LISTE DES MEMBRES DU COMITE CENTRAL REVOLUTIONNAIRE
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Portier et Marotte
INTRODUCTION
des Cordeliers, du 23 mai, relativement à l'arrestation faite dans la nuit du 24 des citoyens Hébert et Varlet, apôtres de la Liberté, pour avoir émis Librement leurs opinions dans leurs discours et dans leurs écrits; quatre extraits des registres de l'Assemblée électorale, en date du 13 mai, contenant mention de la satisfaction avec laquelle elle a entendu la lecture d'un projet de Déclaration des Droits-de-l'Homme, de la composition de Varlet ; 5° discours prononcé à la tribune du Jardin National, lors duquel il s'est déclaré accusateur d'une faction dans la Convention nationale, dont Brissot et Roland étaient les chefs. Le 22 brumaire, le Conseil général de la Commune, informé que le patriote Varlet était toujours prisonnier, délégua Hébert et Bernard pour solliciter sa mise en liberté. Le Comité révolutionnaire de la section des Droits-de-l'Homme, après enquête, déclara qu'il reconnaissait Varlet pour un vrai républicain, qui d'ailleurs jouissait d'une certaine aisance, puisqu'il possédait un revenu de 3,800 livres, tant de son bien que de son emploi aux Postes, et insista pour sa mise en liberté, que le Comité de sûreté générale accorda le 24 brumaire. Le Ci fructidor an II, Varlet fut dénoncé pour avoir manifesté des sentiments hostiles au gouvernement révolutionnaire, notamment pour avoir dit au sujet des conventionnels dénoncés par Lecointre, qu'ils étaient tous coupables, « ayant bu à la même coupe que Robespierre » ; par arrêté du Comité de sûreté générale du 19 fructidor, il fut incarcéré au Plessis. Le 20 ventôse an III, Varlet, toujours au Plessis, dans une pétition aux mandataires du peuple, invoqua comme litre d'avoir été appelé par les pouvoirs illimités du peuple souverain au Comité d'insurrection du 31 mai, demanda à être jugé et à être conduit à la mort, déclarant « qu'il ne la bravait pas, ne l'atfrontait pas, mais ne la craignait pas ». Le 4 floréal, Varlet, pour réponse à sa requête, fut transféré à la Force, d'où il adressa à la Convention nationale un mémoire justificatif, puis envoyé a la Conciergerie ; le 23 prairial, le Comité de sûreté générale décida son envoi avec d'autres agitateurs aux cabanons de Bicêtre, jusqu'à ce que la police eût trouvé des maisons d'arrêt où ils pussent être conduits et gardés en sûreté. Il dut être relâché en brumaire an IV, car par arrêté du 13, le Comité de sûreté générale ordonna la restitution de ses papiers. (Dossier Varlet, F7 4773*°.)
4° Bonhommkt Bon Conseil.
Bonhommet (Louis-François), âgé de 37 ans, né à Ftampes, marchand de jouets d'enfants, rue Saint-Denis, l'un des électeurs de la section de Bon-Conseil, fut membre de la Commune du 10 août, démissionna à la fin d'octobre, fut envoyé en mission à l'armée du Nord par le Comité de salut public, et resta 23 jours à Péronne ; il passait pour être « l'un des fameux agitateurs de la section Bon-Conseil », sujet d'épouvante pour les honnêtes gens, et pour l'auteur de beaucoup de coquineries. Mis en état d'arrestation le 8 frimaire an II, il fut interrogé par les administrateurs de Police au sujet de ses relations avec Desfieux, Proly et Pereyra, et des complots liberticides que ceux-ci auraient tramés, mais fut relâché, la perquisition dans ses papiers n'ayant rien fait trouver de suspect. Il subit un nouvel interrogatoire au Comité de sûreté générale au sujet de Loys, de la section de la Butte-des-Moulins, son collègue au Comité central révolutionnaire. (Dossier Bonhommet, F7 4C07.)
S" Génois Amis de la Pairie.
Génois, après avoir fait partie du Comité central révolutionnaire, devint l'un des membres du Comité de salut public du Département. A la suite des événements de prairial, il fut chassé de sa section et incarcéré en vertu d'un mandat d'arrêt du 1er prairial ; il sollicita sa mise en liberté au Comité de sûreté générale, qui fit droit à sa requête le 23 fructidor an III. (Dossier Génois, F7 4721.)
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INTRODUCTION
fi" Loys Bullc-des-Mouliiis.
Loys (Jean 'Baptiste), âgé de 30 ans, né à Arles, demeurant rue française, section de Bon Conseil, était l'ami intime de Clémence et de Marchand, comme le montre une lettre qu'ils lui écrivirent le 22 thermidor, de Sainte-Pélagie, où ils étaient détenus. II s'était mi» dans le commerce, peu après son mariage, et devait s'installer à Fontainebleau. Le 2 vendémiaire an III, les représentants Rovère, Le Blanc (de Serval) et Fréron le dénoncèrent au Comité de sûreté générale pour avoir proposé à Fréron, lorsque celui-ci se trouvait à Marseille, le massacre des détenus dans les prisons, sous prétexte de remédier aux lenteurs de la justice, pour avoir organisé l'insurrection projetée à Marseille et dénoncée à la Convention par Jeanbon Saint-André, Auguis et Serre, pour n'être qu'un intrigant couvert du masque du patriotisme, pour avoir dénoncé son frère, maire d'Arles, aux Jacobins, comme aristocrate et avoir protégé sa fuite et son émigration par une escorte de dragons de Lorraine, pour avoir également favorisé l'émigration d'un autre de ses frères, qui fut pris, lors de la rébellion de Lyon, les armes à la main en combattant sous les ordres de Précy et exécuté ; les représentants demandèrent son arrestation immédiate: le 3 vendémiaire, Loys fut amené au Comité de sûreté générale, où il subit un interrogatoire au sujet des faits qui lui étaient imputés et de son rôle dans la nuit du 9 au 10 thermidor. Le l*f brumaire, de sa prison, Loys adressa sa justification au Comité de sûreté générale ; il nia toute participation aux troubles de Marseille et déclara que depuis plus de 6 mois il s'était montré l'ennemi de l'infâme liobespierre, que, le 8 thermidor, il se cramponna à la tribune des Jacobins où, pendant deux heures, afin de démasquer le tyran, il cria : « .1 bas les esclaves de liobespierre ! A bas le tyran liobespierre ! », le dénonçant comme le plus vil des scélérats, et que, le soir du \) thermidor, il se rendit à la Convention où, au nom de la section de Bon- Conseil, il prolesta d'un dévouement absolu à ses ordres. La section de Bon-Conseil attesta le 6 vendémiaire que Loys était un bon républicain et un bon patriote et demanda sa mise en liberté (l'un des signataires de cette attestation est son ancien collègue Bonhommel). La veille, la Société des Jacobins, dont Loys était le secrétaire, désigna 3 commissaires chargés de réclamer l'élargissement du républicain Loys, que la Société comptait au nombre des vrais défenseurs de la Liberté et de l'Egalité et qui, le premier, s'était élevé contre la tyrannie de Robespierre. A ce moment, Loys était gravement malade, depuis 15 mois, d'un flux de sang qui avait déterminé une lièvre lente et un amaigrissement extrême, comme le constatèrent les officiers de santé des prisons Rulln et Markowski, par leur certificat du 16 vendémiaire ; le 18, le Comité de sûreté générale ordonna de le transférer dans un hospice. Le 2 brumaire, le même Comité ordonna sa mise en liberté immédiate (Dossier Loys, F1 47748s).
7" Simon Hallc-au-MIé.
Simon, peintre et doreur, rue du Bouloi, n" Si, qu'il ne faut pas confondre avec le cordonnier Simon, membre du Comité révolutionnaire de la section de la Halle au Blé) du 30 avril au 2S juillet 1793, fut deux fois mis en état d'arrestation; la première fois, il fut incarcéré à la Force et relâché le li Boréal, arrêté de nouveau le S prairial, sur dénonciation de sa section; on le qualifie d' « agent de Robespierre, de membre du Comité central de l'Evèché, qui a organisé la cruelle journée du 31 mai, de provocateur de la pétition pour demander la tête de 22 députés, de commissaire aux accaparements, en un mot d'être dangereux dans la société par la mauvaise organisation de son cerveau et de son caractère. >» Simon, de la prison de la Bourbe où il était détenu, répondit aux inculpations dont il était l'objet, protesta de son innocence et déclara que, six mois avant la mort de Robespierre, il avait montré son horreur pour le système de la Terreur et Robespierre. Il réussit à intéresser à son sort Boissy d'Anglas.
INTRODUCTION
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qui attesta su bonne conduite si la sûreté de ses principes », tandis qu'au contraire le Comité île surveillance de su section ulïinnait, le 2Î> prairial, qu'il avait tenu fortement au régime de la Terreur et, estimait que si on lui rendait la liberté, il devail rester désarmé. Le 9 messidor, le Comité de Sûreté générale, ayant égard à la recommandation de Hoissy d'Anglas, ordonna sa mise en Liberté provisoire. (Dossier Simon,
8° Mrrois Uuilé.
Mitliois doit être le réd i tour du Tcltigruphe politique ouJjariial des fondateurs de la République, qui parul du 14 vendémiaire au 18 brumaire an III; lues des événements île prairial, il babitait le faubourg Saint-Antoine et il fut recherché par la Commission militaire établie en vertu de la loi du i prairial. (Dossier Milhois, F7 477 157.)
9" IIassknhiatz Faubourg-Montmartre.
Jean-Henri Hassenfratz, ingénieur îles mines, chef de bureau à la Guerre, s'élail déjà signalé par la part qu'il prit à la journée du 10 août; membre du Conseil général de la Commune, il ne semble pas avoir joué au Comilé central révolutionnaire le rôle prépondérant qu'on lui prête dans certains articles biographiques et en tout cas n'occupa nullement le poste de président le 31 mai. Après le 9 thermidor, Hassenfratz fut dénoncé dès le 10 thermidor par les représentants Cusset et Honin, pour avoir abandonné son poste, lors de cette journée, avoir proposé de rester en communication avec la Commune, et fait incarcérer des citoyens de la section du Faubourg-Monlmarlre sous la Terreur: mandé le 17 thermidor au Comité de sûreté générale, il protesta énergiquement dans une lettre du 23 thermidor, adressée au Comité de salut public, où il déclara que lorsque des individus lui avaient paru suspects de complots contre la liberté, de friponnerie ou d'intrigues, il les avait attaqués publiquement, soit à la tribune de sa section, soil à celles des sociétés populaires ; il adressa également un mémoire justificatif au Comilé de sûreté générale, où il répondit aux quatre chefs d'accusation produits contre lui. Comme l'on sait, Hassenfratz prit part aux mouvements insurrectionnels du 12 germinal et du 1er prairial, et fut renvoyé le 5 prairial par devant le tribunal criminel d'Eureet-Loir; décrété d'accusation, il fut obligé de se réfugier à Sedan. (Dossier Hassenfratz, F7 1739.)
