‹ Répertoire du théâtre françaisChapitre 211 sur 396 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

LISETTE

Eh! noii,non: je VOUS veux quelque chose, moi; et madame n avoit rien de si intéressant à vous dire.

MàBIATXE.

Dépêche-toi donc ; tu sais bien que mon père ne veut pas que je te parle , et qu'il dit que tu me gâtes. >

LISETTE

Moi je vous gale! Il est bien injuste de vous donner ces mauvaises impressions.

M^niàifE.

Oh ! ne te fâche point ; je ne le crois pas : mais ses remontrances perpétuelles me chagrinent terriblement.

LISETTE

Et quelles remontrances peut-il faire ? * ^

MARIAUE.

Je ne sais : comme je ne les mérite point, je ne les écoute pas le plus souvent; et, quand il à bien long-temps parlé , il me semble que je n ai entendu que du bruit.

LISETTE

Ah! puisque vous prenez si bien les choses, vous n'êtes pas si fort à plaindre.

• MARIASE

Je ne suis pas à plaindre! Est-il agréable, à mon

4i LES BOURGEOl&ES A LA MODE. ' êiçe, de vivre éternellement dans la solitude? Je n ai, pour toute compagnie, que des maîtres qui ne m'appr|nneQt que des choses inutiles, la musique, la fable, l'histoire, la ^péographie. Cela n*est-il pas bien divertissant !

LISETTE

Cela vous donne de Tesprit.

MARIANE

N'en ai-je pas assez? Ma belle-mère ne sait point toutes ces choses, et elle vit heureuse.

LISETTE

Sa destinée vous fait donc envie?

M ABIAITE.

Oui , je te Tavoue ; et, si elle vouloit, au hasard d'être tous les jours grondée de mon père, je lui promettrois de ne la quitter de ma vie. <

* LISETTE

Quoi ! pas même pour être mariée ?

MARIANE

Oh ! c'est autre chose: quand je serai mariée, ne serai- je pas la maîtresse, et ne ferai-je pas comme elle tout ce que je voudrai ?

LISETTE

Splon le mari que vous prendrez.

MARIANE

Comment , selon ? Oh ! je veux «nbon mari, ou je n'en veux point.

ikCTE II, SCÈNE VII, 43

LISETTE

i)fais si votre père vous en veut donner un à sa fantaisie ?

HARIA.NE.

Je ne le prendrai point, s'il n*est à la mienne.

LISETTE

Fort bien: et votre belle -mère, si elle vous proposoit...

MARIAKE.

Mais, Lisette, un mari de sa main me convien* droit assez, je pense.

LISETTE

Et de la mienne , craindriez-vous d'être trompée ?

MARXANE.

De la tienne?

LISETTE

Oui, parlez.

mariaue.

Hom ! je devine ce que tu me veux , Lisette.

LISETTE

Vous le devinez?

MARIANE

Ob, que oui ! cela n'est pas bien difficile.

Et que devinez*vous encore ?

MARIAI! E

Qne quelqu'un est amoureux de moi, et qalon t'a priée de me le dire.

LISETTE

Cela est admirable.

M ARIANE

Et c'est pour savoir ce que je pense que ta me parles de mariage.

LISETTE

Quelle vivacité! , *

HARIANE.

Oh ! je ne suis plus une petite fille ; et, quoique je ne voie pas le monde, quand je suis seule, je rêve à bien des choses : mais dis vite, qn'as-tu à me faire savoir ?

LISETTE

Eh '.puisque vous êtes si habile, ne pouvezvous pas deviner le reste?

HARIANE.

J'aurois trop à roufpr, Lisette, si mes conjectures n étoient pas justes.

Oh! pour le coup, je devine à mon tour, et je ne suis pas moins pénétrante que vous.

MARIANE

Et que pénètres-tu?

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