‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 1 sur 269 · Répertoire diplomatique · texte numérisé non relu

Répertoire diplomatique

Depuis que la Diplomatie a pris un si grand ascendant, et que, modératrice habile, souvent heureuse, elle gouverne en réalité le monde par le seul empire du droit et de la justice, depuis celte époque elle est aussi devenue, comme science, l'objet d'une étude plus approfondie , et s'est trouvée naturellement placée en première ligne des connaissances humaines.

Il est d'abord nécessaire d'expliquer ici les différentes significations du mot diplomatie que, depuis la fin du wiii' siècle, on a substitué à l'expression trop générale de politique. Dans l'acception la plus étendue de ce terme, la Diplomatie est la Seienee des Relations Extérieures ou

Affaires Etrangères des Etats; elle embrasse le système entier des intérêts qui naissent des rapports établis entre les nations ; elle a pour objet leur

sûreté, leur tranquillité, leur dignité respectives, et son but direct, immédiat, est, ou doit être au moins, le maintien de la paix et de la bonne harmonie. Dans un sens plus déterminé, on nomme Diplomatie tari de concilier les intérêts des peuples entre en.r , c'est-à-dire lu science ou fart des négociations. Plus pratiquement enfin, la Diplomatie a pour objet de connaître la fjrce, les moyens, les intérêts, les droits, les craintes et les espérances des différentes Puissances, afin de nous mettre en garde contre elles, et de pouvoir à propos les concilier, les désunir, les combattre ou nous lier avec elles, suivant ce qu'exigent nos propres avantages et notre sûreté*.

11 suffit de ces simples définitions pour faire comprendre que la Diplomatie est une science difficile, compliquée, en même temps qu'elle est un art de haute stratégie et de tactique; elle ne peut donc s'apprendre qu'au prix d'un travail assidu pendant une longue série d'années; tout le monde d'ailleurs n'y est pas apte, et personne n'a le don de la deviner par intuition. Outre la science fondamentale qui est dans les livres, il y a la connaissance des termes, des formes, des usages, des hommes diplomatiques, qui ne saurait se puiser que dans la pratique.

Ce qui revient à dire que « pour négocier et traiter, en un mot pour faire de la Diplomatie, » il faut, malgré les exemples contraires qui tendaient à se multiplier au grand dommage des intérêts nationaux, il faut, disons-nous, employer des Diplomates, par la môme raison que l'on emploie des Généraux pour commander les armées, des Amiraux pour diriger les escadres, et des Jurisconsultes pour décider les points de droit.

Originairement, comme elle était fondée sur les traités d'alliance et de famille, des contrats de mariage, des testaments, des concessions, des Chartres, la Diplomatie n'était d'abord qu'une sorte de Jurisprudence à l'usage des Souverains; les peuples n'y avaient qu'une part précaire. Dans cette science, le cérémonial, les formalités de l'étiquette occupaient beaucoup de terrain. Pour se mettre en scène, un Diplomate devait être muni d'un vaste appareil de connaissances, dont quelques-unes même étaient minutieuses ; on ne pouvait les acquérir qu'à force d'application et d'étude, et comme l'emploi des facultés intellectuelles, n'importe à quel sujet, tourne toujours au profit des bonnes têtes, il se forma des

1. Voyex Traité de Diplomatie <m Théorie générale des Relations Extérieures des Puissances de l'Europe, par M. le comte de Gardes, t. I,r, Prolégomènes.

Code diplomatique de l'Europe ou Principes et Maximes du Droit des Cens moderne, par le même, 1. 1", p. 40.

( Bey*rteahe J I a*atsbihlloth«fc I

l MOnchan I

PROSPECTUS

hommes d'une grande capacité. A l'époque du congrès de Munster, les affaires furent traités pesamment, mais solidement. Plus d'un siècle après l'édifice était encore debout.