10° Dobsënt Cité.
Dobsen (Claude-Emmanuel), âgé do .ri0 ans, ûé à Noyon le '23 décembre 1743, domicilié Parvis Notre-Dame, était en 1789 avocat au Parlement; il fut nommé suppléant du tiers-Etat du bailliage de Sézanne, mais ne siégea point, devint directeur du jury d'accusation du Tribunal du 17 août, fut nommé commissaire national près le Tribunal du VIe arrondissement le 13 mai 1793, ensuite juge au Tribunal révolutionnaire le 20 septembre suivant et resta en fonctions jusqu'au 22 prairial, puis fut nommé président du même Tribunal à la date du 23 thermidor. Il fut incarcéré à la Force, le Comité de sûreté générale ordonna, le 26 fructidor, de le mettre en liberté. (Dossier Dobsen, F7 467X.)
Il" Telle-Clémence Bon-Conseil.
Tell-Clémence (Jean-Baptiste-Henri), connu surtout sous le nom de Clémence, devint en juin 1793 membre du Comité de salut public du Département de Paris et fut envoyé par le Comité de salut public le 21 septembre suivant avec son collègue Marchand dans la commune de Jagny, près de Luzarch.es, pour dissiper les rassemblements contre-ré-
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volutionnaires; il remplit également des missions à Luzarches etàMarly; le 6 brumaire an II, Destournelles, ministre des Contributions publiques, lié d'amitié avec Clémence « son camarade, comme soldat du 14 juillet, acteur du 10 août et du 31 mai, comme Jacobin constant dès l'origine de la Société, en un mot à toutes les belles époques de la Révolution », lui offrit la place de commissaire de la Comptabilité, et le 14 brumaire, lui annonça sa nomination par le Conseil exécutif: sa lettre est adressée à Tell-Clémence, adjudant-major de l'armée révolutionnaire. Un décret de la Convention, du 15 thermidor an II, ordonna l'arrestation de Clémence et Marchand, ci- devant agents du Comité de salut public élans les districts de Gonesse, de Senlis et centres voisins, qui avaient été dénoncés par les représentants Delacroix et Musset ; ils furent tous deux incarcérés à Sainte-Pélagie; de nombreux certificats déclarèrent que Clémence s'était comporté en bon républicain, en vrai Jacobin, en intrépide sans-culotte. Comme leur patriotisme fut également attesté à la Convention, celle-ci rapporta son décret du la thermidor et ordonna la mise en liberté de Clémence et Marchand; mais le citoyen Goureau, défenseur officieux, ayant protesté contre cette mesure et énuméré les chefs d'accusation produits contre eux, notamment d'avoir jeté le trouble dans le district de Gonesse, d'avoir commis des dilapidations, pris l'argenterie des églises, d'avoir été les complices avérés des Ronsin et des Vincent à la tète de l'armée révolutionnaire, la Convention revint le 12 vendémiaire an III sur sa décision et ordonna de nouveau leur mise en état d'arrestation ; le 24 nivose, Clémence fut transféré au château de Ham. Un décret du S prairial ordonna de traduire Clémence et Marchand avec Pache, Àudouin el Bouchotte, devant le tribunal criminel d'Eure-et-Loir, pour y être jugés ; par une lettre du .3 vendémiaire an IV, lue à la Convention le 7, l'accusateur public de ce tribunal rendit compte du procès en question. (Dossier Clémence, F" 4649.)
12° Dunouy Sans-Culotles.
Dunouy ainé (Jean-Honoré), ingénieur, quai Saint-Bernard, n" 174, officier municipal, qu'il ne faut pas confondre avec André-Henri Dunouy, jeune, quincailler, membre du Conseil général de la Commune.
13° Auvray Mont-Blanc.
Auvray (Jean-Baptiste-Benoit), âgé de 40 ans (en l'an III), demeurant rue de Provence depuis 9 ans ; avant la Révolution, huissier audiencier du bailliage de Montmartre, puis de la commune du même nom, devint huissier du Tribunal révolutionnaire, membre de la Commune du 10 août et du Comité révolutionnaire de la section du Mont-Blanc jusqu'au 0 octobre 1793, commandant en chef de la section armée du Mont-Blanc, poste qu'il conserva pendant deux ans et demi. Dénoncé par sa section comme membre du Comité d'insurrection du 31 mai et comme terroriste, se faisant honneur de conduire à l'échafaud les riches et les modérés, il fut arrêté en même temps que Marchand, qui était signalé comme l'orateur de la tyrannie, la téte qui prenait les résolutions, tandis qu'Auvray n'était que son sbire, le bras qui les exécutait. Les renseignements recueillis sur son compte le représentent comme « un homme exaspéré, chaud à l'excès et jacobin outré ». Auvray fut incarcéré au Plessis, le 13 germinal, et subit un interrogatoire, le 22, par devant le Comité de sûreté générale ; il était encore détenu le 21 vendémiaire an IV. (Dossier Auvray, F7 4583.)
I i° Seguy Bulte-des-Moulins.
Seguy (Jean-Michel), médecin, habitant rue Helvétius, n° 377, membre du Conseil général de la Commune, fut chargé par l'Assemblée électorale de rechercher les causes de la mort de Lazowski. Sous le coup d'un mandat d'arrêt, le 5 prairial, ayant appris
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qu'on était venu le chercher pendant qu'il visitait des malades, il se rendit do lui-même à la prison de la Bourbe; le 24 prairial, il protesta contre son arrestation tomme terroriste, comme membre de la Commune rebelle et contre son affichage par sa section à titre de « partisan de la tyrannie des scélérats »; il rappela que le 10 août il avait insisté' pour que deux prisonniers faits aux Tuileries ne fussent pas ( (induits à la Ville, de peur qu'ils ne fussent massacrés en chemin ; qu'il donna sa démission de la Commune le 28 août, prévoyant les excès auxquels le peuple allait se livrer; qu'il habitait Paris depuis 25 ans; il protesta également contre les infâmes épilhèles qui lui avaient été prodiguées dans une affiche diffamatoire. Pendant sa détention, nombre de personnes attestèrent son humanité, son caractère généreux et compatissant, notamment M"" Stanhope (Louise Grenville), qui dans une lettre adressée le 21 prairial au Comité de sûreté générale, déclara (pie son enfant avait été à deux doigts de la mort el avait été sauvé par Seguy. (Dossier Seguy, F7 Î77510.)
15° Loyer (Laugier) Fontaine-de-Grenelle.
Laugier Balthazar-Marie), juge de paix, âgé de 'M) ans, rue de Crénelle, avait été secrétaire particulier avant la Révolution, puis secrétaire-greffier du commissaire de police ; ensuite il devint employé de la Commission des subsistances et agent de la Commission d'agriculture et des arts. Le 20 pluviôse an [II, la section de la Fontaine de Grenelle décida que les noms des 16 membres du Comité révolutionnaire, qui s'étaient signalés par leur mépris pour les droits du peuple el par l'insolence de leur domination, seraient écrits en lettres rouges sur un tableau. Laugier était du nombre. Le a prairial, un mandat d'arrêt fut décerné contre lui. On lui reprocha son jacobinisme au 9 Ihermidor; néanmoins le représentant Monmayou attesta, le 4 fructidor an III, qu'il était venu au secours de la Convention dans la nuit du 9 thermidor, et que lui Monmayou l'avait touj turs connu pour un patriote pur, instruit et désintéressé. A la même date la Commission d'agriculture et des arts certifia que les principes et la conduite de Laugier, son agent, avaient toujours été en opposition avec l'affreux système de terreur qui avait si longtemps pesé sur la France. (Dossier Laugier, F7 4765.)
16" Bezot Canton d'ivry.
Be/.ot (,Pierre-.Joseph), entrepreneur à Issy, âgé de 42 ans, l'un des électeurs du canton d'Issy, fut élu administrateur du Département de Paris, le 8 janvier 1793.
17° Marchand Mont-Blanc.
Marchand (Guillaume-Simon), âgé de 26 ans, demeurant rue du Faubourg Montmartre, n° 40, prit part à la prise de la Bastille eL le 10 août, appuyé sur des béquilles, marcha contre le tyran, il devint juge au Tribunal du 1er arrondissement. Ainsi que Clémence, l'un des agents du Comité de salut public, il fut chargé de diverses missions, notamment pour l'approvisionnement de la place de Maubeuge et de la ville de Paris où il fit entrer plus de 50.000 sacs de farine. Dénoncé comme conspirateur en vendémiaire et nivose an II par le district de Gonesse, il fut décrété d'arrestation en même temps que Clémence; il présenta sa justification le 15 thermidor, où il déclare qu'au 31 mai il était à la tête de l'insurrection du peuple, en qualité de membre du Comité central révolutionnaire, que dans la nuit du 9 au 10 thermidor il fît un rempart de son corps à la Convention nationale. Marchand se plaignit d'être en bulle aux vengeances d'un ennemi, le sieur Gourreau, qui avait cherché à séduire sa femme et celle de son collègue Clémence, en leur offrant à chacune 6. 000 livres. Il fut de même que. Clémence déféré au Tribunal criminel d'Eure-et-Loir, le 17 prairial an IV. Son dossier renferme la nomenclature des pièces déposées au Comité de sûreté générale pour être envoyées à T IX *****
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ce Tribunal, en vue de son procès; on voit y figurer une lettre de Marchand au président de la Convention, demandant l'autorisation d'assassiner IJumouriez , un discours manuscrit du même relatif à la journée du 31 mai, en quatre feuilles. Dossier Marchand, F7 47748*.)
Crespin (Pierre-Joseph), menuisier ou plutôt entrepreneur de menuiserie, âgé de 30 ans, demeurant depuis 10 ans rue des Gravilliers, n° 53, l'un des électeurs de la section de ce nom, fut élu le 1er janvier 1793 membre suppléant du Directoire du Département de Paris; arrêté le 8 germinal an III par ordre du Comité de. sùrelé générale comme l'un des auteurs du rassemblement illégal du 7 germinal dans la section des Gravilliers, il fut incarcéré au Plessis et transféré à la force le 4 tloréal; cette mesure de rigueur fui prise contre lui, à raison d'une lettre contenant des projets de sédition et de conspiration, qui lui aurait été adressée au Plessis dans du fromage de Gruyère par un sieur Chevalier. Il adressa, le 10 floréal, sa justification au Comité de sûreté générale, qu'il renouvela le 9 fructidor par lettre au représentant Rovère, où il se plaignait de sa captivité qui durait depuis cinq mois. Crespin devint en l'an IV administrateur de la municipalité du IVe arrondissement. (Dossier Crespin, F1 46S7*
19" Rousskun Unité.
