‹ Répertoire encyclopédique du pianisteChapitre 47 sur 278 · BRAHMS · texte numérisé non relu

BRAHMS

(JOHANNES). Né à Hambourg en 1833, mort à Vienne en 1897. — M. Hugo Riemann, dans son Diction naire de Musique , appelle Brahms « le plus grand des Maîtres contemporains », et ajoute : « En France et en Belgique, Brahms n’est pas encore connu comme il devrait l’être; cependant, grâce aux efforts persévérants de quelques critiques en vue (Hugues Imbert et d’autres), les chefs d’orchestre et les virtuoses ont commencé à révéler au public les œuvres les plus remarquables du Maître L »

Le père de Brahms était contrebassiste dans un orchestre de Hambourg, et fit d'abord apprendre à son fils le violoncelle et le cqt, mais l’enfant préférait le piano et écrivit de bonne heure pour son instrument favori. Le contrapontiste Edouard Marxsen lui donna des leçons de piano et de composition. En 1853,. dans une tournée artistique entreprise avec le violoniste hongrois Rémény, Brahms fit la connaissance de Liszt et de Joachim. Ceux-ci l’engagèrent à se rendre à Düsseldorf près de Robert Schumann , alors directeur de musique dans cette ville. Brahms suivit ce conseil et devint le fervent disciple et l’ami de Schumann , qui lui donna les plus chaleureux encouragements, patronna ses premières compositions parues cette même ailnée (2 Sonates, 6 Mélodies, et le Scherzo, op. 4), et écrivit d'enthousiasme, dans son journal musical N eue Zeitschrift für Musik (octobre 1853), « un article resté légendaire, pour présenter son jeune ami au monde musical en le saluant de cette prophétie : Tu Marcellus eris ! Et Brahms n’a pas démenti ce présage, sans avoir cependant réalisé toutes

les espérances de Schumann 1 2. »

En 1862, Brahms alla à Vienne, où il dirigea la Sing- Academie. L'exécution, en 1865, de son Requiem allemand , op. 45, fit l’effet d’une révélation, et son auteur fut considéré désormais comme le chef de l’École symphonique moderne. « Je ne sais rien de plus intéressant et de plus instructif que le progrès continu de ce maître laborieux et patient que nous avons pu voir gravir, jusqu’aux sommets, le dur sentier de l’inspiration, » dit M. Louis Laloy 3. « Brahms, à l’exemple de quelques hommes d’élite tels que Beethoven, Schumann, a toujours été d’une sévérité excessive pour lui-même. Il n’a jamais pensé qu’une œuvre fût parfaite par le fait seul qu’elle fût engendrée avec plus ou moins de facilité 4 5. » La vie de Brahms fut simple et peu mouvementée, « elle semble l’image fidèle de son œuvre entier. Il s’en dégage une impression d’unité un peu sévère . On y cher¬

cherait en vain cette fougue qui troubla l’existence et inspira le génie de plusieurs de ses prédécesseurs ; on y trouve , au contraire , une sûreté , une puissance, une maîtrise, qui le rapproche surtout du vieux Bach, auquel on est tenté de le comparer plus qu’à aucun autre de ses ancêtres artistiques. Il vécut tou¬

jours pour la musique dans la musique 5. »

Resté célibataire, et définitivement fixé à Vienne depuis 1878, Brahms partageait son temps entre le travail, l’amitié et quelques petits voyages de vacances. Sa santé semblait inébranlable; mais, revenant des obsèques de Clara Schumann,

(1) Ce reproche ne paraît plus fondé aujourd’hui. La Société philharmonique de Paris et les chefs d’orchestre, MM. Colonno et Chevillard, ont largement contribué, pendant ces dernières années, à faire connaître au public parisien l’œuvre du Maître allemand. Il faut nommer aussi M. Armand Parent qui a été le premier à donner des séances composées exclusivement d’œuvres de Brahms.

(2) O. Berggruen (Ménestrel du 11 avril 1897).

