et des données importantes relativement à la question de l'identité de ces principes impondérables. On sait que j'ai été précédemment conduit à admettre des distinctions essentielles, non-seulement entre ces principes, mais encore entre d'autres agents impondérables : je puis donc aflSrmer que lorsque les recherches actuelles furent commencées, je m'attendais à des résultats tout différents de ceux auxquels je suis parvenu.... » M. Draper exprime ailleurs combien cette proportionalité entre les accroissements de lumière et de chaleur l'étonné. « L'œil, dit-il, est insensible aux rayons qui ne sont pas compris entre certaines limites de réfrangibilité : dans mes expériences, il est nécessaire d'élever la température du platine à 526"^, avant que TcBil puisse y découvrir quelque apparence de lumière : les mesures obtenues sont nécessairement dépendantes de l'action physiologique de l'organe de la vqe, et leur analogie avec celles que fournit le thermomètre devient d'autant plus remarquable, qu'on ne se serait pas attendu d'avance i ce que l'analogie eût pu être aussi complète.

Après cette seconde série de recherches , M. Draper aborde la réfutation des expériences, par lesquelles le docteur Brewster a cru pouvoir affirmer que le spectre se compose exclusivement des trois couleurs rouge, jaune et bleue, répandues sur toute sa surface, mais avec des intensités inégales.

Dans le cas où l'on rend le métal incandescent, les effets de lumière sont dûs indubitablement à un mouvement vibratoire des atomes du platine ; et Ton devrait conclure ce semble de l'apparition successive des rayons les plus réfrangibles , que la fréquence des vibrations s'accroît avec la température, en admettant qu'à une couleur donnée correspond toujours une certaine longueur d'ondulation, comme à une longueur donnée d'ondulation correspondrait une seule et même couleur. Mais ce dernier principe est précisément l'objet des dénégations de M. Brewster , qui veut que le rouge, le jaune, le bleu, et par suite la lumière blanche, se trouvent dans toutes les portions du spectre... C'est, remarque M. Draper, ce qui a réellement lieu quand on se sert d'un prisme, dont les faces réfringentes ont une certaine étendue, car il est clair qu'alors le rayon qui rencontre l'arête et celui qui tombe près de la face opposée à cette arête doivent se superposer^ mais de telle sorte, que les couleurs du second débordent sur les couleurs du premier : au lieu d'être pur, le spectre résultant est donc nécessairement un mélange de divers rayons. £n serait-il encore de même avec un prisme infiniment mince, ou donné par une petite portion parallèle à l'axe ? M. Melloni a démontré que les phénomènes relatifs au calorique rayonnant, très-complexes avec le prisme employé comme l'a fait M. Brewster , se simplifient considérablement quand on les réduit à une bande mince ; la même chose doit évidemment se produire dans le cas de la lumière; et l'illustre physicien italien s'en est assuré par des essais directs et décisifs : nous avons reproduit ce mémoire alors que nous analysions les phénomènes relatifs aux rayons calorifiques. M. Melloni avait donc prouvé^ dès 18Zi3, que les couleurs des spectres obtenus par les prismes ordinaires à une distance inférieure à deux mètres, étaient composés d'un mélange sensible de couleurs appartenant aux spectres des diverses bandes élémentaires du prisme ; que le rouge, le violet , et par conséquent toutes les autres teintes des deux éléments extrêmes, étaient d'autant plus rapprochées du centre que l'observation se faisait plus près du

070 NATURE INTIME DtJ 8PECTRB 86LA1RE.

prisme : or, dans i'expérienco de M. Brewster, le prisme est trèsrapproehé de l'œil ; le spectre obtenu sera donc très-impur ; et la €ouleor, qni apparaît dans une zone donnée, où manque par absorp^ tion la teinte dominante, n'est point un rayon doué de la même réfrangibilité que la teinte absorbée, mais une couleur composée due aux spectres élémentaires des couches supérieures ou inférleores du prisme. Pour le prouver directement, M. Melloni a répété l'expérience fondamentale de Brewster, qui consiste , comme chacun le sait, à interposer entre Tœil et le spectre produit par l'image réfractée d'un objet lumineux regardé à travers le prisme une lame de verre vivement colorée en bleu par l'oxide de cobalt. Le spectre prove^ nait de la lumière d'une ouverture circulaire de dix millimètres de diamètre, pratiquée dans une lame métallique substituée à une por-^ tion du volet de la fenêtre d'une chambre obscure: le prisme était de fliut-glass, équilatéral^ large de vingt>cinq millimètres , suffisam-^ ment pur pour produire les raies distinctement ; il était attaché à •on support par une seule extrémité placée II qulnxe pieds de la fenêtre, et fixé horixoutalement dans la position du minimum de déviation : la surface d'incidence était recouverte, sur un tiers envi* ron de soa étendue» d'une couche d'encre de chine , au miHeu de laquelle ou avait enlevé un filet longitudinal qui traversait de Tuq I l'autre bord la bande noircie , laissant libre et découverte une rtie horixontale un peu plus large qu'un milKmètre : la lame de verre bleu ne couvrait que deux tiers du prisme en partant de Textréadté libre. LeB choses étant ainsi disposées, on regarda sueeessivetneilt l'image de l'ouverture par la portion découverte du pr^me, et pat les deux portions que recouvrait la lame do verre bleue. La pre«« mière opération donnait le spectre normal ; la seconde, felte d'aprèe la méthode de Brewster, fournit un spectre complexe; la trolsièfne un spectre provenant d'une petite portion que l'on peut considérer comme l'élément longitudinal, moyen du prisme. Malnienant, en comparant la première image avec la seconde > M. MeHoni observa les phénomènes des zones lumineuses et obscures si bien décrites par Herschel. £n comparant ensuite la troisième image avec la seconde, Il vit que les zones lumineuses , appartenant au spectre élémentûre, étaient beaucoup plus nettes, quoique moins Intenses, plus élroties, et traversées par des zones obscures beaucoup plue feneées^ (tfns

RAYONS GHIMIQU^e. — TRAVAUX PE M. DRAPER. 97i

larges at à contours plus tranchés que celle du spectre proveoi) du prisme tout entier. li lui fut aisé de se convaincre que les différences de température euire les zones lumineuses du second et du troisième spectre correspondaient aux couleurs que M. Brewster suppose douées du même degré de réfrangibilité que les teintes absorbées. Dans le spectre de M. Brewster, par exemple, la couleur orangée normale est remplacée par une zone obscure envahie d'un côté par le rouge, et de Tautre par le jaune» d*où le physicien anglais inférait la prés0nce dç ces deux couleurs dans Torangé. Or, ces eur vahissements du jaune et du rouge ne subsistaient plus dans le spectre élémentaire, ou tout Tespace correspondant à Torangé se trouvait occupé par une zone obscure ; le rouge et le jaune , qui bordaient cette zone dans le spectre produit par toute la partie centrale du prisme couvert par le verre bleu, étaient donc indépendants de ce spectre, et appartenaient aux spectres des couches élémentaires supérieures et inférieures à la ligne intermédiaire. Pour ne laisser aucune place aux objections, M. Melloni s*est assuré que la plus graiMle étendue des teintes transmises par le verre bleu ne provient pas d'une vision moins distincte ; et il en conclut, sans hésitation, que le prétendu mode de démonstration accepté par M. Brewster est poi)ap)ètement insuffisant ; que Texistence de teintes diverses dans le même éléipent transversal du spectre doit être envisagée comme une pure hypothèse, tant qu'on n'aura pas prouvé que les couleurs d'un i^ctre parfaitement pur changent par Tinterposition d'un nûliea sitiié près du prisme , et que ce changement persiste à quelque dis-* tance que ce soit ; que chaque nuance provient d'un rayon unique possédant une vitesse de vibrations , et une longueur d'ondulations déterminées ; que la couleur est un signe caractéristique distinctif des éléments divers contenus dans les radiations des corps lumi-iaeux, comme le voulait Newton , et que ces éléments sont séparés simplement par l'action du prisme , en vertu de leurs degrés diffé^ r#nts de réfrangibilité. Nous avons combattu nous-mênies très-viv9* ffient les idées de ^. Brewster, mais en repoussant un mode d'ana* lyse qui a joui d'une grande faveur auprès des physiciens, nous sommes heureux de rappeler avec M. Melloni que M. Brewster est l'auteur 4* une infinité de belles et glorieuses découvertes. Revenons aux recherchas de lUi. Ih'aper : en les résumiuit, M. Mel*

loni termine ainsi : « Les atomes (1) des corps peu échauffés tîbrent lentement et produisent des ondulations longues et invisibles dans le fluide éthéré qui les entoure. A mesure que la température s'élève, les vibrations atomiques augmentent généralement d'étendue en restant isochrones; tandis que quelques-unes augmentent de rapidité : cet accroissement ne devient cependant bien distinct que près du point d'incandescence. Alors une portion des atomes pondérables commence à osciller plus vite que le reste , et produit dans l'éther des ondulations plus courtes, par conséquent plus réfrangibies, et dont quelques-unes deviennent visibles: toutes contribuent à accroître l'énergie et la variété du rayonnement, jusqu'à ce qu'enfin un grand nombre d'éléments de chaleur lumineuse et obscure se trouvent réunis dans l'effluve rayonné par les sources de hautes températures.

)) Il existe cependant certains corps constitués dans des conditions d'équilibre atomique telles, qu'elles donnent à leurs atomes une grande facilité de vibration , de telle sorte qu'ils acquièrent, longtemps avant la période d'incandescence, tout ou partie de cette rapidité d'oscillation, à laquelle est due la lumière visible : ces corps forment la classe des substances phosphorescentes.

» Quand une substance se combine chimiquement avec une antre, ses molécules acquièrent tout-à*coup un très-violent mouvement vibratoire, et peuvent prendre ensuite des vibrations plus lentes. C'est ce qui parait avoir lieu dans les flammes dues à la combustion des corps, lesquelles commencent presque toujours par une lumière bleue ou violette, et deviennent ensuite blanches et jaunâtres.

9 Dans le cas ou la lumière et la chaleur se développent par le fait de la seule élévation de température , les ondulations éthérées incapables d'agir sur Torgnne de la vue ne se trouvent pas uniquement dans les radiations provenant des corps chauds et obscurs, mais aussi dans celles qui proviennent des sources lumineuses ; les rayons invisibles ne sont point homogènes : ils sont de diverses espèces ; et leurs propriétés spécifiques sont entièrement analogues à celles des couleurs.

(1) Aux expressions molécules, particules, employées à tort par M. Melloni, nous avons constamment substitué le mot atome.

t Ce qu'il y a de plos extraorâîDaire, c'est que Tobservation plus attentive d'une série de faits qui semblaient contraires à la théorie de ridentité de la lumière et du calorique les ait transformés en preuves de cette identité. Qui n'aurait cru au premier abord que les radiations calorifiques étaient d'une nature toute différente des radiations lumineuses, en les voyant se transmettre en proportions si variées dans les substances douées de la plus grande transparence, traverser quelques corps fortement colorés comme instantanément et en plus grande abondance que certains milieux parfaitement limpides ; et franchir de part en part dans la seule direction reciiligne une lame de verre complètement opaque ? Et cependant, ces singulières propriétés sont des conséquences nécessaires de la diathermansie et de la diermocrose des corps combinées avec diverses périodes des ondulations éthérées. Or, comment pourrait-on jamais soutenir l'identité de la lumière et de la chaleur, si l'on n'avait prouvé la coloration de l'un et de l'autre agent; ainsi que l'aptitude de tout rayon calorifique obscur à se propager et à se réfracter dans un corps solide. »

Armons-nous encore d'un peu de patience pour analyser quelques mémoires remarquables de M. Hunt, glorieux rival de M. Draper*

Examen des changements chimiques apportes par la lumière so^ laire à quelques préparations photographiques ; par M. H. Hunt. — Ce mémoire est le premier chapitre d'une longue étude de l'infloence de la lumière sur les divers corps oi^aniques et inorganiques. Il s'agit cette fois des sels d'argent, et M. Hunt est arrivé aux conclusions suivante : 1"^ L'action de la lumière enlève l'oxigène à l'oxide d'argent et le convertit en sous-oxide et en argent métallique : elle ne suffit pas toutefois à le désoxider complètement, sans la présence d'une matière organique. L'argent revivifié, quelque divisé qu'il soit, se combine spontanément et peu à peu avec l'oxigène de l'air ; 2*' Le niu*ate d'argent n'est modifié par la lumière solaire, qu'autant qu'il est en contact avec une matière organique : l'action de la lumière tend à isoler l'oxide d'argent, puis à en dégager l'oxigène et à le ré-* daire à l'état métallique : l'acide nitrique semble entrer en combinaison avec la matière organique ; 5" Le chlorure d'argent est plus sensible lorsqu'il renferme du nitrate libre de ce métal : la supériorité de coloration du chlorure d'argent humecté sur le chlorure sec,

074 > iVATUttE INtlME DU SPEGTnB SOl/AIRfi.

tient & la âécotnposition de Teau et I l'action rédactrice de Tb^chrogène naissant , qui isole Targent métallique : l'influence des rayons solaires parait s'exercer d'abord, en dégageant la moitié da chlore combiné qui est remplacé par de Toxigène, s'il y a de l'humidité; ai l'action continue, l'autre atome de chlore est de la même manière éliminé et remplacé : il s'est donc formé de l'oiide d'argent qui plue tard se convertit en argent métallique ; la présence d'ane matière or« ganique est également nécessaire.

Dans un autre mémoire lu k l'association britannique, M. Hum avait établi quelques faits non moins curieux.

