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ALTÉRATION DES ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER et leur

revivification : (Davanne et Girard, 1864). ( Vhot .)

§ 1. Il y a quinze ans à peine, la plupart des épreuves positives sur papier passaient, souvent dans un temps très-court, tandis que d’autres survivaient sans que les opérateurs eux-mêmes pussent bien se rendre compte pourquoi. Aujourd’hui, il n’en est plus ainsi, et les épreuves photographiques peuvent demeurer plusieurs mois au soleil même, sans rien perdre de leur solidité et de leur fraîcheur.

§ 2. Dès 1855, quelques photographes habiles avaient émis l’opinion que l’hyposulfite (795) était ou devait être la cause de l’altération des épreuves, mais aucune démonstration n'avait été donnée de ce fait. Or, dès cette époque, les auteurs des recherches actuelles ont présenté un mémoire qui a été le point de départ de toutes les recherches faites par eux depuis ce temps.

L'étude de l’altération des épreuves positives était, dès ce moment, à peu près complète ; un point théorique restait cependant obscur, puisqu'on n’était pas arrivé à préciser la cause de la coloration jaune qui caractérise les épreuves passées.

§ 3 . Dans les premières expériences, il a été possible de constater que toutes les épreuves passées renfermaient du soufre (1341 bis), dont il est facile de révéler la présence et de doser la quantité par les moyens analytiques ordinaires. Lorsque l’épreuve est entièrement passée, N* 12. Décembre 1864. 26

franchement jaune dans toute son étendue, les proportions de soufre et d’argent qu’elle renferme se rapprochent des quantités théoriques qu'exige la formule du sulfure d’argent : Ag S.

§ 4. Il était naturel de déduire de cette observation la conséquence que l’altération des épreuves est due à une sulfuration. Pour vérifier s’il en est bien réellement ainsi, on a soumis à l’action de composés sulfuriques des épreuves fraîchement fixées et, par suite, formées uniquement d’argent et de laque argentico-organique. Les sulfures alcalins en solution ont été les premiers réactifs, et on a constamment reconnu, qu’abandonnées pendant un temps suffisant dans une solution de cette nature, les épreuves les mieux fixées s'altéraient et se coloraient en jaune. Cependant l’altération ne se produit pas d’une manière immédiate; un phénomène transitoire la précède ; dans les premiers moments de l’immersion, l’épreuve prend un ton noir violacé, assez agréable à l’œil, mais cette coloration est fugace. Qu'on laisse l’épreuve dans le bain sulfurant ou qu'on l’en retire à ce moment pour la laver et la laisser sécher, l'effet sera toujours le même : au bout de peu de temps l’épreuve aura complètement jauni.

§ 5. L'hydrogène sulfuré (787), dont l'action a été essayée après celle des sulfures alcalins, a fourni les moyens d’expliquer la succession de ces deux phénomènes différents. En effet, employée en dissolution aqueuse, ce réactif se comporte vis-à-vis des épreuves fixées, de la même façon que les sulfures alcalins; il les colore d’abord en noir, puis en jaune; mais il n'en est plus de même si l’on opère dans des conditions de siccité absolue.

§ 6. En effet, une épreuve fixée, desséchée soigneusement à la température de + 110°, et sur laquelle on dirige un courant d'hydrogène sulfuré parfaitement sec, se colore en violet, elle vire, en un mot, et, quelque prolongé que soit le courant de gaz, sa coloration ne change pas. Mais il suffit de la plus faible trace d’eau pour modifier cet état de choses, ou que le gaz arrive légèrement humide pour que la coloration violette tourne au jaune ; une légère immersion de quelques instants dans l'eau chaude, une heure au plus dans l’eau froide, est assez pour qu'une épreuve ainsi virée passe entièrement au jaune.

§ 7. La netteté des expériences qui précèdent ne laisse rien à désirer; elle montre que l’altération des épreuves positives est due à l’action simultanée des composés sulfurants et de l’eau; elle établit que l’hydrogène sulfuré seul, que l’humidité seule ne suffit pas à faire passer une épreuve positive, et que la réunion de ces deux agents est indispensable; elle permet d’expliquer pourquoi telle épreuve, placée dans un portefeuille où mille causes ont pu accumuler l'humidité, s’est altérée, tandis que telle autre, préparée en même temps et de la même manière, a subi sans altération l’exposition à la lumière dans un lieu sec.

