‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 203 sur 244 · Vingt et unième audience du Conseil de guerre · texte numérisé non relu

Vingt et unième audience du Conseil de guerre

M: Labori dépose des conclusions tendant à ce que le commissaire du gouvernement soit invité à prier le gouvernement de demander par la voie diplomatique la remise des documents énumérés au bordereau. Observations de M° Labori ; conclusions du commissaire du gouvernement; déclaration de M. Paléologue. — Déposition de M. Serge Basset, dit Paul Ribon. Déclarations du général Roget. Le général lit une lettre écrite par lui au président du Conseil de guerre et une lettre d'Esterhazy. Lecture de la lettre par laquelle le général Zurlinden a transmis au ministre de la Guerre le procès-verbal et le dossier du Conseil d'enquête Esterhazy. Déclarations du général Zurlinden. Déclarations du général Roget. — Déposition de M. Deffès. — Déposition de M. Trarieux. Le témoin donne lecture d’une lettre de l'expert Teyssonnières ; il lit, d'autre part, une lettre du comte Tornielli, une lettre du président du Conseil et une lettre de M. Louis Barthonù. Déclarations de M. Paléologue. — Jugement ordonnant le huis clos pour la déposition de Cernuszky. Jugement rejetant les conclusions prises par M° Labori.

— Me Labori fait notifier au commissaire du gouvernement les noms des deux anciens attachés militaires, Schwartzkoppen et Panizzardi, cités comme témoins. Il télégraphie, d’autre part, à l’empereur d'Allemagne et au roi d'Italie pour leur demander, dit le Temps daté du 7, « au nom de la justice et de la vérité, de vouloir bien lui transmettre les renseignements qu'ils pourraient posséder au sujet de l'affaire Dreyfus ».

— On lit dans le Temps :

Hier matin, le ministre de la Guerre, dès qu'il a connu l'incident provoqué à Rennes par le témoin étranger de Cernuszky, a adressé la dépêche suivante au commissaire du

gouvernement :

« En ce qui concerne la déposition de M. de Cernuszky, mettant en cause le témoignage de personnalités étrangères, le commissaire du gouvernement, dans l’intérêt de la manifestation publique de la vérité, devra demander que le huis clos soit limité à la désignation des noms de ces personnalités étrangères ».

Mais, en raison de l'éloignement et de la lenteur des communications, les instructions du ministre ne sont parvenues à Rennes qu'après le prononcé du jugement ordonnant le huis clos pour la totalité de la déposition du sieur de Cernuszky.

Toutefois, comme cette audience n’a pu encore avoir lieu, en raison des délais légaux -pour l’assignation de Cernuszky par la défense, le commissaire du gouvernement devra, d'ordre du général de Galliffet, présenter ses observations lorsque cette audience s'ouvrira et réclamer la cessation du huis clos dès que le nom étranger qu’on veut soustraire à la publicité aura été prononcé.

Voir RENxeEs : 111, 312, 380, 451, 455.

— Le Temps annonce que le ministre de la Guerre à fait enjoindre aux officiers cités comme témoins de quitter Rennes aussitôt après la clôture des débats.

— Les journaux français et étrangers du 5 et des jours suivants publient des renseignement(s sur le témoin Cernuszky.

Voir notamment le Figaro, le Siècle et l’Aurore, du 5 et du 6; le Temps, daté du 6, reproduisant un article de la Nouvelle Presse libre, de Vienne; le Petit Temps, daté du 9, reproduisant un article de l’Abendpost, de Vienne.

Voir, d'autre part, RENNES, LI, 552-554.

— La colonie serbe communique aux journaux la déclaration suivante (Figaro du 6 septembre) :

363 — Septembre 1899.

Dans sa déposition devant le Conseil de guerre de Rennes, le sieur Cernuszky, après avoir usurpé la qualité de Serbe, a prétendu descendre de « l'ancienne dynastie serbe ». Le dernier rejeton de cette dynastie est mort en 1428. La colonie serbe à Paris croit de son devoir de déclarer que l'individu en question, absolument inconnu dans les pays serbes, n’a aucun lien ni attache avec l’illustre dynastie dont il se dit le descendant,

6. — Séance à huis clos du Conseil de guerre. Déposition de Cernuszky. Examen des dossiers secrets.

Vingt-deuxième audience du Conseil de guerre.

Déclarations du général Roget. — Suite de la déposition de M. Trarieux. Le témoin lit une lettre écrite par lui au ministre de la Guerre au sujet des renseignements fournis sur Savignaud. Déclarations de Savignaud. Déclarations du colonel Picquart. Déclarations du commandant Lauth. Déclarations du général Zurlinden. Lecture d’une lettre du garde des Sceaux au ministre de la Guerre, du 16 septembre 1898. Déclarations de M. Paléologue. M. Trarieux donne lecture d’une partie desa lettre au ministre de la Guerre, du 6 janvier 1898. Déclarations du général Billot. Le général donne lecture d’une lettre adressée par lui au garde des Sceaux. M° Labori donne lecture de l’accusé de réception adressé le 16 novembre 1897 à Esterhazy par le chef de cabinet, signant par ordre du ministre de la Guerre. — Déposition du commandant Galopin. — Déposition du commandant Hirschauer. — Lecture d'une lettre du colonel Andry au président du Conseil de guerre. Lecture de la déposition du colonel du Paty de Clam, reçue par le rapporteur Tavernier.

— Le ministre de la Guerre, confirmant ses instructions du 21 juillet, télégraphie au commissaire du gouvernement pour linviter, au moment où il va prendre ses conclusions, à se pénétrer de l'arrêt de la Cour de cassation et à « se maintenir rigoureusement dans les limites que cet arrêt a tracées ». (Temps daté du 8 septembre ; cf. le Siècle du 7 septembre.)