Uousselin (Alexandre), demeurant rue Guénégaud, n" 15, agent de Paré, ministre de l'intérieur, commis au bureau des administrations civiles, police et tribunaux, commissaire national près la commune deTroyes, chargé de missions par le pouvoir exécutif ; était en outre rédacteur de la Feuille <ln Salut public, subventionnée par le ministère de l'intérieur; il fut arrêté aux Jacobins le 0 prairial an II, sur la motion de Robespierre et de Couthon, comme exécuteur testamentaire de Danton, suivant leurs expressions; traîné au Comité de sûreté générale par Lavalette et Boulanger, écroué à la Force par ordre du Comité de sûreté générale et traduit au Tribunal révolutionnaire, qui l'acquitta le 2 thermidor; fut l'objet, le 21 frimaire an III, d'un nouveau mandat d'arrêt par le même Comité, puis dénoncé h la Convention, les 10 pluviôse et 1 2 tloréal, par la Société populaire et les habitants deTroyes pour sa férocité et les crimes qu'il avait commis dans l'exercice de ses fonctions de commissaire du pouvoir exécutif, il fut incarcéré à Port-Libre et transféré, le 27 prairial, dans la maison d'arrêt des Quatre-.Nations, relâché le 25 messidor en vertu d'arrêté du Comité, attendu, que vu son absence, il ne pouvait être compris sur la liste du Comité révolutionnaire de sa section; un autre arrêté du 29 messidor ordonna que, nonobstant tout autre arrêté de mise en liberté, il serait appréhendé de nouveau et conduit à la maison du Plessis. (Dossier Rousselin, F7 47752, Tribunal révolutionnaire, W 426, n» 960.)
20" Duroure Marseille.
Duroure (Louis-Henri-Scipion Crimoard-Beauvoir, connu sous le nom de Scipion), âgé de 32 ans, domicilié rue BulTault, avait un enfant naturel de 1 ans, né, selon toute apparence de ses relations avec une tille anglaise à son service, il vivait de son bien et on lui prêtait, d'après la dépense qu'il faisait, de 25 à 30,000 livres de revenus; il fréquentait les jeux et tripots du Palais-Egalité. Duroure fut nommé membre de la Commune le 27 octobre 1792 et officier municipal par la section du Faubourg-Montmartre (c'est à tort qu'on l'inscrit comme appartenant à la section de Marseille), puis assesseur du juge de paix. Pour faire oublier qu'il appartenait à la caste nobiliaire, il se mit en évidence après le 10 août et pour se faire bien voir, lit des dons patriotiques considérables; il était le trésorier de la Société des Hommes révolutionnaires du
18" Crepim
(iravilliers.
INTRODUCTION
10 BOÛti DuroUre était intimement lié avec Hébert, ce qui à un moment donné le lendit suspect: aussi lorsque Hébert fut arrêté, il disparut de son domicile, mais se i -ousliluu prisonnier à sa section, et lui écroué à Sainl-La/ai On lui reprochait son origine nolde et ses relalinns avec Hébert. Dans un mémoire qtï'i] adressa de Sainl- Litzarei le 7 fructidor an il, il dit qu'étant sujet à des attaques de goutte, marchant avec des béquilles, il était obligé de prendre Iréqueimncnl des voilures, qu'il ramenait souvent Hébert et sa femme, a la sortie dû Conseil général do la Commune, et que c'était un plaisir pour lui de partager sa voiture avec la famille d'un collègue sans-culÔUe, peu fortuné, ajoutant que son patriotisme était notoire, qu'il l'avait prouvé en équipant 3 cavaliers en septembre 1792, eu fournissant pour 10 à 12,(100 livres d'armes el chevaux, en donnant 5,000 livres en assignats pour la Vendée. Du reste, Duroure se lit un titre d'avoir représenté ses concitoyens à la Commune, où il s'était trouvé', disail-il, ii à la mémorable journée du 31 mai. Sur la demande du représentant Lindet, le 7 vendémiaire an III, le Comité de sûreté générale ordonna la mise en liberté de Duroure. (Dossier Duroure, F" 1696.)
21° Pkrdry
Perdry (Charles Louis), homme de loi, âgé de 3'i ans, demeurant rue Saint- Honoré, cour des Jacobins, plus tard rue Neiive-des-Petits-Champs, électeur de la Section de la Butte-des-Moulins. secrétaire de l'Assemblée primaire, membre de la Société des Amis de la Constitution, fut élu, le 13 février 1793, président du Tribunal du 2e arrondissement, remplit de novembre 1792 à juillet 1793 les fonctions de membre du Conseil général de la Commune, et fut envoyé, lors de l'affaire Léonard Hourdon, à Orléans en qualité de commissaire du pouvoir exécutif; lors du 31 mai les autorités constituées du Département, réunies ;t la Commune de Paris, l'adjoignirent au Comité central révolutionnaire, où de son aveu, « dans ces jours mémorables et périlleux, il fut l'un de ceux qui travaillèrent efficacement ». Destitué de ses fonctions de président du Tribunal du 2' arrondissement, le 12 messidor an II, par le Comité de salut public et incarcéré au Plessis, très probablement par suite de l'hostilité de Coflinhul et d'Ilei man, Perdry chercha à se justifier par un mémoire, adressé an Comité- de salut public le 23 messidor, Le Tribunal du 2e arrondissement écrivit en sa faveur; de même le Comité de surveillance de la section de la Montagne le représenta comme un être doux, humain, prenant la défense des patriotes opprimés, luttant contre l'aristocratie, traité mémo une fois de scélérat par un aristocrate, lorsqu'il présidait les assemblées générales de sa seclion ; par contre, le 8 messidor an III, le Comité civiPdo la section déclara que Perdry s'était dans tous les temps montré l'apôtre de ces principes anarchiques qui avaient préparé, effectué la journée du 31 mai, « le régulateur de tous les mouvements de la société populaire de la section ■•, et qu'il avait reconnu lui-même avoir été induit en erreur lors du 31 mai. (Dossier Perdry, V1 4774r>7.).
22" CailliEUX. , . . Vmis- Ic-la-l'aliio.
Caillioux Michel François), Agé de 32 ans, fabricant de rubans, demeurant rue Saint-Denis, vis-à-vis les Filles-Dieu, membre delà Commune du 10 août, fut envoyé en qMlité de commissaire auprès des deux bataillons de l'Eure; en son absence, nommé officier municipal, par suite administrateur des subsistances el administrateur de Police,
11 fut destitué par arrêté du Comité de salut public avec ses collègues Massé et Cordas, mis en état d'arrestation le 25 germinal an II et, après avoir subi un interrogatoire au sujet de ses relations avec Osselin el Lavaletle, fut écroué au Luxembourg. Le 30 lloréal, l'assemblée générale de la seclion des Amis delà Patrie nomma des commissaires chargés de se rendre aux Comités de salut public et de sûreté générale pour demander le prompt jugement de Oaillieux et attester son civisme et son patriotisme; le
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INTRODUCTION
22 prairial, le Comilé révolutionnaire de la section lui délivra un certiiicat constatant qu'il avait toujours été à la hauteur des circonstances les plus orageuses et qu'il avait contribué à terrasser l'aristocratie qui voulait lever la tète dans leurs assemblées. Le Comité civil également déclara que Caillieux n'avait cessé de livrer des assauts « à tous les royalistes, fédéralisles, modérés, égoïstes et autres ennemis de la Révolution ». La femme de Caillieux dans de nombreuses suppliques éleva la voix en faveur de son mari jusqu'à la (in de messidor. Un arrêté des Comités de salut public et de sûreté générale, du 3 tbermidor, ordonna sa mise en liberté, mais comme ses collègues étaient restés sous les verroux, on lit courir le bruit que l'administration de Police avait fai relâcher Caillieux pour servir ses projets, ce que Caillieux démentit le 24 thermidor- (Dossier Caillieux, F7 4631.)
23° Colonge Bonne-Nouvelle.
Colonge (Pierre), demeurant rue Saint-Denis, section de Bonne-Nouvelle, remplit diverses missions comme agent du Comité de salut public dans l'Aisne et et dans le Palatinat; dénoncé le 10 prairial dans sa section comme terroriste, comme ayant dilapidé des fusils confiés à sa garde et occupé le poste d'aide de camp d'Hanriot; il fut mis en état d'arrestation. Collonge adressa le 20 prairial un mémoire justificatif au Comité civil de la section Bonne-Nouvelle, où il déclara que le jour de la rébellion d'Hanriot, il porta les armes contre lui et ses adhérents et passa la nuit à la Convention; au bas d'un autre mémoire envoyé au Comité de sûreté générale, Roux, député de la Haute-Marne, attesta que Collonge était un patriote de 1789 qui avait bien servi la Révolution, et qu'il l'avait vu dans le département de l'Aisne s'acquitter avec zèle, probité et intégrité, des fonctions qui lui étaient confiées ; le 30 thermidor, le Comité de sûreté générale ordonna sa mise en liberté provisoire, et le 22 fructidor, sa mise en liberté définitive. (Dossier Colonge, F7 4658).
24° Baldrais Section de 1792.
Baudrais (Jean-Baptiste), homme de lettres, âgé de 42 ans, demeurant rue de Marivaux, n° 9, membre du Conseil général de la Commune et administrateur de Police, membre de la Société des Amis de la Constitution, s'attira l'hostilité de Robespierre, qu'il contrecarra dans l'Assemblée électorale de 1792, en s'élevant contre son despotisme, comme on le vit bien dans une séance des Jacobins ; Baudrais, dans un mémoire du 22 thermidor, avance que Robespierre lui avait voué une haine implacable, parce qu'il ne s'était pas prêté à ses projets vexatoires et sanguinaires depuis longtemps médités; mis en état d'arrestation le 9 germinal, il subit trois mois de détention à Picpus, dont huit jours au cachot, deux mois au secret à la Conciergerie sans aucun interrogatoire. Le représentant Poultier écrivit au bas de ce mémoire une attestation en faveur de Baudrais, qu'il connaissait depuis 15 ans comme ennemi du despotisme et ami sincère de la Révolution, et ajouta « que Robespierre avait juré sa perte, parce qu'il avait trouvé en lui une fierté républicaine et une résistance qui lui déplaisait » ; la femme de Baudrais fit des démarches pour obtenir sa liberté, qui fut accordée le 7 fructidor par le Comité de sûreté générale; un nouveau mandat d'arrêt fut lancé contre lui le 21 ventôse an III; mais il fut relâché le 29 vendémiaire an IV. Baudrais fut déporté à Cayenne en 1802, rentra à Paris en 1817 et y mourut le 4 mai 1832. (Dossier Baudrais, F7 4589.)
