‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 417 sur 465 · LA GUENON ET SON MAITRE · texte numérisé non relu

LA GUENON ET SON MAITRE

Un grand seigneur avoit une gnenon Qui lui sembloit si jolie Qu*il Taimoit à la folie :

A ce qn elle vouloit on n'osoit dire non. Elle lui demanda s'il aurait agréable

Qu'elle s'a.«stt sur un coin de sa table : « Oui, dit-il, ce plaisir me semblera bien doux, «t Trouverez-Tons bon , lai dit-elle , m Que, donnant l'essor à mon zélé , « Je saute quelquefois sur vous? »

Pour laisser un champ libre à ses badineries , Il consentit sans peine à ce manége-là. Je ne vous dirai point combien de singeries

Elle fit après cela.

Je dirai seulement que, flattée, applaudie.

Qu'elle eût tort ou qu'elle eût raison , La guenon , un peu trop hardie , Oublia qu'elle étoit guenon.

Loin d'avoir pour son maître une sincère attache. Devenue orgueilleuse à le voir complaisant. Un matin , en le baisant , Elle arracha la moustache D'an maître si bienfaisant.

H Ah l [jerfide, dit-il, qui t'oses méconnoitre, « J'ai pour ton insolence un châtiment tout prôt :

a68 ÉSOPE A LA COUR.

m Dans on moment tu sauras ce qae c'est m Qae d* abotser des bontés de son maître. »

Elle eat beau de son crime étaler les remords ,

Et pour rentrer en grâce employer les prières , Après vingt coups d'étrivières.

Elle fat mise dehors.

Comme, en tonte rencontre, elle étoit malhonnête,

Chacun avec plaisir la vit hamilier.

Tel est auprès des rois, ou la grandeur entête.

Le sort des favoris qui s'osent oublier.

Quelque soumission que cette fable inspire, J'aurois sur ce sujet eneor beaucoup à dire ; Mais comme votre grace est mon plus doux espoir, Je vais trouver Crésns et faire mon devoir.

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