‹ Répertoire d'optiquemoderne, ou analyse complète des travaux modernes relatifs aux phénomènes de la lumière (volume 3)Chapitre 22 sur 31 · SECTION SEPTIEME · texte numérisé non relu

SECTION SEPTIEME

DEI^ ÇQUUKIBS AGGIDBMTELLE& 00 SOBIICTIVB&. --* DS &A. FITltW TANCE DES IMAGES. — DU CONTRASTE. — > DB L*IARADIAI10B. -^ DUJDALTOIi]SliB»STC.

Le moment est Tenu de distingner nettement entre les coufeors j^nrement objectives et les couleurs gobjectfyes.

Défmtûms. -^ Les couleurs objectives^ que nous avons seules étnéiées jttscfu'ici, sont celles dans lesquelles rœîl n'entre que comme organe de' la vision, comme instrument plus passif qu'actif, comme percevant simplement un phénomène extérieur, sans contribuer en aucune manière à sa production. Les couleurs do spectre solaire, celles produites par la réfraction , celles par lesquelles les corps se montrent à nous, etc. , sont des couleurs objectives.

Les couleurs subjectwes sont celles qui sont produites, au moins tn partie, par rœîl lui-même, par une certaine réaction de Torgaoe -delà vue, sons Tinfluence d'une première sensation. Si, par exemple, quand oo a fixé attentivement la couverture jaune trés-éclairée d'une lirochara, on l'ouvre rapidement, les pages blanches apparaissent Inondées de lumière bleue : cette himière bleue, évidemment, n'est pas quelque chose de réel, ce n'est pas une couleur objective, c'est certainement un phénomène produit dans Fœil lui-même, un phénomène subjectif. Ces dernières couleurs ont été appelées aussi acddenUUes et physiologiques. La première dénomination nous semble bien préférable ; nous l'adopterons ordinairement dans l'analyse que àous allons donner des recherches relatives à cette nouvelle classe de phénomènes lumineux.

AÉAGTION De L'ceiL. -^ Pour mettre d'abord dans tout son joor cette propriété remarquable que l'œil possède de réagir sous Hmpression d'une lumière plus ou moins vive, et de devenir en quelque lorte actif, de passif qu'il était , reproduisons en partie la lettre adressée à Locke par le grand Newton^ jur les images déterminées dans l'œil par Faction de la lumière solaire :

« J*ai fait une fois sur moi-même et au péril de mes yeux, Tobserration dont vous faites mention et qui se trouve dans le livre des conleiirs de M. Boyle. Je m'y pris de la manière suivante : Je regardai avec l'œil droit, et pendant un instant très court, l'image du soleil réfléchie sur un miroir ; je tournai ensuite mon oeil vers un coin obscur de la chambre, en clignotant, pour observer l'impression qqi en était résultée, savoir Te cercle coloré qui entourait l'image du soleil, et qui, s'affaiblissant par degrés, finissait par disparailre. Je répétai ce mouvement une seconde, puis une troisième fois. A la troisième fois, lorsque l'image lumineuse et les couleurs qui l'entouraient eurent presque immédiatement disparu, et lorsque je les regardais avec tension, dans la supposition que je cesserais bientôt complètement de les apercevoir, je vis avec étonnemcnt qu'elles reparaissaient de nouveau, et que peu à peu elles devenaient aussi vives et aussi fortes qu'elles l'étaient au moment où je venais de contempler le soleil.... Je fus obligé, pour recouvrer l'usage de mes yenx, de me tenir dans une chambre obscure pendant trois jours entiers.... Je ne recouvrai parfaitement la vue qu'en m'abstenant de fixer des objets brillants. »

Cette observation et mille autres prouvent surabondamment que quand la portion de la rétine excitée par la présence d'un objet lumineux, est subitement soustraite à cette action, l'impression produite par cet objet ne s'évanouit pas aussi'ôt, mais qu'elle persiste encore pendant un intervalle de temps très sensible. Àrrétons-nous quelques instants, avec M. Plateau, sur ce phénomène capital, dont dépendent, en partie du moins, les couleurs subjectives.

Persistance des images. — Tout le monde sait que lorsqu'on agite rapidement un charbon ardent dans l'obscurité, on voit des courbes lumineuses, comme si le charbon laissait dans l'œil la trace de son passage. Ces apparences résultent évidemment de ce que l'impression produite par le charbon en un point quelconque de sa course, subsiste encore pendant quelque temps après qu'il s'est éloigné de ce point, de sorte que les positions successives de l'objet lumineux doivent paraître simultanées. C'est à !a même cause qu'il faut rapporter une foule d'apparences qui se montrent toutes les fois que nous regardons un objet animé d'un mouvement rapide. Ainsi, les soleils d'artifice lui doivent une partie de Icars brillants efi'ets; la

ploie et kl grêle, aa lieu d'offrir pcndaiu leur chute l'aqiect de corps arrondis, préseolenl ccloi de lignes parallèles ; les denu d'une roue qui tourne rapidement disparaissent el semblent remplacées par une gaze demi-transparente, à travers laquelle on peut distingoer les objets; une corde en vibration présente un effet analogi|€, etc.

On peut encore observer directement le phénomène de la perâstance des impressions en fermant subitement les yeux et les cop^rant avec ufi mouchoir, après avoir regardé un objet lumineux d'un éclat auffisant , une fepétre, par exemple ; on voit ^lors l'image ^e Tçlyet per8isti!r quelque temps.

Mesure de ta durée des impressions. — Bien que cetje persistance ^s impressions sfi reproduise à chaque instant et dans une foqle de circonstances, et qu*el!e ait d'ailleurs reçu plusieurs applications utiles et curieuses, elle a été fort peu éjudiéo. O'Arcy eut le premier l'idée de mesurer la durée du phénomène, en faisant mouvoir dans robscurité un charbon ardent, de manière à obtenir l'apparence d'un anneau lumineux. On conçoit, en effet, que si l'on parvient i donner à l'objet que vitesse telle qu'il repasse en chaque point de sa course, précisément à l'instant où l'impression produite par son passage va s'évanouir, la durée de l'impression sera mesurée par celle d'une révolution. D'Arcy concluait de ses expériences que la dorée de l'impression produite sur son œil par un charbon ardent était égale à 8'^^, ou 0",13. Cette méthode est défectueuse; elle donne, non la durée complète de l'impression, mais seulement le temps pendant lequel celte impression s'est maintenue sans perte sensible. Pour obtenir exactement la durée totale de l'impression, il faudrait que b vitesse de l'objet fut telle qu'il retrouvât, en chaque point da sa course, l'impression précédente affaiblie au point d'être près de s'évanoiyir complètement, ce qui est presque impossible. M. Plateau est parvenu ce|)endant h surmonter en partie ces difficultés, et il a déterminé la durée totale des impressions produites sur son œil par des objets blancs, jaunes , rouges ou bleus, éclairés par la Iqmiâre du jour. Les valeurs, pour les différentes couleurs employées, sont sensiblement égales : leur nioyenpc est 0",5(i, au lieu de 0 ', 13 trouvé par D'Arcy : ce résultat n'eM qu'une prcmi<^re approximation.

Dwrée du êemps nécessaire à la production de Cimpresêion, — *

SUBJECTIVES Ot] ACCIDENTELLES. 663

Les etpériences de ce genre établissent avec évidence rexîstencii d'un antre fait trop peu remarqué ^ savoir , qu'il faut aussi mi temps très sensible pour qu'une impression se forme sur la rétine d'une manière complète. C'est ce qu'on avait déji pu conclure de ce bit bien connu qu*un objet qui passe très rapidement devant l'œil se distingue à pein^, ou même ne s'aperçoit pas du tout. L'expérience suivante met la chose hors de doute : Que l'on fasse mouvoir circulairement c'evant un fond noir un petit objet blanc, un petit morceau de papier, par exemple, avec une vitesse telle que Tanneau apparent présente une teinte parfaitement uniforme et traqqnille, cet anneau ne paraîtra pas blanc, mais gris. Or, il suit de Tuniformité de la teinte que, pendant la dorée d'une révolution, l'tmpres^ sion produite s'est maintenue sans perte sensible ; donc, si celte impression était blanche, l'anneau entier devrait évidemment paraître sensiblement blanc et non gris : il faut donc qu'4 raison du petit es*» pace de temps pendant lequel l'objet agit sur cbaque point de la rétine, il ne produise qu'une impression grise, c'est-à-dire une imprea* sion blanche imparfaite.

Personne n'a essayé de mesurer le temps nécessaire à la prodno* lion complète de l'impression. Quant au temps pendant lequel une impression donnée conserve une intensité sensiblement constante» M. Plateau est arrivé aux conclusions suivantes ;

Lais de la persistance des ima^s. — 1* L'intervalle de tempe pendant lequel une impression se conserve hans perte sensible est d'autant plus grand que Tirapression est nioins intense.

2"* Ce tempsj pour l'impression complète que produisait sur Tmil de M. Plateau un papier blanc bien éclairé par la lumière du jour, est moindre que 0",008. Pour un papier jaune, il est un peu plus grand que pour un blanc ; pour un papier rouge, il est plus grand encore, et plus encore pour un papier bleu.

Ces limites peuvent être de beaucoup dépassées quand les impres* sioAS ont peu d'intensité. On voit, d'après ces résultats, qu'on ne peut pas dire en général, comme en parlant du cas particulier d'un charbon ardent, que, pour obtenir une sensation continue, il suffit de répéter un éclat lumineux huit ou dix fois par seconde. Ainsi, pour produire sur Toeil de Al. Plateau la sensation continue d'nne blancbeor telle que celle d'un papier bien éclairé par la lumière du jour,

il fallait, d'après le nombre donné précédemment, qac Tédat de lu^ mière fût répété plus de 125 fois par seconde.

3<^ La dorée totale de l'impression paraît être d'autant pins grande qne celte impression est plus intense. Lorsque l'objet qai a prodoit l'Impression est très lumineux, tel que le soleil couchant, et que l'on se couvre les yeux, l'impression subsiste quelquefois pendant plusieurs minutes. Chez certaines personnes, l'imagination peat exercer une grande influence sur ces sortes de phénomènes.

k^ La durée toiale de l'impression paraît être d'autant plus grande qu'on a regardé l'objet pendant un temps plus court, poarra tontefois que ce temps soit suflBsant pour développer une impression oohh plète. Lorsque, par exemple, M. Platean jetait les yeux sur nne fenêtre petite et isolée, et qu'il les portait aussitôt sur un endroit sombre de la chambre, il voyait distinctement l'image persister en «'affaiblissant pendant environ trois secondes, avec ses panneaox lumineux et ses châssis obscurs. S'il regardait la fenêtre un pen plos longtemps, la durée de l'image devenait moindre; et. enfin, après une contemplation prolongée de la fenêtre, l'image était si fugitive qn'il avait peine à en saisir la trace.

5** Lorsque l'impression provient d'un objet très lumineux, tdqoe le soleil couchant ou même une fenêtre, elle passe ordinairement par une série de couleurs différentes. Ainsi, qnand après aroir regardé une fenêtre pendant an instant très court, M. Plateau se coovrait les yeux avec un mouchoir, il voyait l'image des panneaux lu*» roineux devenir successivement rouge, violette, bleue, encore violette, blanchâtre, puis verdâtre et verte. Ces phénomènes, qui paraissent très variables avec les circonstances de l'eipérlence, n'ont pas encore reçu d'explication satisfaisante.

5* Enfin, lorsque l'impression qui persiste sur la réiiue provient d'un objet brillant, il arrive aussi quelquefois qu'elle disparaît et reparaît plusieurs fois de suite avant de s'évanouir complètemenL C'est, par exemple, d'après Dai-win, ce qui a lieu lorsqu'on a regardé le soleil couchant pendant quelques instants, de manière I ne pas trop se fatiguer la vue, et qu'on observe ensuite, les yeux fermés ei couverts, la persistance de l'impression produite.

Kaléidophone. — M. Wheatstone a iait servir la persistance des impressions à montrer aux yeux le mode de vibrations transversales

d'aoe Tcrgo élastique fixée par Tune de ses extrémités. Il soffit, pour cela, que la ?erge soit termioée par une petite boule métallique polie, ou par une petite sphère creuse de verre, étamée à l'inlériear , et que l'appareil soit exposé au soleii ou à la lumière d'une bougie. Lorsqu'on met la verge en vibration , soit au moyen d'un archet, soit en l'écartant de sa position d'équilibre et l'abandonnant ensuite à elle-même, le point brillant que le soleil ou la bougie font naître sur la petite boule produit , par son mouvement rapide, l'apparence de courbes lumineuses très belles et plus ou moins compliquées, selon la forme de la verge et le son qu'on lui a fait produire; chaque système de vibration et chaque son a ainsi leur image : M. Wheatstone a donné à ce joli appareil le nom de kaléidophone.

Photomètre de M. Wlieatstone. — Un autre instrument du même savant anglais, établi sur le même principe et que nous décrirons plus tard sous le nom de photomètre^ produit des apparences plus singulières encore. 11 consiste essentiellement à faire tourner excentrlqoement un disque de liège sur lequel on a fixé un plus ou moins grand nombre de petites boules semblables à celles dont nous venons de parler, et disposées sous forme de polygones réê;uliers ou irré« guUers. Chacune des boules éclairées par un même rayon lumineux donne , dans sa rotation , naissance à une courbe , et ces diverses courbes, en s'encbevétrant, dessinent les plus curieux dessins.

Cfèronoscopes divers : moyens d'apprécier l'instantanéité ou la Jurée de divers phénotnènes, — AI. l¥heatstone a encore imaginé des procédés très curieux, fondés également sur la persistance des impressions, et qui lui ont permis de prouver rinstantanéité de certains phénomènes lumineux, tels que l'étincelle électrique, ou. d'en apprécier la durée, quelque courte qu'elle soit. Nous ne dirons ici qu'on mot de ces procédés, que nous avons longuement décrits dans notre volume sur la télégraphie électrique. L'un d'eux consiste à observer le phénomène par réflexion dans un miroir auquel on donne on mouvement très rapide, et de telle nature qu'en supposant l'objet lumineux permanent, son image semble décrire on grand cercle. Gela posé, si le phénomène est instantané, l'image ne pourra se voir qu'en un seul point de ce cercle et ne paraîtra pas déformée ; si, au contraire, le phénomène a une durée appréciable, l'image s'allongera de manière ii former un arc d'autant plus grand que cette durée sera

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plus considérable, et l'on conçoit que d'après la grandeur de Tare aperçu, on pourra mesurer la durée du phénomène lumineux. Une ^incelle électrique observée de cette manière ne paraît nnllement s^allottgcr, d*où il suit qu'elle doit être regardée comme instantanée, M. "Wheatstone a rendu sensible à l'œil, de cette manière, la discontinuité de certaines ftamiues ou de certains traits lumineux qni, à l'onl nu, semblent parfaitement continus, tels qu'un courant d'étincelles Électriques reçues à une très petite distance d'un condnctenr. La lumière se trouvant ainsi, dans un instant très court» éparpillée sur une ligne extrêmement étendue, la moindre discontinuité devient visible, et c'est pourquoi le courant d'étincelles présente alors l'aspect d'une série de points lumineux séparés par des intervalles noirs.

Voici comment M. Wheatstone a encore démontré l'instantanéité de l'étincelle électrique : On prend un dis({ue de carton blanc sur lequel on a dessiné en noir une figure quelconque ; on Tait tourner ce disque avec une grande rapidité, dans son plan, autour d^an axe fixe ; il résulte de ce mouvement de rotation qu'on ne peut plus distinguer la figure tracée sur le cferctc, et que celuî-ci ne présente plus alors qu'une série de bandes concentriques de teintes différentes : c'est un résultat évident de la persistance des impressions. Gela posé, qu'on mette le cercle en mouvement dans une chambre parfaitement obscure, et qu'il soit subitement éclairé par une étincelle électrique, aussitôt on apercevra très distinctement !a figure comme si elle était dans un état d'immobilité parfaite , et cela quelle que soit la vitesse donnée au cercle. Or, cet effet ne pourrait avoir lieu si l'étincelle avait une durée sensible, car alors la figure se verrait dans plusieurs positions successives, et il en résulterait une confusion d'autant plus grande que la durée de l'étincelle se prolongerait davantage.

M. "Wheatstone s'est servi encore de ce procédé pour détruire, dans certains cas, les fausses apparences que la persistance des impressions donne aux objets qui se meuvent rapidement. Eu effet, ces objets n'étant éclairés, par ce moyen, que pendant un temps infiniment court, ils ne se montrent que dans une seule position, et l'impression qu'ils produisent ayant une durée sensible, on peut al(Hs juger de leur forme véritable. C'est ainsi que M. Wheatstone est parvenu à voir très distinctement au microscope les roues mobiles de l'infusoirc appelée rotifére.

SUBJEGTIVtS OU AGiIlOENTELLES. 567

Nous âVous décril longuement, dans le volume déjà cité et dans là première partie de cet ouvrage, le parli ({ue MM. Arago, Wheatstone, Dote, ont tiré de ces mêmes principes pour mettre en évidence ia durée des éclairs, la discontinuité de leur lumière, la vitesse de Té* lèctricité, l'inégale vitesse de la lumière dans les différents milieux rêfringens, etc., etc.

Autres procédés pour mettre en évidence la continuité ou la discontinuité de divers phénomènes. — Savart a fait assise, dans uti cas particulier , d'un procédé qui Ta Conduit également à rectiGer de fausses apparences résultant d*un mouvement rapide, et lui a permis de déterminer la figure réelle d'une veine liquide qui s'écoule par un orifice circulaire percé en mince paroi Son appareil consiste essentiellement en un large ruban dont la surface est partagée en bandes transversales alternativement blanches et noires, et auquel on peut donner lin mouvement rapide dans le sens de sa longueur. Le liquide étant supposé s'écouler verticalement, on place le ruban mobile derrière la veine et dans une position t)aranèle à cdle-ci. Alors, si otl imprime &^appareil un mouvement Suffisamment rapide^ l^iûefl, placé dl^Vànt le système, pent distiïigueir les diverses particularités qde ^ésente la Veine, telles que tes renflements annûbire^ qui se pfopagettt Te tong delà portion de la veine cohtiguë à h>rifice, pot*tion qui, sans te secoAr^ de 6et Indtrumetkt» paraît Ul^ie coinme uni; tigie àt cristal. L^dlët produit par cet appareil est àtlfàtôguê ii Ccût que font ùàltre deuk roues tournant avec rapidité Tune derrière Vantre, danfâ de$ plana parallèles et rappi'ôcbb, et âtec des Vitesses inégaies de grattdeur on de directiott.

M. Mrattëucci a remarqué tout récemment iqùé, poAt tàte Ihlèûx ressortir les belles obsertatfoioâ de Savârt s'Ui' la cûhstktitloh de t'a Veine Hqoide, i) sl)iffisait d'éClalfèt )â veine aveb ûne'grôâsè Hiâcclle électrique, oti mietit avec nné s€rie d'ét'ii^côltes. En examinaiit ainsi la veine Mde, telle que Savart l'obtient, tout le mbfid^ peut voir facilement que la partie qui, àrœil, setnble continue, est réellement composée de gouttes ayant léxactetnent ta forme assignée {tat* rillùStre pbysicfén \ ofi Voit &^ gouttes allongées^ d*aatfes aplatks, d'àûtfés presqne spb&Hiïués.

M. Plateau a tiroposé Hti procéàé général dMrcfiit de cclirt de M. Whcaistôrte, pôoV mortifCr sous îcut foMttc rëefii* les objds aux-

quels leur mouvement rapide donne une apparence Urompeiise. Son appareil consiste en un disque de carton noirci, d'enyiroa 25 ceatimètres de diamètre, mobile autour d'un axe, comme une roue, et perce vers sa circonférence d'une vingtaine de petites fentes dirigées dans le sens des rayons. Ces ouvertures peuvent avoir environ 2 millimèlres de largeur et 2 centimètres de longueur, et doivent être percées à des distances «égales l'une de l'autre. Pour faire usage de cet instrument , il faut donner au disque an mouvement de rotation suffisamment rapide, fermer un œil, et regarder de l'autre, à travers la bande circulaire transparente qui résulte du mouvement des fentes , l'objet mobile dont on veut distinguer h forme véritable ; seulement , il faut avoir soin de tenir l'œil le plus près possible des fentes, et se placer à une certaine distance de l'objet.

Supposons d'abord que Tobjet ait un mouvement périodique, c'està-dire qu'il repasse successivement par les mêmes positions ; qne ce soit, par exemple, une corde eu vibration, un charbon ardent mû circulairement, etc.; ou bien que des objets semblables viennent successivement occuper la même place, tels que les rayons oo les dents d'une roue, les différentes fusées d'un soleil d'artifice, etc.; alors, si la vitesse de notre disque est telle que chaque fois qu'une fente passe devant YœW, le même objet ou des objets semblables se re* trouvent dans la même position par rapport à celui-ci, on conçoit qu'il doit se former sur la rétine une suite d'impressions identiques que leur persistance liera entre elles, et d'où résultera l'apparence continue d'un objet ou d'une suite d'objets immobiles, ayant, ou k très peu près, la forme réelle des objets que l'on observe. Ainsi, par exemple, une roue, qui tournerait assez rapidement pour que ses rayons ou ses dents parussent se confondre, semblerait parfaitement immobile à travers notre disque, en supposant à celui-ci une vitesse convenable. Si le mouvement de l'objet à observer ne présente pas de succession r^ullère, comme serait un de ces météores lumineux dont la trace brillante est probablement due à la persistance de l'im* pression, alors encore l'instrument peut être utile. Dans ce cas, l'objet ne peut être isolé, par rapport à l'œil, dans une suite de positions identiques ; mais les images qu'il produira sur la rétine, dans les positions différentes qui correspondent aux passages snccessUiB des

fentes, persisteront assez longtemps pour*qa*oii puisse, en général, JQger de sa forme réelle.

Noos rapporterons ici, comme application, Tcffet que présente, dans certaines circonstances, la flamme d'une chandelle soumise à ce genre d'observation. On sait qu'une flamme semblable parait prendre, de temps à autre, un mouvement oscillatoire rapide dans le sens de sa longueur; on dirait alors que le sommet s'abaisse et s'élève alternativement. Si, dans on moment] d'agitation , on observe cette flamme à l'aide du disque en question, on voit la partie supérieure partagée en plusieurs portions distinctes, placées les unes au-dessus des autres et séparées par des intervalles noirs. Il faut conclure de là que le mouvement oscillatoire apparent de la flamme est dû à ce que, dans ces circonstances, elle lance de son sommet une suite de flammes partielles et séparées qui s'élèvent rapidement et s'éteignent Tune après l'autre.

Tltraumatrope, — Le phénomène que nous étudions ici est encore le principe de plusieurs illusions curieuses. Tout le monde connaît le thraumatrope, ce petit instrument qui consiste en on cartoo circulaire que l'on fait mouvoir rapidement autour d'un de ses diamètres, et qui porte sur chacune de ses faces des dessins tels que la combinaison des deux impressions qu'ils produisent sur la rétine forme un troisième dessin régulier.