25° Laurent Marseille.
Laurent (Denis-Etienne), âgé de 31 ans, sans profession, demeurant rue Git-le- Cœur, membre du Conseil général de la Commune et officier municipal, fut mis hors la loi au 9 thermidor cl exécuté le 10 tliermidor. (W 434, n° 975.)
INïHOnilCÏIOX
Tels sont les membres du Comité central révolutionnaire, au moins d'après la liste officielle qui est restée dans les papiers de ce Comité. Celui qui apposa sa signature, en qualité de secrétaire, à côté de celle du président Marquet, Tombe, fils aîné, de la section des Gravilliers, demeurant rue Jean-Robert, n° 12, était originaire de Saint-Quentin; il fut envoyé plus tard comme agent du pouvoir exécutif à Saint-Gèrmain-eiî- Laye, comme on le voit par une lettre à Gutfroy, où il protesta contre l'arrestation des patriotes de cette ville par ordre des représentants Charles Lacroix et Musset.
Plusieurs des noms indiqués sur la liste que donne Clémence ne se retrouvent plus sur la liste définitive : il n'est pas inutile de reprendre ces noms et de rechercher les motifs de leur élimination :
Gusman (André Marie), banquier, âgé de 41 ans, de la section des Piques, qui fut rayé de la liste des membres du Comité des neuf et fut surnommé don Tocsinos pour avoir fait sonner le tocsin le 31 mai, était un espagnol, né à Grenade, naturalisé français en 1781; c'était surtout un aventurier se disant ancien colonel de cavalerie, et un escroc, qui se fit passer pour baron allemand, du nom de Frey, et pour lils de Clément-Auguste de Bavière, électeur de Cologne. Impliqué dans le procès de Danton, arrêté le 9 germinal an II, il fut condamné à mort le 13 germinal.
Parmi les pièces du procès des Dantonistes se trouve une déclaration de Moessard, Marchand et Loys, adressée le 13 germinal an II à Fouquier Tinville, qui nous apprend que Gusman, lequel, parait-il, était un agent de Chaumelte, ne fit que passer au Comité central révolutionnaire, elle est conçue en ces termes :
« Les membres du Comité de surveillance du Département, qui l'étaient du Comité central révolutionnaire, croient de leur devoir de te prévenir que Gusman, traduit au Tribunal révolutionnaire, et qui s'était glissé au Comité central révolutionnaire au 31 mai, en a été chassé, y a été désarmé et arrêté comme un intriguant bien suspect.
» Tu observeras que son arrestation eut lieu à l'instant même où le Comité commença ses séances. »
L'un des membres du Comité central révolutionnaire dont parle Clémence, et qui signa, le 31 mai, en qualité de secrétaire, un arrêté du Comité, Fournerot, ne figure pas sur la liste officielle.
Fournerot (François-Louis), habitant rue Lenoir, de la section des Quinze-Vingts, âgé de 23 ans, grêlé et bossu, fut l'un des combattants à la prise de la Bastille, fonda une société populaire dans le faubourg Saint-Antoine, participa aux journées des 5 et 6 octobre, à l'affaire du Cbamp de Mars, présida sa section dans la nuit du 9 au 10 août, devint membre de la Commune du 10 août, puis du Comité central révolutionnaire du 31 mai, nommé par le peuple. II se laissa entraîner par Hanriot à la Commune, lors du 9 thermidor, fut arrêté dans la nuit comme complice de Bobespierre et incarcéré dans la maison d'arrêt du Plessis, d'où il adressa, le 18 brumaire an III, une réclamation à l'assemblée générale des Quinze-Vingts; un arrêté du Comité de sûreté générale du 26 nivôse ordonna la mise en liberté de Fournerot, détenu en la maison des Orties. Mais il fut dénoncé comme machinant des intrigues pour le parti terroriste, et à la suite du 12 germinal, un nouveau mandat d'arrêt fut décerné contre lui le surlendemain; un inspecteur de police voulut mettre ce mandat à exécution, mais le peuple du faubourg
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s'attroupa rue de Charenlon, l'arracha des mains de la force armée. Fournerol, donl la Femme était enceinte, la mère malade avec une jeune fille de 12 ans à sa charge, un grand'père âgé de 75 ans, sans ressources, sut se dérober à toutes les recherches. I n arrêté du Comité de sûreté générale, du 21 fructidor, révoqua le mandat d'arrêt décerné contre lui. (Dossier Fournorot, F7 4710,)
Un troisième membre du Comité central révolutionnaire, qui semble bien être resté en fonctions est :
Moessard (Pierre Louis), perruquier, rue .Montmartre, n° 104, de la section Guillaume Tell, prit les armes lors du 14 juillet, fut nommé membre de la Commune du 10 août, appelé a't Comité entrai révolutionnaire du 31 mai, puis à celui de surveillance du Département . Loi s du 9 Uiermidor. à 5 heures du soir, dans la rue Sainl-lloiioi é, il fut interpellé par Hanriot, qui se plaignait d'être opprimé, et prit sa défense en ces termes: « Sois tranquille, tous les patriotes sont pour toi » et ayant demandé aux citoyens acharnés après lui quel était le motif de leur animosité, on lui répliqua: C'est un coquin, il faut le punir. Moessard, alors inspecteur des maisons garnies, paraissait être dans l'ignorance complète de ce qui se passait et du décret qui venait d'être rendu contre Hanriot; Je 12 thermidor, il fut arrêté au Comité révolutionnaire de sa section et écroué à la Conciergerie, puis au Plessis, où il resta quatre mois et demi prisonnier. Mis en liberté, par arrêté du 20 frimaire an III, il alla se loger dans la section du Panthéon-Français, Montagne Sainte-Geneviève, et se mit à fréquenter les ventes. Il fut arrêté de nouveau le 7 prairial, sous l'inculpation d'avoir été favorable aux septembriseurs et aux terroristes, d'avoir été l'un des instigateurs du 31 mai, d'avoir fait partie, le 12 juin suivant, d'une commission qui persécuta les citoyens: d'avoir, le l*1' prairial, crié contre la Convention et fomenté la révolte ; Moessard se trouvait détenu rue de la Bourbe, a Port-Libre, d'où il adressa, le 1er messidor et le 19 fructidor, des mémoires justificatifs au Comité de sûreté générale. (Dossier Moessard, F7 477 Vr' .
Un quatrième membre du Comité central révolutionnaire, également mentionné par Clémence, mais dont le nom ne se trouve point sur la liste définitive est :
Bouin, ouvrier en bas, rue Saint-Denis, qui devint après le 10 août, juge de paix de la section des Halles ou des Marchés, fut envoyé durant deux mois dans le départeiuenl dp l'Aisne comme agent des subsistances de Paris ; connu sous |e sobriquet du Pt'til i'i'vc Gérard, considéré comme le chef des Jacobins de sa section, premier motionnaire, fut nommé du Comité formé aux Jacobins pour l'insurrection du 31 mai; on lui reprocha plus tard d'avoir sans cesse prêché les massacres, le pillage. Le 4 frimaire an 1I|, Bouin RU destitué par le Comité de législation de ses fonctions déjuge de paix. Arrêté le 18 pluviôse par ordre du Comité de tureté générale et incarcéré eu la maison du Plessis, le 24 Boréal, le représentant Maure intercéda en sa faveur; le 23 lloréal, Bouin ayant adressé une pétition au Comité avec plusieurs mémoires justificatifs et l'extrait d'une déliliéralion prouvant qu'au 9 thermidor il fut chargé dt! présenter à la Convention une adresse de ralliement à l'Assemblée, fut mis < n liberté ; mais la Commission chargée dans sa section d'examiner la conduite de l'ox-Comité révolutionnaire des terroristes et des buveurs de sang, l'accusa, le j prairial, de manifester des principes (endant à avilir la représentation nationale et de colporter le journal intitulé le Tril>un du Peuple, et demanda de nouveau sa mise eu état d'arrestation. |.e représentant Houx intervint à son four, en faisant observer que Bouin n'élail
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apf èié que comme jacobin ; relâché |e fi messidor par ordre du Comité, il fut réincarcéré à la [tourbe le 22 messidor, en verlu d'un arrêté du même Comité dont la religion avait été surprise ; le 29 fructidor, le Comité le renvoya devant l'ol'ticier de police de sûreté de son arrondissement, en conformité de la loi du \ 2 fructidor. (Dossier Bouin, F7 4611.)
Un fait digne de remarque est la jeunesse de la plupart de ceux qui organisèrent la révolution du .'Il mai : beaucoup d'enlre eux n'avaient guère [dus de 30 ans. ce qui explique L'ardeur entraînante el la décision avec laquelle ils se jetèrent dans la lutte.
(le n'est pas sans une certaine surprise que l'on voil figurer dans les délibérations de l'Assemblée révolutionnaire, en date du 9 I mai, c'est-à-dire au début même du mouvement insurrectionnel, des individus, parfaitement inconnus d'ailleurs, qui apparaissent comme président et secrétaire de l'Assemblée, qu'on ne revoit plus et qui, en réalité, n'ont point fait partie du Comité central révolutionnaire. De ce nombre est François Richebraques, commissaire du Bureau du Domaine national, domicilié rue Pastourelle, n" 27, de la section de l'Homme armé, qui signa, notamment à 2 beures du malin, une délibération décidant l'envoi de commissaires aux barrières pour savoir si elles étaient gardées, et une autre délibération, en vertu de laquelle l'Assemblée, faute de sceau, devait se servir de celui de la section de la Cilé.
Richebraques, qui fut arrêté le S prairial an II, précisément sous l'inculpation d'avoir au .'51 mai occupé la présidence du club d'insurrection a l'Assemblée qui se tenait à l'Evêché, explique lui-même dans un mémoire justificatif comment, dans la nuit du 30 au 31 mai, il se trouva amené à présider la réunion. Envoyé, dit-il, par sa section sur les minuit cà l'Evêché pour la représenter el rendre compte de ce qui se passait, il y arriva vers une heure du matin ; au bout d'une heure, le président qu'on lui dit se nommer Lavaux, fut appelé à quelque Comité : « alors on demanda quelqu'un pour tenir le fauteuil un instant ; un citoyen de lui inconnu se présenta, mais comme il manquait d'organe, on le pria de se retirer, ce qui donna l'idée aux citoyens de ma section de me proposer, et, comme ils dirent que j'avais une bonne voix, on ne me laissa pas le temps de faire d'observations, je fus forcé de présider, tous les spectateurs se demandèrent qui j'étais, et aucun ne me connaissait, je fus admis sans réclamation. Pendant ma présidence qui dura deux heures, continue Richebraques, je m'aperçus que toutes les mesures parlaient d'un comité, mais j'ignorais qui le composait. Je n'étais initié en aucune manière dans le but de cette journée, les bruits divers ne me donnèrent qu'une idée confuse des intentions de ses auteurs, j'appris à l'Evêché qu'on s'était assemblé les jours précédents ». C'est ainsi que Richebraques sanctionna des mesures révolutionnaires
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sans même savoir de ce dont il s'agissait; de retour à sa section il ne reparut plus au Comité central, et rentra dans L'obscurité d'où des circonstances indépendantes de sa volonté l'avaient fait sortir.
