‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 443 sur 520 · ORGON, CLÉANTE · texte numérisé non relu

ORGON, CLÉANTE

CtiAllTE.

OÙ vouleï-vons «<mrir?

ORGON

Las! quesais-je?

CLBANTE.

Il me semble Que FoD doit commencer par consulter ensemble Les choses qu'on peut faire en cet événement.

Cette cassette-lÀ me trouble entièrement. Plus que le reste encore elle me désespère.

CLÉANTE

Cette cassette est donc un important mystère? ^

ORGON

Cest un dépôt qu'Ârgas, cet ami que je plains, f

Lui-même eu grand secret m'a mis entre les mains.

Pour cela dans sa fuite il me voulut élire ;

Et ce sont des papiers , à ce qu il m'a pu dire ,

Où aa vie et sfn hignit se trnnvent attachés. 1

CLÉANTE. f

Pourquoi donc les avoir en d'autres mains lâchés? •

ORGON

Ce fut par un motif de cas de comcience. dallai droit à mon traître en faire confidence;- Et son raisonnement me vint persuader De lui donner plutôt la cassette à garder, Afin que pour nier, en cas de quelque enquête , J'eusse d*un faux-fuyant la faveur tonte prête. Par où ma conscience eût pleine sûreté A faire des serments contre la vérité.

CtéAWTfi.

Vous voilà mal, au moins si j'en crois l'apparence; Et la donation, et cette confidence.

Sont f h vous en parler selon mon sentiment, Des démarches par vous faites légèrement. On peut vous mener loin avec de pareils gages : Et cet homme sur vous ayant ces avantages, Le pousser est encor grande imprwience à vous; Et vous deviez chercher quelque biais plus doux.

ORGON. '

Quoi ! sur un beau semblant de ferveur si touchante Cacher un cœur si double, une ame si méchante! 4lf^ Et moi qui l'ai reçu gueusant et n'ayant rien... ^ C'en est fait, je renonce à tous les gens de bien; I J'en aurai désormais une horreur effroyable, V Et m'en vais devenir pour eux pire qu'un diable.

. clbànte.

Hé bien! ne voilà pas de vos emportements! ^ Vous ne i^ardez en rien les doux tempéraments. I Dans la droite raison jamais n'entre la vôtre ; t 'Et toujours d'un excès vous vous jetez dans l'autre.

Vous voyez votre erreur, et vous avez connu

Que par un zélé feint vou$ étiez prévenu;

Mais pour vous corriger quelle raison demande

Que vouVâfflfe passer dans une erreur plus grande.

Et qu'avecque le cœur d*un perfide vaurien

Vous confondiez les coeurs de tous les gens de bien?

Quoi ! parcequ*un fripon vous dupe avec audace

Sous le pompeux éclat d'une austère grimace.

Vous voulez que par-tout on soit fait comme lui ,

Et qu'aucun vrai dévot ne se trouve aujourd'hui?

Laissez s^ux libertins ces sottes conséquences :

Démêlez la vertu d'avec ses apparences,

Ne hasardez jamais votre estime trop tôt,

Et soyez pour cela dans le milieu qu'il faut.

Gardez-vous, s'il se peut, d'honorer l'imposture:

Mais au vrai zèle aussi n'allez pas faire injure ;

Et s'il vous faut, tomber dans une extrémité ,

Péchez plut6t encor de cet autre côté.

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