Anorthoscope. — M. Plateau s'est servi de la persistance des impressions pour produire un nouveau genre d'anamorphoses» en faisant tourner rapidement l'un derrière l'autre, avec des vitesses dans un rapport déterminé, deux disques, dont l'un, celui de derrière, porte une figure déformée vivement éclairée, et dont l'autre est percé d'une fente étroite. Il a fait voir comment on pouvait faire naître ainsi , de figures très difformes, des images régulières quelconques qui semblent parfaitement immobiles. La figure régulière ainsi produite résulte des intersections apparentes successives de la fente avec les différentes parties de la figure difforme, intersections que la persistance des impressions fait paraître simultanées. Celte application a donné naissance à un curieux appareil connu sous le nom d'anarthoscope.

Expériences de M. Faraday. — M. Faraday a publié une note sur certaines illusions consistant principalement dans les apparences

régulières que présentent deux roues, de inênie grandeur et d'un même nombre de rayons, placées l'une derrière l'autre, cl tournant rapidement sur un axe commun dans des plans très rapprochés, arec des vitesses égales et en sens contraire. L^œil placé devant un pareil système, dans la direction de Taxe, verra Tapparence d^une roue parfaitement immobile et dont les rayons seront en nombre double de chacune des deux roues en mouvement.

Une autre expérience propre à M. Faraday consiste à faire tourner en face d'un miroir, à la distance de & à 5 mètres de celui-ci, une roue de carton dentée, et ^ regarder dans la glace Timage de cette roue h travers l'espèce de gaz produite par le mouYement des dents et des intervalles, l'œil étant supposé très près de la roue. L'image parait alors complètement immobile et dans sa forme réelle, comme si le mouvement de la roue cessait d'avoir lieu. M. Faraday a fait voir, di^ plus, que si l'on partage en secteurs colorés et convenablement disposés la partie de la roue com{)risc entre les dents et le centre ; les couleurs, qui se mêlent lorsqu'on regarde directement la roue en mouvement, se séparent immédiatement si l'on observe de la manière indiquée son image dans le miroir. Il serait facile de déduire des principes que nous avons déjà établis la raison des effets que nous venons de décrire. On expliquerait de b même manière l'expérience suivante, due encore à M. Faraday. Si Von découpe dans ta roue, entre les dents et le centre, une nouvelle rangée d'ouvertures dont le nombre diffère un peu de celui des dents , et si alors on soumet cette roue h l'expérience do miroir, en regardant à travers l'une ou l'autre rangée d'ouvertures, l'image de celle à travers laquelle on regarde paraît animée d'un mouvcuient lent de rotation, (^n peut ainsi percer plusieurs rangs d'ouvertures, de manière à produire Tapparence de mouvements plus ou moins rapides et de sons différents.

Fantascope, phénakùdcope. — Les expériences que nous tenons de rappeler ont conduit 1\). Plateau à réaliser un nouveau genre d'illusions, qui consiste à faire paraître animées et vivantes des figures dessinées. Ce nouvel instrument a reçu le nom de faniascope et produit des apparences véritablement singulières. La même idée, mise depuis â exécution d'une manière beaucoup plus imparfaite, a donné naissance au phénakisticope. Ce dernier appareil consiste esscntielic-

ment en ùu disquts de carton percé Tcrs la circonférence d*uhe série d'ouvertures étroites, et sur lequel sont peintes de petites figures qui» lorsqu'on fait tourner le disque tis-à-vis d'un miroir, en regardant d'un œil son image à travers les ouvertures, semblent s'animer >el exécuter différents mouvements. L'effet provient d'une disposition telle de l'instrument, que des figures qui diffèrent graduellement entre elles de forme, de position ou de lieu, viennent successivement, cl k des instants très rapprochés, se présenter à Fœil, de sorte que la persistance des impressions liant les images entre elles , l'oeil crok voir les mêmes figures passant d'une manière continue d'un état à l'autre.

Revenons maintenant aux couleurs subjectives, en prenant encore pour guide l'excellente dissertation de M. Plateau.

Couleurs subjectives. !'• classe : Succédanées. — Si l'on regarde fixement un objet coloré placé sur un fond noir, en tenant l'œil constamment attaché sur le milme point, on voit, au bout de quelque temps, la couleur de cet objet perdre peu à peu de son éclat ; et si alors on porte subitement les yeux sur une surface blanche, on voit bientôt paraître une image de même forme que l'objet, mais d'une couleur complémentaire de ce dernier : on désigne, comme on sait, sous le nom de complémentaires, deux couleurs qui, ajoutées ou mêlées ensemble, reproduisent du blanc. Ainsi, (a contempItitTon prolongée d'un objet rouge donne ensuite naissance \ iine image vertCy et réciproquement; la contemplation prolongée d*un objet r^^t est suivie de l'apparition d'une image rouge ; si l'objet est jaune ou bUu^ l'image subséquente sera violette ou orangée, et vice versd. De plus, un objet bUinc produit de cette manière une image noirâtre, tandis que l'objet noir produit une image blanche plus claire que le fond sur lequel elle se dessine. Toutes ces images restent visibles pendant un temps assez long; leur intensité, ainsi que leur durée, est d'autant plus grande qu'on a regardé l'objet pendant un temps plus considérable. Ces apparences forment une partie de celles auxquelles on donne le nom de couleurs accidenielles, nom donné par Buffbn, à qui l'on doit, après Jurîn, les premières oljservations sur ce genre de phénomènes. Le temps, comme on voit, entre essentiellement dans ce premier ordre de couleurs subjectives, puisqu'il est de iôur ftature de succéder aux couleurs objectives qui les ont fait naîlre.

Propriétés de ce premier ardre de couleurs subjectites. — Voici les propriétés principales que présentent ces apparences singulières :

1" La disparition des images n*a pas lieu, en général, par on décroissement d'intensité graduel et continu : elles présentent, an contraire, des disparitions et réapparitions alternatives ; quelquefois même on voit reparaître une ou plusieurs fois Timpression primitive. L'expérience suivante de M. Plateau a montré cet effet d*une manière extrêmement remarquable. L'un de ses yeux étant fermé et courert avec un mouchoir, il adaptait à l'autre un tube noirci d'environ daquante centimètres de longueur et trois de largeur, et il regardait Dxement, pendant une minute au moins, un papier rouge bien édsré et suffisamment étendu pour que les bords en fussent cachés par le tube; puis, sans découvrir l'œil fermé, il enlevait subitement le tube, en regardant le plafond de l'appartement ; alors il voyait se former d'abord une image circulaire verte; mais bientôt elle était remplacée par une image rouge d'une faible intensité; après quoi reparaissait l'image verte, à laquelle succédait de nouveau une image rougefttre , et ainsi de suite ; l'image rouge reparaissait ainsi jusqu'à quatre fois, l'intensité du rouge et du vert allant toujours en s'affaiblissant.

. 2* Ces mêmes phénogaènes se manifestent encore, lorsqu'au lieu de porter les yeux sur une surface blanche, après avoir regardé l'objet pendant un temps suflSsant, on les ferme au contraire tont de suite, mais en les couvrant complètement d'un mouchoir sur lequel on applique les mains: on voit parfaitement, dans celte obscurité complète, se dessiner l'image de l'objet , colorée de la teinte complémentaire.

S** L'image accidentelle parait plus ou moins grande, selon la di^ tance de la surface sur laquelle on la projette : lorsque cette surface est à la même distance de l'œil que l'objet, l'image se montre de la même grandeur; si la surface est plus ou moins éloignée, Timage parait augmenter ou diminuer proportionnellement,

4* Les couleurs subjectives se combinent entre elles à la manière des couleurs réelles , c'est-à-dire que du jaune et du bleu accidentels forment du vert; du rouge et du bleu accidentels forment do violet On peut s'en convaincre par l'expérience suivante, due aa p. Scberffer. On place l'un à cOté de l'autre, sur un fond noir, deox

petits carrés de papiers colorés, Pun TÎolet et Taatre orangé, conhurs doot les accidentelles sont le jaone et le bien, et l'on marqne d*an point noir le milieu de cbacan de ces carrés. Alors, on porte alternativement les yeux sur l'un et l'autre point, en les tenant fixés sur chacun d'eux pendant environ une seconde ; et après avoir r^[iété cette opération un grand nombre de fois, on ferme les yeux on on les dirige vers une surface blanche. Afors, on distingue bientôt Tapparence de irois carrés juxtaposés dont la formation est aisée à conccYolr ; le carré du milieu étant évidemment formé' de b superposition des couleurs accidentelles produites par les deux couleurs employées ; et , dans le cas dont il s'agit, le carré du milieu est vert : il serait violet^ si les deux couleurs employées étaient le vert et l'orangé, dont les accidentelles sont le rouge ou le bleu, etc. Un cas fait cependant exception ; c'est celui ou les deux couleurs accidentelles que l'on combine sont complémentaires lune de l'autre : alors, au lieu de produire du blanc, comme deux couleurs réelles complémentaires, elles semblent, au contraire, ne donner lieu qu'à un effet d'obscurité. Ainsi, lorsque les deux petits carrés de papier sont l'un pert et l'autre rùuge , couleurs dont les accidentelles sont le rouge et le vert^ le carré qui occupe le milieu dans l'image accidentelle paraît noirâtre, si on le projette sur un fond blanc; et complètement noir, si l'ofi se couvre les yeux.

S*" Les couleurs subjectives accidentelles se combinent avec les couleurs réelles de la même manière que ces dernières entre elles, c'est-h dire que du rouge accidentel et du bleu réel forment du violet^ que du bleu accidentel et du jaune réel font du vert. Il est aisé de s'assurer du fait, en projetant l'image accidentelle sui* une surface peinte de la couleur avec laquelle on veut la combiner; ainsi, en projetant sur une feuille de papier bleu l'image accidentelle rouge provenant d'un objet vert, il en résulte une apparence d'un beau Ttolet. Seulement, il faut tenir compte des remarques suivantes : l'objet étant toujours placé sur un fond noir, si Ton projette son image accidentelle sur une surface de mémo couleur que lui , ou, en d'autres termes, dont la couleur soit complémentaire de celle de l'image, celle-ci ne paraîtra plus que d'un gris foncé, comme si la sensation était en partie détruite en cet endroit de la surface. C'est ce qui arrivera, par exemple, si^ après avoir regardé pendant quelque

temps uQ peUl morceau de papier rouge posé sur un fond noir» on î^to les yeux sur une feuille de ce même papier rouge.

Au cootraire, si Ton projetie l'image accideutelle sur une sorbce dofit la couleur soil complémentaire de celle de l'objet, c'est-à-dire spit identique avec celle de l'image, oelie-ci paraiu*a d'une couleur plus bell^ et plus pur^ que le reste de la surface sur laquelle elle se détache. C'est ce qui aura lieu, par exemple, avec un objet rouge et m» surfftce verte, avec uu objet jaune et une surface TÎolette.

6° Afin d'isoler de toute influence étrangère l'objet coloré qn'on regarde, noua ayons admis jusqu'ici qu'il reposait sur un fond noir; si ce fond esf Mabc, on obtient des effets analogues quant à la couleur d^ l'image subjective» mais différents quant au rapport d'éclat de cette image et de la surface sur laquelle elle se détache. Ainsi, quand rolyet repose sur un fond noir, son image accidentelle, projetée sur une surface blanche, parait plus sombre que celle-ci, et le contraire a lieu si l'objet repose sur un fond blanc.

Four se former uniç idée complète des propriétés principales de IKts couleurs subjectives, il faut encore ajouter les faits suivants :

7*" Nous avons dit que lorsque l'on se recouvre les paupières après avoir rqpirdé un objet assez éclatant, on voit ordinairement l'impression primitive persister pendant un temps assez considérable. En pareil cas, si l'ou se découvre les paupières, ou si l'on oavre les yeu^ en les dirigeant sur une surface blanche, il arrive généralement que cette impression primitive se change aussitôt en une image accidentelle, qui repasse de nouveau à l'état primitif si on se recouvre les yeux ; et l'on peut ainsi faire passer successivement pla> sieurs fois Timpression par l'un ou l'autre état. L'effet se produit très bien avec l'image d'une fenêtre, et c'est ainsi que Francklin l'a observé : celte image, dans les yeux fermés et couverts» parait formée de panneaux lumineux et de châssis obscurs; mais si l'on laisse la lumière arriver à Tœil^ les panneaux deviennent obscurs et les cbâssis lumineux : si l'on ferme de nouveau les yeux, le premier effet reparaît, et ainsi de suite. Darwin a observé uu effet analogue, après avoir regardé le soleil couchant. M. Brewster ajoute que si, après avoir rtr gardé cet astre, ou voit un spectre brun-ropgcâtre, une certaine pression exercée sur l'œil fera changer aute ipaage en un spectre vert, cl que si Ton cesse la pression, l'image reprendra sa première couleur.

SUBJECTIVES OU iCOl0BNTfiLLF.S. 575

Bemarqj^oDS e» terminant que pQi9<|»c iMoipression j^ini^iv^ sorfit toojonrs pendant quelque temps à la cause qui Ta. prodAÎte, l'ioiige accidentelle pu subjective dojt être regardée cpinme suc^é^ daot réellemeoi i l'image objective après un te^nps mesurable. Su dans le plus grand nombril des expérience relatives aux canlenrs sobjectives» pn ne peut ^i^ir la trace de cette première impressU^p qui s*eOace, c'est qu'elle est généralement trop (u(;itive, et que lie temps de sou existence e$t encpre dimioné par cette circonstance que, pour donner beaucoup d'intepsîté et de durée i l'iniagfi accidpq^ telle, on regarde l'objet pendant assez longteo^ps. £n «0eti tandis que la oontemplation prolongée de l'obj^ accroît l'iniensité et la durée 4a second phénomène, elle raccourcit, eo général, comme nous l'avons vu, la durée du premier. Du reste, il est des cas daqs lesquels la succession des deux phénomènes se montre parfaitement} ainsi, lorsque AL Plateau contemplait la ienètre pendant un temps ni trop long ni trop court, il voyait parfaitement, d'abord l'image de la lenétre avec ses panneaux lumineiix et ses cfaissis ol^scurst puv l'image subjective avec les panneaux obscurs et les châssis lupu>nenx, e(c.

On peut, comme l'a indiqué ScherSer dans son si intéressant m^ moire, faire servir ces phénomènes de vision à un amMsement, de la manière suivante : on peint sur un Tond noir un buste d'homme ou de femme, en ^ployant des couleurs telles qu'elles aient pour acddentelles ou subjectives les couleur» naturelles d'une semblable figure. De cette manière la peau sera couleur de bronze, les sourcils et les cheveux seront blancs, les yeux auront des prunelles blanches sur un tond noir, etc. , ce qui produira nécessairement un ensemble hideux ; mais si l'on regarde fixement pendant un temps suOisanl un même point de cette figure, et qu'on jette ensuite les yeux sur un mur blanc, on y verra l'apparence d'une tête avec ses couleurs naturelles.

Gdulecbs SUBJEGTIYES. 2* classe : Couleurs subjectives simulta" nées. -- Toutes les apparences dont il a été question jusqu'ici suceèrdem \ la contemplation des objets colorés; mais l'expérience prouve que pendant ceUe contemplation luéuiCf il se manifeste un autre ordre de phénomènes consistant aussi dans Tapparitiou de couleurs complémentaires, et qui forment la seconde classe de coulcuissubjectives ou

576 DES GOOLEURS

acctdenlelies. Ainsi , Boffon remarqua qae pendant qii*on regarde fixement nn objet coloré posé snr nn fond blanc, il se manifeste eadérienremeot à cet objet et le long de son contour, une bordare colorée d'une teinte pareille à celle de l'image snbjectÎTe que Ton obtient eo Jetant ensuite les yeux sur un autre endroit du fond blanc Ici donc ce n*est pas dans le temps suitant, mais dans l'espace contiga que naît la couleur accidentelle. Quelques physiciens ont cependant rangé ce phénomène dans la classe précédente de couleurs subjectives, en l'attribuant à ce que, pendant la contemplation de Tobjet, l'œil ne peut demeurer complètement immobile, de sorte que Pimage vadlle sur la rétine, et qu'il y a tout au tour de cette image des parties de b rétine qui, après avoir reçu l'impression de la lumière colorée venant du bord de l'objet, reçoivent l'impression du fond blanc. Mais sans parler de ce fait, il est une foule d'autres expériences qui montrent la production d6s couleurs accidentelles pendant la contemplation des objets colorés.

Citons d'abord les ambres colorées. Ainsi Rumford a montré que lorsqu'une ombre est produite dans une lumière colorée, cette ombre se teint delà cotkleur complémentaire ; c'est-^-dire, par exemple, que si Ton éclaire un papier avec de la lumière verte , nn corps éclairé par une lumière blanche et interposé entre la lumière verte et le papier, produira sur ce dernier une ombre rouge.

Ainsi, encore d'après l'observation de Meosnier, lorsque rintérienr d'un appartement n'est éclairé que par la lumière do soleil, transmis au travers d'un rideau d'étoffe colorée, et que ce rideau est percé d*un trou de quelques millimètres de diamètre, par lequel la lumière directe peut s'introduire, si l'on reçoit ce faisceau de lumière sur on papier blanc, la partie du papier éclairée par la lumière blanche ào soleil paratt vivement colorée d'une teinte complémentaire de celle du rideau.

Prieur, de la Côted'Or, a fait voir que si l'on place entre la fenêtre et l'œil un morceau de papier coloré possédant une certaine transparence, et si l'on applique sur ce papier une petite bande de carton blanc, elle paraîtra teinte de la couleur complémentaire : on la verra rose sur nn papier vert, couleur lîlas sur un papier jatme, etc. L'effet est plus prononcé pour certaines positions du papier coloré, positions que l'on trouve aisément en faisant l'expérience ; de plus, si la petite bande de carton est elle-même colorée, sa coolenr se

SUBJECTIVES ou ACCIDENTELLES. ^577

craibioe avec 1» «ômplénie&taire de celle du papier. Ainsi, Qoe bëMie Mené parattra vicriette sur do papier vert, une bande jaune parultra Terte sar do papier orangé, etc.

Citons encore une eipériemee da docteur Smitt). Elle coosisti^ à appliquer à l'an des yeux un petit tube de papier coloré tralis{iirent, que l'on éclaire fortement de côté. Alors, les deux yeut -étatlt ouverts, on regarde une surface blanche, et la portion de cette surface vue à travers le tube coloré parait teinte de la couleur confié meotaire.

Effet déemuraste. -- Dansles expériences qtii précèdent, l'^espace dont la couleur parait modifiée est supposé d'une petite étendue relativeiuént à la surface colorée qui l'entoure, et la couleur de cétlc deruière ne paraît pas sensiblement altérée ; cependant M. Ghevreul a prouvé d'une manière générale que celte modification des coaléurs est réciproque ; c'est-à-dire que lorsque nous voyons simultanément deux objets colorés pfaioés dans le voisinage l'un de l'autre, leurs deux couleurs semblent réagii^imultanémenr, de telle manière qu'àcha^ eune (Centre elles s*ajmue la eomplémentitfre de Pemre. Aiiisi, lorsque je pUce l'un à côté de l'autre un objet rouge et un objet j'auiu, le premier semblera tirer plus ou moins sur le violet; et le second sur le p^rr. Cette modification réciproque des deux couleurs est ordinairement trop faible pour qu'on puisse l'apercevoir sans avoir n»coursa un artifice partfculier. Voici le procédé ingénieux de M. Clicvreul : on colle Tune contre l'autre, sur une carte, deu.v bandes de papier ou d'étofib teinte des doux couleurs que l'on veut sounitttce à l'observation; l'une est, par exemple, rouge, et l'autre jowitfV ces bandes ont 12 millimètres de largeur et 5 centimètres de longueur. Maintenant, on colle parallèlement à l'une de ces bandes; et à la distance d'un millimètre, une seconde bande qui lui soit identique en dimensioD et en couleur, et qui est destinée à servir de terme de comparaison; on fait la mèsiie opération relativement à la bamjc peinte de l'autre couleur, et l'on a ainsi quatre bandes colorées, deux d'une couleur et deux de l'autre. Les deux intérieures se touchent, et il s'agit d'observer les modifications qu'elles se fùnt mutuellenKiit subir* Il suffit pour cela de regarder la carte dans un certain sens, et pendant quelques secondes. L'effet réciproque des deux couleurs conttguès, qui échapperait dans les circonstances ordinaires, de-

578 osa cogLisuBs

f i#ttl ainsi presque loojfNin senwUe» à l'aide des iMiides^eiliiftfcs de MnparatsQii. Akuûdaasrexeiiipleque nous avmift tbmA de haate nmges eijaunes^ on remarquera que k baode roageîntérieiire timt avr k otofer, el que la bande jaune ooniigiië tirera mr le snt Mi (ibevreiil rafiporte ou grand nombre d'aoïres eiempiesqvî rentrent Ions dans la même loi; U est seolenieHi nfcessake de noler id les iaiis suhania :

i* Si les denz couleurs employées sont compKoientaires l'une de l'attire, comme le rooge et le vert, elles s'avivent par leur j« liank elles acquièrent un éclat et une pureté des plus \

3' Si Tnn jaitapose une couleur quelconque aveu le blanc» ce dernier ee teint légèrement de la couleur compMmeniairei et la Cboleur empiefée dievient [dus briUantoet plus/a»C0e;aiasi| par leesimet du blanc et du rouge, le premier deviendra verdltre^ le eecand aciMera plus briUant el plus foncée

S"» Si l'on Juxtapose une couleur quelconque avec le ouir, ceiui-d prend égalementi d'une manière plus ou iMins prononcée, la leinle ooiuptémeotaire de la coulenr employée» et cette dernière paintt, en général^ plus brillante et fUm claire /

k"" Le btatiç et le noir éprouvent aussi, parleur just^poeîCMi» une medificatîon réciproque t le preoUer devient plus édauuit^ et fe «econd plus foncé t

S' Les nediiîcititfns mutuelles des couleurs ne sent pan bernées Au cas oft ks objeii colorés qui se modifient sent eontigua Ton fii l'autre} Mi Gbevteul prour^e» par rexpérience» qu'on pem unoere Ibb rendre sensibles, même lorsque ces objets sent séparés ée S centbnèires; aeulemenik Tintensiléde VcBiA est d'euuint moindre 4«ela diltancu est plus grande ;

%"" A ceaobaerYationsi tirées du mémoire de U. Gbfevrcul^ IL Plateau en ^uttte une dernièrOî qui se vérifie à cbaqoe inalaal ei qm |WttC d'aiUeurs, en quelque sorte» se déduira de^ 2% S* et 4* préoééedtes. (i'est que lorsque deuxetti^-'^^ vo»in'<l'ff*^<^< ^ ùùmé^ cette dMérence parait, m génénU au^nentée par leur ToisiUage : l'un parait phs clair et l'ablre phis ^oaibre que s'ils étaient vus iépurêment ou entourés d'dijctjs d'une clarté ^-gaic à la leur. U y a plus, e*eÉt que des objets mudérément édatrés i^uvent disparutre eompKlementi comme cela résulte des obsei-vations de M. Brewster, lorsque

SDBiEGTItBS 00 ÂCfltDËNTELLES. S7#

leur iaage^e imtot mr la péUne, dMw h ywm^m à^iàn^ fMuriieé» l'organe Tivement excitée par la présence d*un objet brillaolb Qm peut aisômept se convaincre de ce fait) en ragardaut des objets pla« ces à peu près derrière la flarnoe d'une hougie. Ces «fafets |Nu«is^ sent d'anttnt plus sonbresque leiur iaiage en plus rapproebée de eeita de la flamme, et lorsque ia distance des de«x îmatfes est très petite» ils disparaissent entièrement.

