OUVRIER E
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INTRODUCTION
Journée du 35 février 1*793
Lors du procès de Louis XVI, l'un des griefs imputés au souverain déchu fut sa participation à des opérations commerciales à l'étranger, qui aux yeux du peuple ne pouvaient avoir pour résultat que l'accaparement et le renchérissement des denrées de première nécessité. Dans le sentiment populaire il semblait que, Louis XVI une fois disparu, tout devait changer de face, que l'abondance allait renaître; mais, lorsqu'on s'aperçut que rien n'était changé, que la vie matérielle était tout aussi chère et peut-être encore davantage, le mécontentement général ne tarda pas à se manifester avec violence dans les propos tenus au milieu des groupes et surtout dans certains de ces écrits éphémères, répandus dans les masses et d'autant plus goûtés qu'ils affectaient le langage des Halles. Parmi ces sortes de libelles qui paraissaient sous le voile de l'anonyme, ceux intitulés : Donnez-nous du pain, ou égorgez- nous (1) ; Le dernier cri des Sans- Culottes qui /////nouent de pain à la Convention nationale, ou leur dernier coup de cloche pour réveiller les patriotes endormis, dont la seconde édition ajoute que les accapareurs de blé et les marchands d'argent seront mis surle-champ à la guillotine (2), montrent bien toute l'irritation qui régnait et que l'on entretenait dans les milieux populaires. L'auteur du second
(1) De l'imprimerie de la Liberté et de la sévérité, faubourg Saint-Marceau, in-8°. 7 pages, fi. N., Lb41, 201.
(2) Paris, Durand, in-8°, 8 pages, B. JV., Lb11 288U.
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opuscule s'écrie : « Mille bombes de la vie, nous avons fait périr sur l'échafaud le dernier roi de la France..., un mauvais chien d'accapareur, un railleur de blé, sucre et café. Mais, tonnerre de Dieu! encore que ce mâtin -la soit parti pour engraisser la terre du diable, nous ne nous sentons pas soulagés d'un bougre de Iiard, nous nous voyons à la veille de mourir de faim. » A qui les Sans-Culottes constitués en assemblée républicaine, qui tenaient ce langage, s'en prenaient-ils? à la Convention nationale, qu'ils entendaient rendre responsable de la dépréciation toujours croissante des assignats, des manœuvres des accapareurs et du renchérissement des denrées. C'est ainsi que dans le même pamphlet la Convention nationale est violemment attaquée en ces termes : « Ah ça ! nos mandataires, écoutez-nous et ne vous f. .. pas les airs de renvoyer notre pétition à vos Comités. Etes-vous des hommes, ou des j.-f..., quoi, vous voyez le pain à 3 sols la livre, l'argent à 180 livres pour 100 livres, le sucre à 3 livres, le café à plus de 50 sols, et le vin à 30 sols la mauvaise bouteille, et vous ne sentez pas dans vos âmes un sacré aiguillon qui pique votre activité sur l'introduction de ces prix énormes... »
Les groupements révolutionnaires des sections, dans l'espoir d'arrêter la dépréciation des assignats ainsi que l'agiotage, avaient inscrit en tète de leur programme une double mesure : tout d'abord la prohibition de la monnaie de mêlai, attendu qu'à leurs yeux la hausse des denrées découlait de celle de la monnaie métallique, ensuite la taxation des denrées de première nécessité. Le 3 février, une délégation du Conseil général de la Commune, des commissaires des 48 sections et des Défenseurs réunis des 84 départements, vint demander à la Convention nationale le retrait du décret de l'Assemblée constituante qui déclarait l'argent un objet mercantile. L'impression de leur adresse fut décrétée parla Convention.
Enhardis par le succès, certains députés des sections se présentèrent, le H février, à la barre de la Convention et sollicitèrent leur admission immédiate. L'adresse qu'ils déposèrent à l'appui de leur demande comprend deux parties bien distinctes, arbitrairement fondues en une seule par Mortimer-Ternaux, qui reproduit ce texte arrangé à sa guise dans son Histoire de la Terreur, t. VI, p. 34, et donne aux signataires des titres qui n'existent pas dans l'original. La première partie de cette adresse, datée du 11 février 1792 [sic), est écrite de la main du citoyen'Heudelet, qui se qualifie président, et est conçue en ces termes :
« Les commissaires de la majorité des sections, réunis avec leurs frères des 85 départements, demandent à être entendus sur le champ a la barre de la Convention nationale, pour présenter une pétition sur les subsistances, parce que la faim ne s'ajourne pas. »
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Comme l'on sait, la Convention, absorbée par une discussion importante, celle du rapport de Dubois de Grancé sur l'organisation de l'armée, refusa d'admettre les pétitionnaires et les renvoya au Comité d'agriculture. C'est alors qu'un second comparse, Plaisant de la Uoussaye, dont la signature est également accompagnée du titre de président, ajouta audessous des lignes tracées par Heudelet ces mots :
u II nous est impossible de désemparer sans être entendus, à moins qu'un décret formel ne le déclare à la face du peuple de Paris, qui est tout entier debout avec nos frères des 8i- départements; nous le répétons, les représentants du peuple n'ont pas le droit de refuser de l'entendre, encore un coup la faim ne s'ajourne pas. »
Cbacune des parties de cette adresse portait en outre la signature d'un sieur Pelletier, secrétaire, qui, parait-il, était commissaire de la section du Marais.
La députation fut admise le 22 février et l'orateur, qui prit la parole en son nom, proposa diverses mesures révolutionnaires pour mettre un terme aux abus concernant les subsistances, notamment d'infliger la peine de G ans de fers, et de mort, en cas de récidive, à tout agriculteur ou marchand qui vendrait un sac de 250 livres de blé plus de 25 livres, d'établir l'uniformité des mesures pour les grains et d'interdire à toute administration de se faire marchande de grains.
Cjuel fut le rôle de chacun des signataires de cette adresse à la Convention, personnages fort obscurs qui se donnèrent comme représentants de la majorité des sections? Claude. Heudelet, vérificateur du Bureau de la comptabilité, commissaire de la section Poissonnière, qui apposa sa signature au bas de la première partie de l'adresse, avait toutes les chances de passer inaperçu, si, après l'exposé présenté par l'orateur de la députation, il n'avait eu la malencontreuse idée de prendre la parole, en qualité de viceprésident de la commission des subsistances de sa section et comme mandataire de ses frères des départements ; interrompu par le président, qui le mit en demeure de produire ses pouvoirs, il fut obligé de reconnaître qu'il n'avait aucun mandat et pouvait tout au plus parler au nom des fédérés des 85 départements se trouvant à Paris. Arrêté séance tenante par ordre de la Convention, il fut conduit au Comité de sûreté générale, où il subit un interrogatoire, mais fut relaxé le même jour. Comme le fit remarquer Prudhomme {Révolutions de Paris, n° 188, p. 222), rien n'ayant déposé contre sa loyauté et son civisme, on avait constaté seulement que c'était un cerveau exalté, susceptible d'impressions étrangères. Du reste, à la suite de cette manifestation Claude Heudelet ne tomba nullement en disgrâce ; on voit par une lettre qu'il adressa, le 2i août suivant, à ses
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chers camarades et frères du Comité de surveillance de la section Poissonnière, qu'il venait d'être désigné pour accompagner les citoyens Gâteau et Thuillier, chargés de mettre à exécution l'arrêté du Comité de salut public concernant les subsistances militaires dans toutes les armées de la République, et en particulier à Mayence. Ces deux citoyens, proclamait Ileudelet, sont de vrais patriotes de notre trempe. Il se trouve qualifié d'inspecteur des subsistances militaires dans l'arrêté pris le 25 ventôse an II par le Comité de sûreté générale, qui jugea à propos de s'assurer de sa personne et par mesure de sûreté générale l'expédia à la Force (1).
Le second signataire de la pétition relative aux subsistances, celui qui porta la parole à la Convention au nom des commissaires des sections, Jean Plaisant de la Houssaye, homme de loi, rue de Bièvre, fut dénoncé, le 12 brumaire an II, par le Comité de surveillance de la section du Panthéon-Français comme aristocrate, par confusion avec le secrétaire de l'ancien avocat général d'Aguesseau, et en outre incriminé comme ayant été le rédacteur et l'orateur de cette pétition; il fut incarcéré à Sainte- Pélagie. Les griefs articulés contre lui révèlent de curieux détails sur ce qui se serait passé en cette occurrence. On lui reprocha, lorsque la Convention refusa de l'admettre à sa barre, d'avoir écrit une lettre menaçante au président. La députalion de Paris étant venue le trouver dans la salle des pétitionnaires pour l'inviter à ne pas insister, il aurait répondu que si la Convention ne faisait pas droit à sa pétition, le peuple, qui alors avait les bras ballants, reviendrait le lendemain, armé de fer, pour forcer ses mandataires de lui donner du pain. Un autre grief qui lui était imputé le représentait comme s'étant rendu ensuite au Club central séant à l'Evêché, où il aurait fait un rapport calomnieux et tenu des propos injurieux, entr' autres ceux-ci : « Hé bien! citoyens, votre si belle, votre si bonne députation de Paris ne veut pas que ses commettants mangent, elle ne veut même pas que le peuple lui demande du pain, notamment Marat, ce prétendu Ami du peuple, veut que le peuple, dont il se dit l'ami, mange le pain à 12 sols la livre (2). » Dans un mémoire justificatif, adressé de Saint-Lazare, le 10 vendémiaire an III, au Comité de sûreté générale, Plaisant répondit point par point aux inculpations dont il était l'objet: il reconnut bien avoir été, non le rédacteur, mais l'orateur chargé de présenter la pétition sur les subsistances, observant toutefois qu'on ne pouvait lui en faire un crime, puisque, deux mois
(1) Arch. nat., dossier Heudelet, F7 474.'!.
(2) Arch. nat., dossier Plaisant, F" 4774™
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après, la Convention avait décrélé le maximum, que réclamaient les pétitionnaires. De plus, il assura n'avoir parlé à aucun des membres de la Convention, attendu qu'il avait été décidé par les pétitionnaires réunis à la Maison Commune que l'orateur, pour réserver toutes ses forces, n'aurait de conférence avec qui que ce fût à la salle des pétitionnaires; que quant à lui, il s'était préparé à la parole dans les corridors extérieurs de la Convention. Pour se défendre des prétendues accusations portées contre Marat, Plaisant crut devoir déclarer qu'on ne pouvait, sans tomber dans la plus insigne absurdité, supposer qu'il eût prêté à Marat le dessein de faire manger au peuple le pain à 12 sols la livre ; comme le Club central était d'une façon permanente composé des plus chauds amis de ce député,
11 se serait, d'une part, exposé à l'indignation générale, et d'autre part Marat, étant informé de tout, n'eût pas manqué de protester contre ce propos dilfamatoire dans l'un des premiers numéros de son journal.
Quoique Plaisant eût prétendu dans sa défense qu'il n'avait eu de rapport avec aucun des membres de la Convention, il ressort pourtant des discours prononcés par plusieurs Conventionnels, notamment par Buzot et Osselin, lors de la discussion soulevée par la venue de ces pétitionnaires, que les commissaires des sections s'étant retirés, à la suite de leur première démarche, dans la salle des conférences, les députés de Paris, entr'autres Marat, vinrent les trouver et entrèrent en pourparlers avec eux. Osselin déclara que, la veille, presque tous les députés de Paris s'étaient rendus à la salle des conférences pour calmer l'agitation, et qu'ils entendirent les citoyens chargés de présenter la pétition affirmer qu'elle émanait non seulement des 48 sections de Paris, mais encore des 85 départements de la République. Prudhomme, dans ses Révolutions de Paris, témoigne des mêmes faits; il rapporte que l'ordre du jour motivé, par lequel la Convention refusa de recevoir ces délégués, eut le don de les mettre en fureur, et que plusieurs membres de l'Assemblée, voyant qu'ils ne pouvaient rien gagner sur ces esprits exaltés et voulant éviter des scènes désagréables, emmenèrent la députalion au Comité d'agriculture.
A la suite du débat soulevé à la Convention par la pétition du
12 février au sujet des subsistances, la députation de Paris, par une lettre très explicite à ses commettants, s'attacha à mettre en relief l'erreur de quelques patriotes et la malveillance des intrigants qui abusaient de leur bonne foi; et elle ne craignit pas de proclamer que l'altitude des délégués qui s'étaient fait annoncer par une lettre menaçante au président de la Convention, l'exagération de leurs propositions, le ton insultant et frénétique de l'orateur, le maintien indécent de plusieurs de ces prétendus pétitionnaires, le mensonge absurde proféré par l'un d'eux, qui faisait
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croire qu'il parlait au nom des 8i déparlements, tout dévoilai), la basse intrigue ourdie pour compromet Ire les 48 sections, auxquelles cette pétition était aussi étrangère qu'aux 84 départements. A leurs yeux, elle ne pouvait être que l'œuvre d'aristocrates déguisés. Du reste Maral, dans son journal, partagea celte manière de voir; il inséra dans le n° CXXXI une lettre donnant à entendre que la pétition sur les subsistances avait été fabriquée dans la section du Panthéon-Français par deux intrigants, un certain Landrin, ex-moine, et le citoyen Damour.
Le calme préconisé par les membres de la dépulation de Paris ne fut pas de longue durée, de nouveaux symptômes d'agitation ne tardèrent pas à se manifester. On faisait courir le bruit dans les faubourgs que Paris allait manquer de pain; les alarmes répandues au sujet de la pénurie des subsistances et de l'accaparement des denrées provoquèrent une vive effervescence ; la foule assiégea la porte des boulangers et, dans la crainte d'une disette qu'on croyait imminente, se disputa le pain ; tel qui n'avait besoin que de deux pains en prenait quatre. Les faits en question furent exposés à la tribune de la Convention, le dimanche 2i février, par Lesage, d'Eure-et-Loir, et par Thuriot; et sur la proposition de ce dernier, la Convention décréta que les Comités d'agriculture, de commerce, des finances et de sûreté générale se réuniraient à l'instant pour entendre le ministre de l'Intérieur, les administrateurs du Département, le maire elle procureur de la Commune sur l'état des subsistances de Paris, sur les mesures prises et à prendre pour que la capitale n'en manquât pas. L'Assemblée décida en outre que les Comités rendraient compte immédiatement de la situation.
Pendant que la Convention prenait cette résolution, des groupes de femmes, qui avaient d'abord porté leurs doléances au Conseil général de la Commune, se présentèrent à la salle du Manège et demandèrent leur admission à la barre. L'une de ces députalions, formée par les citoyennes républicaines se réunissant aux Jacobins, ayant à leur tête la citoyenne Wafflard, leur vice-présidente, fit connaître que des mères et épouses des défenseurs de la patrie venaient déposer dans le sein de l'Assemblée l'expression du chagrin qui les accablait par suite de la disette des subsistances et priaient la Convention d'entendre une pétition très courte, préparée à ce sujet. L'autre dépulation, composée de blanchisseuses, se plaignit du prix excessif qu'avaient atteint les matières premières servant au blanchissage, par suite de l'accaparement et de l'agiotage qui avaient fait monter le prix du savon de 14 à 22 sols, et elle demanda la peine de morl contre les accapareurs et agioteurs; cette pétition, passée sous silence ou plutôt omise dans le procès-verbal de la Convention, fut renvoyée aux Comités de commerce et des finances réunis.
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Le président Dubois deCrancé se borna à répondre aux députations que la Convention s'occupait en ce momeni de l'objet de leurs demandes, mais que l'un des moyens do faire hausser le prix des denrées était d'effrayer le commerce, en criant sans cesse à l'accaparement. Les pétitionnaires, ainsi éconduites, se retirèrent fort mécontentes, et d'autant plus aigries par l'insuccès de leur démarche.
Dans celle même séance, Carra avuit présenté une motion à l'effet d'être entendu, le lundi 25 février, à midi, pour dévoiler les causes elles auteurs véritables des accaparements, de l'agiotage, enfin de toutes les calamités actuelles, et pour indiquer les moyens infaillibles d'écraser tous les ennemis intérieurs du peuple.
L'article incendiaire que Marat lit paraître dans son journal, le matin même du 25 février, article dans lequel il dénonçait à la vindicte publique les agioteurs, les monopoleurs, les marchands de luxe, tous suppôts de l'ancien régime, ligués pour désoler le peuple par la hausse exorbitante du prix des denrées de première nécessité et la crainte de la famine, ne fut certes pas étranger aux scènes de désordre et de pillage qui signalèrent cette journée. Marat, dans ce violent appel aux passions populaires, déclarait qu'on ne devait pas trouver étrange que le peuple, poussé au désespoir, se fit lui-même justice. Le pillage de quelques magasins, ajoutai L perfidement Marat, à la porte desquels on pendrait les accapareurs, mettrait bientôt fin à leurs malversations; bien plus, ce pillage, l'auteur du Dernier cri des Sans-Culottes le préconisait en ces termes : Nous dirons à nos camarades, c'est ici In boutique de l'accaparement, allez chercher du pain, et, par une conséquence logique, du sucre, du savon et tout le reste.
M. Jean Jaurès, dans son Histoire socialiste de la Convention, (p. 1032), prétend que ce n'est pas l'article de Marat qui décida le pillage, que ce mouvement populaire était prémédité et préparé depuis plus d'une semaine; quoi qu'il en soit, Marat y avait bel et bien contribué, et ne désarmait pas, puisque trois jours après les événements, dans le numéro du 28 février, le même publiciste, revenant sur l'appel qu'il avait adressé le 2."i à la population, loin de désavouer ce qu'il avait écrit, répète encore que le meilleur moyen de mettre un terme aux malversations des accapareurs serait de piller leurs magasins et de les pendre à la porte; seulement, pour sa justification, Marat fait observer que les meneurs de la faction des hommes d'Etat, se saisissant avidement de cette phrase, s'étaient hâtés d'envoyer des émissaires parmi les femmes attroupées aux portes des boulangers pour les pousser à enlever à prix coûtant du savon, des chandelles et du sucre dans les boutiques des épiciers détaillants.
Il est possible que Marat ait été victime de sa phraséologie meurtrière;
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toujours est-il que le peuple ue s'empressa que trop de suivre le conseil que son Ami lui donnait. Comme Boyer-Fonfrède le fit remarquer le lendemain à la tribune de la Convention : « Hier, Marat avait prèclié le pillage, et hier soir Ton a pillé. » Du reste, la discussion qui s'ouvrit à ce sujet, dans la séance du 26, aboutit, comme Ton sait, à la promulgation du décret qui renvoya la dénonciation de l'écrit de Marat, relatif aux troubles et pillages du 25 février, aux tribunaux ordinaires et chargea le Ministre de la justice de faire poursuivre les auteurs et instigateurs de ces délits.
Si M. Jean Jaurès refuse d'admettre le rôle de Marat, il croit que l'inspirateur et l'organisateur de celte sorte de révolution des subsistances fut Jacques Roux, l'ancien prêtre, membre du Conseil général de la Commune, qui, depuis un mois, dans son obscur quartier des Gravilliers, menait une campagne acharnée contre les accapareurs et qui eut pour constante tactique de mettre en avant Marat et de se couvrir de sa popularité. Il est bien certain, si l'on en juge par le rapport de l'un des vingt-quatre commissaires de la Commune envoyés dans les sections, le 25 février au matin, pour essayer de rétablir l'ordre, que Jacques Roux pactisait ouvertement avec les émeutiers, qui se faisaient délivrer les marchandises arbitrairement taxées par eux ; le langage qu'il tint le même jour à la tribune du Conseil général de la Commune, où il aurait dit que la journée du 25 février était une belle journée et qu'elle eût été encore plus belle, s'il y avait eu quelques têtes coupées, montre assez que, loin de désapprouver ce mouvement révolutionnaire, il ne le trouvait pas assez accentué. La conduite de Jacques Roux fut d'ailleurs sévèrement jugée par plusieurs des sections parisiennes, celle des Piques, entre autres, qui, réunie en Assemblée générale le 26, prit un arrêté exhortant ses frères de la section des Gravilliers à censurer le citoyen Jacques Roux, son représentant à la Commune, pour avoir, dans la journée du 25 courant, prêché au Conseil général la dissolution de tous les principes, en légitimant les événements qui venaient de se produire, et déclara lui retirer sa conliance. Quelques jours après, il se trouvait exclu de la Commune.