§ 8. Les causes qui peuvent placer les épreuves positives dans les conditions ci-dessus désignées, sont de trois sortes :

1° L’usage de bains de virage formés d’hyposulfite de soude (7^5) acidulé ou chargé de sels d’argent. Ces bains ont été longtemps en faveur; heureusement, aujourd’hui, ils ont à peu près disparu de la pratique photographique. Et effectivement, les bains de cette sorte doivent être absolument bannis de l'atelier. A cette classe de composés sulfurants se rattachent aussi les bains de virage formés de sulfure de sodium (1379) ou de sulfhydrate d’ammoniaque (137), que quelques photographes ont eu l'imprudence de proposer et dont les expériences relatées plus haut proscrivent également l’emploi de la manière la plus absolue.

§ 9. 2° Les lavages incomplets après le fixage à l’hyposulfite de soude (795). C’est là que gît le véritable danger d’altération. En effet, et surtout en présence de l’humidité, l’hyposulfite de soude restant dans la feuille, attaque peu à peu l’argent dont celle-ci est couverte, le transforme lentement en sulfure, et bientôt, sous l’influence de cette altération, l'image perd ses tons frais et brillants pour prendre les tons jaunes et fades de l’épreuve passée. L’emploi des sulfocyanures alcalins garantira contre cette cause d’altération.

§ 10. 3° Enfin, l’hydrogène sulfuré (787), qui, normalement, existe toujours dans l’atmosphère, et surtout dans l’atmosphère des grandes villes. Mais cette cause d’altéTation est peu importante, elle ne saurait avoir plus d’action sur une photographie que sur une peinture à l'huile ou un pastel, et même son influence est sensiblement nulle si l’épreuve a subi, au moyen d’un sel d’or, un virage énergique.

§11. Dans des articles spéciaux (95, IV — 99, IY — 121 , IV — 122, IV, — 137, IV — 149, IV), les conditions pratiques du virage ont été soigneusement étudiées et exposées, ainsi que la nature des bains qui semblent préférables; mais il est bon de rechercher quel degré de résistance à l’altération les divers procédés de virage proposés jusqu’à ce jour peuvent donner à l’épreuve.

Pour étudier ce point, on a pris des épreuves préparées au moyen des procédés les plus divers, et l’on a placé ces épreuves toutes ensemble à proximité d’émanations naturelles d’hydrogène sulfuré, et dans une position telle, que l’humidité, la pluie même pussent, en même temps que l’hydrogène sulfuré, exercer leur action sur les composés argentiques des images. A ces épreuves, prises parmi les œuvres ordinaires de la photographie, on avait joint un fragment d’épreuve revivifiée au moyen d’une immersion prolongée dans le chlorure d'or (273). Bien en a pris de faire cette addition, car au bout de quelques mois, toutes les épreuves du premier groupe étaient passées; il n’en était pas une qui eût conservé sa coloration primitive. Il n’eiî était pas de même de l’épreuve revivifiée : sa coloration, due au dépôt considérable d’or dont elle était revêtue, n’avait pas subi la plus légère modification.

D’un autre côté, en observant l’altération progressive des épreuves qui l’accompagnaient, on a pu très-nettement reconnaître que le passage de ces épreuves au ton jaune avait été d’autant plus rapide que leur virage avait été plus léger, c’est-à-dire que leur dorure avait été moins profonde.

§ t2. Ces expériences établissent que les épreuves positives résistent d’autant mieux à l’altération qu’elles sont plus fortement virées, et que si la quantité d’or que les bains y ont déposée est considérable, elles n’ont rien à redouter des émanations naturelles d’hydrogène sulfuré humide.

§ 43. Ainsi donc, des trois causes d’altération signalées plus haut, la lre n’existe plus, la 2e peut être facilement évitée, et la 3e n’a aucune importance si l’épreuve photographique est fortement virée. Par conséquent donc, une épreuve bien lavée et fortement virée ne passe pas; l'altération n’est pas la destinée normale des épreuves, c’est un sort accidentel qn’il est toujours facile de leur épargner.