« Même à l’extérieur, il portait sur lui tous les signes qui annoncent : Voilà un appelé ! A peine assis au piano, il se mit à nous découvrir de merveilleux pays , et nous attira insensiblement dans un cercle de plus en pluB magique. Ajoutez un jeu tout génial qui faisait du clavier un orchestre entier, aux voix gémissantes et exultantes de joie. Ce furent des sonates ou plutôt des symphonies déguisées, des lieds dont on comprendrait la poésie sans connaître les paroles, bien qu’une profonde mélodie chante au travers de tous..., des pièces de piano isolées d’une nature à moitié démoniaque de la plus gracieuse forme, puiB des sonateB pour violon et piano... » R. Schumann, La Musique et les Musiciens (trad. par H. de Curston).

(3) Revue musicale, 1902.

(4) H. Imbert, Profils de Musiciens, 1888

(5) Maurice la Rivierre , Progrès artistique , 1897.

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à Cologne, en juin 1896, il sentit les premières atteintes dn mal cruel qui l’emporta le 3 avril 1897, après de terribles souffrances supportées stoïquement.

« Seul, parmi les artistes de ce siècle, Brahms a des points de ressemblance avec Beethoven, aussi bien par son style que par les formes qu’il donne à ses créations et par sa facture1. Mais, « tout en respectant les traditions classiques, Brahms a introduit dans ses œuvres des effets harmoniques si nouveaux qu’on peut le classer parmi les audacieux 2. »

« Brahms a paraphrasé peut-être avec autant d’amertume que Schumann cette phrase de Lamennais : « Mon âme est née avec une plaie. » Mais, suivant en cela l’exemple de son modèle Beethoven, il a su trouver des pensées plus empreintes de consolation et d’espérance. Il a eu surtout pour la Muse des adorations qui ne se sont jamais démenties, un respect pour l’art qui n’a jamais fait dévier sa plume. C'est ainsi qu’un artiste devient grand, qu’il s’impose peu à peu aux hommes aptes à marcher dans les mômes voies que lui, en leur inculquant par sa ténacité dans le sublime des vérités d'autant plus difficiles à accepter qu’elles ne sont point fardées et qu'elles n’ont rien de commun avec ce que les foules préfèrent... la banalité !3 »

Un autre critique musical, M. Édouard Schuré, classe Brahms « dans la catégorie des penseurs solitaires et des sentimentaux purs,... une sorte de Sully- Prudhomme en musique < ».

« En dehors de son érudition de musicien, qui était des plus solides, Brahms possédait une rare culture intellectuelle. Aucune œuvre littéraire d’importance, même en langue étrangère, ne lui était inconnue, et il s’intéressait spécialement

à l’histoire et à la philologie . Son caractère était tout d’une pièce, malgré

quelques contradictions apparentes. Le sentiment national d’Allemand du Nord, le protestantisme, la droiture et l’indépendance virile, pour ne pas dire stoïque, en formaient le fonds 5. »

Brahms fut docteur des Universités de Cambridge et de Breslau et membre de l’Académie des Beaux-Arts de Berlin. Son œuvre comprend, outre les nombreuses compositions énumérées ci-dessous, des Cantates pour soli, chœurs et orchestre; des œuvres chorales, religieuses et profanes; un Concerto pour violon; un Concerto double pour violon et violoncelle (célèbre) ; de la musique d’orgue; 33 nos d’œuvres de Lieder; un œuvre considérable de musique de chambre 6, etc. etc. Sa musique de piano présente, en général, de grandes difficultés de mécanisme et de rythme; elle est puissante et passionnée; elle exige, chez l’exécutant, de la force , de la souplesse et de l’écart.

Brahms, comme Bach, est un des rares grands compositeurs qui n’aient jamais écrit pour le théâtre 7.

- OEUVRES ORIGINALES -

BALLADES (4), op. 10 (AD elD-21). [N° 1. en ré min.;

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