VINCENT
Député de la Seine-hifèricure.
381. — Procès-verbal de reconnaissance et de levée des scellés apposés au domicile du ciloyen Vincent, député, rue de Lille, n° 007, en vertu d'un ordre du Comité de sûreté générale, du 4 brumaire, par les soins du citoyen Sevray, membre du Comité du 4e arrondissement, séant section de la Halle-au-Blé.
1 1 brumaire an III.
Original signé, au verso de l'arrêté du Comité, A. N., F7 4775 «».
13. — L'esprit public à Paris de janvier à juin 1793. — Rapports et ordres du jour de la garde nationale. — Rapports et déclarations des observateurs au Bureau de surveillance de la Police.
382. — Lettre de Santerre, commandant général de la garde nationale, au Conseil exécutif provisoire, accusant réception de l'extrait des délibérations du Conseil relativement aux mesures à prendre pour as-
surer la tranquillité dans les spectacles, et l'assurant de son zèle pour l'exécution des ordres en question.
10 janvier 1793.
Original signé, A. N., AFIV 1470.
383. — Rapport génère] des lésions do la garde nationale, signalant, entre autres particularités, que, dans la 3e légion, le poste de cavalerie aux Ecuries cidevant Monsieur n'avait pas le mol d'ordre et n'a voulu reconnaître aucunes patrouilles, sous prétexte que les cavaliers n'avaient que des gilets sans doublure et ne pouvaient sortir par le froid de la nuit, et faisant observer que, les rapports de la veille u étant parvenus que très lard à l'état-major, on n'a pu envoyer au Conseil exécutif que l'ordre général, que, du reste, il n'y avait rien de nouveau ni d'intéressant, la tranquillité avait été absolue et les rondes et patrouilles faites très exactement.
17 janvier 1793.
Original, certifié par Clément, secrétaire de l'Etat-major général, A.N., AFIV 1 470.
384. — Lettre de Santerre, commandant général provisoire de la garde nationale, au Conseil exécutif, annonçant qu'il arrive du Temple et des postes, et que tout est parfaitement tranquille, qu'il a consigné à l'Ecole militaire 200 hommes et 200 chevaux, que dans chaque section il y a aO hommes de réserve, et envoyant à sa place son adjudant général, car il n'a pas dormi depuis deux nuits et tient à être prêt dans deux heures, si l'on a besoin de lui.
17 janvier 1793, minuit.
Original signé, A. A\, AF1V 1470.
385. — Lettre de Vincent, secrétaire général de la force armée, annonçant que, conformément à l'arrêté du Conseil exécutif provisoire du 17 janvier, le Commandant général provisoire continuera à faire passer journellement la feuille de rapport des faits qui seront venus à sa connaissance et des mesures qui auront été prises pour le maintien de l'ordre et de la paix publique.
17 janvier 17!)3.
Original signé, A. A., AF1V 1470.
Pour l'arrêté du Conseil exécutif du 17 janvier, v. le t. YI1I de notre Répertoire, n° 1093.
386. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, portant que les chefs de légion commanderont, dans
chaque section, une réserve de :>0 hommes au lieu de 2;>, déclarant qu'il n'y a aucune crainte à avoir, que le Commandant général, qui a passé la nuit à visiter les postes, les a trouvés en règle, que l'opinion seule est un peu égarée, mais qu'avec un commandant général patriote et n'ayant d'autre but que la défense publique et des lois, une union parfaite, une surveillance générale entre les sections, le Département et la Municipalité, quoiqu'on ait fait croire qu'il y a dans Paris des factieux cachés, il n'y a pas lieu de concevoir la moindre inquiétude, pourvu que les sections restent unies.
17 janvier 1793.
Extrait conforme, signé de Clément, A. A., AF'v 1470.
387. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, portant que les patrouilles se feront de jour comme de nuit et que chaque compagnie de canonniers fournira 4 hommes de garde par pièce de canon, que le commandant de chaque poste fera trois appels par jour, que les chefs de légion, commandants en chef et en second des sections sont invités à ne pas s'éloigner de chez eux, que chaque caserne de fédérés et autres troupes de ligne consignera la moitié de sa troupe, constatant qu'il y a ,800 hommes à cheval prêts à marcher et un plus grand nombre de troupes de ligne et de fédérés, et invitant les commissaires des sections à veiller de très près à ce que les marchands d'habits et colporteurs n'achètent, sous aucun prétexte, d'habits ou d'armes de la cavalerie de l'Ecole militaire et de toutes autres troupes à la solde de la République.
18 janvier 1793.
Extrait conforme, signé de Clément, secrétaire de l'Etat-major, A. N., AFIV 1470.
388. — Lettre de Chambon, maire de Paris, au Conseil exécutif provisoire, faisant connaîlre que la tranquillité est assez générale et déclarant que le dessein de se porter au Temple pour égorger la famille de Louis Capet est inconnu de beaucoup de personnes, mais qu'il a donné des ordres aux commandants des sections armées voisines du Temple et au Commandant gé-
néral pour prévenir l'effet de cette résolulion, si l'on voulait la mettre à exécution, ajoutant qu'il existerait, parait-il, une liste de proscription, qu'on nomme la grande liste, dans laquelle on lui a fait l'honneur de le comprendre, mais qu'il n'a pu savoir quels étaient les autres noms, et que cette circonstance concorde avec les propos que sa femme a entendus, ce matin aux Tuileries, sur le sort qu'on lui prépare.
18 janvier 1793.
Original signé, A. N., AFIV 1470.
389. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, déclarant que les circonstances extraordinaires où l'on se trouve font assez présumer les dangers à craindre et les précautions à prendre , qu'il est inutile de se persuader qu'aucun Français, aucun républicain ait besoin de phrases pour le stimuler, qu'en conséquence le Commandant général demande la même surveillance et la même exactitude que les jours précédents, et maintient les réserves de cinquante hommes jusqu'à nouvel ordre, avec rapport général des légions, portant que tout a été de la plus parfaite tranquillité dans Paris.
19 janvier 1793.
Extraits conformes (2 pièces), A. N., AFIV
390. — Lettre de Santerre, commandant général provisoire, maréchal de camp de la 17e division, au citoyen Pache, ministre de la guerre, accusant réception de sa lettre qui lui confirme l'assassinat commis sur la personne de LePeletier de Saint- Fargeau, qu'il connaissait déjà, mais l'avis de l'arrestation de l'assassin, donné par le ministre, va lui faire prendre des mesures dont il fera connaître le résultat.
20 janvier 1793.
Original signé, A. N., AFIV 1470.
391. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, invitant les commandanls et adjudants de la section de l'Arsenal à faire de fréquentes visites au poste de la fonderie de l'Arsenal, en raison de l'inexactitude du service des canonniers, donnant des instructions aux
adjudants chargés de rondes, et décidant que tous les citoyens se tiendront prêts à marcher au premier rappel, qu'à ce moment chaque section désignera 25 fusiliers qui auront chacun une carte à la boutonnière, portant leur nom, celui du président et de la section, seront munis chacun 16 cartouches, et devront savoir manœuvrer.
20 janvier 1793.
Extrait conforme, signé de Clément, A. N., AFIV 1470.
392. — Lettre de Chambon, maire de Paris, au citoyen Grouvelle, secrétaire du Conseil exécutif provisoire, accusant réception de l'arrêté du Conseil relatif aux mesures à prendre par la Municipalité, de concert avec le Département et le Commandant général, pour lui rendre compte de la situation de Paris et des dispositions prises pour le maintien de l'ordre et de la tranquillité publique, et annonçant qu'il a été chargé de se concerter avec le Département de Police pour envoyer chaque jour au Conseil exécutif le compte qu'il demande, mais faisant observer qu'il n'a connu cet arrêté que le 19, parce qu'au lieu de lui avoir été adressé directement, il a été remis à la Maison commune.
21 janvier 1793.
Original signé, A. N., AFIV 1470.
393. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, reproduisant un arrêté du Conseil général du Département qui ordonne le retrait de la force armée placée aux barrières, attendu que la mission pour laquelle elle avait été commandée vient d'être remplie, annonçant que le jugement de Louis Capet a été exécuté à 10 heures 20 minutes, déclarant que le silence imposant et l'obéissance aux commandaments doivent rassurer tous les citoyens, en outre, lorsque le peuple voit la loi atteindre tous les hommes, cela lui impose le devoir d'arrêter tout criminel et non de se faire justice soi-même, invitant tous les bons citoyens à découvrir le scélérat Paris qui a assassiné le défenseur du peuple Le Peletier de Saint-Fargeau, dont les vertus civiques et les principes n'ont
L'ESPRIT Pl'IiLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793
jamais changé, donnant son signalement en ces ternies, sàVoir : taille de 5 pieds b pouces, moyenne grosseur, teint livide, la barbe et les cheveux très noirs, les sourcils forls, avant hier une lévite grise à revers verts; ordonnant que toutes les réserves dans les places publiques, ainsi que les canons se retirerontà l'instant, mais avec continuation de la même surveillance, enfin, prévenant le Conseil exécutif qu'il ne recevra pas la feuille de rapport, parce que l'exécution de ce jour a empêché les feuilles des légions de parvenir à l'état-major général, avec lettre d'envoi de Sanlerre, portant qu'il n'a rien que de satisfaisant à annoncer au Conseil sur l'état de Paris.
21 janvier 1793.
Copie, extrait conforme et original signe (3 pièces), A. N., AF1V 1470.
394. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, portant défenses à tous postes et corps de garde d'arrêter, avant la retraite battue, aucune patrouille et de la forcer à donner le mot d'ordre, qu'elle ne peut et ne doit avoir qu'après la retraite, annonçant que, depuis plusieurs jours, le commandant général de la force armée de Versailles a envoyé un adjudant auprès de celui de Paris, pour demander ses ordres afin de lui venir en aide, si cela était nécessaire, et faisant connaître que les citoyens de Saint-Denis et du Bourg-de-l'Egalité ont assuré avec exactitude la tranquillité publique autour de Paris, avec la feuille du rapport des légions, mentionnant pour la 3e légion, qu'une patrouille de la section des Quatre-Nalions, passant devant le poste de la prison de l'Abbaye, y a trouvé les gendarmes de garde, presque tous pris de vin, et très malhonnêtes envers les citoyens.
22 janvier 1793.
Extraits certifiés conformes, l'un d'eux signé de Santerre (2 pièces), A. N. , AF'V 1470.
395. — Lettre du maire et des administrateurs du Département de Police au Conseil exécutif provisoire, déclarant que Paris parait jouir d'une grande tranquillité et qu'il n'est parvenu aucun rapport
qui puisse faire appréhender le moindre désordre, mais que, malgré cette apparence de sûreté, ils ont décidé que la ville serait illuminée en entier, jusqu'à samedi, par les réverbères, dont l'usage n'est pas général en temps de lune, ayant pensé que l'économie n'est pas de saison dans des temps d'inquiétudes, ajoutant que s'ils apprennent quelque chose d'essentiel, ils s'empresseront d'en donner avis.
22 janvier 1793.
Original, signé de Chambon, Louis Roulx et Bruslé, A. N., AFIV 1479.
390. — Ordre de l'état major delà garde nationale parisienne pour la cérémonie funèbre de Le Peletier de Saint- Fargeau, arrêtant les dispositions suivantes : la marche du cortège devait s'ouvrir par un détachement de gendarmerie de 100 hommes, suivi de sapeurs et canonniers sans canons, et de gendarmes, puis un peloton de 20 tambours voilés, les Déclarations des Droits de l'Homme portées par des citoyens, auquel devait succéder un défilé de gardes nationaux, une bannière, les Elèves de la Patrie, les Corps judiciaires, la figure de la Liberté, un détachement de 16 tambours, les faisceaux des 84 départements portés par des fédérés, le Conseil exécutif provisoire, un détachement de la gendarmerie de la Convention, les vêtements ensanglantés de la victime, la Convention nationale, des députés portant une bannière sur laquelle seront inscrites les dernières paroles de I.e Peletier, son corps entouré de canonniers le sabre nu à la main, la musique de la garde nationale, placée autour du piédestal et devant suivre le corps, la famille du défunt, un groupe de mères conduisant des enfants, un détachement de la garde de la Convention, 16 tambours voilés de la 4e légion, des volontaires des 3 dernières légions, 16 tambours de la 5e légion, des fédérés armés, un peloton de tambours de la 6e légion, les Sociétés populaires, 100 cavaliers, savoir : 80 de l'Ecole militaire et 20 de la légion Rosenthal, les 6 légions devant fournir chacune 400 hommes pour former la haie depuis la rue du Roule jusqu'à la place
des Piques ; le cortège devait partir à 8 heures très précises et passer par les rues Saint-Honoré, le Roule, le Pont-Neuf, les rues de Thionville, des Fossés-Saint- Germain, de la Liberté, ci-devant Monsieur- Ie-Prince, place Saint-Michel, rues d'Enfer, Saint-Thomas et Saint-Jacques jusqu'au Panthéon, avec 7 stations, la première devant la salle des Amis de la Liberté, la 2e en face de l'Oratoire, la 3e sur le Pont-Neuf, en face de la Samaritaine, la 4e devanl La salle des séances des Amis des Droits de l'Homme, la 5° au carrefour de la rue de la Liberté, la 6e place Saint-Michel, la 7e au Panthéon.
23 janvier 1793.
Copie conforme, signée de Clément, secrétaire de l'Etat-major, A. N., AFÏV 1470.
397. — Extrait de l'ordre du jour de la çarde nationale parisienne, reproduisant le jugement rendu, le 23 janvier, par le Commandant général, dans un conllit qui s'était produit, le 31 décembre, à l'Arsenal, où les canonniers de la section des Lombards, autorisés par le ministre à y prendre une pièce de canon, avaient été très mal accueillis par les canonniers de garde, qui d'ailleurs n'avaient pas été prévenus, déclarant qu'il n'y avait pas eu de violalion de la part de la section des Lombards, mais un simple malentendu, condamnant toutefois un tambour à cause de son insubordination et de la fausseté de sa déclaration ; les commissaires de la section des Lombards ayant demandé sa grâce, les commissaires canonniers de la section de l'Observatoire, touchés de ce procédé, décidèrent que, le dimanche suivant, il y aurait réunion de 40 citoyens de chacune des deux sections, afin de porter ensemble une santé républicaine, puis que l'on se rendrait, à l'heure de midi sur la place d'armes, à la parade, pour se donner mutuellement le baiser de fraternité , en présence et avec l'adhésion du Commandant général, et que le citoyen Drouas, directeur de l'arlillerie, dont les canonniers reconnaissent le civisme et l'honneur, serait invité à se joindre à cette réunion.
25 janvier 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AF1V 1470.
398. — Lettre du maire et des administrateurs du Département de Police au Conseil exécutif provisoire, déclarant que Paris est toujours à peu près aussi tranquille, que cependant, d'après un rapport qui leur est parvenu, on se proposait de se porter, le jour même, aux prisons, pour y égorger les détenus, et que le massacre devait commencer par la prison de l'Abbaye, et, quelque soit le degré de confiance que puisse mériter cet avis, recueilli dans différents groupes, le Maire a cru devoir le transmettre au Commandant général, en lui recommandant d'envoyer sans retard, aux différentes prisons, une force capable d'empêcher l'invasion qu'on pourrait tenter d'en faire.
25 janvier 1 793.
Original, signé de Chambon et Arbcltier, A. N., AFIV 1470.
399. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, portant que dans la 3e légion, deux particuliers se battant à coups de sabre sur le boulevard, près de la rue de Sèvres, ont été arrêtés et reconduits à leurs casernes, qu'un jeune homme a été amené au poste de la Croix-Rouge, ayant été maltraité à coups de bâton par deux individus pour avoir parlé du jugement du ci-devant Roi, et déclarant que tout a été parfaitement calme dans toutes les légions.
25 janvier 1793.
Original, signé de Santerre et de Clément, A. N., AFIV 1470.
400. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, constatant que la veille il y avait eu beaucoup de patrouilles près des prisons, et que personne n'avait rien vu, que les mêmes individus qui trompaient Roland, veulent aussi tromper le Maire, mais que le Commandant général aime cent fois mieux les instructions des Comités des sections que les avis de qui que ce soit, remarquant qu'on voudrait faire croire que Paris n'est pas tranquille, mais qu'il l'est parfaitement, et que malgré toutes les calomnies, le peuple ne sait se mettre en colère que lorsque cela est nécessaire, annonçant pour le 27 une fête arrêtée par la Commune pour la plan-
talion du chêne de la fraternilé sur la place de la Réunion, ci-devant du Carrousel, et indiquant l'ordre et la marche du cortège, dans lequel figurent, indépendamment des corps judiciaires, d'une députation de la Convention, de la Municipalité et du Département, des commissaires de la Commune du 10 août avec leurs bannières, les vétérans, les Elèves de la Patrie, la musique de la garde nationale, des volontaires des 84 départements et des détachements des 6 légions, décidant que le cortège se mettra en marche à 10 heures précises et invitant chacun à se rendre exactement à son poste, pour que le retard qui s'est produit à la place des Piques ne puisse se renouveler, recommandant aux citoyens d'obéir à leurs chefs, de se défaire de la manie de commander qui fait fureur, et de ne point quitter leurs rangs à tout propos pour donner au Commandant général leurs avis ou leurs ordres, rappelant la conduite extraordinaire des canonniers auprès du Panthéon et déclarant qu'il s'en prendra désormais aux officiers, et que ce sont eux que le Commandant général punira si, lorsqu'ils auront commandé fixe! quelqu'un parle ou sort du rang, notifiant de la part du ministre de la guerre que l'épreuve des 20 pièces de canons fabriquées par les frères Perier se fera, le dimanche 27, les circonstances n'ayant pas permis de la faire le dimanche précédent.
20 janvier 1793.
Copie conforme, A. A7., AF1V 1470.
401. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, portant : t° que le chef de la première légion a fait lui-même la visite des prisons de Sainte- Pélagie, de l'Abbaye et de la Conciergerie, et qu'il y a trouvé tout très calme et en ordre; 2° que la visite des postes de la Caisse, du Trésor national et des prisons a été faite par les commandants des sections du Mail et de la Hutte-des-Moiilins, qui ont trouvé tous les postes très en règle et très tranquilles; 3° que le citoyen Perard, de la Convention nationale, a refusé de monter sa garde et a déclaré que,
n'étant pas de Paris, il ne la monterait pas et ne se ferait pas remplacer.
20 janvier 1793.
Original, signé de Santene et de Clément, A. A'., AF1V 1170.
402. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, faisant connaître que, le 27 janvier, en vertu des instructions du Comité de sûreté générale, les juges de paix, commissaires de police et officiers de police, reçurent l'ordre de se transporter au Palais de l'Egalité, pour y arrêter les citoyens sans cartes et sans asile, ainsi que les factieux qui ouvertement menacent les membres de la Convention et la liberté', que le Commandant général, requis de prêter main forte, réunit 3,700 hommes, qui se trouvèrent au Palais-Egalité à 8 heures, et en 3 minutes investirent toutes les maisons, où 0,000 individus environ furent trouvés sans caries de civisme et reconduits dans leurs sections, afin de reconnaître les émigrés et les négligents qui circulent sans preuves de leur civisme, au moment où les patriotes terminent leur guerre avec les aristocrates, invitant en conséquence les citoyens à se munir de leurs cartes de civisme et à imiter leurs frères d'armes qui, aux frontières, ont battu les émigrés, les Prussiens et Autrichiens, et les battent encore, en déclarant la guerre aux ennemis de l'intérieur, qu'on doit chasser comme des bêtes enragées, assurant que si chaque bon républicain veille la maison (lui l'avoisine, sous trois mois la paix intérieure et extérieure sera faite, que la République française sera aussi belle que Rome dans sa splendeur, et plus encore, « car, ajoute Santerre, les siècles ont ajouté à notre philosophie et à nos connaissances, et malgré la stupidité qu'avait produit l'esclavage, aux lumières des Romains sont jointes celles des Français, qui serviront à conserver à perpétuité notre liberté », se plaignant enfin de ce que, malgré la défense de rappeler dans les sections et de battre en venant à la Commune, plusieurs sont arrivés tambour battant.
28 janvier 1793.
Copie conforme, A. N., AFIV 1470.
garde nationale parisienne, portant qu'à raison des coups de fusils tirés de l'île Louviers sur la sentinelle du jardin de l'Arsenal, le Commandant général ordonne d'arrêter tous ceux qui tireront dans les rues, sur les quais et dans les îles, de même les cavaliers qui circulent dans les contre- allées des boulevards réservées aux piétons, de mettre en fourrière les chevaux des charretiers qui déchargeront des gravois sur les boulevards extérieurs, invitant les entrepreneurs de réparations des boulevards, principalement du côté des Invalides, à relever les fossés pour que les voitures ne passent point dans les contre-allées, appelant enfin l'attention sur les distributeurs dans les sections d'écrits aux pauvres femmes et femmes des camarades aux frontières, lesquels sont fort durs et malhonnêtes à l'égard de ces braves femmes, qu'il recommande aux commissaires des sections.
29 janvier 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AFIV 1470.
404. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, annonçant l'organisation définitive du corps de l'Ecole militaire, ramené à une division, et, à propos de l'accusation portée contre Santerre par plusieurs cavaliers, qui tendrait à faire croire que le Commandant général gagne sur eux 5 sols par jour, déclarant que, quoiqu'il méprise ces basses calomnies, il est cependant bon de savoir que cela ne se peut, le quartier-maître du corps touchant au Trésor sur le contrôle de chaque compagnie, et que, dans chaque division, un conseil d'administration vérifie et ordonnance les achats; que le Commandant général a été chargé d'une opération jugée nécessaire pour ne pas laisser nus 47,000 hommes qui ont été habillés par ses soins, et qu'il a été, dans cette affaire, le réformateur et l'économe de la République, que, du reste, il a rendu ses comptes, et qu'ayant eu le maniement de 5 millions, il courait le risque d'être ruiné, s'il avait rencontré un seul mandataire infidèle, que s'il est satisfait d'avoir pu servir la
République, il ne le serait pas de perdre l'estime de ses concitoyens sans fondement, déclarant enfin que le ministre a vu avec plaisir la section des Sans-Culottes restituer à l'Arsenal les canons et caissons qu'on lui avait prêtés, et qu'il a lieu d'espérer que les autres sections suivront cet exemple.
30 janvier 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF™ 1470.
405. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, constatant dans celui de la 2e légion, que 2 soldats ont été arrêtés la nuit sur le gazon du Louvre avec 2 filles, qui ont été conduites à la Force ; dans la 4e légion, à minuit, que 6 hommes et un caporal de la section de la Butte-des-Moulins se sont transportés chez le restaurateur Février, au Palais de l'Egalité, et y étaient encore au moment de l'envoi de la feuille du rapport; dans la 5e, que 3 dragons de la Liberté, se disputant dans un café, faubourg du Temple, et y ayant frappé une femme, ont été arrêtés et conduits à l'Abbaye.
30 janvier 1 793.
Original, signé de Santerre et de Clément, A. N., AF'v 1470.
406. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, mentionnant dans la 1™ légion, l'arrestation de 2 fabricants de faux assignats, conduits à l'Abbaye; le transport, à une heure indue, de 2 pièces de canon, constaté par le poste des Chartreux; dans la 4« légion, l'arrestation au poste de l'Egalité, d'une pièce de canon de 4, passant rue Saint- Honoré à 10 heures du soir, escortée seulement par des officiers, les citoyens étant inquiets de voir circuler si tard du canon, ladite pièce a été conservée au poste jusqu'à réception d'ordres supérieurs.
3 1 janvier I 793.
Original, signé de Santerre et de Clément, A. N., AFIV 1470.
407. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Etat- major général de la garde nationale, au Conseil exécutif en Comité aux.
L'ESPRlT l'UHLIC A PARtS DE JANVIER A JUIN 1703
Tuileries, l'informai)! qu'il ne recevra aujourd'hui ni feuille de rapport, ni l'ordre général, attendu qu'il n'y a eu à l'ordre que le service journalier, el qu'il n'y a absolument rien d'intéressant dans les feuilles de rapport des légions, qui annoncent que les patrouilles et rondes se sont faites avec beaucoup d'exactitude et que tout est dans la plus grande tranquillité.
2 février 1793.
Original signé, .4. A'., AFIV 1470.
408. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, exposant que la République a beaucoup gagné d'amis depuis la mort de Louis, mais qu'il est survenu quelques désagréments de plus pour la classe la moins riche des citoyens, c'est la cherté des vivres et notamment du blé, attendu d'abord que toutes les frontières tirent pour les armées des blés des marchés, et que tout y afflue, ensuite, que les fermiers auxquels l'aristocratie persuade que Paris est toujours à feu et à sang, ont lieu de redouter la dépréciation des assignats, ce qui fait que dans les villes voisines des frontières, comme Lyon et Lille, le pain est fort cher et vaut 5 et 6 sols la livre, proposant deux moyens de remédier à cette situation, le premier, c'est que les citoyens aisés remplacent le pain, deux jours de la semaine, par du riz et des pommes de terre, ce que ne peuvent faire ni les pauvres, ni les ouvriers, ni les enfants, ce qui pourra réaliser une économie de la moitié de la consommation de Paris et produire en deux jours 1,500 sacs de farine; le second moyen consiste à ce que chaque citoyen se défasse volontairement de son chien, Paris contenant en chiens et chats inutiles de quoi absorber la nourriture de 1,500 hommes, soit 10 sacs de farine perdue, faisant observer en outre que la guerre avec les tyrans coalisés allait empêcher l'arrivage des sucres et cafés, et engageant les gens riches (non pas les pauvres, qui ont déjà assez de privations), à supprimer de leur consommation le sucre et le café, et à diminuer la grande consommation de suif et d'illumination,
enfin tout ce dont on peut se priver pour améliorer la condition des pauvres, de sorte que les retards dans les arrivages que produira la guerre feraient moins de mal, ajoutant qu'à dater de ce jour, par ordre du Comité de sûreté générale, chaque légion devra fournir à tour de rôle deux de ses réserves de 25 hommes pour le poste de la maison d'Egalité.
3 février 1793.
Copie conforme, A. JV., AFIV 1470.
409. — Extrait de la feuille du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, constatant que, dans la 4e légion, une patrouille des Petits-Pères a trouvé beaucoup de monde à une heure dans un café sur l'Egout Montmartre et l'en a fait sortir, qu'une demi-heure après, en repassant, elle y a encore entendu du bruit et du monde, mais qu'on a refusé d'ouvrir, que, dans la 0e légion, on a conduit à l'Abbaye un militaire ayant tenu des propos insolents contre la République.
4 février 1793.
Extrait, signé de Sanlerre et de Clément, A.N., AFiv 1470.
410. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, faisant défenses 4 tous gendarmes à cheval et cavaliers de courir au galop dans les rues de Paris, ordonnant à toutes les réserves de 25 hommes des sections de se porter, le soir à 5 heures, sur la place du Théâtre- Français pour y assurer la tranquillité publique, au sujet du changement de la pièce L'Ami des Lois, que l'on avait affichée et qui ne sera pas jouée, invitant les chefs de légions, adjudants généraux et commandants de seclions à se trouver, le jeudi suivant, à 9 heures du matin, à l'Hôtel commun, salle de l'Egalité, pour se consulter sur l'unité et l'uniformité du service dans les 48 sections, mettant en garde ses concitoyens contre certains individus qui veulent tromper le peuple en faisant croire le contraire de ce qu'a dit le Commandant général dans son ordre de l'avant-veille, annonçant que l'organisation du corps de l'Ecole militaire, opération très longue et difficile, continue, mais
appelant l'altenlion sur les inconvénients de l'abstention des citoyens qui en font partie, attendu que hier, pour la nomination du colonel, sur une division qui compte 1,008 hommes, il n'y a eu que o34 votants, espérant, que pour le ballotage, qui a lieu ce matin, il y aura plus de monde, cette insouciance pouvant devenir funeste, d'autant plus que les compagnies ne faisant pas ordinaire à l'Ecole et n'y logeant pas toutes, on ne peut les consigner.
5 février 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AFIV 1470.
411. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, annonçant, dans la 2e légion, qu'à 6 heures du soir l'on a amené au corps de garde de la section des Gardes-Françaises le citoyen Scarron, venant d'être blessé d'un coup de couteau à la caverne dite des Variétés, que, dans la 5° légion, vers minuit, la sentinelle du poste de La section du Temple a averti qu'elle entendait battre la caisse du côté de Popincourt, fait confirmé par l'adjudant de ronde, que l'on a] été à la recherche du tambour, mais qu'on n'a jamais pu le joindre.
6 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. A'., AFIV 1470.
412. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, déclarant qu'il n'y a rien d'extraordinaire à l'ordre de ce jour, en dehors de l'avis du ministre de la marine à ses concitoyens sur le prochain départ de caronades et autres objets de guerre pour l'armement des vaisseaux de la République.
C février 1793.
Extrait, signe'' de Santerre et de Clément, A. N., AFIV 1470.
413. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, annonçant que les sections des Fédérés et des Droits-derilomme réunies feront célébrer, le 10 février, une pompe funèbre en l'honneur de Michel Le Peletier de Sainl-Fargeau, que celles des Fédérés et de Popincourt replanteront, le même jour, auprès de
leurs corps-de-garde, l'arbre de la Liberté, reproduisant le texte d'un arrêté du Conseil général de la Commune, qui porte que le recensement des vainqueurs de la Bastille sera fait, samedi prochain, dans l'église de Saint-Jean-en-Grève, sous la présidence de deux commissaires choisis parmi les membres, notiliant que le Commandant général n'enverra pas à la section de Bon-Conseil la réponse imprimée qu'il avait promise, attendu que cette section n'a point communiqué son arrêté, ajoutant qu'il reçoit toujours avec satisfaction les avis et ordres des sections, mais aussi qu'il est forcé de répondre, lorsqu'il est calomnié, supprimant enfin les réserves de 2b hommes aux chefs-lieux des sections, à l'exception de celle de la cour d'Egalité, déclarant également qu'il y a lieu, d'après le sentiment du Commandant général, de réduire de beaucoup la garde du Temple, surtout de n'y plus faire monter le drapeau, et de prendre à ce sujet l'avis de la Commune.
9 février 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AFIV 1470.
414. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, constatant, dans la lre légion, l'arrestation, au corpscle-garde des Cordeliers, d'un sergent de gendarmerie, pris de vin, que la section de Marseille a renvoyé chez lui en retenant sa carabine; dans la 3e légion, déclarant qu'une patrouille de la section des Invalides a trouvé, à 11 heures 1/2, la sentinelle du poste du Palais Bourbon, dormant dans sa guérite, qu'étant entrée au poste, elle a remarqué que toute la garde y dormait, et qu'il n'y avait ni commandant, ni lumière.
11 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. N., AFIV 1470.
41b. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, mentionnant pour la 2e légion, l'arrestation de cinq militaires Je différents régiments, trouvés la nuit dans les rues, avec des filles, que l'on a conduit à l'Abbaye ;
L'ESPRIT PrULIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793
pour la 4e légion, l'arrestation du citoyen Jolivot et de sa femme, faisant le commerce d'argent, qui ont fait résistance à la garde et ont été conduits à la Mairie.
14 février 1793.
Extrait, signé de Santcrrc et de Clément, A. N., AF1V 1470.
4 1 G . — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, signalant, dans la 3e légion, l'arrestation de deux particuliers surpris volant à l'hôtel de Rélhune, l'extinction de la plupart des réverbères dans la section de la Croix- Rouge, à 4 heures 1/2, la constatation par l'adjudant général faisant sa ronde, de coups de fusil tirés sur le boulevard des Invalides, et déclarant qu'il n'y a rien eu d'extraordinaire à l'ordre du jour, sauf l'invitation faile par le Commandant général sur la demande du ministre de la guerre, aux canonniers des sections, qui voudraient partir pour l'Ecole d'artillerie de Metz.
15 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. N., AFIV 1470.
417. — Lettre du Commandant général provisoire de la garde nationale au Conseil exécutif, en Comité aux Tuileries, le prévenant qu'il n'y a absolument rien d'extraordinaire dans les rapports du jour, ainsi que dans l'ordre général, que les rondes de patrouilles se sont faites avec exactitude dans toutes les légions et que tout est parfaitement calme dans Paris.
1G février 1793.
Original, signé de Clément, secrétaire de l'Etat-major, A. N., AFIV 1470.
418. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, signalant l'attitude d'un marchand de vin, place Maubert, à l'enseigne des Deux-Frères, qui a invectivé une patrouille pour avoir fait sortir du monde de chez lui, à onze heures passées, et qui, menacé d'un rapport, a répondu qu'il s'en f...ait; l'extinction des réverbères dans les sections de la Cité, de Bon-Conseil et de Molière et La Fontaine; l'arrestation d'un hussard
du 8e régiment, écroué à la Force pour avoir tiré son sabre contre un limonadier, auquel il refusait de payer son écot, déclarant qu'il n'y a rien d'extraordinaire à l'ordre du jour, que : 1° l'inauguration du cours de Verrières au Club des Cordeliers et l'invitation aux sections d'y envoyer des députalions ; 2° l'ordre aux commandants des postes de prêter maiuforle au sieur Rocli Louvet pour la police mililaire et l'arrestation des déserteurs; 3° enfin l'avis donné par le Commandant général du départ, lundi prochain, de la l,e division de cavalerie de l'Ecole mililaire pour Versailles.
17 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. N., AF1V 1470.
419. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, convoquant les chefs, adjudants généraux et commandants des sections, le jeudi suivant, à dix heures du matin, à l'Hôtel commun, salle de l'Egalité, pour y délibérer suides objets essentiels au service, annonçant, d'après un avis donné par le ministre de la guerre, l'arrivée prochaine de 1,500 à 1,600 fusils, qui seront déposés à l'Arsenal pour y être réparés; le départ, à dater du 20 et jours suivants, de Paris pour différentes armées de la République, de plusieurs convois d'artillerie, caissons et munitions, avec prière aux citoyens de n'entraver en rien ces départs, notifiant également que, dimanche prochain, il y aura exercice dans les 2 premières sections de chaque légion, de 10 heures du matin à 2 heures, qu'il y aura tous les jours, à commencer dès jeudi soir, de 6 heures à 9 beures, école d'officiers et de sous-ofiiciers, pour les intonations, formations de compagnies et de bataillons, et toutes les manœuvres, les instructions devront être y données par les adjudants, et que les principes à suivre seront arrêtés dans une réunion des 6 chefs de légions et 12 adjudants généraux, qui se tiendra, le mercredi, chez le Commandant général.
19 février 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AFIV 1470.
8Û CHAPITRE Dr. — JOURNÉES HISTORIQUES DE UA RÉVOLUTION
420. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, mentionnant la réunion tenue, le 20 février, par les adjudants généraux, les chefs de légions et le Commandant général, à l'effet de délibérer sur l'uniformité des leçons à donner tous les jours aux écoles théoriques et pratiques par les adjudants de sections, qui recevront chacun un exemplaire de la Ihéorie réglementaire du 1er août 1791, déclarant qu'il a été remis à chaque légion un registre pour inscrire les officiers et sous-officiers qui viendront aux leçons, cntin portant invitation de la part du Maire et du Commandant général à tous les postes et patrouilles de prêter main forte aux réquisitions de la police.
21 février 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF1V 1470.
421. — Lettre de Pache, maire de Paris, au Conseil exécutif provisoire, accusant réception de l'arrêté du Conseil du 18 courant, et annonçant qu'il adressera, en conséquence, trois fois par semaine, l'extrait des rapports qui sont faits au Département de Police, et qu'il se rendra personnellement au Conseil toutes les fois que les circonstances l'exigeront et le lui permettront, et joignant à sa lettre l'extrait des rapports faits le 21 courant au Bureau de surveillance de la Police.
21 février 1793.
Autographe, A. N., AFIV 1470.
422. — Extrait des rapports et déclarations reçus par le Bureau de surveillance de la Police faisant connaître : 1° que dans les cafés aux environs de la Convention nationale, il y avait de violents murmures sur le projet de Constitution nouvelle, qu'on accusait de vouloir ramener l'établissement des 2 Chambres, et qu'on y applaudissait au traitement subi par le fourbe Lafayetle, qui vient d'être conduit sous bonne garde à Berlin ; 2° que les défiances au sujet de Dumouriez commencent à se dissiper; 3° que le sieur Poirier, valet de chambre du ci-devant comte d'Artois, a trompé la surveillance de la Police, et est parti pour Liège; 4° que le
marquis d'Estampes, émigré, réside dans une de ses terres près de Rouen ; 5° qu'à un dîner donné le 19 courant, chez le sieur Sabatier, place Vendôme, il s'est dit beaucoup de mal du citoyen Pache, prévenu en faveur du sieur Piquais, qu'il avait nommé administrateur de l'habillement ; 0° que le louis d'or se vend jusqu'à 24 livres 10 sols, ce qui fait crier très fort contre les Législateurs de ce qu'ils ne prononcent pas la peine de mort contre les marchands d'argent, qu'on veut même tuer, ainsi que les accapareurs; 7° que l'on répand déjà sourdement le bruit que dans 15 jours éclatera une révolution causée par la cherté des denrées de première nécessité ; 8° que les plaintes redoublent contre les boulangers, en partie mal approvisionnés ou feignant de l'être, et qui n'ont plus de pain à midi ; 9° que les cochers de fiacre continuent à se montrer aussi insolents, que l'un d'eux notamment refusa de conduire à leur caserne, à n'importe quel prix, quatre cavaliers casernés à l'Ecole militaire, qui, à dix heures du soir, s'étaient adressés à la slation des fiacres, rue Croix-des-Petits-Champs, ajoutant que, quoique le cocher eût absolument refusé de marcher, les militaires eurent la modération de se retirer sans le maltraiter; 10° que plusieurs marchands de vieux habils restent jusqu'à 8 ou 9 heures du 'soir sur la place du Marché des Innocents, uniquement dans le but d'acheter les elfets volés.