Si Ton prépare dans l'obscurité une solution de caméléon raidéfal, elle n'éprouvera pendant plusieurs heures aucun changement $ ibàU si on Fexpose au soleil, il se fera presque immédiatement un abon-^ dant précipité. Du sulfate de fer dissous dans l'eau commune, donne après quelques heures, un précipité de carbonate de fer, lors même que la solution est conservée dans l'obscurité, mais si on la met au soleil, le précipité a lieu instantanément. On peut mêUië, jusqu'à ufl certain point, estimer , par le poids comparatif des précipités^ l'intensité de lumière h laquelle de semblables solutions otit été exposées.

Au contraire, si l'on mêle ensemble dans un vase de terre nne solution de bichromate de potasse, et une solution de sulfate de cuivre, et qu'on conserve le mélange dans l'obscurité pendant douze heures, on trouvera la surface du verre recouverte d'une croûte épaisse de chromate de cuivre ; mais si les liqueurs sont exposées à la lumière solaire, aucun effet de ce genre ne se produit.

On expose au soleil plusieurs solutions de sels d'argent, et Ton conserve dans l'obscurité des quantités égales de ces mêmes solu* tiens : en ajoutant à ces diverses solutions de petites quantités de sulfate de fer, on trouve que celles qui ont été exposées au soleil donnent immédiatement un précipité, tandis qu'il s'écoule quelque temps avant qu'un semblable phénomène se manifeste datis les solutions tenues à l'ombre. Le bichromate de potasse qui a été exposé aux rayons du soleil donne, avec les sels d'argent, un chromate de ce métal d'une couleur beaucoup plus intense que du bichromate de potasse tenll dans l'obscurité : un effet semblable a été observé avec du prussiate de potasse mis au soleil ; le bleu de prusse qu'il forma dans un sel de

fer, fut beaucoup plus beau que celui qui fut produit avec la solution tenue dans robscurlté.

On mit un tube ouvert fermé par un diaphragme et rempli d*une solution d'iodure de potassium, dans une solution de nitrate d'argent: pois on fît communiquer les deux solutions au moyen d'un fil de platine. Lorsque l'appareil fut tenu danà l'obscurité, il se forma le long du fîi de platine une belle cristallisation d'argent métallique : ce qui n*eût pas lieu lorsqu'on mit Tappareil au soIelL

Ces phénomènes sont évidemment de nature à attirer fortement t'atlemion des chimistes, parce qu'ils paraissent prouver que Finiaence des rayons solaires s'eterce bien plus qu'on ne Tavait soup^fennée jusqu'ici dans le domaine des réactions chimiques.

M. Fisher avait observé quelques faits semblables : si l'on précipite par l'alcool une solution deferro-prussiate de potasse, qu'on recoeiUe et qu'on dissolve rapidement dans l'eau le précipité, la solution exposée à la lumière passera bientôt du jaune au vert, et enfin, k bien de prusse se déposera : ce même sel, le ferro-cyanure de potasiiom cristallise dans l'obscurité en grandes lames quadrangulaire^ ; mais exposé à une vive lumière, il pert graduellement le pouvoir d'affecter celle figure, il devient pulvérulent, et se dépose sons forme de dendrite.

Nous avons enfin achevé la trop longue analyse des travaux qui ont eu pour objet les propriétés chimiques des rayons du spectre : et nous passons à l'étude de la faculté que possèdent ces mêmes rayons â*exei(er la phosphorescence. Cette fois nous serons plus eoorts.

MMS PH0SPH0R06ËMQFËS DU SPËdTRE.

On désigne sous le nom de phosphorescence, cette émission spontanée de lumière que Ton observe dans un très-grand nombre de corps soumis préalablement à certaines actions physiques, chimiques» mécaniques, de décomposition organique, etc. , etc. ; actions incapables par elles-mêmes de produire Tincandescence ou de faire briller les corps à la manière ordinaire de la lumière qui est la conséquence d'une grande élévation de température.

En même temps que nous exposerons les travaux récents qui ont eu pour objet la phosphorescence» nous analyserons, comme Ta fait M. Becquerel, l'ensemble de nos connaissances sur cette matière encore enveloppée de ténèbres. Commençons d'abord par bien décrire les différents genres de phosphorescence.

Phosphorescence résultant d'une action mécanique, cUvuge , frot' tementf percussion^ etc. — Lorsqu'on clive dans l'obscurité une lame de mica, on aperçoit une faible lueur, et les parties séparées manifestent chacune une électricité contraire. L'acide borique fondu dans un creuset se fendille au moment du refroidissement en répandant une faible lueur : certaines variétés de feldspath, le chlorate de potasse, et d'autres substances broyées dans un mortier, deviennent lumineuses : un caillou frotté dans le vide avec un morceau d'acier, deux écailles d'huître frottées rapidement dans le vide , ainsi que le phosphate de chaux, la craie, le gypse, le spath fluor, le diamant, etc. donnent des traînées de lumière pâle et faible, etc. Il en est de même du frottement d'une plume.

Phosphorescence produite dans l'acte de la cristallisation. — Si la cristallisation du fluorure de sodium a lieu dans l'obscurité , il y a scintillation due à la phosphorescence : Tacide arsénieux transparent et vitreux précipité d'une dissolution dans l'acide chlorhydrique cristallise en émettant une forte lumière ; il n'en est pas de même de l'acide arsénieux opaque, mais il paraît que la phospho-

rescence a lieu , dans le passage de Tétat vitreux à Tétat opaque. Les mélanges de sulfate de potasse et de sulfate de soude, de sulfate de soude et de chroraate de potasse, donnent de la lumière en cristallisant Le chlorure de calcium fond à chaud dans son eau de cristallisation, et, transporté dans l'obscurité, laisse apparaître en se refroidissant et se précipitant, de larges étincelles accompagnées de craquement

Phosphorescence par élévation de température. — Tous les corps phosphorescents par la chaleur manifestent leur propriété, quand on les projette en poudre ou en petits fragments sur un corps plus ou moins chaud. La chaux fluatée est surtout remarquable alors par l'éclat et la vivacité de ses teintes : projetée sur un bain de mercure bouillant, dans un mélange d*eau et d*acide sulfurique, dans l'eau en ébullition, sur une pelle chaude de fer ou de cuivre, elle brille toutà-coop : certaines variétés sont phosphorescentes à tous les degrés ; une d'elles , la chlorophane, est lumineuse déjà à 20 ou 25 degrés. Les chlorures de sodium et de mercure, l'acide arsénieux, etc., ne luisent qu'à SOÛ"". Presque-tous les corps organisés ou non organisés^ non conducteurs de l'électricité, deviennent phosphorescents quand ils sont projetés sur l'alliage fusible et fondu de Darcet. £n général, quand la phosphorescence se manifeste à une température élevée, elle est de courte durée, et ne se reproduit plus quand on chauffe audelà. Les verres cependant qui, à une certaine température , ont perdu leur lumière, se ravivent à la chaleur blanche. Certaines substances aussi recouvrent leurs propriétés phosphorescentes quand on les expose à la lumière solaire ou électrique. Il faut remarquer enfin que la lomière, émiàe sous l'action de la chaleur par les substances combustibles, provient tantôt d'une véritable combustion, tantôt du mouvement moléculaire qui constitue la phosphorescence : quand la lumière continue de se manifester dans le vide, ou au sein d'atmosphères qui ne renferment aucun principe comburant, l'acide carbonique, par exemple, et Tazote, on a le droit de l'attribuer à la phosphorescence.

Il est souvent difficile de discerner l'élément auquel on doit attribuer la faculté phosphorescente d'une substance donnée, le carbonate de chaux limpide et très-pur provenant du spath d'Islande, le spathfluor blanc, etc. , ne donnent pas de lueur sensible, même quand ou

les projette sur des plaques chauffées au rodge. Il faut probablement pour détermmer la phosphorescence un inélange de substances bélé-p rogènes pouvant amener un changement de composition a^ec émission de lumière : les expériences de Th. de Saussure et de Dessaigiies donnent à cette proposition un certain- degré de certitude. L'eau dé cristallisation joue aussi un rôle important dans la pi^oducti<m dû jphénomène : Tétat de la surface» et la forme du cristal ne sont pas non plus sans influence ; c'est tantôt la substance réduite en -poudra qiii ^st phosphorescente, tandis que la masse ne Test pas, et réciî^roquement. '

Phosphorescence par insolation, — Bon nombre de corps jouissent de la propriété d*émettre de la lumière après une courte exposition à la Innïière solaire ou diffuse. Ce genre de phosphorescence peut dépendre soit d'un changement momentané dans Téquillbredés mole* cules, soit de réactions chimiques produites par la radiation « soit d'un inouvemeni imprimé aux fluides impondérables conteims dans les espaces intermoléculaires. Les plus énergiques des substances lumi* heuses par insolation sont les phosphores de Canton et de Baudooini c'est-k-dire le sulfure de calcium et le nitrate de chaux calciné; Viennent ensuite la chaux fluatée , la chaux carbonatée , diverses pétrifications, les coquilles d'animaux marins, les perles, la chaux phosphatée et arseniatée, etc. Beaucoup de diamants brillent longtemps après quelques secondes d'exposition à la lumière. ' Les dÎTefses parties des plantes ne deviennent guère lumineuses qu*après le dessèchement: les étoffes blanches sont plus phosphorescentes que les étoffes écrues.

Dans tous ces corps , la durée et l'intensité de la phospborence varient indéfiniment t la durée et la vivacité de la lumière ne se trouvent pas toujours réunies.

Les rayons solaires agissent ordinairement plus que la lumière diffuse, et celle-ci est plus efficace par un temps serein que sous un ciel couvert de nuages. Les lumières artificielles même concentrées sont impuissantes ou agissent très-faiblement.

Les corps blancs sont plus lumineux que les corps colorés de même espèce , ceux-ci le sont plus que les bruns et les noirs; îl faut touteois excepter le diamant et le spath-fluor.

Dès que la phosphorescence est commencée» elle n'est interrom^

pne ni par le contacta ni par l^t friction, ni par la compression. L*a&> Uou se continue même dans l*eau , toutes les fois que les corps ne sont pas dissous. I^ chaleur augmente Tintensité et diminue la durée de la phosphorescence ; M. Edmond Becquerej a prouvé que rabaissement de température produit un effet contraire. L'action I^osphorescente pénètre dans les corps à une certaine profondeur : le poli nuit à la phosphorescence.

Les corps bons conducteurs de Télectricité ne sont pas phosphorescents par insolation ; les corps mauvais conducteurs présentent de grandes différences dans rintensité des effets produits; les conducteurs médiocres sont très-phosphorescents. Les premiers de. ces corps résistent longtemps à la phosphorescence, mais rémission de lumière est

4arable : les troisièmes ne brillent que pendant un temps très-court.

Il ei^iste une différence essentielle entre les effets de la chaleur et ceu^ de la lumière : les corps les plus lumineux par insolation ne brillent pas quand ils sont chauds.

Phosphorescence sous Vinfluence de la lumière électrique, — Les décharges électriques d'une batterie de plusieurs bocaux commooiqiient une phosphorescence sensible à un grand nombre de corps non tx>nducteiirs de l'électricité, placés à un ou deux centi- Baèl^es des extrémités des deux conducteurs. La décharge électrique possède en outre la faculté de rendre leurs propriétés phosphorescentes aux substances qui l'ont perdu par la chaleur , ou qui ne la possfâdajient pas : ainsi, les diamants qui ne sont pas lumineux par euxr mêmes le deviennent souvent après quelques décharges. L'électricité aussi modifie quelquefois considérablement la teinte de la lamière phosphorescente^ comme Pearsall l'a prouvé.

Les effets de la lumière sur les substances, affectées par le choc électrique sont très^remarquables : si, après avoir électrisé des fluors calcinés, on en place une partie dans un tube de verre que l'on expose ensuite aux .rayons solaires, tandis que l'autre portion, enveloppée de papier, est conservée dans Tobscurité ; on verra que la première partie a perdu presque toute sa phosphorescence, pendant que la seconde l'a conservée. Ce n'est pas seulement la décharge électrique qui excite la phosphorescence: la lumière électrique seule suffit à produire cet effet; surtout avec Taidu de la chaleur. La lumière produite par l'électricité voltaïque est moins efficace que la

lumière électrique ordinaire. Pour mettre en évidence l'action propre de la lumière électrique, il suffit de placer la substance phosphorescente dans un tube fermé hermétiquement et situé à quelques centi* mètres du conducteur. Secbeck, ayant placé une substance phosphorique dans des tubes formés de verre jaune, rouge et bleu foncé, à 3 centimètres de la boule du conducteur, remarqua qu'à Tinstant de la décharge le phosphore du tube bleu émettait de la lumière, tandis que les autres restaient obscurs : certaines substances laissent donc passer la portion de lumière électrique qui produit la phosphorescence et d'autres l'arrêtent : en d'autres termes, la lumière électrique en traversant des diaphragmes de diverses substances est plus ou moins efficace. Ainsi, le verre blanc enlève à la radiation électrique la plus grande partie de son pouvoir phosphorogénique : il en est de même des verres bleus, jaunes, oranges et rouges ; les verres rouges empêchent entièrement la phosphorescence ; cela n'arrive pas avec les verres violets. La même chose a lieu pour toutes les radiations solaires, terrestres, naturelles, artificielles, etc.; ainsi, la lumière du phosphore brûlant avec éclat dans un flacon de verre n'excite que très-faiblement la phosphorescence, obligée qu'elle est de traverser le verre : mais l'influence des divers écrans est loin d'être la même sur les diverses sortes de radiations. Voici, à ce sujet, une expérience capitale de MM. Biot et Becquerel. Après s'être assurés que des écailles d'huîtres calcinées, qui avaient perdu la phosphorescence produite par une première insolation, la recouvraient sous l'influence de la lumière électrique , ils placèrent une certaine quantité de ce phosphore sous un écran mixte formé d'une lame de verre de ^"'"ô d'épaisseur , et d'une lame de cristal de roche épaisse de ô""^9: après l'apparition de l'étincelle électrique, la phosphorescence reparut aussitôt vive et brillante sous la plaque de cristal de roche, mais elle fut nulle et insensible sous la plaque de verre : on s'aperçut plus tard que l'excitation opérée dans la portion recouverte par le cristal de roche se propageait graduellement à l'autre portion avant de s'éteindre : sous une lame de cristal de roche ayant plus de quarante et un millimètres d'épaisseur , la phosphorescence apparaissait très- vive; tandis que la plaque de verre de S"""" 5 arrêtait tout. Une lame de sulfate de chaux, épaisse de près de huit niîllimètres, se montra presque plus efficace que le cristal de roche : le

cristal de roche enfumé est aussi perméable à la radiation phosphorogéniqneque le cristal le plus transparent; le cristal taillé perpendiculairement à Taxe est plus efficace que celui qui est taillé parallèlemeut : le papier de gélatine et Teau laissent aussi passer, quoique dans une proportion moins forte, la portion de la radiation qui excite la phosphorescence. M. Draper a démontré, comme nous l'avons déjà TU . que la lumière , provenant de ia chaux incandescente , diffère complètement de la lumière électrique ; la plaque de verre, loin d'intercepter alors Finfluence photogénique , la transmet aussi intégralement que le quarz.