Par la suite, on élagua ce qu'il y avait d'excessif dans le cérémonial; il resta constitué dans ce qu'il a de sévère et d'imposant; mats en faisant disparaître quelques entraves la Diplomatie substitua trop libéralement peut-être la raison des convenances à la considération du droit établi. 11 n'y fut plus question que de tirer parti de la situation du moment. Dès lors un profond savoir juridique devint moins nécessaire qu'une certaine habileté, une certaine distinction. Sous ce point de vue, les hommes de cour, les grands seigneurs, les gens d'esprit étaient parfaitement à leur place. Aussi envahirent-ils bientôt tout le domaine de la Diplomatie, et on expédia les affaires lestement. Mais la raison des convenances n'obtenant pas toujours un entier crédit, on eut recours à un motif dont jusqu'alors la Diplomatie n'avait point fait usage, celui de X intérêt des nations. Ce motif n'eut d'abord qu'une existence purement nominale, et les relations de commerce, par exemple, ne parurent que d'une importance secondaire.

Mais successivement le bruit de la fiction éveilla la réalité ; le système représentatif commença à se faire jour, et il fallut mettre dans la balance des rapports politiques le poids d'éléments nouveaux. Dès ce moment, il fut impossible que les vœux, les opinions des peuples, et surtout leurs intérêts positifs, matériels, de territoire même, n'entrassent pas en première ligne dans les transactions des Cabinets. Aussi, à partir de cette époque, la Diplomatie a-t-elle pris une extension prodigieuse; en surcroît des grandes affaires de la politique générale et des relations habituelles de Cour et d'État soigneusement ménagées entre les Puissances, tous les faits si nombreux et si divers de l'ordre économique, tous les intérêts de plus en plus développés du commerce et de la navigation sont venus prendre dans la sphère des négociations une place considérable, et réclamer une égale vigilance de la part des Ambassades et des Consulats; l'action de la Diplomatie est alors devenue incessante et universelle, comme l'action de la civilisation elle-même : et, soit que discrète et mesurée, prudente et conciliatrice, elle progresse inaperçue; soit que, nouvelle puissance sociale, elle se manifeste dans les Conférences et les Congrès, c'est toujours par son prestige que les Souverains, demeurés seuls maîtres suprêmes de la politique internationale, parviennent à maintenir ou à rétablir « cet état transitoire heureux » que l'on nomme la pair.

Quel que soit aujourd'hui le degré d'avancement où la science diplomatique est parvenue, il manquait cependant à sa bibliographie un corps d'ouvrage régulier, systématique, un livre essentiel du catalogue, le principal même, c'est-à-dire X histoire générale des rapports juridiques, des négociations et des transactions de toute nature qui ont eu lieu entre les peuples depuis la première fixation de ces rapports jusqu'à notre époque même, en un mot X histoire diplomatique de tous les temps et de tous Us pays.

Ce grand travail, comprenant les faits historiques et les actes diplomatiques, la filiation des événements et la série des contrats qui ont successivement amené la formation du droit international , et caractérisé les phases diverses du Système politique des États de l'Europe, ce grand travail, disons-nous, était depuis longtemps réclamé et l'on s'étonnait qu'une pareille lacune subsistât, lorsque la- Diplomatie est tellement en honneur qu'elle est le point de mire de toutes les ambitions que justifient le talent et la fortune, le bonheur d'un nom illustre, une position considérable ou des services éminents.

Cette lacune vient d'être remplie par la publication du Répertoire diplomatique. M. le comte de Garden, qui le premier en a formé le dessein et rédigé le programme, était également désigné pour en réaliser l'exécution. Plus de vingt années d'application à des études spéciales, des travaux accueillis avec faveur dans tous les tftats, et qui ont valu à l'auteur d'illustres suffrages; c'étaient là d'importantes conditions réunies. Aussi les premiers Gouvernements de l'Kurope, les plus grands Princes ont-ils déjà honoré de leurs souscriptions le Répertoire diplomatique.

