SCÈNE III
if ADâME PATIN, LISETTE.
LISETTE
Au moÎDS, madafme) il faut prendre cette affaire-ci du bon côté : ce n'est pas à votre per* sonne cja'ils ont fait insulte , c*est à votre nom. Que ne tous dëpéche&>yoiis d*en changer ?
M»« PATIN
J*y suis bien résolue, et j'enrage contre ma destinée de ne m'avoir pas faite tout d'abord une femme de qualité.
LISETTE
Eh ! vous n'avez pas tont-à-fait sujet de vous plaindre ; et si vous n'êtes pas encore femme de qualité, vous êtes riche au moins; et, comme vous savez, on achète facilement de la qualité avec de l'argent; mais la naissance ne donne pas toujours du bien.
Il n'importe, c'est toujours quelque chose de bien charmant qu'un grand nom.
LISETTE
Bon, bon, madame : vous seriez, ma foi, bien ea^arrassée si vous vous trouviez conime cei^
taines grandes dames de par le monde, à «jui tout manque , et ^ni, malgré leur nom, ne sont connues que par un grand nombre de créanciers qui crient k leurs portes depuis le matin jusqu'au soir.
Cest là le bon air; c'est ce qui distingue les gens de qualité.
LlilETTE.
Ma foi, madame, avanie pour avanie , il vaut mieux, à ce qu'il me semble, en recevoir d'une marquise que d'un marchand; et, croyez-moi, c'est un grand plaisir de pouvoir sortir da ches soi par la grande porte, sans craindre qu'une troupe de sergents viennent saisir le carrosse et les chevaux. Que dînez- voua, si vous vous trouviez réduite à gagner à pied votre logis, comme quelques unes à qui cela est arrivé depuis .peu ?
W^ PATIK.
Plût au ciel que cela me fût arrivé, et que je fusse marquise ?
LISETTE
Mais, madame, vous n'y songez pas.
M<ne PATIN.
Oui, oui , j'aimeroi&mieux être la marquise U plus endettée de toute la cour, que de demeurer veuve du plus riche financier de France. La ré-
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solution jest prise, il faut que je devienne marquise, quoi qu*il en coûte; et pour cet effet, je •vais absolument rompre avec ces petites gens dont je me suis encanaillée. Ck>mmençons par monsieur Serrefort.
LISETTE
Monsieur Serrefort, madame! Totre beaufrère!
M»e FATIir.
Mon bean-firère! mon beau -frère! Parlez mieux s'il vous plaît.
LISETTE
Pârdonnez-moi , madame ; j*ai cru qu*il ëtoit votre beau-frère, parcequil étoit frère de feu monsieur votre mari.
M»»« P4TIN
Frère de feu mon mari, soit; mais mon mari étant mort. Dieu merci, monûeur Serrefort ne m*est plus rien. Cependant il semble à ce crasseux-là qu'il me soit de quelque chose; il se mêle de censurer ma conduite, de contrôler toutes mes actions. Son audace va jusqu'à vouloir me faire prendre de petites manières comme celles de sa femme , et faire des comparaisons d'elle à moi. Mais est- il possiMe qu'il y ait des gens qui se puissent méconnoître jusqu'à ce point-là?
]4 LE CHEVALIER A liA MODE.
LISBTTB* Oui 9 oui) je eonim«oce à comprendre qu'il a tort) et que vous ayez raison, tous. Cest bien à lui et.à 9a femme à faire des eomparaisons avec vous! Un est que votre beau-frère , et elle n est que votre belle-sœur, une fois.
Il n y a pas jusqu'à sa fille qui ne se donne aussi des airs. Allons-nous en carresse ensemble, elle se place dans le fond à mes c6t^s ; sommes^nous à pied, elle marche toujours sur la même li^e., sans observer aucune distance entre elle et moi.
LISETTE
La petite vidicule 1 Une nièpe vouloir aller de pair avec sa tante ?