‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 218 sur 520 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ALCESTE, CÉLIMENE.

ALCESTE

Madame, voulez- VOUS que je vous parle«net? I De vos façons d'agir je suis mal satisfait ;

Contre elles dans mon cœur trop de bile s'assemble.

Et je sens qu'il faudra que nous rompions ensemble.

Oui ,■ je vous tromperois de parler autrement : » Tôt ou tard nous romprons indubitablement ; ; Et je vous promettrois mille fois le contraire ,

Que je ne serois pas en pouvoir de le faire.

CE LI MÈNE

c'est pour me quereller donc , à ce que je voi , Que vous avez voulu me ramener chez moi ?

ALCESTE

Je ne querelle point. Mais votre humeur, madame, Ouvre au premier venu trop d'accès dans votre ame : Vous ave» ttpp' d^amaiila yi'on voit vous obséder ; i^

Et mou cœur de cela ne peut s'accommoder.

CÉLIMÈNt.

Des amants que je fais me rendez-vous coupable ? Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable?

fKt lorsque pour me voir ils font de doux efforts, Dois-je prendre un bâton pour les mettre dehors?

ALCESTE

Non, ce n'est pas, madame, un bâton qu'il faut prendre ,

Mais un cœur à leurs vœux moins f«cile et moins tendre.

Je sais que vos appas vous suivent en tons lieux ;

Mais votre accueil retient ceux qu'attirent vos yeux ;

Et sa douceur, offerte à qui vous rend les armes ,

Achève sur les cœurs l'ouvrage de vos charmes.

Le trop riant espoir que vous leur présentez

Attache autour de vous leurs assiduités ;

Et votre complaisance un peu'moins étendue,

De tant de sQHfâEaata,£ba8seroit la cohue.

Mais , au moins, dites-moi , madame, par quel sort

Votre Clitandre a l'heur de vous plaire si fort.

Sur quel fonds de mérite et de vertu sublime t^ Appuyez-vous en lui l'honneur de votre estime? /^ J^lst-ce par l'ongle long qu'il porte au petit doigt

f Qu'il s'est acquis chez vous l'estime où l'on le voit ? ^

Vous étes-vous rendue, avec tout le beau monde, >«^ Au mérite éclatant de sa perruque blonde ? ^ Soot-ce ses grands canons qui vous le font aimer ? njb L'amas de ses rubans a-t>il su vous charmer ? ^ Est'Ce par les appas de sa vaste rhingrave

Qu'il a gagné votre ame en faisant votre esclave ? "^ Ou sa façon de rire et son ton aelansset

Ont-ils de vous toucher su trouver le secret ?

CÉLIMENE.

Qu'injustement de lui vous prenez de l'ombrage ! ;

Ne savez- vous pas bien poiirquoi je le ménage ^ 3. 3u

35o LE MISANTHROPE.

Et que, dans mon procès , ainsi qu'il m'a promis , 1

Jl peut intéresser tout ce qu'il a d'amis ? *

ALCESTE

Perdez votre procès, madame, avec constance, Et ne ménagez point un rival qui m'oiifense.

célimène. I

{ Mais de tout l'univers vous devenez jaloux !

I ALCESTE

"^ c'est que tout l'univers est bien reçu de vous.

+ C'est ce qui doit rasseoir votre ame effarouchée ,

Puisqiue ma complaisance est sur tous épanchée; ^

X Et vous auriez plus lieu de vous en offenser, »

% Si vous me la voyiez sur un seul ramasser, \

ALCESTE.- l

Mais moi, que vous blâmez de trop'de jalousie, Qu'ai-je de plus qu'eux tous , madame, je vous prie ?

CÉLIMÈNE

Le bonheur de savoir que vous êtes aimé.

ALCESTE

Et quel lieu de le croire a mon cœur enflammé ?

CÉLIMÈNE

Je pense qu'ayant pris le soin de vous le dire, Un aveu de la sorte a de quoi vous suffire,

ALCESTE

Je Mais qui m'assurera que, dans le même instant, ^ Vous n'en disiez peut-être aux autres tout autant ?

CÉLIMÈNE

f Certes, pour un amant la fleurette est mignonne. Et vous me traitez là* de gentille personne !

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