ACTE I, SCÈNE IV. i
MAtTflOl.
Ah ! je me sens déjà soulagée. Dites-moi an peu , madame, dans le temps que vous me rompiez tant » tête à force de m'exagérer que le plus heureux état que puisse souhaiter une femme est celui d'être veuve, et que pour rien au monde vous ne vous remarieriez; qui serait venu vous proposer pour mari, ou pour amant (aussi bien en ce temps-ci n'y fait -on guère de différence), un homme toujours inquiet, toujours bizarre, toujours content de lui, jamais content des autres, amoureux aujourd'hui, demain perfide, qu'eussiez-vous dit?
LVCIRDB.
On m'auroit vivement offensée.
MàftTHOlt.
Ah! pour offensée, non. Si cela étoit, vous sentiriez l'outrage que vous vous faites, et la honte que vous recevez.
LUCINDE
Moi?
ma «tu on.
Vous, madame. N'aimez-vous pas Moncade?
Cest son portrait que je viens de faire.
LUCtSDE.
Gomme vous le peignez, Marthon !
■ iBTHOI.
Comme il est, madame, et comme il devroit vous paroîîre. Tant qu'il n'a en dessein que de vous plaire et d'être aimé de von s, le plus joli homme dn monde étoit Moncade ; mais , dès qu'il a tu que tous le vouliez toujours fidèle et toujours amoureux, a-t-il seulement pu se résoudre à conserver les moindres égards pour vous? Que n'avez- vous pas fait pour lui? Songez enfin, madame, que vous vous devez quelque chose à vous-même. Vous me pardonnerez bien la liberté que je vais prendre ? Que voulez - vous qu'on pense d'un jeune homme, aimable, sans bien, logé chez vous sous le nom de votre parent, et qui n'a jamais été en état de faire de dépense que depuis que vous l'aimez? Je veux que le dessein de l'épouser puisse justifier votre conduite; mais, en attendant, vous laissez penser, vous laissez dire , et insensiblement , vous vous faites une réputation qui ne vous fait pas grand honneur. Je crois , j'en jurerois même , que votre passion n'est point allée au-delà des regards et de la parole; mais, madame, est-on obligé de croire ce que Marthon croit de vous ?Le monde, qui n'est pas bon , mène souvent la passion des autres plus loin qu'elle n'est allée. Pensez à votre gloire et à votre repos... Mais, madame, où allez-vous?