LE LION ET LE BAT
FABLE
Un lion endormi, s'éveillant en sursaut,
Rencontre un rat sous sa patte.
Comme un lion est fier et qu'il a le sang chaud ,
Il fulmine, tonne, éclate.
Pour apaiser son courroux,
Le rat , que la crainte glace ,
Se prostferne à ses genoux , Et , d'un ton suppliant, lui demande sa grâce. « L'intervalle est si grand, dit-il , de vous à moi, « Qu'en me faisant périr vdus auriez peu de gloire;
« Et la clémence d'un roi
« Éternùe sa mémoire.
« Si V0I18 avez la bonté
« De me conserver la vie , « La prodiguer par-toat pour votre majesté
« Sera ma plus forte envie. »
Le lion généreux, mettant la griiïe^as,
Sensible à cette requête.
Fit gnioe à la pauvre béte ,
Et ne s'en repentit pas.
En poursuivant une proie.
Trois ou quatre jours après ,
Le lion pris en des rets.
Pour s'en débarrasser ne trouve aucune voie.
Par des efforts vigoureux
Il tâche à rompre sa chaîne;
Mais plus il prend de peine ,
Plus il en serre les nœuds.
De chaque animal qui passe, En vain dans ce péril il attend du secours :
Quand le destin nous menace
Nos meilleurs amis sont sourds.
Le rat seul , d'un pas agile ,
L'ayant entendu rugir.
Vient voir à quel usage il lui peut être utile , Et sans beaucoup parler cherche à beaucoup agir, il s'attache avec soin à ronger une corde , Qui de tout Tattirail est le nœud gordien; Et par bonheur tout succède si bien, Tant de fortune à son xéle s'accorde