M. Edmond Becquerel a constaté, 1^ que la lumière émise par les substances phosphorescentes ne diminue pas plus rapidement dans le vide que dans Tair; 2'' que quand Tétincelle électrique éclate dans l'air, sa lumière est aussi apte que celle du soleil à rendre phosphorescente une substance placée dans le vide; B"" que si Fétincelle électrique éclate dans le vide, sa lumière n'est phosphorogénique qu'à un très-faible degré ; U"" que la phosphorescence est moins intense pour les substances placées dans l'air raréfiée que pour celles placées dans l'air à la pression ordinaire.

Lorsqu'on répète une longue série d'expériences sur un même phosphore exposé à l'étincelle électrique, son aptitude à devenir lumineux s'exalte de plus en plus, et si Ton veut n'admettre que des conclusions certaines, il faut nécessairement tenir compte de cette surexcitation due à des influences antérieures.

Des phosphores artificiels. — Le phosphore le plus anciennement connu est la pierre de Bologne ou sulfate de baryte calciné ; on le conserve enfermé dans un flacon de verre bouché à Fémeri : après une exposition de dix secondes à la lumière solaire , il répand dans l'obscurité une lumière rouge semblable à celle d'un charbon ardent; Téclat se- continue pendant une heure, et finit par une lueur blanche : le plus grand froid n'enlève pas à ce phosphore ses propriétés lumineuses qui durent plusieurs années et se manifestent dans le vide et sous l'eau.

Le phosphore de Baudouin, nitrate de chaux calcinée, et les coquilles d'huitres calcinées, doivent aussi être placées au premier rang des substances phosphorescentes.

Le phosphore de canton est le plus remarquable de tous : on le

982 BAYONS PHOSPHOROGÉNIQUES DU SKCTRE.

prépare on calcinant à une forte chaleur des coquilles d'huîtres en poudre avec une partie de soufre, cooiprimant fortement la masse dans un creuset, et portant la température au rouge ^pendant une heure ; après quoi, on renferme le tout dans un flacon bien bouché. On le prépare encore en calcinant le sulfate de chaux en poudre avec le chai1)on. Exposé pendant quelques instants è la lumière, cette substance est très-lumineuse dans l'obscurité.

Le phosphore de Honiberg est le chlorure de calcium fondu^ il émet une lumière d'un vert pâle.

Phosphores naturels ou phosphorescence spontanée, — Un grand nombre de substances organiques sont naturellement on spontanément phosphorescentes, soit par l'effet d'une action lente, soit par )a volonté de l'animai vivant.

Dans le règne animal , on peut citer les poissons et les infusoirès marins, vivants et morts : de ce nombre sont le hareng , le merlan, le macquereau, la méduse et divers mollusques : pour que la phosphorescence apparaisse, il faut une température de huit à dix degrés, une humidité soutenue, et le contact de l'air : elle n'est que superficielle.

Parmi les insectes , on remarque surtout les fulgores porte-lanternes, et les lampyres ou vers luisants, la scolopendre électrique et le crabe brillant.

Dans le règne végétai, le bois pourri et certaines tourbes sont éminemment phosphorescents.

Hulme a démontré les propositions suivantes : 1** la quantité de lumière fournie par les substances animales à l'état de putréfaction, n'est pas en proportion du progrès de la décomposition comme on le suppose communément ; au contraire, plus la putréfaction avance et moins on observe de lumière, toutes choses égales M'aiiiears; 2° la lumière dont il s'agit appartient en projsre à l'un des prinÊipes constituants des substances phosphorescentes, on peut Fisôlerfiar certains procédés, et la conserver ainsi pendant quelque temps, etc. ; S** diverses réactifs étrangers ont là propriété d'éteindre la pbosphorescence; ainsi la matière lumineuse provenant des harengs s'éteigiiait

promptemeni par le contact des substances suivantes : Tean pore, l'eau dé chaux, l'eau iniprégnée d'acide carbonique, lés liqueuirs^fermenlées, les alcools, les acides végétaux, les alcalis, etc. ; k^ d'autres

sii])sti|9ce9, a^ contraire, mêlées à la inatièrci phosphorescente^ lui çoQ^ry^ent son éclat, et ][)rillent avec elle , le sel commnn et le miel sont dan%pe cas; le d€^ré d'éclat de la masse totale ^tproportionnel h la qqaatité relative de matière phosphorescente introduite dans le mélange ; .on a de cette manière un moyen de dissoudre en quelque sorte h iiimière ; 5® quand la lumière phosphorescente a été éteinte PfU: r^etio» <le certaines substances, elle n*est pas réellement anéantie, et Ton peut en général lui rendre sa splendeur première par des procédé» ti)^-siinples ; aiasi , vingt-un gramoaes de sulfate de magttéisie dissous dans vingt-quatre grammes d-eau , et mêlés à la matière lumineuse.du maquereau,, par exemple, Féteignent complètement i^sasû» en ajoutant à ce mélange six fois son volume d*eau, on b rend parfakefùeat phosphorescence ; une seconde addition de solution saline iérait disparaître la lumière qu'on ramènerait en ajoutant de fionVean de l*eau pure ; oi) peut Aijisi obtenir successivement jusqu'à dix extinctions; 6° la lumière phosphorescente est rendue plus vive par te ffîotiyeàienl ; 7^ la phi^hore^ceace n'est accompagnée d'aucun 4égagemeiH de cbalenr sensible m thermomètre; 8Me froid, au depfré de cQOgèiaiien<etv'aiu*deasQUti détruit ia pbe«phorescencei mais seàiefiK^ d'une.manière* passagère » car: elle reparut d^ns toute sa ipleDdejur au{:etotti*4*un6:lempéra^ure çiodérée ( 9^^ Télévation de tem^ pérature, tantôt exat(e, ti^Hôtdi«iiQue Icf phosph^^scence ; présenté as feu par uode m^ côtés et transporté dpis L'obscurité» un harepg lamtoevi^l se montra obscur du côté chauffé ; Feau bouillaute éteint Oômplètemen^ i^pbosphoilescençe. .... < . .

^a lumiètF^ émise par )e lai»pyre se montre entre sept et b^i^ •heiiresdn soîr dans )es mois chaii<ds ; elle es| prpjjuiie par un appareil {iarticniieri et profient directement d'une matière blanchâire, den^ltransparente, tpii recouvre les trois derniers anneaux. On ne saurait aier que k^voleiité de l'animal inflii^ &uf. le phénomène. Censenré daQs;une boî^e à. l'abri d^ la l«ipiére 4^ jo^r, 1q lampyre pe devient pasi^oq^rescentC<|uafid ononfvre la boîte pendant la nuit : sa pbosr phorescence diminue par le froid et cesse quand la température est <o*desM»is de i^''. Si on expose l'animai à l'action de la chakur, il Rpcead sesiMsuitéà lumineuses ; siçud le chauffe en le plongeani dans ial*eaa.tiède, Ja phi)sphorescence. deviendra plus viv^e; ^ans l'eau ii &5 00 50®, il meurt répandant un très-vif éclat ; il ne luit pas dans

984 ftAYONS PHOSPHOROGÉNIQUES DU SPECTRE.

le vide, même quand on élève la température ; cette disparition peut être attribué à deux causes^ Tétat de souffrance du ver, et la raréfraclion de Tair : dans Toxigène il y a émission de lumière plus vive. Les décharges électriques ne raniment pas la phosphorescence quand elle est perdue , il n'en est pas de même de rélectricité voltaïque : ranimai vivant et obscur, placé dans le courant, devient légèrement lumineux : en dirigeant convenablement le courant à travers le corps du ver auquel on a enlevé la tête, on peut le faire briller d'une lumière très-vive.

M. Ëhrenberg plaça sur le porte-objet de son microscope quelquesuns des petits animaux, infusoires et annelides, qui, dans certaines contrées, rendent la mer lumineuse ; et il fut fort étonné de voir que la lumière phosphorescente était formée de la réunion d'une multitude de petites étincelles qui partaient de tous les points de leur corps. Ces étincelles se succédaient avec une extrême rapidité; eUes étaient dues à une action spontanée de Tanima), et prenaient plus d'éclat quand on l'irritait.

Par une longue et curieuse série d'expériences sur la phosphorescence du bois pourri, Bockman a constaté les faits suivants : i^ le bois pourri est lumineux dans le gaz oxigène, même à une température basse ; 2"" il est phosphorescent dans tous les gaz non respirables, au moins pendant un temps très-court ; dans quelques«-uns, l'azote par exemple, la lueur se maintient très-longtemps ; Z"* il s'éteint dan^ l'acide chlorhydrique ; h'' il luit plus faiblement dans l'air rarifié ; S"" il luit encore dans le vide; 6"* il s'étdnt dans le gaz oxigène à une température élevée ; 7° pendant sa phosphorescence dans le gaz oxigène, il se produit de l'acide carbonique ; 8"* on peut l'éteindre plu» sieurs fois de suite dans des gaz non respirables, mêlés ou non d'oxi» gènes, sans pour cela que la propriété du gaz d'entretenir la phosphorescence d'un nouveau morceau soit sensiblement diminoée; 9** l'humidité exalte la phosphorescence, elle est absolument nécessaire à sa production ; lO** le bois pourri luit sous l'eau, dans l'huile, et dans d'autres liquides ; dans quelques-uns même sa lueur paraît augmenter.

M. Dessaîgnes croit que tous les bois, de quelque nature qu'ils soient, deviennent phosphorescents, pourvu qu'ils soient pénétrés d'humidité, exposés à une température de 8 à IS"* , en contact avec

Tair, et dans un état particnlier de décomposition. Si Ton enferme do bois laisant dans un vase rempli de mercure, on obtient de Tacide carbonique.

M. Deiîlle a remarqué que quand Fagaric de Tolivier commence à croître, il est phosphorescent pendant plusieurs nuits, même lorsqn*]! ne fait plus partie de l*arbre sur lequel il croit habituellement : il commence à luire un peu avant la nuit, et cesse après le soleil levé ; il ne donne jamais de lumière dans le jour, quelque soit robscurité dans laquelle on le tient enfermé.

Diverses fleurs, telles que la capucine, le souci, etc., montrent des phénomènes lumineux par scintillation pendant les nuits des beaux jours de Tété.

Phosphorescence de la mer. — Ce phénomène a été observé de temps immémorial, il est quelquefois si éclatant qu'il frappe les ima- ^nations les plus froides. Dans toutes les régions de l'Océan, mais particulièrement sous la zone tropicale, dès la chute du jour, on voit jaillir du sein des eaux une lueur phospborique plus ou moins vive, qni est due soit à des matières organiques tenues en suspension dans Teau et analogues à la mucosité qui suinte des poissons de mer phosphorescents ; soit à une multitude d'animalcules infusoires, annélides, physalies, physsophores, méduses, etc. Cette lueur se montre surtout aux arêtes des vagues, dans les sillons creusés par la proue, et dans les flots qui se brisent sur les récifs , partout enfin ou Teau de la mer est frappée : quelquefois un bâtiment poussé par un vent violent laisse au loin derrière lui une longue trace lumineuse qui s'éteint lentement.

Pendant une nuit calme , MM. Quoy et Gaimard , au mouillage devant la petite île de Rawak, sous Téqualeur, virent près du vaisseau beaucoup de zones d'une blancheur éclatante et fixes. Les ayant examinées avec soin , ils reconnurent qu'elles étaient produites par des zoophites d'une petitesse extrême et qui renfermaient en eux un principe phosphorescent si subtil et tellement susceptible d'expannon, qu'en nageant avec vitesse el en zig-zags, ils étaient suivis de filets de lumière très-déliés. Deux de ces animalcules placés dans un bocal rempli d'eau le rendirent très-lumineux : leur présence au sein des eaux des mers est donc vraiment la cause la plus active de la phosphorescence. Ces deux naturalistes français constatèrent aussi

086 RAYONS PHOSPHOROGÉNIQUES DU SPEGTRIi).

q^e la chaleur était une des conditions déterminantes de la faculté phosphcrique de ces zoophites.