Ain de compléter l'exposé des Ciks principaax reiatib aux tauleurs accidentelles» ajoutons aux expériences citées iâ subanle» qii est due an docteur Smith. Places une bougie allunée très près de Tan de vos yeux, de Tceii droit, par exemple, mais en dehors dis l'axe optique ; tesez alors en lace des yeux une petite iiande de papinr Uanc, et diriges vos regarda vers un point éloigné, de manièK k Toîr la petite bande double, Tîmage vue par TeeU droit fiaraiM verte, et celle qui est vue par I'chI gauche vona.aeoAlera nm^ gefttre.

Loi GÉNiRAU BEft CODLeunS BUBinCTlYBS SIMDLTAJXtaa. — *

En réfléchissant à l'ensemble des expériences que nous venons éê rapporter, on verra qu'elles conduisent aux nooclnaions soivantesi

Lor^ue mous regardmsj dirtciemetu eu inéirecîtments uA espace cotaréy il se manifeste ^ en dehors du eonWur de cet espace et jns^à tme distance assez grande, l* apparence plm ou wumj protm^céè eTune couleur complémentaire de la sienne^ couleur qui vaendi* croissant d'intensité à mesure que la distance tmgmente.

Le noir et le blanci ia clarté et Cobecwrité, sont amodiés^ dans ce eai^ à deux couleurs complémentaires l'une de i'enure.

Si deux espaces ou objets colorés sont voims l'un de Cmnre^ Vefet est alors réciproque^ eu égard à Véiendtu et à Féctêi de dbcun des deux objets. *

Ce développement de la couleur oûfiqÉémemaire est siirtout pro^ nonce lorsque l'espace sur lequel on l'observe est petit et entoui4 d'une étendue beaucoup plus considérable de la couleur qtii doit IHvdiive cette couleur complémentaire, comme dans les expériences de Rnmford, de Nensnier et de Prieur.

On augmente encore de beaucoup rinlensiié do Teffet, en faisdtft en sorte que le petit espace soit peu éclairé par rapport au fond tx>loré snr lequel il se détaehe. f^e fait sert li rendre raison d'appas

renoes colorées qui se montrent dans un grand nombre de circonstances.

êdînU comme le remarque M. Brewster, lorsqu'on an^rtemeat dont les ranrs sont revétas d*une conleor écktante est éclairé par le soleil, les parties^ de l'ameublement sur lesquelles la lumière de cet astre ne tombe pas directement, semblent se teindre d'une couleur complémentaire de celle des murs.

Ainsi encore, d'après l'observation de M. Ghevreul, lorsqu'on ioiprime des dessins sur des étoffes oti des papiers colorés, la couloir ùt ces dessins est ordinairement modifiée par la complémentaire de oeUe du fond. Il en est souvent résulté des discussions avec les imprimeurs, parce que les dessins ne paraissaient pas de la cooleor qu'on avait demandée. Dans ce cas, on peut s'assurer aisément si la différence est due à un effet de couleurs subjectives ; il snflit pour cela de découper un morceau de papier blanc, de manière qu'il couvre le fond et ne laisse voir que le dessin.

On sait que les ombres produites sur un mur blanc, au lerer on an coucher du soleil, paraissent bleues ou vertes; c'est qu'alors la lumière de cet astre est orangée on rougeâtre, et que les ombres se teignent de la couleur complémentaire. Lorsqu'un appartemem dans lequel on allume des bougies est encore faiblement éclairé par k lumière du jour qui s'éteint, les ombres que produisent les corps interposés entre les bougies et des objets blancs, paraissent également bleues par la môme raison.

C'est encore de cette manière que M. Necker de Saussure a rendu raison des phénomènes remarquables que présente le sommet d« Mont-Blanc au coucher du soleil

M. Arago pense que Ton pourrait attribuer à la même cause la couleur bleue ou verte sous laquelle s'est montré le soleil à travers le brouillard extraordinaire de 1831, en admettant que les brouillards ou les nuages voisins do soleil aient été colorés de rouge par réflexion.

Il n'est personne qui n'ait observé que dans un lieu pariielleDMUt éclairé par le soictl, les parties qui sont dans Torobre paraissent bien plus sombres que si le soleil venait à êire caché par des nuages de manière que Tombre s'étendît sur tous les objets. Au contraire, l'effet prodoit par les vitraux colorés des églises gothiques pro-

vient, en grande partie» de ce qa*ils sont environnés de morailles sombres.

Les faits relatifs à cette classe de couleur ont dû recevoir des applications nombreuses dans tons les arts où il s*agit d'assortir des couleurs. M. Ghevreul en mentionne un grand nombre relatives k l'art da tapissier, à l'impression des dessins sur papier ou étoffe^ etc. Par exemple, il remarque qu'il ne faut jamais assortir, pour les meubles, des étoffes d'un rouge éclatant avec l'acajou ; car la teinte complémentaire verdâtrc qu'elles développent fait disparaître la cou* leur rongeâtre qui donne du prix à Tacajou, et celui-ci ressemble alors à du chêne ou du noyer, etc. M. Ghevreul applique aussi ces considérations à l'arrangement des fleurs dans un parterre ; la règle principale à observer en pareil cas est de placer les fleurs bleues à côté des fleurs orangées, les fleurs violettes à côté des fleurs jaunes ; quant aux fleurs rouges et roses, elles ne se montrent jamais avec tant d'avantage que lorsqu'on les voit entourées de verdure et de fleors blanches. Celles-ci doivent encore être interposées entre des groupes formés de fleurs bleues et orangées, de fleurs violettes et jaunes. On voit que cet arrangement est fondé sur ce que doux couleurs complémentaires s'avivent par leur voisinage^ et que le blanc rehausse le ton des couleurs dont il est voisin. On peut encore faire des applications du môme genre à la toilette des femmes : par exemple, pour un teint blanc, la coiffure qui semble devoir être la plus avantageuse sous ce rapport est un chapeau vert doublé de rose, parce que cette dernière couleur est réfléchie sur le visage, et que le vert qui l'entoure tend encore à ajouter à l'effet précédent celui de sa couleur complémentaire.

On a tiré également un parti excellent des effets qui réiultent do la différence de clarté des objets voisins. Les peintres, pour bien juger de l'effet d'un tableau, le regardent à travers nn tube' noir : les coalears acquièrent de cette manière une vivacité et un éclat consirables. L'effet magique du diorama dépend en partie de ce que le tableau est seul bien éclairé, tandis que tout ce qui l'entoure, ainsi qae la salie où se trouvent les spectateurs, demeure dans une certaine obscnrité. Enfin, quand on a besoin de produire un grand effet au théâtre, on a soin de diminuer autant que possible la lumière do lostre^qni éclaire la salle.

Celle seconde classe de couleurs peut servir enfin ) un amusement, de la manière suivante. On tend» snr un cadre rectangulaire de Ms on de carton, des papiers colorés ayant une certaine transparence, de telle manière que la moitié du rectangle présente un papier ronge et Tautre moitié un papier de couleur quelconque ; ensuite, on découpe en carton blanc une fleur dont tontes les parties aient pen de largeur, deux à trois millimètres au plus ; on peut, par exemple, découper à cet effet les pétales et les feuilles à jour. Enfin, on applique cette fleur sur les papiers colorés, de façon que la queue et les feuilles se détachent sur le papier rouge et que la fleur se détache sur Tautre papier coloré. Si alors on tient le cadre entre Ta fenêtre et Tœil dans une certaine position, la tige et les feuilles paraîtront vertes, et la fleur semblera colorée d*une teinte complémentaire de ceOe di fond. Si Ton a plusieurs cadres semblables présentant tous une moitié ronge et ayant Taurre moitié de couleur différente, la même fleor blanche, appliquée successivement sur les différents fends, prendra chaque fois une nouvelle couleur; elle sera bleue sur un fond orangé, rose sur un fond vert, tandis que les parties qui doivent être vertes demeureront de cette couleur.

Nature plus intime du phénomène des couleurs subjectwes du second ordre. — Nous avons vu que les couleurs subjectives de ta première classe sont quelquefois suivies*d*une ou plusieurs réapparitions de rimpression primitive. Les couleurs que nous examinons maintenant présentent quelquefois un phénomène qui est. par rapport h Pespace, ce que le premier est pour le temps. On observe, dans quelques circonstances, qu'à une certaine distance du contour de Tespace coloré, la teinte complémentaire est remplacée par une légère nuance de la couleur même de cet espace. Ainsi , dans Texpérience de Prieur de la Gdte-d*Or, lorsque la petite bande de carton blanc a une certaine largeur, dix ou douze millimètres, par exemple, il arrive, pour certaines positions du papier, que les bords seoiemeol de celui -ci paraissent prendre la teinte complémentaire, et que Tin^ térieur se teint légèrement de la couleur même du papier: par exemple, sur un papier rouge, la petite bande aura les bords rerfi et Pin térieur ro5e, c*est-à-dirc qu'è une certaine distance du contoor de l'espace rouge, la teinte complémentaire verte est remplacée par une nuance de rouge.

ffoos ayons tu av^ que rapparkion des images de la première classe soeeède au pkéDOfxièfle de la persistance des impressions primitives. Eh bien ! nons retronrons encore, relativement aux con* leors aoeidentelies de h seconde dasse, on fait qni est Tanalogac de cdoi-R. En effsl, tes phyriciens admettent gaeTimpression produite sur la rétine s'étend un peu au deRi de Tespace directement excité par h hmiére ; de sorte que si Ton regarde un objet rouge, par exemple, sur on fond noir, Fimage ronge perçue est un peu plus étendue qu'eue ne le serait si la sensation se bornait à Tespaee que la lumière ronge frappe directement. Il résulte de là que si Ton con* sidère les apparences qui se montrent extérieurement à Tespaoe coloré, à partir de son contour réel et en s'éfoignant de ce contour, on doit admettre que l'impression de sa couleur s*étend jusqu^h une petite distance au delà de laquelle apparaît la teinte complémentaii^ : cette dernière elle-même, comme nous i\ivons vu, est remplacée k une dislance pk» grande par un nouveau développement de la première contsiir.

Ccmbuiom. ^Rimumê. —Ainsi, en rapprochant les deux chases précédentes de conteurs subjectives, on voit :

Qoe, dana la première, aussitôt que la rétine cesse d^étre excitée MidireeteDient par la présence de l'objet coloré, il y a ?

1* Penistance féoéralement très oonrte de flmpresaioa prtmilhnp x

2* Apparition de l'image aeddeotelle ;

3* Ordinairement disparitions et réapparitions soceessives plus en moins nombremes de cette image aocldentelle) et, datls certains cas, apparitions alternatives de Itmpression primitive et dé l'image accidentelle,

Qoe, dans la seconde, si l'on s'éloigne do contour que présenterait l'espace ou objet coloré directement, on trouve :

1* A partir de ce contour, prolongement, jusqu'ànne certaine distiBce, de l'impression réelle ; '

3^ Au delà de ce prolongement et jusqu'à une distance ordinairen;ent eensidérable, développement de la couleur accidentelle r

t^ Dans oertalnes cireonstances, an delà de l'espace coloré par la eeuleor accMlenlelle, espace qui est alors de peu de longueur, nou- %^e»o déveleppemeiit de la couleur réelle de l'objet.

On voit par là qoe les phénomènes de la deuxième classe sont tM-

kmcnt, relativeincut à Vespace, ce que les pbéaomènes de b pren^ière sont rclativeaicul au temps. Il y e d*dQtre8 appareacea qoidépcudeiit à la fois de ces deui sories de couleurs accidentelles.

Nouvelle classe de phénomènes, — Citons seulement quelques exemples : 1'' lorsqu'au lieu de placer l'objet que l'on regarde sur un fond blanc ou noir, on le place sur un fond coloré et d'une étendue suffisante, la couleur de l'image que l'on aperçoit ensuite en jetant les yeux sur une surface blanche, n'est pas simplement la comptémentaire de celle de Tobjet : elle se trouTe combinée aTcc li couleur du fond sur lequel il est posé. Du reste, ce fond lui-même produit la couleur complémentaire, et c'est snr elle qae se détadie l'image de l'objet. Ainsi, un petit morceau de papier orangé placé sur une feuille de papier jaune, produira une image accidentette verte sur un fond violet; c'est-à-dire que l'image se composera dn bleu, qui est la complémentaire de V orangé^ et du jaune, qui est la couleur même du papier sur lequel l'objet était placé. De même, un petit morceau de papier violet placé sur une feuille de papier rowfe produira une image orangée sur un fond vert : ces effets ont été re* marqués par Darwin. :

Ces phénomènes dépendent des deux classes de couleurs sabjec* tlves que nous avons étudiées. En effet, pendant que l'on regarde on * objet orangé placé snr un fond jatme^ à cet orangé doit se mêler une légère teinte de vio/et produite par le voisinage dn /mue; et lorsqo'ensuite l'on porte les yeux sur une surface blanche^ les phénomènes de succession se manifestant, Y orangé se change en bleu, et le violet qui s'y était mêlé se change également en sa comi^éoientaire, c'est-à-dire en jaune; l'image doit donc paraître composée de jaune et de bleu, ou verte.

2"* Lorsque l'objet que l'on regarde e8^ltol^ et placé sur un fond colore, son image accidentelle paraît toujours se teindre de la couleur de ce fond. Ainsi, un objet noir placé sur nn fond rouge don* nera une image accidentelle rou^e pâle sur un fond vert^ etc. L'effet est plus prononcé dans les yeux fermés et couverts. Ici encore, pendant qu'on regardait l'objet noir, il s'y manifestait one teinte légère complémentaire de la couleur du fond, teinte qui, lorsqu'on cesse de regarder l'objet, se change en sa complémentaire, c'est-à-dire en b couleur même du fond.

SUBJECTIVES OU ACGIlMSNTEtLES. 385

S** Si, au conlraîre, oa regarde Gtement et. as&es ioDgleinpB un petit objet coloré sur uo foud uoir d'ttoe étendue suIBsaBte, et qu'ensuite on couvre ksyeux, Fioiage accidentelle parait entourée, jusqu*à une certaine distance, d'une auréole légèrement teinte de la couleur même de l'objet Ainsi, un objet rouge produit une image vette en* tonrée d'une aiiréole rottgeâtre ; effet qui provient évidemment de ce que, pendant la contemplation de l'objet coloré, l'espace qui l'entoure prend, jusqu'à une certaine distance» une teinte légère complémentaire delà couleur de l'objet, et que celte teinte se change ensuite, dans les yeux fermés et couverts, en sa complémentaire , c'est-à-dire en la couleur même de l'objet.

On comprend encore sous le nom de couleurs subjectives des apparences cdorées produites dans des circonstances entièrement différentes : par exemple, lorsqu'on se presse l'œil dans l'obscurité, ou lorsqu'on reçoit un choc sur l'œil, ou bien encore dans certaines indi^MMilions de l'estomac, etc. Nous en dirons quelques mots plus tard.

HTPOTBÊSfiS DIVERSES BIAGIMÉES POUB I.'EXPLI€ATI0N M CES

SINGULIEBS PHÉNOMËNES. -^ Couieunde laV classe : Thierie de Sckerffer.'-^lA théorie dont la première idéeest due à Scherfiér semble adoptée maintenant, avec une légère simplification, par la généralité des physiciens. Elle consiste à supposer que l'action soutenue des rayons ' d'une certaine couleur sur une partie de la rétine en diminue momci»* tanément la sensibilité pour les rayons de cette couleur, de sorte que si l'on porte les yeux sur une surlace blanche, la portion de la rétine dont la sensibilité est ainsi modifiée ne pourra, pendant quelque temps, percevoir d'impression complète que de la partie de ce bJanc complémentaire de la couleur qui a fatigué l'organe. Ainsi, dans celte hypothèse, lorsqu'on regarde fixement et assez longtemps un objet range, la partie de la rétine où se peint Timage de l'oiqet devient moins sensible à la lumière rouge; et si l'on porte alors les yeux snr une sor{ace blanche, ce blanc pouvant être considéré comme oompœé de rouge et de vert^ on devra voir une image dans laquelle prédominera • le vert. Cette théorie simi^e et ingénieuse explique complètement la plupart des phénomènes relatifs aux coukurs sub« jectîves de la première classe ; la diminution d'éclat de l'objet colcré, à mesure que la contemplation se prolonge ; l'accroissement d'intensité

S8ft »C8 COULEURS

de l'image^ quand on a regardé Tolijet plus kuiglMiips; la ccHiibioai* son des coulenrft accidentelles ientre elles, etc. , etc. Il est cependant des feîta importants pour l'explkatlon desquels cette tbéorie est M* demment insuffisante; tels sont, p<(r exemple : i*)a prodnctkHi descon* lenrosobjectires dans Fobscorité la plus complète; comment b simple insensibilité de Forgane pour une couleur produirait-elle, en Tabsence de toute lumière, la seni^tion de la couleur complémentaire? 2* La combinaison des coiffeurs accidentelles avec les couleurs rédies; si une image accidentelle rouge provient de ce que la rétine est devenue moins sensible au vert, comment se fait*il que l'on Toie do vioieî lorsqu'on projette cette image sur une surface fr/etee f Aprèsaroir regardé fixement un petit cercle de papier placé dans le rayon rauçe, et avoir porté les yeux sur un cercle plus grand éclairé par le rayon jâu/te, M. Plateau a vu parfaitement sur celui-ci nne image d*»n beau t^ert faunàtre, tandis que si h rétine était simplement devenue insenfdble au ronge, il n'aurait évidemment pu apercevor qu'une huB^e noirâtre ; S*" la marche en apparence irrégidière de décroissement que présentent les images aceidenlettes ; le Ml suivant niflirak, ce semble, à la renverser de fond eacomUe : toraqae après s'être pressé les yeux d^ime manière |)articnllère, M. Plateaa faisait cesser brusqqemei^t la pressiop, il Toyait» les yenx fermés et covrerts, * une grande taebe roufe bordée de vert ; mais aussitôt qD*il ouvrait les yeux ou qu'il les jetait sur onesarfaee blanche, ces deux ooiileiirs se changeaient en keors complémentaires ; la tache devenait 9erie, et le bord qui Tentoorait devenait rot^fo. Ici, cependant» aucone lumière extérieure n'est venue fatiguer l'organe et le rendre sioias sensible à certaines' couleurs ; ce sont des sensations spontanées de riwye et de verê, qni se changent en sensations de vert et de rouge.

Coukursi de 2* classe : Tliéerie du contraste, — la théorie h jilas généralement admise les attribue au eontrastei c'est-k-dire h nne canse morale qui fait réssertir ce que les couleurs mises ea présence ont de dissembiabie, en affaibUssant le sentiment de ce qu'elles ont de comwmi ; ainsi, un petit objet blaac se détadiant sur ua fcod coloré, sur un fnnd roir^e, par exemple, i'efei du contraste diiniune fionr mm» k sentiment . de la partie rouge de ee kUmc paur exalt«'« au contraire, oeiui de h partie oonipUmentaire en perte. Si IVm juxtapose un okjet ner/, par exemple, et n^ o^et rwArC, leeou*

Iraste affaiblira le sentiment de la couleur bt^e <fnl est commane à ces deux objets, et exaltera, au contraire, celui du jaune et du range, par lesquels ils diffèrent ; le premier de ces deux objets paraîtra donc pins jaune et le second pins rouge, ce qai est d'accord avec la loi trouTée par M. Cheyrenl. Enfin, si les objets mis en présence diffèrent en clarté, le contraste exaltera également cette différence ; de h^ par exemple, l'effet du noir et du blanc mis en présence, etc.

Sans nier complètement TinAnence dn contraste, M. Plateaa croit cependant que cette cause, qui peut les accroître ou même les produire dans certains cas, n'est pas celle h laquelle il faut attribuer Tensemble des phénomènes subjectifs de la seconde classe. Voici les motifs de son opinion : 1® comment admettre qu'une cause morale puisse afler jusqu'à créer, dans une obscurité complète, une sensation de lumière purement imaginaire, comme celle des auréoles (p 585, 3*) î 2* dans les expériences de M. Chevreul, l'effet se montrant tout aussi bien quand les deux couleurs juxtaposées n'avaient pas de partie commune, le contraste alors est plus difficile à expliquer.

Plusieurs physiciens, entre autres Young, ont essayé d'étendre à cette seconde classe de couleurs l'hypothèse d'une modificafion dans la sensibilité de la rétine, en admettant que lorsqu'une portion de la rétine est soumise h l'action d'une couleur quelconque, les parties environnantes perdent de leur sensibilité pour cette même couleur. Cette théorie attribue donc les phénomènes à une cause physique ; mais elle est complètement insuffisante. Que deviendraient alors, en effet, les phénomènes de couleurs accidentelles produits dans l'obscurité t Comment expliquerait-on la manifestation, dans certains cas, d'une teinte identique à celle de l'objet coloré à une certaine distance du contour de cet objet t etc.

Théorie de M. Plateau, — • Il faut d'abord remarquer avec Scherffer qu'il résulte du changement apparent de grandeur des images accidentelles, lorsqu'on les projette sur des surfaces plus ou moins distantes, que ces images sont dues à une modification physique de Forgane. Tel doit être, en effet, le phénomène produit, si l'on ad-» met qu'une portion déterminée de la rétine éprouve une modifica-^ lion quelconque ; car limage résnitaute correspondant à un angle visuel constant, nous devons la croire d'autant plus grande que nous

588 DES GOULEDBS

la rapportoDS à une plus grande distance. On ne voit^ au contraire, aucune raison ponr qa*il en soit ainsi dans Thypothëse d'une caose morale; Timage devrait alors nous paraître toujours de la même grandeur que l'objet. L'analogie, d'ailleurs, doit nous porter à regarder les couleurs de la seconde classe comme dues, ainsi que les premières, à une modification physique de l'organe.