§ 14. Les expériences que l’on vient de décrire présentent donc une grande importance pratique. Elles en ont une non moindre au point de vue théorique ; elles montrent en effet que, dans l’acte d’altération, c’est sur l’argent seul, et non sur l’or, que les composés sulfurés portent leur action.

§ 15. Si l’altération est due à l’action des composés sulfurés sur l’argent, comment expliquer que les épreuves altérées soient jaunes, lorsque, tout le monde le sait, le sulfure d’argent (1375) est d’un noir-violet?

La solution de ce problème a été trouvée il y a peu de temps : elle réside tout entière dans l’influence, sur le sulfure d’argent, de ces matières organiques qui jouent, dans les différentes phases de la production des épreuves positives, un rôle si considérable. En effet, le sulfure d’argent que l’on prépare par la décomposition d’un sel d’argent simple, ne ressemble en rien à celui qu’on produit en opérant la même décomposition en présence des matières organiques employées habituellement à l’encollage des papiers. Qu’on prenne une dissolution d’azotate d’argent (983) et que, dans cette dissolution, on fasse passer un courant d’hydrogène sulfuré, on obtiendra le précipité ordinaire, noir violacé, de sulfure d’argent (1375); mais qu’à cette dissolution d’azotate d’argent, on ajoute de l’amidon (87), de la gélatine (723), de l’albumine (46), et le produit formé par l’hydrogène sulfuré sera une sorte de laque due à la combinaison de la matière organique avec le sulfure d’argent, et cette laque, légèrement soluble, aura précisément cette teinte jaune qui caractérise les épreuves altérées.

§ 16. Lors donc que l’argent métallique dont une épreuve est couverte se trouve soumis à l’action des composés sulfurant^, il se forme d’abord du sulfure d’argent noir violacé, et un virage réel se produit; mais, peu à peu, l’eau intervient, pénètre l’encollage et le gonfle, la combinaison s’opère entre le sulfure d’argent et la matière organi-

que, et la laque de sulfure d’argent substitue au ton noir du sulfure sa coloration jaune.

Tels sont les phénomènes successifs qui s'accomplissent à la surface de l’épreuve si elle a été virée dans des bains sulfurants, si des lavages imparfaits l’ont laissée imprégnée d’hyposulfite de soude; si enfin elle se trouve exposée, après un virage insuffisant, à des émanations suifhydriques exceptionnellement abondantes.

§ 17. Revivification. C’est en soumettant l’épreuve à un nouveau virage que l’on exécute la restauration des épreuves. Placée dans une solution aurifère, l’épreuve altérée vire et se colore comme une épreuve récemment préparée, mais avec plus de lenteur. Elle reprend ainsi une partie de l’éclat qu’elle avait perdu. Cependant ce serait se tromper que d’espérer lui rendre ainsi toute sa fraîcheur primitive. Ainsi qu’on l'a dit- plus haut, la laque de sulfure d'argent et de matière organique est légèrement soluble, et, par suite, les demiteintes les plus fines ont pu, après leur passage à l'état jaune, être entraînées par l'action de l’eau ; ces demi-teintes disparues, la revivification ne peut évidemment les restituer. En outre, il n’est guère d’épreuves passées dont les parties claires ne se trouvent teintées en jaune, sans doute par suite d’une altération de l’albumine (46) qui recouvre le papier, peut-être par le séjour, en ces parties, de composés argentiques que des lavages imparfaits n’ont pu enlever. Dans le bain de revivification, cette teinte jaune ne disparaît pas, au contraire, elle s'accuse davantage, et si l’on veut, pour la faire disparaître, soumettre l’épreuve revivifiée à l’action de l’eau de chlore (252) ou du chlorure de chaux (268), ces composés agissent en même temps sur les portions métalliques les moins épaisses de l’image et rongent les demi-teintes.

§ 18. Quoi qu'il en soit, la revivification par les sels d'or fournit, dans les circonstances ordinaires, des résultats assez satisfaisants ; elle fait disparaître le ton jaune des épreuves passées, leur substitue la coloration noire ou violette des épreuves ordinaires, et, surtout, empêche toute altération postérieure, en remplaçant la surface d'argent éminemment sulfurable par une surface d'or d’une résistance presque absolue.

