ACTE IV, SCÈNE III. i8ï
ÉSOPE
Je vous en n^arantii autant de mon c6té.
Il ne tiendra qua vous de me mettre à l'épreuve,
Madame.
ALBIOHB.
Savez-vous, moasieat, que je suis veuve?
ÉSOPE
Non vraiment.
ALBIONB.
Je le suis depuis près de cinq ans , Et défunt mon mari m'a laissé quatre enfants.
ESOPE
A voir cet air brillant et ce riche 'équipage. Vous ailes convoler en second mariage?
Apparemment quelqu'un de vos yeux est blessé?
ALBIONB.
Pardonnei-moi , oioosiear, ason bon tnnps est passé.
ÉSOPB.
Tant pi».
ALBIONB.
La propreté de tout temps fut permise; Et si vous me voyea passablement bien nùse. Il ne faut pas, monsieur, vous en émerveiller : L'époux dont je suis veuve étant moit conseiller. Je suis dans un étage à paroître plus grande , Ou qu'une precureuse, ou bien qu'une marchande. Rien ne m'est plus fâcheux que de m'encanaiUer.
ÉSOPE
Et de quel acabit étoit^l conseiller?
Ktoit-ce en robe longue, en robe courte, en botte?
iBa LES FABLES DÉSOPE.
ALBIONE.
Non , monsieur, il étoit conseiller ^^rde-note^
BSOFB.
La peste ! ITest-ce pas ce que vulgairement On dit tabellion , ou notaire autrement ?
ILBIONK.
Oui, monsieur.
ÉSOPE
Vertubleu! c'est un grade sublime.
ALBIONB.
J'ai fait ce que j'ai pu pour le mettre en estime. Conseillère à la coar, présidente à mortier, Faisoient moins de firacas que moi dans mon quartier. Voyant à mon époux une somme asses grosse. Je voulus avoir chaise , et pois après carrosse; Et tous les chevaux noirs n'ayant pas de grands airs. J'en eus de pommelés comme les ducs et pairs. Pour mon appartement cinq chambres parquetées, A force de miroirs sembloient être enchantées; Et, ce qui m'en plaisoit, on n'y pouvoit marcher Que l'on ne se mirât encor dans le plancher. Ayant vu par hasard, dont je fus bien contente. De gros chenets d'argent chez une présidente. Je priai mon mari de m'en donner d'égaux. Et quatre jours après j'en eus de bien plus beaux. Je fus même à la foire où j'eus la hardiesse , Voyant un cabinet qu'aimoit une duchesse , Pendant qu'à marchander elle se dépeçoit. De le prendre à sa barbe au prix qu'on le laissoit. Pour ne pas abuser de votre patience,