Phosphorescence des pluies d'orage. — Des observations assez nombreuses, et assez bien faites pour ne laisser apcuue place Mm doute, ont pronvé que certaines: pluies d'orage sont accompagna de lueurs phosphorescentes qui apparaissent sur les habils des voyageurs , a.ux bords de leurs chapeaux, etc. etc. Ce phénomène a probablement pour cause la recomposition lente d^ deiix électricités, et ne serait ai) Xoud qu'une lueur électrique ai^alogoe à celle qui surprit de Saussure au 3ommet du Brevet ; cJi^^que'Xois qu'il élevait la main, il ressentait autour des doigts une sorte de frémiseiemeiit ; et plus lard onjtira des étincelles d'un bouton d'or fixé à son chapeau : l'orage grondait dans un nuage autour de sa.tête«

Des différentes espèces de lumière phospfwrique , de ses teintas diverses. — Ou distingue deux lumières. phosphonques,. l'uae pir émanation:,, l'autre par sçinitillatioa : la prc^iQi^re e^t^te lumi^e lég^e^, fugiUve^ plps ou moins.colorée qui sembl<» eQeuri^r le^icûf ps d'où «elle, émane: Tautre consiste dans une aériQ..,â'^tiinQelles qui s'échappent plus on moins rapidement des cq^p^ phos^tiore^Cî^^. ^ ^ La durée, la couleur et l'intensité de la lunûère^éniis^iGtépendeiit de la nature des corps, de l'élit de leur suirface,. ete, Çer^^99 «^ir breset le snoctn donnent une lueur fl'uQ jau^ dpi^é;- l^.fpatb-Q^Mt^ et larehaux arséniatée une lomière vçrdâlre ; dÎTerses autr<«s variétés de spath-Çluor, une couleur bleue violette; le grenait orieDVil»;ie}S{|çre de lait, une lumière rouge; la doiomie, i'arragonite, quç^ueiS diamants, une lumière, d'un blanc éclatanl ; l'harmotome, une couleur jaune verdâtre ; la cblorophane, une couleur verte. ,

Les couleurs jaune et bleue se montrent souvent dans .les.carbo* nates calcaires, le vert très-rarement. Les acides, dans leurs combinaisons, semblent exercer une influence propre aur'la jouteur : les couleurs dominantes sont, dans leâ combinaisons de l'aci^^ fluorique, le jaune , le bleu et le vert , et le plus, souvent ces deux C^ulf uc»; dans- celles de l'acide phosphorique» le vert et le jaune ; dani- eeUes de l'acide sullufique, :1e jaune et le bleu ; dans celles de l'acide arséniqne, le verdâtre et le bleu, etc. Dans les substances siUceuseSr les couletrrs ks plus communes sont le bleu, le jaune et le vert; dans les substances argileuses, le jaune et le blanc.

pbôsfhorëi^cence. 987

La chaax, qui est très-lnmineuse par la chaleur, conserve cette propriété dans toutes ses combinaisons ; les sulfates calcaires sont moins pbosphtoresccnts que les carbonates ; les substances siliceuses ne sont pas, à beaucoup près, aussi phosphorescentes que celles à base de chaux. Les composés minéraux les plus phosphorescents sont la topase de Saxe, Taniêthyste, le jaspe, Témeraude, le zircon. Les Terres colorés par les oxides métalliques luisent mieux que les verres blancs, etc. etc.

Du spectre phosphorogénique, ou des rayons du spectre propres à déterminer la phosphorescence par insolation. — Les faits nombreux que nous avons déjà cités sufiSsent à prouver que la portion de la radiation lumineuse qui excite la phosphorescence, est physiquement distincte' de celle qui, sur notre rétine, produit la sensation de la vision. Les expériences que nous avons rappdées sur Taciion des écrahs diaphanes , ' démontrent rigoureusement qu'une même portion de la râdiatioti* totale est ou n*est pas efficace à produire la phosphorescence, selon l'état plus ou moins excitable de la substance qui la reçoit et la nature de l'écran.

Les rayons solaires, ainsi que la lumière électrique , excitant la phosphorescence , il est très-important de rechercher dans quelles parties du spectre sont situés les rayons actifs ou phosphorogéniques qui dmvent occuper, comme les rayons chimiques, une place à part. Wilson, en 1775 , dans le mémoire intitulé Série d'expériences sur les phosphores, reconnaît que les rayons les plus réfrangibl^s excitent fa phosphorescence du sulfate de chaux ; et que les rayons les moins réfrangîbles h font cesser. Beccaria, vers la même époque, disait aussi que, de tous les rayons du spectre, le raj'on violet était le plus apte, et le rayon rouge le moins apte à exciter la phosphorescence ; mais cette importante question appelait de nouvelles études ; M. Edmond Becquerel s'en est occupé avec ardeur et succès, il a opéré sur les deux substances les plus lumineuses par insolation, les phosphores de Bologne et de Canton, ou les sulfures dé barium et de calcium. On réduit en poudre un de ces sulfures, puis, après avoir mis une couche de gomme arabique sur une feuille de papier tendue dans un cadre de bois, on la saupoudre avec la poussière de sulfure; on' a aliisi uiie surface phosphorescente dans toutes ses parties. Le papier, ainsi préparé, est placé au foyer d'une lentille donnant par

projection le spectre solaire. Si Ton tient les yeux fermés pendant que le spectre agit sur le phosphore, et que« fermant ensuite l'ouverture par laquelle passent les rayous solaires, on regarde le papier, on aperçoit deux bandes lumineuses séparées par un intervalle peu éclairé. La partie du spectre qui donne la phosphorescence au sulfure de calcium s*étend depuis la raie G de Fraunhofer jusqu'au-delà de l'extrémité violette : il y a deux maximum d'action, l'un entre les raies G et H, mais plus près de H, Tautre dans la partie invisible, au-delà du violet : il y a ainsi, pour ainsi dire, deux spectres phosphorogéniques. En laissant continuer l'action pendant quelque temps, un quart-d'heure, par exemple , la lumière diffuse qui accompagne le spectre impressionne presque partout le reste de la préparation ; et en refermant l'ouverture du volet, on voit toute la surface à peu près lumineuse, avec deux bandes d'un éclat plus vif : un seul espace est complètement obscur, celui compris entre les raies G et A ; ce qui semble indiquer, dans cette partie du spectre, des rayons agissant en sens inverse des rayons phosphorogéniques , c'est-à-dire , détruisant la phosphorescence. Voici comment on met en évidence l'existence de ces rayons. Avant d'exposer la surface phosphorescente à l'action du spectre, on la soumet pendant quelques secondes à l'action des rayons solaires ou de la lumière diffuse : cette surface devient alors lumineuse ; mais si ou projette dessus le spectre pendant quelques minutes, et qu'on regarde de nouveau, on voit qu'elle est demeurée lumineuse, excepté sur la bande comprise entre G et A, laquelle reste obscure alors même qu'en élevant la température du papier on exalte la lueur phosphorique. Les rayons qui détruisent ainsi la phosfriiorescence sont précisément ceux que les verres rouges laissent passer. Sur le papier préparé avec le sulfate de baryte, il n'y a qu'un seul maximum , qu'un seul spectre phosphorogénique , compris entre d'autres limites que le spectre correspondant au sulfure de calcium ; il y a aussi un espace obscur indiquant un groupe de rayons négatifs, les mêmes pour les deux phosphores.

Le spectre phosphorogénique doit avoir ses raies comme le spectre solaire. Pour les apercevoir, il faut agrandir ce spectre à l'aide d'une grande lentille, au lieu de le recevoir immédiatement par projection sur la surface phosphorescente: on place donc sur sa route une lentille de 1 décimètre de foyer, afin que le foyer de cette grande len-

tflle tombe entre le foyer et la surface de la seconde ; alors, de l'autre côté de celle-ci on. a un spectre agrandi. En promenant la seconde lentille dans toutes les parties du spectre primitif, puis cherchant avec un carton blanc le lieu où il tombe^ on y voit les raies larges et distinctes ; puis, en le recevant sur la surface enduite de phosphore, qae Ton regarde ensuite dans Tobscurité, on s'assure de la vérité de ce fait, que les raies du spectre phosphorogénique coïncident rigoureusement avec les raies du spectre visible. Pour mieux apercevoir les premières de ces raies, on chauffe le papier phosphorescent jus* qu'à 2 ou 300*" ; les parties qui ont reçu l'impression des rayons phosphon^éniques deviennent lumineuses, taudis que les portions correspondantes aux raies restent totalement noires. Nous avons déjà va que les raies du spectre chimique coïncidaient aussi avec celles du specU*e visible : cette triple coïncidence est un puissant argument en fa?eur de l'identité des radiations caloriGques, lumineuses, chimiques, pbosphorogéniques, etc. : nous le développerons plus tard.

Les expériences que nous venons de rappeler démontrent cette proposition qui a tout l'air d'un paradoxe, et qui ne peut, en effets s'expliquer dans le système de l'émission : avec les rayons obscurs situésaa-delà des rayons visibles, on produit delà lumière, on éclaire une surface phosphorescente; tandis qu'avec des rayons lumineux, rouges, jaunes, orangés, verts, non-seulement on n'illumine point cette même surface, mais de plus on éteint sa lumière excitée par d'autres causes.

M. Edmond Becquerel a ajouté tout récemment à ses premières et bomies recherches sur la phosphorescence, des observations nouvelles et très-importantes ; il les a consignées dans nne note qu'il résume ainsi lui-même :

« 1° Le sulfure de calcium phosphorescent, ou, pour mieux dire, le phosphore de Canton préparé de diverses manières, de façon à ioire avec des teintes différentes, devient lumineux entre des limites différentes du spectre solaire. On remarque, en général, deux maximum d'action, dont l'un, le plus éloigné du violet, conserve sensiblement la même position dans les diverses préparations. Cet effet est-il dû à un mélange de substances ou à des conditions physiques différentes de la même matière : c'est ce que nous n'avons pas «core pu décider.

» 2<' Il se manifeste deux aetionâ bien distinctes de la part da rayonnement solaire sur les su^staiices phçsp^orescentes eo général et sur le sulfure de calcium en particulier : l"" phosphorescence produite, on modification telle, que la matière devienne lumineuse après une exposition préalable dans certaines parties du spectre ; cet effet a lieu en général au-delà du violet; 2° destruction de la phosphorescence ou action telle , que la modification produite par les premiers ifayons, est détruite complètement ; cet effet se manifeste depuis le violet jusqu'au rouge. J^Iais ce qu'il faut obçery^i:, c'est que cette destruction Qe s*opère, pas cjq rendait imm^i^temeat obscur le sulfure exposé préalablement aux rayons, les ipQÎns féfraagibles; le sulfure brille encore pendant qiiejqçe temps, puis, lorsqu'il a émis toute la lumière qu'il peut émettre, c'est-à-dire, celle q^% aurait manifestée si on l'avait chauffé jusqu'au roug^^ il n'est plus lumineux ; si ensuite on élève sa température, il reste obscur, et ne peut émettre de nouveau la lumière que par .une exposition nouvelle aux rayons les pUis réfrangibles.

» Ainsi , lorsqu'on expose une substance phosphorescente par insolation à l'action des rayons les plus réfrangibles^ rentrée dans l'obscurité, cette substance devient lumineuse^ et peu de temps après cesse de luire ; mais la modification qu'elle a reçue du rapidement n'est pas détruite pour cela , et une élévation de température la rend de nouveau lumineuse : la lumière qu'elle émet ainsi est de courte durée; peu d'instants après, elle est redevenue obscure» et pour que la chaleur donne lieu à une nouvelle émission de lumière,, il est nécessaire que cette substance soit d,e nouveau exposée au rayonnement solaire. Mais le fait capital que nous ayon^ vouLq mettre en évidence dans cette note, est le suivant : ,

» Lorsque la substance phosphorescente a été modifiée par les rayons les plus réfrangibles, de telle sorte que, de non lumineuse qu'elle était à la température ambiante, elle le devienne dans Vcbê^ curité, par l'action de la chaleur ; alors les rayons ^s moins réfrau-* gibles, quoiqu'ils n'échauffent pas cette svbstence, agissent de la même manière que la chaleur, c'est-à-dire qu'ils donnent lieu à une émission de lumière, après quoi la substance phosphorescente redevient obscure. »

Avant M. £. Becquerel, M. Daguerre avait^ de son côté, fait une

remarque fort curieuse. Oti sait qu'il a réussi à préparer un phosptiore ^^émemem sensible et remarquable, ea calcisant le stdfftie de baryte une ou plusieurs fois dans la partie creuse d'un os^dont on a enlevé la moelle. Par une cakination trois fois répétée, le sotfilte de baryte acquiert une telle faculté lumineuse qu'il poui^i^it éclairer Une grande pièce: il conserve longtemps ses propriétés phosphorescentes; il est encore visible quarante-huit heures aprèfi^ son exposition à la himière; au bout de trois ans, on l'a vu encore capable de phosphorescence. ô

• Uà joàr, M. Daguerre avait exposé quelques instants à la lumière solaire tstie assiette remplie de eette poudre phosi^Uôrescente, 'Sur laqili&Ue reposait «n petit disque de verre bleu , et la portion de poudre qi^ le disque recouvrait brillait notablement plus que êeHe frappée directement par la lumière, sans l'intermédiaire d*un écran qa$dcon({oe. £n cOmmuniquaût cette expérience à l'Académie des ^iencës, M. Ârago disait: « Il serait important* de la répéter en plaçant 1^ verre bleu, non plus en contact avec la poudre, mais è une certaine distance ; il serait bon adssi^ pour éviter toute action calorifique, d'opérer avec la lunrière diffuse atmosphérique : si , avec ces nouvelles conditions, le résultat restait le même, il en faudrait con* dore que parmi les divers rayons composant la lumière solaire bbnche, il enest,<et dans ce nombre il faut ranger plusieurs de ceux qu*arrèfait le verre bleu en question, qui, non-seulement n'excitent pas la phosphorescence/quand ils sont mêlés aux autres rayons, mais qui même sont un obstacle à soi) dévelôppemenK « M. Biot analysa le verre-bleu de M^Daguerre, et trouva que sa teinte devait probablement contenir tous les éléments de la lumière blanche , privés de 1^3 ^du rouge, de tout Torangé, et de i\5 du jaune : en calculant d'après Ces données la teinte transmise, il la trouva formée de vingtneuf parties de bleu pur, pris dans la lumière du spectre, avec soixante-onze parties de blanc. Lés rayons négatifs auraient donc été dans la conjecture de M. Ârâgo une partie du rouge et l'orangé.

