ÉPREUVES POSITIVES PAR LE FÊRROSO-ACÉTATE DE FER
gulière d'être généralement dans l'épaisseur du papier, et cela par une raison bien simple : Taction de la lumière s'effectue sans coloration ; il s'ensuit que les parties répondant au noirs les plus intenses sont toujours perméables à la lumière, et cet effet est souvent cause que le revers du papier prend une teinte uniforme très-marquée, laquelle provient de Téparpillement de la lumière, qui est dispersée en tous sens, après la formation de l'image à la première surface du papier.
§ 2. Cet effet était la cause principale du manque de netteté des images au nitrate d'argent. On pouvait espérer modifier largement la nature de l'effet produit si l'on parvenait à ne déposer le sel d'argent qu'à la surface du support. M. Gaudin est parvenu à en préparer qui, tout en étant cent fois plus sensible, au point de vue de la formation des images, que le papier salé albuminé, se prépare en pleine lumière sans inconvénient. Voici son raisonnement :
§ 3. Le nitrate d'argent à employer pour | sensibiliser les papiers doit être légèrement acidulé par l'acide nitrique (1002), et l'effet de la lumière est précisément de faire disparaître cet excès d'acide, ce qui ne se produit nullement tant que le papier reste humide, du moins sous l'influence de la lumière diffuse qui éclaire un appartement et dans Tespace de peu de minutes. Ce fait essentiel une fois établi, le mode opératoire est des plus simples. 11 suffît de prendre un papier très-fortement encollé; puis, au grand jour, on étalera, avec un blaireau fin, la dissolution de nitrate d'argent (985) à sa surface.
4. Le bain d'argent doit être assez riche et franchement acide, c'est-àdii^e plutôt plus que moins; c'est la condition essentielle pour obtenir des blancs très-purs. Le papier est ensuite abandonné à la dessiccation, et alors il faut le placer dans une pièce éclairée seulement par la flamme d'une bougie : le papier, rigoureusement sec, est dès lors très-sensible, et il suffit d'une insolation variable de 10 à 20" pour le tirage de l'épreuve positive.
§ 5. L'image se montre alors quelquefois en traits déliés d*un jaune rougeâtre qui. dans l'espace de quelques minutes, atteindraient une vigueur comparable à celle des gravures. Mais tel n'est pas le but; il faut, au bout du temps indiqué, immerger la feuille impressionnée dans le bain révélateur. Ce dernier se compose tout simplement d'acétate de protoxyde de fer (13) auquel on ajoute, de temps à autre, un peu de nitrate d'argent acide (983), qui sert à sensibiliser le papier, ce qui permet de montrer le ton noir de l'épreuve. Il s'effectue, dans cette réaction, un véritable virement à l'argent qui a pour effet d'oxyder l'acétate de fer et de le rendre inerte. La rapidité de la venue des images est naturellement en rapport avec la durée de l'insolation ; leur pureté est une conséquence de leur apparition rapide qui se produit souvent après une pose qui ne fournit à Tœil aucune trace sensible.
§ 6. Le fixage s'effectue à l'eau ; cependant, si les blancs manquaient de pureté, on les ramènerait en les soumettant à un bain de sulfocyanure dé potassium (185, ITl) à 5 pour 100.
FORMATION DE l'iMAGE NÉGATIVE LATENTE. 279
§ 7. Cette méthode se caractérise par sa simplicité et fait voir qu'il es désormais possible d'agir directement sur le nitiale d'argent (983).
(Cosmos.)
287. — FORHATION DE L'IMAGE NÉGATTrE LATENTE sur la oouohe du ooUodîon (Théorie de la). (P/lo/.) Voir 669.
§ 1. Des théories divisent depuis quelques années les photographes au sujet de la formation de Timage négative latente : les uns y voient le fait d'une réaction chimique qui, commencée sous Faction de la lumière, se continue ensuite dans le laboratoire, sous Tinfluence des révélateurs : c'est la théorie chimique. Les autres veulent que les rayons solaires, en frappant la couche d'iodure d'argent (337. — 287, 111), lui impriment une sorte de mouvement, lui lassent subir une transformation physique qui la rende propre à décomposer ensuite, au contact du révélateur, le nitrate d'argent mis en présence des parties insolées : c'est la théorie physique.
