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ALES Janvier 1898,
mots pour dire ce que j'éprouve — toute la profonde gratitude, toute l’infinie reconnaissance que j'ai au cœur pour vous; si je n’ai pas succombé dans cette monstrueuse campagne, c'est à vous et à vous seul que je le dois, lorsque je trouve votre lettre...
— M° Jeanmaire, secrétaire de M° Tézenas, déclare que « le jugement était connu et la décision des juges prise avant leur délibération, qui n’a pas duré plus de trois minutes ».
— Le grand-rabbin Zadoc Kahn écrit à Maurice Weil :
.… (Je vous autorise formellement à déclarer de ma part à tous vos amis que cette lettre qui vous fut adressée dans le courant de l’été 1894 vous a été écrite à mon intention et pour m'être remise en vue d'assurer le succès des démarches que vous me demandiez de faire en faveur du commandant, que cette lettre est restée dans mes mains et m'a encore servi en 1896 pour des démarches analogues; enfin que c’est absolument en dehors de vous et à votre insu que cette lettre est parvenue entre les mains de l’oflicier chargé de l'instruction. »
(Css. : I, 310).
— Dans la soirée, le colonel Picquart reçoit deux convocations : l’une (arrivée en son absence) lui prescrivait de se rendre à la Place le soir même, l’autre (recue par lui) de s’y rendre le lendemain matin, huit heures. (Cass, : dép. Picquart, I, 206.)
43. — Lettre d'Émile Zola au président de la République, publiée par l' Aurore sous le titre J’accuse !.…
.… J’accuse le lieutenant-colonel Du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.
J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.
J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable du crime de lèsehumanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l’Etat-Major com-
romis.
É J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même crime, l’un sans doute par passion cléricale, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l’arche sainte, inattaquable.
J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d’avoir fait une enquête scélérate, j'entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.
J'accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d’avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu’un examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.
J’accuse les bureaux de la guerre d’avoir mené dans la presse, particulièrement dans l’'Eclair et dans l’Echo de Paris, une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.
J'accuse, enfin, le premier conseil de guerre d’avoir violé le droit en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le second conseil de guerre d’avoir couvert cette illégalité par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un coupable.
— Interpellation à la Chambre de M. de Mun sur les mesures que le ministre de la Guerre compte prendre à la suite de l’article de Zola. De Mun, Méline, Billot, Jaurès, Cavaignac et Alphonse Humbert prennent la parole.
Méline annonce que des poursuites seront exercées contre Zola.
Cavaignac affirme qu'il existe « un témoignage contemporain écrit » des aveux de Dreyfus.
Alphonse Humbert nie toute relation de l’Éclair avec le ministère de la Guerre. Par 312 voix contre 122, la Chambre adopte l’ordre du jour suivant, présenté par de Mun, et additionné d’une déclaration de confiance :
La Chambre, approuvant les déclarations du gouvernement, et comptant que le gou-
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— 141 — Janvier 1898.
vernement saura prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à la campagne entreprise contre l'honneur de l’armée, passe à l’ordre du jour.
— Le Sénat procède à la réélection de son bureau. Scheurer-Kesiner n’est pas réélu vice-président et n'obtient que quatre-vingts voix.
— Le colonel Picquart, frappé de soixante jours d’arrêts de forteresse, est arrêté chez lui à sept heures et demie du matin et conduit au Mont-Valérien. (Cass. : dép. Picquart, 1, 206.)
Le ministère de la Guerre communique à ce sujet aux agences la note suivante:
A la suite des faits révélés par l'instruction et les débats de l’affaire Esterhazy, le lieutenant-colonel Picquart a été mis aux arrêts de forteresse jusqu’à la décision à intervenir pour son renvoi devant un Conseil d'enquête.
— L'Éclair publie sous le titre : M. Picquart, un violent article contre le colonel Picquart et contre M° Leblois.
L'affaire Esterhazy est terminée : l’affaire Picquart commence. De quelle façon se liquidera-t-elle? Devant quelle juridiction? On ne sait rien, sinon qu’en dépit des plus hautes influences, M. le lieutenant-colonel Picquart sera appelé à s'expliquer devant des juges sur sa conduite.
Me Leblois l’assistera — mais non à titre de défenseur — à titre de témoin, et, au moins moralement, à titre de coaccusé.
(Après avoir affirmé que la femme divorcée du colonel Picquart — qui est célibataire — habitait Strasbourg et déclaré que les quatorze lettres du général Gonse étaient insignifiantes, l’article ajoute) :
La quinzième lettre (du général Gonse) sur laquelle on comptait, qui était promise, n'est jamais venue. Le faussaire, qui en était chargé, a été décommandé au moment où l’enquête passait à la loupe les documents.
Enfin l’article se termine ainsi :
L'affaire Picquart révélera comment fut établi le dossier, et l'affaire Mathieu Dreyfus comment fut mené le complot.
— Le Temps reproduit l’information suivante : On annonce que le commandant Esterhazy est mis à la retraite d'office.
— Conférence à la Maison du Peuple. Approbation de la lettre de Zola au président de la République. Appel aux socialistes pour une œuvre de justice.
44. — Mme Lucie Dreyfus écrit à Cavaignac pour protester contre les affirmations apportées par lui, la veille, à la tribune, au sujet des aveux que son mari aurait faits au capitaine Lebrun-Renault.
— Un certain nombre de professeurs de l'Université et d'hommes de lettres, parmi lesquels Émile Zola et Anatole France, prennent l’initiative d'une pétition en faveur de la revision :
Les soussignés, protestant contre la violation des formes juridiques au procès de 1894
et contre les mystères qui ont entouré l'affaire Esterhazy, persistent à demander la revision.
— Lettre de l’Association générale des étudiants à Emile Zola, au sujet de -la lettre J’accuse :
.… Le Comité, réuni immédiatement, a décidé de vous exprimer son douloureux étonnement, avec la franchise que vous-même avez mise dans votre appel à la jeunesse.
… Nous mettons au-dessus de tout soupçon l’armée, qui est la plus noble expression de la patrie, et ses chefs qui sont les gardiens de l’honneur national.
— Divers groupes d'étudiants adressent des félicitations à Zola et protestent contre l'attitude de l'Association générale des étudiants. {Aurore du 15.) — M. Andrade, professeur adjoint à la Faculté de Rennes, écrit au général
Mercier, ancien polytechnicien comme lui, pour établir la nécessité d’une revision du procès de leur ancien camarade Dreyfus.
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— 4142 — Janvier 1898.
— L'Agence nationale communique aux journaux une note relatant une démarche que le commandant Esterhazy aurait faite la veille auprès du général de Pellieux pour lui faire part de son intention d'engager divers procès. A la suite des observations qu'aurait soulevées le général de Pellieux, Esterhazy aurait immédiatement libellé une demande de mise à la retraite. Cette note se termine ainsi :
Le commandant Esterhazy est donc mis à la retraite sur sa demande et non d'office.
— Le Siècle, publie un article sur « La pièce secrète du procès Dreyfus ».
— Me de Boulancy écrit au général de Pellieux, pour se plaindre des accusations odieuses qu'il laisse peser sur elle dans l'intérêt d’Esterhazy.