§ 19. La meilleure manière de conduire une opération de revivification est la suivante : l’épreuve est détachée du support sur lequel elle a été collée, immergée dans l’eau jusqu’à ce qu’elle en soit bien imprégnée, puis abandonnée pendant 4 ou 5 heures dans une solution bien neutre, mais récemment préparée, de chlorure double d'or et de potassium (281). La concentration de cette solution peut varier de 2 à 5 millièmes ; plus elle est concentrée, plus l’action est rapide.

Lorsque la restauration paraît suffisante, on lave à l’eau ordinaire ; ces lavages, aussi bien que l'immersion dans les bains d’or, doivent avoir lieu à l’abri de la lumière. L’épreuve lavée est ensuite passée à l’hyposulfite de soude pour enlever le chlorure d’argent formé par double décomposition, puis lavée à l’eau suivant la méthode usuelle.

336 ANALYSE DES BAÎNS d'aBGENT.

236. — ANALYSE DES BAINS D'ARGENT : (F. Thomas, 1864). ( Ghim .)

§ 1. Quand les bains d'argent ont , déjà servi, le pèse-sels (1136) ne saurait indiquer leur titre réel. Les photographes ont cependant besoin de pouvoir s'en rendre compte. Ils y arriveront aisément en suivant à la lettre les indications suivantes :

§ 2. On met dans une petite capsule en porcelaine (205 bis) dont le poids est connu, 10 centimètres cubes de bain d'argent, après que ce dernier a été soigneusement filtré. On précipite l’argent (112) par de l’acide chlorhydrique (254) rectifié, on laisse la précipité se déposer dans la capsule, on décante le liquide qui surnage et l’on sèche le précipité sur un feu doux. On chauffe la capsule jusqu'à cessation de toutes vapeurs. On laisse refroidir et l’on pèseda capsule. La différence de ce poids au poids primitif donne évidemment celui du chlorure d’argent (262).

§ 3. On s’assure ensuite que ce dernier se dissout totalement dans l'ammoniaque (91). S’il ne s’y dissolvait pas entièrement, on recueillerait avec soin le résidu, qu’on sécherait et dont on retrancherait le poids de celui du chlorure d’argent.

§ 4. Le poids du chlorure étant ainsi connu, rien n’est plus facile que d’évaluer la quantité de nitrate d’argent (283) fondu blanc qu’il v avait dans le bain d'argent. Ou sait que 1 gr. de chlorure d’argent équivaut à 1 gr. 185 de nitrate d’argent fondu blanc. Supposons que lu pesée ait donné Ogr.98 de chlorure d'argent, on multiplie lgr.185 par Ogr.98. Le résultat =lgr.l60, indique la quantité de nitrate d’argent fondu blanc contenu dans les 10 centim. cubes de bain d^ argent. Ce dernier contient donc en réalité llgr.6 par 100 gr. d’eau. En d’autres termes, il est à 1 1 gr.6 pour 100.

§ 5. Ce résultat étant connu, les photographes ramèneront facilement le bain à son taux normal.

Ils pèseront, pour cela, la quantité de nitrate qu’il faut, et le feront dissoudre dans le bain, sans ajouter d'eau.

§ 6. Pour avoir la même quantité de liquide, on ajoute autant de centimètres cubes d’eau distillée qu’il s'en est perdu par l’évaporation, et, en même temps, pour que le titre du bain ne varie pas, on y fait dissoudre le nombre de grammes de nitrate d’argent que comporte l’eau qu’on a ajoutée au bain.

§ 7. Généralement, les photographes pourront se dispenser de faire cette analyse, au moins pour le bain positif. Ils auront soin de ramener le bain au volume primitif, en ajoutant l’eau nécessaire, puis dans le bain ils feront dissoudre autant de fois trois grammes de nitrate d’argent fondu qu’ils ont sensibilisé de feuilles de papier.

237, — AQUARELLE. (Dess.). Y. 230, IV.

BAIN D'ARGENT NÉGATIF A l'OXY-ÉTHYLATE D'ARGENT.

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