En réalité Jacques Roux est le seul fauteur de troubles dont le rôle dans la journée du 25 février ne puisse prêter à l'équivoque; on ne voit pas apparaître d'autre agitateur, et Varlet, notamment, qui trois mois plus tard sera l'un des chefs du parti révolutionnaire, semble être resté dans l'ombre. Quant à Hébert, dans son Père-Ducàesne, il cherche à donner le change et ne veut voir dans l'émeute du 25 février qu'un mouvement excité par les aristocrates, les Brissotins, qui auraient poussé le peuple à la révolte et au brigandage.
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Tels sont ceux qui, soil par leurs écrits, soit par leurs paroles, fuient les promoteurs des désordres qui troublèrent Paris, les 25 et 26 février. Vers 8 heures du malin, le peuple se porta dans le quartier des Lombards, de tout temps centre du commerce des denrées coloniales, telles que le sucre, le café, le savon, et envahit les boutiques des épiciers dans les rues des Cinq-Diamants, des Lombards, de la Vieille-Monnaie. Cette foule ameutée, où les femmes, quelques-unes armées de pistolets, se trouvaient en majorité, se fit délivrer les marchandises à sa convenance, suivant une taxe arbitraire : le sucre à 20 et 25 sols, la cassonade à 8 et 10 sols, le savon et la chandelle à 12 sols; on finit par faire main-basse sur toutes les marchandises, même sur celles dont le peuple ne faisait point usage, comme le thé, la cannelle, la vanille, l'indigo.
D'après les rapports des observateurs de police (1), ce furent les femmes de la Halle qui se montrèrent le plus acharnées au pillage des épiciers, soit qu'elles appartinssent à la classe indigente, soit qu'elles se fussent laissées entraîner par des suggestions perfides; elles huaient les patrouilles qui passaient au milieu des groupes pour les diviser, prétendant que ces patrouilles n'étaient composées que d'épiciers et de chandeliers, tandis qu'en réalité plusieurs sections, entre autres celle des Quatre-Nations, avaient eu soin d'exclure des patrouilles cette classe de commerçants. Vers S heures du soir, l'affluence des femmes au Marché des Innocents était considérable; elles chantaient, dansaient, se moquant de la force armée à pied et à cheval, qui cherchait à les disperser, ne ménageant pas les propos insolents et ironiques. Le soin qu'on avait pris de faire replier les grands parapluies de toile cirée au-dessus des étalages avait été plus nuisible qu'utile : au lien d'empêcher les rassemblements cette précaution les avait favorisés. Du reste dans ces groupes d'émeutiers, il ne manquait pas de voleurs; rue Saint-Denis, en face du Marché des Innocents, l'on en arrêta d'un seul coup de filet 50 à 60; les gens de mine suspecte y étaient aussi en bon nombre ; parmi ceux qui avaient envahi les boutiques d'épiciers l'on put constater la présence d'individus couverts de haillons, sur lesquels fut trouvé beaucoup d'or et d'argent; rue Pbélypeaux, parait-il, furent remarquées des femmes pauvrement vêtues, qui tenaient dans leurs mains de gros paquets d'assignats qu'elles distribuaient à ceux qui n'avaient pas de quoi acheter à vil prix du sucre et du savon. En résumé, il semble que le pillage des épiciers ait été à la fois excité par des agents de désordre et de contre-révolution, et perpétré par le peuple, exaspéré du prix énorme
(1) V. tome IX de notre Répertoire, n°s 432, 435.
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des denrées, lorsque l'arrestation de voitures de savon lui permettait de constater d'après la facture que ce savon qui revenait à li sols la livre lui était vendu 32 sols, et que les magasins explorés par les émeutiers renfermaient de la cassonade moisie, à force d'avoir été gardée, et du sucre à moitié rongé par l'humidité.
Le désordre ne resta pas localisé dans le quartier des Lombards; il s'étendit aux autres quartiers, de I ile Saint-Louis à la rue Saint-Jacques, sur le port au Blé, même devant l'Hôtel de Ville. D'après Taine (1), douze cents boutiques auraient été pillées et dévastées. Le même historien, avec sa tendance à grossir et à voir sous les couleurs les plus sombres tous les mouvements révolutionnaires, accepte sans contrôle le témoignage d'un romancier populaire, Rétif de la Bretonne (2), qui dans le chapitre qu'il a consacré au pillage des épiciers prétend que des bandits, réunis à des agents étrangers, se livrèrent à un véritable brigandage, comme s'il se fût agi d'une ville prise d'assaut. S'il faut en croire ce littérateur, que Taine considère comme un témoin oculaire, il se serait passé des scènes révoltantes, renouvelant les exploits des chauffeurs: des misérables auraient contraint un maître de maison et sa femme, les pieds dans le feu, à leur livrer tout ce qu'ils avaient de précieux, or, argent, assignats, linge fin, dentelles, robes de soie. Le même Rétif de la Bretonne rapporte, d'après des on-dit, des actes de lubricité dont auraient été victimes la femme et les deux filles d'un riche épicier, qui furent outragées à plusieurs reprises par trois bandits, pendant que leurs valets impassibles assistaient, le sabre à la main, le pistolet à la ceinture, à ces cyniques débauches. Nous croyons qu'il y a beaucoup d'exagération dans ces récits, où l'imagination d'un romancier s'est donnée libre carrière.
Toutes les scènes de désordre qui signalèrent la matinée du 23 février ne furent, au début, l'objet d'aucune répression; il est certain que la Municipalité parisienne comme le Département semblent avoir été pris au dépourvu et n'avoir eu aucune connaissance des mouvements qui avaient pu précéder et préparer l'émeute ; c'est l'impression que l'on éprouve lorsqu'on lit les réponses que Lulier, procureur général syndic du Département, fil aux questions qui lui furent posées le 2G février par le Conseil exécutif provisoire (3). Sans nul doute, la Municipalité fut surprise par la soudaineté des événements, puisqu'elle déclara, le 27 février, que le
(1) H. Taine, Les origines de la France contemporaine, La Révolution, t. III, p. 407.
(2) Rétif de la Rretonnc, Nuits de Paris, t. VIII, p. 4G3.
(3) V. le t. VIII de notre Répertoire, n° 1483.
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désordre avait éclaté subitement avec violence et s'était propagé avec la rapidité de la foudre; c'est ce qui explique jusqu'à un certain point pourquoi elle ne montra pas la décision nécessaire et sembla ne se réveiller de sa torpeur que lorsque l'émeute se fut rendue complètement maîtresse du terrain; de plus, comme par un fait exprès, le Commandant général de la garde nationale, Santerre, se trouvait absent depuis le matin et inspectait des troupes à Versailles, alors que sa présence eût été indispensable à Paris; aussi l'intervention tardive du maire et du procureur de la Commune fut-elle absolument inefficace. Lorsque le maire et les représentants de la Commune se furent rendus compte de l'inutilité de leurs efforts, ils se transportèrent au Déparlement et de là au Comité de sûreté générale ; alors, sur la motion de Basire, l'un de ses membres, la Convention nationale promulgua un décret autorisant la Municipalité parisienne à prendre les mesures nécessaires pour le l'établissement de l'ordre et même à faire battre la générale pour contenir les malveillants. Dans sa lettre du 26 février à la Convention nationale (1), Pache déclare que la Municipalité ne connut qu'après 11 heures du matin la formation d'un rassemblement, rue de la Vieille-Monnaie, ainsi que l'envahissement des boutiques d'épiciers par une foule de femmes, et que la présence du Maire, du procureur de la Commune, de l'un de ses substituts et de cinq administrateurs municipaux, avec toutes les exhortations des uns et des autres, ne réussit point à réprimer les désordres. Pourtant, au témoignage du journal de Brissot, Pache aurait montré quelque énergie et payé de sa personne en arrêtant de sa main deux pillards; le bruit courut même qu'on l'avait menacé de coups de couteau et qu'on lui avait déchiré son écharpe, alors qu'accompagné du procureur de la Commune, il protégeait, rue des Lombards, la boutique d'un épicier; mais il fut reconnu que la nouvelle était fausse. Quant à Chaumette et Hébert, malgré leur caractère officiel, ils ne pouvaient, comme l'a dit très justement M. Jaurès, marcher à fond contre le peuple, même égaré, et l'avaient laissé faire. L'un comme L'autre ne virent ou affectèrent de ne voir, dans la journée du 25 février, qu'un mouvement contre-révolutionnaire. Chaumette déclara, le 27 février, devant la Convention, que la véritable cause de ces troubles, c'était la haine de la Bévolution; leurs auteurs, c'étaient les malveillants de l'intérieur, coalisés avec les agents des puissances étrangères. Hébert n'est pas moins affirmatif; à ses yeux (n° 219 de son Père Duchesne), la journée du 25 février n'avait été qu'une mascarade aristocratique, une émeute masquée, organisée
(1) V. t. VIII de notre Répertoire, n° 1491.
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par de faux Sans-Culottes ; c'étaient les fripons soudoyés par l'Angleterre qui avaient fait piller les magasins dans Paris, afin d'exciter le désordre au moment où l'on s'occupait du recrutement de l'armée. Les patrouilles multipliées dont Pache fait mention dans sa lettre ne commencèrent, en réalité, qu'à cinq heures du soir, et encore les officiers seuls, sans être suivis par leurs hommes, exposés seuls aux brutalités de la multitude égarée, cherchèrent-ils à dissiper les attroupements, en sorte que. comme le constate Prudhomme dans ses Révolutions, <le Paris, les pillards eurent tout le temps et toute la sûreté désirable pour mener à bonne fin leur expédition qui, en somme, dura du lever au coucher du soleil. Ce fut seulement le mardi matin que l'on se décida à prendre des mesures énergiques pour le rétablissement de l'ordre ; ce jour-là, dès quatre heures, la générale fut battue, de fortes patrouilles furent envoyées rue Sainl-Honoré et à la Croix-Rouge, où s'étaient formés de nouveaux groupes qui se proposaient de recommencer les excès de la veille. Santerre informa la Convention, le 26 février, à 2 h. 3/4, que la force armée était devenue maîtresse d'empêcher le retour des événements fâcheux qui s'étaient produits; mais dans la crainte qu'à la faveur de la nuit les agitateurs et Jes malintentionnés ne recommençassent, il prit soin de placer dans toutes les caisses, à la fabrique des assignats, au Mont-de-Piété et à toutes les prisons, des forces d'hommes et de canons, de manière à réprimer tous désordres (1).
La journée du 27 fut relativement calme; pourtant dans la soirée, il y eut de nouvelles velléités d'agitation : les blanchisseuses, rassemblées place Maubert et ailleurs, demandèrent à grands cris que l'on envahit les magasins de savon et de soude, notamment rue de Bièvre, invitant les hommes à les suivre, sous peine de payer au moins G sols de blanchissage par chemise. On fit en même temps courir le bruit que l'on se porterait chez les bijoutiers et orfèvres, lesquels, saisis d'une terreur panique, se hâtèrent de fermer boutique (2).
L'apaisement revint petit à petit; le 28 février, Santerre annonçait que Paris était fort tranquille, qu'il n'y avait aucun rassemblement, la force armée étant très active, que les agitateurs donnaient le change au peuple en lui faisant croire que ceux qui n'aimaient pas le désordre étaient ses ennemis; il terminait en déclarant, avec ce ton déclamatoire qui lui était familier, que les républicains ne quitteraient point les rênes et qu'ils sauraient mourir comme Le Peletier.
(I) V. t. VIII de notre Répertoire, n° 1490.
( 2) Rapport de police, t. IX de notre Répertoire, n°s 435, 437.
INTRODUCTION xiij
Ce même jour, la Convention, dans le but de rechercher les responsabilités, rendit, sur la motion de Bar ère, un décret ordonnant : 1° au Comité de sûreté générale de lui faire connaître le lendemain les mesures qu'il avait prises en vue de la cessation des troubles et pour en découvrir les auteurs et instigateurs; 2° au Maire, au procureur de la Commune et à la Municipalité de se présenter le lendemain à la barre pour exposer également les moyens par eux mis en œuvre pour prévenir les troubles et la violation des propriétés, en arrêter les progrès et faire incarcérer les auteurs et instigateurs; 3° aux Comités de commerce, d'agriculture et des finances de proposer dans le délai de trois jours les mesures les plus propres à réprimer l'accaparement ainsi que l'agiotage et à diminuer la masse des assignats. Ce décret, une fois les événements tombés dans l'oubli, resta, on le comprend sans peine, lettre morte.
On sait par la lettre de Pache à la Convention qu'à la suite des troubles du 25 février, un nombre considérable d'agitateurs, parmi lesquels figuraient quelques suspects et des domestiques de ci-devant nobles, furent arrêtés, conduits d'abord devant le Conseil général de la Commune, renvoyés au Département de Police et enfin écroués à la Force. On est naturellement amené à se demander à quelle classe de la société appartenaient ces émeutiers qui organisèrent le pillage des boutiques d'épiciers et si, comme l'avance Prudhomme dans ses Révolutions de Paris, il faut admettre la présence dans les rangs du peuple de quantité d'émissaires gagés par les listes civiles de presque toute l'Europe. M. Aulard, dans son Histoire politique de lu Révolution (p. 419), en parlant de l'émeute du 25 février, me parait trop affirmatif, lorsqu'il attribue le pillage des quelques boutiques d'épiciers aux ouvriers qui avaient peur de la famine. L'élément ouvrier n'eut qu'une part très faible dans ces désordres ; on peut relever, en effet, sur la liste des 12 inculpés détenus à la Force, qui passèrent en jugement pour leur participation aux troubles des 25 et 26 février, trois domestiques, 1 brocanteur, 1 tailleur, 1 dragon de la République, 1 garçon cordonnier, 1 marchand de boucles, 1 marchand de cocardes, 1 taillandier, 1 garçon pâtissier et un particulier sans profession, soit 3 individus qui, à la rigueur, peuvent rentrer dans la catégorie des ouvriers. Sur les quatre femmes inculpées pas une ouvrière, ce sont, une domestique, une cuisinière, une revendeuse et une femme sans profession.
Cependant, quoique l'adresse de la Municipalité, rédigée par Chaumette, dise que la plupart de ceux qui excitaient la fermentation paraissaient au-dessus du besoin, et que la plupart des meneurs, soit hommes, soit femmes, étaient pris de vin, tous ces émeutiers semblent à première vue de pauvres hères, sans travail, sans ressources, obscurs comparses,
INTRODUCTION
qui furent, ou acquillés, ou condamnés à des peines insignifiantes, mais il est difficile d'y trouver trace d'agents de l'étranger ou de la contre-révolution. Un décret du 3 mars décida que les auteurs, fauteurs, instigateurs et complices des troubles et pillages qui s'étaient produits les 25 et 26 février seraient traduits devant le tribunal criminel de Seine-et-Oise; l'application de ce décret se fit sans principe bien arrêté, on peut même dire avec une certaine incohérence- Les tribunaux des arrondissements, dans le ressort desquels avaient eu lieu les actes de pillage, adoptèrent des manières de voir différentes. C'est ainsi que le jury d'accusation du Tribunal du 2e arrondissement se crut en droit de procéder à l'instruction préparatoire et renvoya plusieurs prévenus devant le tribunal cbargé de les juger; par contre le Tribunal du 5e arrondissement estima que ce serait maintenir l'influence locale que de ramener le point de fait devant un jury d'accusation formé à Paris, et fit incarcérer à Versailles l'un des prévenus dont la cause avait été instruite par son jury. Particularité encore plus digne de remarque, un certain nombre d'inculpés détenus à la Force comparurent devant le Tribunal de police correctionnelle, qui leur infligea des condamnations variant de 8 jours à 3; mois de prison, ou furent déférés aux tribunaux des 2e, 3e et 6e arrondissements. En présence de ces divergences d'interprétation des différents jurys d'accusation, Gohier, ministre de la justice, sur la demande expresse du tribunal du district de Versailles, adressa, le 10 août 1793, une lettre au président de la Convention nationale. (1), à l'effet d'obtenir que l'instruction toute entière fût confiée à un seul jury, celui du tribunal du district de Versailles, et que tous les jugements de police correctionnelle rendus à Paris fussent annulés. La décision fut renvoyée le 12 avril au Comité de législation.
Quant aux malheureux épiciers qui, sous le fallacieux prétexte d'accaparement, avaient été victimes des actes de pillage commis les 2o et 26 février, nul ne semble s'en être occupé ; ils rappelèrent leur infortune à la Convention par une pétition présentée le 27 mars, où ils demandèrent à être indemnisés des pertes qu'ils avaient subies, perles dont ils déclaraient justifier d'après leurs livres, leurs factures et leurs correspondances. La Convention renvoya, le 31 mars, leur pétition au Comité des finances, qui déposa, le 21 juin, son rapport concluant au rejet de la demande des épiciers; séance tenante, la Convention rendit un décret portant qu'il n'y avait pas lieu à délibérer, sauf aux pétitionnaires à se pourvoir devant les tribunaux.
(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n» 1509.
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Du reste, leurs réclamations étaient vues de fort mauvais œil dans le populaire; on peut on juger par ce fait caractéristique, c'est qu'un colporteur étant venu crier au milieu des groupes assemblés sur la ternisse des Feuillants la pétition d'une épicière qui réclamait 100,000 livres pour le sucre qu'on lui avait pillé, le 25 février, les citoyennes présentes s'écrièrent : « C'est dommage qu'elle n'ait pas donné son adresse, nous lui aurions porté son indemnité (I). »
Journée du ÎO mars.
Dès le 5 mars, les fâcheuses nouvelles de Belgique, répandues à Paris, qui apprenaient la levée du siège de Maestricht, l'évacuation d'Aix-la- Chapelle et de Liège, jetèrent la consternation parmi les patriotes et réjouirent les aristocrates qui recommencèrent à tenir dans les cafés des propos incendiaires (2). Les bruits mis en circulation tendaient à aggraver la situation ; on parlait de la prise de Liège et de Bruxelles, de défaites subies par l'avant-garde des troupes françaises et de l'évacuation imminente de toute la Belgique. A la Convention on demandait que les nombreux fédérés qui se trouvaient à P ssent immédiatement
envoyés aux frontières ; dans la discussion qui s'ouvrit à ce sujet, Lanjuinais dénonça l'existence à Paris d'un comité d'insurrection qui se réunissait le soir dans le local occupé d'ordinaire par l'Assemblée électorale de Paris et qui convoquait journellement les fédérés à ses séances. Ces groupes révolutionnaires projetaient évidemment une. action violente, d'une part, contre le parti Girondin, d'autre part, contre Dumouriez, dont on pressentait la trahison à ce moment; dans les groupes, dans les cabarets et cafés il n'était question que d'une insurrection générale et prochaine, on réclamait une journée du 10 août afin de purger la République de tous les traîtres; les auteurs de ces discours incendiaires, ces provocateurs au meurtre, au carnage, étaient en majeure partie des fédérés
(1) V. le tome IX de noire Répertoire, n° 478.
(2) Voir le tome IX de notre Répertoire, n° 450.
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composant la Société des Défenseurs réunis de la République, qui siégeaient le matin dans la salle des Jacobins ; mais ils espéraient, ils comptaient même que l'initiative de ces mesures révolutionnaires partirait des sections. Pour concerter un mouvement, nombre de volontaires des départements, à la tête desquels s'était mis un agitateur très connu, Fournier, dit l'Américain, s'assemblèrent aux Champs-Elysées (1), y dînèrent dans ditférentes auberges et, paraît-il, complotèrent vaguement d'envahir les imprimeries aristocrates; mais, comme ils se dispersèrent le soir, on crut que leur projet était abandonné, il n'en était rien. Dans la nuit même du 9 mars, à deux heures du matin, le comité de surveillance de ces fédérés, qui se qualifiaient Défenseurs de la République assemblés aux Jacobins, prit un arrêté invitant toutes les sections de Paris composées de Sans-Culottes à se joindre aux défenseurs de la patrie pour opérer une insurrection, donnant rendez-vous aux Jacobins, annonçant que le tocsin sonnerait à 5 heures très précises du matin, enfin faisant appel aux Sans- Culottes pour en imposer aux factieux qui siégeaient à la Convention et se transporter dans les imprimeries des journaux de Brissot, Gorsas et autres de même nature.