Si, maintenant, nous comparons les impressions accidentelles aux impressions réelles correspondantes, nous verrons bientôt que les premières doivent être regardées comme d'une nature opposée à celle des secondes : 1^ l'opposition est évidente pour le cas d'un objet blanc sur un fond noir; ^^'^ on peut dire, en général, que deux cooleurs complémentaires sont opposées, puisque leurs teintes se nen* tralisent en produisant du blanc ; mais, comme on l'a tu, ropposition Ya plus loin dans le cas d'une impression réelle et de Timpressioa accidentelle correspondante; elle détruit alors le sentiment de la clarté en produisant du noir ; 3« tandis que deux couleurs réelles complémentaires produisent du blctnc par leur combinaison^ deux couleurs complémentaires accidentelles produisent, au contraire, du noir.

Ce qui précède étant admis, reprenons l'ensemble des phénomènes qui succèdent à la contemplation des objets colorés, ou qui accompagnent celte contemplation. Lorsqu'une portion de la rétine, après avoir été excitée par la présence d'un objet coloré, est subitement soustraite à cette action, elle regagne peu à peu l'état normal, en produisant pour nous les phénomènes de la persistance de l'impression {>rimitive et des couleurs accidentelles de la première classe.

D'un antre côté, si, tandis que la rétine est soumise à l'action delà lumière colorée» nous examinons les prties de l'organe qui euTiron* nent l'espace directement excité, nous voyons que l'on ne retrouve l'état normal qu'à une distance plus ou moins grande du contour de cet espace, et que l'on arrive à cet état normal en passant par les effets de l'irradiation et des couleurs accidentelles de seconde classe

Ainsi, d'une part, la persistance de l'impression primitive et les couleurs accidenteUes de la première classe constituent le passage de l'état d'excitation d'une portion de la rétine à l'état normal, lorsqu'on envisage ce passage selon le temps;

D'une autre part, Virradiatùm et les couleurs acciietuelles de la seconde classe constituent le passage de l'état d'excitation de cette

SDBJBGTIVB8 OU ACCIDENTELLES. 589

même p<»iioii de la réttee ï l'état nomal, lor8([Q*oD envisage ee paa* sage selon Tcspace.

Toiis les pbéaemèiies dont noas nous sosumes occupés doheiit donc se rattacher à an même principe. M. Plateau a, de plos, frit TOir qa'ib se lient entre eux de la manière la plus naturelle, qu'ils sont de simples conséquences de la loi de continuité.

En effet, examinons de plus près le passage à l'état normal selon le temps : lorsque la rétine est subitement soustraite à l'aclion des rayons émanés de l'objet coloré, l'état d'excitation de l'organe persévère d'abord pendant quelque temps en s'affaiblissant, mais sam changer de nùtmrei et de là résulte la persistance de l'impression pri» mitive ; mais bientôt cet état de l'organe fait place à un état apposét d*où résulte Vimage subjective de rob|et Cette nouvelle sensation atteint bientôt un maximum d'intensité, et s'affaiblit à son tour en présentant ordinairement une marche osdilatoire plus ou moins régulière, tantôt se bornant à disparaître et à reparaître successivement, tantôt alternant avec des réappariticms de l'impression prt» mitive.

Or, comment ne pas voir une analogie frappante entre ces phénomènes et le mouvement d'un corps écarté d'une position d'équilibre stable, et qui y revient par un mouvement oscillatoire? N'est-on pas naturellement conduit, par l'ensemble des phénomènes, i admettre que la rétine, écartée de son état normal par la présence d'un objet coloré, puis subitement abandonnée à elle-même, regagne d'abord rapidemen t lepoint de repos ; mais qu'entraînée par son mouTement, die dépasse ce point pour aueiodre un état opposé, et qu'ensuite elle tend de nouveau vers ce point de repos, qu'elle n'atteint, enfin, d'une manière durable, qu'après ime suite d'oscillations décroissantes.

Si, maintenant, on examine au même point de vue le passage è l'eut normal selon l'espace, on voit queTéut d'excitation causé par h lumière émanée de l'objet ne se borne pas h la portion de la rétine directement frappée par cette lumière, mais que cet état se prolonge sans changer de nature jusqu'à une petite distance du contour de cette portion, en produisant le phénomène de l'irradiation, que nous exposerons bientôt ; puis, au dclù de celte limite se manifeste un eut opposé de l'organe, d'où résulte la couleur accidenlelle, et qu'enfin, dans certains cas, à une distance plus grande encore, se montre

502 Mât GOOLEOM

semblent en rien anx antres eenleiirs accidenteOes ; oelles«ci sonti en général, très difBciles k apercevoir et très fagili?es; les ombres esterées, ao contraire, sont xifes, tranchées, persisiautes, et l'esprit k plus convainen se défend avec peine de l'idée qu'elles oe sont fus nne illusion, une pure apparence subjective, mais bien des cookm réelles. Yoici ce qu'en disait le comte de Rumford, qui leeprodainit en recevant la Inmière do jour par deni petites onvertnres faites à des distances suffisantes pour obtenir deux ombres distinctes d'us même corps opaque, et qu'il recouvrait de verres colorés. Lesombies, dit*il, étaient teintes par ime variété infinie des couleurs les pim inattendues et souvent les plus belles ; elles changeaient contînMllement, quelquefois avec une rapidité inconcevable; les yen étrnnt bscinés, et l'attention involontairement fixée sur ce uMeau magiqne, également enchanteur et nouveau. Les nuages, charriés par le veot, sembbient apporter chacun à leur tour ime soccessioa infiaîe deconleurs diverses avec les4eintes les plus harmonieuses.

Heureusement, à l'amateur transporté succéda le froid philoMiphe; il veut résister au témoignage de ses yeux, il soupçonne que ces brillantes apparences sont trompeuses et qu'elles peuvent n*être qu'n effet de contraste entre des couleurs voisines; il soumet donc ces charmantes ilhisions au coatrMe de nouvelles eipériences, et là une autre lumière, celle de la vérité, lui succède. 11 place un ami dansb même position qu'il occupait, afin de s'assnrer que ces brillants phénomènes n'ont pas cessé, et, loi limitant sa vue par le moyen d'an tube noirci en dedans, le place de manière à voir la sente ombre; or, tandis que l'ami s'extasie sur sa vive couleur, le scmtateor sévère ne voit plus qu'une ombre 'obscure et sans couleur. La démonstration est rigoureuse et complète ; il ne sera plus nécessaôe d'explorer, comme nous l'avions proposé, ces ombres colorées avec des plaques et des papiers sensibles pour s'assurer qu'elles ne produisent en aucune manière l'action indiquée par leur conlenr.

Le mémoire de M. Fechner sur les couleurs subjectives, publié ea 18^0 dans les annales de Poggendoriï, est le travail le plus récent snr cette matière délicate. Nous l'avons étudié avec un très grand soîo, et si nous ne l'analysons pas avec quelque étendue, c'est qu'il nous a semblé qu'il contenait, il est vrai, des observations mieux fiiites et plus patiemment analysées, mais aucun fait véritablement nouven.

Cn le lisant, nous sommes seulement resté persaadé que dans lephénomène des ombres colorées le contraste seul est en jeu et non pas l'irradiation, et que la dernière raison du problème doit se cbeN cher dans un principe fondamental analogue à celui du mouvemeiit relatif. Ce dernier principe consiste, comme on le sait, dans ce fait essentiel que le moufement relatif de deux on plusieurs mobiles ne dépend aucunement des forces ou des vitesses communes, mais uni-» qnement des forces excédantes, c'est-à-dire des forces qui agissent sur les ans sans agir sur les autres. De même» dans fa lumière, la sensation reiathre, celle perçue réellement par l'œil, ne dépend pas des teintes communes, mais des teintes excédantes ou diflérentieiles. Ainsi, la portion d'an fond ?ert éclairée par un rayon blanc, ou la craie blanche, apparaît rouge, comme nous l'avons vu dans certaines circonstances. De même, si l'on a éclairé un fond blanc avec une lomière colorée, de l'orangé, par exemple, et que l'on fasse tomber de la lumière Mandée sur une ombre projetée dans cette lumière colorée, le rayon orangé de cette lumière blanche ne sera pas sensible ï l'oeil, parce qu^ est commun au rayon et au fond ; on ne percevra donc que la sensation réunie des autres rayons contenus dans le faisceau ; ceox-ci produiront une teinte blanc verdâtre complémentaire de l'orangé, et dont l'ombre paraîtra revêtue.

Noos serions donc amené ainsi à distinguer trois ordres de cou* leors subjectives : le premier aurait sa cause dans les vibrations successives de la rétine ; le second s'expliquerait par l'irradiation oa par le partage de la rétine en plusieurs portions vibrant simulta* vément sons l'impression d'one première excitation ; le troisième trouverait sa raison dans le contraste ou l'élimination des couleurs coonDunes aux deax rayons qui agissent à la fois sur l'organe de la

Noos n'avons pas, au reste, la prétention de donner une solution définitive de ce difficile problème, et de prononcer en dernier ressort eotre deux pbysidens aossi distlngoés que MM. Plateau et Fechner. l>ivisés au point de vue théorique, ils se sont, hélas! rencontrés daas une infortane commune : tous deux, victimes des expériences bomicides qu'ils avaient poursuivies avec une excessive ardeur, dans le but éminemment louable, mais téméraire, d'éclairer la nature des eoqlears subjectives oa accidentelles, ils ont été frappés de oécité ;

to MiiqM «t r AllmagM Mt eu trop 1^ impnjwmcet laqaclle celle crnelle infiniuté rédmc ce^dna aohki muîjn de il iwieece. Mt Façiuier, beureaseuieiit, aprài qoehiw eooéei fie fonftwcet H recouvré la yue coaune par miraide. Quai mm îBostrd ri? il parlagerar^il aee joiea, comm il a partais aea 4pnleiiral U aoua e <U donné d'aaaiater, preaque dans la ville de Mpzift 4n*il babîte» > laréanrrecMoo de rinfaiigable pbfaipeii aUeinaôd; pniaaioiia-DPiia anari hivMi appreodre la oaovelle tant déairée de la yiérîaoa de rauteor ai îegéiiiewy ei ai patiepi do matniliqBa IBéfnoire aur rirradiatîQQ» que noua aoalyaerima biemAt pour iaiia Queox coiaptendre ce qne noua avoaa dit dea conienre eoljectim.

Ji/f cherches de M. Chevreul iur Us hùdu çmufptfune pmmbmt. *- l4 diaaefUtion qni précède reoierme tout ce qu'il 7 ^ d'esKUtîel daof lea anvantaa recb^rcbea de H, Gbevieul; maia on non ICOUiereU eveç rai9PP d'iiqiiatice ai nous ne réaunûQue pee daiu im l^rlide ppécîal lea tr^vaui ai remarquables» au point de vue pratîqiie, de notre célèbre compatriote ; noua le feron» donc rapidement

)tf. Cbevreol a^ le premier, nettement lormnlé cette loi généiale 1 d^na le ca9 où Tmil voit en même tempa deux conienra qoi ae toucbentf il lea voit le plna diaaemblablea poasibie : ces modifirationa mutuelles des couleurs ne sont pas bornées an eu où lea zones cebloiéea qni a'inSnenceat sont coptignés Tune à l'autret car on les iperfiHt encore lorpque cesimnes sontséparéea. Il a établi naitemanl qpe Mites lea fois qne r<9>i îoit simnluni^ment deni objets oeioiés, ce qn*il y % d'analggne dana la aensation dea deuK conlewra éfpronie nn tel affiiblisaement» que ce qu'il y a de différant devient piqe as»* yibledans l'Impression sipinltanéedeces deux couleurs smr la retins; lia démonstration expérimentale de foes deux propnsiiiona disiionoe essentiellement ses observations de celles qni ont été faites anpaïa- VMM* La loi de ces modifications une fois connue permet de prévoir ici chingemenfs que deux couleurs données éprouveront par leur justappsitjQn, lersqn'op comutura lea couleurs çomplémenuires dechanam d'elles e> la hanteiir de leurs tons, puiaqne les ehangementa qa'elks éprwveiont résulteront do ce qoe la complémentaire de 4'imeaV joniera \ rentre» et que ai les deux couleurs ne sont pas à la 1 bpntenr de tons, ceHe qui est foncée le paraîtra davantage, l'autre penHia plue daîre qu'elle ne l'est, ea snpposaol loatefaia qm

SUBJECTIVES OU ACCIDENTELLES. Stt6

ce dernier effet oe soft pas détrait par le premier. Après Tétode atteotive et complète de l'ioflaence des cooleurs, M. GboTrenl poDv«it aborder saos craîote les deuils d'apfdication. Il enseigne tonr à tour l'art difficile d'assortir les fils colorés de manière à reproduire fidèlis* ment les couleurs d'un tableau; de donner aux tableaui, aux tapisseries 61 aux tapis une perfection de coloris plus grande ; d'imprimer des dessins sur des étoffes colorées ou sur des papiers peints, et des ancres de couleurs sur des papiers colorés ; d'assortir les étoffes an bois des meubles; de donner plus d'éclat aux vitraux colorés des grandes églises gothiques ; de distribuer les flenrs dans les jardins; de mieux choisir et distribuer la couleur desTêtemenls; déjuger enfin plus sainement des couleurs des étoffes teintes. Il donne la raison de ce fait universellement et très anciennement cpnnu, qu'un assortiment de couleurs complémentaires n'est jamais désagréable, en rappelant qu'il résulte de ses expériences que ces couleurs s'embellissent par leur rapprochement en se renforçant et s'épurant Fane Paotre, quelle que soit d'ailleurs la différence entre les difers corps qu'on juxtapose ; il prouve que si les couleurs non compl^*mentaires qui se rapprochent davantage des sept couleurs primitives s'embellissent, en général, par leor juxuposition, elles semblent cependant i l'ceil s'être dénaturées plus ou moins ; que plus les coulenrs ont d'analogpe, plus* il y a de chances pour que leur juxtapositipp motudle soit nuisible à l'une d'elles, on même à toutes afin ; que si la théorie ne peut prescrire, pour l'agrément de la vue, des arran»gements de couleurs non complémentaires d'une manière aussi sflriB qu'elle iefait lorsqu'il s'agit des couleurs complémentaires, cel^ Vient à l'impossibilité de désigner aujourd'hui d'une manière précise c^ innombrables couleurs des corps, faute de pouvoir les rapporter à des types invariables, comme le sont, par exemple, les anneaux colorés de Newton.

Échelle chromatique de M. Nêbiti. — Ces derniers mots de M. Cfaevreol nous rappellent un excellent mémoire dn célèbre Npbili sur les coolenrs en général, et en particulier sur une nouvelle échelle chromatique. Créateur de la métallocbronûe, 09 de cet art merveilleux à l'aide duquel il obtenait sur des plaques d'acier des couleurs si brillantes, en faisant déposer à leur surface, au moyen de j^océdés électro*chimiques, des couches minces de diverses sub-

Stances salines, d'acétate de plomb, par exemple ; et persoftdé que la science n*entend jamais aussi bien son propre intérêt que lorsqn*dle Tîse à un but utile en s'associant aux arts, Tillnstre physicien consacra de longues heures à la formation d'une échelle chrooiatiqae composée de quarante-quatre teintes disposées suivant l'ordre des couches ou lames très minces qui les forment Cet ensemble produisait un effet impossible à décrire ; il était de la même nature que celui que prodoit sur Toreille une échelle de demi-tons exécutée par un organe vocal parfait : on éprouvait un si grand plaisir à la vue de ces couleurs qui passaient graduellement d'un ton à l'autre, que l'œil qui s'en écartait y revenait bientôt, attiré par le désir de joair encore de ce doux spectacle. Nobili essaya de faire reproduire son échelle à l'huile on à l'aquarelle ; mais les copies les mieux exécutées ne donnaient qu'une idée très imparfaite des couleurs originales, et comme Nobili est mort, emportant avec loi non pas le secret de son art, mais cette adresse patiente, mais ces tours de main incommunicables qui pouvaient seuls procurer à coup sûr des teintes uniformes, la science et l'art auront à gémir longtemps encore peut-être sur l'abence d'une gamme de couleurs universellement adoptée.

Une anomalie singulière de l'échelle chromatique de Nobili attirait surtout l'attention: le vert se trouvait loin du bleu, entre k rouge et le jaune: les gens de l'art s'étonnaient de cette inversion ; quand on leur donnait les plus belles teintes vertes de la gamme, en* traînés par l'habitude, ils la plaçaient parmi les jaunes et les Meus du second intervalle; mais, à cette place, elles fatiguaient l'ceil; l'harmonie était détruite, et on ne la rétablissait qu'en revenant à l'ordre primitif. Mais en quoi consiste cette harmonie? On la sent sans pouvoir la définir. Son caractère principal dans la nature, c*est le rapprochement de deux couleurs complémentaires ou telles, nous l'avons vu, que l'une donne naissance à l'autre. Yentnri a dit avec raison : Agréable et harmonieuse est surtout la réunion ou la sue* cession de ces couleurs qui sont correspondantes entre etles^ de manière que la sensation de l'une entraîne après elle la sensasion fash tastique de Foutre. Ce n'est là, évidemment, qu'an des côtés de l'harmonie des couleurs, elle s'étend beaucoup plus loin; mais, dans l'état actuel de la science, il serait impossible d'en donner oœ idée complète.

SOBJ£GTIV£S OU ACCIDENTELLES. 597

Nobili terminait son long mémoire par quelques remarques cnrieoses ft utiles sur la clarté, la force, la beauté, la chaleur ou Iç froid, la gaieté ou la tristesse des couleurs. La couleur la plus claire est le jaune : une teinte claire résulte du mélange du peu de couleur et de beaucoup de lumière blanche , une teinte forte est le produit de beaucoup de couleur et de peu de luouére blanche; l'orangé est la teinte la plus belle, le jaune est monotone; le jaune et le rouge sont chauds, Fazur est froid ; le rouge et Torangé sont gais, le violet et l'indigo sont tristes. Nobili essaie d'expliquer cette dernière différence par un rapprochement original entre les couleurs et les sons» Une exclamation, un cri de joie, sont composés de notes qui vont du grave à Taigu ; une plainte, un accent de douleur, descendent de Taigu su grave; la même série de notes chantée en montant du grave à l'aigu , ou en descendant de l'aigu au grave, produit des effets . contraires : de gaieté dans le premier cas, de tristesse dans le second. Or, si l'on prend les teintes complémentaires du rouge et du violet, qui sont le vert-azur et le jaune-vert, on verra qu'on passe, dans le premier cas, de vibrations plus longues à des vibrations plus brèves ; dans le second cas, c'est le contraire.

On noos pardonnera cette digression ; nous devions ce témoignage de bon souvenir au savant si distingué et si excellent qui daigna nous honorer de quelque amitié.

Effet singulier d'optique, — Avant d'arriver à l'irradiation, nous signalerons encore un effet singulier produit par la juxtaposition de certaines couleurs et observé par M. V^heatstone. Ce savant avait eu l'occasion de remarquer qu'un tapis formé d'un petit dessin vert et rouge présentait, lorsqu'il était éclairé par la lumière du gaz et qu'on le fixait attentivement, l'apparence d'un mouvement dans toutes les figures du dessin. On donna à cette illusion d'optique le nom des cours agités^ parce qu'une des figures du dessin avait la forme d'un coeur. M. Wheatstone fit des essais sur plusieurs autres dessins formés d'autres couples de couleurs complémentaires, et s'assura que le mouvement était perceptible, mais jamais aussi netteme&t qu'avec les couleurs verte et rouge. Il ne put observer le phénomène qu'à la lueur du gaz; mais M. Brewster vit plus tard qu'il se produisait aussi ^ la lumière solaire introduite par un petit trou dans h chambre obscure. Pour expliquer ce fait, M. Brewster part de

598 DE8 COULEUnS

l'expérience qui montre qu'an objet fixe quelconque paraît ^ mea< voir quand la lumière qui i'éclaire change constamment de posilie» et d'intensité. Cette expérience consiste à mouvoir une bougie devant une statue rapidement et dans toutes les directions : les clairs et les ombres, changeant sans cesse, produisent diverses apparences qui ressemblent aux mouvements des figures sur le tapi^ ronge et vert fians le cas du phénomène des cofurs agités* le mélange des deux couleuré complémentaires, qu'il soit regardé directement on qn'B produise des impressions accidentelles, forme une succession d'ombres et de clairs qui font naître le mouvement apparent des fignres. Lorsqu'on regarde fixement un des cœurs agités, il cesse presque en-^ tièrement de se mouvoir, tandis que les autres qui sont vus oblique* ment paraissent vibrer d'une manière très distincte : cet effet tient I ce que la sensibilité de la rétine augmente dans la vision oblique, I mesure que le point qui reçoit l'impression est plus Soigné de t'oaverture de h pupille.

IBRADIATIOI^. — Définition, — L'irradiation proprement dite est k phénomène en vertu duquel un objet lumineux environné d'un espace obscur paratt plus ou moins amplifié. Cet empiétement apparent du bord d'un objet lumineux sur l'espace obscur qtii l'entoiife, entraîne une Illusion opposée pour un objet obscur projeté sar m champ lumineux : les dimensions de cet objet paraissent diminnées, parce que l'irradiation produite le long de son contour par te champ lumineux environnant s'étend en dedans du contour.

Une divergence singulière d'opinion séparait les astronomes relativement il l'existence même de l'aberratiod ; les uns l'admettaient, les antres la révoquaient en doute : ces doutes dépendaient unique^ ment de ce que les astronomes n'avaient pas démêlé nettement k rôle que jouait l'irradiation Oculaire dans l'observation faite )i l'aila de lunettes.

Baistence de eirradiati&n. ^ Pour constater le phénomène, i «nfit de f^er les yenx sbr le croissant lumineux de ta lone« Tout k «onde Mit, en effet, que lorsque la lune se montre sons la forme é*mk croissant et laîsae diatingoer en même temps le reste de ton diaque iaiblement éclairé par la lumière cendrée, le contour exlf> rieor de la portian lanminense semble prcsenier alors nne forte ftillie sur cehii de fa portion oi}Scure ; en d'anliTS iiYmest, te croia*

SMil paàik idre pMk d'oadinioé tfès tciiilMeiMËll ptm fgmnà ^ cdni auqnel appartient le reste de l'astrej 81 Tm tent ttAè (npd* rifiMC déeMft de Mtîre à êtr« Hpétéè ea «miteiD^t M péM s'y prendre de la nunilve suivante. 9»r itti carton ndr t«etaâgnljri#«i de 30 CMMiBèires de baoMir et IS de largeur OÉ taisi» «i Milieu ser h mehié sopérleotef deni reeungles blases^ M iMSIres^ séfNMl f«r une haatèe noire d'on deml-centînètre de largéW ; eeUe bifilè prolongée en Mane divise en dent portions noires la nieltié iolMèore du carton< On a ainsi dénx bandes de kifféàt égalei dmIs rdOè Mendie sur en fend nOir, radtre noire snr nn fond blioc^ Pott'Sè serTîf de eet appareil, oii te place Vertioalemenl près d'oné feneité, de manière qé^fl soit bien éclairé, et l'on S'en éloiftne dé & 1 5 îsOMk Alors h bande blanclie pareit netaMenfient plds la^ que la bnMt noire sapérieore, et cette différence apparenté segmente eteé II distaaee. On eon^it ifOe l'appareil eet eotlstrnit de ftMMèro I It^ croître l'eifet résnttant de l'irradisfion; èar si, d'Obe part, la bifide blaacke angnieiite, en- appareooe, de lergeOTi h bande noire dltt^ nne* an eenti'aire, par les irradiations des deni esiiacee Uancs lité» ran.

