‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 438 sur 520 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

TARTUFE, ELMIRE; ORGOV,sotis(atable.

On m*a dit qu'en ce lieu vous me vouliez parler.

BLMIRB.

Oui. L'on a des secrets à vous y revéier. Mais tirez cette porte avant qu'on vous les dise, Et regardez par- tout, de crainte de surprise. . ( TaHufe va fermer la porte ^ et revient ) Une affaire pareille à telle de tantôt

ACTE IV, SCÈNE V. N'est pas assurément ici ce qu'il nous faut : Jamais il ae s'est vu de surprise de même. Damis m'a fait pour vous uoe frayeur extrême; Et vous avez bien vu que j'ai fait mes efforts Pour rompre son dessein et calmer ses transports. Mon trouble, il est bien vrai, m'a si fort possédée, Que de le démentir je n'ai point eu l'idée : Mais par là, grâce au ciel , tout a bien mieux été. Et les choses en sont en plus de sûreté. L'estime où l'on vous tient a dissipé l'orag^e, Et mon mari de vous ne peut prendre d'ombrage. Pour mieux braver l'éclat des mauvais jugements , Il veut que nous soyons ensemble à tous moments; Et c'est par où je puis, sans peur d'être blâmée , Me trouvef ici seule avec vous enfermée. Et ce qui m*autorise à vous ouvrir un cœur • Un peu trop prompt peut-être à souffrir votre ardeur.

TAATDPE.

Ce langage à comprendre est assez difficile , Madame; et vous parliez tantôt d'un autre style.

ELMIRE

Ah ! si d'un tel refus vous êtes en courropx. Que 1« cœur d'une femme est mal connu de vous ! Et que 'VOUS savez peu ce qu'il veut faire entendre, Lorsque si foiblement on le voit se défendre ! Toujours notre pudeur bombât, dans ces moments, Ce qu'on peut nous donner de tendres sentiments. Quelque raison qu'on trouve à l'amour qui nous dompte On trouve à l'avouer toujours un peu de honte. Ou s'en défend d'abord : mais de l'air qu'on s'y prend 4. a4

I On fait connoitre assez que notre cœar se rend ; <

I Qu'à nos vœux , par honneur, notre bouche s*oppos« , ;

' Et que de tels refus promettent toute chose^^ »

C'est vous faire , sans doute r BftJg^ j'^^''^ aveu , i '

Et sur notre pudeur me ménager bien pea :

Mais, puisque la parole enfin en est lâchée,

A retenir Damis me serois-je attachée ,

Aurois-je, je tous prie, avec tant de douceur V

Écouté tout au long l'offre de votre cœur,

Aurois-je pris la chose ainsi qu'on m'a vu faire, ]

Si r<^re de eê oœur n'eût eu de quoi me ptaire? \

Et lorsque j'ai voulu moi-raéme vous forcer

A refuser l'hymen qu'on venott d'annoncer , i

Qu'est-ce que cette instance a dû vous faire entendra:

Que rintéi*ét qu'en vous on s'avise de prendre , /

Et l'ennui qu'on auroit que ce nœud qu'on résou^ t

Vint partager du moins un oœur que l'on veut toot?

C'est, sans doute, madame , une douceur extrême ^ Que d'entendre ces mots d'oue bouche qu'on aiibe; { Leur miel dans.tous mes sens fait couler à longs traii> Une suavité qu'on ne goûta jamais. i

JL» bonheur de vous plaire est ma suprême étade , ' ^ Et mon cœur de vos vœux fait sa béatitude; Mais ce cœur vous demande ici la liberté D'oser douter un peu de sa félicité. Je puis croire ces mots un artifice honnête Pour m'obliger à rompre un hymen qui s'apprête : Et, s'il faut librement m'expliquer avec vous , I Je ne me fierai point à des propos si doux,

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