21 février 1793.
Copie, A. N., AFIV 1470.
423. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, ne signalant rien d'extraordinaire à l'ordre d'aujourd'hui, que l'invitation expresse du Commandant général à tous les citoyens d'arrêter tout militaire qui vendrait ses effels.
22 février 1793.
Extrait, signé de Santerrc et de Clément, A. N., AF'V 1470.
424. — Leltre du Commandant général provisoire de la garde nationale au Conseil exécutif provisoire, prévenant qu'il n'y a rien d'extraordinaire ni dans l'ordre
L'ËSPRIT PUBLIC A l'A IUS DE JANVIEB A JI'IN 1793
si
du jour, ni dans les rapports, que les rondes de patrouilles se sont faites tirs exactement et que tout est calme dans Paris.
23 février 1793.
Original, signé de Clément, A. JV., AF1V 1470.
425. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, dans lequel le Commandant général fait observer que tous les mauvais citoyens, protégés par Lafayette, se trouvant actuellement à Paris, el. accoutumés qu'ils sont à fomenter des factions et émeutes, peuvent exciter quelque mouvement, d'autant plus que le retard dans l'arrivée des subsistances, par suite de la difficulté des chemins, prête à troubler l'ordre; il signale l'arrestation, la veille, rue du Jour, dans l'hôtel où demeurait l'assassin Paris, du nommé Estienne, dit Languedoc, dont la plume vénale, payée par Lafayette, faisait croire aux factions; d'abord abbé, puis pourvu d'une sous-lieutenance par Lajard, ensuite nommé major général à Bruxelles et chargé des plans qu'il livrait aux Autrichiens; Santerre dénonçe également la présence, à Paris, du scélérat La Reynie, aussi abbé, écrivain à la solde de Lafayette, ayant volé les vases sacrés de la Bastille, puis fait chevalier de Saint-Louis, enfin nommé' gouverneur du Louvre par la Reine, ayant déposé dans l'affaire du 20 juin, cet homme, ainsi qu'un certain nombre d'autres semblables, qui sont de la trempe de Paris, est de ceux dont les bons citoyens doivent se méfier; ordre est donné de reconstituer les réserves de 25 hommes par section, afin de faire des patrouilles d'observation.
24 février 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AFIV 1470.
420. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, mentionnant : 1° dans la lre légion, l'arrestation par une patrouille de la section de Beaurepaire, rue Saint-Jacques, d'une voiture de pains que l'on chargeait chez un boulanger pour aller vendre à là campagne; 2° dans la 3e légion, l'arrestation dans un café, à minuit, d'un sous-lieute- T. IX.
nant et de 3 militaires de la caserne de liabylone, qui ont fait résistance à la patrouille, ont menacé de lui casser la gueule, et au moyen d'un renfort ont été tous les 4 conduits à l'Abbaye; 3° dans la 4e légion, l'arrestation d'un équilibriste, faisant du bruit à heure indue et jouant de la clarinette, disant être payé pour cela, lequel a été mis au violon du poste des Elèves à la Messagerie ; 4" dans la ')« légion, l'arrestation de deux femmes sans asile, couchées dans des échoppes du Marché Saint-Jean, qui ont été conduites ce matin chez le commissaire de la section des Droits-de-l'Homme.
24 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. N., AFIV 1470.
tions faits au Bureau de surveillance de la Police, signalant : le retrait, comme dangereux, par l'Assemblée générale de la section des Piques, de l'arrêté qu'elle avait pris pour déclarer que Barbaroux avait perdu sa confiance ; la rédaction d'une pétition à la Convention par un grand nombre de citoyennes réunies dans le local de la Société fraternelle des Deux Sexes, pour provoquer la punition des accapareurs, de plus annonçant : 1° que dans les attroupements de la journée du 24, sur les places et devant les boutiques des boulangers qui n'avaient plus de pain, l'on disait tout haut que la Convention n'aurait aucun égard aux pétitions qu'on lui présenterait à ce sujet, que la Commune accaparait les grains; 2° que, dans ces mêmes attroupements, l'on murmurait aussi très vivement, en raison de la garde que les citoyens continuent à monter au Temple, grâce à laquelle trois cents pères de famille et ouvriers sont employés à garder des femmes qui sont, ou coupables ou innocentes, et qui, dans le 1er cas, doivent être jugées, et dans le second, occupent inutilement des citoyens à un service injuste; 3° que dans d'autres groupes on s'exprimait avec véhémence sur la rareté et la cherté énorme des denrées, grâce aux accaparements, qui pesait sur la classe la plus laborieuse, la
ti
82 CHAPITRE Pr. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION
plus indigente, laquelle est chargée de famille, et l'on demandait que la Convention punit de mort les accapareurs ; mentionnant l'arrivée, la veille, sur le carreau de la Halle aux Rlés, de 996 sacs de farine, pour le dimanche de 900 sacs, et pour le lundi d'un approvisionnement encore plus considérable, préconisant une mesure proposée par le plus ancien des boulangers parisiens, actuellement vétéran de la gendarmerie nationale, à l'effet de prescrire aux boulangers de ne faire que du pain de pâte ferme; déplorant l'indulgence que l'on montre à l'égard des mauvais sujets de toute espèce qui, prévenus de vols, n'ont qu'à montrer leurs cartes de citoyens pour être aussitôt relâchés, d'où vient sans doute le nombre prodigieux de voleurs et de vagabonds pullulant dans Paris; déclarant enfin qu'on se plaint beaucoup de l'élat-major qu'a formé le général Santerre, plus occupé à fréquenter les cafés et les femmes qu'à veiller au service militaire, qui se fait avec une extrême négligence, tant le jour que la nuit, avec lettre d'envoi de Pache, maire de Paris, au Conseil exécutif provisoire.
24, 25 février 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. JV., AFIV 1470.
428. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, constatant dans la 3e légion que, dans la section des Qualre-Nations, des commissaires de police et de sections ont fait différentes visites la nuit, chez les boulangers, pour s'assurer s'ils cuisaient, et qu'ils ont tout trouvé en pleine activité ; dans la 4e légion, qu'une patrouille de 17 hommes du poste de l'Egalité étant arrivée sur la terrasse des Feuillants, a été obligée de remettre la bayonnette au fourreau, qu'on se plaint toujours des cochers de fiacre, de leur insolence et de leur refus de conduire les citoyens ; dans la 6e légion, qu'un cocher de fiacre, ayant maltraité et blessé un citoyen au front, a été conduit à la Force par ordre du commissaire de la section du Faubourg-du-Nord.
25 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A.N., AFIV 1470.
429. ■ — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, contenant une proclamation adressée aux citoyens par Santerre, qui les adjure de se rallier dans les moments critiques où l'on se trouve, et déclare que ceux qui ne viennent point à leurs sections, lorsqu'il se commet des délits publics, sont complices de ces mêmes délits, montre l'urgence de nombreuses et fréquentes patrouilles, attendu que les malveillants continueront le désordre, qu'une fois la loi violée, la vie des citoyens est fortement exposée, et que si les désordres ne sont pas réprimés, la liberté est perdue, invite enfin les citoyens des sections à forcer tout le monde à se l'aire inscrire, afin de connaître ceux qui courent pour tromper le peuple.
26 février 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF[v 1470.
430. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, relatant dans la lre légion, que, dans la section du Théâtre-Français, un tambour qui battait le rappel a eu sa caisse crevée et les fusiliers qui l'accompagnaient ont manqué d'être assassinés par le peuple ; dans la 3e légion, que le citoyen François Lelièvre a été arrêté et conduit au poste de Grenelle pour avoir, rue des Bourdonnais, pris du sucre, que le peuple se distribuait, et ne l'avoir pas payé ; dans la 4e légion, que le calme s'est rétabli dans la section du Faubourg-Montmartre sur les 9 à 10 heures du soir; que, sur les 8 heures du soir, les Elèves ont arrêté un homme et une femme très violents, qui excitaient à la sédition, ayant même frappé un sergent en faction à la porte d'un épicier, que tout a été tranquille à la Caisse, au Trésor et à la fabrication des assignats.
26 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. A'., AF'V 1470.
431. — Lettre de Santerre au Conseil exécutif provisoire, l'informant qu'actuellement la force armée est devenue maîtresse de réprimer les événements fâcheux que l'on connaît, et, dans la crainte
qu'à la faveur de la nuit les agitateurs et les malveillants ne recommencent, annonçant qu'il a établi dans toutes les t tisses, ;'i la fabrique des assignats, au Mont de Piété et à toutes les prisons des forces d'hommes et de canons, de manière à s'opposer aux excès, d'après l'ordre qu'il a reçu de la Municipalité, et que cette surveillance sera exercée partout.
2G février 1793, à 3 heures.
