‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 434 sur 465 · A€T£ III, SCÈNE X · texte numérisé non relu

A€T£ III, SCÈNE X

Avec indignité désavoua la source Qui l'avoit en naissant fait un simple ruisseau. « Ingrat ! lui dit la source, à qui ce coup fut rude, « Que tu reconnois mal ma tendresse et mes soins ! « Quelque injuste raison qu'ait ton ingratitude, •> Sans moi, qui ne sois rien , tu serois encor moins. »

Eh bien! de cette fable avez-vous lame émue? Sentez- vous qu'en secret votre cœur se remue? Vous pleurez?

RBODOPE.

Est-ce à tort?... Je suis au désespoir! J'ai trahi la nature, oublié mon devoir, Sacrifié ma gloire à des chimères vaines. Et fait taire le sangiqui coule dans mes veines : Semblable au fleuve ingrat, né d'un fbible ruisseau. Qui méconnut sa source, oigueillenz de son eau. Ayant reçu le jour d'une esclave étrangère. Par orgueil , comme lui , j'ai méconnu ma mère.

ESOPE

Vous, Rhodope?

RHOnOPE.

Moi-même. Est-il rien de si bas?

Surprise d'un accueil qu'elle n'attendoit pas , m Eh bien ! m'a-t-elle dit, en versant quelques larmes, « Rassurez-vous, Rhodope, et n'ayez point d'alannes: ' « Prête à m'ailer rejoindre à mes pauvres aïeux, m Je venms vous prier de me fermer les yeux, « Et croyois que le sort, lassé de me poursuivre, « Souffinroit qu'avec vous j'achevasse de vivre.

393 ÉSOPE Â LA COUB.

« Puisqu'il est si contraire à tues plus doux sooludts, « Tout ce que je demaode est de monnr en paix. « Adieu. » La pauvre femme à l'iiistant est sortie, Et , pour s'en retourner, est sans doute partie* A peine de ma chambre a-t*e]le été dehors, Que pour la retrouver j'ai fait de vains efforts. Faites , au nom des dieux, qu'on me rende ma mère : Plus elle est malheureuse et plus elle m'est chère; Je veux souffrir sa peine , ou me faire un honneur De lui voir avec moi partager mon bonheur. Calmez l'émotioti oii me met votre fable.

ÉSOPE

Ce que vous m'aves dit, Bhodope, est-il croyable?

AHODOPB.

Non , il n'est pas croyable, à vous parler sans fiud, Qu'un enfant pour sa mère ait eu si peu d'égard. Si mon crime fut grand, mon remords est extrême. Envoyez après elle, ou bien j'y vais moi-même : Je ne puis sans la voir demeurer plus long-temps.

ÉSOPE

Est-ce d'un cœur touché que part ce qqe j'entends? Ne me faites-vous point une promesse vaine?

RBODOPE.

Quel plaisir prenez-vous à prolonger ma peine? Les moments sont trop chers pour les perdre en discoon : Ma mère , à qui tout manque, a besoin de secours; Je dois à sa misère une prompte assistance.

ÉSOPE

J'entrevois dans ee zélé un {)eu de bienséance : Un amour tendre et pur ne vous fait point agir;

AtiTE m, SCÈNE X. 293

c'est la crainte da blâme et la peur de rougir. Votre £ftate est secrète, et deviendroit publique; Et la nature agit moins que la politique.

-RBODOPE.

Mon cœur, de vos mépris désespère, confias,

Quelque rades qu'ils soient, en mérite encor plus.

Soupçonnez d'artifice un repentir sincère,

Je ne me plains de rien que des maux de ma mère.

Loin que notre dispute en termine le cours ,

Pendant que nous parlons ils augmentent toujours.

Ce que je sens pour elle est si pur qae je jure

De ne prendre jamais repos ni nourriture

Que nous ne partagions , pour tout dire en deux mots^

La même nourriture et le même repos.

J'aime mieux devancer que voir ses funérailles...

Adieu.

{Elle veut sortir,)

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