Ce fut dans la nuit du 30 au 31 mai que retentit le tocsin, ce fui Varlet qui signa l'ordre de le sonner et qui même s'en fit gloire. De grand matin, les Comités révolutionnaires des sections, qui s'attendaient à de graves événements, mis en éveil par le tocsin et la générale, étaient sur pied; dès 3 heures 1/2 du matin, celui de la section de l'Observatoire prit connaissance d'un arrêté de l'Assemblée centrale des sections réunies à l'Evèché, prescrivant de faire garder et fermer les barrières d'Orléans, Saint-Jacques et adjacentes. A 6 heures, le Comité révolutionnaire de la section de l'Unité déclara qu'ayant entendu de toutes paris sonner le tocsin, « qu'il regardait comme la voix du peuple en courroux », il s'était assemblé sur-le-champ pour assurer le succès d'une insurrection que les ennemis du peuple avait rendue nécessaire, et avait décidé l'envoi de deux de ses membres à l'Assemblée des commissaires qu'il plairait au peuple d'investir de ses pouvoirs suprêmes, pour êlre tenu au courant des mesures qui seraient prises contre les ennemis de la République. Dans la section de la Réunion, procès-verbal fut dressé à un colporteur de journaux pour avoir crié : grand décret qui condamne à mort tous les gens qui ont sonné le tocsin et fait battre la générale, dont son journal ne soufflait pas mot. Le Comité de surveillance de la section des Amis de la Patrie lança une proclamation à l'effet d'annoncer que les commissaires des 45 sections, réunis pour résister à l'oppression d'une partie de la Convention, avaient fait battre la générale et sonner le tocsin, afin de donner l'éveil à tous les bons citoyens et d'opérer une révolution salutaire, destinée à assurer la tranquillité de Paris, calomnié par des mandataires infidèles, et ce Comité invitait en conséquence les compagnies à désarmer tous ceux qui résisteraient au vœu du peuple de cette grande cité, armée pour combattre une oppression ayant pour objet d'allumer dans toute la France les torches de la guerre civile.
Le premier acte d'autorité du Comité des Neuf, dès son entrée en fonctions, fut de déclarer au nom du peuple souverain que le maire de Paris, le procureur de la Commune et ses adjoints, le Conseil général de la Commune et le Corps municipal étaient provisoirement suspendus. Ce fut Dobsen, en qualité de président de l'Assemblée révolutionnaire, qui vint signifier au Conseil général de la Commune la cessation de ses fonctions. Destournelles, vice-président du Conseil, répondit que la magistrature qui leur avait été confiée par les citoyens de Paris ne pouvait prendre fin que si les commissaires des sections justifiaient d'une majorité
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réelle et légalement obtenue. Après la vérification, séance tenante, des pouvoirs illimités donnés par sections à leurs mandataires, la Municipalité remit les siens au peuple souverain, mais ce ne fut que pour La forme : tout aussitôt le président de l'Assemblée révolutionnaire déclara que le Maire, le procureur de la Commune et ses substituts ainsi que le Conseil général de la Commune étaient réintégrés dans leurs fonctions par le peuple reconnaissant de leur sollicitude constante et vraiment patriotique pour la chose publique; toutefois il fut stipulé que ces autorités constituées prêteraient serment entre les mains des commissaires et resteraient en communication avec le Comité révolutionnaire des Neuf, qui dès 9 heures du matin avait quitté l'Evêché pour s'installer à la Maison Commune, salle de l'Egalité ; par la même occasion, cinq nouveaux membres furent adjoints au Conseil général de la Commune.
A l'ouverture de la séance du Conseil général, le Commandant général, mandé d'urgence, resta introuvable. Le Comité des Neuf, sentant la nécessité de mettre à la tête de la force armée un chef aveuglément dévoué, arrêta son choix sur François Hanriot, commandant du bataillon des Sans-Culottes, prêt à employer les grands moyens, comme en témoignaient les propos sinistres qu'on lui attribuait. Hassenfratz, Boulanger et le commandant de la section armée des Gravilliers (Recordon) lui furent adjoints. Hanriot reçut l'ordre de s'emparer, au nom du peuple souverain, de l'Arsenal, des parcs d'artillerie de la ci-devant Place Royale et du Pont Neuf, et de faire tirer le canon d'alarme, ce qui fut exécuté dans la matinée. Une note annexée aux instructions données à Hanriot nous apprend que les citoyens Cusman, Deschamps et Hanriot, chargés de s'assurer de la personne du commandant de la force armée destitué, partirent à deux heures moins le quart pour s'acquitter de leur mission,, Ce commandant était Claude Mulot d'Auger, chef de la 5e légion, électeur de la section du Marais, domicilié rue du Plâtre-Sainte-Avoye, n° 18; il fut vraisemblablement arrêté, puisque le Comité des Neuf enjoignit au Comité révolutionnaire de la section de la Cité de le garder sous sa responsabilité jusqu'à nouvel ordre.
Les sections qui n'étaient point représentées dans le Comité central et se trouvaient dans l'ignorance absolue des décisions prises par ce pouvoir insurrectionnel, ne purent voir sans inquiétude ce qui se passait autour d'elles ; ainsi, la section de Molière et La Fontaine, instruite que le tocsin avait sonné et la générale avait été battue durant la nuit dans diverses sections, s'émut de mesures qui dans des temps aussi critiques étaient propres à alarmer les amis de l'ordre, et arrêta l'envoi de commissaires à la Convention nationale, au Département et à la Commune pour
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se concerler avec eux sur les moyens de conserver la tranquillité publique. La même seelion, informée qu'un rassemblement de citoyens armés se formait autour de la Convention, décida l'envoi de trois commissaires au Conseil général de la Commune à l'elfet de s'enquérir si c'était en vertu de ses ordres qu'une force armée venait de se porter à la Convention : pourquoi, dans ce cas la section n'en avait-elle pas été instruite et n'avait-elle reçu aucun avis pour en faire partie? Après le retour de ces commissaires, la section de Molière et La Fontaine en dépêcha trois autres au mémo Conseil à l'effet de s'informer comment le citoyen Ilanriol avait été nommé commandant provisoire de la force armée parisienne; par quelle autorité celte nomination avait été faite, si c'était lui qui avait souscrit la lettre remise le malin au commandant en chef de la seelion, en vertu de quel ordre le tocsin avait-il été sonné, la générale baltue et la fermeture des barrières ordonnée ? enfin pourquoi le canon d'alarme avait-il été tiré? A loules ces questions posées par les commissaires au Conseil général de la Commune, on se contenta de répondra évasivement que c'était le peuple.
Lo premier soin du Comité central révolutionnaire fut d'enjoindre à loutes les sections armées de veiller attentivement à la garde des barrières, en plaçant à chacune d'elles l'un des membres du Comité civil avec mission de protéger le passage des allants et venants et de s'opposer à la sortie de lous ceux qui paraîtraient suspects et qui n'auraient point de passeports en règle ou de laissez-passer délivrés par les Comités révolutionnaires des sections. Dès le matin du 31 mai, Ilanriol écrivait luimême à la section des Piques, l'invitant à donner les ordres les plus prompts pour que, dans l'étendue de cotte section, les barrières fussent fermées et qu'aucun citoyen ne pût sortir, même muni de cartes civiques ou de papiers quelconques.
Ce n'était pas assez d'empêcher le départ des suspects, il fallait avant tout s'assurer de leurs personnes; aussi le Comité central révolutionnaire ordonna-t-il en même lemps aux Comités révolutionnaires des sections de prendre les mesures les plus promptes et les plus efficaces à l'effet de desarmer et de mettre en état d'arrestation tous les individus suspects de leurs sections respectives; des commissaires munis de pleins pouvoirs furent spécialement délégués à cet effet, et, dans le cas où il n'y aurait pas assez de place dans les Comités révolutionnaires des sections pour garder à vue les suspects, on devait les envoyer au couvent des Minimes de la Place des Fédérés.
Au premier rang des personnages visés par le Comité central révolutionnaire se trouve Roland, dont l'arrestation immédiate fut décidée,
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Quatre commissaires de la section de la Cité, porteurs d'un ardre exprès «l'arrestal ion , ot assistés do deux membres du Comité révolutionnaire «le lu section de Reauropaire, se présentèrent au domicile de Roland qu'ils trouvèrent chez lui avec sa femme. Roland leur fit observer que, comme iineieu ministre, il avait des comptes à rendre et qu'il ne pouvait obéir qu'à un décret de la Convention. Pour sortir d'embarras l'un des commissaires se transporta à In Maison Commune pour y chercher do nouveaux ordres, mais ne revint qu'à !) Iioures du soir, sans avoir pu obtenir satisfaction; alors les commissaires qui étaient restés en permanence chez Roland prirent le parti de se retirer. Pondant ce temps Roland, ne se souciant point d'attendre une nouvelle visite domiciliaire, jugea plus prudent de s'esquiver. On ponsait d'abord qu'il s'était réfugié chez le citoyen La Richardière, ex-président du Tribunal de cassation; mais 1 indication était inexacte. A la date du l"juin le Comité central révolutionnaire, croyant être sur sa piste, invita le Comité révolutionnaire de la section du Murais à faire une visite chez Angran d'Aljeray (ex-lieutenant civil du Chàtelet), cul-de-sac de Pecquay, où devait se cacher l'ex-ministre. L'ordre en ques lion est accompagné du signalement de Roland, où se trouve ce détail peu flatteur : mal vêtu, dégoûtant, Trois membres du Comité de surveillance do la section du Marais, assistés de Charles-François de Courtye, coinmissaire de po'ice de la section, procédèrent sans larder aune perquisition en règle, qui demeura infructueuse, Lj Comité central révolutionnaire voyant Roland lui échapper, se dédommagea en chargeant l'un de ses membres, Marchand, de faire incarcérer sa femme,
Dès le 31 mai, le Comité central révolutionnaire avait également donné l'ordre au Comité révolutionnaire de la section des Piques de mettre eu étal d'arrestation Clavière, ministre des Contributions publiques, domicilié rue des Capucines, mais les commissaires de ce Comité ne le rencontrèrent pas chez lui ; Clavière, qui se trouvait probablement à sa maison de campagne de Suresnes, rentra dans la matinée du F* juin pour se rendre au Conseil exécutif el fut aussitôt arrêté ; l'on agita la question de savoir s'il serait conduit à la Maison Commune, mais en raison de la surexcitation des esprits, d'après l'avis du Conseil général de hi Commune, on jugea plus prudent de le garder à vue chez lui.
