ACTE II, SCèNE X
M. DOLBAH.
Mon ami , je les prends avec nn vrai plaisir: Je suis tout délassé , quand f ai pa réussir. Je vais disposer tout pour la cérémonie. Et veux qae dans^trois joors Taffaire soit finie.
rLoaiMoirn.
Dans trois jours?
M. DOLBAH.
Oui, mon cher :f espère, dans trois jovrsy Par un heureux hymen couronner tes amours.
rLOBIMONO.
Mon oncle... vous aUei nn peu vite peut-être. A peine, en vérité, peut-on se reconnoître.
M. noLBAir.
Comment?. . Tu trouves donc que trob jours sont trop peu?
FLOBIMOHD.
Je trouve que Thymen n'est point du tout un jeu , Et qu'on ne sanroit trop y réfléchir d'avance.
M. nOLBAN.
Toi-raéme me pressois de feire diligence.
FlOBIMONn.
Oui... Cest que, <Fun peu loin, Fhymen a mille attraits; Hais je tremble, mon oncle , en le voyant de près.
M. nOLBAN.
Tu trembles?... Il est temps, quand j*ai fût la demande!
Et dis-moi : d'où te vient une frayeur si grande ?
£b quoi ! Tamant qui touche au moment désiré
D'être uni pour jamais à Fobjet adoré , J
De joie et de plaisir tressaille; et tu frissonnes!
Quoi l Fanion des coeurs , bien plus que des personnes ,
6o L'INCONSTANT.
Union dont jamais n*approcha ramitié, lies doux embrassements d'une tendre moitié, D'une épouse à-Ia-fois modeste et caressante, Ce riant avenir te glace et t'épouvante ! Insensible à Fespoir de renaître avant peu Dans un enfant chéri , gage du plus beau feu , D*emï>rasser de tes traits une image aussi chère , Tu trembles, en songeant au bonheur d'être père! Ah ! si ce sont pour toi des maux à redouter. Je crains pour les plaisirs que tu sauras goûter.
FLORIMOND
Permettez : le portrait d'une épouse chérie
S'offre bien quelquefois à mon ame attendrie;
Quelquefois je souris à ce groupe joyeux
De quatre ou cinq enfants qui croissent sous mes yenx ;
£t je voudrois déjà d'un tableau qui m'enchante
Voir se réaliser l'image si touchante...
Mais je songe , à l'instant, qu'à tous ces chers objets
Je serai par des nœuds attaché pour jamais,
Que ce qui fut d'abord un penchant volontaire
Bientôt va devenir un bonheur nécessaire.
Ce spectacle dès-lors perd toute sa beauté;
Dès-lors je n'y vois plus que la nécessité*:
Et puisque l'on ne peut, grâce à la loi sévère.
Sans cesser d'être libre , être époux , être père.
Mon cher oncle , à ce prix , je ne suis point jaloux
D'acheter les beaux noms et de père et d'époux.
M. DOLBAN.
Ainsi l'on ne sent plus maintenant, on raisonne! Par le raisonnement ainsi l'on empoisonne
ACT£ II, SCÈNE X. 6t
La source du bonheur, des plaisirs les plus doux! Eh bien ! j*étois né , moi , pour être père, époux... L*aspect d'un couple heureux m'a toujours fait euyie. Oui, l'hymen auroit fait le bonheur de ma vie : A mon amour poui* toi je l'ai sacrifié; Et sans toi , sans toi seul , je serois marié.
FLOBIMOMO.
Mon oncle, je le sais, et je tous en rends grâce:
Mais faudroit-il que moi je me sacrifiasse?
Ce n'est pas seulement l'hymen en général
Que je redoute ici : je crains de choisir mal.
Je le vois, Éliante est une philosophe.
Qui de rien ne s'émeut, qui jamais ne s'échauffe.
Qui ne rit pas, je gage, une fois en un jour.
Et, quand il faut aimer, disserte sur l'amour.
Elle a beaucoup d'esprit, elle est sage, elle est belle;
Mais j'ai peur, entre nous, de m'ennuyer près d'elle.
M. DOLBAN.
Voilà donc tes raisons '.Elles me font pitié. De mes soins c'est ainsi que je me vois payé ! Ainsi, mal à propos j'ai fait une demande : On m'a donné parole , il faut que je la rende; Et tu viens te dédire au moment du ccmtratt Peux- tu donc à ce point me compromettre, ingrat?
FLORIMOND
Je suis mortifié de ces démarches vaines...
M. OOXBAN.
Tu pourrois d'un seul mot payer toutes mes peines. Dis seulement, dis-moi que tu l'épouseras.
6a L'INCONSTANT.
FLORIMOND
Je ne puis, en honneur.
M. DOLBAN.
Ta ne le veux donc pas?
FLORIMOND
Mais quel acharnement, mon oncle, est donc le v6tre ? Puis-je, aimant une femme, en épouser une autre?
M. DOLBAN.
Gomment... ?
FLORTIIOND.
Oui, pour trancher d'inutiles discours.
J'aime une autre, vous dis-je, et l'aimerai toujours.
M. DOLBAN.
Je ne m'attendois pas à ce trait, je l'avoue. Aimer une autre! Ainsi de son oncle on se joue! Quoi, pendant que je fais des démarches pour toi, *tn cours aux pieds d'une autre, et lui promets ta foi ! Mais à mon tour aussi je m'en vais te confondre : Pour la dernière fois, il s'agit de répondre... Ne crois pas qu'à ton gré je consente à fléchir. Je veux bien te donner du temps pour réfléchir. Floriraond , dans unt heure il faut me satisfaire , Ou... tu verras alors ce que je saurai faire.