L'irradiation à rceil nu doit dmie être considérée eonme l'nii des fniis de vision les mienx établis et les pits beites li eoostàter^ SMi iatoBsité n'est pas la nême dans tas diMrents tem« et varie ans^ eben le mène iodividn } liiais i) n'est personne qui ne poisse Tobser^ ver d'ane manière plus ou moins pronomtée*

Dans les Iniiettes, il se complifoe; son efiif est dlinlqné, Terréor tocate dépend à la Cuis d» grossinenient en M^mOme^ do l'éebi de 1*1011^^ de la nature ainsi que de la dispo4tion do l'esUi et de la per^ ieetion de riostraneni ; qualités esseniielletnent vnriiblefe^ Qaehfftè* Csis Tcrrenr sera inseosibiei qoelqneibis elle acquièra-e one valeur considèreble, an point do dianmeler le phMomCne. 91, tfOaOO, poor mesnrer l'irradktion^ l'on eibploj^lt des ssleromèirel k ttoeMe imsgs» M tt*o pas pvÈ loi tfonver de vslenr sensible \ ri même le microniètré i doelklè image a Mt dfoparafhre une irradiatfotf qoe le micromètre â Ms décelait, céh tieiit à tine Cause révélée par le^ éxpérieHces qiH o«i dOnonlré ilge^redsement lé (/rincipe générai ÈwfHttti : deox if'' rsdiatfons en regard et saffiâamment rapprocbées éprouvent Time et l'notre nne dfmlèdtion. Celte diminution etrt d'aotant pins COilsidé^

rabl6 que les bords des espaces lomiiieiiz d'où émanent les deu irradiatioas sont plus voisins.

D^ la cause de l'irradiouon oculaire. — La théorie de rirradia^ tion uoiversellement adoptée aojoord*hai consiste à adm^tre ipic l'impression produite an fond de i'œii par un objet Innûneax se propage sur la rétine jusqu'à bne petite dislance tout autour de l'espace dûrectement excité par la lumière» de sorte que la senaation wuk correspond alors à une image un peu plus grande que la véritahlei Le principe de continuité sur lequel se fonde cette théorie est m simple, que si l'existence de l'irradiation n'était pas connue, il sembla qu'on devrait la prévoir à priori. En effet» supposons que l'on regarde fixement un objet lumineux ou éclairé se détachant sur nu fond complètement noir. La lumière émanée de cet objet frappera une portion déterminée de la rétine, et le reste de l'organe ne sers soumis ï aucune exciution directe. Mais est-il présumable que les parties de ia rétine qui environnent immédiatement h portion di* rectement excitée soient dans un repos parfait? On ne peot ad* mettre qu'un état d'excitation énergique et l'état de repos absola soient ainsi» sur le même organe, en contact immédiat. On est donc edndutt à fmmi à penser qu'il doit se manifester autour de l'image de l'objet quelque apparence qui forme le pasage graduel entra l'état d'excilalion de la partie de l'organe soumise à l'action direclâ de la lumière, et l'état de repos des parties plus éloignées. Or» de quelque manière que se fasse ce passage, on doit regarder comme infiniment probable que l'excilation se propage jusqu'à unedisunce plus ou moins grande, sans changer dénature, autour de l'espace frappé par la lumière, et qu'ainsi il doit en résulter la sensation d'unie image plus grande. L'irradiation serait dmic, par rapport à Tespace» ce que le phénomène connu de la persistance des impres* aions de la rétine est relativement an tempai D'un cflté, lorsque la fétina, aprèa avoir été excitée pendant un certain temps par ia lumière émanée d'un objet, est subitement soustraite à cette nctios. ^impression persiste encore pendant quelques instants. De Tantre côté, pendant que la rétine est soumise à l'action de la lumière ( née d'an objet» l'impression s'étendrait jusqu'à une petite < autour de l'image de cet objet. L'un et l'autre phénomène aenwnt les résultats d'une simple loi de continuité» en vertu de laq«elir«

taraipi'ooe portion de l'orgioe e$t éeartée de sob état normal, l'état dynanûque qai en résulte ne peMt ni Tanéantir insuntanément, nî demenrer ioiniédîatemeni contigu à un état de repos parfait,

A ces considérations purement rationnelles, M. Platean lyoote on grand nooibre de fûts; nons en citerons senlemeiit quelques uns:

i« On sait qne lepeilt espace qui correspond sur la rétine à riosertioD dn nerf optique, œ que l'on nomme ïeptmcium cœcum, parait inaensiUe à Taction de la lumière directe s ainsi, lorsqn*on place sur une sttTbce noire un petit objet blanc ou coloré, et que, fermant l'on des yens, on dirige l'autre de telle manière que Timage de cet objet tombe anr la portion de la rétine dont il s'agit, l'objet disparaît. Or« si» an lien d*un objet coloré placé sur un fond noir, on emploie, au contraire, un olget noir sor unesurbce cdorée, l'objet disparaît tont aussi bien, et la cooleor de la surface s*étend sor l'endroit qn'il occupe. La partie la plus insensible de la rétine est donc impressionnée par cnmmunication ; en d'autres termes, l'impression environnante se propage latéralement sur ce petit espace ; il doit donc en être de même, à plus forte raison, des portions sensibles.

2* G*est un fait constant que l'irradiation augmente avec la dorée de la contemplation de l'objet ; les pbysiciens, d'ailleurs, admettent que par la dorée de la contemplation la rétine se laisse de DMHna en moins impressionner par la lumière directe ; si l'on rap« {Hpoche ces deuji faits, on en conclura qu'à mesure que la lumière directe semble perdre de son pouvoir sur la rétine, l'impression propagée s'y développe davantage.

3* On place sur un fond coloré une bande éuroite de iiapier blanc, on bien Ton trace nue raie noire sor une surface blanche ; puis l'on tient l'œil fixé sor un autre point distant do petit objet de sept ou huit centimètres, de manière à ne voir ce dernier qu'indirectement Au bont de quelques instants, si I'cbII est bleu immobile, l'objet dispa* mit complètement, et la couleur de la surface environnante paraît s'étendre sor la place qn'il occupe. La propagation latérale des im*» pressions aux parties adjacentes de la rétine est donc à peu près déaftontréa

Kn résumé, les considérations rationnelles, l'analogie et l'expé* rience appuient la théorie qui attribue l'irradiation \ une prqNi* gatien de l'impression. De pins, cette même théorie rend raison des kûs divecses auxquelles le phénomène est soumis.

60S DES OOOLC01I9

Od en conelm i*ab«d qoe llmdûtioo, pliéiionèae de Miis«tioi« ne dok pas, eomme cda a lien eo eftt, être la intaie thet les Afférents indhidiis, et qoe dans le nême «eil elle de?» être taotftt |tei lantAt moins défdoppée.

On compread aussi, en second lien, qoe rimdiatîon 4^ panMre d'autant pins grande qne roi]$et Inmioeoi est pioa éloigné ; car, fabord, la largeur abmhie de la petite bande d'impression propagée qn entoure, sur la rétine, l'image de i*objet, ne peut dépendre de eel objet, poorro qaeedni-ei consenre le même édal et qti'fl aedécacbe toujours snr un fond également sombre : H suit de là que l'angle vl-> soéi, soos-téndo par cette même largeur, doit également déménrcr constant» quelle que soit la distance; or, comme robsenrateur rap^ pofte nécessairement l'apparence résditante à l'objet loi-nême, il Aâ attrlboer à la petite bande lumineuse qui loi semble ajotrtée an contour de cet objets une largeur absolue proportionnelle à la distance qai existe ou qu'il suppose exister entre soft œil et ce dernier. Bu effet, â Ton iftiaginepour su iosunt qne Tapparenee soit ime réalilé, et qu'ans petite bande semblable soit effectivement ajoutée au contour de robjet, en rie pourrait éf idemiâent h voir sons un an^ fisoel conslam et indépendant de la distance, qu'en faisant varier sa hrgeur abaolae prs* portlonnellcniettt à cette même diètance. Si, maintenant, l'on pon* vait démontrer que cet accroissement apparent correstxmd réeHemèrit ) on angle Wsuel constant pour le même œil et le même obfél* ente démonsiratiott constituerait l'on des argumeàts les plus puissants que Ton pourrait apporter en bvéïir de la mériie théorie; car eètte constance de l'angle visuel eA le caractère principiA des {Aéaomènes de vision qui dépendeftt d'une modification éprt>ovêe par une portion de la rétliie d'une étènddft eonstante ; or, M. PlateaneroM être përtenu à établir ce fait important à l'aide d'iiÉ appardl qne noos décrirons dans la partie descriptive de cet duvrage. Il esc siill-* samment démontré, par une longoe série d*observaiiMs fiiilèB snr plusieurs personnes, que la valeur attgâkire de KhtadiatiM est kéi^ pendante de la distance dé l'objet à l'œil ; et il en résiille, eonaia corollaire nécessaire, que la largeur absolue que nous atMbaons I l'irradiation est, toutes choses égales^ d'aillèofë, proporriMneHe i la distance qni existe on qtri nous pardt exister entre l'objet et nom.* L'r^rédlation n'avait été observée jdsqa'ièi, paf les pbysieiefes et les astronomes, qoe pottr des objett éloignés : or, on vdl qu'elle existe

SUBJEGTIVB8 OU ACCIDENTELLES. 009

pour les petites comme pour tes grandes distances : seolemcnt, Teffei apparent dîminoant proportlomiellemeiit k ia disunce, if notis fr.ippe moins ponr des objets rapprochés ; on pent accepter comme cm principe atéré résultant des expériences de M. Platean, que t'irradiation se manifeste à toutes les distances, depuis la plus courte distance de h ditision distincte jusqu'à un éloignement quelconque.

Il y avait encore une question importante à résoudre : il fallait délienniner la talear très approchée de Tirradiation chez une même personne dans des circonstances diflérenies. M. Plateau l'a fait ; il s'est assuré que Chez le même individu et pour un objet d'un même Ma, l'irradîatiori varie considérablement d'un jour à Pautrc.

fin treisfème lieu , il est bien établi que l'irradiation croît avec l'éclat de Tobjet , et l'hypothèse d*une propagation de l'imprei^iou sor la rétine rend encore parfaitement raison de ce fait : car on eonfoit qu'une excitation plus énergique doit se propager phis loin. Mais l'observation démontre de plus que l'augmentation ne croît pas proportionnellement à Téclat, que sa marche est beaucoup moins rapide. En effet, les diamètres angulaires du soldl et de la lune étant peu différents l'un de Tautre , l'éclat du disque solah'e doit Me 2t oeliri du disque de la lune à peu près dans le même rapport d'Intensité que les himières qui nous arrivent de ces deux astres î or, l'éclat du disque solaire est près de mille fois celui du disque de la lune i donc, si Filradiation croissait proportionnellement i f éclat de l'objet, celle que développe le soleil devrait être énorme relativement à celle de la lune, et le premier de Ces astres présenterait à l'œil nu PaspcCt d*un globe immense. L'aspect que nous présente en réalité le disque du soleil nous oblig<e donc d*admettre que l'Irradiation augmenté beaucoup tnoins rapidement que Péclat de l'objet qui la produit. II suit de li que si la loi qui lie ces deux quantités était figurée par une courbe ayant pour abscisses l'éclat , et pour ordonnées rirradiatfoii correspondante, 'cette courbe tournera sa concavité vers Taxe des abscisses; et comme l'accroissement d'irradiation , d'abord très ho-' table quand on part d'un éclat faible, finit par devenir Insensible quand l'éclat atteint une certaine limite, la courbe en question auritf une asymptote parallèle à l'axe des abscisses. '

H. Plateau a Cberdié à vérifier ces conclusions par des expériences

directes» et-à obtenir le tracé de la courbe dont il s'agit Pour y parvenir, il n'y avait qu'une condition très difficile à remplir, c'âait de pouvoir donner à l'objet une suite d'éclats déterminés et ayant entre eux des rapports connus. Il a atteint ce but d'nne manière très simple, en profilant d'un principe de photométrie que nous examioerou bientôt, quand nous nous occuperons de la mesure des intensités de la lumière.

11 resuit h apprécier l'influence qu'exerce sur l'irradiation le plus ou moins d'éclairement du champ qui environne l'objet InmineoXt Comme la disposition de la rétine à recevoir les împressimia propagées , en vertu des faits et des remarques que nous avons déjà développés , marche en sens inverse de la disposition du même organe à recevoir les impressions directes , il est permis de croire qnc lorsque la lumière agit directement sur une portion de la rétine, cette portion devient, par cela même, moins apte à recevoir une impression propagée. Dès lors on conçoit que si le fond snr lequel se détache l'objet lumineux envoie lui-même à l'œil une certaine quantité de lumière, l'impression directe qu'il produit contrarie l'irradia* tion du bord de l'objet, et cela d'autant plus que l'éclat de ce fond est plus considérable. Ceci étant admis, imaginons un objet qui se détache sur un fond non complètement privé de lumière, et supposons que l'on fasse croître graduellement Téclairement de ce fond. L'irradiation produite le long du contour de l'objet Ta alors en diminuant, jusqu'à ce que l'éclat du champ soit devenu égal à celui de cet objet. Passé cette limite, si le premier continue à croître, il est évident qu'alors le champ produira à son tour une irradiation qui empiétera sur l'objet, et qui se développera, par conséquent, en se» inverse de la première, par rapport à la ligne qui borne le cootoor réel de cet objet. L'irradiation passera donc, pour ainsi dire» du po^ sitif au négatif. Ce passage, qui est une conséquence directe des faits conims, autorise à admettre qu'à l'instant où l'éclat du champ est devenu égal à celui de l'objet, Tirradiatiou de ce dernier est rédmie à zéro; et comme l'effet doit être réciproque, si, au lieu d'un objet et d'un champ environnant, on suppose deux objets d'nn éclat égal et qui se touchent, les irradiations de ces deux objets sont nniles an point ou à la ligne de contact. Nous avons déjà constaté ce résolut

Pour mettre directement en évidence l'influence qu'exerce le plus

on moins d'échirement da champ, on peut recourir an moyen sni- Tant On commence par peindre en noir, sur b moitié de sa longueur, on morceau rectangulaire de papier blanc, qui se trouve ainsi divisé en deux rectangles, i*un complètement opaque, l'antre demi-transparent; il est convenable d'huiler cette dernière moitié, afin d'angmenter sa transparence. On découpe alors dans ce papier, avec la pointe d'un canif, une ouverture longitudinale de 5 millimètres de largeur, dont une moitié traverse l'espace noir et Taoïre l'espace translacidc. EnGn, on tend ce papier sur un cadre, ou, ce qui vaut mieux, on le colle sur une plaque de verre. Lorsque cet appareil est placé contre une fenêtre, on voit que l'ouverture longitudinale doit former une bande lumineuse dont une moitié se détache sur nu fond noir, et l'autre sur un fond qui possède un certain éclat, quoique beaucoup moindre que celui de la bande. Or, si l'on se place à la disUDce de quelques mètres, on verra ces denx moitiés inégales en largeur, la première paraissant excéder notablement la seconde.

Il résulte de l'ensemble de cette discussion, que Thypotlièse d'une propagation de l'impression aux parties adjacentes de la rétine explique d'une manière satisfaisante toutes les lois de l'irradiation manifestée à l'œil nu. Malheureusement, ajoute M. Plateau, lorsque, pour observer ces effets de l'irradiation, l'on arme l'ceil d'une lentille, il se présente un ordre de faits tout différents. Ainsi, tandis qu'un certain appareil observé à l'œil nu et à la distance de la vision distincte, manifestait une irradiation très apparente, l'image virtuelle du même appareil, produite par une forte loupe, située à la même distance et possédant d'ailleurs sensiblement le même éclat, se montre sans irradiation appréciable. On est donc conduit à cette conclusion singulière, que les loupes paraissent posséder la faculté de diminuer considérablement l'irradiation oculaire. Ne serait-ce pas parce que la lentille, en resserrant le faisceau lumineux sans modifier proportionnellement son éclata lui fait occuper sur la rétine un plus petit espace? H. Plateau ne le dit pas, et n'essaie pas d'expliquer cette particularité. Avec une lentille convergente d'un foyer assez court, l'irradiation devenait trop petHe pour être aperçue. 11 est évident, d'après cela, que, dans les observations astronomiques, l'oculaire de la lunette doit exercer une action prononcée sur l'irradiation qui entoure l'image d'un astre.

M, Plateau a constaté que la modification apportée à l'irradiation

^Q6 PES POULEUM

par l'additiop d'une leotiUe parait gonmi^e aux lois anivaBCea : 1* Tk^ radiation est diminuée par les lentilles conveigeates; cet effet» ooi» dérable lorsque la distance focale est courte, s'affaiblit k mesure qos cette distani:e augmente, devient nul quand œlle-ci est ipfinit» et change de signe avec elle ; c'est-i-dire que l'irradiation s'accrott, as contraire, soua l'influence dee lentilles divergentes; 2* les expériencai semblent indiqiier que l'action dss lentilles ne dépend que de iev distance focale, et non des courbures absoiiiea de leur surface.

M. Plateau ternûue ce magnifique travail, écrit avec une kgiqnc et une clarté de style incomparables^ en présentant, aops fonae de résumé, l'ensemble qui régit l'irradiation. Voici ses conclnsious.

h — lUADIATIOir OCttAIAE.

l*" L'irradiation est un fiât bien établi, facile k cowUter, tsèsvar riable, mais pouvant être mesuré avec précision dans chaque rirreni tance.

2^" Elle se manifeste à toute distance de l'objet qui la prodak, depuis la plus courte distance de la vision distincte jusqu'à an éisi* gnement quelconque.

3* L'angle visuel qu'elle sous-tend et qui la mesure est indépendant de la dislance de l'objet.

îx'' Il suit de là que la largeur absolue que nous lui attribBOOS ot, toutes choses égales d'ailleurs , proportionnelle k la distance qsi existe ou qui nous parait exister entre Tobjet et nos yeux.

5^ L'irradiation croit avec l'éclat de l'objet, mais suivant uns bi beaucoup moins rapide. Si l'on figure cette loi par une courbe a|tft pour abscisses les valeurs successives de l'éclat à partir de léro» et patf ordonnées les valeurs correspondantes deTirradiatiou, cette oooke passe par l'origine des coordonnées, tourne sa concavité ^nn f» des abscisses et présente une asymptote parallèle à cet axe. La caste est déjà très voisine de son asymptote pour un éclat de r«dre k celui du ciel au nord.

6'* lorsque le champ qui environne Tol^et n'est pas compièleMSt privé de lumière, Tirradiation de cet objet est diminuée, et d'aacaat plus fortement que l'éclat du champ approche davantage d'êm éfri k celui de l'objet. Si cette égalité a lien» l'irradiation s'évannuit

8UBJEGTIVB6 00 ACGIBENTELLES. 00?

7* n ^ait 4« d ipie lorsque cteox «bjeU d'an éclat égal ^ (opcbeçlf riaadiaUoB est nolie pour cbaci^n d'entre ea^ an poinf pi^ àJa ligoiç de contait.

8<> Deux irradiationi en r^ard et snf^nunent rapprochées éproplett Tone et l'antre nne diminution» Cettï^ dîmimition est d'entant pins coii8idérat)Ie que les t)ords des espace^ lumineux d'où émanent I les deux irradietions sent pins Toisins.

^ L'irradiation augmente avec ia contemplation de l'pbjet.

iO'Chezle ménie individu et pour un objet d'un m^e éclat, l'irradiation varie considérablement d'qn jour k un autre,

11* L'irradiation i^t modifiée i^and on place nne lentille devant rmil; elle est diminuée par les lentilles convergentes^ et augmentée par les lentilles divei^entes.

12* Cette action des lentilles parait ne dépendre que de leur distwçe iÎKale, et non des courbures absobies de leurs surfaces. £!|p parait d'^unt plus prononcée que la distance focale est plus courte.

13* La cause la plus probable de l'irradiation paraît être c^)lp qui est aujourd'hui admise en générel, .savoir : que l'ei^citation produite par la lumière se propage sur la rjStipe un peu au delà du cqutour de l'image. On peut, à l'aide de ce principe, qui est d'ailleurs «ppoyé sur des bits, rendre raison de toutes les lois de Tii radiation observée à rœil nu ; piais on rencontre des difficultés lorsqu'on envisage l'action exercée par les lentilles.

II» -— IMADIATION OBSBEYÉn A TRAVEBS US UiSTBUHEMTS A8TR0M0MIQUE&

iV L'erreur produite, dans les observations astronomiquesi par cp i|n'oi» a nomiQé dans ce cas l'irradiation, provient de deux pauses eaBeQtieHement distinctes : l'irradiation oculaire ci les aberrations de la lunette.

15* Dans cette erreur totale, la partie qui est due à l'irradiation ocoiaire dépend du grossissementen lui-même, de l'éclat de l'image et 4e l'oeil de l'observateur. £Me esf , en outre, notablement dimiuu^ tu l'action qu'exerce l'oculaire de la lunette^ comme lentille couver^ 9Bai0 placée dorant r<eil, et cette diminution est d'autant plus grande que l'oculaire est pins poissait, £a ce qui concerne l'œil dp

608 DES couLEuns

robseirateiir, IVffet doit être différent d'une personne à une autre, et, pour la même personne, il doit Tarier d*une époque à une autre.

16* Cette même partie de Terreur totale s'évanouit dans les observations où Ton emploie un micromètre à double usage.

l7* L'autre partie de l'erreur totale, c'est-à-dire celle qui unit des aberrations de la lunette, varie nécessairement avec les différents instruments ; mais, pour une même lunette, elle peut être considérée comme constante.

IS'' L'effet de Tirradiation dans les lunettes, ou l'erreur totale provenant et de Pirradiation oculaire et des aberrations de rinsCmment, est nécessairement variable, puisqu'il dépend d'éléments varjabfes: il pourra être insensible dans certains cas, et acquérir une valeur notable dans d'autres.

19* 11 est possible, même avec une lanette médiocre et un ceil très sensible à l'irradiation, d'obtenir, à l'aide de certains procédés, des résultats que l'on puisse considérer comme dégagés de cette er* reur totale.

