‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 389 sur 465 · CRÉSUS, ÉSOPE · texte numérisé non relu

CRÉSUS, ÉSOPE

CRÉSUS

Pour toi, mon cher Ésope, il faut que je t'avoue

Que de ton équité tout le monde se loue.

Il n'est grands ni petits des endroits d'où tu viens

Qui ne fassent des vœux pour mes jours et les tiens.

Après- avoir été , par Tordre de ton prince,

Réformer les abus de province en province.

Il ne te restoit plus qu'à bâter ton retour

Pour venir réformer les abus de ma cour.

Rends les vices a£freux à tout ce que nous sommes;

Tous les hommes en ont, et les rois sont des hommes.

Le ciel qui les choisit les élève assez haut

Pour faire voir en eux jusquau moindre défaut.

Loin de Aatter les miens dans ce degré suprême,

A corriger ma cour commence par moi-même :

Régie ce qœ je dois, suivant œ que je puis.

a3o ÉSOPE A LA COUR.

Et rends^moi digne enfin d*étie ce que je suis.

ésoPE.

Seigneur, vous obéir est ma pli|s forte envie. C'est à vous que mon zélé a consacré ma vie; Mais , dans Theureux état oà vos bontés m'ont mis , Ne me commandez rien qui ne me soit permis. Il est beau qu'un monarque aussi grand que vous Tètes, Pour s'immortaliser, fasse ce que vous faites. Qu'au gré de la justice il régie son pouvoir , Et qu'exempt de défauts il ait peur d'en avoir; Mais si vous en aviez, quel bomme en votre empire Seroit assez bardi pour oser vous le dire ? Ce n'est point pour les rois qu'est la sincérité : Tout se farde à la cour jusqu'à la vérité. L'encens fiit un plaisir dont l'ame extasiée Jamais jusqu'à ce jour ne s'est rassasiée; Et Ton étale aux rois d'un plus tranquille front Les vertus qu'ils n'ont pas que les défauts qu'ils ont.

CRÉSOS.

Et c'est , mon cber Ésope , à quoi, s'il est possible , Tu me dois empécber d'avoir le cœur sensible. Quel monarque a-t-on vu , pendant qu'il a régaé , Qui de mille vertus ne fût accompagné?

Les rois qui sur ma tête ont transmis la couronne Ont eu , quand ils régnoient , tons les noms qa'on me doniie ; Et ceux , après ma mort , qui me succéderont Les auront à leur tour pendant qu'ils régneront. 'Par-là je m'aperçois, ou du moins je soupçonne , Qu'on encense la place autant que la personne; Qu'on me rend des honneurs qui ne sont pas pour moi,

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