‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 430 sur 465 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

liÉONlDE, ÉSOPE.

LÉONIDE

Cachez bien, s'il vous plait, ce que je vous annonce , Mon cher monsieur : je l'aime; et quoi qu'elle m'ait fait, Si je lui faisois tort , j'en aurois du regret : Je le sens bien.

ÉSOPE

D'où vient qu'elle vous est si chère?

LÉONIDE

Pour m'avoir mécoimue, en suis-je moins sa mère?

Vous sa mère?

LÉONIDE

Oui , monsieur. Si cet aveu lui nuit.

iSB ÉSOPE A LA COUR.

Je conseDS , avec joie , à u*en ^re aucun bruit. Après l'avoir pleurée , et cru sa mort certaine , Un marchand de Sardis qui vint à Clazoméue, Au bout de quatorze ans m'ayant appris son sort. Je pars , je cours, j'arrive , et fais naufrage au port. Pour le prix de mes soins j'ai la douleur amère De trouver un enfant qui méconnoit sa mère; Et , contrainte à partir pour retourner si loin. J'implore vos bontés dans le dernier besoin. Pardon , si jusqu'à vous ma douleur est venue !

ÉSOPE

Rhodope est votre fille, et vous a méconnue ! Est-il bien vrai? vos yeux en sont-ils les témoins, Et n'y mélez^vous rien , ou du plus ou du moins? Quelles fausses raisons colorent cet outrage?

LÉONIDB.

Je suis pauvre, elle est riche; en faut-il davantage? Elle a peur que ma vue infecte sa maison. C'est tout.

ésoPE, à part.

La pauvre femme a peut-être raison.

Rhodope n'est pas seule, en sa bonne fortune. Qui d'un pauvre parent fuit la vue importune. Il n'est pas sous le ciel de ^ens plus malheureux Que ceux dont les enfants tout plus élevés qu eux. Qu'un homme de finance ait anobli sa race , En l'avouant pour père on croit lui faire grâce; Et qu'un riche marchand fasse un fils conseiller. Ce fils en le voyant craint de s'encanailler. Un mépris infaillible est le digne salaire

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