Tous ceux qui portaient ombrage au Comité insurrectionnel ou qui favorisaient le parti girondin furent à ce moment l'objet de mesures de rigueur; en voici un exemple caractéristique :
Pierre-Viclor Fournier, ancien officier de bouche de Cypierre, intendant de la maison d'Orléans, tenait depuis trois ans dans la rue Jean-
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Jacques-Rousseau l'hôtel de ce nom; il passait pour entretenir des relations avec les membres de la faction girondine, fut dénoncé par François-Elie Guirault, membre du Comité révolutionnaire de la section du Contrat- Social, que Corsas qualifie de scélérat, et convoqué à la Maison Commune par le Comité central révolutionnaire. Fournier se garda bien d'obtempérer à cette invitation; llanriot requit les commandants de la force armée des sections de prêter main-forte à Guiraull, pour l'exécution de l'ordre du Comité et, par un mot de sa main, prescrivit à Recordon de se mettre à la disposition de Guirault. Le Comité central révolutionnaire, instruit de la vive résistance opposée par Fournier, qui avait excité les soldats de sa compagnie et failli faire couler le sang des patriotes, enjoignit à Hanriol de ne rien négliger pour assurer la prompte exécution de son ordre. En conséquence le Commandant général envoya deux détachements de cavalerie de 20 hommes chacun, qu'on devait renforcer au besoin, pour arrêter « le citoyen Fournier, capitaine de la rue Jean-Jacques-Rousseau ». D'après le Précis rapide de Gorsas, ce fut la légion de Rosenthal, toute dévouée aux projets de la faction liberticide et prête à agir hostilement contre la représentation nationale, qui fut chargée de procéder à cette arrestation arbitraire. Quel était en somme le crime de Fournier? Il logeait deux chefs du parti Girondin, Ruzot et Rergoeing. D'après la déposition que fit le 27 brumaire an II Françoise Gagnard, femme de Pierre- Victor Fournier, l'infâme Buzot occupait depuis enyiron 3 mois un apparment dans son hôtel, ou il avait même couché dans la nuit du 30 au 31 mai, et s'était échappé entre 3 et 4 heures du matin. Bergoeing, l'un des membres de la Commission des Douze, logeait également dans cet hôtel, comme en fait foi le procès-verbal d'apposition de scellés sur les effets qu'il avait abandonnés lors de son évasion, dressé le 13 août 1793, par Lindet, juge de paix de la section du Contrat-Social. Le dénonciateur de Fournier, François-Elie Guirault, à première vue révolutionnaire à tous crins, apparaît sous un jour tout différent dans une dénonciation de Payen- Deslauriers, membre de la Commune, qui fut comme Guirault, l'un des présidents de la section du Contrat-Social. A l'en croire, Guirault se serait énergiquement opposé à ce que les citoyens Paly et Balardelle sonnassent le tocsin, quoiqu'ils en eussent reçu l'ordre du Comité central révolutionnaire, et se serait même écrié avec emportement : « Si vous êtes ivre de Révolution, moi, je ne le suis pas. » Dans cette même section, le commissaire de police Nicolas Monvoisin, ayant entendu sonner le tocsin et battre la générale, s'était rendu à son bureau, où il fut arrêté, ainsi que son secrétaire, par des commissaires du Comité de surveillance, qui, questionnés par lui au sujet des décrets en vertu desquels ils opéraient,
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répondirent qu'une loi de celle nuit autorisait à s'assurer des malfaiteurs et des suspects.
Quelques sections apportèrent un soin tout particulier à l'exécution des ordres du Comité central révolutionnaire pour la recherche et la mise en état d'arrestation de tous les citoyens dont le civisme laissait à désirer; ainsi le Comité révolutionnaire de la section du Faubourg-Montmartre décida le désarmement d'un certain nombre de suspects qui, en cas de résistance, devaient être arrêtés et enfermés dans la maison de force des citoyennes Douay, rue de Bellefonds, n° 218, provisoirement convertie en maison de sûreté et gardée par un poste de 25 hommes ; les citoyens de Boulainvilliers et d'Origny y furent immédiatement incarcérés. Dans la section des Droits-de-l'Homme, le Comité de surveillance jugea à propos de s'adjoindre quelques patriotes connus par leur civisme et procéda à l'arrestation et à l'envoi aux Minimes de divers suspects, entr'autres du citoyen André Dion, qui s'était porté au clocher de l'église de Saint-François à l'instant où l'on y sonnait le tocsin et avait voulu exiger du sonneur des pouvoirs écrits, d'un domestique, qui avait trouvé mauvais qu'on vint le requérir, parce qu'il ne s'était pas rendu à son poste au bruit de la générale.
Pourtant, sur plus d'un point, il y eut certaines hésitations; des scrupules se manifestèrent et vinrent entraver la prompte et immédiate exécution des ordres du Comité central révolutionnaire, au point que le Comité crut devoir adresser aux Comités de surveillance des communes et sections du département de Paris une circulaire où il exprima le regret que des ménagements et des considérations particulières eussent empêché le désarmement des suspects et l'arrestation de ceux dont les principes avaient toujours été contraires au gouvernement libre que le peuple entendait se donner; il déclara ces Comités responsables de la tranquillité publique, laquelle ne pouvait être obtenue qu'en désarmant les ennemis intérieurs, rappela que le peuple avait remis à ses commissaires le pouvoir de désarmer les premiers, tandis que ses frères combattaient les ennemis de l'extérieur, que le peuple était debout et ne voulait se rasseoir que lorsque tous ses adversaires seraient anéantis.
Le président de la section des Lombards ayant demandé quelques explications au sujet du mode d'arrestation des suspects, le Comité central révolutionnaire l'invita à retenir ceux-ci dans la section jusqu'à ce qu'on eût recueilli sur leur compte des renseignements certains, et dans le cas contraire, à les faire conduire aux Minimes de la Place des Fédérés.
Comme les ouvriers, dans maints ateliers, continuaient leurs travaux et qu'il était nécessaire, dans ces instants critiques, de s'assurer du concours de ces fermes défenseurs de la liberté, il fallut songer au moyen de
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les retenir sous les armes et de les dédommager de la perte de leur temps; le Comité central révolutionnaire, sur la motion d'un de ses membres (Loys), qui écrivit de sa main le projet d'arrêté, décida que l'armée révolutionnaire, destinée h proléger les patriotes de Paris contre les ennemis extérieurs, serait incessamment formée #1 pavée à raison de iO sols par jour, tant que durerait l'insurrection; que celle armée, forte de 24,000 hommes, serait réduite a 12,000, du jour où le peuple ne serait plus sur pied; que, dès le lendemain, cetle armée serait organisée cl portée à 4H bataillons; il ordonna en outre la levée d'une taxe de 30 millions sur les riches de Pari», destinée à payer l'armée révolutionnaire et à acheter des armes pour les sans-culoltes. délie mesure fut ratiliée par la Convention elle-même, qui décréta le même jour que les ouvriers dont le service serait requis pour la garde des propriétés recevraient 40 sols par jour, et que celte solde serait imposée sur les riches sous forme de sols additionnels.
Dès l'entrée en fondions du Comité central révolutionnaire, son attention se porta sur le directoire des Postes, composé de cinq administrateurs, que l'on savait intimement liés avec Roland, Brissot et les Girondins, et qui, depuis plusieurs mois déjà, étaient surveillés par quatre commissaires de la Convention, appartenant également au parti brissotin. Comme il importait d'exercer un contrôle sérieux sur celte administration, deux délégués furent envoyés par le Comité central, Antoine Roussillon, de la section de Marseille, et Leclerc (probablement Etienne-Pierre), membre du Comité de police de la Commune, qui commencèrent leurs opérations dès le 31 mai, mais sans mandat précis. Roussillon s'en plaignit et lit remarquer au Gomilé qu'on leur avait donné pour instructions de mettre hors d'état de nuire tous les agents des Postes suspects; mais, objectait-il non sans raison, à quel signe les reconnaître? les deux délégués devaient également apposer les scellés sur les papiers des suspects, mais aucun de ceux-ci n'était domicilié à la Poste; au surplus, comme le directoire continuait ses fonctions et qu'en outre trois commissaires du pouvoir exécutif avaient pour mission d'empêcher le départ des courriers, la présence des délégués devenait inutile, surlout en l'absence d'ordres précis. De son côté, le second délégué écrivait, le 1e' juin, qu'ils avaient consacré toute la nuit au triage des lettres, parmi lesquelles il s'en trouvait de très suspectes adressées à différents membres de la Convention, entr'aulres Buzot; Leclerc demandait s'il fallait transmettre au Comité central toutes les lettres suspectes, ou les ouvrir eux-mêmes, demandant des instructions formelles pour celle opération. Roussillon annonçait également « au Comité révolutionnaire des sans-culolles » qu'il avait transmis au Comilé de salut public les dépèches pour le président de la Convention el les Comités, el
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qu'il avail entre les mains îles dépêches d'Allemagne à l'adresse de Cliambonas, ancien minisire, et du minisire actuel Lebrun; de plus, qu'il avail fait apposer les scellés sur les papiers de Bosc, administrateur de la Poste aux lettres, son ancien ami, qui lui paraissait suspect et brissolin; cnlin, il recommandait de mettre les scellés cliez le mulâtre Raymond, dépositaire de la correspondance de Pétion.
Comme le pouvoir exécutif attachait une extrême importance au service des Postes, service public qu'on ne pouvait laisser à l'abandon, le Comité de salut public, avisé, dès le :il mai au malin, par les administrateurs des Postes de la présence d'une force armée qui empêchait toute sortie, avait au premier moment cru devoir suspendre le départ des courriers, mais était tout aussitôt revenu sur sa décision et avait arrêté que le service des courriers, des diligences et des messageries ne serait pas interrompu. Ce même jour, le directoire des Postes s'était adressé au pouvoir insurrectionnel pour que les facteurs, courriers et agents des postes ne subissent aucune interruption, en raison des maux incalculables qui pourraient en résulter, sollicitant des mesures analogues en faveur de l'administration des Messageries qui avait des fonds à envoyer aux armées. L'n même temps l'un des délégués du Comité central, Leclerc demanda la levée de la consigne qui empêchait le départ des courriers et pria le Comité central de lui envoyer deux commissaires, hommes sûrs et calmes, car, ajoutait-il, « j'ai la tête chaude, d'ailleurs je ne peux pas tenir ici seul, Roussillon ne pouvant pas revenir ». Les appréhensions de Leclerc devaient être fondées en raison des froissements et même des conflits que ne pouvait manquer de soulever la présence simultanée de surveillants envoyés à la fois par le Comité central et le Conseil général de la Commune. Ces commissaires de la Commune étaient au nombre de six ; ils adressèrent le 1er juin, à -i heures 1/2, au président du Conseil général celte curieuse lettre dans laquelle ils se plaignaient d'avoir été oubliés et déclaraient qu'ils étaient tenaillés par la faim : » La Commission du Conseil général à l'administration des Postes prie le Conseil général de vouloir bien la remplacer le plus promptement possible, car nous n'avons pas bougé depuis hier au soir, et nous mourons de faim. Vous voudrez, citoyen président, nommer de suite six membres du Conseil qui viennent prendre nos places, pour que nous puissions aller manger. Signé : Mamin, Mennessier, Camus et Boq ».