Cette même poudre de sulfate de baryte donna Heu à un autre phénomène dû sans doute à fiûfluence de la chaleur sur la phospho-^ rescence. iVK Dagucrre, transportant un jour dans sa main étendue, et dans l'obscurité , l'assiette couverte de poudre, aperçut ses doigts comme s'ils émettaient de la lumière , et comme si l'assiette et la

poudre étaient devenues transparentes. La lumière qui dessinait ses doigts el qui semblait en sortir, surpassait en intensité celle dont la poudre brilla quand Tassiette fut déposée sur le poêle.

Des causes de la phosphorescence. — On a cru longtemps que la phosphorescence était un simple phénomène d*imbibitionet d'exhalation : suivant cette théorie aujourd'hui inadmissible , les diverses substances phosphorescentes exposées à la radiation lumineuse» absorberaient réellement la lumière qui tomberait sur elle, s'en imbiberaient en quelque sorte, puis l'exhaleraient dans l'obscurité; de là« le nom de hlichtsauger^ suceurs de lumière» que les physiciens aile* mands leur donnèrent. Une prétendue expérience de Beccaria n'avait pas peu contribué à mettre en vc^ue cette théorie erronée. Ce célèbre physicien affirmait qu'après avoir soumis successivement le phosphore de Bologne à la radiation transmise par les verres rouge, orangé, jaune, bleu, vert, violet, il l'avait vu dans l'obscurité briller d'une lumière tour à tour rouge, orangée, jaune, etc. Le doute alors semblait très-difficile, et en présence d'un fait si éclatant, on devait naturellement affirmer que la phosphorescence avait essentiellement pour cause l'imbibition préalable d'une certaine quantité de lumière, et son exhalation subséquente, plus ou moins accélérée par diverses causes physiques, telles que l'élévation de température, etc. Maisl'exrience de Beccaria n'était qu'une illusion produite probablement par l'influence trompeuse d'idées préconçues : en la répétant, Wiison, Zanotti, Àlgerotti, Dufay, de Grosser et beaucoup d'autres physiciens démontrèrent jusqu'à l'évidence que la lumière émise dans l'acte de la phosphorescence n'avait en aucune manière la couleur des rayons qui avaient frappé la substance soumise à leur action ; que chaque phosphore, au contraire, quelque fût la radiation qui l'avait allumé suivant l'expression de Wilson, brillait d'une lumière propre , d'une couleur toujours essentiellement la même , dans des circonstances identiques d'état physique et de température; et sans aucun rapport de teinte avec la source lumineuse qui avait excité la phosphorescence. Il fallut donc rejeter à jamais la théorie de l'imbibition, et par contre coupla théorie de l'émission ou de la nature matériellede la lumière» cause fatale de la brillante erreur de Beccaria.

On avait alors fait un grand pas ; il était prouvé que la source lumineuse extérieure était bien la cause déterminante de la phospho-

PHOSÏ>HOnËSCENCE. 995

rescence ; mais , pour nous servir d'une expression consacrée, qu'elle n'était pas la cause formelle du phénomène produit : en ce sens, que la nouvelle lumière avait sa source dans une radiaiion propre de la substance phosphorescente; radiaiion dont il faut maintenant déterminer la nature ou la raison efficiente et dernière.

Pour procéder avec ordre et clarté, distinguons d'abord deux grandes classes de phosphorescence : celle qui est accompagnée d'une action chimique certaine, et celle qui se produit sans action chimique. Bayle, et après lui Hulme, Macaîre, etc. , ont remarqué, comme nous l'avons vu, que la phosphorescence des substances organiques, placéessous le récipient de la machine pneumatique, diminuait à mesure que l'air était raréfié, et s'éteignait dans le vide ; et ils en concluaient, avec raison, que l'air était en partie cause du phénomène. Dessaignes démontra en outre, par des expériences décisives, que dans Tacle de la phosphorescence des corps organiques, il y a production d'acide carbonique et d'eau ; et que ces corps ne peuvent devenir lumineux que dans les milieux ou la formation de ces produits est possible. D'ailleurs, comme l'action chimique est ordinairement et naturellement accompagnée de lumière plus ou moins intense, elle suffit par elle seule à expliquer la phosphorescence qui coexiste avec elle.

Mais il est un autre genre de phosphorescence non moins étendu, qui n'est certainement accompagné d'aucune action chimique 5 la phosphorescence des substances minérales^ par exemple, dans l'acte du clivage, de la cristallisation, de la dissolution, de l'élévation de température, de l'insolation etCi. Quel est dans ce cas la cause efficiente delà lumière phosphorescente? Exagérant les effets produits par l'eau de cristallisation, et généralisant par trop les conséquences de quelques faits particuliers. Dessaignes assigna d'abord la présence de l'eau comme source principale des phosphorescences passagères qui ne résultent pas d'une combustion ou combinaison chimique. Dans cette singulière direction d'idées, il arriva môme à affirmer qu'une certaine humidité était la canse essentielle de l'illumination des phosphores, sans excepter le phosphore de Canton ; tandis qu'il est manifeste que cette substance récemment préparée et versée encore rouge dans une fiole transparente et sèche, qu'on en remplit entièrement et qu'on ferme ensuite hermétiquement, répand une lumière

fttti NATURE l^ll^^ W, SFfiÇTHIi SOLAIRE.

|rfî8-vivç, après pne courte expositioa aux rayons du BQ\él : plus m la maintient sècbe, mieux elle conserve ses propriétés lumineuses ; et si rhaleinepeut la rendre phosphorescente, ce n'est que par le dégagement de chaleur qu'elle occasionne. Pour être juste il faut recon* nature que dans la série de ses beaux mémoires. Dessaignes modifie lui-même cette singulière opinion et qu'il proclame le premier, comme nous le verrons tout k Theure, que l'électricité est la grande cause de la lumière phosphorescente. Rentrant maintepfint dans 1^ limites du vrai, nous reconnaîtrons que toute action physique qui, comme l'absorption rapide de l'eau de cristallisation enlevée d*abord par la calçination» comme la cristallisation, la dissolution, etc., amènent une modification intrinsèque dans les molécules des corps^ y produisent un mouvement intime» les font passer d*un état à un autre état isomère, sans altérer leur composition chimique, peuvent et doivent évidemment être en général accompagnées d'un dégagement de lumière pi us ou moins intense, et devenir, par conséquent, la cause efficace de la phosphorescence ; rien n'empêche non plus que riipbibitioa de l'eau de cristallisation ne devienne sous le nom d'hydratation une fiction chimiquei et que la phosphorescence qui en est la suite ne passe au premier ordre de phénomènes que nous avons d'abord étudiés.

Supposons, maintenant, qu'il s'agisse de la pins simple et la plus commune des phosphorescences, celle des substances minérales calcinées, devenues lumineuses par élévation de température et par insolation.

Dessaignes, le premier, s'est efforcé de prouver que l'électricité jouait un grand rôle dans la production de ce phénomnne ; voici ses arguments : l"" parmi les métaux réduits en poussière, les plus phosphorescents sont les métaux les plus électriques par la chaleur, le bismuth et l'antimoine ; 2* en général, les substances très-conductrices de l'électricité sont peu phosphorescentes : les corps non conducteurs s'illuminent difficilement ; on trouve, au contraire, la plénitude de la phosphorescence chez les substances demi-isolantes, demi-conductrices ; 3"* l'étincelle électrique et même le simple passage de l'électricité sans émission de lumière, communique la phosphorescence à un très-grand nombre de substances qui nej'avaient pas manifestée jpsque-â ; et rendent la iiaculté de luire aux corps qui l'ont perdu

RATONS PHOS^HOROOÉNIQUES. — ^PHOSPHORESCENCE. 995

IQ point Blême de ne plus émettre de Inmière sous IHnftuence d^une température élevée. La phosphorescence exige donc> pour se manifester, des conditions en rapport avec l'électricité ; elle est devenue possible après raetion de Pélectricité ; elle est restaurée sous Tinfluence de rélectricité, etc. , etc. ; ne doit-on pas affirmer dès lors, qu'elle a pour eause réelle l'électricité.

Voici comment, cinquante ans après Dessaignes, M. Becquerel expose la même doctrine sans un petit mot de louange pour son glorieux prédécesseur : « Nous savons maintenant que l'équilibre des deux électricités est troublé dans les corps toutes les fois que leurs parties constituantes éprouvent un changement quelconque, soit dans leur position naturelle d'équilibre, soit dans leur combinaison : or» M sont là précisément aussi les causes qui produisent la phosphorescence.

h Nous savons que toutes les causes qui troublent l'équilibre des deux fluides dans les corps, ne rendent libre une portion de chacun d'eux, qu'autant qu'on sépare les parties constituantes ou bien que l'on met obstacle à leur recomposition ; dans l'un et l'autre cas il peut y avoir émission de lumière si les corps ne sont pas bons conducteurs : on dit alors qu'il y a phosphorescence. Par exemple, lorsqu'on clive une substance minérale régulièrement cristallisée, comme le mica, le talc, etc. , chaque partie emporte avec elle un excès d'électricité contraire, et Ton aperçoit en même temps une lueur phosphorique.

» Ces effets nous donnent une idée de ce qui se passe quand on élève la température des corps mauvais conducteurs. La chaleur, en écartant les particules, produit un clivage général qui n'est accompagné que de lumière, parce que les particules n'étant pas séparées, il y a recomposition plus ou moins immédiate des deux électricités devenues libres. D'un autre côté, le frottement, en ébranlant les particules, rend libre une portion de l'électricité interposée, tandis que Tautre, en réagissant sur les corps environnants, donne naissance à des effets lumineux. »

Nous ne voyons pas ce que ces développements ajoutent aux assertions de Dessaignes : ce sont encore des énoncés vagues, inceriainç, et il n'est nullement démontré par là que la cause et la source propre delà phosphorescence soit l'électricité. Pour avoir le droit de proclamer cette dépendance intime, il fkudraits'assurer directement que

la lumière phosphoriqueest réellement identique avec la lumière élec« trique. Fraunhofer et Wheastone ont précisé nettement les difîérences qui existent entre la lumière solaire et la lumière électrique; ils ont décrit avec le plus grand soin les raies caractéristiques brillantes ou obscures qui sillonnent le spectre obtenu de cette dernière lumière, alors même qu'elle est modifiée par Tinfluence de divers corps, du mercure, du zinc, du cadmium, du bismuth, du plomb liquide, etc.; il s'agirait donc de savoir si ces raies caractéristiques se retrouvent dans la lumière phosphorescente ; malheureusement cette comparaison est entourée de grandes difficultés, soit parce que la lumière phosphorique est très-faible, soit parce que le nombre, la position, et la couleur des raies varient è l'infini avec la nature des corps d'où s'échappe l'étincelle électrique. On peut du moins signaler une autre analogie entre la lumière phosphorique et la lumière électrique : l'électricité acquiert une tension plus grande sur les parties plus aiguës des corps, elle s'échappe par les pointes : or, les aspérités et les crêtes des corps sont aussi plus phosphorescentes que le reste de la masse.

De ce que l'électricité engendre et restaure la phosphorescence, doiton conclure, comme M. Becquerel semble le faire, que les phénomènes de la phosphorescence sont des phénomènes essentiellement électriques ; de telle sorte que sans électricité il n'y aurait pas de phosphorescence ? Nous ne le pensons pas ; tous les corps contiennent entre leurs atomes une certaine quantité d'éther ou du fluide qui, par ses vibrations, donne naissance à la lumière ; et il n'est nullement impossible que certains de ces corps soient constitués dans des conditions d'équilibre atomique telles, qu'elles donnent aux atomes lumineux une grande facilité de vibration ; ces corps, dès lors, par une simple exposition à la lumière, par une simple élévation de température, deviendraient lumineux; ce seraient précisément les substances phosphorescentes. Ce simple aperçu suffit à faire concevoir la phosphorescence sans l'intervention de l'électricité. On comprend aussi que l'intensité du mouvement vibratoire qui fait naître la lumière phosphorique dépende de la nature de la radiation qui l'a excité ; une radiation trop puissante, l'action de la lumière solaire directe, par exemple, peut, dans des conditions données, être moins efficace que la radiation plus douce de la lumière diffuse, ainsi que quelques physiciens croient l'avoir observé : rien n'empêche.

