‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 457 sur 520 · MONSEIGNEUR LE PRINCE · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR LE PRINCE

Monseigneur,

r^ en déplaise à nos beaux esprits, je ne yob rien de plus ennuyeux que les épîtres dédi* catoires ; et votre altesse sérénissime trouvera bon , 8*il lui plaît, que je ne suive point ici le style de ces messieurs-là, et refuse de me servir de deux ou trois misérables pensées qui ont été tournées et retournées tant de fois, quelles sont usées de tous les c6tés. Le nom du grand Coudé est QP nom trop glorieux pour le traiter comme on fait tous les autres noms. Il ne faut l'appliquer, ce nom illustre, qu à des emplois qui soient dignes .de lui ; et, pour dire de belles choses, je voudrois parler de le mettre à la tête d'une année plutôt qu*à la tête d'un livre ; et je

3io ÉPITRE DÉDIGATOIRE.

conçois bien mieux ce quil est capable de faire en l'opposant aux forces des ennemis de cet état, qu en lopposant à la critiquexles ennemis d'une comédie.

Ce n'est pas, monseigneur, qiie la glorieuse approbation de votre altesse sérénissime ne fût une puissante protection pour toutes ces sortes d'ouvrages, et qu'on ne soit persuadé des lumières de votre esprit autant que de l'intrépidité de votre cœur et de la grandeur de votre ame. On sait par toute la terre que l'éclat de votre mérite n'est point renfermé dans les bornes de cette valeur indomptable qui se fait des adorateurs chez ceux mêmes qu'elle surmonte ; qu'il * s'étend, ce mérite, jusqu'aux connoissances les plus fines et les plus rdevées ; et que les décisions de votre jugement sur tous les ouvrages d'esprit ne manquent point d'être suivies par le sentiment des plus délicats. Mais on sait aussi, monseigneur, que toutes ces glorieuses approbations dont nous nous vantons au public ne nous coûtent rien à faire imprimer, et que ce sont des choses dont nous disposons comme nous voulons. On sait, dis -je, qu'une épttre dédicatoire dit tout ce qu!il lui plaît, et qu'on

ÉPITRE DÉDICATOIRE. 3ii auteur est en pouvoir d'aller saisir les personnes les plus augustes , et de parer de leurs grands noms les premiers feuillets de son livre; qu il a la liberté de s*y donner, autant qu'il le veut, l'honneur de leur estime , et se faire des pro^ lecteurs qui n'ont jamais songé à l'être.

Je n'abuserai jamais, monseigneur, ni de votre nom, ni dé vos bontés, pour combattre les censeurs de l'Amphitryon, et m'attribuer une gloire que je n'ai peut-être pas méritée ; et je ne prends la liberté de vous offrir macomédic que pou» avoir lieu de vous dire que je regarde incessamment avec une profonde vénération les*grandes qualités que vous joignez au sang auguste dont vous tenez le jour, et que je suis , monseigneur, avec tout le respect pos^ sible et tout le zèle imaginable.

De votre altesse séréiiissime

Le très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

Molière.

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