Le Conseil général de la Commune, confirmé dans ses fondions par les commissaires des sections, continua à siéger et à prendre des décisions sous sa propre responsabilité, décisions qui n'étaient pas toujours conformes à celles du Comité central révolutionnaire ; c'est ainsi qu'il arrêta
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que le tocsin cesserait de sonner, invitant les présidents des Assemblées générales des sections à se concerter à cet eiïet avec les Comités de sur veillance civils et le Commandant général de la force armée; parfois aussi, il se retrancha derrière le pouvoir insurrectionnel; Jacques Roux ayant proposé de mettre en état d'arreslation les prêtres réfractaires, les exnobles, les signataires de pétitions anticiviques, le Conseil général le renvoya au Comité révolutionnaire, essentiellement chargé, disait-il, de toutes les mesures de sûreté. Pendant la journée du 31 mai, le Conseil général se trouva plus d'une fois en présence de partisans de mesures violentes qui vinrent, à trois reprises, proposer de marcher sur la Convention à la tête des bataillons de Paris, pour arrêter et incarcérer « les membres gangrenés » de cette Assemblée. Fait digne de remarque, il semble que le Comité central révolutionnaire, représentant d'un pouvoir insurrectionnel, ait été plutôt enclin à la modération; on en voit une preuve incontestable dans le mandat que l'Assemblée générale des commissaires des 48 sections donna au Comité de police, à l'effet de s'assurer, de demiheure en demi-heure, de ce qui se produirait autour de la Convention, de veiller sur ceux de ses membres signalés par l'opinion publique comme contre-révolutionnaires et ennemis de la cause du peuple, et de rendre compte au Comité révolutionnaire de leurs démarches, afin que le peuple ne les immolât pas à sa vengeance et que le Comité pût, en cas de besoin, leur faire porter le secours et l'assistance que l'on doit à la représentation nationale.
Le premier contact du Comité central révolutionnaire avec la Convention ne tarda pas à se produire; une députation de l'Assemblée générale des i8 sections se présenta devant la Convention pour donner lecture d'une adresse destinée à l'instruire de ce qui se passait dans Paris. Le président Mallarmé, après avoir sommé les pétitionnaires de déclarer s'ils étaient ou non du nombre des commissaires qui avaient destitué la commune de Paris, s'ils étaient ou non envoyés par les Comités révolutionnaires des sections, et après avoir reçu leurs explications à cet égard, entendit la lecture de l'adresse en question, qui sans nul doute, émanait du Comité central révolutionnaire et non du Conseil général de la Commune, comme tendrait à le faire croire le texte inséré dans le procès-verbal de la Convention, où la phrase du début l'Assemblée générale des sections nous envoie pour vous communiquer les mesures que nous avons prises, est remplacée par ces mots : Le Conseil général de la Commune nous envoie ; cette adresse porte d'ailleurs les signatures de Loys, président, et Gusman, secrétaire du Comité insurrectionnel. La Municipalité vint à son tour demander à la Convention l'établissement d'une correspondance directe entre elle et les
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représentants de la nalion, de façon à ôlre renseignée heure par heure sur les mesures que prendrait l'Assemblée conventionnelle. La Convention accéda à cette requête et décida que des membres du Conseil exécutif du Département de Paris et du Conseil général de la Commune se réuniraient dans un local à proximité de la salle des séances, qui leur serait indiqué par les inspecteurs de la salle, pour recevoir les ordres de l'Assemblée, les transmettre aux autorités constituées et instruire le Comité de salut public de ce qui se passerait dans les divers quartiers de Paris. De plus, sur la proposition de Vergniaud, la Convention accueillit ces manifestations du sentiment populaire, en déclarant que les sections de Paris avaient bien mérité de la patrie par le zèle qu'elles avaient mis à rétablir l'ordre, à faire respecter les personnes et les propriétés, à assurer la liberté et la dignité de la représentation nationale, et en invitant les sections à continuer leur surveillance jusqu'au moment où elles seraient averties par les autorités constituées du retour du calme et de l'ordre public. En même temps, pour donner un semblant de satisfaction au côté droit de l'Assemblée, la Convention admit la motion de Camboulas, député de l'Aveyron, qui demandait que le Conseil exécutif provisoire fit les recherches les plus exactes pour découvrir les auteurs des troubles qui avaient agité Paris pendant la nuit du 30 au 31 mai, et qu'il fit traduire devant les tribunaux ceux qui avaient donné l'ordre de sonner le tocsin, de battre la générale, de tirer le canon d'alarme et de fermer les barrières.
Sur ces entrefaites une nouvelle députation de commissaires des 48 sections se présenta au nom du peuple de Paris à la barre à l'effet de notifier à la Convention ce que réclamaient les hommes du 14 juillet, du 10 août et du 31 mai, soulevés contre la tyrannie : 1° la formation d'une armée révolutionnaire soldée; 2° un décret d'accusation contre les 22 députés Girondins et les membres de la Commission des Douze ; 3° la fixation du prix du pain ; 1° l'établissement de fabriques d'armes; 5° l'envoi de commissaires à Marseille ; 6° l'arrestation des ministres Clavière et Lebrun ; 7° le renouvellement de l'administration des Postes. L'adresse en question, qui figure parmi les pièces annexes des procès-verbaux de la Convention, porte la signature de Dorat-Cubières, secrétaire-greffier adjoint de la Commune, mais elle n'émane point du Conseil général de la Commune ; elle fut manifestement rédigée par l'un des membres les plus marquants du Comité central révolutionnaire, Jean-Baptiste Loys, délégué de la section de Bon-Conseil, car l'on en trouve la minute, de la main de Loys, dans les papiers du Comité central révolutionnaire, et, particularité digne de remarque, le même Loys rédigea une adresse beaucoup plus développée que celle dont lecture fut donnée à la Convention, contenant les
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mêmes desiderata, mais qui semble n'avoir pas élé adoptée; il est curieux d'eu reproduire le texte, que nous n'avons rencontré nulle part et que l'on pourra rapprocher de la version officielle : (1)
« Le peuple de Paris levé en masse.
« Le peuple de Paris, bien convaincu de la justice de la cause qui vient de le faire lever tout entier pour la troisième fois, s'est porté hier en masse à votre barre et vous a t'ait entendre le langage de la modération, de la justice et de la vérité. Il vous a proposé des mesures efficaces pour opérer le salut de la patrie. Après l'avoir fait attendre plus de trois heures, les conspirateurs qui sont dans votre sein et qui sont les meneurs de la majorité, l'ont accablé d'outrage et de risée, et il n'a pu obtenir justice des attentats commis par cette faction liberticide qui veut nous précipiter dans l'abîme qu'elle a creusé sous nos pas.
« Nous venons, législateurs, répéter pour la seconde et dernière fois les mesures que vous devez prendre pour sauver la patrie, et nous vous déclarons au nom du peuple entier de Paris ici présent, au nom de nos frères des départements qui attendent de nous leur salut, que nous ne quitterons cette enceinte que ces mesures n'ayent été converties en décret.
« Le temps de la modération est passé, celui de la justice souveraine du peuple commence.
« Il serait superflu de tracer ici le tableau hideux des crimes atroces commis parles 22 députés dénoncés par les sections de Paris et par la majorité des départements, la République entière les connaît depuis longtemps, ces hommes pervers, couverts de crime et d'infamie, ils sont l'objet de l'exécration de tous les républicains, et il esl temps que les tribunaux judiciaires portent au plus haut degré d'évidence les attentats de ces quelques représentants du peuple, qui, chargés de ses intérêts les [dus chers, l'ont lâchement vendu aux guinées de la cour de Londres, et se sont constitués les chefs de la contre révolution que l'Europe, unie au.\ ennemis de l'intérieur, s'efforce d'opérer parmi nous.
« Nous vous demandons donc que Brissot, iiuadet, Gorsas, Barbaroux, (iensonné, Vergniaud et les autres seize députés dénoncés par les sections soient décrétés sur le champ d'accusation.
« N'oubliez pas que Maral a été décrété et envoyé au Tribunal révolutionnaire sur la dénonciation de quelques individus suspects, puisqu'il les avait dénoncés lui-même; or la dénonciation d'une immense cité, étayée de l'adhésion de la majorité des patriotes de la République, doit avoir autant de poids sur vos esprits que celle de quelques individus.
« Vous ne pouvez pas avoir deux poids et deux mesures, nous réclamons ici les principes saerés de l'égalité, ceux de la justice, qui veut que le criminel ne soit nulle part inviolable et que l'accusé, quelque soit le caractère dont il esl revêtu, ne puisse jamais être soustrait aux tribunaux établis pour prononcer sur le mérite des accusations.
« La Commission des Douze, que vous aviez cassée a usurpé le pouvoir dictatorial pour enchaîner le peuple; elle a foulé aux pieds vos lois, celle surtout qui défend de violer de nuit l'asile des citoyens, puisque des patriotes purs, des magistrats du peuple, investis de toute sa confiance, mil été arrachés au milieu des ténèbres, de leur asile et
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enlevés à leurs fonctions. Nous demandons également que ces douze tyrans soient décrétés sur le champ d'accusation.
« Législateurs, fatigués d'avoir sans cesse à combattre les esclaves de toute l'Europe et une nuée d'ennemis de l'intérieur qui nous pressent de toute part, nous demandons qu'il soit levé clans toutes les villes, bourgs cl hameaux de la Républiques des armées révolutionnaires, uniquement composées de sans-culottes el destinées à protéger les patriotes contre les ennemis de l'intérieur, dont le nombre sera proportionné à la population de chaque ville, que chaque citoyen qui servira dans ces armées recevra 25 sols par jour, prélevés sur la taxe imposée aux riches ; que l'armée de Paris sera portée à 20.000 hommes. Nous demandons que dans toutes les places de la République et sous les yeux du peuple, il soit élevé des ateliers occupés à la fabrication des armes de toute espèce, afin que tous les Sans-culottes soient incessamment armés pour la défense île leur droit et de leur liberté.
m Législateurs, écoulés enfin les cris, les gémissements des patriotes des départements, qui, victimes de l'agiotage et des accaparements, sont obligés de payer le pain 8, 10, 12 et jusqu'à 15 sols la livre, et sont condamnés à périr d'inanition et de misère par cette caste insolente, qui voudrait les ramener à la royauté par la famine. Hâtez vous donc de décréter que partout où ta livre de pain excédera 3 sols, le surplus sera restitué exactement à tous les Sans-culottes h raison de 2 livres pesant par tête, et que celte dépense sera prise sur les sols additionnels.