Original signé, .4. JV., AF1V 1470.
i:s2. — Extrait des rapporls et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, résumant les événements de lajournée du 25 février : observant que le pillage chez les épiciers et Les chandeliers a été autant l'ouvrage des brigands et ennemis de la Révolution que du désespoir de la classe indigente du peuple, écrasée sous le prix énorme des denrées de première nécessité, que l'on a arrêté beaucoup de voleurs qui emportaient les marchandises sans les payer, notamment d'un seul coup de filet, 40 à 50, rue Saint-Denis, en face du Matehé des Innocents, et que plusieurs personnes qui excitaient au pillage et au meurtre étaient des déserteurs, des émigrés ou leurs agents ; démentant le bruit qui avait couru que l'on avait insulté le Maire, déchiré son écharpe et menacé de le frapper de coups de couteau, à l'instant qu'accompagné du procureur de la Commune, il protégeait les propriétés d'un épicier, bruit répandu pour sonder le peuple et inspirer l'idée de cet attentat; relatant que des patrouilles, composées sans doute de marchands et d'accapareurs, ont agi avec une extrême brutalité à l'égard de ceux qui se portaient en foule chez les épiciers, ont même percé de coups de bayonnette, rue de l'Echelle, un citoyen qui avait dit que celte malheureuse journée était le résultat de la cupidité des marchands, et sur la place de Grève ont blessé i personnes, que l'adjudant des Quinze-Vingts a failli perdre la vie, avec les 6 hommes sous ses ordres, pour s'être obstiné à faire fermer la boutique d'un épicier en face du corps de L'arde de la section ; reproduisant les pro-
pos dignes d'attention que l'on tenait dans les groupes bénévoles qui se sont formés dans les rues de Paris, tandis que certains particuliers, beaucoup plus actifs, s'approvisionnaient à grand marché de sucre, de café et de chandelles ; d'autres disaient que tous ces maux étaient occasionnés par la lenteur de la Convention à promulguer de bonnes lois, que cette Insouciance de l'état de Paris amenait à la faire suspecter d'intelligence avec les malveillants; au lieu de proclamations, objectait-on, il faudrait de sages décrets remédiant au désordre et à la misère, et punissant sévèrement les accaparements dont se rendent coupables les riches et les nobles, avec exemples à l'appui de ces propos, l'on signalait les sieurs Robe et Larainie, anciens fermiers généraux, demeurant place Vendôme, qui ont un magasin de la valeur de 50 millions, le prince de Montbazon et son associé, qui font un commerce considérable, on montrait que l'arrestation de 3 voitures de savon a fait reconnaître, par la facture, que ce savon, qui ne revenait qu'à 14 sols, était vendu au peuple jusqu'à 32 sols, l'on demandait également la raison de la rareté des blés, qui pourraient ne valoir que 25 sols le setier, si les municipalités n'en offraient pas un prix inli ni ment supérieur, alors qu'à 10 lieues au-dessus de Paris, jusqu'à Lille, on ne voit qui' des meules de blés qui semblent reprocher aux fermiers leurs coupables négligences ou leurs avares spéculations. Les rapports déclaraient que, selon toute apparence, il n'y avait point eu de sang versé la veille, mais que le désir d'avoir du sucre et d'autres marchandises à bon marché n'animait pas seul les insurgés du 2.">, que nombre d'entre eux, en sortant des magasins, notamment à l'Apport Paris, revendaient le sucre et autres denrées qu'ils étaient allés chercher jusqu'à trois reprises, que, dans la plupart des magasins forcés, on avait trouvé de la cassonnade moisie,à force d'avoir été gardée, et des pains de sucre à demi consommés par l'humidité, ajoutant en dernier lieu que San terre se trouvait le 25 à Versailles et n'avait donné aucun ordre en cas de tumulte, aussi qu'on l'accusait
tic s'êlre absenté exprès, avec lettre d'envoi du Maire au Conseil exécutif.
26, 27 février 1793.
Extrait conforme et minute (2 pièces), A. N., AF'V 1470.
433. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, mentionnant pour la 3e légion, l'arrestation de plusieurs personnes chez différents épiciers de la section du Luxembourg, et au poste de Saint-Sulpice, d'un citoyen sans carte civique , avec sa femme déguisée en homme, laquelle a été renvoyée chez elle et le mari consigné au violon ; annonçant pour la 4e légion, que, la veille, on avait conçu quelques inquiétudes et craintes pour les caisses publiques, craintes qui heureusement ne se sont pas réalisées, on a pris soin de redoubler la garde et toul a été parfaitement tranquille, avec note au bas du rapport, faisant connaître que dans les circonstances présentes le Commandant général donne 2 fois par jour l'ordre, et que l'on fera passer au Conseil exécutif celui du matin et celui du soir.
27 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. N., AFIV 1470.
434. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne (9 heures du matin), notant que la nuit a été fort calme, et prescrivant aux réserves de 200 hommes de faire de fortes et fréquentes patrouilles et de se porter toutes sur la place de la Maison commune, où elles prendront les ordres du Commandant général, soit pour retourner dans leurs chefs-lieux respectifs, soit pour être dirigées où besoin sera. D'après un second ordre du jour (S heures de relevée), la force armée est exacte et empêche tous désordres, mais, observe le Commandant général, il faudrait que ce fût la raison et le respect pour les lois qui obtinssent ce résultat, adjurant les citoyens de venir avix sections, et déclarant qu'à la veille de secourir nos amis aux frontières, de procurer le bonheur au peuple, si l'on voit les aristocrates triompher à l'intérieur, c'est cesser de vivre libres, c'est manquer à son serment, enfin confirmant
les mêmes instructions, attendu que les patrouilles venant des extrémités au centre se rendent extrêmement utiles et permettent au Commandant général de vérifier le service et de porter des forces où il en faut.
27 février 1793.
Original, signé de Santerre, A.N., AFIV 1 470.
435. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, où se trouvent consignés les faits suivants : 1° L'aspect de Paris était tranquille, toule la force armée, mise sur pied la veille et pendant la nuit, les nombreuses patrouilles qu'elle n'a cessé de faire, ont ramené le calme et le bon ordre, cependant, on menace sourdement les corroyeurs et les gros marchands de draps; le peuple, c'est-à-dire la classe mal aisée, voit d'ailleurs avec peine que l'insurrection des jours passés n'a produit aucun bon effet, le sucre, le café, les huiles, les cuirs, le savon, les suifs continuent à se vendre le même prix exorbitant, auquel il est impossible que le malheureux puisse atteindre plus longtemps, malgré son patriotisme, aussi juge-t-il très sévèrement la Convention, lui reprochant avec amertume de consumer un temps précieux à se disputer et se calomnier, et demande que les accapareurs soient réprimés et qu'elle fasse diminuer le taux des denrées de première nécessité, certains allant jusqu'à dire qu'ils refuseront de partir pour les frontières, dans la crainte que leurs femmes et leurs enfants ne périssent de misère. La haine contre les épiciers est montée à un point étonnant, attendu qu'ils se sont trop prévalus de la liberté du commerce et que le gain le plus exorbitant ne peut encore satisfaire leur cupidité insatiable ; les femmes, probablement mises en avant par leurs maris, disent qu'il était nécessaire d'en pendre 3 ou 4 dans chaque quartier, afin de servir d'exemple aux accapareurs; parmi ces femmes, quelquesunes pouvaient être suspectées d'avoir été soudoyées par des agents secrets de troubles, puisqu'indépendamment de l'argent qu'elles avaient pour acheter du sucre et du café, elles voulaient envahir les magasins de draps et de toiles, ce qu'elles
auraient effectué vers le Marché des Innocents, malgré les représentations qu'on ne cessait de leur faire, si un dragon de la République ne les avait mises en fuite, en assénant un coup de sabre à la plus obstinée.
2° Les femmes de la Halle ont montré le plus d'acharnement au pillage des épiciers, probablement parce qu'elles sont de la classe indigente du peuple, ou se sont laissées guider par des suggestions perfides, huant les patrouilles qui circulaient au milieu des groupes pour les disperser, prétendant que ces patrouilles n'étaient composées que d'épiciers et de chandeliers, tandis que des sections, entre autres celle des Quatre-Nations, avaient eu la prudence de défendre à cette classe de commerçants de prendre les armes.
Ce fut vers les 5 heures du soir que le rassemblement de ces femmes devint considérable dans le Marché des Innocents, elles chantaient et dansaient, se moquant de la force armée à pied et à cheval qui voulait les dissiper, tandis qu'on les chassait d'un côté, elles s'en allaient d'un autre, en tenant des propos fort violents; on avait fait plier les grands parapluies de toile cirée et retirer les marchandises étalées au-dessous, mais cette mesure fut plus nuisible qu'utile, en ce qu'elle a favorisé les rassemblements.
3° Parmi ceux qui pillaient chez les épiciers furent arrêtés des individus en haillons, sur lesquels, après les avoir fouillés, fut trouvé beaucoup d'or et d'argent.
D'après certaines déclarations reçues par le procureur de la Commune, dans la rue Phelippeaux, furent remarquées 3 femmes, très mal vêtues, qui avaient dans leurs mains de gros paquets d'assignats, qu'elles distribuaient à ceux qui n'avaient pas île quoi acheter, à vil prix, du sucre et du savon; le peuple s'étant porté dans la boutique d'un épicier nouvellement établi, rue Saint-Dominique, se lit livrer beaucoup de sucre, qu'il voulut absolument payer 45 sols la livre, à cause du civisme de ce citoyen, excellent patriote, tandis que chez un autre épicier, rue Galande, connu pour très aristocrate, on ne le paya que 15 sols la livre.
4° Le 26 février, dans un café, rue des Cinq-Diamants, 3 particuliers, reconnus pour avoir appartenu au ci-devant Roi, excitaient les femmes au pillage, mais leur identité ayant été établie, on se jeta sur eux, et ils ne durent leur salut qu'à la légèreté de leurs jambes ; si l'on ajoute foi à un bruit mis en circulation, un épicier de la rue du Four aurait donné de l'argent à des femmes du marché pour exciter le désordre; une femme entr'autres déclara avoir reçu 15 francs pour acheter du sucre.
