BITUME DE JUDÉE = (C^oH^OQ*). {Grav. hél
§ 1. Cette dénomination indique un produit du règne minéral qu'il est difficile de définir rigoureusement. Le bitume se distingue de l'asphalte en ce qu'il est moins solide, noir, à reflets fauves, luisant; sa cassure est brillante; sa densité varie entre 1,07 et 1,16. Il
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fond à -f- 100®; très-combustible, il brûle avec une flamme luisante, dégage beaucoup de fumée, et laisse peu de cendres. On peut le ramener à l’état d’asphalte en chassant par la chaleur la partie huileuse et volatile.
Il y a quelques aflnées, la plus grande partie de ce produit, provenait de la mer Morte qui le rejette sur ses bords, et on l’exportait sous le nom de bitume de' Judée, de karabè, de Sodome, de baume de momie, etc.
§ 2. L’asphalte ressemble extérieurement à la houille, mais sa cassure est homogène, brillante et conchoïde. Il est d’un brun noirâtre. 11 fond à la température de l’eau bouillante et s’enflamme facilement. Il donne, à la distillation, des gaz combustibles et un mélange de plusieurs produits huileux; le résidu est charbonneux.
§ 3. On exploite maintenant beaucoup de gisements de ce corps, mais comme là, le bitume se trouve mélangé avec du sable, de l’argile et des terres schisteuses, on les jette dans des chaudières pleines d’eau bouillante, et le bitume surnage ; le sable reste au fond, l’argile, en suspension.
On retire du bitume, de Seyssel, de Lobsann, de Bartennes, de Pont-Château, des Abruzzes, de Monastier.
Celui de Bechelbronn produit un carbure d’hydrogène qui fait la partie essentielle du pétrole.
§ 4. Le bitume de Judée est le corps impressionnable qui forme la base du procédé de la gra\mre héliographique (754).
M. Niepce de Saint-Victor, dans ses recherches sur ce corps, a cru remarquer qu’il en existait au moins deux variétés : une à cassure vitreuse conchoïde ; l’autre à cassure résineuse. De ces deux sortes, la première est plus noire, la seconde plus rousse. Leur sensibilité diffère comme leur aspect et leur couleur.
Bitume venant incontestablement de Judée : Ce bitume a la cassure vitreuse, brillante, et n’exhale presque aucune odeur, à moins qu’on ne le chauffe. Pulvérisé, il est d’un brun marron foncé. U est le plus sensible à s’impressionner à l’air et à la lumière. Quand il n’est pas trop sensible, on l’emploie avec succès à la chambre obscure, mais une trop grande impressionnabilité produit des images voilées.
Dans le commerce, on trouve deux sortes de bitumes qui se distinguent par des caractères particuliers, et qui diffèrent par leur degré de sensibilité à l’air et à la lumière : l’un est très-sensible , l’autre l’est très-peu.
Le plus sensible est noir rougeâtre, sa cassure conchoïde est trèsluisante. 11 est très-sec, sa poudre est d’un brun-rouge et exhale une odeur d’asphalte. Densité, 1,11 ; fusible de -)- 170 à -(- 175®; ne donne à la distillation presque pas de matière huileuse. Soluble en totalité dans la benzine (152). Soluble lentement dans l’essence de térébenthine (644); ne se trouve dans le commerce qu’en petite quantité et en petits morceaux.
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Le moins sensible présente les caractères suivants : noir-rouge jaunâtre; cassure mate, terne, résineuse; légèrement poisseux; poudre d'un brun-jaune ; exhale une forte odeur d'asphalte et d'un peu de résine; densité, 1,10; fusible à -f- 90°; donne à la distillation plus de la moitié de son poids d'une l'huile claire qui tache le papier; soluble en totalité dans la benzine; soluble instantanément dans l'essence de térébenthine qu'il colore en brun immédiatement; trèsrépandu dans le commerce, se trouve en gros morceaux.
Nous devons à l'amitié bienveillante de M. Niepce de Saint-Victor les remarques précieuses qui suivent, et dont nous avons, sous ses yeux et sa direction, vérifié l'exactitude.
§ 5. En se servant d'un vernis à base de bitume, très-peu sensible (cassure résinoïde et formé de gros morceaux) , mais dont la faculté réductrice est exaltée par une exposition de 1 heure au soleil, on obtient d'abord de bonnes épreuves non voilées, présentant des demiteintes parfaitement accusées, et des lignes se découpant nettement sur les teintes irisées, soit du ciel, soit des parties qui les avoisinent.