« Décrétés le prompt désarmement et la mise en arrestation dans toutes les villes de la République des hommes suspecls, et que les hommes connus par leur incivisme et par leur conduite contre-révolutionnaire soient livrés au glaive vengeur des lois. Mettés un terme à celte nuée de conspirations sans cesse renaissantes, à ces défaites concertées, en licenciant de nos armées tous les hommes connus par leur incivisme et tous les ci-devant nobles, qui de concert avec nos ennemis leur livrent nos soldats sans défense.
« C'est dans les sections de la République que les contre-révolutionnaires, que les partisans de la royauté trouvent un point de ralliement; décrétés que tant que la patrie sera en danger il n'y aura d'admis à voter dans les sections que les citoyens qui seront connus pour avoir constamment professé des principes purs depuis 17X0, que les Comités révolutionnaires des sections soient chargés de décider quels sont les citoyens purs qui auront le droit de voter.
(i Le Tribunal révolutionnaire de Paris a la confiance du peuple, prolongés son existence, telle qu'elle est, de .'î mois et que les patriotes soient autorisés à lui adjoindre deux sections investies des mêmes pouvoirs et formées des mêmes éléments.
« Législateurs, occupés vous sérieusement de ces citoyens malheureux, à qui les blessures, la vieillesse ou les infirmités interdisent les travaux pénibles ; ouvrez enfin pour eux des ateliers qui leur assurent un travail accommodé à leur faiblesse, et donl le produit soit moins fixé sur la valeur réelle de ce qu'ils auront fait que sur les besoins qu'ils éprouvent.
« Mettés promptement à exécution votre décret portant emprunt forcé' d'un milliard sur les riches.
« Hâtés vous d'accorder aux épouses, aux mères, aux enfants des défenseurs de la patrie la jusle indemnité qui leur est due par la Nation, et que celte dette, la plus sacrée de toutes, soit incessamment acquittée.
« Législateurs, épurés le Comité de salut public, épurés le Conseil exécutif, chassés du limon des affaires les Lebrun, les Clavière, et cette horde d'agents subalternes, dont l'incivisme est connu, qu'ils soient remplacés sur-le-champ par des patriotes purs et intelligents. Chassés surtout cet infâme directoire des Postes, qui est ouvertement coalisé avec nos ennemis.
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« Prenés des mesures promptes pour empêcher les patriotes de Marseille de tomber sous le fer liberticide des conire-révolutionnaires qui dans ce moment-ci exercent sur eux le despotisme le plus affreux et le plus barbare et les égorgent impitoyablement.
« Législateurs, voilà les mesures que nous vous proposons, nous demandons que vous mettiez aux voix par appel nominal leur conversion en décret ».
La proclamation lancée par la Convention le l"juin pour faire connaître le grand mouvement qui venait de se produire, donne l'impression exacte de ce que fut la journée du 31 mai. « Les sections, y est-il dit, ont mis toutes les personnes et les propriétés sous la sauvegarde de tous les bons républicains. Si le tocsin et le canon d'alarme ont retenti, du moins aucun trouble, aucune terreur n'ont été répandus, le bruit des ateliers n'a point été interrompu et le cours des affaires a été le même. La Convention, qu'on avait voulu alarmer sur la vie de plusieurs de ses membres, a vu ses alarmes disparaître, au moment même où l'agitation est devenue plus générale. Telle a été cette journée; elle a inspiré un instant des inquiétudes, mais tous les résultats ont été heureux: elle a présenté l'élonnant spectacle d'une insurrection dans laquelle la vie et les propriétés ont été aussi sûrement protégées que dans le meilleur ordre social. »
Pendant que la Convention appréciait à son point de vue les résultats de la journée du 31 mai, le Comité central révolutionnaire annonçait de son côté, aux termes d'une proclamation qui fut publiée dans les sections, que la Commission inquisitorialc des Douze était renvoyée, l'armée révolutionnaire des Sans-culottes établie, le germe de la guerre civile étouffé, que les 48 sections n'en faisaient qu'une et avaient bien mérité de la patrie, que les individus suspects avaient été désarmés, et il concluait en ces termes : « Voilà notre ouvrage, mais ce n'est rien encore : les traîtres qui siègent au Sénat doivent être aujourd'hui exclus par décret; que les citoyens l'attendent avec cette fermeté énergique qu'ils déploient depuis 3 jours, leur bonheur est aujourd'hui assuré, la liberté triomphe et la patrie est sauvée » (1).
Malgré l'optimisme, peut-être plus apparent que réel, avec lequel la Convention semblait envisager la journée du 31 mai, la situation demeurait troublée et menaçante, car le peuple de Paris ne désarmait point : c'est ce qui ressort de la déclaration faite, le Ie' juin, par Garât au Comité de salut public. L'agitation des esprits était extrême, les citoyens de Paris restaient debout, le Comité central révolutionnaire avait pris et continuait de prendre des mesures de sûreté. Le maire de Paris, convoqué par le
(1) V. le t. VIII de noire Répertoire, n6 2796.
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Comité de salut public, altesta dans son exposé de la situalion que tous les citoyens de la capitale, fatigués des calomnies d'une faction puissante, étaient unanimes à demander justice de ces calomnies, ayant pour objet de provoquer les départements contre Paris, de diviser la République et d'établir le fédéralisme; que depuis deux jours il s'était formé un Comité révolutionnaire, composé de neuf, puis de dix citoyens, et complété par une Commission révolutionnaire de 1§ membres nommés aux Jacobins; que le peuple, instruit de l'extrême effervescence qui régnait à la Convention et du renouvellement des calomnies contre Paris, avait résolu de présenter une nouvelle pétition. Tous les rapports reçus par le Comité de salut public s'accordaient à constater que les citoyens étaient sous les armes, attendant l'entrée en séance des représentants du peuple, que cependant l'ordre régnait dans tous les quartiers de la Ville et que l'appareil militaire ne faisait présager ni troubles, ni violences, qu'enfin tous les citoyens paraissaient animés du même esprit.
Au Conseil général de la Commune, le 1er juin au matin, la journée du 'M mai fut célébrée comme l'une des plus belles de la Révolution aux yeux des républicains; le Comité central révolutionnaire qui, en vertu d'arrêté du Conseil, avait reçu la dénomination de Comité révolutionnaire créé par le peuple du Département de Paris, vint présenter au Conseil une adresse à la Convention nationale pour réclamer au nom de ce peuple plusieurs mesures de salut public. Cette adresse, adoptée à 5 heures du soir, fut portée à la Convention dans la soirée par une députation, composée de (i délégués de la Commune et de 6 du Comité révolutionnaire, députation à la tète de laquelle se trouvait Hassenfratz, qui prit la parole et demanda un décret d'accusation contre Guadet, Brissot, Corsas, Petion, Vergniaud, Salle, Barbaroux, Cbambon, Buzot, Birotteau, Ducos, Lidon, Rabaut, La Source, Fonfrède, Lanthenas, lsnard, Lanjuinais, Dusaulx, Fauchet, Grangeneuve, Lehardy et Lesage, tous députés du parti Girondin. Hassenfratz termina son discours par cette mise en demeure adressée à la Montagne :
« Représentants du peuple qui siégez à la Montagne, nous attendons que vous sauviez la patrie, vous ne pouvez la sauver qu'en mettant en état d'accusation les hommes que nous vous dénonçons. Si vous ne pouvez sauver la patrie; annoncez-nous le, nous sommes debout, nous la sauverons, comme nous l'avons déjà sauvée deux fois » (1).
(1) V. le t. VIII de noire Répertoire, n° 2788.
ixxxyi [IttfiODtiGTiOîî
La Convention se borna à décréter que le Comité de salut public ferait sous trois jours un rapport sur l'adresse des pétitionnaires.
Le procès-verbal de la séance permanente que tint le 1er juin, de b* heufes du soir à '\ heures du matin, l'Assemblée générale de la section de Molière et La Fontaine, qui envoya coup sur coup des commissaires à la Convention et à la Commune, pour savoir heure par heure ce qui se passait, nous olfre un tableau des plus mouvementés de la situation, où se trouvent recueillies et notées les impressions de témoins oculaires (1).
Suivant le récit de l'un des commissaires dépéchés auprès de la Convention, les avenues de la Convention étaient occupées par une foule immense ; la séance n'était pas encore ouverte, mais l'Assemblée avait été convoquée sur la demande du Comité de salut public pour recevoir une pétition du Conseil général de la Commune réclamant l'arrestation de la Commission des Douze. Un autre commissaire, de retour de la Commune, rapporta qu'une section étant venue demander la cause des rassemblements armés autour de la Convention, le président du Conseil général et Cbaumette avaient répondu que la force armée y avait été dirigée, sur l'avis d'un rassemblement suspect aux Champs-Elysées, où plusieurs députés s'étaient, disait-on, réfugiés; il fit connaître également que la pétition arrêtée par le Comité révolutionnaire avait été présentée et avait donné lieu à de très vifs débats, que Marat l'avait soutenue en répondant du succès. On apprit en outre que les délégués de la Commune à la Convention avaient été mal reçus par une partie de l'Assemblée, que Robespierre avait dit à Gatrez, l'un d'eux, qu'ils ne pouvaient pas faire arrêter les députés dénoncés, mais que le peuple s'étant levé, il fallait qu'il achevât son œuvre. Dans cette même soirée, la section de Molière et La Fontaine reçut un officier municipal, revêtu de son écharpe, du nombre de ceux chargés par la Commune de faire les proclamations au sujet des mesures de salut public, lequel annonça que la Commune ayant présenté une pétition à la Convention pour obtenir l'arrestation des députés suspects, l'Assemblée délibérait sur cet objet, et invita les citoyens à attendre avec constance et courage les résultats de cette importante journée, llassenfralz jeune, qui l'accompagnait, prit à son tour la parole et s'exprima en ces termes : « Le Conseil général de la Commune ne désemparera pas qu'il n'ait obtenu le décret d'accusation demandé à la Convention; il nous faut justice, le peuple la veut, il l'aura. » Ce langage était net et significatif, il montre bien que le parti Girondin était irrévocablement condamné. Suivant le langage de l'un des commissaires dépêchés
^1) V. le t. VIII de notre Répertoire, nu «771.
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