ACTE IV, àC£N£ III
Je \'ous trouve plaisant d'user d'un tel empire , Et de me dire au nez ce que tous m'osez dire.. |
ALCESTE
Non , non, sans s'emporter, prenez un peu souci De me justifier les termes que voici.
CELIMENE- *
Non, je n'en veux rien faire; et, dans cette occurreace*, Tout ce que vous croirez m'est de peu d'importaace,
ALCESTE
De gfrace , montrez-moi , je serai satisfait , Qu'on peut pour une femme expliquer ce billet.
CÉLIMÈNB.
Non : il est pour Oronte, et je veux qu'on le croie. Je reçois tous ses soins avec beaucoup de joie. J'admire ce qu'il dit, j'estime ce qu'il est, £t je tombe d'accord de tout ce qu'il vous plaît. \ Faites, prenez parti , que rien ne vous arrête, ^
Et ne me rompez pas davantage la tête.
ALCESTE) à ;xire.
Ciel ! rien de phts cruel peut-il êtte inventé? Et jamais coeur fut-il de la sorte traité ? Quoi ! d'un juste courroux je suis ému contre elle, | C'estmoiqui me viens plaindre ; et c'eçt moi qu'on querelle ! On pousse ma douleur et mes soupçoqs à bout ; On me laisse tout croire : on fait gloire de tout : Et cependant mon coeur est encore assez lâche Pour ne pouvoir briser h chaîne qui l'attache, Et pour ne pas s'armer d'un généreux mépris Contre l'ingrat objet dont il est trop épris !
( à Célimene. ) Ah ! que vous savez bien ici, contre moi-même, Perfide, vous servir de ma foiblesse extrême, Et ménager pour vous l'excès prodigieux De ce fatal amour né de vos traîtres yeux ! Défendez-vous au moins d'un crime qui m'accable, Et cessez d'affecter d'être envers moi coupable. Rendez-moi , s'il se peut, ce billet innocent ; A vous prêter les mains ma tendresse consent : Efforcez-vous ici de paroître fidèle, <
Et je m'efforcerai, moi , de vous croire telle.
CÈLIMENE. ?
Allez, vous êtes fou dans vos transports jaloux, Et ne méritez pas l'amour qu'on a pour vous. I Je voudrois bien savoir qui pourroit me contraindre J' A descendre pour vûus aux bassesses de feindre, Et pourquoi, si mon cœur penchoit d'antre côté , Je ne le dirois pas avec sincérité !
ji Quoi ! de mes sentiments l'obligeante assurance I Contre tous vos soupçons ne prend pas ma défense ! Auprès d'un tel garant sont-ils de quelque poids ? N'est-ce pas m'outrager que d'écouter leur voix? Et puisque notre cœur fait un effort extrême Lorsqu'il peut se résoudre à confesser qu'il aime, Puisque l'honneur du sexe , ennemi de nos feux , S'oppose fortement à de pareils aveux, L'amant qui voit pour lui franchir un tel obstacle Doit-il impunément douter de cet oracle? Et n'est-il pas coupable en ne s'assurant pas