‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 252 sur 520 · ACTE V, scène; II. 4o · texte numérisé non relu

ACTE V, scène; II. 4o

ORONTE

Madame, il ne faut point ces éclaircissements ; Il s'agit de savoir quels sont vos sentiments. Choisissez^ s'il vous plaît , de garder l'un ou l'autre : Ma résolution n'attend rien que la vôtre.

A L c EST E , sortant du coin où il était. Oui, monsieur a raison , madame, il faut choisir ; Et sa demande ici s'accorde à mon désir. !

Pareille ardeur me presse, et même soin m'amène ; Mon amour veut du vôtre une marque certaine : Les choses ne sont plus pour traîner en longueur, Et voici le moment d'expliquer votre cœur.

ORONTE

Je ne veux point, monsieur, d'une flamme importune Troubler aucunement votre bonne fortune.

ALCESTE

Je ne veux point, monsieur, jaloux ou non jaloux. Partager de son cœur rien du tout avec vous.

ORONTE

Si votre amour au mien lui semble préférable ^

ALCESTE

Si du moindre penchant elle est pour vous capable..;.

ORONTE

Je jure de n'y rien prétendre désormais.

ALCESTE

Je jure hautement de ne la voir jamais.

ORONTE

Madame, c'est à vous de parler sans contrainte.

ALCESTE

Madame, vous pouvez vous expliquer sans crainte.

4o6 LE MISANTHROPE.

OROATE.

Vous n'avez qu'à nous dire où s'attachent vos vœux.

ALCESTE

Vous n'avez qu'à trancher, et choisir de nous deux.

Quoi ! sur un pareil choix vous semblez être en peinel

ALCESTE

Quoi ! votre ame balance, et paroit incertaine !

CÉLIMÈNE

Mon dieu ! que cette instance est là hore de saison ! Et que vous témoignez tous deux peu de raison ! Je sais prendre parti sur cette préférence, Et ce n'est pas mon cœur maintenant qui balance : Il n'est point suspendu, sans doute, entre vous deux ; Et rien n'est sitôt fait que le choix de nos vœux. Mais je souffre, à vjrai dire, une gène trop forte Avprononcer en face un aveu de la sorte : Je trouve que ces mots , qui sont désobligeants , Ne se doivent point dire en présence des gens ; Qu'un cœur de son penchant donne assez de lumière, Sans qu'on nous fasse aller jusqu'à rompre eu visière. Et qu'il sufBt enfin que de plus doux témoins Instruisent un amant du malheur de ses soins.

ORONTE

Non, non ; un franc aveu n'a rien que j'appréhende, J'y consens pour ma part.

ALCESTE

Et moi , je le demande :

C'est son éclat sur- tout qu'ici j'ose exiger, Tlt je ne prétends point vous voir rien ménager.

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