Ce manifeste, qui porte la signature de deux inconnus, Champagnac, président, et André Gadet, fils, secrétaire, est contresigné de commissaires du Club des Jacobins, affiliés à la Société des Fédérés, qui sont Garnier de Launay (François-Pierre) de la section des Piques, Pereyra (Jacob), de la même section, (dont Mortimer-Ternaux travestit le nom en celui de Le Perigerais), et Bailly, fédéré. Si ce manifeste s'est retrouvé dans les papiers du Comité de sûreté générale (sous la cote F7 4445-4550,, que Mortimer-Ternaux se garde bien de donner) c'est qu'il fut envoyé à la section du Panthéon-Français, qui le fit parvenir au Comité de sûreté générale par les soins de Julian de Carentan, personnage assez connu comme observateur de la Police, et de Damour, qui devinrent peu après secrétaire et secrétaire-adjoint du Comité révolutionnaire de cette section.
Le curieux document en question, publié une première fois par Mortimer-Ternaux dans son Histoire de la Terreur, t. VI, p. 185, a été reproduit par M. Jean Jaurès, dans son Histoire socialiste de la Convention, p. 1131, qui croit pouvoir l'attribuer à la section Poissonnière; or, aucun des signataires de cet appel aux armes n'appartenait à cette section, qui semble bien n'y avoir pris aucune part. La veille, il est vrai, cette section, par l'organe de son président, le peintre Faro, avait demandé aux com-
(1) Rapport de police, t. IX de notre Répertoire, n° 459.
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missaires de la Convention, venus dans son sein, la destitution de Beurn on ville, an décret d'accusation contre Dumouricz et son état-major, contre Roland et Clavière, protesté contre la nomination de Gensonné en qualité de président de la Convention, réclamé des mesures énergiques à l'effet de supprimer les mouvements populaires, mais avait néanmoins déclaré être prête à défendre la Convention : par conséquent elle ne se serait assurément pas associée à une démonstration hostile contre les représentants du peuple.
Ceux que l'opinion publique désignait comme les chefs de ce complot étaient Fournier, l'Américain, connu par son rùlc suspect dans l'expédition des prisonniers d'Orléans, Claude Lazowski, capitaine des canonniers de Saint-Marcel, dont on sait la participation au 10 août et à cette même expédition, Jean Varlet, employé des postes, fougueux Jacobin, Peyre, homme de loi, de la section de Marseille, Charles-Philippe Ronsin et François-Nicolas Vincent, Etienne Jourdan, frère du fameux Jourdan Coupe-Tête, d'Avignon, François Desfieux, membre du Tribunal du 17 août, du Club des Jacobins, un certain Langlais, agent du Comité de sûreté générale, tous ces agitateurs perpétuellement prêts à fomenter l'insurrection, qu'on retrouve dans la plupart des journées révolutionnaires (1).
Il est bien difficile de démêler quelle fut la part de chacun des auteurs présumés de ce mouvement. Comme l'on sait, Fournier fut formellement dénoncé par Marat; le même Fournier, Desfieux et Lazowski furent signalés par Vergniaud comme membres de ce comité d'insurrection. Le jacobin Desfieux, qui en pluviôse an II fut incarcéré à Sainte-Pélagie, fit paraître un mémoire justificatif, imprimé de 12 pages, où il s'attache à démontrer, comme il l'avait fait jadis dans un placard-affiche, que l'accusation portée contre lui par Vergniaud était sans fondement, se faisant fort de prouver qu'il n'avait jamais appartenu à aucun comité secret, qu'il ne connaissait que très peu Fournier, qu'il ne lui avait jamais parlé et ne l'avait même pas vu depuis un mois, en outre qu'il n'avait jamais parlé au citoyen Lazowski, le considérant toutefois comme ayant rendu de grands services à la Révolution.
En tout cas le manifeste lancé dans la nuit du !) mars ne produisit pas l'effet attendu ; le tocsin ne fut pas sonné, personne ne bougea. Convaincus dè l'avortement d'une insurrection générale, les meneurs se réunirent aux abords de la Convention, formant sur la terrasse des Feuillants des
(1) Rapport de police, t. IX de noire Répertoire. n° 'i6'2. T. IX.
xviij INTROPUÇTJQN
groupes animes cl menaçants, où Pelion et Peurnonvillc furent pourchassés et insultés. Dans la soirée pourtant ils tentèrent de réaliser une partie de leur programme en exploitant le mécontentement populaire contre les presses girondines. Vers 8 heures du soir, une quarantaine d'individus, armés de sabres et de pistolets, mais non 200, comme l'écrit l'aine, quelques-uns revêtus de l'uniforme de dragons de la République, se rendirent rue Tiquetonne, où se trouvait l'imprimerie de Gorsas, envahirent les ateliers, brisèrent les presses et les caractères, hachèrent les papiers à coups de sabres, enfin occasionnèrent d'importants dégâts, évalués 70.000 livres. Gorsas, qui se trouvait chez lui en ce moment, n'eut que le temps, pour échapper aux émeuliers, de sauter par-dessus un mur de son jardin et de se réfugier chez un voisin, d'où il rentra dans son domicile au bout de trois quarts d'heure, quand les envahisseurs se furent retirés; mais il ne parut nullement à la section du Contrat- Social, comme le dit Pache dans sa lettre. Vers 9 heures du soir, le même nombre d'individus, également armés, se transportèrent rue Serpente, à l'imprimerie Fiévée, où s'imprimait la Chronique de Paris de Condorcet, et la saccagèrent de fond en comble, comme le constatèrent deux commissaires de la section du Tnéâlre-Français. Les imprimeries du Patriote Français et des Révahitions de Paris ne furent préservées de la destruction que grâce à la résistance opposée par les ouvriers. Prudhomme en racontant ces excès fait remarquer que le peuple de Paris fut aussi étranger aux dégâts commis chez les imprimeurs qu'il l'avait été au pillage des magasins de sucre et de chandelles. Le même soir, Varlet et Fournier l'Américain, porte-paroles du Comité insurrectionnel, apportèrent au Club des Cordidiers, que Gorsas appelle le Club nourricier des émeutes, une adresse dont la rédaction était de Varlet et qu'il réussit à faire adopter par surprise par la section des Quatre Nations; de là ils se rendirent au sein de la Municipalité à l'effet de l'inviter à mettre en état d'arrestation les membres de la Convention traîtres à la cause du pays, à faire fermer les barrières, à faire sonner le tocsin et faire battre la générale; mais ce fut peine perdue, au Conseil général de la Commune, Pache, aussi bien que Chaumette et Hébert refusèrent absolument de s'associer au mouvement.
Prudhomme estime dans ses Révolutions de Paris que l'on doit rendre grâces à la Commune de Paris, qui fut vainement sollicitée par une soixantaine de prétendus députés des Jacobins et des Cordeliers, et dont l'attitude imposante sauva la situation. Un autre contemporain, le député Salle, dans une lettre au vice-président du Directoire du département de la Meurthe, montra que le hasard et des circonstances heureuses avaient fait manquer le coup préparé pour la nuit du dimanche au lundi, que les
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conspirateurs fuient déroulés par la pluie qui tomba en abondance toute la nuil, par l'absence des députés et la présence de 100 fédérés bretons, prêts h marcher au premier signal, mais laisse à entendre que les conspirateurs n'avaient nullement abandonné leur projet.
Le Conseil général do la Commune ayant avisé la Convention de l'existence d'attroupements qui faisaient craindre une nouvelle insurrection, attroupements accompagnés de menaces de mort contre plusieurs membres de la Convention, l'Assemblée manda immédiatement à sa barre le Maire, le Commandant général et le secrétaire greffier de la Municipalité, <]iii sans larder se rendirent à son invitation. Le Maire exposa 'les mesures adoptées en raison des rassemblements etde l'exaltation des esprits ; de son côté, Sanlerre vint déclarer qu'il avait donné les ordres les plus précis pour prévenir toute insurrection et qu'il disposait d'une force armée de 9.000 hommes, prête à agir, massée sur la place de l'Hôtcl-de-Ville ; il lit connaître en outre que des malveillants, qu'on n'avait pu arrêter, avaient suggéré l'idée de conférer la royauté au citoyen Egalité.
Ce qui a pu faire croire à quelques historiens, comme M. Jaurès, que le signal de l'insurrection fut donné par la section Poissonnière, c'est l'altitude singulière de cette section, qui, non contente d'avoir tenu un langage presque menaçant aux commissaires de la Convention, loin de le désavouer ou de l'atténuer, décida, le 2'2 mars, qu'une députalion de huit membres se présenterait à la Convention à la tète des volontaires et y ferait lecture du discours adressé le 8 mars aux commissaires; en effet, celle députation fut admise, le lendemain; le discours de l'orateur de la section Poissonnière souleva de1 violents murmures et fut interrompu par des protestations unanimes. Un mouvement général d'indignation éclata dans la salle el même parmi les volontaires, lorsqu'on s'aperçut que leur drapeau portail deux fleurs de lis, découpées à jour, l'une sur le taffetas, l'autre sur la hampe; tout aussitôt les volontaires furieux arrachèrent l'étoffe, la foulèrent aux pieds el la remplacèrent par une ceinture tricolore qu'offrit la citoyenne Floquet, de Toulon, en la surmontant d'un bonnet rouge.
L'incident soulevé à la Convention par la seclion Poissonnière donna lieu à une vive discussion, dans laquelle l'un des représentants s'attacha h l'aire ressortir le lien existant entre les projets que trahissait le discours du président de cette section, les mouvements excités autour de la salle et jusques dans les tribunes, el surtout les complots dénoncés par les officiers municipaux et le Commandant général, heureusement déjoués par leur prudence, et demanda la destitution de Pinard, juge de paix de
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la section Poissonnière, ainsi que son arrestation avec celle de Jacquemin, président de iadite section.
Deux jours après, la section Poissonnière, réunie en assemblée générale, reconnut les erreurs dans lesquelles l'avait fait tomber un moment de désarroi causé par les revers essuyés en Belgique ; elle déclara se désister de ce qu'elle avait dit les 8 et 12 mars, en ce qui concernait Dumouriez, observant que la flamme qui servait d'étendard au bataillon de volontaires existait depuis 1789 et que le commandant de la section armée, dont le patriotisme ne pouvait être suspecté, l'avait laissée sortir par inadvertance (1).
Dans celle même séance du 12 mars, la Convention nationale, sur la motion de Fonfrède, rendit tout d'abord un décret portant que le Conseil général de la Commune de Paris ainsi que le Commandant général de la garde nationale avaient bien mérité de la pairie. Par un autre décret, la Convention, jugeant d'après la lettre qui lui avait élé écrite, le 20 mars, par le maire de Paris, d'après l'arrêté du Conseil général de la Commune, le compte rendu de la Municipalité à sa barre et la dénonciation des commissaires inspecteurs de la salle, qu'il avait existé un complot attentatoire à la sûreté de la Convention nationale, décida que le Tribunal extraordinaire, créé le 10 mars, informerait, aussitôt sa réunion, contre les auteurs et les fauteurs de ce délit national; enfin, un troisième décret, visant spécialement l'un des instigateurs du complot que Maral venait de dénoncer à la tribune, ordonna l'arrestation de Fournier, dit l'Américain, la mise sous scellés de ses papiers et son interrogatoire par le Comité de sûreté générale, spécialement délégué à cet effet. Sans perdre un instant, le Comité mit en élat d'arrestation Fournier, sous la garde d'un gendarme dans son domicile, rue du Doyenné, et chargea Simon- Toussaint Charbonnier, commissaire de police de la section des Tuileries, d'abord d'apposer les scellés sur ses papiers, puis de les apporter au Comité, ce qui fut effectué les 12 et 13 mars; enfin il invita les membres de la Convention qui avaient lancé des dénonciations contre Fournier à les faire connaître, afin qu'elles pussent servir de base à l'interrogatoire de cet inculpé.
Bourdon de l'Oise, l'un des membres de la Convention, déposa, séance tenante, une dénonciation en règle contre Fournier, dans laquelle il affirma l'avoir entendu reprocher à deux ou trois inconnus de ne pas l'avoir appuyé, sans quoi il aurait brûlé la cervelle à Petion. Fournier,
(I) Voir le t. VIII de noire Répertoire, n<> 2010.
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introduit à la barre et invité à s'expliquer à ce sujet, nia le propos qui lui élait imputé; el , en ce qui concernait les événements îles 9 et 10 mars, déchira que son rôle s'était borné à se transporter aux Jacobins, puis aux Cordeliers, où des molionnaires projetaient de se saisir de tous les ennemis de la patrie et de fermer les barrières; il reconnut également s'être misa la tète d'une députalion à la Commune pour empêcher que les pouvoirs des motionnaires ne tombassent entre mauvaises mains, s'être entretenu avec le procureur de la Commune et le Maire. Ce dernier l'ayant exhorté à employer les moyens les plus efficaces pour tout pacilier, il était retourné aux Cordeliers pour calmer les esprits, de là à sa section qu'il avait trouvée fermée, puis il était rentré chez lui. Pressenti au sujet d'un Comité d'insurrection, Fournier répondit ne rien savoir à cet égard. Cet interrogatoire terminé, l'un des membres du Comité de surveillance ayant attesté que l'on n'avait rien trouvé dans les papiers de Fournier qui pût motiver une plus longue détention, la Convention ordonna de le mettre en liberté, sauf à le faire entendre comme témoin par le Tribunal extraordinaire. Fournier, ayant sur le cœur la dénonciation de Marat qui avait provoqué son arrestation, se vengea en publiant (1 ), à la date du 14 mars, un faclum contre l'Ami du peuple, où il se plaignait d'avoir été dénoncé à l'occasion d'une pétition contre-révolutionnaire, celle de la section Poissonnière, et attaquait son adversaire avec une extrême violc-nce, en mettant en parallèle le civisme et le patriotisme dont lui-même avait fait preuve dans maintes occasions et ceux de Marat, qu'on n'avait vu paraître dans aucune des journées de la Révolution; il termina en demandant pourquoi, contre le vœu d'un récent décret, Marat conservait seul le privilège d'être à la fois Législateur et journaliste.
Ce fut seulement le 13 mars que la Convention se décida à ouvrir une enquête relativement au complot avorté du 9 mars. File donna mandat au Conseil exécutif de mettre sur-le-champ en état d'arrestation les membres du Comité dit d'insuiTeclion et d'apposer les scellés, tant sur leurs papiers personnels que sur les registres et papiers du Comité même. Fournier était à peu près le seul membre de ce Comité insurrectionnel, contre lequel l'on avait pu réunir les éléments d'une instruction ; d'autres encore étaient véhémentement suspectés d'avoir trempé dans le complot du 9 au 10 mars; mais faute d'avoir des preuves sérieuses de leur culpabilité, on ne put exercer de poursuites ; c'est ainsi que, le 14 mars, sur la proposition qui fut faite d'entendre à la barre Lazowski, présumé déjà
(1) Ce pamphlet imprimé se trouve dans les papiers de Fournier l'Américain, F7 6504,
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en élat d'arrestation d'après le décret de la veille, la Convention ne put que passer à l'ordre du jour, motivé sur ce qu'il n'existait point de décret le visant personnellement, pas plus que le citoyen Deslieux. Le uiême jour, le minisire de la justice, invité à rendre compte séance tenante des renseignements qu'il avait pu recueillir sur l'existence de ce Comité d'insurrection, se contenta de fournir des indications très vagues sur un certain Comité de surveillance générale, composé de commissaires des ï-8 sections, chargé, paraissait-il, d'avoir l'œil sur les officiers municipaux, sur les administrateurs du Département, les ministres, la Convention nationale elle-même; il donna ensuite des explications sur les événements de la nuit du 9 au 10 mars et sur les projets prêtés aux agitateurs qui se proposaient, partagés en deux bandes, de se porter, les uns chez les ministres, les autres chez les députés ayant voté l'appel au peuple et de faire maison nette, ou simplement de mettre en accusation le côté droit de l'Assemblée. Gohier fit connaître, en outre, qu'à la suite d'une réunion du Conseil exécutif, il s'était transporté à la Maison Commune, où il avait entendu lecture d'un arrêté rédigé dans les bons principes, qui menaçait de la peine de mort tous ceux qui fermeraient les barrières, et il termina son exposé, en déclarant qu'il était resté debout jusqu'à 3 heures du malin dans l'attente des événements et que la tranquillité publique était assurée par les communications fréquentes qu'il avait eues avec le Maire et par celles du ministre de la guerre avec le Commandant général de la garde nationale. Cn attendant, 1<' Conseil exécutif provisoire cherchait à savoir exactement ce qu'était cet insaisissable Comité secret, dit révolutionnaire, et quels en étaient les membres. Ayant appris que l'évêque de Paris avait quelques notions au sujet de ce Comité, il convoqua (lobe!, qui comparut le 2i mars, à o heures. En réponse aux questions qui lui furent posées par le Conseil exécutif, celui-ci se défendit d'avoir jamais para dans aucun Comité de celle nature, ajoutant qu'il s'était borné à présenter devant deux commissaires délégués à cet effet par la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité sa justification au sujet de certains griefs qui lui étaient imputés.
Pour compléter les mesures de sûreté adoptées le 13 mars, la Convention décida, le 15, que tous les étrangers et gens sans aveu seraient tenus de quitter Paris dans les 24 heures: en exécution de ce décret la Convention enjoignit, le 18 mars, à la Municipalité parisienne et à l'administration de Police de remettre au Comité de sûreté générale, dans le délai de 3 jours, la liste des individus domiciliés à Paris, notés comme suspects, sans aveu et mal intentionnés.
L'agitation populaire, malgré l'avortemenl de la tentative révolution-
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naire du 9 mars, ne s'était nullemenl calmée ; c'est ainsi que, d'après mi rapport do police du 16 mars, un jeune Jacobin, que l'on identifiait géftéralemenl avec le fougueux Varlel, prit la parole (ce qui lui arrivait souvent) sur la terrasse des Feuillants el,au milieu de groupes nombreux, exprima tout haut le regret que l'insurrection projetée les !) et 10 mars n'eût pas réussi; il résuma son discours en répélant ce qu'il avait d'il le dimanche précédent aux Jacobins, que celle insurrection élail légitime el nécessaire, qu'il la désirait encore el qu'au surplus elle n'était qu'ajournée, qu'il souhaitait maintenant que l'apathie des Jacobins lût remplacée par l'énergie des femmes des a cl (i octobre 1789, de façon à obtenir de gré ou de force que la Convention proscrivît la vente de l'argent, décrétai la peine de mort contre les agioteurs et accapareurs, et fit tomber les tètes de Roland el de lirissot.
Dans son ordre du jour du 27 mars, Santerre, préoccupé de l'étal peu rassurant de Paris, prit soin de mellre en garde les citoyens conlre certains faux bruits répandus par les malveillants, dans le but de jeter l'alarme et d'égarer l'opinion, principalement à la lin de la semaine, alin de profiler pour la réalisation de leurs projets sinistres du lundi, qui était ordinairement le jour de repos et de fête des ouvriers. Au début de la séance que tint ce même jour le Conseil exécutif, le minisire de l'Intérieur communiqua des rapports inquiétants sur la situation de Paris, desquels il semblait résulter que la vie d'un grand nombre de citoyens était menacée, et demanda la convocation immédiate du Maire, du Commandant général et du procureur général syndic. Le .Maire se présenta aussitôt el mit le Conseil au courant de divers avis qu'il avait reçus, notamment de certaines lettres, signées de l'initiale A et attribuées à un sieur Aubert, contenant l'indication de faits très graves, notamment d'un appel aux armes adressé aux sections. Eu elfet, l'incident qui se produisit ce jour-là, aux portes même de la Convention, montre assez la fermentation qui continuait à régner dans les masses. La Société des Défenseurs de la République, celle qui avait pris l'initiative du mouvement du 9 mais, avait organisé, pour le dimanche malin 17 mars, sur la place du Carrousel, une réunion où devaient se trouver le Conseil général de la Commune el toutes les sociétés patriotiques afin de se donner le baiser fraternel. Un rassemblement considérable se forma; l'un des députés Girondins, Yzarn Valady, informé de cet attroupement et entraîné par son zèle, sortit à l'effet de prévenir la force armée dans divers corps do garde, fut retenu prisonnier dans celui de l'Oratoire et obligé de se faire réclamer par le président de la Convention.