Pour donner une idée de ces Annales de la politique extérieure, il nous suffira de relater ici les premières lignes de X Introduction. Voici en quels termes s'exprime l'auteur :

« De tous les monuments de l'histoire, il n'en est point qui surpassent en valeur, en autorité, les actes émanés du Pouvoir souverain ; et parmi ces actes il faut placer au premier rang les Transactions internationales, les traités et conventions diplomatiques. Les Traités, en effet, sont les archives des nations, les titres de tous les peuples, les engagements qui les lient, les droits qu'ils ont acquis ou perdus; il n'est donc pas de connaissances plus importantes pour les hommes d'État, pour les Diplomates surtout, que la confiance du Prince appelle à devenir « les défenseurs « jaloux des intérêts de la patrie, et les gardiens sages mais fiers de sa

PROSPECTUS. 3

« puissance et de son honneur; » mission sublime, tâche immense qui, dans tout pays, imprime un caractère sacré à la personne des Ambassadeurs.

« Mais pour s'élever à la hauteur de pareils devoirs, « et pour être en état de se régler sur les exemples contemporains, il faut nécessairement, dit un habile négociateur, avoir travaillé sur les modèles anciens. On n'apprend, en effet, à manier les affaires publiques que par l'imitation, c'est-à-dire en observant comment procédaient les maîtres dans l'art, et en faisant, à l'occasion, une juste application de la méthode qu'on a vue réussir. Rien ne saurait mieux remplir cet objet que la lecture des >Éc,ociatio.ns, qui enseignent la manière dont on a suivi une grande affaire; comment les ordres du Prince ont été exécutés; quelles tournures différentes une grande négociation a su < essivement prises; quel changement les incidents imprévus ont occasionné dans les Instructions. On y trouve les portraits des Ministres illustres ou fameux et l'influence que leur caractère a exercée ; là, non-seulement on apprend à se conduire, mais aussi à rendre compte de sa conduite, de ses démarches, de ses discours, des communications que l'on a reçues et du jugement que l'on croit devoir en porter. »

« Par les termes de négociations, de transactions, nous n'avons pas entendu désigner seulement les traités, les partes eux-mêmes, tels que Traités d'alliance, de pair, de con fédéral ion* de neutralité, de commerce, de navigation, de limites, d extradition , d'échange, de protection, de garantie, de subsides; Concordats; Traités et contrats de mariage des Souverains; Conventions de toute nature, consulaires, postales, littéraires, télégraphiques , de jonction et de service international des chemins de fer, etc. ; nous comprenons encore, sous le titre générique de transactions. tous les actes relatifs au.r négociations on autres dans les attributions du département des Affaires Etrangères, qui ont été publiés par ordre ou avec l'autorisation des Gouvernements. Ainsi, nous rangerons dans cette catégorie les manifestes, les déclarations des Cabinets, les notes qu'ils ont échangées, les instructions ostensibles des ambassadeurs, les dépêches des Envoyés à leur Cour, les procés-verbau.r des conférences, les Ileccz de Congrès; puis, dans une autre st'-rie, tout ce qui concerne les traditions de chancelleries, le cérémonial et Y étiquette des cours, les dignités, fitulatures, honneurs, prééminences ; les sacres et couronnements; les Entrevues des Souverains; les investitures des grands fiefs, fondations et statuts des Ordres; les Entrées publiques, audiences, fonctions, privilèges, franchises

6 Ht PEU TOI HE DIPLOMATIQt E.

et immunité" x des ambassadeurs et autres ministres publies; les questions de préséance; et enfin, pour complément interprétatif, les récits les plus attrayants par la grandeur des intérêts et la distinction des personnages mis en jeu, les exemples des maîtres de la politique, les sages préceptes et les enseignements qui se trouvent à toute page dans les Lettres et Mémoires que nous ont légués les Ministres et les Ambassadeurs. >

On connaît maintenant les immenses matériaux qu'il s'agissait de mettre en œuvre pour en composer l'histoire politique, l'histoire sérieuse, authentique, telle que l'ont faite ou écrite les maîtres, et dont nous offrons en ce moment un spécimen dans le magnifique travail du marquis de Torcy où sont analysés et commentés plus de douze cents actes diplomatiques.