Au bout de quelques jours, le phénomène se complique, les épreuves sont couvertes d’un voile gris, les demi-teintes viennent moins complètes, et déjà on voit une auréole irisée s'étendre autour des plus grands noirs.
Si nous laissons passer encore quelques jours, nous obtenons des épreuves singulières dans lesquelles toutes les lignes sont baveuses, entourées d'une auréole intense, et telles que serait obtenue une épreuve positive sur papier, au moyen d'une glace dont on mettrait le collodion en dessus, et non au contact du papier.
Ces faits se reproduisent avec persistance et prouvent une modification dans la substance même. Il est facile de s'en assurer en remarquant qu'à mesure que ces phénomènes se manifestent, la couche perd de son adhérence à la plaque d'acier ou de zinc.
§ 6. En usant le même flacon de dissolvant (510) pour une série de plaques faites avec le même flacon de vernis, on s'aperçoit que, dans celles que j'appellerai auréolées, une partie de la couche, toujours la plus mince, qui forme les demi -teintes, est entraînée et reste accrochée en forme de pellicules, tantôt roulées sur elles -mêmes, tantôt adhérentes, avec leur forme découpée à une place qui n'est pas la leur. Or, le dissolvant, qui, neuf aux premières plaques, avait toute sa puissance, a déjà perdu une partie de celle-ci, alors qu'il dépouille encore trop fortement les dernières ; donc l'adhérence du vernis a diminué.
§ 7. Il setait digne d'expériences suivies, de s'assurer si, par un repos prolongé, le vernis, dont la sensibilité a été exagérée, reviendrait à un état normal, et pourrait de nouveau être surexcité par l'exposition au soleil, ou s'il arriverait à un état d'insensibilité absolue. Il paraît probable que l'ébranlement moléculaire produit par la lumière , et qui accroît la sensibilité en s'emmagasinant dans les pores mêmes
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du bitume, irait en s'affaiblissant, et disparaîtrait pour pouvoir être rétabli de nouveau.
§ 8. Un fait encore digne de remarque dans la dissolution du bitume, c'est que certaines variétés ne peuvent jamais donner un vernis limpide (1482).
On filtre, on laisse déposer pour décanter. Il se forme, après le filtrage, de nouveaux petits corps noirs; on filtre encore, et toujours par le repos, cette espèce de précipité en suspension se produit. On dirait une aggrégalion continue des molécules du bitume, et cependant cette aggrégation ne forme pas de dépôt appréciable dans le flacon, même par un repos prolongé. L'action semble se produire dans de certaines limites, s'arrêter quand elles sont atteintes, et reprendre si on enlève les petits globules en concrétion déjà formés.
11 va sans dire que ce bitume doit être laissé de côté, comme impropre à la gravure héliograpliique.
§ 9. M. Niepce de Saint-Victor m'a montré un bitume qui offrait un autre phénomène également inexpliqué.
En séchant à la température ordinaire , le vernis formé par ce bitume donnait une couche privée de l'aspect irisé qu'elle doit avoir, et d’une apparence brumeuse ; tandis qu'en séchant la plaque d'acier à la lampe, la couche prenait l'aspect normal. Cette expérience se faisait facilement sur une môme planche dont on séchait la seconde moitié à la lampe, après que la première avait séché librement à l'air.
§ 10. Le choix du bitume pour la gravure héliograpliique est fort difficile, et les règles à suivre sont très-imparfaitement tracées. Le tâtonnement est nécessaire, et les essais doivent être multipliés.
Cependant on peut dire, en général, que plus le bitume est lourd et la cassure d’aspect vitreux, plus il est lent, comme couche sensible, à s'impressionner, moins il donne de demi-teintes; mais en revanche, plus il offre de résistance à l’acide (22).
§11. Celui qui se présente en gros fragments roux et à cassure résineuse, est le meilleur pour la gravure; mais étant très-lent à s'impressionner, il exige une excitation artificielle au soleil ou (plus prolongée) à la lumière diffuse.
§ 12. Le bitume dont nous parlons jusqu'ici est celui employé pour les opérations par contact. Celui qui paraît le meilleur pour les opérations dans la chambre noire , se rencontre en petits fragments arrondis et comme efflorescents. Il possède une sensibilité naturelle plus grande que les autres qualités; de sorte qu'en exaltant encore celte sensibilité au soleil, on lui donne, surtout appüqué en couches minces, assez de rapidité pour fournir des épreuves directement à la chambre noire.
Dans toutes ces opérations, il ne faut pas oublier que si un bitume en dissolution devient trop sensible après excitation par le soleil, il peut servir de levain pour en exciter d'autre de môme espèce non encore sensibilisé.