La question des subsistances et la crainte permanente de la disette
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venaient encore aggraver la situation en faisant naître des troubles pour ainsi dire quotidiens; ainsi une véritable émeute, fomentée par certains boulangers réunis à une troupe de femmes, éclata tout d'un coup à la Halle au blé, où les manifestants, transportés de fureur, vomissaient mille injures contre la Municipalité et voulaient absolument pendre le citoyen Garin, administrateur des Subsistances, en exécration dans le peuple : ce malheureux eut grand' peine à s'échapper de leurs mains.
Le 19 mars, Gohier rendit compte à la Convention des investigations auxquelles il s'était livré pour arriver à la découverte des conspirateurs des 9 et 10 mars, investigations qui, en somme, aboutirent à un résultat négatif. Gohier avait cependant joué de tous les ressorts; il avait cherché à se renseigner auprès des fonctionnaires publics les plus mêlés au peuple, et qui par leurs rapports incessants avec lui, étaient plus à portée de connaître les moyens que l'on employait pour l'égarer; l'administration de Police, mise en mouvement, avait répondu, après enquête approfondie, au maire de Paris qu'elle n'avait rien trouvé qui put faire soupçonner l'existence d'un Comité d'insurrection. Les démarches personnelles du ministre, à la suite de diverses dénonciations qu'il avait reçues, lui avaient bien permis de constater la tenue de réunions de plusieurs membres de la Société des Jacobins au Café Corazza, réunions qui toutefois n'avaient point le caractère d'un comité insurrectionnel. On lui avait signalé également un certain nombre d'individus qu'on pouvait qualilier d'insurrectioîinaires, qui devenaient dangereux lorsqu'ils étaient mêlés à des mouvemenls populaires. Son attention s'était portée principalement sur les trois agitateurs qui, dans la nuit du 9 au 10 mars, s'étaient chargés de remettre au Conseil général de la Commune une délibération incendiaire, Varlet, Fournier et Champion, sur d'autres encore, tels que Lazowski, Deslieux et un certain Jourdan, qui passaient pour avoir joué un rôle considérable; mais les instructions ouvertes n'avaient donné aucun résultat et les poursuites aussitôt entamées avaient dû être abandonnées.
Les derniers jours du mois de mars furent marqués par une recrudescence de la fermentation populaire, tant en raison des graves nouvelles reçues de la Belgique que de l'occupation de l'île de Noirmoutiers par les insurgés de l'Ouest. Le mercredi 27 mars, sur l'invitation du Comité de défense générale, qui désirait se rendre compte de la siluaiion de Paris, Santerre annonça avoir pris toutes les précautions propres à empêcher les soulèvements et les troubles que les malveillants s'ell'orçaient d'exciter. Dans une nouvelle réunion que tint le Comité à sept heures du soir, à laquelle assistaient les ministres, deux membres du Directoire du Département, le procureur de la Commune et deux officiers municipaux, on
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conféra sur les mesures à prendre « pour déconcerter l'aristocratie et tous les conspirateurs qui cherchaient à opérer des soulèvements ». Le Comité arrêta et la Convention décréta le lendemain: 1° que la municipalité de Paris suspendrait la délivrance des passeports jusqu'après l'exécution du décret qui avait ordonné le désarmement des suspects, ce qui serait effectué le jour même ; 2° qu'elle était autorisée à établir durant 24 heures une garde aux barrières et à y envoyer des commissaires à l'effet de procéder à l'arrestation de tous individus se présentant sans passeports ou avec des passeports des municipalités de Boulogne-sur-Mer et de Calais, ainsi que de toutes personnes suspectes; 3° que le Conseil exécutif enverrait des courriers aux municipalités environnantes pour arrêter et désarmer les suspects et surveiller les châteaux; 4" qu'il serait fait une adresse au peuple français pour le prémunir contre les hommes coupables qui voudraient l'égarer.
Un député girondin, Salle, qui écrivait après la réunion du Comité de défense générale, à Bicquilley, vice-président du directoire du département de la Metirthe, résume en ces termes ses impressions sur ce qui se passait en ce moment :
« Les Montagnards ont voulu faire croire que les conspirateurs du 10 mars étaient des aristocrates; mais à mon sens, les mouvements qui se préparent ne sont point dangereux; on veut simplement plâtrer la conspiration du 10 mars, il doit y avoir un simulacre de fermeture de barrières et d'insurrection, le peuple de Paris va être tout entier mis sur pied. » Mais le même député ne se fait pas illusion sur la gravité de la situation. Si celte semaine, ajoute-t-il, se passe sans accidents, il ne s'en suit pas pour cela que tous dangers soient écartés, au contraire les craintes sont plus que jamais fondées.
Salle avait dit vrai ; l'on assista à un étrange spectacle : dès l'aube et durant toute la matinée, l'on battit le rappel dans tous les quartiers; à midi toutes les sections étaient sous les armes, toutes les barrières, toutes les rues, tous les passages étaient interceptés, personne ne pouvait plus circuler sans sa carte ou son certificat de civisme; il fut procédé à des visites domiciliaires j onr le désarmement des suspects et à de nombreuses arrestations. Grâce à ce déploiement extraordinaire de force armée, Santerre put annoncer à 6 heures du soir à la Convention que la tranquillité avait été parfaite à Paris dans la journée du 28, que le service s'était fait avec beaucoup d'exactitude, et que les patrouilles avaient été très fréquentes. Pour faciliter les visites domiciliaires et les arrestations de suspects, le Conseil généra! de la Commune prit, le 28 mars, un arrêté enjoignant aux propriétaires des maisons d'afficher à l'extérieur en caractères bien lisibles les
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noms, âges et professions de tous les habitants, en ayant soin d'indiquer les mutations, et chargea 6 commissaires de porter cet arrêté à la Convention nationale et de demander sa sanction ; le vendredi 29, les barrières furent gardées comme la veille et les visites domiciliaires continuèrent.
Les événements allaient se précipiter et entrer dans une nouvelle phase, La phase critique; on sentait que Ton approchait non plus d'ébauches de mouvements insurrectionnels, mais d'une véritable insurrection.
Journées des csi mai, 1er et 3 juin.
La salle de l'Evêehé, où siégeaient en permanence les électeurs du déparlement de Paris, était devenue un foyer de troubles et d'agitation révolutionnaire, dont Lanjuinais avait déjà dénoncé l'existence, le S mars, à la tribune de la Convention, lorsqu'il faisait allusion au Comité d'insurrection, présidé par l'un des membres de l'Assemblée électorale et alors fréquenté par les volontaires.
Vers la fin de mars, ce centre de ralliement, resté dans l'ombre depuis le mouvement avorté du 10 de ce même mois, affirma de nouveau son existence. Quoique d'après Bûchez et Houx celte nouvelle conspiration ait été tramée par les mêmes agitateurs qui avaient provoqué l'insurrection du 10 mars et que l'adhésion des sections ait élé surprise par Varie t et autres démagogues qui, en invoquant un arrêté de la seclion des Droits de l'Homme, se ser. lient installés à l'Evêehé, il n'est pas douteux que ce fut la section des Droits de l'Homme qui prit, l'initiative de ce groupement séditieux et qui envoya, le 27 mars, une adresse aux sections pour les engager à déléguer des commissaires à l'Evêehé dans le but de former un Comité central révolutionnaire , comité que Gorsas qualifia de conventicule d'insurrection, se déguisant sous l'appellation de Commission de sahit publie. Le 28 mars, vingt-sept sec! ions donnèrent leur adhésion cl envoyèrent leurs commissaires à l'Evêehé. A la date du 1er avril, une députation de ces commissaires, réunis pour délibérer sur les moyens de salut public, se présenta au sein de la Commune et demanda qu'il leur fût alloué des frais de bureau. Chaumette fut d'avis de sanctionner la réunion de ces délégués des sections, en faisant observer qu'ils ne s'assemblaient à l'Evêehé que
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faute d'un local suflisanl dans la Maison (lommune : en conséquence des frais de bureau furent accordés.
Le 2 avril, l'Assemblée électorale, avisée en même temps de la formation de ce Comité centrai de suint public et de cofrëspondéntè avec les départements, et du retrait par la plupart des sections des pouvoirs qu'elles avaient donnés à leurs commissaires pour participer à cet établissement, décida l'envoi d'une députation de cinq membres au Conseil général de la Commune pour lui faire part de l'indignation éprouvée par l'Assemblée électorale, en présence d'un rassemblement d'individus qui méconnaissaient hautement la souveraineté du peuple et avaient l'audace de se qualifier Comité central de salut public. Le corps électoral invita le Conseil général de la Commune à dénoncer sur-le-champ aux i8 sections la formation illégale de ce prétendu Comité, dont quelques-uns des membres avaient perdu la confiance publique, ou ne l'avaient pas encore méritée. Tels étaient Germain Truchon (1), de la section des (Iravilliers, un certain Crenier, clerc de procureur, vice-président de la section de la Réunion, qui ayant eu la malencontreuse idée de venir aux Jacobins, le 1er avril, pour notifier la formation de cette Assemblée centrale de salut public, fut pris à partie par Marat, lequel l'accusa de nourrir des desseins anticiviques, arrêté séance tenante, et conduit, malgré ses protestations, au Comité de sûreté générale (2), Landrin (3), de la section du Panthéon- Français, soupçonné de vouloir soulever les ouvriers contre les patriotes de celte section, enfin, le citoyen Varlet, de la section des Droits de l'Homme, auteur de la pétition qui avait provoqué toutes ces mesures dahgereuses et perfides. L'Assemblée électorale croyait de son devoir de dénoncer au Conseil général de la Commune ce projet infâme tendant à la
(1) Truchon (Germain), homme do lettre;; , défenseur officieux, président de la Commune du 10 août, fut dénoncé par le Comité révolutionnaire de la section des Gravilliers et arrêté comme suspect, le 8 prairial an II, sous l'inculpation de n'avoir pas rendu un compte exact, en qualité de commissaire chargé d"examiner les comptes de la section de l'Unité au sujet des objets provenant des victimes du 2 septembre, notamment de Viguier de Curny. Incarcéré le 9 prairial au Luxembourg, puis rue de la bourbe et au Plessis, il était encore détenu le 30 fructidor an III et se plaignait « de périr de faim, do misère et de nudité, d'être sans argent, les fruits de ses vignes en Bourgogne avant été dilapidés, brigandés». Le Comité des Gravilliers lui reprochait d'être un modéré, d'avoir sauvé des prisonniers le '2 septembre 1702. En effet, Truchon se vanla d'avoir fait sortir tous ceux de Sainte-Pélagie et une partie de ceux de la Force, entr'autres la jeune demoiselle de Tourzel et MmC de Sainl-Bricc, et par une singulatité bizarre, il déclarait cire détenu comme terroriste. Il sortit de prison en frimaire an IV. (V. son dossier, F7 47753S).
(2) Aulard, Lu Société des Jacobins, t. VI p. 118; Charavay, Assemblée électorale, t. III, p. 4Gb\ 4(37.
(3) Landrin ou Laudrin remplit les fonctions de secrétaire greffier du Comité révolutionnaire de la section du Panthéon Français, à partir du 2 1 avril ; le 18 mai, on voit qu'il servait dans la compagnie Lacour et fut menacé par les volontaires; un arrêté de son Comité, du 12 juillet, enjoignit do l'arrêter, ce qui fut l'ait peu après; le 1er août il était écrouè à la Force. (F1* 2520).
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désorganisation de tous les pouvoirs, à l'usurpation de l'autorité souveraine et représentative au moment où la chose publique était dans le plus grand danger et où l'union et la rigueur des mesures pouvaient seuls la sauver. La députalion de l'Assemblée électorale remplit sa mission le "1 avril et, lit observer que quatre sections, celles de l'Arsenal, des Marais, des Gravilliers et des Arcis, avaient retiré les pouvoirs donnés à leurs délégués pour constituer ce Comité; en outre la section des Droits de l'Homme s'empressa de déclarer que l'on avait faussement interprété son arrêté, qui avait déterminé la convocation de ces commissaires.
En conséquence le Conseil général de la Commune revint sur sa décision de la veille relativement aux frais de bureau alloués en principe. Le sentiment général se montra plutôt hostile à ce Comité issu d'intrigues, et comme le dit Corsas, PaWs qu'on cherchait à mettre en état d'insurrection, montra qu'il voulait être tranquille et ne ressentait pas le besoin d'un foyer d'émeutes. Du reste toutes les sections ne pactisèrent pas avec les révolutionnaires; celle de la Du lté des Moulins, dès le 1er avril, protesta contre les fonctions que s'arrogeaient les commissaires appelés à composer ce Comité central, qu'on pouvait à bon droit suspecter d'intentions contre-révolutionnaires, et en demanda la dissolution. La section de Beaurepaire, réunie en assemblée générale le 2 avril, donna son adhésion à l'arrêté de la section de l'Arsenal, qui venait d'interdire à ses propres commissaires d'assisler désormais aux assemblées de ces délégués des sections, tenues à l'Evêché, les trois jours précédents, lesquels s'étaient témérairement constitués en Assemblée centrale de salut public et de correspondance arec tous les départements ; la section de Beaurepaire ajoutait qu'elle avait déjà été avisée de la « prévarication de cette assemblée de l'Evêché » par ses commissaires, dont elle approuvait la conduite, et elle eut soin de notifier son arrêté à la Municipalité, au Département et au président de la Convention nationale. La section du Mail, également le l'" avril, après lecture de l'arrêté pris par les commissaires des sections réunis à l'Evêché pour la formation d'une Assemblée centrale de salut public, corresp indantavec les départements sous la sauvegarde du peuple, considérant que cet arrêté ferait entrer en lutte les sections avec les autorités constituées, l'improuva formellement et adressa à la Convention, aux sociétés populaires, à la Commune et au corps électoral sa délibération, qui fut imprimée à 1 ,8")0 exemplaires par les soins de la Convention et envoyée dans les départements. Ce même jour, la Convention nationale, sur la motion de Barère, rendit un décret portant que la section du Mail avait bien mérité de la patrie, convoquant le maire de Paris à l'effet de rendre compte de la connaissance qu'il avait pu acquérir du rassemblement des
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commissaires des sections à l'Évêché, le 31 mars précédent, mandant également à la barre les commissaires des sections qui avaient pris l'arrêté du 31 mars, pour donner des explications sur les motifs de cet arrêté, en produisant leurs registres, déclarant enfin à tous les citoyens de la République que la même fermeté qu'elle avait déployée dans le jugement du tyran, dirigerait ses délibérations pour abattre la nouvelle tyrannie qui s'élevait et qui menaçait d'usurper ou d'anéantir la représentai ion nationale.
L'éveil était donné, l'on sentait désormais le besoin de se tenir sur ses gardes et d'engager la lutte contre le pouvoir occulte qui en sourdine cherchait à préparer les voies d'une révolution. Aux termes d'un décivi rendu le mercredi matin 3 avril, la Convention manda sur-le-champ à sa barre le Conseil exécutif provisoire, le Conseil général de la Commune et le Commandant de la garde nationale, afin de leur exposer les circonstances dans lesquelles se trouvait la République et de leur faire sentir la nécessité de redoubler de surveillance, de telle sorte que l'ordre le plus parfait continuât à régner dans Paris. Au cours de cette même séance, la municipalité de Paris, admise à la barre, annonça qu'aussitôt instruite des délibérations illégales prises par les commissaires des sections, elle avait improuvé et annulé ces délibérations et envoyé aux 48 sections la rétractation des pouvoirs de quelques-unes d'entre elles, ainsi que la dénonciation de l'Assemblée électorale conlre ces mômes commissaires.
Celte convocation de prétendus commissaires de la majorité des seclions cachait, on n'en pouvait douter, des desseins perfides. Le procureur syndic de la Commune, Cbaumetle, les ayant interrogés sur leurs intentions, n'obtint des meneurs qu'une réponse très vague; à les entendre, le bul de la réunion était simplement la rédaction d'une adresse à la Convention nationale. Du resle, dès le 28 mars, la Municipalité avait reçu avis d'un complot contre-révolutionnaire et de la préparation d'une attaque contre la Convention. En prévision de quelques troubles, Santerre avait ordonné, ce môme jour, aux légions d'organiser de fortes et fréquentes patrouilles autour de la Convention. Le 1er avril, le Comité des inspecteurs de la salle ayant appris que le Commandant général avait mis sur pied une garde extraordinaire pour la sùrelé de l'Assemblée, décida que ces forces seraient réparties entre les corps de garde du Manège et des Feuillants, en tête de la rue du Manège, sur la terrasse des Feuillants, pour y faire de nombreuses patrouilles, avec disposition d'une réserve sur la place Vendôme ; en outre les deux compagnies de gendarmes de la Convention reçurent comme consigne de ne laisser entrer dans les couloirs de l'Assemblée que les personnes munies de caries de députés, de jour-
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nalislos et do commis dos bureaux. Indépendamment dos mesures adoptées pour la sûreté de la Convention, de fréquentes patrouilles furent ordonnées autour des caisses publiques, de l'atelier des assignats, de l'Arsenal et des prisons.
D'après les rapports de police envoyés à la Mairie, il était question, dans les sociétés populaires, d'un grand coup pour le soir du i" ou du 2 avril, on disait même que le tocsin allait être sonné pour se porter aux prisons et massacrer tous les prisonniers; dans le jardin de l'Égalité (Palais Royal) certains individus ne parlaient que de couper les tètes des accapareurs, des marcliands, des signataires de pétitions modelées, même de quelques membres de la Convention ; il fallait, s'écriaienl-ils, se porter en foule à l'Assemblée et la forcer, les armes à la main, de rendre les décrets réclamés depuis longtemps par les sections touchant la vente du numéraire, la taxe des blés et des comestibles. Dans les groupes, notamment sur la terrasse de la Convention, des malveillants cherchaient à répandre l'alarme et à décourager les patriotes, h soulever le peuple et à. allumer la guerre civile dans Paris; au dire de ces agents provocateurs il fallait, avant de marcher contre Dumouriez, massacrer les aristocrates et tous les scélérats renfermés dans les prisons, sonner le tocsin et mettre tout en combustion. Fort beureusement que les esprits se calmèrent, que dès le 5 avril, les groupes et lieux publics semblaient fort tranquilles, et qu'on pouvait constater que l'étal de Paris n'offrait plus rien d'alarmant.
Le Comité central de salut public siégeant à l'Evêcbé avait inscrit dans son programme l'établissement d'une correspondance avec les départements de la République: la Commune de Paris reprit celte idée et décida, dès le 2 avril, la création d'un Comité ou bureau de correspondance avec les 41,000 municipalités; elle désigna pour composer ce Comité cinq de ses membres, savoir, Scipion Duroure, Joseph Bodson, Michel Dorat-Cn bières, Jean-Michel Seguy et Antoine-Prosper Soulès, auxquels furent adjoints, le 21 avril, les citoyens Renouard, Blin, Lauvin, Boucher-René et Cailleux jeune. Dans la pensée de la commune de Paris, il s'agissait d'opposer à la fédération girondine des départements une fédération montagnarde des communes, destinée à servir de contrepoids. Ce bureau projeté devait renseigner exactement les communes de France sur l'esprit public de Paris et les tenir au courant des résolutions vigoureuses que prendrait la commune de Paris pour sauver la chose publique. Le 23 avril, le Conseil général de la Commune, sur le réquisitoire de Cbaumetle, donna mandat à son Comité de correspondance de rédiger une circulaire à toutes les municipalités de la République, circulaire qui devait être imprimée et affichée, ayant pour base cette déclaration, que la commune de Paris
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entendait communiquer avec toute la République et qu'elle n'adoptait que celle seule espèce de fédéralisme.
