AD 11^8 TE
Le ciel, qui fit Toriginal, nous 6te le moyeu d*en faire un portrait qui.puisse flatter.
ISIDOBE.
Le ciel, quoi que vous en disies, ne....
D. PBDRA.
Finissons cela, de (prace. Laissons les compliments , et songeons au portrait.
ADRASTEy aux laquais.
Allons, apportes tout.
(On apporte touJt ce quii foui pour peindre
lùdore,) ISIDORE, h JdrasU. ' * Où voulez-vous que je me place ?
Ici. Voici le lieu le plus avanta(|;eiix, et qui reçoit le mieux les vues favorables de la lumière que nous cherchons.
ISIDORE, après s'être assise,
Suis-je bien ainii ?
ADRASTB.
Oui. Levez -vous un peu, s'il vous plaît. Un peu plus de ce côté-là. Le corps tourné ainsi. La
SCÈ'NE XII. i6i
téte^in peu levée, afin que la beauté du cou paroisse. Ceci un peu plus découvert. (// débouvre un peuplas sa gorge.) Bon, la. Un peu davantage : encore tant soit peu.
D. PÈnAE, à Isidore.
Il y a bien de la peine à vous mettre : ne sau riez-vous vous tenir comme il faut?
ISIDORE
Ce sont ici des choses toutes neuves pour moi ; et c^est à monsieur à me mettre de la façon qu il veut.
ADRASTfi, assis.
Voilà qui va le mieux du monde, et vous vous tenez à merveille, {la faisant tourner par-devers lui. ) Comme cela, s'il vous plaît. Le tout dépend des attitudes qu'on donne aux personnes qu'on peint.
D. PÈDBE.
Fort bien.
Un peu plus de ce côté. Vos yeux tuujours tournés vers moi, je vous. en prie ; vos regards attachés,aux miens.
ISIDORE
Je ne suis pas comme ces femmes qui veulent, en se faisant peindre, des portraits qui ne sont point elles, et ne sont point satisfaites du peintre
i62 LE SICILIEN.
s*il ne les fait tonjours plus belles qa'eUes ne sont, n faadroit , pour les contenter, ne ladre qn'nn portrait pour tontes ; car tontes demandent les mêmes choses : nn teint tont de lis et de roses, im nei bien fait, une petite bondie, et de grands yenx vifs, bien fendus, et sur-tout le visage pas plus gros que le poing, Feussent^dles d'un pied de laige. Pour moi , je vous demande un portrait qui soit moi, et qui n'oblige point à demander qui c'est.
ADRASTB.
Il seroit malaisé qu'on demandât cela du vôtre; et vous ave2 des traits à qui fort peu d'autres ressemblent. Qu'ils ont de douceur et de channes! et qu'on court risque à les peindre !
n. PBDBE.
Le nez me semble un peu trop gros.
ADBA8TE.
JTai lu , je ne sais où, qu'Âpelle peignit autre^ fois une maîtresse d'Alexandre, d'une merveilleuse beauté, et qu'il en devint, la peignant, si éperdument amoureux ,' qu'il fut près d'en perdre la vie ; de sorte qu'Alexandre par générosité loi céda l'objet de ses Vœux, (à don Pèdre,)Je pour* rois faire ici ce qu'Apelle 6t autrefois ; mais vous ne feriez pas peut-être ce que fit Alexandre. ( Don Pèdrefait la grimace. )