POLARISATION RECTILIGNE, CIRCULAIRE, ELLIPTIQUE
Nous débuterons en reproduisant la suite des curieuses observations de M. Haidinger, sur les caractères par lesquels la lumière polarisée se distingue à l'œil nu de la lumière ordinaire. C'est une question neuve, piquante, et que nous sommes heureux d'avoir soulevée le premier.
Des houppes colorées dans la lumière polarisée, par M. Haidinger.
Lorsque dans notre premier? volume nous avons signalé à l'attention du monde savant la brilhmte découverte de la présence de iHTOppes colorées jaunes et bleues dans tout faisceau de lumière polarisée, découverte faite en \Skk par M. Haidinger, l'un des plus illttstires minéralogistes du monde, ces houppes n'avaient encore été aperçues par. aucun physicien ; kur existence était grandement contestée, on les regardait comme une illusion optique qui avait sa source dans l'œil malade de M. Haidinger. En vain nous avions demandé aux plus savants physiciens de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la France, s'ils avaient aperçu ce curieux phénomène, si du moins
ils l'acceptaient de confiance : lear réponse attestait une désolante incrédulité. Mais quand, parvenu enfin jusqu'à Vienne, et initié au secret d'une observation délicate, nous eûmes vu de nos yeux ces houppes problématiques, et vérifié la vérité de toutes les assertions de notre savant ami, nous n'eûmes plus qu'un désir, et nous l'avons rempli sans rencontrer trop d'obstacles : c'était de convaincre tous les physiciens que nous rencontrions de l'existence incontestable d'un caractère certain auquel l'œil distingue la lumière polarisée de la lumière ordinaire ; caractère d'autant plus étonnant qu^ii avait échappé même aux savants qui, comme Huyghens, Malus, Arago, Young, Fresnel, Biot et tant d'autres, avaient consacré de longues années à la contemplation et à l'étude de la lumière polarisée.
De retour à Paris, nous adressâmes à M. Arago une Note que nous reproduisons ici en partie :
« Tant qu'un grand fait scientifique n'a pas reçu la sanction de l'Académie des Sciences, il ne s'impose pas an monde sayant ; son importance reste plus ou moins méconnue. Tel est le motif qui a fait désirer vivement à M. Haidinger, le célèbre minéralogiste et cristall<^raphe de Vienne, de vous voir constater bientôt devant l'illustre corps dont vous êtes l'un des secrétaires la présence si curieuse des houppes colorées dans tout faisceau de lumière polarisée. Vous avez répété ses expériences, tous ayez constaté la réalité des beaux phénomènes qu'il a décrits ; ses recherches se lient d'ailleurs entièrement aux vôtres ; mieux que personne, par conséquent, vous pourrez faire ressortir ce qu'elles offrent de remarquable et d'inattendu.
» Les mots faisceau, aigrette, houppe, ne disent pas assez, ne sont pas suffisamment exacts. Voici comment pn peut mieux se représenter cette singulière apparition : prenons de petites branches d'osier d'un jaune orangé pâle, assemblons-les en grand nombre, et serrons-les fortement par leurs milieux : cet ensemble dessinera, le plus parfaitement possible, le faisceau jaune dont nous avons déjà tant parlé. Â droite et à gauche du milieu plus resserré du faisceau, concevons deux petits amas de lumière violette : le phénomène auquel donne naissance la lumière polarisée sera alors complètement représenté.
n M. Haidinger a répété pour moi toutes ses expériences, et partout j*ai vu les mêmes apparences que lui : je n'en décrirai ici qu'une