Le conflit entre les Girondins et les Montagnards piïl un caractère de plus en plus inarqué, lorsque fut connue à Paris la trahison de Dumouriez; l'accusation de complicité, lancée dans la séance du .'{ avril par Robespierre contre Brissol, l'un des chefs du parti Girondin, promoteur de la guerre contre l'Autriche, l'ut le début des hostilités. Les sections de Paris ne lardèrent pas à entrer en campagne. Le S avril, la section de Uon-Conseil envoya à la Convention nationale une dépulation chargée de présenter une adresse demandant l'examen le plus sévère et le plus approfondi de la conspiration de Dumouricz et un décret d'accusation contre ses complices au sein même de la Convenlion. >< Depuis assez longtemps, disait-elle, la voix publique vous indique les Brissol, les Gensonné, les Vergniaud, les Barbaroux, les Buzot, les Louvel, les Guadet, tous ces chefs de factions, qui depuis si longtemps fomentent la guerre civile de concert avec leur complice Roland. Représentants du peuple, patriotes de la Montagne, c'est à vous que s'adresse la section de Bon Conseil, c'est sur vous qu'elle se repose du soin de désigner les traîtres, de livrer aux tribunaux ces membres que l'opinion publique a déjà proscrits, de livrer une guerre à mort à ces modérés, à ces Feuillants, ces protées aristocrates. »
Sur la demande de Marat, les honneurs de la séance furent accordés aux pétitionnaires. L'adresse en question fut lue aux Jacobins, que présidait Marat, et approuvée, bien qu'Albille, qui ne se donnait pas comme modéré, eût déclaré qu'il trouvait la pétition prématurée.
C'est à ce même moment qu'une autre section, celle de la ILalle-au-Ulé, faisait circuler dans Paris un projet, d'adresse à la Convenlion, conçue en termes aussi peu mesurés, dont Pétion donna lecture à l'Assemblée conventionnelle le 10 avril au malin. Non contents de dénoncer à la Convention les infidèles mandataires qui abusaient de sa confiance et de réclamer la mise en état d'arrestation de celte majorité corrompue, les auteurs de l'adresse demandaient la lète de Roland, l'épuration des administrations et terminaient en adjurant la Montagne de sauver la République, en décUfrant que, si elle ne se sentait pas assez forte pour assumer celle tâche, ils se chargeraient de la sauver.
La lecture de cette adresse déchaîna clans la salle et dans les tribunes un violent tumulte et provoqua une vive discussion, au cours de laquelle prirent succcssivemeul la parole Pétion, Danton, Guadet, Robespierre et Vergniaud, discussion qui se termina par un décret portant que les citoyens Bocqueha, président de la section de la Halle-au-Blé, et Mailrejean, secrétaire, dont bs noms se trouvaient au bas du projet d'adresse el d'une
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délibération du 7 avril, seraient mandés à la barre pour attester la vérité ou la fausseté des signatures apposées au bas de ladite délibération, et que les registres de la section seraient produits au bureau.
Ce fut le 13 avril que se produisit une manifestation caractéristique du sentiment populaire conlre les Girondins. L'adresse comminatoire, dont la section de la Tfalle-au-Blé avait pris l'initiative, avait réuni les adhésions de 33 sections; il en fut donné lecture, le 15 avril, au Conseil général de la Commune, qui, après adoption de la rédaction proposée, chargea le Maire, accompagné d'une députai ion de la Municipalité, de la présenter à la Convention nationale, à la tète tics commissaires de la majorité des sections. Ce même jour, l'adresse de la Commune de Paris, demandant l'expulsion des 22 députés girondins, fut apportée à la Convention et lue par Alexandre Rousselin, jeune jacobin, protégé de Danton. Le texte de cette pétition des sections de Paris, qui figure parmi les pièces annexes du procès-verbal de la Convention, n'a aucun rapport avec le projet d'adresse, communiqué le 10 avril par Pétion, lequel, en dehors de Roland, ne visait spécialement aucun des Girondins; cette fois, c'est un réquisitoire en règle contre les 22 députés, qui y sont désignés par leurs noms, réquisitoire où se trouvent rappelés les griefs énumérés le 10 avril par Robespierre : fédéralisme, appel à la guerre civile, calomnies contre Paris, connivence avec Dumouriez, rien n'est oublié de ce qui pouvait établir la culpabilité des Girondins. La pétition en question est revêtue de nombreuses signatures, parmi lesquelles on remarque celles de Truchon, Etienne Feuillant, llasseufratz, Hébert, avec son titre de substitut; fut-elle rédigée à l'Evêché par les délégués des sections, comme le marque M. Jaurès? rien ne semble l'indiquer.
L'assemblée générale des sections de Paris émit le vœu que cette adresse, expression formelle des sentiments unanimes, réfléchis et constants des sections composant la Commune de Paris, fût communiquée à tous les départements par des courriers extraordinaires, en ayant soin d'y annexer la liste des mandataires coupables du crime de félonie envers le peuple souverain, En effet, le Conseil général de la Commune, à la suite de son arrêté du 15 avril, décida que l'adresse des sections serait imprimée et envoyée à toutes les municipalités de la République. On possède le mémoire d'impression, daté du 13 avril et signé de Phulpin (1), président des commissaires, dont le nom figure en tète de ceux des signataires
(1) Phulpin était juge de paix de la section des Arcis et président de l'Assemblée générale
de cette section.
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« d'une pétition pour les citoyens commissaires des 48 sections », qui fut fourni par la veuve Guillot, imprimeur-libraire, rue Christine, n° 11, et montant à la somme de 68 livres, papier compris. Ce mémoire est accompagné d'un rapport de Rousselin, approuvé par Paré, rapport conçu en ces termes :
La citoyenne veuve Guillot réclame le payement de C8 livres pour frais d'impression de la pétition du avril contre les 22 députés fédéralistes. Ce payement très légitime n'a été relardé que par l'espèce de confusion bien heureuse qui ;i amené la Hévolulion du 31 niai et les événements importants qui n'ont pas permis de rappeler avant leur succès absolu la réclamation d'une somme aussi petite. Le ministre est prié d'ordonner ce payement, que le citoyen Faipoul m'a prié de lui présenter moi-même, attendu la connaissance particulière (me j'ai des faits.
Signé : A. Rousseur.
Approuvé : Paré.
Gorsas, l'un des Girondins visés par la pétition du 15 avril, commentant cette pétition dans son Courrier des départements du 17 avril, déclara qu'elle n'avait fait que provoquer le mépris et que ce vœu des sections pour l'expulsion des mandataires infidèles n'était que prétendu, c'est-à-dire fictif, attendu que l'adresse en question n'avait nullement été rédigée par les sections, mais par les Jacobins qui avaient nommé des commissaires ad hoc, notamment Robespierre et Hébert; il le répète encore dans le numéro du 18 avril, où donnant un extrait de la pétition affichée par ordre de la Municipalité, en ce qui le visait personnellement, il s'attache à réfuter les accusations portées contre lui, surtout au sujet de sa présence clandestine au Temple. Qu'y a-l-il de fondé dans cette réfutation de Gorsas? il serait difficile de tirer au clair la chose; ce qui n'est pas douteux, c'est que la signature d'Hébert, accompagnée de son titre de substitut, figure au milieu des autres et indique clairement son adhésion formelle.
La Convention mit les pétitionnaires en demeure de signer leur dénonciation; Pache lui-même, qui commença par déclarer qu'il n'était pas du nombre des pétitionnaires, fut obligé de s'exécuter et apposa sa signature au-dessous de toutes les autres, comme à regret.
La discussion sur la pétition des sections de Paris à la Convention fut ajournée, mais la Commune de Paris ne la perdit pas de vue et décida, le 18 avril, que 12,000 exemplaires de la pétition contre les 22 seraient imprimés et distribués par les soins de son Comité de correspondance, qui se composerait à l'avenir de 9 membres cl serait incessamment mis en activité, que l'on enverrait à toutes les Commissions du Conseil un arrêté invitant tous les membres à y mettre leur signature. Les adhésions données à cette pétition, souvent avec une certaine précipitation, ne furent pas toujours raisonnées ; on en a la preuve dans les explications fort
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embrouillées que fournit à cet égard L'un des membres du Conseil général de la Commune, Jacques-François Lepître, ancien professeur de rhétorique au collège de Lisieux, lequel se plaignit de ce que l'on avait mal interprété les motifs qui l'avaient déterminé à effacer sa signature sur la liste d'adhésions, ayant cru d'abord, prétendait-il, ne signer qu'une simple feuille de présence ; le Conseil général ne goûta nullement ces raisons, dénuées d'ailleurs de toute vraisemblance, et, par un arrêté, pris le 25 avril, déclara que le sieur Lepître dans celte circonstance avait ajouté le mensonge à la lâcheté et méritait d'être censuré.
Par un décret du 20 avril la Convention improuva comme calomnieuse la pétition qui lui avait été présentée le 15 avril par la majorité des sections.
La section de la Halle-au-Blé, d'où était parti le mouvement qui aboutit à cette adresse des sections, fit une propagande acharnée pour recueillir des signatures, envoyant à domicile 6 fusiliers et 4 tambours pour inviter les citoyens à signer ladite pétition, sous peine de passer pour de mauvais patriotes, et étendit son champ d'action aux sections voisines.
Deux questions auxquelles la Commune de Paris attachait une égale importance et qui en ce moment inspiraient ses actes, étaient : 1° celle de la défense nationale, que les revers militaires avaient placée au premier plan ; 2" celle des subsistances, non moins vitale pour la population parisienne, eu raison des craintes perpétuelles de disette qui hantaient les esprits. Le 18 avril, le Maire, les officiers municipaux et les administrateurs du Département, réunis aux .Jacobins, y avaient élaboré une pétition à l'effet d'obtenir, ce que réclamait le peuple, l'établissement du maximum, spécialement appliqué aux grains, pétition qu'ils portèrent à la Convention, qui la renvoya au Comité d'agriculture. Le soir même, le Conseil général de La Commune déclara qu'il serait en état de révolution, tant que les subsistances ne seraient pas assurées. Le mot de fécolutio i sonnait mal aux oreilles du parti girondin ; la Convention, par un décret du 20 avril, ordonna au maire de Paris et au procureur de la Commune d'apporter sur-le-champ les registres des délibérations du Conseil général de la Commune pour connaître les arrêtés qu'il avait pris, ce qui fut exécuté par les soins d'officiers municipaux. Le lendemain, Héal, substitut du procureur de la Commune, rendit compte au Conseil de la manière dont lui et ses collègues avaient été reçus à la Convention et lit le tableau de toutes les scènes affligeantes qui s'étaient passées ainsi que des elforts d'un certain parti pour jeter la défaveur sur la commune de Paris; par contre il se loua beaucoup de l'accueil que leur avait fait le parti patriote, accueil qui les avait amplement dédommagés des désagréments qu'ils avaient essuyés de la part des aristocrates. Héal termina
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en déclarant qu'après une agitation de six heures et une lutte des plus indécentes, ils avaient été autorisés à assister à la séance (par 143 volants de la Montagne ).
L'humiliation ressentie ce jour là par la Commune ne fit qu'accentuer son hostilité contre le parti girondin. Sur ces eut refaites une circonstance imprévue vint remettre eu lumière l'Assemblée révolutionnaire de l'Evêché, qui depuis ses échecs successifs du 10 mars et du 1" avril, restait dans l'ombre, attendant une occasion favorable pour rentrer dans la mêlée : ce fut la mort de Claude Lazowski, commandant du bataillon de Saint- Marcel, l'un des membres les plus actifs du Comité insurrectionnel de l'Evêché et qui avait été l'un des organisateurs de la tentative du 9 mars. Ce Lazowski venait de décéder le 23 avril dans sa maison d'Issy, et le bruit se répandit qu'il avait été empoisonné ; on ne voulut jamais admettre que celte mort fût naturelle et l'on ne manqua pas d'accuser la faction Brissoline. Des rapports de police donnèrent une version toute différente et allèrent jusqu'à rapporter qu'il avait été assassiné dans la nuit du 22 au 2'A en sortant des Jacobins par un certain Filhol, le Grand Jourdan et quelques autres démagogues avec lesquels il avait eu des altercations très violentes (1 ). Le Comité révolutionnaire de la section du Finistère arrêta, le 24 avril, que tous les Comités révolutionnaires des sections seraient convoqués à ses obsèques et dépêcha des commissaires auprès de la Commune pour demander une tenture aux trois couleurs en vue de ces funérailles. Le Conseil général de la Commune décida de leur donner un caractère solennel, en envoyant une députation du Conseil, maire en tête,, accompagnée du Conseil général du 10 août, et en faisant ligurer à la cérémonie le tableau des morts et des blessés de celte mémorable journée, où Lazowski, comme Ton sait, avait joué un rôle important. Le dimanche 28 avril, le corps de Lazowski fut apporté de la section du Finistère à la Maison Commune, reçu au perron par le Maire et déposé au milieu de la salle du Conseil. Le président de la section du Finistère exprima le premier ses regrets, Destournelles prononça l'oraison funèbre du héros du 20 juin et du 10 août, et Lescot- Fleuriot demanda l'adoption de la lille de Lazowski par la Commune, puis le cortège se rendit à la place de la Réunion pour y procéder à l'inhumation. Les Jacobins s'associèrent aux regrets causés par la mort prématurée de Lazowski, et dans la séance du 27 avril, Robespierre fit le panégyrique de sou ami intime, « le père du peuple, héros de la République et de la Liberté ». Dans le parti girondin, l'impression fut toute autre: Lanjuinais,
(I) V. le t. IX île notre Répertoire, n° 542.
xxxvj INTRODUCTION
d;ins une lettre du 2(i avril à ses amis de Rennes, annonce en ces termes la mort « du vertueux ami du vertueux Robespierre » : « Lazowski, chef des bandits qui devaient, le 10 mars, massacrer la Convention, et qui sortit, ce jour, des Jacobins à la lètc de sa troupe, avec Fournier, se rendant aux Cordeliers et à la Municipalité pour les derniers préparatifs de celte bonne œuvre, Lazowski vient de mourir. »
En présence des graves dangers qui menaçaient la patrie, un élan patriotique des plus remarquables se manifesta dans les sections qui rivalisèrent d'ardeur pour envoyer leurs volontaires à l'ennemi et s'imposèrent les plus lourds sacrifices; mais aux sentiments patriotiques qu'elles exprimaient se mêlèrent souvent des objurgations énergiques à l'adresse de la Convention, qui prirent bientôt un caractère inquiétant. Lors de la présentation de leur contingent de volontaires, elles crurent devoir mettre la Convention en garde contre ses ennemis intérieurs, c'est-à-dire les passions, la mollesse, le vil égoïsme, l'intérêt particulier. C'est ainsi que, le 27 avril, la section des Droits de l'Homme déplora hautement les divisions qui régnaient au sein de la Convention et exprima en outre le regret de voir toujours Paris en butte à la calomnie et voué chaque jour à la haine des départements par des hommes auxquels la capitale finissait par refuser sa confiance. Le même langage fut tenu par une députation du faubourg Saint-Antoine qui, suivie d'un Ilot de populaire, se présenta le 1" mai à la Convention. « Mandataires du souverain, déclaraient ces délégués du Faubourg au début de leur adresse, les hommes des 5 et G octobre, 14 juillet, 20 juin et 10 août et de tous les jours de crise sont dans votre sein pour vous y dire des vérités dures, mais que des républicains ne rougissent et ne craignent pas de dire à leurs mandataires. » Ils leur reprochaient ensuite de ne s'être occupés que d'intérêts particuliers, que de dénonciations, d'avoir beaucoup promis et rien tenu, puis, après avoir exposé les mesures qui, aux yeux des trois sections du Faubourg, pouvaient seules sauver la chose publique, savoir : départ de tous les soldats, impôt forcé sur les riches, ils terminaient par cette phrase comminatoire : « Mandataires, voilà nos moyens de sauver la chose publique.. ; si vous ne les adoptez pas, nous vous déclarons, nous qui voulons la sauver, que nous sommes en état d'insurrection » (1).
Taine, selon son habitude, travestit singulièrement les faits; il ne voit dans ces pseudo députés du Faubourg qu'une cinquantaine de bandits inconnus, conduits par un ci-devant tapissier, devenu commissaire
(1) Original signé. Arcli. liai., 0 '255, n° 470.
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do police, qui entraînèrent à leur suite tout ce qu'ils rencontrèrent dans les ateliers et boutiques. L'ancien tapissier auquel il fait allusion est François Musine, qui devint en elFet secrétaire-greffier, puis commissaire de police de la section de Montreuil : celui-ci ne semble avoir participé en rien à la démonstration du 1er mai; il ligure en qualité de capitaine du 8e bataillon de Paris comme signataire de l'adresse présentée le 15 mai à la Convention par les républicains du faubourg Saint-Antoine avant leur départ pour la Vendée (1). L'adresse des délégués du faubourg Saint- Antoine porte, entre autres signatures, celles de Suchot, président; Dautriebe, président par intérim : ce dernier était de la section des Quinze- Vingts.
Pour en revenir à cette adresse, les paroles imprudentes qui en formaient la conclusion causèrent une vive émotion. La Convention déclara qu'elle ne statuerait sur la pétition des prétendus commissaires du faubourg Saint-Antoine que lorsqu'elle aurait entendu une seconde députation qui attendait dans les couloirs. Cette dépulalion, admise dans la salle, désavoua les paroles peu mesurées dont s'était servi l'orateur de la première dépulalion : sur ce la Convention accorda à tous les pétitionnaires les bonneurs de la séance.
Après celle séance tumultueuse, un député Girondin, Lasource, crut devoir remontrer au Comité de salut public le péril auquel la Convention venait d'échapper, accusant le Maire et le Commandant général d'avoir manqué à leur devoir, allendu que ni l'un ni l'autre n'avaient donné avis du mouvement qui s'était produit, bien que la salle se fût trouvée investie pendant la séance par plus de 10,000 bommes. Santerre répondil à ces reproebes en attestant que Paris avait été tranquille, que fréquemment il se portait autant de monde à la Convention qu'il en était venu ce jour, que le peuple s'était comporté avec décence, qu'il n'y avait pas eu la moindre apparence de troubles, quoiqu'on eût paru vouloir provoquer le peuple, lequel était resté calme, en dépit des calomnies et des oulrages.
La situation déjà si critique du parti girondin s'aggravait de jour en jour, on ne comptait plus les attaques sans cesse dirigées contre lui: c'est la section de la Cité qui, à la date du 2 mai, flétrit la conduite exécrable des mandataires infidèles du peuple français et demande que la ville de Paris présente, sous forme d'acle d'accusation, une pétition dans laquelle seront désignés nominativement les contre-révolutionnaires qui au sein
^1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n° 2147. François Musine fut fait prisonnier par les Vendéens, incarcéré à Cliolet où il resta 3 mois prisonnier ; il fut arrêté à son retour à Paris et ne recouvra sa liberté que le 27 vendémiaire an III. (V. le dossier Musine, l;1 4775°').
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de la Convention s'opposent toujours à l'exécution des mesures de salut public proposées par les députés de la Montagne; c'est la section du Faubourg-Montmartre réclamant la mise en état d'accusation de ces hommes dangereux qui, sous le masque d'une feinte soumission aux lois, ne respirent que guerre civile; car, disent les délégués de cette section, si d'un côté les citoyens vont répandre leur sang pour défendre et affermir la liberté, il faut qu'ils aient la certitude que de l'autre on ne leur préparera pas des fers.
Au moment où la Gironde était ainsi attaquée, une autre section osa faire entendre à la Convention un langage tout différent. Aux termes d'une adresse présentée le 5 mai, les citoyens de la section de Bon Conseil, voyant la représentation nationale avilie, livrée à l'infamie, désignée aux poignards des assassins, convaincus qu'il ne pouvait exister de liberté et de république sans respect pour la représentation nationale, avaient senti la nécessité de se rallier autour de la Convention et s'étaient engagés sous la foi du serment à témoigner à tous les députés indistinctement le respect dù à leur caractère, à maintenir la liberté des opinions des représentants du peuple et à ne plus souffrir qu'une poignée d'intrigants, sous le masque du patriotisme, opprimât davantage les bons citoyens grâce à une popularité usurpée (1). Dans sa réponse le président lit l'éloge des pétitionnaires, « qu'on ne voyait pas, dit-il, sans cesse inoccupés et errants dans les places et dans les rues, le patriotisme à la bouche et la rébellion dans le coeur ». La Convention vola la mention honorable, l'insertion au Bulletin et l'envoi aux départements de cette adresse. Mais dans les circonstances où l'on se trouvait, prendre la défense des représentants appartenant au parti de la Gironde était un crime, les pétitionnaires en firent la cruelle expérience. Les délégués de la section de Bon Conseil étaient au nombre de six, entr'aulres Fortin (Jean-Joseph), ancien procureur, président de la section par suite du refus du commandant de la force armée ; François-Louis Sagnier, homme de loi, clerc de Fortin ; Raymond Pagès, sans profession, spéculant à la Bourse; Petil-Coupray, peintre, qui porta la parole au nom de la députation. Un mandat d'amener fui lancé, le S mai, par les administrateurs de Police, Bodson et Michel, contre les sieurs Sagnier et Pagès, mandat qui fut mis à exécution le (i mai, comme l'annonça une lettre de Fortin au président de la Convention, déclarant que c'était par ordre de la Municipalité de Paris. Séance tenante, la
(I) V. la formule môme de ce serment dans l'interrogatoire du citoyen Sagnier, du 8 mai 1793, Arch. nat. , F" 'j775a.
