LIVRE I. — CHAPITRE I
sépara avec son royaume de l'obéissance du pape, et se déclara chef de l'Église anglicane, sans néanmoins rien innover dans les autres dogmes de la religion catholique. Il mourut en 1547, laissant trois enfants : Édouard, fils de Jeanne Seymour, qui n'avait que neuf ans; Marie, fille de Catherine, et Élisabeth, fille d'Anne de Boulen.
Édouard lui ayant succédé, son oncle, Édouard Seymour, qui était luthérien, fut déclaré Protecteur du roi et de son royaume; il bannit la religion catholique d'Angleterre pendant la minorité du jeune roi , et y introduisit le luthéranisme et plusieurs autres sectes.
Édouard étant mort en 1553, Marie, qui lui succéda, rétablit la religion catholique en Angleterre, et épousa Philippe II, roi d'Espagne.
Mais cette reine étant morte en 1558, sa sœur, Élisabeth, qui se fit reconnaître pour reine, chassa pour une seconde fois la religion catholique d'Angleterre, et y rétablit la protestante à peu près dans le même état qu'elle y avait été du temps d'Edouard, laissant néanmoins encore plusieurs cérémonies de la religion catholique. La passion qu'elle eut pour l'agrandissement de sa secte fut le principal motif des grands secours qu'elle donna aux Etats généraux qui s'étaient soulevés contre le roi d'Espagne ; elle l'engagea même à entrer ensuite en guerre ouverte contre ce roi , auquel ses flottes causèrent beaucoup de dommage, particulièrement en Amérique; elle s'allia aussi avec le roi Henri IV, qu'elle assista dans les guerres qu'il eut contre la Ligue et contre l'Espagne , principalement avant qu'il se fût fait catholique. ' Enfin, après avoir régné glorieusement plus de quarante-quatre années sans avoir voulu se marier, elle mourut en 1603, ayant déclaré pour son successeur Jacques VI , roi d'Ecosse. Ce prince était de la maison des Stuarts , tant du côté paternel que maternel : Robert II , quatrevingt-dix-neuvième roi d'Écosse, fut le premier roi de cette maison; il avait succédé à son oncle maternel , le roi David Bruce , en l'année 1371. Robert laissa ce royaume à ses descendants, entre lesquels Jacques VI épousa, comme je viens de le marquer, Marguerite, fille d'Henri VII, roi d'Angleterre; et Jacques IV fut père de Jacques V, qui laissa sa fille Marie héritière de son royaume.
Cette illustre reine étant veuve de François II , roi de France,
m HISTOIRE PÉ# T"AIT^S UE fAlX.
épousa Henri Sluart, lord Darnley 1 çt fils du, confie de Lennon. Ce jeune rpi ayant conçu une forte jalousie contre un secrétaire italien auquel la reipe avait grande confiance , le fi,t poignarder presque devant les yeux de cette princesse, qui riait grosse, et qui accoucha peu. après d'un prince, qui fut ^ominé Jacques, y.ïïc témoigna tant de déplaisir de cette action violente , que \c roi sou mari s'étant trouvé peu après étranglé par des gens apost<s, qui firent ensuite sauter par une mine la maison où il était couché, et les Écossais voyant que la reine avait épousé. Bothwell, qu'on accusait de ce meurtre, ils crurent qu'elle l'avait fait fairp : ainsi ils la firent prisonnière et l'obligèrent de renoncer à la royauté. La reine s 'étant sauvée de la prison, révoqua sa renonciation, et se retira en Angleterre poqr demander la protection de la rejne Elisabeth- Mais au lieu de prendre son parti, cette priucessç la fit arrêter et lui fit trancher la tête après vingt années de prison, en 1587r Aussitôt après l'évasion de Marie Stuart, les écossais firent couronner son (ils, Jacques VI, qui n'avait alors que treize mois; eu même temps ils bannirent U'Kcosae, par un édit solennel, l'exercice de la religion catholique, ils y établirent la protestante, et eurent soin d'élever le jeune roi dans les sentiments que ses successeurs ont toujours conservés depuis.
Comme ce prince était le plus proche parent de la reine Elisabeth et l'héritier présomptif de la couronne d'Angleterre , cette reine l'institua son successeur par son testament , en sorte qu'il entra eq posr • session de ce royaume sans aucune opposition, ç\ l'Angleterre, l'$cosse et l'Irlande commencèrent dès lors d'être unies sous un même roi, ce qui n'avait pas encore été. Jacques ne voulant pas faire à sa patrie, qui $\sd\ anssj son premier royaume , le déshonneur d'abandonner le titre dé rpi d'Ecosse, pour prendre celui de roi d'Angleterre, redonna l'ancien nom de Bretagne toute l'île composée de l'Angleterre et de l'Écossc, la nommant néanmoins la Graude-Urotagne, pour la distinguer do la province de France qui porte le même nom, et ainsj i) $e qualifia toujours depuis roi de la Grande-Bretagne.