— Le Temps publie une lettre ouverte de Jules Claretie au Conseil de guerre de Rennes. Cette lettre se termine ainsi :

Pour moi, aussi profondément persuadé de l’inanité de l'accusation en 1899 que j'étais persuadé de la culpabilité de Dreyfus en 1894 et de la bonne foi de ses juges, je libère aujourd’hui ma conscience. J’ai encore dans les oreilles les cris atroces de la foule, au matin de janvier 1895. Je ne veux pas, si un autre verdict rejette à une dégradation nouvelle, à un nouveau supplice, le capitaine Dreyfus, blême et dégalonné, garder dans le cœur le remords de n’avoir pas, du moins, poussé, füt-il inentendu, un autre cri, un cri de pitié !

De pitié, non; mais de justice. Mon Colonel, Messieurs les membres du Conseil de guerre, vous pouvez être demain les soldats de l’apaisement. La paix d’une nation, c’est aussi une bataille gagnée. Et, laissez un homme qui n'attend rien, ne peut rien, n’obéit.à aucun mobile, n’est ni un politicien, ni un publiciste tirant parti de ce qui désole et déchire la patrie, laissez-le vous dire que l'heure décisive est venue de confondre ces deux autres cris, nobles l’un et l’autre : Vive l’Armée ! Vive la Justice ! dans celui-ci, vibrant et réconfortant, immortel comme la patrie : Vive la France !

— Certains journaux ayant dit que le général Chamoin avait causé la veille avec Cernuszky, l'Agence Havas communique la note suivante (Temps daté du 8 septembre) :

L'entretien que l’on prête au général Chamoïn avec le nommé Cernuszky ne peut être que de pure invention.

Le général Chamoin a reçu la défense formelle de s’entretenir avec n'importe quel témoin.

— On lit dans Za Libre Parole (édition du soir) :

… Qu'était maintenant ce véritable bordereau ? Dans sa teneur, il ne différait en rien du bordereau qui fut au procès de Rennes et qui, selon toute vraisemblance, n’est qu'un fac-similé, une photographie; mais le bordereau initial, le vrai, portait quelque chose de plus, quelque chose d’essentiel, une annotation écrite et signée de la main d’un haut personnage.

Cette annotation, qui se composait de deux phrases, n’était pas écrite en francais, cela va sans dire. Nous croyons cependant pouvoir affirmer que la traduction suivante

— 364 -— Septembre 1899.

en reproduit très fidèlement le sens : « Envoyez le plus vite possible les pièces mentionnées ; faites en sorte que la canaille de Dreyfus se hâte ».

Vous voudriez connaître le nom de l’annotateur ? Nous ne le dirons pas. Mais nous pensons qu'en relisant attentivement certaines dépositions du procès de Rennes, il ne sera pas impossible de le deviner avec quelque certitude de ne pas se méprendre.

La Croix du 21 septembre publiera, sous le titre : Pourquoi Dreyfus est gracié, l’article suivant :

Les dreyfusards eux-mêmes sont surpris de la hâte mise par le président de la République à gracier Dreyfus, car plusieurs comptaient sur un nouveau procès d’où sortirait l’acquittement.

Ils ont dû y renoncer sur la menace de la production d'une photographie de l'original du bordereau qu’un homme d'Etat, en situation d'être bien informé, nous assure contenir l’annotation suivante, de la main même de l’empereur Guillaume.

Envoyez-moi le plus vite possible les pièces indiquées, faites en sorte que cette canaille de Dreyfus se dépêche. WILHEM (sic).

Le général Mercier possède une des photographies dudit bordereau; sept autres personnes en possèdent un exemplaire.

M. Loubet ne peut pas, évidemment, ignorer ces détails.

— On lit dans la Croix, sous la signature Le Moine :

En ce moment, on propose, paraît-il, aux juges de Rennes ce compromis : que quatre juges sur sept condamnent — ce sera assez pour sauvegarder l’armée — et que trois acquittent pour sauver l'accusé au moyen de la minorité de faveur, admise au profit des accusés dans les Conseils de guerre.

Nous préférerions la pleine expansion de la justice; mais, en tout cas, nous acceptons le verdict sans imiter le chantage de ceux qui menacent de lyncher après le jugement les défenseurs de la lumière et de la justice.

— Le Figaro publie une lettre ouverte de Michel Delines à de Freycinet :

.… Vous n’ignorez pas, sans doute, Monsieur, que la presse russe tout entière à l’exception de quelques feuilles antisémites dont l'opinion ne compte pas, reconnait l’innocence de Dreyfus et croit à la culpabilité d'Esterhazy...

Je ne peux croire, monsieur, que vous ayez voulu insinuer publiquement que vous doutiez du désintéressement des publicistes russes, malgré es nombreuses preuves de

dévouement qu'ils ont données à la nation sœur... La presse russe était en droit d'attendre autre chose d’un Français ancien ministre

de la Guerre.

Ne voyez-vous pas, au contraire, Monsieur, que les Novosti, les Rousskaia Viédomosti, les Pétersbourgskaia Viédomosti, journal dirigé par le prince Oukhtimski, ancien secrétaire de l’Eranpereur Nicolas IT, le Sine Otetchestva, les Birjévia Viédomosti, le Messager d'Europe, la revue où écrivait le grand Ivan Tourgueneff ; la Rousskoe Bogatstro, organe de la jeunesse russe; la Nediélia, revue qui, en 1873, a été suspendue pour avoir prématurément demandé l’alliance franco-russe : tous demandent l’acquittement de Dreyfus?

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