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Convention en vertu d'un décrel ordonna au maire de Paris de rendre compte immédiatement pur écrit des motifs de l'arrestation des eilovens en question. Pache transmit, aussitôt, expédition de ce décrel aux administrateurs du DéparlemenI de Police, les priant de le mettre à même de renseigner la Convention, et renouvela sa demande, le !) mai, par une lettre entièrement de sa main, les invitant à lui faire parvenir le résultat des interrogatoires des citoyens arrêtés, afin de le communiquer à la Convention, si les circonstances l'exigent < I). D'après une lettre des administrateurs de Police, qui procédèrent, le 8 mai, à l'interrogatoire de Sagnier, et le 10 mai, à celui de Pages, lettre que Pache envoya à la Convention, ils n'avaient point connaissance d'arrestation de pétitionnaires de la section de Don Conseil, mais déclaraient que sur une plainte du procureur général syndic Lulier, en raison de propos insultants tenus sur son compte, ils avaient mis en étal d'arrestation le nommé Sagnier, clerc du procureur Fortin, ainsi que le nommé Raymond Pages, celui-ci pour avoir provoqué une rixe dans l'assemblée de la section de Don Conseil : tout cela n'était que faux-fuyants pour déguiser une mesure arbitraire et révolutionnaire. Sagnier, qui était vice-président de cette section, adressa, le 20 mai, une lettre au président de la Convention, où il disait que le véritable motif de son arrestation et de son incarcération dans les prisons de la Mairie était le fait d'avoir présenté la pétition du 4 mai et qu'il ne demandait qu'à comparaître à la barre. Dans un curieux appel adressé par Fortin à ses concitoyens, qu'il appelle « les premiers martyrs du 31 mai », il raconte comment les faits s'étaient passés, et s'exprime en ces termes au sujet du rôle assez louche joué par Pache dans cette affaire : « J'eus le bonheur d'obtenir un décret qui ordonnait au rebelle Pache, maire de Paris, de venir rendre compte de sa conduite à la barre de la Convention ; il n'osa y venir, malgré l'appuy d'une minorité jacobile et factieuse, il préféra de mettre le citoyen Sagnier en liberté » (2).
Dans la soirée du !l mai, le médecin empyrique Jean-François Tranchelahausse, président de la section du Mail, recevant les représentant Sallcngros et Dumont, de la Somme, du nombre des 90 envoyés par la Convention dans les sections pour hâter les opérations du recrutement, leur adressa un discours tout aussi significatif, où il déclarait que la section du Mail voulait que l'autorité toute entière résidât dans la Convention nationale,qu'elle entendait maintenir la représentation une et indivisible, qu'elle
(I) V. le? dossier.? S&gnieï cl Pages-, Arcli. nat., V 47759. {ï) V. le dossier Fortin, Arch. nat., 1" <ifiG3.
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avait juré haine à l'anarchie et de périr toute entière avant de souffrir qu'il fût porlé atteinte aux droits des pères de la patrie. A la suite de ce discours, plusieurs citoyens rappelèrent que la section avait dénoncé à la Convention les tendances de la Municipalité et du Département à s'ériger en dictature, de concert avec les Comités révolutionnaires des sections; la réunion prit fin et les députés se retirèrent, aux cris répétés de « Vive la République! Vive la Convention nationale! A bas l'anarchie! » C'est à celte même date du 9 mai que les citoyens de Bordeaux, dans une adresse à la Convention nationale, manifestèrent toute leur indignation à la nouvelle que 300 représentants du peuple étaient voués aux proscriptions et 22 à la hache liberlicide des centurions; conjurant la Convention et les Parisiens de sauver les députés du peuple, menaçant de s'élancer sur les scélérats qui voulaient troubler Paris et jurant de sauver les représentants de la nation ou de périr sur leur tombeau. Un décret de la Convention, du 14 mai, décida l'impression, l'envoi aux départements et l'affichage dans Paris de l'adresse des citoyens de Bordeaux, rendant ainsi hommage au civisme et au courage des habitants de la Gironde, et ordonna, en outre, à son Comité de législation, réuni au Comité de sûreté générale, de lui faire un rapport sur les complots qui pouvaient menacer la représentation nationale. Comme contre-partie, le même jour, le Conseil général de la Commune résolut d'écrire aux autorités constituées, aux sociétés populaires et sections de Bordeaux pour leur montrer l'erreur dans laquelle les avaient jetés les malveillants qui leur faisaient croire que Paris voulait assassiner les députés de la Gironde, tandis qu'il ne voulait « assassiner que leurs opinions ».
La Commune de Paris s'engageait de plus en plus dans la voie révolutionnaire et prenait de son propre mouvement des décisions ayant un caractère despotique et arbitraire. Déjà, à la date du 2 mai, le Conseil général avait mis en demeure les ministres d'envoyer, dans le délai de 24 heures, la liste des employés de leurs bureaux, afin de vérifier leurs certificats de civisme, et désigné des commissaires chargés de procéder à cette opération; le même Conseil avait également décrété, comme l'on sait, l'établissement d'un impôt forcé de 12 millions sur les riches, mesure inquisiloriale et tyrannique au premier chef; l'arrêté du 13 mai, qui convoqua à l'Cvèché les présidents des sections et un membre de chaque Comité révolutionnaire à l'effet d'établir la liste et d'asseoir l'impôt, souleva des protestations unanimes. La section du Contrat Social, enlr'autres, déclara nettement que, bien que n'entendant point se soustraire aux sacrifices que la République avait le droit d'attendre du patriotisme et de la fortune des citoyens, elle ne pouvait pour son compte s'associer aux décisions qui
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seraient prises dans celle Assemblée. Du reste, cette réunion de l'Ëvèché n'eut point le résultat espéré, puisque Pache et Chaumelle revinrent à la charge et provoquèrent la convocation d'une nouvelle Assemblée qui prendraitdes résolutions conformes à l'opinion de la majorité des sections(l).
Au milieu de mai, la Commiinc, quoiqu'observant en apparence les formes légales, prit L'initiative d'un acte essentiellement révolutionnaire, celui du remplacement de Santerre en qualité de Commandant général do la garde nationale. Voici dans quelles conditions s'opéra la désignation de son successeur : dès le 2 mai, Santerre avait annoncé au Conseil général de la Commune son intention de partir pour combaltre les rebelles de la Vendée et proposé comme successeur le citoyen Malins, chef de division. Le Conseil accorda à Santerre le congé qu'il demandait et remit au lendemain la nomination. Santerre resta en possession de son commandement encore une quinzaine, pendant laquelle se produisit, à la date du 7 mai, l'échaull'ourée des Champs-Elysées, ou plutôt le rassemblement de clercs de procureurs, de commis de marchands, qui firent du tapage et crièrent au f... Marat, Marat à la guillotine. La brutalité avec laquelle cet attroupement de jeunes écervelés sans armes, jugé séditieux cependant, fut réprimé, mécontenta vivement les citoyens (2). Le 17 mai, le Conseil général de la Commune, avisé du dessein de Santerre qui se proposait de quitter Paris le dimanche suivant pour se rendre en Vendée, considérant qu'il serait très dangereux de laisser la force armée un seul jour sans chef, qu'il y avait impossibilité de consulter les sections pour recueillir leur vœu, que les circonstances présentes n'étaient pas moins critiques que celles au milieu desquelles s'élait produit le 10 août, arrêta de procéder séance tenante à l'élection d'un Commandant général provisoire. Soixantequatorze voix sur soixante-quinze désignèrent Servais-Baudouin Boulanger, commandant en second de la section de la Halle au Blé, qui fut proclamé Commandant général et prêta serment le lendemain. L'observateur Dutard, à propos de ce choix, ne trace pas un porlrait bien tlatleur du nouveau chef, « qu'il trouvait un peu suffisant dans le genre sot, et chien couchant auprès de quiconque lui promettrait de l'honneur et de la pâture ».
Celle nominalion en quelque sorte imposée constituait un empiétement sur les droits des seclions parisiennes. Plusieurs d'entre elles, notamment celles du Mail el de la Fraternité, protestèrent cou Ire celle élection, comme illégale et attentatoire aux droits du peuple ; mais ces
(1) V. le t. YIH de notre Répertoire, n° 24G'J.
(2) V. le t. VIII de notre Répertoire, nos 2443, 2444.
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protestations restèrent vaines, et Chaumetto répondit même aux députés de la section du Panthéon-Français que, tant que la patrie serait en danger, la Commune prendrait des mesures promptes et révolutionnaires.
L'acte d'autorité du Conseil général de la Commune coïncida avec un coup de force du Comité révolutionnaire de la section de l'Unité. Celui-ci donna ordre, le 16 mai, de mettre en état d'arrestation les citoyens Legangneur, commissaire de police de la section, Leroux, juge do paix, ainsi que les nommés Porro et Boissieux, soupçonnés de nourrir des projets contrerévolutionnaires, et les fit conduire au déparlement de Police de la Mairie ; la Convention s'en émut, prescrivit au Comité de législation de se faire rendre compte par le Comité révolutionnaire de la section de l'Unité des motifs de ces arrestations et le lendemain lit mettre en liberté le juge de paix Leroux.
La situation devenait de plus en plus critique, la surexcitation des esprits contre les Girondins allait toujours croissant; on peut en juger par le virulent pamphlet qui parut à cette époque sous le titre : Rendez-nous nos
18 francs et f. le camp, sorti de la plume d'un certain Lebois, qui prenait
le qualificatif à' Ami des Sans Culottes et ennemi des J. F., mais qui n'avait rien de commun avec l'accusateur public du Tribunal criminel du déparlement de Paris. Un échantillon du style de ce pamphlétaire permettra de se rendre compte du degré de violence auquel on pouvait atteindre dans
l'exaspération des haines populaires : « Brissot, Pelion, Buzol , s'écriait
Lebois, enfin toute la bande du Marais, qui voulez que la Convention aille
tenir ses séances à Versailles, rendez-nous nos 18 francs et f le camp
bien vite; il est temps, les départements ne veulent plus de vous, ou gare le Tribunal révolutionnaire el l'aimable guillotine »; tel était le refrain qui revenait à la tin de chacun des paragraphes de ce libelle. D'après les rapports de police du mois de mai, ce pamphlet, qui se vendait partout, contribua singulièrement à décrier les députés suspects.
Suivant le témoignage des observateurs chargés de rendre compte à Garât de l'esprit public, au milieu de mai, les mesures révolutionnaires étaient à l'ordre du jour. Voici, d'après les prévisions de l'un de ces policiers, Dulard, prévisions qui ne furent \ as démenties par les événémenls, comment les choses allaient se passer : « La faction, disail-il dans son rapport du 14 mai, vient de former un Comité central des commissaires des 48 sections, qui doivent se réunira l'Evêché pour correspondre avec les sections et la Commune de Paris. Les Comités de surveillance
(I) V. le t, IX d( noire Répcrloiite, n< âï2,
INTRODUCTION sliîj
vonl désarmer un à un tous les suspects, c'est-à-dire la moitié de Paris, et seront les maîtres de la situation; si la Convention laisse substituera son autorité celles des Comités de surveillance, elle n'en a pas pour huit jours. » Tous les agitateurs qui avaient organisé les tentatives insurrectionnelles lin !) mars èl du I'" avril voyaient l'occasion de reprendre leur revanche; les impatients taxaie.il Robespierre de modérantisme ; aux Jacobins, comme ailleurs, tous les jours il était question d'insurrection instantanée et des moyens de diminuer les forces de la Convention en accroissant celles des factieux. On ne se gênait plus pour préconiser les mesures extrêmes : c'est ainsi que le Xi mai, un certain Ceclerc, délégué lyonnais, étant venu se plaindre à la Commune des procédés des journalistes à son égard, déclara qu'on avait le projet d'égorger les patriotes et, déplorant la faiblesse de certains Montagnards, indiqua le seul moyeu de sauver la République : « il fallait à son avis, que le peuple se lit justice, parce que la justice habile au milieu du peuple et qu'il ne se trompe jamais ».
Le premier essai de violence contre la Convention nationale fut tenté par les femmes qui assiégaient les abords de l'assemblée, probablement du nombre de celles qui depuis le 10 mai s'étaient organisées en association républicaine révolutionnaire, siégeant aux Jacobins. Elles prétendaient exiger des députés patriotes la suppression par la Convention des places privilégiées dans les tribunes ; armées de poignards et de pistolets, ces héroïnes révolutionnaires, portant cocardes, toutes laides à faire peur, subissant probablement des influences étrangères, ne voulaient rien moins que la dissolution de la Convention nationale ; leur premier exploit fut, le 23 mai, l'avanie qu'elles infligèrent à Théroigne de Méricourt : l'ayant fouettée outrageusement dans le vestibule même de la Convention, elles la conduisirent au Comité de sûreté générale, mais ne consentirent à la laisser en liberté (pie parce que Maral la prit sous sa protection. Du reste, Théroigne de Méricourt, non moins surexcitée que ces mégères, leur avait dit qu'elle leur ferait mordre la poussière tôt ou lard.
Ce fut dans la soirée du 28 mai que l'insolence de ces femmes dépassa toute mesure : elles prétendirent s'opposer de vive force à l'entrée des personnes munies de caries dans les tribunes de la Convention, au point que le tumulte qu'elles provoquèrent dans les couloirs troubla et interrompit la séance. Lehardy, député du Morbihan, se plaignit de ce que les citoyens des déparlements avaient été frappés et chassés des tribunes par « des êtres vils, le rebut de leur sexe, soudoyés par des êtres plus vils encore ». Le Comité des inspecteurs eut grand peine à rétablir l'ordre. .Mais peu après, un nouveau tumulte se produisit dans l'un des corridors
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conduisant aux tribunes, une femme pénétra de force dans l'une de ces tribunes pour en arracher un jeune homme qu'elle saisit au collet en l'invectivant. A la suite de ces scènes scandaleuses, le président Isnard fit une déclaration, aux termes de laquelle 1rs désordres auxquels on se livrait à la Convention devaient servir de prétexte à une nouvelle insurrection ayant le même but que celle du 10 mars, dirigée contre la Convention par des comités clandestins, qui avaient chargé les femmes de commencer le mouvement. Le policier Dulard tenait un langage identique dans son rapport du 19 mai, où il disait qu'il devait y avoir incessamment un coup terrible et que c'étaient les femmes qui commenceraient « la danse ». C'est alors que Guadet, au nom de la Gironde exaspérée, exposa les dangers qui menaçaient la Convention, déclarant que les conjurés du 10 mars étaient restés impunis, que tout le mal provenait de cette sorte d'insurrection des autorités de Paris contre la Convention, autorités qu'il qualifia d'anarchiques, et il proposa deux mesures d'une gravité exceptionnelle: 1° de casser les autorités de Paris, c'est-à-dire la Commune; 2° de réunir à Imurges les députés suppléants. Le Comité de salut public intervint par l'organe de Barère qui, tout en partageant le sentiment. de Guadet au sujet des autorités de Paris et en reconnaissant les empiétements des sections et de la Commune, estima que la dissolution de ces autorités serait do nature à provoquer l'anarchie, et proposa la nomination d'une Commission d'enquête de 12 membres. La Convention adopta sa manière de voir et déciéta, le 18 mai, la formation d'une Commission de 12 membres, qui serait chargée d'examiner tous les an étés pris depuis un mois par le Conseil général de la Commune et les sections de Paris, de se renseigner sur tous les complots tramés contre la liberté, d'entendre les ministres de l'intérieur et des affaires étrangères, les Comités de sûreté générale et de salut public, sur les faits venus à leur connaissance relativement aux conspirations qui avaient menacé la représentation nationale, et de prendre toutes les mesures à l'effet de se procurer les preuves de ces conspirations et de s'assurer des personnes des prévenus.
Le lendemain de l'établissement de cette Commission extraordinaire, qui est connue sous le nom de Commission des Douze, Pache, désireux de justilier l'assemblée des commissaires des sections, ostensiblement réunis à l'Evêché pour arrêter un mode uniforme et commun d'exécution au sujet des réquisitions, assemblée qu'on représentait comme illégale et s'occupaut de tout autre objet, écrivit au président de la Convention afin d'expliquer que c'était le Conseil général de la Commune qui avait voulu s'entourer des lumières de trois commissaires par section, pour discuter ce mode et contrecarrer les desseins des contre-révolutionnaires répandus
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dans les sections et cherchant à les égarer. La Convention accueillit celle communication sans prendre parti dans la question et décida l'insertion au Bulletin d'un extrait de celte lettre. Quoi qu'il en soit, les accusations portées contre l'Assemblée de l'Evêché n'étaient pas dénuées de fondement; il ressort en effet du procès-verbal de l'assemblée générale de la seclion de la Fraternité, en date du 22 mai, apporté à la Convention le 23, que dans l'Assemblée du Comité central révolutionnaire tenue à la Mairie le dimanche I!' mai, c'est-à-dire le jour même où Pache (entait de justifier cette assemblée, Marino, administrateur de Police, qui présidait la réunion, se permit d'avancer qu'en fait de suspects il n'en connaissait qu'à la Convention et il ne craignit pas de proposer l'arrestation ou plutôt l'enlèvement clandestin des 22 députés, qui seraient transportés dans quelque coin isolé, immolés, et qu'on ferait passer pour avoir émigré. Il est vrai d'ajouter que, suivant l'exposé de la situation de Paris, présenté le 2\ mai par Pache au Comité de salut public, la motion en question ne fut pas discutée et tomba, couverte d'une improbalion unanime (1).
Le scrutin pour l'élection des membres de la Commission des Douze s'ouvrit le 21 mai. Il eut pour résultat la nomination de Boyer-Fonfrède, Rabaut Saint-Etienne, Kervelegan, Sainl-Martin-Valogne, Viger, Gomaire, Bertrand de l'Orne, Boilleau, Mollcvault, Henry la Bivière, Bergoeing et Gardien. La Commission entra immédiatement en fonctions. Dans sa première réunion, elle entendit le compte rendu des commissaires Bergoeing et Viger, qu'elle avait envoyés à la section du Contrat Social, qui tenait ses séances à Saint-Eustache, à l'cllel de rapporter les registres de ses délibérations, lesquels se trouvèrent composés de feuilles volantes; ces commissaires déposèrent les arrêtés pris par le Comité révolutionnaire de cette section du 29 mars au 18 avril (2).
La Commission désirant s'entourer d'avis qui lui permettraient de se rendre compte de la situation et de se renseigner : 1" sur les faits et gestes du Comité central révolutionnaire ; 2° sur la députation des femmes de Versailles ; 3° sur les prédications publiques du nommé Varlet, avait envoyé une convocation au procureur de la Commune, qui répondit par écrit, et au maire de Paris, qui se rendit en personne à l'invitation de la Commission et promit d'envoyer chaque jour un rapport sur la situalion'de Paris. Boyer-Fonfrède lui ayant demandé si les Comités révolutionnaires ne pourraient pas fomenter des troubles, le Maire répondit que la moitié de ces
(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n° 250").
(2) V. le t. VIII de notre Répertoire. n° 2513.
