‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 473 sur 520 · ACTE I, SGÈjl^E 111. 34i · texte numérisé non relu

ACTE I, SGÈjl^E 111. 34i

Qui peut, à tout moment, treinbler pour ce qu'il aime?

JUPITER

Je ne vois rien en vous dont mon feu ne s'augmente ; Tout y marque à mes yeuK un cœur bien enflammé; £t c'est, je vous l'avoue, une chose charmante De trouver tant d'amour dans un objet aimé. Mais, si je l'ose dire, un scrupule me gène Aux tendres sei\timents que vous me faites voir; Et, pour les bien goûter, mon amour, chère Âicméne, Voudroit n'y voir entrer rien de votre devoir; Qu'à votre seule ardeur, qu'à ma seule personne. Je dusse les faveurs que je reçois de vous ; Et que la qualité que j'ai de votre époux

Ne fiit point ce qui me les donne.

ALCMÉNE.

C'est de ce nom pourtant que l'ardeur t^ui me brûle Tient le droit de paroitre au jour;

Et je ne comprends rien à ce nouveau scrupule Dont s'embarrasse votre amour.

JUPITER

Ah ! ce que j'ai pour vous d'ardeur et de tendresse

Passe aussi celle d'un époux; Et vous ne savez pas, dans des moments si doux,

Quelle en est la délicatesse.

Vous ne concevez point qu'un coeur bien amoureux Sur cent petits égards s'attache avec étude,

Et se fait une inquiétude

Dé la manière d'être heureux.

En moi , belle et charmante Alcraènc , Vous voyez un mari, vous voyez un amant;

34i AMPHITRYON.

Mais l'amant seul me toache, à parler franchement, Et je sens , près de vpus, que le mari le gène. Cet amant, de vos vœux jaloux au dernier point. Souhaite qu'à lui seul votpe cœur s abandonne;

Et sa passion ne veut point

De ce que le mari lui donne, il veut de pure source obtenir vos ailleurs , Et ne veut rien tenir des nœuds de rhyménée , Rien d'un fâcheux devoir qui fait agir les cœurs. Et par qui tous les jours des plus chères faveurs

La douceur est empoisonnée.

Dans le scrupule enfin dont il est combattu , Il veut, pour satisfaire à sa délicatesse, Que vous le sépariez d'avec ce qui le blesse, Que le mari ne soit que -pour votre vertu , Et que de votre cœur de bonté revêtu L'amant ait tout l'amour et toute la tendresse.

ALGMÈNE.

Amphitryon, en vérité, Vous vous moquez , de tenir ce langage ; Et j'aurois peur qu'on ne vous crût pas sage Si de quelqu'un vous étiez écouté.

JUPITER

Ce discours est plus raisonnable,

Alcmène, que vous ne pensez.

Mais un plus long séjour me rendroit trop coupable , Et du retour au port les moments sont pressés. Adieu. De mon devoir Fétrange barbarie

Pour un temps m'arrache devons; ^lais, belle Alcmcne, au moins, quand vous verrez f époux.

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