R4Y0NS PHOSPHOROGÉNIQUES. PHOSPHORESCENCE. 997

qa*en raison de sa composition intime, la radiation de rétincelle électrique fût la plus efficace de toutes les radiations : on comprend encore que la quantité de ce même mouvement vibratoire, en elle même finie et déterminée, soit variable avec la nature de la substance phosphorescente, de sorte qu'après avoir brillé un certain temps, le phosphore s'éteigne ; que si une cause secondaire, l'action de la chaleur, par exemple, ou l'élévation de température vient à intervenir, le mouvement vibratoire soit précipité ; que la quantité de force vive dépensée dans uninstant donné étant par cela même plus grande , le mouvement cesse plutôt, que le phosphore brille moins longtemps ; on comprend enfin, que la seule excitation du mouvement vibratoire et surtout l'action intervenante de la chaleur peuvent faire sortir à tout jamais le corps dont il s'agit des conditions dans lesquelles il était primitivement placé, de telle sorte, qu^après avoir brillé une seule fois ou un certain nombre de fois, le corps ne puisse plus devenir phosphorescent, à moins que, par des moyens particuliers , l'action , par exemple , de l'étincelle et de la décharge électrique, on ne le fasse revenir à son premier état.

Nous pourrions ponsser cette discussion plus loin, et démontrer qu'il n'est pas une seule des circonstances delà phosphorescence qui ne trouve son explication facile dans ce principe si simple, d'une aptitude spéciale à vibrer sous l'influence de telle on telle radiation plus sympathique. N'esl-il pas d'ailleurs évident à priori^ que l'on doit retrouver dans les phénomènes de communication du mouvement lumineux, les circonstances fondamentales qui accompagnent la communication des mouvements sonores, puisque de part et d'autre il y a vibrations ; or, sous nos yeux, les corps de la nature se partagent en deux grandes classes. Le plus grand nombre sous l'influence d'un mouvement sonore vibre infii^iment peu ^ quelques-uns vibrent avec une facilité telle, qu'ils résonnent sous l'impression du moindre son, pourvu, toutefois, que ce premier son soit dans nn rapport simple avec celui que les corps dont nous parlons, doivent rendre à leur tour ; il y a plus, comme il n'est pas un corps qui ne soit ébranlé quelque peu par un premier bruit, de même, il n'est presque aucune substance qui ne doive être phosphorescente au moins dans nn degré infiniment petit : et c'est en effet la conclusion à laquelle fu-

rent conduits Beccaria, Wtlson, Dessaignes, par leurs inoombraUes expériences.

£n résumé, nous ne nions pas Tinfluence de l*electricité» nous reconuaissonsque certains genres de phosphorescences sont de nature électrique ; mais nous regardons comme erronnée, ou du moins comme énoncée sans preuves, l'opinion de M. Becquerel» qui ne conçoit pas de phosphorescence sans l'intervention de réieciricité^ parce qu'il nous semble très-naturel ettrès*rationnel d'admettre qu'un premier mouvement vibratoire lumineux se communique de lui-même^ sans aucun intermédiaire, aux molécules d'éther renfermées dans les espaces intermoléculaires d'une substance placée dans des conditionsde plus grande aptitude à la résonnance lumineuse : en un mot, nous étendons à la phosphorescence ce que nous avons dit ailleurs des couleurs.

Pour ne rien laisser à désirer, nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs une analyse critique des travaux qui ont eu la phosphorescence pour objet, ce sera l'histoire rapide de cette branche intéressante des sciences physiques.

Dufay, fieccaria, Wilson accumulèrent surtout les observations^ et étendirent indéfiniment le nombre des substances phosphorescentes : Beccaria, ainsi que nous l'avons dit, prétendait que le phosphore de Canton brillait de la lumière dont on l'avait éclairé, en reproduisant la même nuance : WiLson démontra invinciblement que Beccana s'était trompé : il étudia avec le plus grand soin les teintes de la lumière des divers substances phosphorescentes sans arriver à établir autre chose que ce fait, qui du reste est capital, qu'il n'y a aucune liaison nécessaire entre les teintes des lumières excitantes et excitées.

De Grosser, physicien viennois, étudia surtout la phosphorescence des diamants : il compara d'abord les effets produits par les lunaières de diverses teintes : exposé aux rayons rouges, le diamant ne rendait qu'une lumière faible de couleur mélangée de vert et de bleu : exposé au rayon bleu, il émit une lumière plus vive et plus abondante, mêh'e de jaune et de rouge, etc. Il alla plus loin : il condensa tour à tour, au foyer d'une lentille, les rayons rouges et les rayons bleus ; qoand les deux radiations tombèrent ainsi séparées sur le diamant, les rayons rouges se montrèrent ineflScaces, les rayons Meus, au contiraire^ dé-

RAYONS t>tlOBt>tlÔAOGéi!l|lOtiiâft.'«-^PHOSPâORESt:ENGË. ^9

termiUèréût nûe vive phosphorescence. Dofay , de son c6te, avait Mt

cette curieuse expérience.

De Grosser Youlut savoir pourquoi certains diamants se tnorl-

traient phosphorescents par TefTet d*uile simple ihsolatîon, tahdis que

d'autres, plus réfraclait*es, n'émettaient aucune lumière, même aprèd

l'action longtemps prolongée d'une radiation intense. Il ^'assura que

ni la couleur des diamants, tii le lieu de leur origine n'influaient su^

cette diffërénce mystérieuse ; poussé à bout, il fit un singulier essai :

il jeta tih diamant non phosphorescent, du poids de sit grains et

taillé^ dans dû borax fondu ; puis il dirigea sûr ce thème diamant H-

couvéH de borax uh jet de flamnàe vive, jusqh'à ce t|uë le isei fut en^

tièremeht vaporisé t refroidi alors et placé atk fôyef dés tayorts bleus,

te diahiant répandit dtàe lumière bi^iilante ; d'autres diamants taillés

et nbn taillés^ tk^aités de la même manière, dbnhèrtént 1^ mêmes ré-

sulials. Quels ch^tigemenb (cette opërïilton à^àit-ellie iliit subik* au

cristal? nous l'ignorons ; mais il est certain, (Qu'elle le ràmeba à des

i^ditioné de Vibrations faciles.

EngAfieid, en 1 802, constata îjbe tes Myt)ns bleds ^bssédaieiit, dans

db degré beà^tbUp [)lus marqué ^^e les Irayons t^ôiiges, là faculté de

l^il^e briller le ^hos)Aer^ de Bt)lt)ghe : résultat confirmé plus térd i>àr Seebeck, ftittei* et Goethe.

Les mémoires de Dessaijgnès^ tmurôndés en 1606 et IBO^t |^ar l'Académie des Sciences de Paris, ont MX è{H>que dans l'hiStoirë die ia {Ao^horescencB; Ils s'appuient sur des principes incontèstabieS^ mal énoncés avant lui, eteontieduent une multitude de faits impol'iahts : bous Verrons bientôt qu'on a peu ajouté à ces consciencieuses ^cherches. U faut admettre, aVant tout, disait DesSaignes, qne les interstices molécttiatres contiennent une certjaine quantité de fluide lumideux libre ou en combinaison avec les maiécules : que le calorique se transforkné souvent en lumière, en ce sens que le mouvement vibratoire qui produit la eèaréur, détermine le mouvement ondulâtoitlè» qui est ià cause de la lumière ; que ta phosphorescence n'est pas te résultat d'une lumière absorbée et retenue par le corps iriUdié, et qui serait ensuite rendue ou rejetée ; que la lumière phoSpfabriqâe préexiste réeliiement à l'irradiation qui occasionne l'émission subséquente de lumière, etc. , etc.

Bgiré d'abord par l'inioence trop grande, qu'il attribua à l'eau de

iOOO ATURE INTIME DU SPECTRE SOLAIBE.

cristallisation, Dessaignes sejeta dans un excès contraire, il ne vit plus d'autre cause de phosphorescence que le fluide électrique ; mais dans l'intervalle qui sépara ces deux exagérations; il accumula les observations les plus intéressantes et les mieux faites sur la distinction entre les différenis genres de phosphorescence, sur le rôle de la chaleur et l'électricité, etc., etc. Il prouva qu'uu mélange de neige et de glace n'arrête pas l'émission de lumière pour un grand nombre de phosphores, du moins ; il vit ses doigts froids et secs devenir eux-mêmes phosphorescents ; il compara les aspérités des minéraux phospboriques aux pointes qui donnent à l'électricité un passage facile ; il soupçonna enfm l'existence de l'ozone, devenu si célèbre par les nombreuses dissertations de M. Schcenbein ; et entra, à cet égard, dans des particularités qui auraient dû fixer plutôt l'attention des physiciens : ces mémoires, en un mot, sont une mine féconde qu'on n'exploitera pas sans utilité, même après les travaux plus récents de MM. Biot et Becquerel.

Placidius Heinrich formulait à la même époque, à Nuremberg, une grande partie des conclusions de Dessaignes : il affirma aussi, que lorsque la radiation tombe sur les substances phosphorescentes par exposition à la lumière^ elle n'est pas absorbée, mais que son influence se borne à mettre en mouvement le fluide, qui s'y trouvait déjà. Heinrich aussi voulait que la désoxidation fut la raison dernière de la phosphorescence des minéraux.

De Grotihuss marcha dans une direction toute contraire : il voulut, envers et contre tous, justifier le nom de suceurs de lumière, donné aux phosphores par la langue allemande ; et prétendit établir qu'il existe des corps qui ont la faculté d'absorber la lumière dont on les frappe, et de la rendre ensuite peu à peu ; il ajoutait seulement, que ces deux forces d'absorption et d'émission subséquentes sont modifiées par la température, par leur faculté de conduire l'électricité, par l'eau de cristallisation, etc., etc. Cette opinion, comme cela devait être, n'est appuyée d'aucune raison sérieuse. Grotthuss réduisit à de justes proportions l'effet exagéré, attribué par Dessaignes à l'humidité, reconnut que l'haleine n'excite la phosphorescence que par le dégagement de chaleur qu'elle occasionne, et formula la théorie suivante, très en vogue il y a deux ou trois ans : la lumière^ substance impondérable peut fortnçr a[vec la ipatière pondérable soUcle des

RAYONS PHOSPHOROGÉNIQUES. — PHOSPHORESCENCE. 1001

combinaisons qui subsistent sans altération lorsque cette dernière passe à l*état fluide, ou qu'elle est dissoute ; elle peut même, dans le cas d*une nouvelle modification chimique des éléments de la substance pondérable, passer de la première combinaison dans une nouvelle ; puis, par l'effet d'un simple changement dans la température, se dégager de nouveau sous forme de lumière rayonnante, et se perdre dans l'espace. C'est par trop newtonien ! Citons en passant une des observations qui ont conduit Grotlhus à ce système ; la chlorophane devenu inphosphorescente après une incandescence prolongée, dissoute ensuite par l'acide chlorhydrique, précipitée par l'ammoniaque enfluatedechauXiSéchée et mise dans l'obscurité sur une plaque de fer chauffée, ne répandit qu'une lumière blanche bleuâtre faible : la même substance non calcinée et traitée absolument comme d'abord, forme un précipité qui sur la plaque chaude répand une magnifique lumière vert émeraude : les cristaux obtenus, et qui forment les précipités, sont cependant parfaitement semblables. Mais voici quelque chose de plus mystérieux encore : on dissout séparément ces deux précipités dans de l'acide chlorhydrique, et par l'intervention de l'acide sulfurique, on transforme les deux fluates en sulfates de chaux ou sélénites ; or, de ces deux sulfates un seul sera très-phosphorescent, ce sera celui obtenu du fluate à belle lumière, vert émeraude , comme si celui-ci avait transmis sa lumière au sulfate.

M. Pearsall a publié, dans le Journal de L'Institution royale, deux notes relatives aux effets de l'électricité sur les minéraux que la chaleur rend phosphorescents. Répétant les expériences de Dessaignes: il établit, à son tour, que l'influence électrique excite une phosphorescence d'autant plus vive que la décharge est plus souvent répétée, qu'elle rend la faculté de luire aux substances qui l'ont perdue, et la communique même à des substances qui ne la possédaient pas. Ainsi des spath-fluors blancs, que rien, jusque-là, n'avait montré phosphophorescents, le devinrent après un ^nombre suffisant de décharges électriques; et M. Pearsall remarqua avec surprise qu'en même temps qu'elle communiquait de plus en plus la phosphorescence, l'électricité colorait aussi de plus en plus en bleu le spath-fluor blanc.

En comparant la phosphorescence naturelle des corps avec celle que leur donne l'électricité, on vit que dans presque tous les écfaan-

10D2 INATURÉ tNTlME DU SPÈGtAB 8ÔLÀIRË.

tillons soumis à Texainea la série des couleurs était trës-différetite : à mesure que i*on multipliait le nombre des décharges les coul^uk-s devenaient de plus en plus éclatantes let variées.

La phosphorescence imprimée artificiellement se développe à des températures pluis basses que ta phosphorescence naturislle et s^unit k elle, de manière à en augmenter également la durée et la iforce. L'ôtât mécanique du minéral, la force de la cohésion, le mode d'arrangement des particules, leur contexturé et retendue des surfaces sont autabt de circonstances, qdi peuvent influer sur la phosphorescence commiinitjiiée par l'électricité. M. Pearsall a remarqué que certains diamants acquek-raient cette phosphorescence artificielle, tattdis <)ois d'autres se montraient absolument i*éfraclaires.

