‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 194 sur 244 · Dixième audience du Conseil de guerre · texte numérisé non relu

Dixième audience du Conseil de guerre

Dépositions du commandant Roy, du commandant Dervieu, du capitaine Duchatelet, de M. du Breuil, du capitaine Valdant. — Déposition du capitaine Le Rond. — Déclarations du colonel Picquart. — Lecture des dépositions d’Esterhazy à la Cour de cassation, de ses lettres au président de la République et de l’article Dixi. — Déclarations du général Gonse, du lieutenant-colonel Gendron, du commandant Lauth, du général de Boisdeffre. — Lecture de la déposition de M®° Pays dans l'enquête de la Cour de cassation. — Dépositions du général Lebelin de Dionne et de M. Lonquety.

— Lettre du président du Conseil à Trarieux. (RENNES ; /11, 447) :

Monsieur le Sénateur et cher Collègue,

En réponse à votre lettre du 18 courant, j'ai l'honneur de vous faire connaître que, malgré toutes les recherches faites dans mes bureaux, dans ceux des préfectures du Nord, de Meurthe-et-Moselle et des Alpes-Maritimes, il n’a été trouvé trace d'aucun document établissant que des fonds venant de l'étranger auraient été envoyés en France dans le but de soutenir la revision du procès Dreyfus.

M. Laurenceau, préfet du Nord, personnellement mis en cause à ce sujet, soit à la tribune de la Chambre, soit dans la presse, a déclaré formellement à la direction de la Sûreté générale qu’il n'avait jamais appris ni sigoalé aucun fait de cette nature.

è Agréez, monsieur le Sénateur et cher Collègue, l'assurance de ma haute considéraion, WALDECK-ROUSSEAU.

Voir au 16 mars et au 30 août.

LH Le PE/LI

— 306 — Août 1899.

— Gaston Méry publie, dans /a Libre Parole, sous le titre : Un aveu de Schwartzkoppen, le récit d’une chasse qui aurait eu lieu, suivant lui, en 1894, quelques jours après l'arrestation du capitaine Dreyfus, chez le vicomte de Chezelles, au château de Boulleaume (Oise). Parmi les invités de M. de Chezelles, se trouvaient MM. de Munster et de Schwartzkoppen :

Au cours de la chasse, le gendre de M. de Chezelles, M. des C.…., officier, vint à causer avec Schwartzkoppen de l'affaire Dreyfus.

L'un des invités de M. de Chezelles — je ne saurais dire si c'était M. des C... — osa émettre l'hypothèse de l'innocence.

— Jusqu'à preuve absolue du contraire, déclara-t-il, je veux croire qu’il n’est pas vrai qu'un officier de l’armée française ait trahi si bassement sa patrie.

C’est à ces mots que Schwartzkoppen aurait répondu à cet invité qu’il lui faudrait bientôt perdre de ses illusions.

Et, comme on insistait, l’attaché militaire allemand laissa échapper cette phrase :

— Eh bien ! oui, Dreyfus nous a livré des documents.

M. de Chezelles écrivit le lendemain à /a Libre Parole pour démentir ce récit :

Je viens de lire dans {a Libre Parole l'article inséré dans le numéro du mercredi 23 août, intitulé : Un aveu de Schivartzkoppen ; son contenu est de pure fantaisie.

Vous dites qu'à une chasse donnée au Boulleaume en 1894, et à laquelle prenaient part M. le comte de Munster et le colonel de Schwartzkoppen, qui étaient mes hôtes, une discussion aurait eu lieu chez moi, ce jour-là, à propos de l'affaire Dreyfus.

Il y a là une erreur matérielle que je tiens à détruire. La chasse en question n’a pas eu lieu en 1894, mais bien le 20 octobre 1897, ainsi que je puis le prouver. Il n’y avait alors aucune raison de discuter sur l'affaire Dreyfus qui était, depuis longtemps, terminée par le jugement du Conseil de guerre; par conséquent, l’aveu attribué en cette circonstance au colonel n’a pas été fait chez moi.

Mon gendre et moi pouvons affirmer que le nom de Dreyfus n’a pas été prononcé de toute la journée.

— On lit dans !’Intransigeant :

Le précieux coup de revolver tiré sur Me Labori et dont le secret reste d'autant plus impénétrable que la balle n’a pas pénétré.

— On lit dans /a Patrie :

Constatons simplement qu'on n’a pas plus retrouvé la balle dans le corps de l’honorable M° Labori que l'assassin dans l’admirable campagne de Rennes.

— M. Ferdinand Scheurer télégraphie au président du Conseil de guerre pour demander à être entendu contradictoirement avec le lieutenant-colonel Bertin- Mourot.

— La Tribuna affirme tenir d’une source absolument sûre les renseignements suivants qui, dit-elle, défient tout démenti :

Il est hors de doute que, jusqu’au jour où rarrestation du capitaine Dreyfus fut connue, ni le colonel de Schwartzkoppen, ni le colonel Panizzardi, n'ont connu ni entendu prononcer le nom de Dreyfus.

Il est exact que l’attaché militaire allemand a fourni amicalement des renseignements à son collègue italien ; mais il est hors de doute aussi que, jusqu’à un certain moment, jamais M. de Schwartzkoppen n’a dit à M. Panizzardi à quelle source il puisait ses renseignements.

Il s’est borné à déclarer à san camarade que les documents qu’il recevait lui venaient d’un officier supérieur français sans prononcer son nom.

On connaît le récit de M. Casella racontant la visite d’Esterhazy au colonel de Schwartzkoppen.

Eh bien! nous pouvons confirmer que cette visite a eu lieu le jour même où Esterhazy a été averti, par la lettre signée « Espérance », que tout était découvert.

Le colonel de Schwartzkoppen, qu’Esterhazy menaça alors de son revolver, se trouvait dans son cabinet de travail et sans armes ; il chercha en conséquence à calmer son agresseur en lui offrant de l'argent.

Ce n’est qu'après cette scène qui avait mis l’attaché militaire allemand dans un état d’agitation facilement compréhensible, que M. de Schwartzkoppen, racontant au colonel Panizzardi ce qui lui était arrivé, révéla pour la première fois que l'officier supérieur français qu'il avait désigné à son camarade comme étaut son informateur, n'était autre que le commandant Esterhazy.

— 391 — Août 1899.

— Francis de Pressensé écrit dans Aurore :

L'Intransigeant a publié, l’Eclair et la Patrie reproduisent, une dépêche signée : Francis de Pressensé, en date du 11 août, que la Presse de Montréal aurait publiée.

Cette dépê:he est un faux. Je n'ai adressé aucune dépêche, ni aucune communica- <ion quelconque à la Presse de Montréal. Je n’ai expédié à aucun journal, quel qu’il soit, une dépêche ou communication relative au dossier secret ou à un point quelconque de l'affaire Dreyfus...

— L'Agence nationale recoit de Londres la dépêche suivante :

Esterhazy a été, dans l'après-midi d'hier, l’objet d’une manifestation hostile, Accompagné de deux amis d'apparence française, le commandant se promenait dans Oxford street, lorsqu'il fut reconnu par quelques passants qui le huèrent. Une foule se forma bientôt et manifesta ses sentiments d’une façon tellement hostile que le commandant sauta dans une voiture qui fila à toute vitesse...

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