Objections de M. Arago et réponse de M. Plateau. — £n présentant à l'Académie des Sciences le beau mémoire que nous Tenons d'analyser, M. Arago développa diverses considérations qui le porteraient à ne paà admettre l'explication physique que l'habile profes» seur de Gand a donnée de ses expériences ; M. Arago revint aussi sur les observations qu'il avait faites vingt-cinq ans auparavant, pour reconnaître si les mesures des diamètres planétaires, prises avec sa lunette à double image, seraient affectées de quelque irradiation ; il parla de Tinfluence que les diaphragmes placés devant l'objectif sembleraient devoir exercer sur ce genre de mesures, puisqu'ils aogment si notablement le diamètre des étoiles. Il annonça, enfin, la publication prochaine d'un mémoire, où il consignerait minattemement le résultat de recherches qui, d'un côté, touchent à la physiologie, et, par Tautre, se rattachent à plusieurs des plus importantes questions des sciences astronomiques. Cette promesse fut faite en 1839; nous sommes en 18(i7, et le mémoire n'a pas encore paru. Voici la réponse péremptoire de M. Plateau aux objections de TiBastre secrétaire perpétuel ; elle a été insérée dans les comptes reodiUL

« Dans la séance du 6 mai dernier, M . Arago a bien voulii entretenir l'Académie de mon mémwe sur l'irradiation, et a présemé es

SUBJECTIVES 017 AGCfMNTELLE». <(09

même temps qaelqoesobsenratMas sur la partie théorique de ce tramlL M. Anigo pente qu'on ne peot consei^ver Texplicaiion pliysiologîqae que j'ai cherché h confirmer, et avance une nouvelle théorie d'après laquelle l'irradiation serait fe résultat de l'aberration chroraaliqcie de l'œil. Les con.sîdérations énoncées par M. Arago n'ayant pis été Imprimées, je n'ai pn les connaître d'une manière, complète, et j'Ignore si elles tendent à réfuter les argumenui qne j'ai apportés êirfafeur de la théorie phvÉiolof^ique. Je ne rappellerai donc pa^fld ces argmiiefits, et je me bornerai à eiaminer la m)tite]le hypothèse présentée par M. Arago.

• Les physiciens reconnaissent, il est trai, aujourd'hui, que' l'œil n'est pas on iMtniment parfaitement achro>uattque; et il suit nécessab^ment de ce non -achromatisme, que les images des ohjers sont enfonrés, sur la rétine, d'une petite hande d'aberration, qui doit augmenter quelque peu les dimensions apparentes des objets lorai- Bcuz prajelés sur un fond obscur, et diminuer ceHe des objets obscurs projetés sur un fond lumineux. Mais cet effet pent-H être sensIMe dans les circonstances ordinaires, et la petite bande d'aberration a-t-elle asses de largeur pour que l'on puisse la distinguer et lui at^^ tribuer le phénomène connu de l'irradiation? Telle est la question que je crois pouvoir résoudre.

« Je ftiis d'abord remarquer qu^en vertu de la cause même qui la produit, la petite bande que l'aberration chromatique de Kceîl des* sine autour des Images ne peut être exempte de couleurs. Par conséquent, si l'irradiation manifestée par un objet blanc sur un fond noir était due à cette cause, Il semble que l'objet devrait paraître coloré sur les bords. Or, parmi tous les observateurs qui se sont oc*cupés de l'irradiation oculaire, aucun ne fait la mention d'apparent ces colorées, et dans les nombreuses expériences que j'ai faites sur rfrradiotimi dans une foule de circonstances diverses, je n'ai jamais aperçu rien de semblable. Cette absence de couleurs risibles pourrait dUBdlement être attribuée au peu de largeur angulaire de l'irradia* tiuo ; ks personnes chez lesquelles le phénomène a beaucoup de dé«vdoppement se convainaont aisément, en répétant quelques unes de mes expériences on en observant Tapparence si connue du croissant, que la bande d'irradiation est d'une largeur bien suffisante peor hisser voir tes couleurs si elle eti avait*

6i0 mt» GOUI»EUKS

« En second lieu» je ne vois pas cemment il serait fMrile d'c par cette aberration de réfraogtbilité, cette loi aingniière à lacineHeeit aoamise Tirradiation» savoir : que lorsque dein objets d'm éeiaC égal ne sont séparés que par un petit intenralle, chacun d'entre en diminue l'irradiation de l'autre dans les parties en regard» et œia d'autant pins fortement que les deux objets sont j^m veisûas» de sorte qu'enfin lorsqu'ils se touchent, Tirradialion est niiUe povcba* cun d'entre eux au point de contact. Comment admettra ose adisn exercée par une image himineuse sur l'aberration prod«ile auMr d'une autre image ?

« Maison peut aisément décider par des expérien€es4ireeies»stfKrradtation oculaire est ou non due à l'aberration cfarofluitique. H suffit» en effet» d'essayer si Tirradiatinn se produit encore lorsque l'objcl est éclairé par une lumière homogène. $i« dans ce cas, on B'apcr« ' çoit plus d'irràSiatiODi on sera en droit d'admettre comme ?raie l'h;pothèse qui attribue le phénomène k l'aberration chromatique de reail; mais si» au contrahre» l'irradiation se montre enoore, et an même degré qu'avec une lumière composée égale eo éebt è la lamière homogène employée» il deviendra impossible de chercher dans l'aberration dont il s'agit la cause du phénomène. Or» j'ai exécMé ces expériences par le procédé que je vais indiquer.

h La lumière homogène dont -j'ai fait usage est celle que donne» comme on sait» la flamme d'un mtiange d'alcool» d'eau et de seL J'ai imbibé de ce mélange un paquet de mèche de coton, qne j'ai placé derrière une glace dépolie disposée verticalement. Le mélanie, allumé dans l'obscurité» me donnait une flamme volumineone» et ta glace dépolie» observée de l'autre cèté, formait un champ Inmincn d'un éclat suffisant Pour rendre la lumièi^ plus homogène enooft. j'ai interposé entre la flamme et la glace dépolie un terre janne d'une couleur intense. Tout étant ainsi préparé» j'ai placé socceanvemenl devant la glace d^lie l'appareil k jour décrit dans le S 28 de nisn mémoire, et celui qui m'a servi pour mes expériences de nemre» après avoir amené» dans ce dernier, le bcn-d vertical de la plaque mobile dans le proloogement de cehii de la plaque fixe. Ces apparais se trouvaient ainsi projetés sur un champ d'un édat assea conadé* rable et d'une lumière teHement rapprochée derbomogénéiié» qu'en les observant parréfractiott è travers un prisme piaeé ve

SUBJBGTIVm OC ACCIRBNTELLES. ^H

dedistiBee, Imr imtge o^sêrVait iioo-4ietilêflMnt une rftitttlé, mm ne préBêBtait laiéralenietit qu*otie nuance ver» dltre ii léfère <}a'il frftait beoMMp ë^leotkm poor i^apercefelr. Je na ém paa oublier ée dire qoe^ pour donner aux yeux plus de seneUMlité, les expériences n'odt paa éié ftitea le Jonr daoa une eham^ kre dbeewe« mais la nuit.

« Or, dane les]elreaiiaianBe6 que je viens de décrire, et qui de? raiéUI néoeasairemeot eielnre les effets qui auraient pv dépendre de l^ahvTiiîoifcde réfriingibiliié, ks appareil oi-dessus m'ontfait voir une irradiilioiitlèsééveioppée. Lemêmeréstilut B'est montré I MM. Burg^ gmve.et Le François, deux des personnes qni m'avaient aidé dauf les espéfianees de mesures rapportées dans mou mémoire, et qui sant# par eonséquent, habituées à juger des phénomènes d'irradiaiHBi» Pour comparer ensnite leë efels prodoits à ceux que ferai! nakre nne lunaire oanpoaée et d*un éclat semblable, j'ai placé I eflté delà glMeéipolîad-deësusune autre glaee pareille, derrière laquelle j'ai placé, allumées, plusieurs bougies disposées de façon à l'éclairer d'une flsanière bniforoM, et j'ai éloigné ou rappi^bé ces bou^ fies» jusqu'à ce que Téulat de cette seconde glace paHït égal à celdf de la première. Un écrail opaque séparait d'af Reurs la bougie de la flamnae d'alcool, de manière que chacune des glaces ne recevait qu'une seule- des deux lumières. J'avais ainsi deux champs lomi*naux d'un même édat, mais dom l'un était édairé par une lamière janne homogène, et l'autre par une lumière qui, sans être Manche comme oeHe du jour, est cependant évidemment assex composée pour k cas ddnt ii s'agit.

É J'ai placé alors devant ces deux champs lumineux des appareils dirradiatioB identiques entre eux, de manière qu'en les observant iifflukanémeni, il était aisé de voir si les irradiations développées par ks dent lumières différaient sensiblement entre elles. Or, cette eamparaison, faite par les deux personnes dont j'ai parlé [iius haut et par moi, oe nous a montré aucune différence appréciable; les deux appareil» manifestaletat une irradiation prononcée, mars celle qui provenait de la lumière composée n'avait ni plus ni moins d'étendue que ceOe que faisait naître la lumière faomogètie.

« Ces faits conduisent donc, me semble>t-il, à ces conclusions nécessaires, que s'Hf^ut admettre l'existcnee (le l'aberration de réfrân*

612 M« CDUMUHS

gibililé dans l'œil» on doit attribuer rirradîttion à 4111e aotre ciMe, et qnei*effetde raberration dœt être considéré comme entièremeat masqué, dans lescirconataoeesonliaurea, par la bande d'îrradiatioa.a

M. Arago a ren?oyé à la pablicatioti de son mémoire l'examen de la réponse de M. Plateau. Attendons !

Des couleurs produites dans l*oeil par la pressio!! ou D* AUTRES CAUSES iNDlliECTES. — Oen^est passeolemeot la lumière qui produit dans notre oeil la. sensation de la clarté. On sait incontestablement a«J0urd*hui qde loute irritation, de quelque nature qu'elle soJti qui se porte sur la réttœ, se produit à nous sous forme Inmiueuse. GomprioieK, pac exemple, les veines jugulaires, quoique fous aoyea dans lo plus profonde obscurité, tous verrez se produire devant vos yeux une multitude d'édaîrs et de rayons lumîDeox. Dans une foule de circondlances, même les plus ordinaires de la vie, les conleors les plus variées apparaissent à nos yeux sans qu*il soit besoin de riofluence de la lumière extérieure. Les causes acddentelles principales de la production des couleurs ^ont :

1<> Irritation mécanique eu priession. — Une légère compressioB exercée sur l'angle externe d'un œil produit une uche jaune dans le même angle de l'autre œit s'il est fermé, et une tache bleœ s'il est ouvert ; c'est une expérience que tout le monde peut faire et fait Cous les jours. Newton, déjà, avait remarqué qu'une faible pression exercée sur le globe de l'ceil, ou qu'un coup sur l'œil, produisait h sensation de la couleur. Newton croyait que les couleurs s'évanemssent en une seconde, quand l'œil et le doigt demeurent en repoL Al. firewster a prouvé que les couleurs continuent tant que dure la pression. Il a montré aussi que, quand on presse l'œil de manière i comprimer légèrement la substance pulpeuse de la rétine, il se produit une tache circulaire de lumière incolore, quoique Tmii sait dans une obscurité complète et n'ait pas été exposé à la lumière depuis plusieurs heures. Si l'œil est alors éclairé, on trouve que la pvtie comprimée de la rétine est plus sensible à cette lumière qu'aucune autre partie, et parait, en conséquence, |dns lunùtteuse. Vm légère compression de la rétine augmente donc la sensibilité pour la lumière qu'elle reçoit, et fait nattre ime sensation de lumières Au contraire, ajoute M. Brewsier, quand la rétine est dilatée aous l'influence de la lumière* elle éprouve t^oe cécité absolue ondevieBlin-

SUBJECTIVES OU AeCfI>E!9TELLE8, 618

Miiiible m iœpressioitt lumineuses. Ces propriétés de la rétine se présentent soa? ont d'eUes-mônies involontairement, avec différentes modificalîiNSs, en conséquence du moavenient dn globe de VoAl pur ses propres oiascles.

Lorsqu'elle est trop faible pour produire une impression lomineuse, la pression peut modifier d'autres impressions produites d'abord sur kréiine. Si, après avoir été dirigé vers le soleil, l'œil voit un spectre bron rosUre, une pression sur une autre partie de la rétine fera passer le spectre au vert, et le l»*ttn reparaîtra quand cessera la prenions

Quand la pression s'exerce ù la fois sur les deux yeux, les apparences lumineuses deviennent bien aulrement remarquables, et, ce qu'il y a de pariictilier, c'est qu'elles affectent alors une forme régulière qui parait é* re la même chez tous les individus. Si, par exemple. Ton exerce sironlianémeiit une pression sur les deux yeux dans des directions opposées et qui tendent à séparer les deux globes ou à les rapprocher, on apercevra d'abord une lumière rouge bleuâire ; pais, au bout de quelques instants, une luoiiére d'un blanc jaunâtre. Presque en môme temps, celte lumière se séparera comme en petits losanges qui se distribueront i égulièreaiettt sur un faisceau de droites qui concourent vers un même centre, et qui ne paraissent pas s'écarter de plus de it5'* de chaque cdlé de la perpendiculaire à la droite, qui passe par les centres des deux yeux. Le faisceau de droites oe se montre qu'un instant très court, et parait dégénérer en hyporMes ayant toutes pour axe commun la perpendiculaire dont nous venons de parler, et des foyers communs où viennent se placer deux taches uniformes et rougcâtres ; ces foyers s'écartent ensuite» et le fond de ce tableau brillant deviein très ondnienx. Dès que la pression a cessé ou qu'elle vient h se ralentir, on n'aperçoit plus qu'une lacbc n<»re entourée d'une lumière jaunâtre, et couverie de filaments rooges et jaunes qui s'agitent avec une très grande rapidité. Quand ou continue à tenir les yeux couverts, cette tache et le cercle qui l'entoure finissent par prendre une teinte jaunâtre uniforme qui persiste encore très longtemps cl s'éteint graduellement. On voit rarement ce phénomène avec toutes les circonstances que nous venons de décrire, parce qu'il faut quelque habitude pour le produire et l'ubserver, et que la pression sur les yeux, qui est assez douloureuse, doit être suf* fbanuncnt forte,

614 UE$ COULBUM

a^" Électricité. -« La eoninwtkm galvanique ppoAiit ment one espèce d'éclair devant les yeux, mais eDcore le seDtiiiNiit 46 différentes couleurs, seloo la diSérento applicaltoa des pMes. Quand on met le pôle zinc ou positif dans la boucbe, et le pèle enivre ou négatif au milieu du front, l'œil perçoit la sensation d'me Uche 4e couleur violette ; si Pon change ces pôles, la tache devient janne.

d^ Vimagination. — Chez certaines personnes, elle agit sur Tsrgane de la vision de telle manière qne si dies représentent nn obfet quelconque, cet objet se montre à l'instant devant leurs yen avecsa couleur et sa forme naturelles. Goethe assure que quand il fermait - les yeux et qu'il pensait à une fleur, cette fleur se {irésentait ausMc devant lui. Chaque fois que Newton, après l'expérience dont nous avons parlé, pensait au soleil, cet astre se présentait à Tinstant devant ses yeux, même an milieu de l'obscurité la plus profonde. Après fdasieurs années, il aurait po, s'il avait osé risquer de nonveau ses yeux, reproduu*e à volonté ces sensations par le pouvoir de son imagination.

k"" Les causes internes. — La congestion do sang, TirritatioQ lymphatique de l'œil, l'inflammation, etc. , provoquent aussi des sensations de couleur. Dans des cas particuliers d'indisposition, la pres« sion des vaisseaux sanguins sur la rétine produit des masses flottantes de lumière visibles dans l'obsburité : d'abord du bleu pâle, puis do veri^ puis dn jaune, et quelquefois même du rouge. Toutes ces conleurs sont vues occasionnellement sur les bords de la masse Inmi* neuse.

Ondulations excitées dans la rétine par faction de points temneux et de lignes, — Les observations suivantes sont dues à H. Brewster. SI l'on regarde par une ouverture étroite, d'^vîreii un demi- millimètre, vers une partie éclah'ée do ciel ou vers la flamme d'une chandelle, on verra le fond lumineux couvert d*an grand nombre de lignes parallèles brisées, alternativement lutnlneuses et olncures. Ces lignes sont toujours parallèles à la fente étroite, et changent naturellement de place pendant que la fente tourne circalairement devant l'œil. Â travers un certain nombre de fentes panilèles, comme à travers les dents d'un |)eigne, les lignes brisées parallèles sont vues plus distinctement, et, si Ton donne au peigne mi mouvement oblique à la direction de ses dents, les lignes brisées de-

8UBJBGT1VB8 OU ACCIDENTELLES. 6i5

vieiioeDt |ilo8 distinctes encore, qooiqne moins droites que d^abord, el l'on Toît de nouvelles Hgnes noires placées dans différentes directiens, comme si c'étaient des portions détacliées d'un grand nombre de ramifications obscures. Tous ces phénomènes se voient mieux en employant de la lumière hom(^ène. Si Ton prend deux systèmes de fentes étroites et qu'on les croise sous différents augles, on Toit deux systèmes de lignes brisées se croisant mutuellement sous les mêmes angk»; et si, quand les lignes des deux systèmes sont parallèles, on donne k l'un d'eux un mouvement rapide et alternatif, perpendioubiranentà la direction de ses fentrs, les firandies parallèles brisées s'aperçoivent avec une netteté particulière.

On peut voir des phénomènes analogues à ceux qui viennent d'être décrits en regardant des lignes noires et parallèles tracées sur du papier blanc, comme celles qui représentent la mer sur une carte gravée, ou en regardant le ciel par les intervalles lumineux laissés entre des fils parallèles. Si l'œil observe fixement et continuellement ces objets, les lignes noires perdent bientôt leur direction droite et leur parallélisme, et elles présentent des espaces lumineux circonscrits h peu près comme les anneaux d'un certain nombre de chaînons. Quand ce changement a lieu, l'œil qui le voit éprouve un sentiment de malaise, effet qui se produit aussi dans l'œil fermé. Lorsque cet effet éblouissant a lieu, les espaces lumineux entre les lignes brisées deviennent colorés, les uns en jaune, les autres en bleu et en vert.

Les phénomènes produits dans ces deux expériences appartiennent naturellement à des ûnduiaticns rectiUgnes propagées stir la rétine^ el l'inlerfcrencc et le croisement des ondulations par suite desquels les lignes noires se brisent en portions détachées et les couleurs se produisent, naissent do peu de fixité de la tête et de la main que cause un parallélisme dans les ondulations successives.

L'action sur la rétine de points lumineux petits et dilaunts produit des phénomènes très intéressants. S! l'on regarde le soleil par une petite ouverture située à une grande distance de Tœil, ou si l'on observe la petite image du soleil formée par une lentille convexe ou un miroir concave, on vue sur une surface convexe, la lumière qui tombe sur la rétine ne forme pas une image nette et définie du point lumineux, mais elle envoie dans toutes lès directions une infinité de rayons qui couvrent, dans certains cas, presque toute la rétine. Ces

010 i>fis GouLeuR«

rayons sont extrêmement cdatanta et «ont quelquefois j de couleurs bigarrées , d*one variété et d'une beauté remarquables. Le point éclatant propage autour de lui des ondulations circulaires qui sont brisées et colorées par Tinterférence, et qui, étant en mon* veinent constant du centre de la rélioe dans toutes les directioiis, occasionnent les irradiations ci-dessus indiquées. Ce curieux pbéoo* mène apparaît dans tome sa splendeur quand on regarde le centre lumineux si concentré et si éclatant qui résulte de rinflamaiatîoa d'un jet de gaz oxygène et hydrogène sur un morceau de craie, ou de la combustion des pointes de charbon aux pôles d'une forte pile Que de fois nous avons contemplé avec étonnement cette zone circa* laire de rayons étincelants qui nous apparaissaient sous forme de lignes droites disconiinues parsemées à des dislances égales de pcnnU tour à tour excessivement brillants et obscurs.

Si l'on regarde par une éiroite ouverture les centres lumineux que nous venons de décrire, il se produit un effet très singulier. Un tourbillon de rayons circulaires se montre de chaque côté du point brillant, et ces rayons ont un mouvement rapide de tournoiement. Cette conflguration remarquable des rayons est évidemment produite par Tunion d'un système d'ondulations parallèles avec un système d'ondes sphériquesou circulaires; les intersections des franges parallèles et des irradiations divergentes forment les rayons circulaires comme dans le cas des caustiques ordinaires.

Tous ces phénomènes, ajoute M, Brewster , quelle que soit leur véritable cause, montrent évidemment que la lumière qui tombe sur la rétine exerce une action même sur les parties qui ne la reçoivent pas directement, et que la mCnie action rend d'antres parties de la rétine insensibles à la lumière qui tombe actuellement sur elles.

M. Péclet a fait, de son côté, une observation non moins curieuse. Quand ou regarde le ciel à travers une fente d'un demi-millimètre de largeur, on aperçoit des raies obscures, irrégulièrement distribuées dans la fente, mais toujours de la même manière, quelles que soient la grandeur, la forme et la natnre du corps éclairant : elles ne cbao* gent même pas quand le corps éclairant est assez étroit pour donner des fianges par diffraction ; et quand ou couvre la fente par un verre coloré, les raies vues 5 travers le verre sont sur le prolougcmeot de celles qui se forment dans la partie libre de la fente. Ces raies chaii*

8I7VBGTIVB8 W ACqiD«NT6tLB8, tl7

gent de phce et s'afiaiUis^eot quand on augmeole h krgear de la fente; au deft d*on millimètre, on n'en aperçoit plus que de très faibles, placées près des bords. Quand on éloigne la fente, les raies deviennent moins nombreuses, plus nettes, et disparaissent complètement à la distance de la vision distincte. Lorsqu'on place une fente étroite devant Tœil, et qu'on incline la fente ou la tète, les raies changent de place et de disposition. Il semble résulter évidemment de ces faits que les raies dont il est question se forment dans l'oiiL On en explique très bien l'origine en admettant qu'il existe dan^ l'cMgane un certain nombre de points obscurs et d'un très petit diatmètre; car chaque point lumineux de la fente projettcvasur la rétine une ombre de ce point, et la suite des ombres formées par les différents points de la fente forment une ligne obscure qui lui sera parallèle'; cette hypothèse satisfait à toutes les particularités du phénomène. Des expériences décisives constatent d'ailleurs l'exacliiude de l'explication précédente. On place entre l'oeil et une fente étroite une lame de verre sur laquelle on a fait, avec de Tencre de Chine, un point noir très petit, et l'on voit une raie obscure parallèle h la fente. Si l'on regarde le ciel à travers une fente étroite dont on puisse à volonté diminuer la longueur au moyen d'une plaque mobile dont le bord est perpendiculaire à sa direction , quand l'oriQce a Une longueur qui diffère peu de la largeur, on aperçoit un champ circulaire parsemé de points obscurs, toujours disposés de la même ma« Dière par rapport à l'œil ; et par l'allongement de la fente chaque point obscur produit une raie. Quant h la nature des points obscurs de Tœil, M. Péclet pense qu'ils proviennent de la structure mamelonnée de la cornée transparente ou de l'enveloppe de l'humeur aqueuse; car chaque petit mamelon se comporterait comme une lentille d'un court foyer , la lumière qui les aurait traversés se disperserait dans un cône très ouvert, et chacun d'eux porterait sur la rétine une ombre comme un corps opaque.

