FOYER CHIMIQUE. {Opt,). V
§ 1 . L’action chimique de la lumière a été déterminée pour la première fois en 1566, par Fabricius. Ritter, après lui, constata la différence des rayons lumineux (1249) et des rayons chimiques (1246). Davy remarqua la diversité d’action de certains rayons sur le même corps exposé à leur influence, par exemple, l’oxyde de ploml) qui, sous la lumière prismatique, devient rouge dans le rayon rouge et noir dans le rayon violet.
En étendant cette expérience à la plus grande partie des composés chimiques, on a découvert une infinité d’anomalies dont la loi, s’il en existe une, est encore inconnue.
§ 2. 11 est hors de doute qu’un spectre coloré, pour nos sens, se su-, perpose au spectre chimique, incolore pour nous, qui a des proportions et des intensités variables, suivant les heures du jour et les divers mois de l’année.
§ 3. Les systèmes achromatiques, lentilles composées, font bien coïncider les rayons jaunes et bleus, et en même temps la portion du spectre chimique comprise entre ces couleurs, mais évidemment ils ne peuvent achromatiser les rayons chimiques du violet, et, à plus forte raison, de l’extra-violet. De même, ils laissent sans action les moins réfrangibles que le jaune, compris parmi l’orangé et le rouge (1347).
§ 4. Pour dernier exemple, le bromure d’argent (184) sera vivement impressionné dans le foyer optique des rayons jaunes et bleus, et l’image obtenue sera parfaitement au point (947), tandis que l’iodure d’argent ne recevra aucune action impressionnante, au moins pendant un temps déposé égal à la première substance. Si, enfin, on obtient une image, elle scvnfloii, parce que le foyer des rayons véritablement actifs sur l’iodure d’argent (rayons extra-violets), est en dehors do beaucoup, du foyer optique.
§ 5. La distance du foyer chimique au foyer visuel change avec les heures du jour; de plus, elle diminue comme la distance focale absolue (897 bis), ai elle augmente comme la distance focale des rayons chinii({ues et hnnineux. Par conséquent, en éloignant autant que possible le foyer chimi(pic du foyer optique, on éliminerait complètement les rayons calorifiques, qui ont à peu près même foyer que les visuels, et on aurait, sons l’action actini(pie seule, des images d’une
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admirable finesse. Reste l’inconvénient d’une mise au point, pénible à cause de la variation du foyer réellement utile, mais difficile à déterminer à chaque opération, d’une façon prompte et pratique.
§ 6. La lumière du soleil se manifeste à nous par trois modes d’action : elle éclaire, elle échauffe et elle modifie certains corps dont elle change la matière ; témoins certains sels d’argent. Elle semble donc être composée de trois sortes de rayons : lumineux (1249), calorifiques (1245) et chimiques (1244).
Si nous nous reportons à l’étude du spectre solaire (1347) et des rayons chimiques ou actiniques (406 — 1244), nous trouverons que les trois courbes d’intensité, lumineuse, calorifique et chimique, n’ont pas une forme parallèle en construisant graphiquement leur action, comme mesure d’ intensité .
§ 7. Si nous soumettons une surface sensible à l’action du spectre, nous apercevons qu’il existe une action chimique, dont le maximum est dans les rayons violets, et qui s’étend au-delà du violet, dans une partie vide de lumière pour nos organes. Ces rayons chimiques invisibles sont plus réfrangibles que les rayons visibles. Donc, quand l’ensemble des rayons lumineux visibles sera concentré par un appareil lenticulaire, les rayons les plus réfrangibles, invisibles, ne se réuniront pas au même foyer que ceux qui seront moins réfractés qu’eux; par conséquent, le foyer chimique ou foyer des rayons invisibles, mais les plus actifs, ne coïncidera pas avec celui des rayons visibles moins ré-. frangibles qu’eux.
§ 8. Au moyen d’une combinaison de verres construits les uns en flint-glass (437), les autres en crown-glass (437), on arrive à achromatiser (21) les rayons visuels, c’est-à-dire à détruire le foyer chimique. Mais cette achromatisation ne peut s’obtenir que par tâtonnements.
Pour s’assurer si, dans un objectif donné, le foyer chimique coïncide avec le foyer visuel, on se sert du focimètre Claudet (695).
§ 9. Suivant MM. Lerebours et Secrétan, un objectif sans foyer chimique pour la plaque daguerrienne, n’en a également qu’un pour le papier sec, tandis qu’il en a un, peu considérable mais appréciable, pour le collodion humide; la distance focale, dans ce cas, se trouve allongée.
On remédie à cet inconvénient en plaçant devant le verre dépoli de la chambre noire, une glace transparente, d’épaisseur ordinaire, qui a pour effet d’allonger la distance focale de la quantité nécessaire pour une surface humide. Il semble résulter de cette expérience qu’un objectif achromatisé pour les rayons visibles, ne peut l’être absolument pour les surfaces sèches et humides sensibles à la lumière. Cette considération ne doit pas être négligée dans l’appropriation des divers objectifs aux procédés que l’on emploie.
§ 10. Il est donc reconnu que le foyer d’action photogénique (1244) peut, dans un objectif, ne pas coïncider avec le foyer visuel fourni par les rayons lumineux (1249), et que c’est ce foyer défavorable qu’on appelle foyer chimique de Vobjectif.
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§11. Des expériences nombreuses ont conduit à poser les principes suivants :
1° La dilférence ou l’éloignement de ces deux foyers varie suivant la combinaison achromatique des verres formant les objectifs^ et suivant leur pouvoir de dispersion.
2® Dans la plupart des objectifs achromatiques^ le foyer d’action photogénique est plus long que le foyer visuel .
3° Dans les objectifs non achromatiques, soit de crown-glass (437), soit de flint-glass (691), le foyer actinique est plus court que le foyer visuel.
4° L’éloignement relatif de ces deux foyers varie suivant la distance des objets au système optique.
5® Enfin, ce foyer varie aussi suivant Tintensité de la lumière.
§ 12. En tenant compte de ces circonstances, on peut déterminer d’avance, pour un objet donné et pour chaque distance des objets, le foyer d’action photogénique, avec une certitude qui permet d’obtenir toujours des épreuves parfaitement au point.
Soit AB (fig. 113) un objectif dont le crown présente une courbure trop forte; le croisement des rayons moyens se faisant en M, les rayons rouges se croiseront au-delà, en R, et les rayons violets en deçà, en V. Alors, en regardant à travers cet objectif, on voit les objets bordés en rouge à la circonférence et en violet au centre. Si, dans la chambre noire, on veut avoir une image nette, il faudra mettre au point sur un objet plus éloigné que celui qu’on veut reproduire, parce que le foyer d’action ou foyer chimique devra être plus court que le foyer apparent.
Si on avance la surface sensible en V, où se croisent les rayons violets, chaque image sera entourée d’une auréole rouge (sans action), tandis que les rayons violets, se trouvant réduits à leur plus petite étendue possible, donneront le maximum de netteté.
§ 13. Dans le cas où l’objectif présenterait un verre trop concave, l’inverse aurait lieu. Les rayons moyens se croiseront toujours en M (fig. 113), mais les rayons rouges se croiseront en V et les violets en K. Les franges quibordent les objets vus à travers un tel objectif ont changé de place, le rouge sera à l’intérieur et le violet à la circonférence. Dans ce cas, pour avoir l’image nette, il faudra que le foyer d’action chimique soit plus long que le foyer apparent. C’est l’inverse de ce que