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comités élaienl composés d'hommes sages, qu'il n'en solliciterait pas l'établissement, s'ils n'étaient pas formés, mais que dans le moment actuel leur dissolution pourrait occasionner quelques troubles; il déclara qu'il n'avait jamais cru qu'aucun membre de la Convention, qu'aucun ministre eût couru de dangers, qu'il n'avait jamais eu d'inquiétudes que pour les subsistances et les attroupements, que le nombre des suspects était fort restreint, 10 à 12 (1).
La Commission des Douze continua son œuvre. Un procès-verbal de ses travaux, en date du 23 mai, constate que toutes les sections avaient été mises en demeure d'envoyer les registres de leurs délibérations et qu'un certain nombre de personnes avaient été convoquées pour déclarer ce qu'elles connaissaient des complots tramés contre la liberté cl la représentation nationale, que le Maire et le minisire des affaires étrangères avaient été invités à consigner par écrit les renseignements donnés par eux de vive voix à la Commission, et que, différents avis ayant fait craindre des troubles pour la nuit suivante, le Maire et le Commandant général avaient reçu mandai de prendre à ce sujel les mesures nécessaires (2).
Le Conseil général de la Commune, informé de la démarche de la section de la Fraternité qui, par une adresse présentée le 23 mai, venait de dénoncer à la Convention un complot affreux tendant à égorger les représentants du peuple, puis à faire courir le bruit de leur émigration, et tenant à dégager sa responsabilité, prit un arrêté invitant les rédacteurs et porteurs de cette adresse à fournir les renseignements propres à amener la découverte d'auteurs de complots aussi abominables afin de les livrer le soir même aux tribunaux. La révélation inattendue de ce qui s'était passé dans l'Assemblée révolutionnaire du 19 mai eut son écho dans celles des sections qui n'étaient pas dominées par un esprit de révolte. La section du Mail, réunie en assemblée générale le 21 mai, décida tout d'abord de remettre à la Commission des Douze les procès-verbaux de ses séances du 18 avril au 2i mai, puis de s'enquérir si aucun des membres de son comité avait assisté ou participé aux assemblées tenues, soit à l'Cvèché, soit à la Mairie; elle reçut ensuite une députation de la section de la Fraternité, qui apportait son adresse au sujet du renouvellement des massacres de septembre projeté dans l'Assemblée de la Mairie. Par l'organe de son président, la section du Mail déclara qu'elle recevait avec la plus vive émotion dans son sein les députés d'une section, dont quelques membres avaient eu la gloire d'être
(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n» 2509.
(2) V. le même volume, n° 2517.
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chassés d'un conciliabule obscur où Ton méditait le meurtre, et qui la première avait eu le bonheur de sauver la représentation nationale en dévoilant ces horribles complots (1).
La (Commission des Douze, au début de la séance qu'elle tint le 24 mai, après examen des déclarations qu'elle avait reçues et des pièces qui lui avaient été remises (notamment sur le compte de Varlet par un certain Lavigne de la section du Panthéon Français), prit de graves résolutions (2). Klle décida que des mandais d'amener seraient décernés contre les citoyens Marino et Brichet, administrateurs de Police, Varie!, employé à la Poste, et Hébert, substitut du procureur de la Commune, mandats qui furent envoyés au ministre de la justice, lequel se rendit à la Commission et donna les ordres nécessaires pour leur mise à exécution.
Le ministre de l'intérieur, Garât, homme prudent, n'était point partisan des mesures violentes; dans une conversation qu'il eut avec Rabaut-Saint- Étienne, il lui représenta tout le danger qui résulterait de l'envoi d'Hébert à l'Abbaye pour un article de journal, quand Marat, auquel on pouvait en reprocher bien d'autres, venait de rentrer triomphant à la Convention, acquitté par le Trihunal révolutionnaire et glorifié par le peuple de Paris.
Dans cette séance du 24 mai, la Commission des Douze élabora un projet de décret de sûreté générale, qu'elle lit précéder d'un rapport, qui ne ressemble en rien à celui dont Viger donna lecture ce même jour à la C invention, et qu'il nous parait intéressant de reproduire d'après la minute même du procès-verbal de la Commission.
Voici en quels termes s'exprimait le rapporteur :
« La Commission, désirant de présenter à la Convention nationale un rapport sur les machinations qui se trament à Paris contre la tranquillité et la liberté générale et contre la représentation nationale, a considéré néanmoins qu'elle n'avail pas eu le temps d'avoir des renseignements suffisants, que ceux qu'elle a reçus la mettant sur la voie d'en recevoir d'autres, tous nécessaires, que la publication de ce qu'elle a appris pourrait servir à soustraire les preuves dont elle a encore besoin, et peut-être les personnes donl il pourrait être nécessaire de s'assurer; que cependant les renseignements que la Commission reçoit à chaque instant lui l'ont sentir la nécessité de prendre sur-le-champ des mesures assez vigoureuses pour prévenir des mouvements suscités et pressés par des malveillants, que ces mouvements pourraient troubler la France entière en occasionnant à Paris une foule de maux ; considérant enfin que les causes que la Commission avait déjà découvertes des machinations projetées étaient dans le désordre des assemblées des sections de Paris et dans la négligence des citoyens de se rendre à leurs postes; la Commission a cru devoir relever l'esprit public, réunir la
(1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n° 2524.
(2) Ibid., iv 5 2826-, 2950.
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masse entière des citoyens à ses devoirs et à ses postes, et terminer une partie des désordres qui troublent les assemblées des sections ; en conséquence, elle a délibéré de présenter à l'acceptation de la Convention nationale le projet de décret suivant.
Malgré l'assertion de Marat, suivant laquelle il n'aurait point existé de conspiration contre la Convention nationale, celle-ci adopta le décret en question, édictant un ensemble de dispositions à l'effet de restreindre l'exercice du droit de réunion, obligeant notamment les citoyens à se tenir prêts à se rendre au premier signal au poste qui leur serait assigné par le commandant de chaque section, ordonnant la levée à 10 heures du soir des assemblées générales des sections, dont les étrangers devaient être exclus, chargeant enfin la Commission des Douze de présenter sous peu les mesures le plus efficaces pour assurer la liberté et la tranquillité publique (1).
Bien que resté étranger aux motions incendiaires de la réunion incriminée, Pache éprouva le besoin de s'en justifier et adressage 24 mai à la Convention, une lettre pour expliquer ce qui s'était passé à la Mairie; cette lettre, insérée au Bulletin, fut lue non avant la promulgation du décret, comme le prétend Thiers, mais après, vers la fin de la séance, et par conséquent n'influa en rien sur les décisions prises par la Convention. Pache affirma que, dans celte réunion, il n'y avait pas eu de complot tramé contre la représentation nationale, mais une simple délibération sur la composition de la liste des suspects ; toutefois il fut bien obligé de reconnaître que la discussion s'était égarée et avait dépassé toute mesure, qu'on avait d'abord proposé de s'assurer des gens suspects afin de s'en servir comme otages, puis d'y comprendre ceux des membres de la Convention qui passaient pour méconnaître les intérêts et les droits du peuple, qu'enfin l'on était arrivé au point de déclarer qu'au lieu d'arrêter il fallait détruire ceux que l'on regardait comme des traîtres. Pache avait bien pris soin d'ajouter que, dans une réunion subséquente, il avail fait ('•carter ces motions criminelles et que d'ailleurs il n'avait jamais eu d'inquiétude au sujet de la sûreté personnelle des membres de la Convention. Après la lecture de celte lettre, l'un des membres de la Commission des Douze fit observer que le rapport envoyé à la Commission par le Maire n'était nullement conforme à cette lettre.
Ce fut le capitaine Botot Du Mesnil, commandant la gendarmerie des tribunaux, qui fut chargé par Cohier de mettre à exécution les mandats décernés contre les citoyens Marino, Michel, Brichet et Hébert, ainsi qu'un cinquième mandat contre Varlet; il s'acquitta le jour même de celte
( 1) V. le t. VIII de notre Répertoire, n° 2529.
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mission, procéda à l'arrestation d'Hébert et do Varlet, qui furent conduits à l'Abbaye, mais laissa en liberté Marino et Michel, administrateurs au Département de Police, renvoyés k leurs fonctions, et déclara que quant au citoyen Jiricbet, également administrateur de Vol ice , ce particulier ne s'était trouvé ni chez lui, ni à l'Assemblée générale de la section du Mail. A propos de l'exécution du mandat contre ce dernier, le ministre trouva fort repréhcnsible le gendarme qui s'était permis d'aller le réclamer au sein de l'assemblée de sa section et invita le capitaine Du Mesnil à veiller désormais à ce (pie les ordres d'arrestation fussent exécutés conformément à la loi et avec toute la prudence et le mystère requis.
Avant de parler de 1 effet produit par ces arrestations, il n'est pas inutile de donner quelques détails biographiques sur les individus qui furent l'objet de cette mesure de rigueur :
Jacques-René Hébert, substitul du procureur il'' l;i Commune, rédacteur du journal le Père Duchesne, qui Huit par être lui-même victime des terroristes, est trop connu par ses violences de langage pour qu'il soil nécessaire de lui consacrer une notice.
Jeun Varlet, employé de la Poste, âgé de 27 ans, d'abord membre de la Société des Amis de la Constitution et du Club des Cordeliers, frappé d'exclusion comme brissotin, appartenait à cette catégorie de révolutionnaires qui, pour employer l'expression de M. Hamel [Histoire de Robespierre, t. II, p. 25), ne connaissaient aucune règle, aucun frein, et que l'on désignait communément sous le nom d'Enragés ; c'était un énergumène dans toute la force du ternie, pérorant sans cesse dans les clubs, dans les groupes, dont la présence fut signalée dans la plupart des manifestations révolutionnaires ; il jouera un rôle des plus actifs dans les journées des 31 mai, ici et 2 juin.
Jean-Baptiste Marino, membre du Conseil général de la Commune pour la section de la Montagne, et administrateur au Département de Police, était fabricant et peintre en porcelaines de son métier ; il remplit dillérentes missions en 1793 à Commune- Affranchie et Carrouge (département du Mont-Blanc). Voici le jugement qui est porté sur ce partisan acharné de la Montagne k la date du 12 prairial an II :
« Vif, ardent, juste et humain, il s'est montré depuis le commencement de la Révolution toujours avec les vrais patriotes ; il a aidé à terrasser dans la section et ailleurs les ennemis du peuple et les factions ; partout, il a montré un patriotisme pur et désintéressé ; il a suivi tous les événements de la Révolution ; il voyait souvent Maral ; on dit même qu'il a passé la nuit avec lui, la veille de son jugement par le Tribunal révolutionnaire, et l'a accompagné au sein de la Convention au sortie dudit Tribunal. » Marino, quoique terroriste avéré, fut envoyé à l'échafaud le 29 prairial an II li.
Etienne Michel, âgé de 30 ans, membre du Conseil général de la Commune pour la section de Beaubourg, et administrateur au Département de Police, était fabricant de rouge. Compromis au 9 thermidor, il tenta de se suicider en se portant un coup de couteau. A la date du 13 thermidor, le Comité de sûreté générale ordonna de le transférer de la Maison de l'Humanité (Hôtel-Dieu) à l'hospice de I'Evéché, pour y être
(I) V. le dossier Marino, Arch. nal., V 47743! T. IX.
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soigné comme détenu. Le Comité révolutionnaire de sa section attribua cet acte de désespoir à la lecture d'un papier public qui Qt croire à Michel qu'il stiflisait d'être membre de la Commune pour être mis hors la loi, et il demanda, le 18 fructidor, la liberté provisoire du patriote Michel. Au mois de nivôse an III, en pleine réaction thermidorienne, le même Comité le dénonça comme un terroriste, un Hobespierriste, un buveur de sang, lui reprochant en outre d'avoir abusé de ses fonctions pour dépouiller les prisonniers de leurs bijoux et assignats ; on prétendit même qu'avec le fruit de ses rapines il avait acheté pour jOO.000 francs de biens. On lui prêta également des propos atroces ; on lui aurait, parait-il, entendu dire qu'il voudrait que le dernier boyau des prêtres servît à pendre le dernier des hommes de loi. Le 28 ventôse an III, Michel adressa de la maison d'arrêt du Plessis au représentant Delecroix (probablement Belécloy) un mémoire justificatif, où il déclarait avoir repoussé avec indignation la tyrannie de Robespierre et avoir affirmé ses principes par sa conduite dans la nuit du 9 au 10 thermidor, et il concluait « en demandant punition, si je suit coupable, liberté, si je suit innocent. » (1)
Mathieu-Jean Brichet, de la section du Mail, employé au bureau des assignats aux Messageries nationales, fut nommé, le 1er avril 1793, par Bouchotte commis au bureau des subsistances militaires, et devint le 1er août suivant sous-chef au bureau du personnel des hôpitaux militaires, poste qu'il conserva jusqu'au 14 ventôse an IL II était l'un des membres du Comité de salut public de la section du Mail, où son arrestation fut annoncée, le 2;i mai, en ces termes : « Une inculpation foudroyante a été lancée hier contre un de nos collègues; le citoyen Brichet, membre de ce Comité, a été hautement dénoncé, dans l'assemblée générale de la section, comme ayant donné dans les assemblées tenues à la Mairie des listes de proscription, sur lesquelles étaient portés une multitude de citoyens de la section et un nombre de députés à la Convention nationale. Cette dénonciation a été corroborée par l'arrivée d'un gendarme porteur d'un mandat d'amener le citoyen Brichet au Comité des Douze de la Convention nationale. » En conséquence le président Barry proposa, et le Comité révolutionnaire de la section décida qu'en raison de cette dénonciation et de ce mandat d'amener contre le citoyen Brichet, le Comité s'interdirait dans l'exercice de ses fonctions toutes communications directes ou indirectes avec lui.
Le rôle joué par Brichet lors des journées révolutionnaires des 31 mai, Ier et 2 juin, est caractérisé par le certificat suivant que lui délivra le Comité révolutionnaire de sa section, à la date du 24 septembre 1793, lorsqu'il quitta la section du Mail pour habiter celle du Mont-Blanc, où il se proposait d'aider les patriotes à purger le sol de la liberté des intrigants, des fédéralistes, des muscadins et des royalistes, sous quelque forme qu'ils se présentassent :
« Le Comité déclare qu'il a toujours vu le citoyen Brichet animé de toutes les vertus républicaines, que, depuis I7S9, il a été constamment l'ennemi juré de l'aristocratie, des Lafayetle, des Dumouriez, des Custines, des Ballet, des Feuillantins, des royalistes, des fédéralistes, des muscadins, en un mot des intrigants de toutes espèces et de toutes les couleurs, qu'il a toujours employé tous ses moyens pour déjouer tous les projets liberticides des Brissotins, Cirondins et de la ligue infernale qui croissait au Marais; que notamment sous sa présidence du 10 août il remit la section au pas par son énergie; que sous sa présidence du 31 mai 1793, cette même énergie, loin d'être atlaiblie par les menaces des malveillants, par l'assassinat commis sur sa personne au milieu de l'assemblée générale, en présence de 4 officiers municipaux, en a acquis une nouvelle force: qu'à cette époque sa fermeté républicaine a beaucoup contribué
(1) V. le dossier Michel, Arch. nat., F1 î774;i ;
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h régénérer la section du Mail et a mérité au Sans-culotte Brichet le titre glorieux d'enragé Maratiste et un mandat d'arrêt de la Commission inquisiloriale des Douze, pour avoir demandé au Comité formé à la Mairie, le jour de la Pentecôte, l arrestation, dans la nuit, des M députés à la tête de la faction des hommes d'Etat.
« Arrête en outre qu'il en sera délivré deux copies au patriote Brichet, <|ui les signera devant nous. »
Malgré ces attestations (laiteuses qu'il obtint en qualité de Maratiste et de terroriste, Brichet fut condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire, le 21 messidor an II (I).
L'arrestation d'Hébert fut nolitiée par les citoyens Mennessier, Simon, Berget et Caillieux au Conseil général de la Commune, qui réuni d'urgence, dénonça à la Convention l'attentat dont venait de se rendre coupable la Commission dos Douze en procédant à l'arrestation de ce citoyen, recommandable à la fois par ses lumières et ses vertus civiques, et demanda qu'Hébert fût rendu à ses fonctions ou promptement jugé.
Les sections de Paris unirent leurs protestations à celle de la Commune; la section du Temple, par délibération du 25 mai, prit l'initiative d'une réunion des commissaires des sections à la salle de l'Egalité, où devait être rédigée une pétition à la Convention à l'effet de connaître les motifs de l'arrestation d'Hébert et de Varlel, dont le patriotisme était incontesté, et d'obtenir leur mise en liberté provisoire. La plupart des sections envoyèrent, les 25 el 20 mai, des commissaires; celle du Faubourg- Monlmarlre prolesta formellement contre l'allentat à la souveraineté du peuple commis par la Commission des Douze, tant par l'enlèvement forcé el arbitraire des registres de délibérations des sections, que par l'arrestation illégale, violente et injuste de magistrats du peuple, bonorés de sa confiance, dans l'exercice de leurs fonctions, et décida qu'elle se transporterait à la Convention pour exprimer son vœu de voir anéantir la Commission despotique et contre-révolutionnaire des Douze, et pour réclamer la mise en liberté d'Hébert ainsi que celle de tous les patriotes arrêtés depuis quelques jours. Elle déclara en même temps que ses registres ne seraient compulsés par aucune Commission et que si la Convention, par un nouveau décret en exigeait la communication, la section toute entière les porterait à la Convention el les remporterait de même, comme étant le dépôt sacré de l'exercice de la souveraineté, à titre de fraction du peuple souverain. La section du Marais, elle aussi, non contente de dénoncer l'arrestation illégale d'Hébert, résolut de demander à la Convention la cassation de la Commission des Douze, comme ayant outrepassé ses pou-
(I) V. te tenter Biichel, Arcli. nat., F7 4<>n.
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voirs et fait éclater à tous les yeux son inutilité, puisqu'il n'y avait eu ni conspiration ni conspirateurs, suivant tous les renseignements recueillis jusqu'à ce jour.
Sur ces entrefaites Pache crut, par une lettre en date du 25 mai, devoir protester contre les propos que lui prêtait la Commission des Douze, d'après lesquels il aurait annoncé un soulèvement très prochain dans Paris, et il expliqua que, selon toute apparence, les propos en question étaient empruntés aux rapports sur l'esprit public à Paris, faits à l'administration de Police par ses préposés, rapports qu'il envoyait régulièrement au Conseil exécutif, au ministre de l'intérieur et au Comité de salut public. Le rapport visé par Pache, en date du 23 au 2i mai, qu'il avait communiqué à la Commission des Douze, renferme en effet un passage qui avait donné lieu à cette interprétation abusive: « La désunion entre quelques membres de la Convention, d'un côté, l'excessive cherté des denrées, de l'autre, sont les principales causes de la fermentation du peuple, qui se lasse de se plaindre à mi-voix..., et on ne peut se dissimuler que 1^ soulèvement ne soit inévitable et très prochain, si l'on ne prend les mesures les plus efficaces pour soulager le peuple. » La Convention décréta, le 27 mai, l'impression, l'affichage et l'insertion au Bulletin de la lettre du maire de Paris, ainsi que de la déclaration contenue au rapport adressé par le Maire à la Commission des Douze, et renvoya le tout à cette Commission.
Pendant que la Convention s'endormait dans une trompeuse sécurité, le mécontentement populaire grandissait et le moment d'une explosion se rapprochait de plus en plus. Les rapports de police de cette époque ne laissent aucun doute à cet égard : « Tous les esprits, y disait-on, sont agités de manière à faire regarder un grand mouvement comme très prochain. Les groupes sont plus multipliés que jamais, et l'on ne peut se dissimuler que l'on touche au moment d'une nouvelle insurrection, à moins que les mesures que se proposent de prendre les sections n'aient leur efficacité. Les citoyens mis en état d'arrestation par la Commission des Douze sont la matière de toutes les conversations et l'objet de toutes les discussions des sociétés populaires et des sections. On traite le mode à employer pour engager la Convention à rendre la liberté à ces citoyens, et il y aura un parti qui sera peut-être extrême, si la Convention persiste à refuser d'entendre les pétitionnaires. » En effet, l'un des observateurs de Garât, Dutard, dans son rapport du 27 mai, parlait de nombreuses motions plus ou moins incendiaires faites à ce sujet sur la terrasse des Tuileries. Dutard entendit également, ce jour-là, Dorat-Cubières discourir à la Commune sur le traitement infligé à Hébert et Varlet, qu'on avait mis dans un grenier à tous les vents, où deux grabats étaient occupés par des
INTRODUCTION liij
généraux traîtres, c'est-à-dire par des scélérats, et les deux autres par Hébert et Varlet, c'est-à-dire par des honnêtes gè'hs.
