DAGUERRÉOTYPE^ Méthode primitive
§ 1 . Il est fort intéressant de suivre pas à pas cette découverte^ de voir comment les procédés se sont peu à peu simplifiés pour arriver à un meilleur résultat. Au commencement, les moyens étaient compliqués et incertains dans leur application, plus encore dans leur réussite. A la fin, l’ensemhle des opérations était simple, et la réussite à peu près sûre. C’est à ce moment que la photographie sur papier (1147) est venue détrôner sa sœur aînée, la photographie sur plaque, et faire rentrer dans les faits oubliés, ce procédé remarquable à tant d’égards.
§ 2. Le polissage de la plaque s’exécuta d’abord au moyen de l’huile d’olives et de la ponce porphyrisée (1198). On se servait en outre d’acide nitrique (1002) étendu d’eau, 1 partie d’acide en volume dans 16 parties d’eau distillée; et^d’un châssis en fil-de-fer sur lequel on posait les plaques pour les chauffer avec une lampe à esprit-de-vin.
§ 3. On saupoudrait la plaque de ponce, sans la toucher, avec un morceau de mousseline contenant la poudre; on frottait légèrement en rond avec le coton imbibé d’huile d’olives; on dégraissait alors la plaque en la saupoudrant de ponce et en la frottant, comme ci-dessus, avec .du coton sec. Ensuite, au moyen d’un tampon de coton qu’on imbibait d’acide étendu d’eau, on frottait en étendant parfaitement l’acide sur toute la surface; on saupoudrait encore de ponce, et on la frottait légèrement avec du coton neuf.
§ 4. La plaque était alors soumise à une forte chaleur, on la plaçait sur un châssis en fil-de-fer et on promenait dessous la lampe à esprit-de-vin, jusqu’à ce qu’à sa surface il se formâtmne légère couche blanchâtre. On la refroidissait promptement en la plaçant sur un marbre. On la polissait de nouveau pour enlever la couche blanchâtre, et quand l’argent était sec et parfaitement bruni, on le frottait avec l’eau acidulée, on le couvrait encore de ponce et l’on frottait légèrement avec du coton.
§ 5. Il fallait éviter la vapeur de l’haleine, les taches de salive et le frottement des doigts.
lUGUERRÉOTYPE.
Ce polissage était long, minutieux et difficile.
§ 6. La plaque, parfaitement polie, était alors mise dans la planchette M, fig. 95, où elle était retenue par des taquets n, n' n” et des bandes , et portée avec elle sur la boîte à iode, fig. 33, le métal en dessous, sur les petits goussets placés aux quatre angles de la boîte , dont on fermait le couvercle. Il fallait la laisser jusqu’à ce que la surface de l’argent fût couverte d’une belle teinte jaune d’or. On regardait de temps en temps pour s’assurer si elle avait atteint le degré de jaune nécessaire, mais la lumière ne devait pas frapper directement dessus.
Aussi, fallait-il mettre la boîte dans une pièce obscure où le jour n’arrivât que très-faiblement, et lorsqu’on voulait regarder la plaque, après avoir ôté le couvercle de la boîte, on prenait la planchette par ses extrémités avec les deux mains, et on la retournait promptement. Il suffisait alors que la plaque réfléchît un endroit peu éclairé, et autant que possible éloigné, pour qu’on s’aperçût si la couleur jaune était assez foncée. On remettait très-promptement la glace sur la boîte si la couche n’avait pas atteint le jaune d’or. Si, au contraire, cette teinte était dépassée, la couche ne pouvait pas servir, et il fallait recommencer entièrement la première opération.
Fig. 96.
§ 7. Lorsque la plaque était arrivée au degré jaune nécessaire, on emboîtait la planchette dans le châssis AA, comme il est indiqué dans la figure 96. L’intervalle de temps entre la sensibilisation et l’exposition ne pouvait guère dépasser 1 heure, car alors la combinaison de l’iode et de l’argent n’aurait plus la même sensibilité.
l^e châssis était introduit dans la rainure de la chambre noire (239) mise au point (947) d’avance, on ouvrait les portes intérieures, car, à. ce moment, ce n’était pas encore une trappe qui interceptait l’action des rayons lumineux concentrés par l’objectif.
§ 8. Il était important de ne pas dépasser le temps nécessaire, car les clairs n’auraient plus été blancs, mais noircis. Si, au contraire, le temps n'était pas suffisant, l’image était vague et sans détails.
Ce temps variait de 3' à 4' dans la belle saison.
§ 9. La plaque, lorsqu’on la retirait de la chambre noire, avait con^
ÜAMxMAR.
servé sa teinte uniformè et semblait ’ n’avoir subi aucune modification. L’empreinte de l’image existait sur la plaque, mais latente. Il s’agissait de la rendre visible, et cette partie de l’opération est toujours restée la même.
§ 10. On transporte la plaque A dans la boîte à mercure (176), où, placée sur des tasseaux qui la tiennent inclinée à 45®, elle est exposée à un courant ascendant de vapeur mercurielle s’élevant d’une capsulé dans laquelle le métal est chauffé par une petite lampe à alcool. Cette vapeur s’attache en abondance aux parties qu’une lumière vive a frappées; elle laisse intactes les régions restées dans l’ombre; enfin, elle se condense proportionnellement sur les espaces qu’occupaient les demi-teintes. Un verre jaune adapté à la boîte permet de suivre du regard, à la faible lueur d’une bougie, la formation graduelle de l’image. On voit la vapeur mercurielle, comme un pinceau de la plus extrême délicatesse, marquer du ton convenable chaque partie de la plaque.
Un thermomètre coudé, adapté à la boîte, indique le moment où l’on doit retirer la lampe; c’est lorsqu’il marque -|- 60® environ.
§ H . En général, il faut laisser la plaque dans l’appareil jusqu’à ce que le thermomètre soit descendu à -j- 45® ; quelquefois on la retire auparavant, si la lumière a été très- vive.
§ 12. L’image produite, il faut la préserver de l’influence de la lumière du jour; pour cela, on agite la plaque dans de l’eau saturée de sel marin (1308), ou dans une solution d’hyposulfite de soude (795), et la lavant ensuite avec de l’eau distillée chaude, l’image est terminée.
Pour conserver les épreuves, il faut les mettre sous verre et les coller, elles sont alors inaltérables, même au soleil.
463. — DAGUERRÉOTYPE sur Plaque chlorée : (Barnard, 1842). {Dag.). V. 800.