‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 408 sur 465 · ACTE II, SCÈNE II. a · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. a

Me fait olfHr sa fille et demander la paix : 8a couronne, lui mort , appartient à sa fille. Mais en vain à mes yeux cette couronne brille ; Arsinoë, soumise i tout ce que je 'veux , A trouvé le secret de s'attirer mes vœux ; En s assujettissant à mon pouvoir suprême , Elle m'a d'un coup d'œil assujetti moi-même. Le trône de Phrygie à mon trône étant joint. Sans doute ma puissance iroit au plus haut point : Pour balancer mon choix cette raison est forte ; Mais enfin sur mon cœur Arsinoé l'emporte. Et j'attends de vos soins une décision En faveur de l'amour ou de l'ambition.

Parlez-moi librement: et qu'un pur zèle éclate.

TIRRÈNE.

Seigneur, cette matière est un peu délicate. Vous aimez; il faudroit, pour vous faire ma cour, Approuver votre choix et flatter votre amour. Une si vertueuse et si belle princesse D'un monarque si grand mérite la tendresse; Mais les raisons d'état , qui par d'austères lois Sont toujours les liaisons les plus fortes des rois. M'obligent à vous dire , avec un cœur sincère. Qu'à l'hymen d'un grand roi l'Amour n'assiste gnèn; Que ses plus dignes soins sont ceux de sa grandeur. Et qu'il doit à sa gloire immoler son ardeur, Arsinoé pour dot a des yeux qui vous charment, Des attraits si touchants qu'ils émeuvent, désarment; Mais des yeux si charmants et des attraits si doux Perdront bien de leur prix quand iU seront à vous.

Cinq ou six mois d'hymen ralentissent les flammes,

Et la vertu des grands n'est pas d'aimer leurs femmes.

Quelque appât que pour vous ait un amour naissant,

Seigneur, une couronne en est un plus puissant :

En devenant l'époux de la princesse Argie,

A de vastes états vous joignez la Phrygie;

Eh ! quels jaloux voisins oseront vous troubler,

Qu'avec tant de pouvoir vous ne fassiez trembler?

TRASTBULB.

J'ose ajouter, seigneur, à ce qu'a dit Tirrène, Que c'est de vos sujets rendre l'attente vaine; Et que, las de la«guerre et des maux quelle a faits. Avec impatience ils attendent la paix.

Quoique par vos exploits on ait vu la Phrygie Du sang de ses enfants assez souvent rongie , Les succès les plus beaux et les plus glorieul Me sont pas sans chagrin pour les victorieux. Si l'un s'en réjouit, l'autre s'en désespère; Tel embrasse son fils, qui regrette son frère ; Et la guerre après soi traîne tant de malheurs. Qu'il est peu de lauriers qui ne coûtent des pleurs. Ceux qu'élève le ciel aux dignités suprêmes. Maîtres de tant d'états , ne le sont pas d'eux-mêmes; Et lorsque de l'hymen ils subissent les lois , C'est à la politique à leur prescrire un choix. Seigneur, Arsinoé f<ït<<elle encor plus belle, La Phrygie et la paix ont plus de charmes qu'elle. L'intérêt de l'état me fait parler ainsi : Voilà mon sentiment.

Page 1