Jdsqué-là M. Pearsali avait fait t)asser la décharge à tk*avter8 la substance hiise en expérience ; il changea plus tard ce mode d'ai^plicàtion, et renferma la sutetancie à essayer dans des tubes; Sdr la surlâce extérieure desquels passait h déthargié : là {^hosphorlsscii^QlBe fut iih'côrô évidente, quoStqne beaucoup plus leùte dati» ébh a))paH«

tioh ; il fallait alors un ncimbre dé décharges incomparablement )>ltts ^àiid. il constata aussi que TéBlBt produit par la lùmièk^, pH^vënant Aes pùinten de charbon placées ati pôle de h pilé, était trèi-dîBIftreat detieliii de rétincfeUè éleétriqne ordinaire.

Voîti une d^s conclusions que M. Pearsali croit poiivbir Urer de ses expériences : «J'ai montré, dit-il, qbe Ton petit dëteroHner dans certaines variétés de fluors, en les électrisant trés-jtorlértient, uiie stHiiclure telle, tquMÎs deviennent colorés ; et côiiiUiie TélebtHeité influe sous différentes konditious, sur les rapports qui existent entre les tholécules, détruisant et suspendant leurs combihaisions diversieè; né pourràît-on pas admettre que lorsqu'une substance, t(îl!e qiie du flUor calcfi^é, qui n'est pas phosphorescente, est éx))'oséé II l'action dés décharges électriques, il eti résulte des Vibràtiohs enti*e lias partfeules qui, se renbuvelaiH à chaqcre déchâk^e, modifieàt gTàdiielleiMent la structtire du corps, et lui impriment un état particulier? L'tiction d^ la cbaleur ne dousistierait-elié point à pienHéttre^a c!6rpj5de revenir à son état primitif du structure, et ne seraient-ce point les Vibrations qui ont lieu pendant ce changement dans les atomes de htiàitère qui donn^rafeiît naissaiice à la lumière phospbor^eseemiid? Ooitame l'étèetridté aussi parait ne conférer les conteurs au spadi-4loior Uioc,

RATONS MU]»SlPttORë6Êl!irmtJÉè.— t^H66rabî\EiGÉNGE. 400B

îpi'i^h âi^dî8ànt dé qtiel(\\)é manière l'drrangemekit tkiolécùlàire. ne se pbbrrait-i{ )5às qtté les 'différence^ de couléuk* deâ fluors naturels tiâ^etit à des différences d'e structure? Et né peut- on pas supp^oset* littie h nature employant les miSmes moyens, c'est l'électricité qui occ^onnie la toloraiion de ces corps à leur état naturel. ^

En s'efforçaiit d'e)[pliqoer au moyen de l'électricité par in&ueiice Teldcitation &è la pht^piloreëcenice au seib de substances renfermées \Aail!l des tubes de verre, M. Pearsall prouve qu'il n'a pas découvert qnè t'efilet ))roduit devait être attribué presqu'uniquement à la radiation lumineuse de l'étincelle ou de l'arc tt^ltafque, comme M. Becqnet-cl l'a démontré plus tard.

Cet illustre physicien, dont nous allbns maintenant analyser les mélhoil*es, ^dçait tes icoquilles d'huîtres sur lesquelles il opérait à une distance telle, que les influences électriques ne pouvaient pas s'etercer, et h phosphorescence était cependant excitée, il remarqua eiimème temps qtt% TodeUr d*hydr(^ène sulfuré, pioveiiant db là réaction du -snffurte de caldum ^ur l'eau contenne dans l'air, paraissait plus sen^ ^îMé & mesilre que lé n^bmbre des décharges augmentait.

Grotthiis» dans un de ses ménioires^ dit en pariant du ph()sphore deCaûton : « Lorsqu'on emploie cette composition déjà vieille et ayant l»erdu une partie de sa susceptibilité, sa réclusion dans le verre peut être désavantageuse, parce qu'il intercepte beaucoup die Ihayond. » I9'éttdt-ee pas ihdiquer qu'il avait remarqué l'influence des écrans? mais cette influence n'a été bien étudiée que par M. Becquerel, qui He premier noâs a montré que des corps très-diaphanes, tels que le verre blane^ le papier glacé, etc., qui laissent passer la pins grande partie des rayons lumineux, enlèvent à ces mêmes rayons une portion coiioidérafole de la propriété en vertu de laquelle ils rendent les corps phosphot*esicents s d'autres, avant lui, avaient constaté que le verre rooge arrête la phosphorescence, tandis qu'elle est excitée à travers le verre bleu. Nous avons rappelé déjà les expériences faites par MM. Biot et Becquerel, sur l'effet des écrans mixtes; nous n'y reviendrons pas iei, et nous nous contenterons d'énumérer les faits réetiemënt nouveaux découverts par eux.

Pour savoir si la radiation phosphorogénique se propageait seulemenl en ligne droite, à travers l'air ; lis couvrirent la Cat^sule qui coAtenait la matière impressionnable avec Un papier opisque percé

i004 NATURE INTIME DU SPECTRE SOLAIRe/,

d'oQ petit trou rood d'enTiroa un millimètre de diamètre et placé au centre. Le papier» enlevé subitement après la décharge, a laissé voir à ce centre un tout petit cercle lumineux d'un éclat très-vif, le reste de la matière demeurait obscure ; mais, peu à peu, le reste s'est aussi ému, et la phosphorescence a uni par s'étendre sur toute la surface, l'effet s'est ensuite affaibli graduellement, puis il s'est éteint.

MM. Biot et Becquerel ont établi les propositions suivantes : 1" La radiation qui produit la phosphorescence est physiquement distincte de celle qui impressionne la rétine humaine ; 2° une même portion de la radiation totale est ou n'est pas e£Scace à produire la phosphorescence, selon l'état plus ou moins excitable de la substance qui la reçoit ; 3° une plaque de cristal de roche perpendiculaire à Taxe, arrête beaucoup moins la radiation phosphorogénique que la plaque taillée obliquement.

M. Biot a vu que les écailles d'huîtres calcinées ue sont pas rendues phosphorescentes par l'action à distance du vase rempli d'eau chaude, qu'elles le devenaient seulement au contact, faiblement et passagèrement. Le fer chaud, au contraire, tant au contact que par )a radiation à distance, excite très- vivement la phosphorescence, et la ranime quand elle est éteinte. C'est le seul petit fait nouveau que la lecture la plus attentive • nous ait fait rencontrer dans ces si nombreuses pages. MM. Biot et Becquerel avaient fait trop bon jeu des travaux antérieurs aux leurs: le reproche que leur adressa à cet égard M. Arago est justement fondé.

Arrivons aux recherches de M. Edmond Becquerel. U a vu que la phosphorescence des coquilles d*hu!tres ne diminuait sensiblement dans le vide ni en intensité, ni en durée. Il s'est assuré que l'étincelle électrique qui éclatait dans l'air raréfié, et dans le vide, excitait beaucoup moins la phosphorescence ; mais il résulte de la discussion à laquelle il s'est livré lui-même, que cette différence tient uniquement à ce que dans le vide la lumière de l'étincelle électrique est beaucoup moins intense. Il ne connaissait pas, sans doute, l'observation de Dessaignes, quand il croyait avoir constaté le premier que, dans un mélange réfringérant à 21°, la phosphorescence diminuait plus rapidement.

Quand M. Matieucci a rédigé le travail sur la phosphorescence, imprimé dans la bibliothèque universelle de Genève, il ignorait non-

RATONS PHOSPHOROGÉNIQUES. — PHOSPHORESCENCE. i005

seulement, comme il TaToae naïvement» les travaux plus anciens des physiciens, mais même les mémoires qu'il afiSrme avoir lus ; et la réclamation faite à cette occasion par MM. Biot et Becquerel est trèsjuste. M. Matteucci, toutefois, a observé le premier le déplacement du maximum de l'effet phospborogénique quand on changeait l'écran à travers lequel l'action s'exerçait , ou la matière dont le prisme était formé. M. Matteucci veut que la phosphorescence excitée par l'étincelle électrique soit moins durable que celle excitée par la lumière solaire ; comment l'a-t-il démontré 7 a-t-il comparé d'abord les inien* sites des deux lumières avant de prononcer sur les effets produits 7 nullement, tout Je monde comprendra dès lors que la démonstration est vaine : et l'on regrettera de voir un physicien, dont te nom a eu de la célébrité, expérimenter avec si peu de précautions. Personne je crois, avant M. Matteucci, n'avait constaté que des lames liquides très-minces, d'huile douce, de vin, par exemple, et d'huile essentielle de térébenthine arrêtent la phosphorescence : il en est de même d'un diaphragme formé d'une épaisseur de chlore gazeux, de quinze millimètres d'épaisseur ; la vapeur d'iode, au contraire, même sur une grande épaisseur, n'arrête rien. Ce dernier fait neprouve-t-il pas qu'il aurait fallu tenir compte de la couleur des écrans, ce que M. Matteucci ne fait pas : l'huile d'olive et le chlore sont jaunes ; et l'on sait que la lumière jaune n'excite pas, ou excite peu la phosphorescence.

M. Riess, dans une note insérée aux annales de Poggendorff, rend compte d'expériences entreprises par lui sur la phosphorescence du diamant : elles avaient pour but de démontrer que la lumière bleue, comme on le savait déjà, excite la phosphorescence du diamant, et que cette phosphorescence excitée est grandement affaiblie si Ton expose le diamant luisant à la radiation rouge : comme nous l'avons dit, M. Edmond Becquerel a fait dans cette voie un pas de plus.

Yoilà, si nous ne nous trompons, tout ce que la science nous a appris jusqu'ici sur la nature et les caractères du phénomène curieux de la phosphorescence.

ÉLECTRICITÉ ET MAGNÉTISME EXCITt PAR LACTIOF^ PB U

UJMIÈKE.

Le S juin 4812, le docteur Morichini, professeur de ehimiein collège de ia Sapience, à Rome , après afoir fait tomber le» rayoDi colorés do spectre sur un papier blanc , et disposé une aiguille sur son pivot» plongea cette aiguille dans le rayon piolet, vers Textrémilé du spectre , et dans le voisiqage du foyer des rayona chimiques, placé, nous l'af ons vu , eu dehors du rayon violet. II vit raiguiUe qui, avant l'expérience^ se maintenait dans toute direction, et oseil* lait indifféremment dans tous les sens , commencer à montrer une tendance d'abord vers le méridien du lieu , puis vers le méridiei maguétique : l'effet sembla plus prononcé quand on plaça l'aignille au foyer des rayons violets concentrés , sa pointe alors était nett«« ment dirigée vers le nord ; elle attirait la lio^aille de fer , etc. On réussissait mieux encore quand on dirigeait le ibyer des rayons violets sur les aiguilles par un niouvement sen^blable à celui quHm suit pour les aimanter dans le procédé ordinaire. On aimanta de cette manière quatre aigpilles qui avaient une action évidente sur la limaille de fer, se dirigeaient du nord au sud, s'attiraient par k$ p&les du nom contraire, etc. M. Morichini s'assura en môme temps } i* qp» les rayons solaires non réfractés par le prisme, eoacentré» avec une lentille et projetés sur le plateau d'un condensateur, jusqu'au poiat de l'échauffer considérablement , ne donnaient aiieun signe d^élsctricité; 2° que le foyer des rayons violets ût deux fois diverger les pailles de l'électromètre , et que leur électricité était positife; S"" que les pailles étant en acte de divergence par l'électricité résineuse ou négative, elles se rapprochèrent lorsqu'on projeta sur le condensateur le foyer de& rayons viûlats.

Volta, à Milan, et M. Gay-Lussac, à Paris, répétèrent les expériences de Morichini sans obtenir l'effet annoncé ; M. Babini, au contraire , réussît pleinement , et crut même voir que l'aiguille était

PRÉTENDDS RAYONS MAGNETIQUES. 1007

attirée vers le rayon violet, qu'elle se soulevait pour Tatteindre, qu*ellip prenait un mouvement latéral pour y entrer.- lk(. Ridolphi trouva ^e de plus que des aiguilles placées dans Tobscnrité sous Tinfluence du magnétisme terrestre, s'aimantaient beaucoup moins que celles frappées par la lumière, ce que M. d'Hombres-Firmas ne put jamais confirmer malgré le courage le plus persévérant. Rien n'était donc démontré encore, les Italiens, seulement, eialiaient outre mesura leur savant compatriote, comme l'auteur d'une des plus brillantes découvertes des temps ipodernes, lorsqu'en 1828, M. Arago comr piuQÎqua à l'Àc^déqdie la nouvelle suivante :

9 Madame de Soipmerville vient de faire connaître à la Société royale de Londres, un procédé simple et infaillible pour m.etfre en évidence la vertu magnétique du rayon violet ; le procédé consiste à ne diriger la lumière violette que sur Tune des ^i^trémités de l'aiguille, en cachant tout le reste avec un écran ; alors, l'extrémité soumise à Taction do rayon, devient constamment un pôle nord, l'autre étaqt par conséquent un pôle sud. Avec le rayon bleu, on produit le même phénomène ; mais la vertu magnétique est plus faible et plus longue ^ se manifester. Avec le rayon rouge et le rayon orangé on ne produit absolament aucun effet, même lorsqu'on prolonge l'expérience pendant plusieurs heures. L'influence des rayons calorifiques qui viennent après le rayon rouge, est également nulle, ce qui prouve qu'on pe peut pas attribuer ce phénomène à une élévation de température. Les rayons violets et bleus que laissent passer les verres colorés suffisent pour l'aimantation des aiguilles, on peut hâter cette aimantation en concentrant les rayons magnétiques au moyen d'une lentille.