La Commission des Douze non seulement ne voulait point reconnaître qu'elle avait commis une grave imprudence en procédant à l'arrestation d'Hébert, mais encore elle persévérait dans les mômes errements; au cour? de la matinée du 27, elle envoya au ministre de la justice deux nouveaux mandats d'arrêt contre Claude-Emmanuel Dobsen, président de la section de la Cité, et Protaix, secrétaire de cette section, à raison du refus formel de communiquer les registres de leur section. Ces mandats ne furent mis à éxecution que très tard dans la soirée; ces deux citoyens furent écroués à l'Abbaye à 1 1 heures du soir, parce que ni l'un ni l'autre ne s'étaient trouvés chez eux dans la journée. Le lendemain matin, la section de la Cité réclama ces victimes d'un nouveau despotisme, dont l'arrestation avait été opérée nuitamment, au mépris de tous les principes; elle déclarait à cette occasion que les ennemis du peuple siégeant à la Convention avaient calomnié la ville de Paris auprès des déparlements, qui approuveraient au contraire les saintes insurrections des citoyens inculpés, et elle adjurait la Convention de punir la Commission infidèle, coupable d'actes arbitraires, et de la traduire au Tribunal révolutionnaire. Cette démarche de la section de la Cité occasionna une vive agitation et après une réponse imprudente du président Isnard, provoqua une déclaration de Danton, d'abord contre la Commission des Douze, qui opposait aux meilleurs citoyens les armes réunies entre ses mains et arrachait à leurs fonctions les magistrats du peuple, puis contre la Convention qui persistait à retenir dans les fers des citoyens dont le seul crime était un excès de patriotisme. Cette séance de la Convention avait amené une aflluence inusitée de peuple, les avenues de la salle étaient obstruées, les couloirs remplis d'hommes et de femmes qui empêchaient l'entrée et la sortie des députés.
La Commission des Douze se crut en droit, comme mesure de salut public, de requérir la force armée et fit appel aux sections bien pensantes, voisines de la Convention (celles de 1792, du Mail et de la Bulte-des- Moulins) auxquelles fut demandé un contingent de 800 hommes, qui vint occuper les portiques et avenues de la salle, sous les ordres de Raffet, commandant du bataillon de la Butle-des-Moulins. Celui-ci, interrogé par le président de la Convention au sujet de ce déploiement de forces inusité, exhiba deux ordres, l'un de Vincent, chef de la 2e légion, l'autre de Lapierre, adjudant général provisoire, lui enjoignant de tenir prêts les hommes demandés par la Commission des Douze. Pache, qui avait d'abord donné son adhésion, se ravisa et invoquant les décrets des 18 et 24 mai, où il ne se
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trouvait aucun article qui autorisât la Commission à disposer de la force armée dans Paris, la pria de vouloir bien s'abstenirou de faire rendre un décret.
C'est alors que l'on voit entrer en scène le minisire de l'intérieur, toujours optimiste, qui rendant compte à la Convention de la situation de Paris, des mouvements qui l'agitaient, des groupes nombreux qui entouraient la salle, se crut fondé, dans un aveuglement étrange, à affirmer que la représentation nationale n'avait absolument rien à craindre; le maire de Paris, de son côté, abonda dans le même sens et assura que les différents rassemblements qui se trouvaient autour de la salle n'étaient composés que de commissaires des 48 sections, s'ocrupant des pétitions relatives aux arrestations ordonnées par la Commission des Douze.
Pache avait dit vrai en annonçant que plusieurs sections étaient venues pour protester contre les agissements de la Commission des Douze; celle de la Croix-Rouge, porte-parole de beaucoup d'autres, réclama l'élargissement d'Hébert et de tous les patriotes incarcérés, ainsi que la cassation de la Commission des Douze, qui, cà peine formée, n'avait dirigé ses coups que contre les véritables amis de la Liberté, protestant en particulier contre l'arrestation du président et du secrétaire d'une section, coupables seulement d'avoir signé les procès-verbaux de leurs délibérations, et rappela que la Déclaration des Droits de l'Homme consacrait le droit de tous les citoyens de résister par la force à toute arrestation nocturne. La section des Gravilliers dans son adresse à la Convention ne lui ménagea pas les reproches. Depuis 8 mois, disait-elle, la Convention donne à l'Europe étonnée le spectacle de la division, des passions les plus honteuses; et elle conjurait les députés de la Montagne de sauver la patrie, les qualifiant de lâches et de traîtres, s'ils le pouvaient et ne le voulussent pas, et déclarant que, s'ils le voulaient sans le pouvoir, 100,000 bras étaient armés pour leur défense. Sous cette pression des sections, la Convention, présidée par Hérault de Séchelles, rendit un décret ordonnant la mise en liberté immédiate des citoyens incarcérés par la Commission des Douze, supprimant cette Commission et chargeant le Comité de sûreté générale d'examiner la conduite des membres qui la composaient. Dans celle même soirée du 27 mai, parvint au président de la Convention une lettre de la Commission, où voulant parer le coup qui la menaçait, elle déclarait que, tandis qu'elle s'occupait de la sùrelé de la Convention et de Paris, on la calomniait, on cherchait à la dissoudre, et elle demandait que la Convention ne prononçât rien avant d'avoir entendu son rapport, ajoutant qu'on projetait de l'attaquer au lieu de ses séances, mais que ses papiers étaient en sûreté, que la Convention pouvait la casser, mais qu'elle n'avait rien à se reprocher envers la patrie.
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Col important rapport, que Habaut de Saint-Etienne devait lire à la Convention, est resté dans les papiers de la Commission. Elle exposait qu'elle s'était assurée de l'existence d'un grand complot pour dissoudre la Convention nationale et que son attention s'était portée sur des écrits distribués journellement à Paris en vue d'égarer le peuple et de l'exciter à la violence; que, parmi ces écrits, il on était un plus répandu que les autres, dont le style familier, indécent el bas, avait des attraits pour un certain nombre de lecteurs, la feuille du Père Duehesne, dont le substitut du procureur de la Commune passait publiquement pour être l'auteur, qu'après examen de quelques numéros, la Commission avait cru devoir décerner un mandat d'amener contre le citoyen Hébert, qui avait reconnu les faits, mais n'avait donné que des justilications insuffisantes; elle observait qu'il était impossible de ne pas trouver matière à suspicion, quand on voyait un magistrat du peuple désigner h la vengeance populaire une classe de députés, signalés sous un nom inventé par la proscription, et déclarait enfin qu'elle avait cru devoir maintenir l'arrestation d'Hébert, laquelle lui semblait on ne peut plus motivée, alors qu'on pouvait compter par centaines les arrestations ordonnées par le Comité de sûreté générale et par milliers celles commandées par les commissaires de la Convention dans les départements.
Comme l'on sait, le décret supprimant la Commission des Douze avait été rendu très avant dans la soirée du 27 par une centaine de députés à peine, confondus avec une masse de pétitionnaires; aussi, le lendemain, Lanjuinais fit remarquer que le décret rendu dans de semblables conditions devait être considéré comme nul. L'Assemblée décida de voter par appel nominal sur la question de savoir si le décret de suppression serait rapporté ou non. Une majorité de 279 voix se prononça pour le retrait du décret. Pendant que l'existence même de la Commission était mise en discussion, elle restait dans l'expectative et décidait de surseoir aux poursuites en lamées contre un particulier suspect, arrêté par la section du Finistère pour avoir proposé la dissolution de la Convention ; mais ayant appris à 7 heures du soir qu'elle venait d'être prorogée par décret de la Convention, elle reprit l'instruction commencée et se fit amener à minuit et demi l'individu en question à l'effet de procéder à son interrogatoire, au cours duquel par une emphase un peu dérisoire, elle se vit qualifiée par ce suspect de fameux comité révolutionnaire
Tout en rétablissant la Commission des Douze, la Convention ordonna la mise en liberté immédiate des citoyens emprisonnés par ordre de cette Commission, ce qui eut lieu le soir même ; l'élargissement des prisonniers produisit la plus vive sensation : on les revit, disent les rapports de police,
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avec L'enthousiasme qu'excite dans l'âme du patriote le triomphe de l'opprimé. Le premier acte d'Hébert rendu à la liberté fut de se présenter à la séance du Conseil général de la Commune, où il fut accueilli par de chaleureux applaudissements et reçut les embrassements de ses collègues cl de tous les présents ; Chaumette lui remit au nom des patriotes une couronne qu'Hébert plaça sur le buste de Brutus, attendu, disait-il, que les vivants n'avaient droit qu'à des encouragements. Yarlet rentra triomphalement dans sa section, celle des Droits de l'Homme, suivi d'une femme portant une branche de chêne que l'assemblée fit déposer à côté du buste de Le Peletier.
Chaumette proposa et le Conseil général de la Commune adopta une adresse à l'effet d'exiger un sérieux examen de la conduite de la Commission des Douze, pour déférer ses membres aux tribunaux, voire même au Tribunal révolutionnaire. Comme l'on voit, la Commune de Paris, tout en ayant obtenu satisfaction dans une certaine mesure, ne désarmait point à l'égard de la Commission des Douze, pas plus d'ailleurs que la plupart des sections; celle des Arcis présenta le même jour au Conseil général de la Commune, puis à la Convention une adresse aux termes de laquelle, après avoir demandé l'explication de ces paroles menaçantes (prononcées le 2;> mai parle président Isnard) : On cherchera sur quelles rives de la Seine Paris existait, elle déclarait que !e peuple de Paris n'entendait pas avoir abattu un despote, le dictateur Lafaye lté, pour en accepter douze autres, des hommes perdus dans l'esprit public, mandataires infidèles qui ne possédaient plus sa confiance, adjurant les patriotes de la Convention de condamner les grands coupables qui siégeaient parmi eux. La section de l'Unité exhorta pareillement la Convention à décréter d'accusation la Commission des Douze et à la livrer aux jurés des 86 départements. Celle de la Cité, en présence des arrestations arbitraires des patriotes qui se multipliaient depuis quelque temps, se déclara en permanence et invita les autres sections à se réunir fraternellement dans son sein, le 29 mai, à 4 heures, pour délibérer en commun sur les moyens propres à faire triompher le patriotisme, la liberté et l'égalité ; son arrêté fut communiqué à la fois aux 47 sections et au Club central assemblé à l'Evèché. C'est à ce moment, selon toute apparence, que furent jetées les bases de la Commission révolutionnaire qui allait fonctionner au grand jour, telles qu'elles figurent dans un projet d'organisation très étudié, faisant partie des papiers du Comité central révolutionnaire.
Malgré les attaques violentes dont la Commission des Douze était l'objet et quoiqu'elle sentit bien que ses heures étaient comptées, elle continuait à tenir ses séances et à remplir la mission qui lui avait été confiée par la
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Convention; le 30 mai, elle convoqua d'urgence le ministre de l'intérieur, invita le maire de Paris à prendre les mesures nécessaires pour empêcher l'effet des motions incendiaires présentées à l'Assemblée de l'Evèché, et lit connaître au président de la Convention les déclarations verbales qu'elle avait reçues sur co qui s'était passé à la section de la Cité, présidée par .Maillard, où fort avant dans la nuit avaient été discutées diverses motions contre la tranquillité publique et la sûreté de la Convention nationale.
Le dernier acte d'autorité de la Commission des Douze, signalé immédiatement par Dourdon de l'Oise, fut l'envoi d'une réquisition militaire au commandant du poste de la Convention, afin de placer à l'hôtel de Breteuil, où elle tenait ses séances, une force suffisante pour sauvegarder ses papiers.
Lors de la séance qu'il tint dans la matinée du 31 mai, le Comité de salut public proposa un peu tardivement de décréter que la Commission des Douze serait entendue, qu'elle rendrait compte des arrêtés pris par elle, des mandats d'arrêt et d'amener qu'elle avait décernés, ainsi que de ses réquisitions directes de la force armée. A l'heure où cette délibération était prise, la parole était au peuple souverain, la Convention était obligée de s'incliner devant sa volonté et de décréter la suppression pure et simple de la Commission des Douze, ainsi que le dépôt de ses actes et papiers au Comité de salut public.
Dans les derniers jours de mai, les événements se précipitaient et prenaient une tournure de plus en plus menaçante; lorsque fut rapporté le décret qui supprima une première fois la Commission des Douze, Ton entendit tenir publiquement des propos qui dénotaient une profonde irritation : Les demi-mesures, disait-on dans les groupes, ont toujours perdu le peuple, on n'a que trop épargné le sang; la journée du 10 août reste encore à faire ; il faut une bonne fois que tout cela finisse et que les nouveaux tyrans et leurs satellites tombent une seconde fois sous le fer du peuple, la moitié de Paris périra, s'il le faut, pour sauver l'autre elle reste de la République. L'un des observateurs de Garât (Latour-Lamontagne) proclamait que « tout ce qu'il voyait, tout ce qu'il entendait, semblait présager un mouvement très prochain, dont les suites seraient incalculables; il régnait, ajoutait-il, un mécontentement général qui annonçait une explosion terrible...; il n'est pas douteux que les partis sont sur le point d'en venir aux mains et d'ensanglanter le sol de la liberté ». Pour parer le coup, le Conseil général du Département prit, le 29 mai, dans la salle des Jacobins, l'initiative de convoquer pour le vendredi 31 mai, à 9 heures du matin, toutes les autorités constituées du Département et les sections de Paris, pour délibérer
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sur les mesures de salul public qu'il convenait de prendre à l'ell'et de défendre la liberté et l'égalité fortement menacées et sur les moyens à employer afin de repousser les calomnies répandues contre les citoyens de Paris et détruire le complot évidemment formé de perdre la ville de Paris en lui aliénant tous les départements, et il invita en conséquence les sections de Paris à nommer chacune deux commissaires. La Commune de Paris, dans sa séance du 30 mai, s'associa à celle démonslration en adressant de son côté la même invitation aux sections; néanmoins, par ignorance feinte ou réelle de ce qui se passait, le procureur de la Commune ayant annoncé qu'il y avait une assemblée qui se tenait à l'Evèché et qui paraissait donner lieu à des bruits inquiétants, le Conseil nomma quatre commissaires pour s'y transporter et s'informer des opérations de cette assemblée. Le .Maire, qui s'était rendu en personne h l'Evèché pour se rendre compte de la situation, ne larda pas à èlre édifié : il revint en disant qu'il s'était fait représenter les arrêtés de cette assemblée, desquels il résultait que les citoyens réunis, malgré toutes ses observations, s'étaient mis en insurrection. Effectivement l'Assemblée générale révolutionnaire, après avoir procédé à la vérification des pouvoirs illimités donnés par 89 sections à leurs commissaires pour sauver la chose publique, avait arrêt»' tout d'abord que la ville de Paris se déclarait en état d'insurrection contre la faction aristocratique et oppressive de la liberté, et décidé, comme première mesure révolutionnaire et de sûreté publique, que les barrières do Paris seraient fermées à l'instant, et qu'à cet effet les hommes du 14 juillet et du 10 août se mettraient eux-mêmes en élat de réquisition; de plus, que l'Assemblée générale révolutionnaire pour les mesures de salul public siégerait en permanence dans une salle de l'Evèché, enfin que les commissaires s'étaient juré aide et assistance mutuelle contre les actes arbitraires, tyranniques et attentatoires à la liberté individuelle. Cet arrêté fut notifié séance tenante par une députalion au Conseil général de la Commune, qui fit une dernière tentative d'apaisement et ordonna d'afficher dans toutes les sections une proclamation où il rappelait la convocation des autorités constituées aux Jacobins et déclarait que toute mesure qui devancerait celles qui devaient èlre prises dans cette assemblée pourrait devenir funeste. C'était peine perdue, le groupement révolutionnaire était définitivement formé et devait bientôt affirmer son activité.
Il nous semble intéressant de montrer d'après un document d'une authenticité incontestable, resté dans les papiers de l'un de ceux qui jouèrent un rôle décisif dans les journées des 31 mai, 1 et 2 juin, comment procéda l'Assemblée de l'Evèché pour constituer le Comité central révolutionnaire qui allait diriger les événements, et de quels éléments se trouva
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composé ce Comilé(l). Ce fut dans la nuit du 30 au 31 mai que prit naissance un premier Comité, dit le Comité dos neuf, composé de Varlet (section des Droils-de l'Homme), de Gusman (section des Piques), de Bonhommet (section de Bon-Conseil), de Simon et de Wendling («pie l'on appelle Vanglain) (section de la Ilalle-au-Blé), de Mithois (section de l'Unité), de Laurent (section de Marseille), de Dobsen (section de la Cité), de Fournerol (section des Quinze-Vingls), auxquels furent adjoints Clémence (section de Bon-Conseil) et Leboursicr (section de la Béunion) (celui-ci ne figure plus sur la liste définitive). A ce Comité de la première heure fut adjoint un second Comité dont les membres reçurent leur mandat, le 34 mai, à 5 heures aux Jacobins, des autorités constituées du Département, ainsi que des commissaires des i8 sections et des communes de tout le Déparlement, investis de pouvoirs illimités. Ce furent Clémence (section de Don-Conseil), Loys et Seguy (section de la Dutte-des-Moulins), Dunouy (section des Sans-Culottes), Bouin (section des Marchés), Laugier (section de la Fontaine-de-Grenelle), Marchand (section du Mont-Blanc), Bezot (canton d'Issy), Housselin (section de l'Unité), Crespin (section des Gravilliers), Auvray. commandant du bataillon de la section du Mont- Blanc, Moessard (section du Mail). Ces indications sont absolument conformes à celles que donne l'arrêté pris par l'assemblée des autorités constituées du Département et des commissaires des 48 sections, sauf que cet arrêté omet le nom de Loys. A ces noms le Conseil général de la Commune crut devoir ajouter ceux de Hassenfratz, de la section du Faubourg-Montmartre, de Damour, Caillieux, Marino et Perdry, adjonction, qui, comme le fait observer Clémence à la fin do son tableau, n'avait pas le sens commun par rapport aux circonstances.
Suivant un témoignage rapporté par 'Paine, mais qui ne mérite pas d'être pris au sérieux, sept étrangers, sept agents du dehors, Desfieux, Prolv, Pereyra, Dubuisson, Gusman, les doux frères Frey furent par la Commune érigés en Comité d'insurrection. Aucun de ces noms, à part celui de l'espagnol Gusman, ne figure parmi ceux des membres du Comité central révolutionnaire.
On possède dans les papiers du Comité central révolutionnaire une liste officielle dos membres de ce Comité au nombre de 35, signée de Marquet, président, et de Tombe, fils aîné, secrétaire-greffier, et accompagnée de cette mention en marge: « Bon pour 800 affiches, dont 100 pour le
(1) Note conservée dans lu dossier de Clémence (F" 4649) »t>u.-> l'intitulé ; Comité central révolutionnaire du département de Paris, composé du Comité des Neuf, assemblé à l'Evéché dans la nuit du 30 au 31, et des membres ensuite nommés le lendemain aux Jacobins par les autorités constituées du Département en entier.
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Comité » ; cette liste donne, en regard des noms des commissaires, ceux des sections qui les avaient envoyés.
A part les noms de Varlet, Dobsen et Rousselin que nous avons déjà rencontrés dans des manifestations révolutionnaires, on n'y trouve aucun nom connu : on ne peut guère signaler que ceux de Baudrais, Caillieux, Dunouy, Duroure, Seguy et Simon, membres du Conseil général de la Commune, et celui de Hassenfratz ; par contre on n'y voit point les noms des agitateurs qui avaient fait parler d'eux lors des événements de février et mars, tels que Desfieux et Fournier.
Voici le tableau complet des membres du Comité central révolutionnaire, avec l'indication des sections auxquelles ils appartenaient, qui fut probablement imprimé et placardé lors du 31 mai. Nous avons joint à chaque nom une notice biographique qui a été établie à l'aide des dossiers existant aux Archives nationales.