§ 2. M. Poitevin, partisan de la première théorie, a cherché à en démontrer la vérité sur les procédés à sec, et notamment sur le procédé au tannin (166, 241,1V. — 228, 293, V.). Partant de ce fait admis d'une manière presque générale, que l'iodure d'argent (327. — 287, 111), chimiquement pur, est insensible à la lumière, et ne se laisse impressionner qu'au contact d'un excès de nitrate d'argent, il s'est demandé comment cet iodure pouvait être sensible en présence du tannin (1398) et des autres préservateurs qui, sur les glaces lavées, annulent l'action des dernières traces de nitrate d'argent libre. De ses recherches il résulte que le tannin rend l'iodure sensible, parce qu'il absorbe Fiode (828), mis en liberté par Finsolation de Fiodure pur. Le tannin est le sensibilisateur de l'iodure d'argent, et d'autres substances peuvent, par la même cause, agir de la même façon.
§ 5. M. [le docteur Vogel, donnant à cet énoncé une généralité plus grande, est venu ensuite formuler les propositions suivantes : Fiodure d'argent pur est inattaquable par la lumière, mais toutes les substances capables d'absorber Fiode que fournit sa décomposition, doivent être considérées comme la sensibilisation de cette substance. Les divers préservateurs usités pour la préparation des glaces à sec sont dans ce cas.
§ 4. D'un autre côté, M. Carey Lea dit : L'iodure d'argent pur est attaquable par la lumière ; et il le prouve. Il prend une feuille de verre bien prq)re sur laquelle il réduit une couche d'argent métallique (112), semblable à celle des miroirs de télescope ; il plonge cette glace dans une solution d'iode (828), de manière à transformer en iodure la couche d'argent qui
280 FORMATION DE l'iMAGE NÉGATIVE.
la recouvre; puis, après lavage, sûr d'avoir une surface*d'iodure d'argent chimiquement pur, préparé sans excès de nitrate d'argent (983), il expose à la lumière solaire sous un cliché, et soumet enfin à l'action des révélateurs ordinaires. Dans ces conditions, une image se produit, et il faut en conclure, comme le fait M. Carey Ua, que l'iodure d'argent pur est impressionnable à la lumière, les préservateurs ont donc une autre fonction que de le rendre sensible.
§ 5. Pour faire triompher la théorie physique, M. Carey Lea imagine une des expériences les plus intéressantes qui aient été tentées sur les sels d'argent. Si je démontre, dit-il, qu'une cause purement physique, la simple pression , par exemple, peut produire sur l'iodure d'argent une image latente, développable par les révélateurs, semblable en tout à celle que fournit l'insolation, j^aurai découvert, en faveur de la théorie physique, un argument bien puissant. Partant de là, il prend une règle de bois dans laquelle des lettres se trouvent découpées à jour, et, dans l'obscurité, il presse cette 'règle contre une glace sensibilisée à la manière ordinaire. Soumise à l'action du révélateur, cette glace fournit une image qui se développe avec régularité, et dont les noirs correspondent aux parties pleines de la règle, c'est-à-dire aux parties pressées. Une carte portant des lettres en relief, fournit à M. Carey Lea des résultats tout à fait identiques.
§ 6. Cependant l'on pouvait dire que, dans ces expériences, des matières organiques (bois, papier, etc.), avaient été les instruments de la pression, et avaient pu apporter à la surface de la glace nitratée des impuretés réductrices. Pour lever tous les doutes, M. Girard substitue à ces matières organiques des lames de verre gravées, des plaques de quartz (i24'i), etc. Et il voit les mêmes résultats se produire.
§ 7. Mais bientôt, M. Carey Lea lui-même apporte dans la question des observations nouvelles qui rendent la théorie physique aussi aléatoire que la théorie chimique. D'après elles, la formation de l'image est indépendante de l'iodure lui-même et, par suite, il ne sert plus à rien de savoir s'il est ou non impressionnable à la lumière. Prenez une glace collodionnée, sensibilisée et exposée à la lumière ordinaire ; au sortir du châssis et sans autre préparation, fixez-la, mieux encore, laissez-la dans l'hyposulfite (795) deux ou trois fois plus longtemps qu'il n'est nécessaire pour obtenir un fixage complet; tous les composés argentiques disparaîtront de la glace, et vous n'aurez plus entre les mains qu'une couche vitreuse parfaitement limpide, et qui semblera, au point de vue photographique, absolument sans valeur. Et cependant cette glace, lavée à l'eau, puis soumise à l'action du sulfate de fer (1370) mélangé d'une certaine quantité de nitrate d'argent (983), fournira une épreuve comme si on avait procédé au développement à la manière ordinaire.
§ 8. Tel est le fait le plus récent, et nous devons dire qu'il est inexplicable à quelque point de vue que l'on se place. Espérons cependant que les expérimentateurs lèveront cette difficulté, et que la théorie de la photographie négative se trouvera bientôt aussi établie que celle de la photographie positive. (Moniteur scientifique.)