Il faut nécessairement chercher dans les raies de Id. Péclet Texplication d'une illusion par .laquelle M. Zantedeschi s'est laissé fasciner. Ce physicien italien n'a pas crainv d'annoncer au monde savant, comme une découverte urès digne d'attention et qui aurait échappé à l'œil si clairvoyant de Frauuhofer, la présence dans le spectre solaire de raies non plus transversales, mais longitudinales oq

iHiratlèles aux dimensions en longueur du spectre. Si elles avaient eifsté confimc partie intégrante du spectre, à l*éga1 des rates de Fraunliofer, les nouvelles bandes obscures auraient été complètement inexplicables, ou mieux elles n'auraient eu aucun sens. Elles ne sont heureusement qu'une particularité extrinsèque; elles proviennent nécessairement ou des petits grains de poussière inséparables des bords de la fente, ou même des globules obscurs de l'oaL

Encore un fait singulier observé par M. Libri. Si Ton trace sur no mur blanc une ligne noire et verticale de peu de longueur, et si l'on se place ensuite à une certaine distance de ce mur, distance qui varie, ponr un même observateur, avec la largeur de la ligne, la quantité de lumière réfléchie, etc. ; s), de plus, après avoir fermé un œil, on place un fli très mince près de Tantre, de manière qu'en regardant le mur et la ligne qui s'y trouve tracée, l'image du fil semble couper obliquement celte ligne, le fil paraîtra, au point d'intersection, être pour ainsi dire partagé en deux parties, dont l'une s'élèvera parallèlement Si sa direction première, et dont l'autre s'abaissera. Ces parties laisseront entre leurs extrémités correspondantes un petit espace vide qui sera justement le lieu que l'image vraie devrait occuper. On doit observer que la partie supérieure paraîtra toujours s'abaisser, et la partie inférieure paraîtra, au contraire, au dessus de sa hauteur véritable. Si Ton diminue l'obliquité du fil et qu'on détermine peu \ peu sa projection k couper perpendicnlairement la ligne tracée snr le mur, on verra graduellement se rapprocher les deux extrémités des images, puis se former un seul fil ; et ensuite se présenteront les mêmes apparences en sens inverse, lorsqu'en continuant à faire tourner le fil, on le rendra de nouveau oblique dans une position oppcsée à la première.

Sia* êes procédés pour rendre visibles tes ramifications de la rétine, — L'expérience suivante a rendu plus facile, au point de vue physiologique, l'explication d'un certain nombre de faits : elle est duc an professeur Porkinje, de Breslau. Si l'on tient une chandelle devant l'œil, à la distance d'un pied environ, dans une direction déviant un peu de la ligne de vision distincte, Tceil aperçoit, en général, une masse de lumière rougeâtre autour de la chandelle, et, dans cette lumière, comme sur un fond, on voit les ramificatious des vaisseaux sanguins de la rétine, ia base du nerf optique et k/oramencentraU.

SDBJBGTlTfia OU AGGIMNTELLE8, 619

Sir p. firew3ter regfifde comme réunion la mleot léodéa que h lamière qui cn^oare la chandelle est réfléchie sor la rétine par la surface concave intérieore» soit da criaialHo, soik de la cornée, et iqoe les olq'eu soqt, d'pqe manière oa d'antre, amplifiés par les surfaces eoneaies. Sa propre opiniottsur ce sujet est que la lomièpeest prppagiSo de ritoaagê luminepae de la ehandelle, et que la rétine, en contact arec les vaisseaux sangalns, est insensible à la lomtèro ppopasé^t fu<Hqiie sensible à h lumière directe ; et, par suHe, les vaisjpaux sai^uîtts doivent se depsiner en Hgnes obsoures* Ownme la rétine ûB ft*éteod pas sur le faramen temrate, elle doit en cet endroit natarellemenlpréaealer une tache noire, et, qoant ft la vision confise du nerf optique, il paraît moins lumineux que la rétine environnante.

U. Wheatstone, qui a varié cette mtpérience de différentes m«« nières, dit qu'elle réussit le mieux dans une chambre obseore. Quand Tan des yeux étant soustrait à l'aetlon de la lumière, la flamme d'une . chandelle est placée ^ Mé de Teelià découvert, de manière à ne pas occuper la moindre partie centrale du champ de la vision, tant qnc la kiBiière de la cbandette est en repos, on ne remarque rien autre chose qu'une diminution de la sensibilité de la rétine pour la lumière ; mais quand ia flamme est mue, en s*élevant et en s'abaissant, dans nn petit espace, pendant une durée de temps qui varie aved h sensibilité de Fiodividasur lequel on essaie Feipérience, le phénomène se présente de lui-même. Les vaisseaux sanguins de la rétine, avec toutes leurs ramiiicatimis, exactement comme ils sont représeïités dans les planches de Sdmmering, se montrent distinctement, et sont projetés en apparence sur un plan devant rœil, avec des dimensions amplifiées. L'image continue à se manifester seulement pendant que la lumière est en mouvement, elle disparaît immédiatement ou peu après que la lumière a passé à Tétat de repos.

M. Wheatstone n'admet pas Tingéniense explication de cette apparence présentée par sir 0. Brewster ; il pense qu'il n'y a pas drfR-* culte de se rendre compte de Fimage; que c'est évidemment Fombre résultant de rot>fitruction de la lumière par les vaisseaux sanguins répandus sur la rétine. La difficulté réelle était d'expliquer potirquoi cette ombre n'est pas toujours visible. Pour en rendre raison, M. 'Wheatstone met en avant différents faiui qui tendent à prouver fs^ttff objet ptm m moins brittùni, ^ te fond sur leifwlilsst fA^cc,

620 ras oouiiEunâ

devient iiwuibh quand il est eantinueUement présenti au mima point de la rétine^ et la rapidité de sa disparitîanest d'autant plus grande que la différence des intensités lumineuses entre Votjet et k fond est moindre; maù, en changeant cantinuellemeni ta place de l'image de l^objet sur la rétine, ou en le faisant agir avec {Htermàtenee sur un même point, l'objet peut être rendu visible d'une manière permanente.

Appliquant cette eiLpHcation au phénomène en qaestion, M. "Wheatstone observe que toutes les fois que la flamme de la chandelle change de place, les ombres des vaisseaux tombent sur diffàrents points de la rétine, ce qni est évident par le mouvement de l'image pendant que Tœ!! reste en repos, mouvement qui est toujours en sens contraire de celui de la flamme : aussi Tombre, en changeant ainsi de place sur la rétine, reste. d*après la loi établie précédemment, visible d'une manière permanente; mais dès que la flamme ett en repos, l'ombre aussi se met en repos, et, par conséquent, disparaît.

M. Wbeatstone a fait un instrument pour montrer une modification singulière de cette expérience : il consiste en un plateau circulaire de métal, d'environ deux pouces de diamètre, noirci sur la face extérieure, et percé à son ceuue d'un trou k peu près égal à l'ouveriure d'un fusil ; Il la face intérieure est Gxé un semblable plateau de verre dépoli. En plaçant l'ouverture entre l'œil et la flamme d'une chandelle et ifictlant la plaque en mouvement, de manière i déplacer continuellement l'image de l'ouverture sur la rétine, les vaisseaux sanguins seront vos comme précédemment, mais d'une manière plus brillante, et les espaces entre les ramifications se montrent avec une innombrable quantité de petits vaisseaux, qui s'anastomosent dans différentes directions qui étaient invisibles dans l'expérience précédente. Au centre même du champ de la vision, il y a un petit espace circulaire dans lequel on ne voit pas de traces de vaisseaux.

Sur la coloration de la rétine et du cristallin, par M. Melloni.^ D'après la théorie que nous avons longuement développée et défendue, la vision serait le résultat des vibrations extrêmement rapides, excitées dans la rétine par une certaine série d'ooduhtieos élbérées. I^es Tibrations €|épendraieût moins de la quantité de i

gCBJBGTITga OU ACCIDENTELLES. 621

femmt, qoq d'une dkpoaitipn particttUdre de It rétine gnt la i

draîl a|)le à vibrer avec pios ou moins de facilité, k l'uaissottde telk oa telle vibration éthéréô : ce serait, en ternie d'tfconitMiiie» une aorte de résonnance, provenant de Taccord ou de la relation harmonique établie entre la leoaion des groupe» niolécnlairea de la rétine et la période d'ondulation du rayon, incident tiei uodnlatipitfi, placées entre le jaune et l'orangé, qui répondent, comme Fiaunhefer Ta pf0|9,vé, au maximum d'intensité IqaMii^uae, a'barmoaiaeraient mieux avec la constitution de la r^ine, et leur cpmoMUiiqMeraient un mouvement vibratoire plus inien^e.. La.(9u#iMÂté d^ Jumière,.perr çne dépendrait de TiiiyMypiaité de^ vibrations moléoul^e», pt .la çQuIeur du nombre. des vibrations. £n adijietbipt- que les ondutotions rpugea et violet^tes trouvent daos la rétine une consonnance moins parfais que les ondulations jaunes, on comprend parfaitement que ies^ pre? mières donnent une moins grande quantité de lumière. Cette hypo-. thèse est d'autant plus plausible» que suivie d^ns ses dernières çon* séquences, elle conduit à une explication extiémement heureuse de l'invisibilité des radiations ohac-ureStChùniques ou calorifiques^ pl^K^s en dehors du spectre solaire, radiations douées, comme noua le constaterons plus tard, de toutes les propriétés des rayons lumi^ieux, la visibilité exceptée.

Il faut donc admettre nécessairement que les ondulations étbé* réesdes diverses bandes colorées du spectre ont une aptitude diCFé^ rente à exciter les vibrations de la rétine, et que le maximum d'effet appartient à la couleur jaune.

Conune nous l'avons vu encore, les substances qui vibrent avec la même facilité sons l'action des ondulations lumineuses d'une Ion* gueur quelconque, sont blanches ; les substances colorées, au contraire, sont celles qui vibrent avec plps d'intensité sous Tinfluence d'une ou de plusieurs espèces d'ondulations lumineuses» en se montrant moins sensibles aux autres ; or, c'est un fait constant que les ondulations jaunes produisent par consontiance le maximum d'effet sur la rétine ; la rétine doit donc être jaune et non pas incolore, comme on Ta cru jusqu'à présent Cette conclusion repose sur une analogie, parfaite de propriétés lumiueuses entre la rétine et les divers corps ^e la nature ; on pourrait cependant concevoir que la.force vitale, pût communiquer à la rétine» même blanche» un degré d'existab|iUé

624 M8 OOULEVRS

Ib; le second, à Genèfe, par M. Elle Wanman; letroîMène, I Paris, par M. Vktor Zekalski, en 1861 , nous semblent avoir résniné ptriaiDemenc toofi ce qêi touche à cette diflkile question ; noos tes analyserons en qaek|iies pages.

Obsetvatîonê. «^ GemAie le point de départ de tontes les recherches a été l'étude qne Dalton fit sur Ini-même, et qa*il inséra da» les uémoires^ de la société littttraire de Manchester, nous la transcrirons fidèlement : « J^ai tonjonors pensé qne souvent on ne donne pas anx couleurs leur véritaMenom^ Lte nom de violette, pour désigner ta fleur de cette couleur, me parais^it asses propre ; mais it on lui snhstitoe le nom du rouge, je trouvais alors cette Ncence peo juste et nullement naturelle t passe encore si on remplaçait ïd le mot violet par bleu, parce que ces deux couleurs me paraissent à peu de chose près analogues, tandis que le rouge et le violet n^ont aocon rapport entre eux. Quand je fis mon cours d*étude sur tes sciences, h)ptique fixa particulièrement mon attention ; la théorie de la Inmière et des couleurs m'était familière avant que j*eusse découvert le début de ma vision, défaut que j'ai toujours attribué h la confusion qui règne dans la terminologie des couleurs. Dans le courant de Pannée 1790, je m'occupai de botanique, et cette étude dirigea particulièrement mon esprit sur les couleurs. Si une couleur était blanche, jaune ou verte, je l'appelais sans hésiter par son propre nom, tandis que je ne foisals presque pas de difiérence entre le Uaocpourpre, le violet et le cramoisi. Il m^est arrivé souvent de demander à mes amis qu'elle était la couleur bleue et qu'elle était la violette; ils prenaient tous cette demande pour une plaisanterie et me répondaient à peine. Cependant la particularité de ma vision ^e me fut bien connue que dans l'automne de 1792. Un jour, j'examinais une fleur de fféranium zonàle^ à la lumière d'une bougie. Cette fleur qui, au jour, me parait bleue, et qui est, en eflet, violette, me paml alors entièrement changée. La couleur bleue que je lui croyais avait totalement disparue pour faire place au rouge, qui est pour moi Topposé exact du bleu. Je ne doutai pas que ce changement de cooienr n'eût lieu pour tout le monde, et je le demandai à quelques uns de mes amis. Jugée de mon étonnement quand j'appris que personne, excepté mon frère, ne voyait comme moi.

Cette observation m'apprit que ma tbiont aussi bien qne ceHe

de mon frère» différait de celle de toat le monde, et qne la lumière artificielle prodoisait pour noas sor les couleurs des changements que n^aperceraient pas les ancres personnes.

0 Je remarquai cette particularité deux ans avant que je m^occnpasse de recherches sur ce sujet ; alors j'eus soin de m'aider des connaissances d'un ami profondément versé dans la théorie des couleurs» dans celle de leurs noms et de leur constitution. Je suis myope, et ce sont les lunettes de cinq pouces de foyer qui me conviennent le mieux. Je vois bien à une distance convenable ; mais quand il fait sombre ou trop clair, je ne distingue qu'avec peine. Ce fut sur le spectre solaire que je commençai mes observations; tout le monde y reconnaît six couleurs : le rouge, Torangé. le jaune, le vert, le Mea, et le pourpre, que Newton a divisé en deux autres couleurs : l'indigo et le violet Eh bien ! moi, je ne reconnais dans ce spectre que deux on au plus, peut-être, trois couleurs : le jaune, le bleu et le pourpre. Slon jaune contient le ronge, Torangé, le jaune et le vert de tout le monde ; mon bleu se confond tellement avec le pourpre que je ne reconnais là presque qu'une seule et même couleur. La partie du spectre qu'on appelle rouge me semble à peine quelque chose de plus qu'une ombre ou qu'une absence de lumière. Le jaune, Torangé et le vert sont pour moi la même couleur avec différents degrés d'intensité. Le point du spectre où le vert touche au bleo m'offre un contraste exirémement frappant et une différence ' des plus trandiécs. La distinction du bleu et du pourpre est loin d'être aussi prononcée pour moi, parce que le pourpre, à mon avis^ • n'est qu'un mélange de bien et d'ombre. Quand je regarde la flamme d'une bougie à travers un prisme, les mêmes phénomènes se présentent à peu près ; cependant le rouge semble plus vif que celui do spectre solaire. Je vais examiner maintenant comment chaque eooleor se présente à moi an jour et à la lumière artificielle.

» Rcuçe : Pendant le jour, je comprends sous ce nom le cramoisi, l'écarlate, le ronge et le violet Le cramoisi ressemble, selon moi, au Ueu auquel on a mêlé un peu de brun foncé ; ses variétés ne sont pas assez différentes entre elles pour que je puisse les distinguer. Cette coolenr a un aspect grave à côté des couleurs claires. Le drap bien et le cramoisi ne m'offrent pas de différences tranchées. Le Tiolet se cowpw% de rouge et de bleu ; mais il ne produit d'autre

696 I»ES GOCLEUM

eflet f ur moi que celoi da bleo pâle et aBaitiU ; ù je i« mêle k tM Ai blea clair, il me semble que c'est b même coolem* qai a yem-Hif perda quelque cboee de sa beauté. Je regarde comme bleoes la ran^ b Yiolette» le trèfle des prés et plusieurs gemres de gârawiiiB. I3oe tache d'encre ordioaire sur du papier blauc est pour moi de la mlmi couleur que la figure d'une personne florisMinte de santé. Le r^vp et Técarlaie forment une classe entièrement diOérente dee coidmi précédentes : son prototype est le vermillon et l'uniforme dea soldais anglais. Je n'y aiierçois pas la moindre trace de blea. L'éeariale a un peu plus de brillant que le rouge. Le sang, sefon mel« rpwemhlf au vert foncé des bouteillea. Des bas tachés de sang ou aalis de booe m'offrent la même couleur. A la lumière d'une bougie, b rongia et l'écarbte deviennent plus brillanu, plus vifs. Ces déni coutavn» dont l'éclat est si faible au jour qu'elles ressemblent k des cemlRS grb foncé, deviennent superbes et d'un éclat merveiHeun à b la» mière artificielle. Le cramoisi perd son bbu et se change en vert jaunltre, liais c'est b vielet qui change le plus et qui offre b pim grande difléreoce, va au jour ou à la bougie; iei« il n'a ploa anem» trace de bbu, et il sembb composé de jaune el de ronge^ nmmu m jour il est composé de rouge et de bleu.

9 Quant au jaune et k Vorg^gé^ ma vision est abselnmeni b wâmt que celle de tout b monde sur ces couleura vnee au jour oa k h lumière ariilkielle^ Quelques personnes ne peuvent distinguer k jaune k b lumière ; je snb, Dieu merci, exempt de «débat

» Lee^n au jour \ je suis certain d'avoir de cette coniear «ne idée partienlière ( il me sembb qu'il est peu dittrent du rouge % pov bi reconnature une teinte particulière, je place en vain une foniUe de bnrler-eerise k côté d'un bâton ronge de eîre d'Eap^M, eu hsea k ifversd'unebuilta commune près d'un pain k cacheter d'nn ronge pib: il est facib de conclure de b qne je vob le vert on b rooge, «» ees deux c^mbnrs ensembb aotrement que tout le mondes L'emgK et le vert çbir pour moi se ressembbnt beaucoup* Le vert le ploB agrteble pour moi, c'est le vert très preooneé, et il devient d'autant plis distinct qu'il tire davantage sur le jaune. Je reoonnab les plniMs aussi bien que tout le monde, et je sais, comme lent b moBdp, niÉr leurs différences ou kurs ressemblances. Cependant une Moaion ia thé et une solution de foie de soufre, quoique bnuM pour mtca hs

iBUe$ p«r8oiiiie«, ai^at verut |WQr moi ; l« drap tert cpifieft de tapie ietrUinMUbitsaMparaitfarafe Goiuétttale, «t je ratopérsttadéqo'iui aéliuDfe d« bruB tl de ronge rcapleeenh trèi bien cette coolenr; ■lis quand ce drap comnieDce à fieillir, qo'il deTknt jaune pcmr M aetreif il rev4t ponr moi aetrienent alors la couleur ferle. I*adaieta, CDiiaie UHit le aaoode* qu'il est difficile de reoonnahre le tert I là lainièr« artificaelle» et, ponr mm eauna poor les antres, il se rap^* proche estrâmeoMot da ble«. Il resta, k la ? érit<, toejonrs tert, niaia •an aoad marqué que les aatras aalntions dont f ai paHé pins hant i talgtiaiM tettes qni nf tendent nnllemeni ters le Meu, tnéme I 11 canlaur anifidalie, et qnl restent lai^oors les mêmes, si ce n'est qu'elles deviennent un peu plus pâles.

• J'ai fait remarquer plus bant qoè mon IMre ne povralt reoontiaittre la aooiaur du géminiam k la lomière d'une boogte. De nombreuses s'eut prooté eosuita que naos torons absolument de là I naulèra, malsdiliAremment de tous les antres.

a Parsnadé que las cas de ce gem« n« peiitent manquer d'offrir la plis vif iniérèt. Je me préposai de pnMIer ces particularités sor ma vision. Je ma rappelai qo*il se traotait on cas semblable dans les jyamiamianêpUloêùpki^êt sor on certain Barris^ marin de Marypon, lequel, selon l'expression dn rappoHeur, ne pm distinguer «nuv iej mtêmtrié La cas da Ratris me sembla tont différent du mien s je crue alovs qu'oue comparaison pourrait jeter quelque lomière sur la nature de notre imperfection, et j'ai écrit k mes amis de Mnryport peur ma donner à ce sujet des détails eiacts ; je les reçus bientM , at alors je ne pos plus douter que ce cas oe fût absolument ismhlsbla H celui de mon frère et an mien. Il serait tit^ loftg de npporur ici les dAtails, je me contenterai seulement de faire remarquer que j'envoyai à Maryport plus de vingt échantillons de rubans €oinréa« en prient les membres de la famHIe de Barris de les observer au jour et H la lumière artificielle , et de m'envoyer leurs réponses. Le résnlut confirma bientôt toutes mes assertions.

« Présnmant^ d'après cela, que les cas dont notts parions ne sont pas si rares qo*on le pense, je me propomi d'étudier avec soin la vue des personnes de ma connaissanee, et j'eu ai troufé plus de vingt qoi pouvaient être placées dans la même catégorie que moi ; une ou deux saulanMnt différaient un pendes autres. Parmi vingt-cinq élèves aux

quds je tâchais d'expliquer un jour ce sujet, il s'en est trouté deux qui étaient atteints de la même imperfection ; un antre jour^ il s'en trouva un dans le même nombre d'auditeurs. Parmi toutes ces personnes, nous étions les seuls, mon frère et moi, qui ne pouvions distinguer le bleu du violet à la lumière du jour, tandis que nous trouvions entre ces deux couleurs une très grande différence à la bougie. Quant au vert, j'ai des preuves certaines que tontes les aiitr» personnes étaient absolument comme nous. Plusieurs d'entre elles distinguent très bien les couleurs , mais elles sont très embarrassées s'il s'agit de donner les noms particuliers et propres à chacooe, Tootefois, j'ai observé une vingtaine de personnes dont la visk» est semblable à la mienne.

9 Notre famille se compose d'une sœur qui s'approche de la matante, et de trois frères dont deux sont atteints du déCant dont perlons. Les autres familles contiennent plus d'individus qui ressemblent, quoique rien ne me prouve cq)endant que les che&de ces familles, une seule exceptée, aient été sujets à notre imper* fection. A part cela seul, nos yeux sont parfaits, et c'est à peine si l'on trouve parmi nous deux ou trois individus myopes. U est digne de remarque que je n'ai jamais entendu dire qu'une femme ait Aé atteinte du vice de la vision qui nous occupe dans ce moment >

Voici une seconde observation détaillée , écrite par un distingué, Sommer, qui raconte lui-même l'infimûté dont il eut t à souffrir.