Ce roi, qui a toujours été fort pacifique, lit la paix avec l'Ks-
LIVPE; \. - ÇHAPITBE I. «19
pagne et avec les archiducs Albert et Isabelle, peu après son avènement à la couronne d'Angleterre, Il fit une alliance particulière avec Henri IV et avec son fils Louis XI U; ii contribua À U trêve entre l'Espagne et les Provinces Unies, dont i\ &q rendit garant; mais l'ambition de son gendre Frédéric, électeur palatin, qui avait voulu usurper la couronne de Bohême, fut cause, vers, la fin de ses jours, qu'après plusieurs traités inutiles pour le faire rentrer par accommodement dans ses États patrimoniaux il en fit d'autres pour faire la guerre à l'empereur et au roi d'Espagne, qui l'en avaient dépouillé. La mort, qui le surprit peu après, en 1625. fut cause que ces traités furent aussi sans effet à son égard.
Charles l", son fils, lui succéda dans son royaume et dans ses desseins contre l'empire et contre l'Espagne ; il les interrompit par la guerre qu'il entreprit contre la France. Enfin, il conclut la paix avec tous les étrangers , mais ce fut pour s'engager dans une guerre civile contre son parlement, laquelle lui coûta la vie en 16*9. Charles 11 prit le titre de roi aussitôt après la mort de sou père, et fut reconnu parles Écossais et par plusieurs Irlandais en cette qualité; cependant, l'Etat d'Angleterre fut réduit en fornii' de république, la chambre haute fut cassée et l'autorité souveraine résida dans la seule chambre basse du parlement. Ce parlement envoya pqur général en Irlande, et puis en Ecosse, Olivier Cromwell, qui défit partout les royalistes et obligea le roi Charles de se sauver hors de l'île, en 1651. Cette victoire établit pleinement la forme de république dans les trois royaumes.
Depuis ce temps-là Olivier Cromwell eut la principale autorité dans cette nouvelle république en qualité de général de l'armée; mais l'armée lui ayant ensuite accordé le titre de Protecteur, qu'Édouard Seymour avait autrefois porté du temps d'Édouard VI, il obligea encore le parlement de le lui donner, vers la fin de l'année 1653.
Après qu'il eut ce titre, il agit en souverain dans les trois royaumes, fit la paix avec les Etats généraux et avec le Portugal , entra en alliance avec la France et la Suède, et entreprit la guerre contre l'Espagne, ce qui lui valut Dunkerque et Mardick, en 1658; mais il mourut au mois de septembre de la même année.
Richard Cromwell, son fils, fut élu aussitôt Protecteur en sa place, et quoiqu'il n'eût pas la même capacité que son père, on lui accorda la même autorité. Il renouvela son alliance avec la France et fit divers traités pour la pacification des troubles du Nord; mais pendant qu'il y avait envoyé la flotte d'Angleterre, les principaux officiers de l'armée ne voulant plus lui obéir l'obligèrent, au mois de mai 1659, de se dépouiller de la dignité de Protecteur, et rétablirent l'autorité souveraine dans un conseil de quarante officiers militaires, qui fut ensuite réduit à sept, puis encore changé plusieurs fois, jusqu'à ce que les divisions qui se glissèrent entre les officiers de l'année d'Angleterre donnèrent lieu a Monk, général de l'armée d'Écosse, d'entrer en Angleterre sous prétexte de vouloir rétablir l'autorité de l'ancien parlement ; mais après avoir défait l'armée d'Angleterre et convoqué ce parlement, il le porta à rappeler le roi Charles II. qui rentra en Angleterre au mois de juillet 1660.
Peu après être parvenu a la couronne, Charles II fit des traités de paix et d'alliance avec les rois de France, d'Espagne, de Danemark, de Suède, le grand-duc de Moscovie et les États généraux ; mais s'étant brouillé dans la suite avec ceux-ci, il se trouva aussi engagé dans une guerre violente contre la France et le Danemark , qui prirent le parti des États généraux. Ces guerres furent terminées par la paix de Breda, après laquelle ce roi contribua beaucoup à ménager la paix entre la France et l'Espagne; depuis il a fait encore une fois la paix avec les États généraux, et enfin il a été le médiateur de celle qui a mis le calme dans toute l'Europe.