‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 391 sur 465 · ACTE I, SCÈNE III. a · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. a

On est si dissipé qa'avant que de connoitre Ce que c'est que d'être homme , on y cesse de l'être ; Et ceux qui de leur temps examinent Temploi Trouvent qu'ils ont vécu, sans qu'ils sachent pourquoi.

CRÉSUS

Je reconnois ma cour, je ne puis te le taire ,

Au fidèle tableau que tu me viens de faire .

Mais un trait important, que tes soins ont omis.

Un roi ne sait jamais s'il a de vrais amis.

De tant de courtisans , qui toujours sur mes traces

M'accompagnent mes pas que pour avoir des grâces ,

Je ne puis distinguer, au rang où je me voi,

Ceux qui m'aiment pour eux, ou qui m'aiment pour moi.

Je voudrois quelquefob , pour savoir si l'on m'aime ,

Pendant un mois ou deux me voir sans diadème ;

Et dans mon premier rang être ensuite remis,

Pour ne me plus méprendre au choix de mes amis.

Qui sais-je qui me flatte ou qui me rend justice.^

Je ne dis pas un mot que chacun n'applaudisse;

Et si l'on prévoyoit ce que je dois penser,

On m'applaadiroit même avant de m'énoncer.

Je confonds le iaux zèle avec le véritahle.

ÉSOPB.

Permettes-moi, seigneur, de vous dire une fable. Jamais la vérité n'entre mieux chez les rois Que lorsque de la fable «lie emprunte la voix.

a34 ÉSOPE A LA COUR.

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