« La partie sus-orbitaire de mon œil est très prononcée et cooverte de sourcils blonds et épais qui forment un arc un peu aplati. Les replis de la paupière supérieure sont parallèles au bord de l'orbite, les paupières inférieures épaisses et les cils peu-prononcés. Le bulbe et la cornée sont très peu voûtés, et l'iris, dans toute son étendoe, est d'un bleu verdâtre plus foncé vers son bord popillaireet parsemé de points jaunâtres; la pupille est normale quant à sa grandeur et l sa mobilité.

» En général, mon œil porte tous les caractères d'une constitation sanguine. Ma vue, excellente dans ma jeunesse, s*est beaucoup affaiblie par mes travaux à la lumière artificielle ; cependaot je vois encore très bien de près et de loin. Les différents degrés d'intensité de la lumière exercent sur ma vue la même influence que sur les autres persoBues.

SUBJECTIVES OU AGGfDENTELLES. 629

» Lesmoaches volantes qui me passent devant les yeux depuis une dizaine d'années m'aiarmèrent au commencement, parce que je prenais ce phénomène comme on prodrome d*amaurose ; mais son état siaiiooiiairc me tranquillisa bientôt. Cependant il n'y a aocon rapport entre cet accident et Fimperfeclion de ma vue relative à la distinction des coulears ; car^ comme j'apportai cette imperfection en naissant, mes parents la remarquèrent aussi bien qoe mol, et je me rappelle encore une foule d'aventures comiques auxquelles elle donna lieu dans mon enfance.

9 Je distingue toujours au soleil le jaune du bleu, le bleu clair du vert, le rouge foncé du noir ; je reconnais très bien ce dernier des couleurs claires ; mais je le confonds souvent avec le vert et le blea foncé. Le jaune, le noir, le bleu prononcé, voilà pour moi les cooleun fondamentales. Quoique j'aperçoive bien une différence entre les couleurs que l'on me présente souvent, je ne suis pas cependant capable de les montrer nominativement sans risquer de conmiettre nne erreur. Si je tiens à côté Tun de l'autre une feuille d'arbre et un bâton de cired'£spagoe, je reconnais très bien la différence d'intensité des deux couleurs, mais je ne pourrais affirmer qoe l'un de c^ objets est vert et l'autre rouge, si d'ailleurs l'objet loi-même ne me le faisait deviner. Le bleu peu prononcé et le rouge peu intense ont pour moi une grande ressemblance. Placés l'on près de l'autre, le brun clair qui se rapproche du jaune, le vert un peu plus foncé et le rouge plus prononcé encore, me semblent tous des nuances d'une seule et même couleur. Je confonds le bleu avec le rouge, le vert avec le brun, l'orangé avec le brun clair et une foule d'autres couleurs composées. Je ne connais que de nom le cramoisi, le pourpre, le lilas, le ponceau, etc. , et il ne m'est pas possible de m'en faire la moindre idée, quoique sans doute j'aie eu souvent ces couleurs devant les yeux. En général, je ne puis retenir les couleurs, et si l'on m'en montre une série en me les indiquant tontes successivement par leurs noms, je me trompe presque toujours ensuite, si l'on vient à les changer de position.

» .le me rappelle qu'en rcncoutraut un jour une dame qui portail un chapeau bleu orné de roses, je le crus rouge, de sorte que je ne fis presque aucune distinctiju cnire la couleur du chapeau elles roses.

» Une autre fois, je me trouvais à la promenade ; la pluie survint :

AlorsimefoQkdej^raploiesnMg^wdéployèiiMit, etniol Jt ntnis il ea comparer b couleur à Tanir du eid. Jogez ri met amis qai m'accompagnaieni dorent rire de ma «urpriae. C'est que Je préaamaia que ces parapluies éuient blem, comme la plupart te sont manteuaot. Je eoufonda presque tous les jours la couleur des baUts, écs fleurs, et il n'est pas nue nuance qui ne me rappelle quelque méprise comique qu'elle m*a dit commettre.

• ies pertes auxquelles m'expose quelquefois l'état de ma Tiaion, k crainte qu'on ne m'accuse d'originalité, me font user d'une grande réserte dana l'Indication des couleurs, et rechercher afecsofa tomes iea particularités qui pourraient me les fiiire connaître et me préciser leur nature. 11 y a dans le monde une foule d ohjets qui ont diaeun mie oodeur particulière commune, ce qui m'empêche de fiire autant de bétons qu'on pourrait bien le présumer. Ainsi je nomme très bien rbabit d'un chasseur vtfrr. Je ne me trompe ordinairement pas quand je parie des tuiles, de la viande, qui sont rouges, et du dd qvi est Ueu; mais si le moindre changement de couleur tient k s'opérer dans ces objets, mon jugement est alors promptement et oécessairemeot en défaut* Je nomme rouge la tranche verte d'un litre, parce que Je aais que h première est plus ordinaire que la seconde, et ee même raisonnement me fait commettre une foule d'erreurs. Pour le peu de couleurs qneje connais, je possède une mémoire et une imi^no^tion excellentes. La lumière artificielle booleterse pour moi tontes ks nuances, et je n'ose alors indiquer précisément des couleurs que je reconnais très bien au soleil, parce que je ne manque pas de me tromper. Le paysage que Goethe a fait peindre sans aucune trace de bleu, et que, selon lui, un akyanope doit trouter très bien, n'a rien qui me dioque; je n'aurais pas même remarqué l'absence complète dn bleu, si je n'atais pas été prétenu. L'arc*en-ciel me semble composé de Men et de jaune; je sens bien cependant qu'il y a plus de deux nuances, mais je ne pourrais pas les distinguer ni même en aniairla différence, n

Citons, enfin, comme dernier exemple, celui de la famiUe Barris, raconté par M. Hudart dans une lettre au célèbre Prlestley.

« Harris, cordonnier à i^iaryport, dans le Cumberland, jugeait sans peine de la grandeur et des formes des corps ; mais il se trompait sur les couleurs, qu'il ne sut jamais distinguer. Il était bieni

"Mntû qtte hê objets offraient aux regards quelque cbose que les Mitres recMiiaissaieit facilement et qu'il ne pouvait discerner laimêflle, qae les autres rendaient par des mots cerulnes qualités de ses oljeu qti*il ne pouvait expriaoer loi-même qu'avec Ikésitation et êtt st tronpittt C'est h l'Age de sept ans qu'il comoiença à s'apercefvir de cette imperfection. Un jour, ayant trouvé un bas d'enfant, il entra dans ane maison voisine pour savoir à qui il appartenait II observa alors que chacun l'appelait un bas ronge. Cette dênominatlo& n'ayant aucun sens pour lut, il la jugea inutile et crut parler ÉSaes dalrement en l'appelant simplement un bas. Cette circonstance resta cependant gravée dans son esprit, et quelques autres observations semblables qn'll fit ensuite, l'éclairèrent sur l'eut de sa vue.

a La sensation des couleurs étant celle que nous éprouvons la première, 11 semblera sans doute étonnant qu'il ne se soit pas aperçu plus tôt de ce qui manquait ft sa vue. Celte difiiculié disparaîtra cependant si l'on observe que ses parents étaient quakers et que h sombre uniformité des couleurs, dans leurs habitations comme dans leurs vêtements, est pour cette classe une règle à laquelle ils sont très fidèles. Barris distinguait aussi bien qu'un autre les objets, quelque éloignés qu'ils fussent, quand leur forme suffisait pour lui en donner une idée exacte ; mais sa vue était en défaut pour les corps qui ne sont appréciables que par leur couleur. Ses camarades distinguaient de très loin des cerises sur un arbre, où il n'apercevait lui-même que des feuilles, et ce n'éuit qn'rn se rapprochant asses potn* pouvoir juger de la forme et de la grandeur relative, qu'il parvenait enfin S démêler les fruits parmi les feuilles. Il distinguait très bien le noir du blanc ou d'une lumière vive ; et les antres couleurs pour lui venaient se ranger entre ces deux extrêmes en raison de lenr éclat ou de leur obscurité. Aussi lui arrivait-il souvent de con* fiindre on de comprendre sous un même nom des eooleurs très ëiflïrentes, parée qu'elles avaient pour loi le même éclat. Si on lui présentait un ruban rayé de diverses couleurs, il ne le confondait pas crée nn ruban uni, mais il n'apercevait que du clair et du sombre plus ou moins marqué.

» Harris était un homme sensé et très avide de connaissances, surtout de celles relatives à la lumière et aux couleurs. Il fréquentait même pour cela un cours de philosophie naturelle. Deux de ses frères

avaient apporté en naissant le même déùnt qoe lai. antres frères et denx sœurs en étaient exempts. Un de ses des frères possédait un navire à Maryport, et M. Hudart Fayant rencontré un jour à Dublin, il lui proposa d'examiner sa vue» et void le résulut qu'il obtint de cet examen. « N'ayant pas de prisme à na disposition, je lui demandai s'il avait déjà vu on arc-en-cieL 11 m'ai> sura qu'il Tavait observé souvent, qu'il en comptait toutes les conleurs, mais qu'il ne pouvait les appeler par lear nom. Je Ini présentai un ruban ; il reconnut tont de suite plusieurs coolears et tâcha de me nommer celle de chacun des carrés dont le rahan était composé. Il distingua les blancs sans hésiter, mais il confoodil ta noirs avec les bruns, disant seulement que c'étaient deux noanoes d'une même couleur. Je lui montrai un carré vert : il me r^Kttdit: « Il me semble que c'est la couleur que vous appelez jaune. » Ut carré rouge était bleu pour lui. et il était sûr d'avoir vu le vert quand je lui montrai l'orangé. Je loi demandai, enfin, s'il croyait qne tout ce qu'on appelait couleurs n'était autre chose que des nnances de clair et de noir, ou bien s'il croyait qu'il y eût encore quelque antre différence. Il me répondit en hésitant qu'il croyait encore remar* quer quelque autre chose, mais dont il ne pouvait se rendre aucun compte. 9

Nous excéderions les limites de cet ouvrage, et nous nous écarterions do but que nous avons dû nous proposer, si nous voulions re« produire les observations rassemblées avec soin par les anteors qne nous avons déjà cités ; résumons-les seulement et revenons aox vues théoriques, qui doivent nous occuper exclusivement. M. Seebeck a rangé les daltoniens en deux classes : la première comprend les in* dividus qui se trompent plus sur le degré de coloration que sur la nature de la couleur. Les teintes qu'ils confondent plus ou moins, sont : l'orangé clairet le jaune pur, l'orangé foncé» vert jaonâtre oq bnn nâtre clairet brun jaunâtre, le vert clair pur, bran grisetcooleurde chair, le rouge rosé et le vert plus bleuâtre que jaunâtre et gris, le cramoisi et le vert foncé et brun châtain, le vert bleuâtre et le videl sale» le lilas et le gris bleu, l'azur et le gris bleu et le lila& Leur sens est très défectueux pour l'impression spécifique de toutes les coaleors eu général; il l'est surtout pour celle du rouge, et, par suite, pour celle du vert, qu'ils ne différencient que peu ou point do gris. Le

8UBJECTIVE8 OU ACCIDENTELLES. 633

janne est la coalear dont Tapprédation est la plus correcte, quoi* qu'ils voient souvent moins de différence entre cette couleur et Tapparence de corps Incolores que ne le iont les yeux bien conformés.

La seconde division comprend les personnes qui confondent Torangé clair avec le jaune verdâtre , le jaune brunâtre et le janne pur , l'orangé vif avec le brun jaune et le vert d'berbe; le ronge, la ronille et le vert olive foncé; le vermillon et le brun foncé, le carmin foncé et le vert bleu noirâtre , la rose couleur de chair, le brun gris et le vert bleuâtre; le gris bleuâtre terne et le gris un peu brunâtre , le rose sale et un peu jaunâtre et le gris pur , le rose rouge avec le lilas, Tazor et le gris passant au liias ; le cramoisi et le violet, le violet foncé et le bleu foncé. Elles n'ont qu'une faible perception des rayons les moins réfrangibles ; c'est là leur caractère distinc- Ijf le plus saillant et sur lequel repose surtout la distinction des deux classes. 11 n'explique pas seulement pourquoi les individus de la seconde classe, comme ceux de la première, confondent le rouge avec le vert obscur ; il rendra de plus raison de toutes les différences qui les séparent, si l'on remarque que l'absence des rayons orangés rap« proche beaucoup du bleu la lumière incolore et même le rouge.

On sait qu'à mesure que Tobscurité augmente, les rayons les moins réfrangibles» disparaissent les premiers de la lumière de l'atmosphère, et que de cette disposition plus prompte naissent les changements de conienr qu'on observe dans cette circonstance. Si donc le défaut de sensibilité pour ces rayons caractérise le daltonisme de la seconde classe, les daltoniens de la première classe doivent^ aux approche» de l'obscurité, se trouver presque dans les mêmes conditions que ceux de la seconde. Vers le soir, M. Seebeck présenta à Tun des premiers daltoniens deux séries de couleurs » l'une dont il jugeait très sainement, l'autre sur laquelle il se trompait toujours; à mesure que robscnrité croissait, la première série riuduisait de plus en plus en erreur, tandis que la seconde était de plus en plus mieux appréciée; quand l'obscurité fut assez grande, la seconde série était celle sur laquelle il ne se trompait pas , tandis qu'il errait complètement par rapport à la seconde. 11 arriva bientôt à ne plus distinguer, comme les daltoniens de la deuxième classe, à la lumière du jour^ le ciel Ueu du rose rouge ; enfin, il ne jugea plus sainement des couleurs

634 DBS COULEURS

de h seccmde séria : lés papiers ronges, qui, «i joor, lui apptrrie^ satent trop éélataots^ se montrèrent alors trop cèscarsi Soamîs an mêmes éprentes, les yeux des daltoniens de la demîènie classe sa comportèrent tout autrement: Tobscurité d'abord n'avait produit sor eni ancnn effet; leurs jugements snr la seconde série ée ceolevn étaient InTariables; de pttis en plus coirects, ils s'accordaient atec ceux do premier daltonien ; Ils s'aperçurent surtout de l'inBaence de Tobscurité, en ce que le papier ronge devint plus obscur.

L'obscurité ramène donc à la seconde classe les daltoniens de la première; réciproquement, l'emploi d'un tert orangé dair, placé devant rœil, ramènerait fc la première classe les daltoniens de la seconde. Vollii, sans ancnn doute, nn aperçu fort original; laf^Mreen revient tont entière ii M. Seebeck, qui, ici comme dans tons ses travaux, s'est montré physicien profond et habile.

Classification du doctew SzokaUki. -* M. SzokalskI réunit, sons le nom de chromato-spêudopsie, formé des trois mots grecs : xp^i^ couleur; ^sv^o?, faux; o^ç, vision; les phénomènes que notis avons désignés, avec M. Wartmann, par le root plus simple de dtdtomsmi. Il distingue cinq classes de daltoniens :

1* Celle des personnes chez lesquelles le sens des couleors manqne presque complètement , et qui ne voient h la place des conlenrs principales jaune, rouge et bleu, que différents degrés de blanc et de noir : l'existence de cette classe est douteuse, car tons les yeux ont an moins la sensation du jaune ;

i^ Celle des personnes qui distinguent aussi le jaune : les objets extérieurs leur apparaissent colorés des nuances qu'engendrent les divers mélanges de jaune, de bleu et de noir;

S"* Celle des personnes qui, non-seulement f oient le janne, mais sont, en outre, capables d'une perception particulière et la même pour le bleu et le rouge : ce sont les akyanopes de Goethe ;

4^ Celle des personnes uniquement privées de fa sensation dn rouge, qui leur paraît gris cendré ;

5^^ Celle des individus qui distinguent toutes tes eonleurs, mais non pas d'une manière tranchée : an lieu de pouvoir préciser le mélange de deux couleurs, ils ne voient jamais que l'une d'elles.

Ces divisions sont plus arbitraires que réelles ; elles reposent, il nous semble, sur une étude incomplète et systématique des fidts.

SUBJECTIITES OU ACCIDENTELLES. 635

Ifoirt aurions nue grande conGance dans M. Szokalski comme médecin oculiste, mais sa brochure prouve trop qn*ll n'est pas asses physicien ; on dirait même qoMi a pris à tâche d'arracher complètenent le daltonisme an domaine de la physique. « La cause immédiate de la chromato-speudopsie, dit^it, consiste dans la confusion des fonctions détenninatives du cerreau qui nous fonmissent ta percep^ tion des couleurs, t C'est une erreur évidemment ; aYaot la confusion des fonctions dn cerveau, confusion Imaginaire peut-être, il y a bien Certainement nne cause physique, rinsensibiiité de la rétine. M. S20kalsk! est convaincu que, nous tous physiciens, nousn*avoûs dés couleurs que des idées fausses: tandis qu'elles sont entièrement et esscntielleraent subjectives^ nous les aurions fait objectives en oubliant le rôle important que notre œil Joue dans leur production. Nous ne nous arrêterons pas & repousser un reproche qui n*a rien de fondé; il n*est pas un physicien qui n'admette que les couleurs se produisent ions nos yeux ; que ta sensation de la couleur repose sur un certain changement dans l'œil, changement qui est produit par ^influence d'un stimulant quelconque ; mais il faut aller plus loin : les sensations diverses de rouge, d'orangé, etc. , naissent nécessairement de stimulants divers ; il y a donc évidemment dans chaque rayon lumineux un caractère distinctif, qui le rend propre à déterminer telTé ou telle sensation, et il semble dès lors très naturel qu'on lui attribue la couleur. Mais laissons-là ces discussions inutiles, et analysons le mémoire beaucoup plus méthodique de M. Élie Wartmann.

Ifômbre des daltoniens, *- Le nombre est beaucoup plus considérable qu'on ne le croit communément ; M. Seebeck a trouvé cinq daltoniens sur les quarante et quelques jeunes gens qui composaient les deux classes supérieures d'un gymnase de Berlin. Le professeur Pierre Prévost assurait que sur vingt individus il y a au moins un daltonien.

Signes caractéristiques, — Y a-t-il quelque moyen de décider, à la simple inspection de l'œil d'un individu, s'il est ou n'est pas daltonien? M. IVartniann n'ose pas affirmer que, dans tous les cas, la réponse doive être négative. Il semble que les daltoniens, dont les yeut sont brun noisette, offrent quelquefois, sous une incidence plus oa moins oblique, un reflet doré d'une nuance particulière; la présence de ce reflet peut quelquefois faire prévoir le daltonisme. L'on

a prétendu à tort qu'il y avait plus de daltoniens anx yeox Ueas qu'aux yeux noirs.

Répartition suivant le sexe, — On ne peut guère douter que le daltonisme soit beaucoup plus commun chez les hommes que cha les femmes. M. Szokalski a rassemblé un certain nombre de femmes et leur a montré séparément des échantillons de rubans, colorés diversement, en priant chacune d'elles, d'indiquer le nom et la nature des couleurs ; il fut frappé de Taccord parfait qui existait entre tontes les réponses. La même expérience, faite avec un certain nombre d'hommes, fut loin de donner le même résultat. A peine leur eut-^io montré les mêmes échantillons, qu'une vive discussion s'éiera eotre eux sur le nom des couleurs. La faculté de discerner les couleurs est donc prédominante chez les femmes ; Gall assurait que l'organe du coloris est plus développé chez la femme que chez l'homme.

Influence de Cage et de la parenté. — Le daltonisme date ordinairement de la naissance. Il est souvent héréditaire ; il attaque quelquefois un, deux ou plusieurs membres d'une famille, tandis que les autres en restent tout à fait exempts. Chose bien remarquable, la transmission du daltonisme a lieu plutôt par les femmes que par les hommes, quoique les femmes, comme nous l'avons vu , soient dlesmêmes très rarement atteintes de cette infirmité. M. Cunier, cependant, a récemment constaté l'hérédité du daltonisme dans cinq générations consécutives, et toujours chez les femmes, qui étaient seules attaquées.

Explication du daltonisme. — Quelques personnes ne voient dans cette affection qu'un vice d'intelligence, ou mieux qu'une perturbation des fonctions du cerveau ; d'autres admettent une coloration anormale de certaines parties de l'œil qui modifierait les couleurs véritables ; les troisièmes, enfin, croient devoir chercher la cause de l'imperfection signalée dans la sensibilité plus ou moins grande, nonseulement de la rétine en général, mais en particulier des diverses fibres nerveuses qui vibrent à l'unisson de telle ou telle couleur, ou qui sont impressionnées par telle ou telle nuance. Nous ne nous arrêterons pas à réfuter la première opinion ; la seconde a été énoncée par Dalton, qui concluait de ses observations personnelles que les humeurs de ses yeux et de ceux de ses élèves étaient colorées en bleu; il plaçait cette coloration particulière dans l'humeur vitrée;

SUBJECTIVES OU AGCIDBNTELLBS. 637

mais ks recherches des anatomistes n'ont jamais mis cette coloration en éyidence ; son admission, d'ailleurs, n'expliquerait que très«im* parfaitement les faits observés : que de personnes portent habituellement des Terres bleus sans cependant confondre les couleurs ! Goethe, an contraire, voulait que les daltoniens ne vissent pas le bleu, mais, à sa place, un pourpre affaibli, un rose et un rouge clairs et purs. Les faits contredisent évidemment cette manière de voir.

De l'ensemble des observations réunies jusqu'à ce jour, on peut tirer, il nous semble, ces deux conclusions : 1*" que le daltonisme n'atteint jamais la couleur jaune, on que tous les yeux voient le jaune ; 2° que les sensations des deux couleurs complémentaires sont inséparables, en ce sens que l'œil est sensible ou insensible pour tontes denx à la fois. L'œil qui perçoit le bleu perçoit aussi l'orangé ; l'cEil qui ne voit point le rouge ne disceme pas non plus le vert ; ces denx coulem^ sont par lui confondues. Ces deux conclusions résument belles seules tous les phénomènes du daltonisme. Elles sont d'ailleors ane conséquence nécessaire des théories de MM. Melloni et Plateau: on pouvait les énoncer à priori, avant de les retronver comme conséquences des faits.

Mais ces conclusions une fois admises, il devient évident qu'il faut chercher la cause et l'explication du daltonisme dans une insensifaiiité anormale de la rétine qui lui enlève la faculté de vibrer à l'unisson de tel ou tel rayon luminenx.

Nous n'insisterons pas davantage sur ce point ; terminons en indiquant le moyen très-simple par lequel Seebeck père redressait jusqu'à un certain point l'erreur commise par les daltoniens dans l'appréciation des couleurs. Ce moyen consiste dans l'emploi des Terres, on plus généralement des milienx colorés. Supposons, par exemple, que tel œil confonde le vert avec le ronge; il suffira évidemment d'armer son œil d'un verre rouge pour que la différence entre les deux couleurs soit nettement perçue. Rien n'égale la sur^ prise d'un daltonien lorsqu'on lui découvre ainsi les erreurs qu'il commet à chaque insunt Ce moyen, toutefois, ne remédie qu'aux méprises relatives à la nature des couleurs; elle laisse, en général, subsister celles qui portent sur les nuances d'une même teinte.

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