Du reste, ces matériaux ne se trouvent que répartis ou disséminés dans un nombre infini d'ouvrages qui, publiés dans un intervalle de cent cinquante ans, présentent des omissions regrettables et sont encombrés de répétitions ou de pièces n'appartenant pas aux relations extérieures; ils sont en outre remplis de fautes, d'erreurs de tout genre, et dans une telle confusion que « l'on a vraiment peine à s'orienter et à trouver le fil de l'ordre dans ce labyrinthe de documents. » D'autre part, ces ouvrages, quoique d'un prix très-élevé, sont, pour le plus grand nombre, c< imprimés d'une manière détestable et avec ces petits caractères qui dévorent les yeux. » Il s'agissait donc en définitive de réduire une masse énorme d'infolio et d'in-quarto à ce qu'ils renferment de substantiel, d'instructif, de réellement utile, et de les remplacer par une collection uniforme, commode, élégante, par une sorte de bibliothèque portative qui devint le vade-mecum du diplomate, du négociateur, le mémorial de l'homme d'État, et constituât réellement le livre fondamental des études politiques.

lin effet, bien que le Répertoire diplomatique soit le livre des Princes, des Ministres, des Ambassadeurs et des Conseillers d'État, il est indispensable dans toute bibliothèque politique ou militaire, d'histoire ou de droit; les Pairs, les Sénateurs, les Généraux, les Magistrats, les Jurisconsultes, les Publicistes, les Députés, les Administrateurs d'un ordre élevé ne peuvent se passer de cette importante collection, car tous doiv ent connaître les faits, les négociations, les divers ressorts de la politique, les hommes éminenls qui la dirigent, et les actes sur lesquels reposent les droits, les prétentions, le rang et la puissance t non-seulement de leur propre pays, mais encore ceux des autres États. C'est l'ensemble de ces notions précieuses que renferme le Répertoire dipmima-iiqle.

PROSPECTUS

Lb Répertoire Diplomatique est composé do deux séries qui paraissent simultanément.

La première série comprend les monumenls et traditions du Droit et de l'histoire diplomatiques, depuis les origines. Trois volumes sont déjà publiés et renferment : \° un Expose préliminaire; i" des Considération* générales sur les traités des Prinrcs ou coup d'ail sur la politique aux xv <•/ xvi' siècles; A" les premiers livres de I Histoire des Traités de paix et autres négociations du xvir siècle, où l'on donne l'origine des prétentions de toutes les Puissances; 1° un Étal u > nintif des Ministres des Affaires étrangères de France depuis la création du Dépuilimicnl ; 5° le Taldcau chronologique des Ambassadeurs et Ministres de France auprès des Puissances étrangères depuis trois cents ans, et, réciproquement., le Tableau des Ambassadeurs et Ministres étrangers près la Cour de. France. C'est le registre de toutes les célébrités de la Politique; il n'est pns une famille illustre qui n'y trouve son représentant. C'est, ou peut le dire, lo « livre d'or » de la Diplomatie.

La deuxième série, dont le premier \olume est sous presse, est consacrée aux Transactions contemporaines ; elle eit précédée : \° d'une Élude ou Discours préliminaire sur les Traités; 2* de la Table générale des Faits historiques et des Actes diplomatiques compris dans la première série. C'est lo plus curieux itinéraire du domaine entier de la sc ience, et le guide le plus sur pour apprendre h bien connaître les Révolutions du Système politique des Étals de l'Europe.

Le Répertoire diplomatique formera trenlc volumes grand in-8* jésus, composé chacun de deux fascicules qui paraissent de mois en mois. Le prix du fascicule est de 7 francs.

Il a été tiré un petit nombre d'exemplaires sur papier vélin superlin, dont le prix est de 15 francs.

Page 1