» Toutes les expériences précédentes ont été faites devant la Société royale de Londres ; et elles sont d'ailleurs si simples, qu'il est impossible de supposer qu'on ait pu se tromper. » M. Arago, n'en ayant eu connaissance que la veille de la séance, ne les avait pas encore répétées : nous ne trouvons nulle part que le sayant expéripentateur ait daigné contrôler plus tard des faits qu'il exposait avec tant de lucidité, et sur lesquels il ét^it plus que tout autre appelé à prononcer.

M. Christie, quelque temps après, annonça que l'amplitude des oscillations d'une aiguille aimantée diminue piqs rapidement lorsque cette aiguille est e](posée aqu: rayons du soleil c|ue lorsiqu'elle est

1008 NATUniî INTIME DO SlPECTRE SÔLAtRE.

dans l'ombre, et que Tinfluence de la radiation s'étend aux oscillations des corps non magnétisés aussi bien qu'à celles de l'aiguille aimantée : c'était mettre en évidence les propriétés magnétiques de la lumière blanche elle-même. Citons quelques-unes des expériences deChristie : 1° deux aiguilles^ l'une aimantée, l'autre non aimantée, prises dans le même morceau d'acier, exactement de la même forme, longues de 6 pouces et larges de 1, 5, oscillèrent successivement ensemble à l'ombre et au soleil : l'excès du dernier angle d'écart à l'ombre, sur ce même angle au soleil fut del^<^9; la température, à l'ombre, était de 12° 6; au soleil, 54" 9; la différence de température ne pouvait pas expliquer la différence des écarts, et il fallut conclure qne l'action des rayons solaires pour diminuer l'amplitude des oscillations est beaucoup plus forte sur l'aiguille aimantée que sur celle qui ne l'est pas. A l'aiguille d'acier non aimantée on substitua des aiguilles égales de verre, de cuivre, etc. ; le résultat fut le même. 2"* Une même aiguille aimantée oscilla tour à tour sous l'influence des rayons rouges et des rayons bleus concentrés au foyer d'une lentille, les rayons rouges eurent une plus grande influence que les rayons bleus : M. Chrisiie s'assura, dit-il, par une expérience directe, que cet excès ne pouvait pas être attribué à la chaleur plus grande des rayons rouges. 3*" En substituant à la lumière solaire la radiation d'un feu de houille, on vit que cette dernière radiation abrégeait aussi les oscillations; les expériences de M. Ghristie avaient d'ailleurs, quant aux rayons bleus et violets la même portée que celle de madame de Sommerville.

M. Baumgartner, en répétant les essais de l'illustre dame anglaise, fut conduit à ce résultat : qu'un morceau d'acier de la grosseur d'une aiguille à tricoter ordinaire, dont un ou plusieurs endroits sont polis et les autres sans éclat, et qu'on expose à la lumière directe et blanche du soleil, prenait un pôle nord à chaque endroit poli, et un pôle sud à chaque endroit non poli : cette aimantation extraordinaire était d'ailleurs si intense qu'on ne pouvait s'y méprendre; on obtînt ainsi jusqu'à huit pôles sur un fil de huit pouces de long. Un morceau d'acier, seulement poli à l'une de ses extrémités, prenait à cette extrémité un pôle sud et un pôle nord à l'autre. Les résultats obtenus étaient les mêmes de quelque manière que les fils fussent orieniés; les fils mis en expérience étaient d'ailleurs certainement non-magné-

PRETENDUS HATONS MAGNÉTIQUriS. 1009

tisés. Voilà certes, une nouTellc propriété carieuse de la radiation sobire.

M. Walt suspendit à rextrémité d*un balancier très-mobile des disques de diverses sabstances ; on plaçait le balancier sous un récipient de verre inaccessible b Tair, et dans lequel même on faisait le vide; or, sous rinfluence de la lumière solaire, lunaire, ariiGcielle, tous les disques tournaient leur bord vers la source lumineuse, et disposaient leurs faces planes parallèlement à la direction des rayons incidents ; tous étaient attirés par la lumière pour être repoussés ensuite quand ils en avaient absorbé une certaine quantité : les disques se disposaient alors de manière à offrir le moins de prise aux rayons ; on crut, dans tous les cas, s'assurer que la chaleur ne jouait dans les phénomènes qu'un rôle secondaire.

M. Barlocci affirma qu'un aimant naturel faible, capable de soutenir à peine le poids d'une livre et demie, acquit après une exposition de trois heures seulement à la lumière directe du soleil une augmentation de force équivalente au poids de deux onces romaines ; dans les mêmes circonstances, la puissance d'un autre aimant doubla : on peut croire que cet accroissement était dû, non à Tinfluencede la lumière comme leTcut M. Barlocci, mais à l'influence de l'orientation. Le même physicien prétend aussi que le pôle nord d'un appareil formé de deux ûgoilies, était plutôt repoussé par la portion violette du spectre, tan** dis qu'il était attiré par les rayons rouges. Il fit une autre expérience encore : deux fils de cuivre avaient été disposés de manière h être en contact l'un avec le tronc, l'autre avec les jambes d'une grenouille; les extrémités prolongées de ces fils étaient terminées d'un côté seulement par deux petits disques aussi de cuivre et peints en noir. En plaçant ces disques, l'un dans le rayon violet, l'autre dans le rayon I ^Qge du spectre solaire, on obtenait des signes marqués de contraction chez la grenouille, aussitôt que les deux autres extrémités des ûls de cuivre étaient réunies : ce phénomène qui ne se produisait pas dans Tobscurité ou lorsqu'on chauffait l'un des disques, serait donc ^ériiablcment un effet de lumière.

Après tant d'expériences concordantes faites en tant de lieux, par l ws physiciens habiles et indépendants, qui n'aurait cru à l'action «ecirique et magnétique de la lumière. Voici cependant que deux ^Vintsprofesseurs, MM.Riesset Moser, après avoir, eux aussi, expé-

1010 i^ATURC INTIME DU ftPGCTAS SOLAIBE.

riraentë longtemps et avec le plas grand de soin, YîenneDt donner uo démenti formel aux faits énoncés par Morichini, madame de Sommerville, M. Baumgartner, etc. D*abord, aucune des aiguilles noa aimantées placées par eux en grand nombre au sein des rayons violets» n*acquit un degré certain et appréciable d*aimantatioD.

Pour s'assurer que le magnétisme ne subissait pas decbaogeoieiil pendant que les aiguilles se trouvaient dans la lumière violette s ib suspendirent dans un petit vase de verre une aiguille fortemenl aimantée, dont le pôle sud oscillait devant Taiguille à éprouver, fixé* verticalement, et soumise à Tinflucnce du rayon violet rendu immo-* bile au moyen d*un béliosiat: pour répéter les expériences de M. Baumgartner, ils prirent des fils d*acier, polis sur divers poiot« et ils les fixèrent verticalement avant et après chaque expérience* de* vaut le pôle boréal de la petite aiguille d*épreuve oscillant dans le tube cylindrique. La conclusion de ces patientes recherches fui qu'oB pouvait, à juste titre, rejeter complètement une découverte qui, pendant un espace de dix-sept ans, avait périodiquement ému le monde savant. Les petites variations qui se trouvent dans quelques-^unes de ces expériences, ne sauraient constituer, en aucune manière, une action réelle, de la nature de celles dont on avait fait tant de bruit : souvent même, ces variations étaient contraires à la prétendue influence de la lumière*

Un arrêt aussi formel ne désespéra pas M. Zantedeschi, physicien érudit sans doute, mais ardent ami du paradoxe soit théorique, soit expérimental ; presque tous ses mémoires dénotent une absence trop absolue de cette sage défiance de soi-même, et de cet esprit critique sans lequel on n*est pas un observateur éclairé. M. Zantedeschi, donc, retrouva, dit-il, tous les résultats énoncés par Morichini et madame de Sommerville : Il vit raiguille plongeant par une de ses extrémités dans le rayon violet s*aimanter, se désaimanter, subir une inversion de pôles, etc., etc.: si les physiciens qui nient cette mystérieuse influence n'ont rien obtenu, c'est qu'ils opéraient à une tem- | pérature trop basse, que leurs fils provenaient d*une mine sulfureuse, que le diamètre de ces fils était trop gros, qu'ils appliquaient mal la lumière violette, etc., etc.: il est enfin pleinement convaincu qu'en opérant avec autant de sagacité et de bonheur que lui, tous verront naître sous le rayon violet une aimantation qui n'a pas besoin pour se

PRETENDUS RAYONS MAGNETIQUES. 1011

manifester du beau ciel d'Italie, qui ne redoute pas le ciel brumeux de l'Angleterre. L'action magnétique du rayon violet serait d'ailleurs, duivant M. Zantedeschi, une conséquence naturelle de son action chimique.

11 n'est pas jusqu'au résultat incroyable dé M. Barlocci qui ne sortît triomphant des épreuves solennelles de M. Zantedeschi : un aimant artificiel en fer à cheval qui portait treize onces et demie, exposé au soleil pendant trois heures put porter trois onces et demie de plus ; l'exposition ayant été continuée, son énergie s'accrût jusqu'à porter trente et ane onces. L'auteur ne dit pas s'il fit une épreuve comparative; s'il saspenditsonaimantdans l'obscurité, comme il l'avait suspendu an sein de la lumière : qui ne sait que la simple suspension d'un iborcean de fer dans le sens vertical, l'aimante d'une manière sensible : au reste, il avoue naïvement qu'il a rencontré sur sa route bien des anomalies, que les aimants sont des espèces de prêtées qui se transforment sous les yeux de l'observateur ; qu'il ne faut donc pas s'étonner de rencontrer sur sa route des résultais contradictoires, etc. En réalité, rien n'est donc prouvé.

M. Zantedeschi vit encore que dans les jours ou le soleil est légèrement couvert d'un voile inégal, le pôle sud soumis à l'action de la lumière solaire concentrée, manifeste une augmentation d'énergie, tandis que le pôle nord manifeste une diminution, et le voilà qui, pour expliquer ce fait, dote la lumière d'une polarité négative, inverse de celle des couches de vapeur qui flottent dans l'atmosphère. Pauvres mots polarité, polarisation, quelles tortures ne vous a-t-on pas fait subir ?

Enfin, une aiguille d'un pied, disposée conimedans les expériences de Chrîstie, et écartée dans l'ombre de sa position d'équilibre d'un axe de 90**, faisait en 30' quatre oscillations, dont la dernière avait une demie-amplitude de 70° : exposée aux rayons solaires, elle faisait dans le même temps et les mêmes circonstances quatre oscillations dont la dernière n'avait plus qu'une demi-amplitude de 60". Que penser maintenant de MM. Riess etMoser qui, même en armant leur œil d'une loupe, et répétant leurs expériences des centaines de fois, n'ont vu aucune de ces différences gigantesques de 10«; c'est sans doute parce qu'ils n'ont pas voulu voir ; peut-être cependant, les esprits judicieux aimeront-ils mieux croire que M. Zantedeschi a été

1012 ?îATUaE INTIME DU SFECTHE SOLAIHE.

par trop crédule, on a opéré avec un laîsser-aller, dont les savants italiens ne se défendent pas toujours. Pfaff, qui a répété avec le soin le plus minutieux les expériences de Walt, a montré jusqu*à l'évidence que les oscillations dos aiguilles munies de disques étaient Teffet delà chaleur et nullement de la lumière ; il affirme que pour admettre le contraire, il fallait être physicien peu profond : 51. Zantedeschi, malgré cet avertiiisemcnt salutaire, prend M. Walt sous sa protection ; c'est jouer de malheur.

M. Matteucci, qui ignorait sans doute les premières expériences de Morichini, annonça, en 1829, que convaincu depuis longtemps de Texistence de Félétricité dans les rayons solaires, il les a éprouvés au condensateur à feuilles d*or, et qu*il a clairement vu les feuilles diverger. Faisant un pas de plus, il a exposé à la radiation solaire des lames de verre qui, éprouvées ensuite à l'électromètre, ont donné des signes évidents d'électricité.

Rappelons aussi l'expérience curieuse de M. Edmond BecquereL Dans un vase à denx compartiments, séparés par une membrane très>mince, il versait une solution alcaline ou acide; deux lames de platine ou d'or horizontales^ plongeaient de part et d'autre dans la solution, et communiquaient avec un multiplicateur à fils longs : on faisait alors tomber sur Tune des lames un faisceau de rayons solaires, et Ton trouvait que cette lame prenait dans une solution alcaline l'électricité négative, avec une solution acide l'électricité positive. La déviation était de deux à trois degrés dans le premier cas, de six à sept dans ie second. On pourrait croire que ces effets sont dûs à l'action calorifique des rayons solaires ; mais il n'en est pas ainsi, comme on peut le voir, en comparant, sous le rapport des effets électriques produits, l'ordre d'action des écrans de verre coloré placés successif vement sur l'appareil, avec l'ordre d'action de ces mêmes écrans recouvrant les deux pôles d'une pile thermo-électrique. Des expériences directes ont prouvé qu'il n'y avait aucune action dans les rayons rouges, orangés, jaunes et verts ; une faible action dans les rayons bleus, indigos ; une action marquée dans les rayons violets : dès lors, les rayons qui agissent sur les lames de platine ou d'or plongées dans les dissolutions étant plus réfrangibles que les rayons calorifiques ne sauraient produire des effets de chaleur; et il est probable que l'effet obtenu est dû à l'action des rayons chimiques.

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