LIVRE I. — CHAPITRE X
sous leur bannière, il est porté dans la capitulation de la France qu'ils pourront aussi trafiquer en Turquie sous la bannière de France, sans que l'ambassadeur d'Angleterre les en puisse empêcher. Ce traité contient encore plusieurs privilèges accordés aux Anglais, et règle ce qu'ils doivent payer pour la douane.
Traitf entre Charles n et ceui d'Alger, pour établir la paix et le commerça
entre eux (1M2).
Le roi d'Angleterre étant irrité des déprédations que les corsaires de Barbarie faisaient journellement des vaisseaux de ses sujets, envoya contre eux une flotte au mois de mars 1662, sous la conduite du chevalier Lawson. Cette flotte fut d'abord à la rade du royaume d'Alger, et y prit en peu de temps beaucoup de vaisseaux, de sorte que le bassa, le divan et les gouverneurs d'Alger furent contraints de faire, le 3 mai de la même année, un traité de paix avec ce chevalier Lawson, au nom du roi de la Grande-Bretagne, son maître.
Par ce traité ils convinrent que les sujets des deux royaumes ne se feraient à l'avenir aucune insulte; que les vaisseaux du roi d'Angleterre et de ses sujets pourraient entrer dans les ports de la ville d'Alger et de tous les lieux de ce gouvernement, en payant les droits accoutumés de 10 pour 100; que les vaisseaux des deux partis passeraient les mers et exerceraient leur trafic sans pouvoir être recherchés; que les sujets du roi d'Angleterre qui étaient esclaves seraient mis en liberté, en payant les sommes pour lesquelles ils auraient été vendus ; qu'on n'en pourrait plus vendre ni acheter, ni faire esclaves dans Alger et dans les lieux qui en dépendent; que si quelques vaisseaux d'autres pays y amenaient des Anglais ou des marchandises qui leur appartinssent, on ne les y pourrait vendre, et les gouverneurs donneraient leurs ordres pour laisser la liberté aux hommes, et restituer les marchandises ; que si des marchands sujets du roi d'Angleterre mouraient dans Alger, leurs effets seraient mis entre les mains du consul de la nation anglaise; que le consul y aurait un lieu pour
faire les prières publiques, et que ni lui ni aucuns autres sujets du roi d'Angleterre ne pourraient être troublés dans l'exercice de leur religion ; que si quelque sujet du roi d'Angleterre frappait un Turc ou un More, il serait puni ; mais que s'il se sauvait . on ne maltraiterait point le consul ni aucun autre Anglais pour ce sujet ; que les capitaines des vaisseaux de guerre anglais pourraient vendre leurs prises dans Alger sans payer aucun droit de douane, et pourraient y acheter leurs provisions au prix courant; que les Anglais ne payeraient les droits de la douane que pour les marchandises qu'ils vendraient, et qu'ils pourraient remporter celles qui leur resteraient sans payer aucuns droits; que quand ils feraient naufrage, il ne leur serait fait aucun tort, et que les peuples d'Alger leur aideraient pour sauver les débris de leurs vaisseaux et de leurs marchandises; que le consul anglais ou autres de la nation ne seraient point tenus d'acquitter les dettes d'un autre Anglais, si ce n'était qu'ils l'eussent cautionné; qu'ils ne seraient point tenus de comparaître devant un autre juge que le divan ; que les Anglais qui auraient quelque différend les uns contre les autres, ne seraient jugés que par le consul , que nul Anglais étant dans les ports d' Alger ne serait maltraité-, et qu'on ne prendrait point connaissance de ses affaires; que quand un vaisseau de guerre d'un des deux partis rencontrerait un vaisseau de l'autre parti , il ne l'enverrait reconnaître que par un bateau où il y aurait deux hommes outre les rameurs, et que montrant à ces deux hommes un passeport, ou leur faisant connaître que plus de la moitié de l'équipage appartient aux sujets d'un des deux Ktats, on ne le pourrait rechercher davantage; qu'après la signature de ces articles par les gouverneurs d'Alger, tous les torts et dommages faits de part et d'autre par le passé seraient pardonnés ; que ceux que l'on ferait jusqu'à l'avis du traité seraient réparés, et que, s'il arrivait à l'avenir quelque sujet de mécontentement , on chercherait les moyens de les composer à l'amiable, et qu'on ne romprait point la paix, si ce n'était qu'on refusât d'en donner satisfaction.