DAGUERRÉOTYPE
§ 4. Niepce faisait dissoudre du bitume sec de Judée (167) dans l’huile essentielle de lavande (642) ; il obtenait un vernis épais qu’il appliquait sur une lame de métal poli, par exemj)le sur du cuivre plaqué.
La plaque, après avoir été soumise à une douce chaleur, restait couverte d’une couche adhérente et blanchâtre : c’était du bitume en poudre. Ainsi recouverte, elle était placée au foyer de la chambre noire, et au bout d’un certain temps on apercevait sur la poudre de faibles traces de l’image.
§ 5. 11 eut l’ingénieuse pensée que ces linéaments pourraient être renforcés, et en effet, en plongeant la plaque dans un mélange d’huile de lavande et de pétrole (965), il reconnut que les parties de l’enduit qui avaient été exposées à la lumière restaient presque intactes, tandis que les autres se dissolvaient rapidement et laissaient le métal à nu.
Après avoir lavé la plaque avec de l’eau, il avait donc l’image formée dans la chambre noire, les clairs correspondant aux clairs, et les ombres aux ombres. Les clairs étaient formés par la lumière diffuse provenant de la matière blanchâtre et non polie du bitume; les ombres par les parties polies et dénudées du métal, à la condition, bien entendu, que ces parties se miraient dans des objets sombres, et qu’on les plaçait dans une position telle, qu’elles ne pussent envoyer spéculairement vers l’œil qu’une lumière très-peu vive. Les demi-teintes, quand elles existaient, pouvaient résulter de la partie du vernis qu’une pénétration partielle du dissolvant avait rendue moins mate que les régions restées intactes.
§ 6. La méthode ci-dessus offrant beaucoup d’incertitude, Daguerre chercha et trouva des perfectionnements importants. Il substitua au bitume de Judée, le résidu de la distillation de l’huile de lavande, qui est plus blanc et plus sensible.
Ce résidu, dissous dans l’alcool (68) ou l’éther (657), était déposé en couche mince et horizontale sur le métal, et y laissait, après l’évaporation'du dissolvant, un enduit pulvérulent uniforme qu’on n’obtenait jamais par le tamponnement.
Après l’exposition de la plaque ainsi préparée au foyer de la chambre noire, Daguerre la plaçait horizontalement et à distance, au-dessus d’un vase renfermant une huile essentielle à la température ordinaire. Dans cette opération, renfermée dans des limites convenaldes, et qu’un simple coup-d’œil permettait d’apprécier, la vapeur provenant de l’huile laissait intactes celles des particules de l’enduit pulvérulent qui avaient reçu l'action d’une vive lumière, et pénétrait partiellement, et plus ou moins, les parties du même enduit ({ui, dans la chambre noire, correspondaient aux demi-teintes. Quant aux régions restées dans l’ombre, elles étaient entièrement pénétrées.
§ 7. Cette méthode présentait encore beaucoup d’imperfections, car le résidu d'huile de lavande n’était pas assez impressionnable. Daguerre chercha encore et découvrit le procédé donnant des résultats
DAGUëRRÉOTYPES-CRATONS.
beaucoup meilleurs, qui fit donner son nom à cette magnifique découverte.
La surface qui reçoit l’image est une couche jaunâtre, dont se recouvre, par sa face argentée, une plaque de cuivre exposée dans une boîte, à l’évaporation spontanée de quelques parcelles d’iode.
§ 8. Quand elle sort de la chambre obscure, la plaque ne présente aucune image. La couche jaunâtre d’iodure d’argent (837) qui a reçu l’image, paraît d’une nuance parfaitement uniforme dans toute son étendue; mais dès que cette plaque est exposée dans une seconde boîte à un courant ascendant de vapeur de mercure, on voit se manifester un effet très-curieux. La vapeur s’attache en abondance aux parties qui ont été frappées par une vive lumière ; elle laisse intactes, au contraire, celles qui sont restées dans l’ombre, et enfin elle se dépose en parties variables sur les demi-teintes.
§ 9. Voilà le daguerréotype : ce point de départ de la photographie, cette science si jeune et déjà si vieille dans ses applications; point de départ déjà abandonné à cause de ses imperfections, mais que les procédés actuels dépassent sans cependant le remplacer.
La douceur du modelé de la plaque daguerrienne bien faite, reste inimitable, même à la photographie; et le ton général de l’épreuve était plus vivant, plus coloré que celui des épreuves sur papier.