5° L'approvisionnement des boulangers est des plus satisfaisant, les marchés sont garnis de pain comme aux jours d'abondance. Les émigrés viennent en foule se cacher à Paris, on y prépare des troubles; une visite domiciliaire ou un nouveau recensement, réclamés par le public, est le seul moyen de déjouer leurs complots et de les faire tomber sous le glaive de la loi, qu'ils croient éviter.
6° Aux dernières nouvelles, Paris n'est pas aussi tranquille dans la soirée qu'il l'avait été toute la journée. Les blanchisseuses se sont assemblées sur la place Maubert et ailleurs, demandant à grands cris que l'on fit irruption dans les magasins de savon et de soude, notamment rue de Bièvre, elles invitaient les hommes à marcher avec elles, sans quoi, leur disaientelles, ils payeraient au moins 6 sols de blanchissage par chemise.
L'extrait de ces rapports est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
27, 28 février 1793.
Extrait et original signés (griffe), A. N.,
436. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, signalant pour la 5e légion l'arrestation, dans un hôtel garni, rue d'Ormesson, de 2 prêtres réfractai res, qui ont été conduits au Département, et la présence, à minuit et demi, de bien des buveurs qui chantaient et faisaient du bruit chez un marchand de vin, à la Tour d'Argent, à la Courtille, sur le Temple, et déclarant que la tranquillité s'est soutenue hier dans la journée, que le
8ti CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION
calme a été parfait pendant la nuit, et que le Conseil exécutif recevra ce soir l'ordre général du mutin elceluide îi heures du soir.
28 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. N„ AFIV 1470.
437. — Feuille des rapports et déclarations fails au Bureau de surveillance de la police, donnant les renseignements suivants :
1° D'après ce qui se dit et se répète autour de la Convention, notamment dans les cafés des Feuillants et de la Terrasse, le foyer des troubles qui agitent Paris est dans le sein de l'Assemblée, où l'on tarde trop de remédier à la misère du peuple et où deux partis ne cessent de se faire une guerre acharnée aux dépens de la chose publique ; on accusait les Brissotins d'avoir surpris le décret qui donne à la Convention, en certains cas, la réquisition de la force armée, pour contrecarrer le maire de Paris, que les malveillants auront beau jeu de représenter comme responsable du pillage qui a eu lieu, faute d'avoir mis à temps sur pied tout le militaire de Paris; un grand nombre d'épiciers, sous prétexte d'avoir été ruinés, se proposent de demander une indemnité ; plusieurs femmes disaient dans les groupes, le 27, que la journée du 25 n'avait pas produit tout l'effet qu'elles en attendaient, parce que la force armée avait été mise sur pied, mais que les patrouilles seraient fatiguées au bout de quelques jours et qu'alors elles recommenceraient, et qu'à l'égard de Santerre, elles s'en débarrasseraient facilement en l'envoyant à Versailles avec sa maîtresse.
2° A l'occasion du rassemblement des blanchisseuses et de leurs menaces d'envahir les magasins de savon et de soude, on répandit, sans doute à dessein, le bruit que l'on allait se porter chez les bijoutiers et orfèvres, qui, saisis de panique, se hâtèrent de fermer leurs portes et de cacher les effets les plus précieux, mais, grâce à de nombreuses patrouilles, tout fut fort tranquille.
3° Le pain abonde maintenant dans Paris,
la veille, à 9 heures du soir, il y en avait encore dans les boutiques des boulangers.
4° La section de Beaurepaire ayant invité l'ex ministre Iioland à lui donner quelques lumières sur les subsistances, n'obtint qu'une réponse vague et insignifiante, Roland s'élant borné à déclarer que, dans le terrible ministère, les jours étaient des heures et les mois des jours, et que les personnes actuellement au pouvoir feraient sans doute tout ce qu'elles pourraient pour éloigner la disette de Paris ; les grenadiers de cette même section ont jugé à propos de reprendre le bonnet, mais cette mascarade orgueilleuse déplaît à tous les citoyens raisonnables.
5° Un vif mécontentement règne parmi les dragons de l'Ecole militaire, qu'on veut faire partir pour l'une des armées, ils refusent d'obéir, sous prétexte qu'ils n'ont point de chevaux et sont en droit de ne pas servir à pied.
(i° Malgré les descentes faites dans plusieurs maisons de jeu, les tripots recommencent avec une nouvelle fureur, leurs lenanciers cherchent à gagner les gendarmes pour être prévenus de l'arrivée de la police.
7° Au jardin de l'Egalité, sous les galeries, n° 49, se vend une gravure représentant Louis Capet et son lils.
28 février 1793.
Extrait conforme, A. N., AFIV' 1470.
438. — Extrait de la feuille des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :
1° Le calme renaîtrait, l'ordre serait rétabli, si la Convention défendait la vente de l'argent, si elle décrétait une peine quelconque à l'égard des accapareurs, et si elle obligeait les fermiers à apporter leurs blés dans les marchés.
2° Le discours du maire de Paris et du procureur de la Commune, prononcé à la barre de la Convention, a produit un très bon effet dans l'esprit public, on a vu avec reconnaissance la demande aux Législateurs de s'occuper des subsistances et denrées de première nécessité, mais tout en faisant l'éloge de ces deux magistrats,
L'ESPRIT IM'RLIC A PARIS l>E JANVIER A JUIN 1Î93
qui sont, disait-on, vraimont les magistral s «lu peuple, on reproche à plusieurs sections de n'avoir pas tenu les engagements sacrés qu'elles ont pris de subvenir aux besoins des familles de ceux qui combattent aux frontières, qui sont plongées dans une misère affreuse, ce qui a forcé un grand nombre de volontaires d'abandonner leurs chapeaux pour venir au secours des objets de leur tendresse.
3° D'après de vagues rumeurs qui circulent, si la Convention ne remédie promptement à l'agiotage et aux accaparements, 00 recommencera les journées des 25 et 2ii février, et des malveillants, pour exciter les désordres, faisaient courir le bruit qu'on pillait des magasins de soude dans le Faubourg Saint-Marceau, et que le maire de Paris et le procureur de la Commune avaient donné leur démission.
4° Suivant certains rapports, le citoyen Egalité, membre de la Convention, était lu s mécontent de la saisie de plusieurs tripots de jeux prohibés dans l'enceinte du jardin de sa maison, et devait tout mettre en œuvre, auprès du Comité de sûreté générale, pour faire rendre un décret le tranquillisant à cet égard, en alléguant la loi qui interdit toutes arrestations après le soleil couché, quoiqu'il devrait savoir que les tripots et lieux publics sont exceptés de cette- loi. Aussi les teneurs de jeux, dans l'espoir qu'Egalité parviendra à lier les mains de la Police, vont recommencer avec plus d'audace que jamais, des joueurs ont confié à leurs amis que les lieux où ils s'assemblent sont un repaire d'émigrés, et qu'il y en avait même chez la dame Lalour, lorsqu'elle fut saisie.
'i° Les petits jeux de cartes et de hasard continuent toujours sur les quais et sur la place de la Révolution, malgré la défense et la chasse qui en a été faite, ceux qui les tiennent n'étant autre chose que des fdous et des voleurs.
G0 Un citoyen digne de foi a rapporté que quelqu'un l'avait assuré avoir vu un placard où l'on lisait ces mots, en grosses lettres : Plus de dix-huit livres, nous voulons un Louis.
Cet extrait est accompagné d'une lettre de Pachc, maire de Paris, aux ministres,
faisant passer l'extrait des rapports faits, le 28 février et le 1er mars.
1", 2 mars 1793.
Copie et original signé (griffe) (2 pièces), A, N., AFIV 1470.
439. - Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, déclarant que le Commandant général n'a pas reçu officiellement la loi qui ordonne le recrutement, mais que, d'après cette loi, il n'y aura pas de casernement à Paris pour les citoyens qui doivent partir, et que les hommes seront fournis, habillés et équipés, signalant la bassesse de plusieurs cochers revenus des frontières qui ont vendu leurs chariots et leurs chevaux pour moitié de la valeur, invitant les bons citoyens à dénoncer de pareils abus, à prendre exactement connaissance de l'ordre, comme aussi à faire leur possible pour détromper le peuple que l'on égare sur tous les événements, afin de ruiner Paris et anéantir la République, ce qui est la dernière ressource des aristocrates et des malintentionnés, avisant enfin le Çonseil exécutif qu'il ne recevra pas aujourd'hui de feuille de rapport, attendu qu'il n'y arien d'intéressant dans ceux des légions, les rondes des patrouilles ont été multipliées et le calme paraît se rétablir parfaitement dans Paris.
1« mais 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AFIV 1470.
440. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, faisant connaître, dans la lre légion, que les réverbères de la rue de l'Arbalète, section de l'Observatoire, étaient tous éteints à dix heures; dans la 2e légion, qu'il n'y a point eu de factionnaire au poste de gendarmerie, poinle Saint-Eustache, et que le commandant de ce poste n'a jamais pu donner le mot d'ordre, tant il était ivre ; dans la 3e légion, que l'on a conduit au Comité de la section du Louvre un militaire qui vendait son sabre, ainsi que le particulier qui l'achetait ; dans la 4e légion, qu'un hussard a été envoyé à l'Abbaye par son colonel, qu'une patrouille de la section de 1792 a été arrêtée au poste de la Messagerie pour
88 CHAPITRE Pr. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION
n'avoir pas le vrai mot d'ordre, que le commandant du poste du Pont tournant demande que le Commandant général veuille bien donner une consigne par rapport aux jeux qui sont établis dans ces parages et qui attirent journellement une foule considérable ; dans la 5e, que deux gendarmes arrêtés la nuit ont été conduits à l'Abbaye.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. N ., AF1V 1470.
441. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, relatant les points suivants :
l°Le Ier mars, les groupes assemblés autour de la Convention, sacbant qu'elle s'occupait d'objets peu intéressants, se répandirent en plaintes et en murmures, en raison de la nécessité d'une loi répressive contre les accaparements, dont la Convention semblait ne pas vouloir s'occuper, encourageant ainsi l'audace cupide d'une foule d'boinmes égoïstes sans pudeur ; on disait également dans ces groupes que les marchands de vin avaient des magasins depuis la Râpée jusqu'à Villeneuve-Saint- Georges, où ils amalgamaient le vin avec le poiré avant de l'introduire dans Paris; assurés de l'impunité, les marchands s'arrogent le droit de tromper et de voler le peuple, de même que les boulangers qui, trop souvent, vendent à faux poids.
2° L'Assemblée générale de la section des Piques venait, parait-il, de donner son adhésion à une pétition qui doit être présentée à la Convention, dont l'objet est de défendre la vente des espèces monnayées sous peine de mort, de retirer de la circulation beaucoup d'assignats et de les remplacer par desquiltances de finances.
3° L'espoir conçu par la partie indigente du peuple de voir enfin les Législateurs s'occuper de son sort l'a calmée, et les bonnes nouvelles du succès des armées en Hollande ont trouvé tous les cœurs plus disposés à se pénétrer de joie, aussi le recrutement dans les sections marche à merveille. 4° On lient toujours de très mauvais pro-
pos contre le ministre de la guerre, que l'on accuse de placer dans les convois de l'artillerie tous les agents secrets de Lafayette et de fréquenter assidûment d'anciens amis de l'ex-ministre Lajard, qui, dans les sociétés aristocraliques, manifestent l'espoir que l'armée française sautera au siège de Luxembourg.
;j° Deux observateurs, les citoyens Niquille et Gautier assurent que très souvent arrivent de nuit des courriers secrets des armées, qui ne paraissent même pas aux bureaux de la guerre, et proposent de gagner quelques-uns de ces courriers, comme l'on procéda dans le temps que Lafayette faisait des courses mystérieuses, mesure qui fut couronnée de succès.
6° Le général Dumouriez gagne sensiblement depuis quelques jours dans l'opinion publique.
7e On signale l'extinction presque générale des réverbères, quoique la lune ne paraisse sur l'horizon que 2 heures après minuit.
8° Le 1er mars, vers les 2 heures après midi, tut porté à la Morgue un individu qui venait de se brûler la cervelle dans le jardin du Luxembourg, qu'on croit être un prêtre réfractaire.
9° Rien ne caractérise davantage les heureux succ ès des armées de la République que la morne consternation des aristocrates rassemblés à Paris et que l'arrivée de tous côtés, sous divers déguisements, même sous celui de savetier, d'émigrés au désespoir.
10° Plusieurs déclarations font connaître que des gens Dès riches n'ont pas rougi de donner de l'argent aux malheureux qui se sont fait ad juger à bas prix du sucre, du savon, de la chandelle; mais cet exemple étonnant de manque de délicatesse et d'honneur, achève peut-être de prouver que ces marchandises si utiles sont réellement trop chères.
L'extrait de ces rapports est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
2, 3 mars 1793.
Extrait conforme et original signé (griffe) (2 pièces), A. N., AFIV 1470.
L'EâpRlf PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793
i42. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, contenant des indications du Commandant général, relativement au contingent des volontaires, que Taris doit fournir, qui, au 23 février, se montait à 7,650 hommes, faisant observer à ce sujet, que trop de précipitation dans le recrutement donne souvent des hommes trop faibles ou des mauvais sujets renvoyés des autres corps, ajoutant qu'il y a déjà environ 3 à 4,000 braves canonnière, dont le contrôle sera bientôt mis sous les yeux des sections.
L'ordre du jour reproduit également la réponse à l'arrêté de la section des Piques, du 25 février, qui reprochait au Commandant d'occuper 2 places, de quelles places s'agit-il? est-ce celle de Commandant général avec le grade de maréchal de camp de la 17e division, qui n'en font qu'une? S'il est question de celle de brasseur, il ne peut la quitter, elle constitue sa seule fortune, qu'il a abandonnée depuis le 10 août, pour accepter provisoirement le poste de Commandant général qu'il occupe depuis 7 mois, mais Santerre déclare que la confiance s'use, il ne faut point en abuser, qu'il aspire après sa retraite, pour passer un mois à sa brasserie et ensuite se porter aux frontières, où il a comme républicain une dette à acquitter, en conséquence, il sollicite son remplacement et invite les citoyens à continuer d'éclairer le peuple sur ses intérêts, afin que les événements de lundi et mardi ne se renouvellent plus; les moyens qui ont servi à anéantir l'aristocratie et l'esclavage sei viraient aussi à anéantir la République, le peuple des villes n'a pas encore senti l'abolition des titres qui faisaient son malheur, dont les suites sont encore sensibles, mais avec un peu de patience et point d'erreurs, il goûtera le prix de sa liberté; enfin, le Commandant général prévient le Conseil exécutif que les rapports du jour ne signalent rien d'extraordinaire, à part l'assassinat d'une femme, rue de la Vieille-Monnaie, par un cavalier de l'Ecole militaire, qui a réussi à s'échapper, que du reste tout a été tranquille.
3 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AFIV H70.
443. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général prescrit à ses concitoyens de prendre les armes aussitôt qu'on rappellera, afin d'obvier à tous dangers, et annonce que, le bruit de troubles s'étant répandu la veille, il a cru devoir commander des forces suffisantes pour garantir la sûreté générale, principalement de tous les corps soldés, mais il fait observer qu'il a soin de diminuer les réserves à mesure qu'elles deviennent inutiles et rappelle enfin que les contrôles des hommes enrôlés sont attendus pour fixer le contingent de chaque section, et que cette opération doit être accomplie pour le 25 mars.
4 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A, N,t AFIV 1470.
444. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, annonçant, pour la lro légion, l'arrestation du nommé- Riant, conduit au Comité de la section du Panthéon-Français pour avoir crié : Vive le Roi! signalant un marchand de vin, rue Saint-Victor, vis-à-vis Saint-Firmin, qui a toujours chez lui du monde à heure indue, menace et insulte les patrouilles; dans la 2e légion, six militaires, arrêtés la nuit, ont été conduits à l'Abbaye, où le concierge a refusé de les recevoir, faute de place, de même dans la 3e légion, un autre soldat, également arrêté la nuit, et refusé à l'Abbaye, faute de place, est enfermé au corps de garde de la section du Luxembourg.
4 mars 1793.
Extrait, signe de Clément, A. N., AFIV 1470.
445. — Extrait des rapports et déclaralions faits au Bureau de surveillance de la Police, 1° signalant les inculpations de plusieurs officiers municipaux par les seclions : celle de Jacques Roux, par celle des Piques, qu'elle accuse d'avoir provoqué, dans la journée du 25 février, le pillage de plusieurs magasins ; celle d'Avril, que la section des Gravilliers dénonce comme accapareur de savon, qu'il vend très mauvais en le dénaturant, afin qu'il produise plus, et comme ayant fait garder
sa maison par la force armée, tandis qu'il abandonnait au pillage les propriétés de ses concitoyens. Une autre section, celle des Lombards, mise en cause au sujet de la journée du 25 février, décida l'envoi d'une adresse aux 47 sections, aux sociétés populaires et à l'armée, après une vive discussion où plusieurs orateurs se tirent entendre, dont un se lit remarquer par son impudence à diffamer le maire de Paris et les meilleurs patriotes ; la même section repoussa l'idée de rétablir les grenadiers et chasseurs, et se montra hostile à toute corporation militaire.
2° Plusieurs sections entendirent tranquillement, quelques-unes même avec plaisir, la lecture de la démission du général Santerre, auquel on reproche d'avoir soutenu qu'il fallait suspendre la proclamation relative aux enrôlements volontaires et exempter les gros marchands et négociants, même si l'on adoptait la voie du tirage au sort; cette motion, faite dans la section des Quinze-Vingts, y fut très mal accueillie, en raison de cette injuste préférence pour les riches. Par suite d'un abus singulier constaté dans les enrôlements, des femmes, déguisées en hommes, se sont présentées pour s'enrôler, ont reçu les 50 sols alloués aux volontaires et repris ensuite les habits de leur sexe. Le peuple n'est pas moins étonné de voir nombre de volontaires quitter leurs bataillons devant l'ennemi et vendre leurs armes, cette lâche désertion fait beaucoup parler les aristocrates, qui en concluent que nos armées, jamais complètes, ne seront composées que d'enfants hors d'état d'opposer une vigoureuse résistance à des troupes disciplinées, et soutiennent que nos troupes, s'avançant trop témérairement en pays ennemi, courent le risque d'être enveloppées.
3° D'après ce qui se disait à la Halle, si les comestibles et les denrées de première nécessité ne diminuaient point, on renouvellerait les journées des 25 et 2G février. Les clameurs d'un individu, rue aux Ours, ameutèrent la foule, il prétendait être allé chez 50 boulangers sans pouvoir se procurer une livré de pain, on l'envoya dans la rue Mondétour, où il lui fut facile
d'acheter fout le pain dont il avait besoin, on s'avisa un peu tard de penser que ce pouvait bien être un agent provocateur.
La feuille des rapports et déclarations est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
4, 5 mars 1793.
Copie et original signé (griffe), A. N., AF1V
440. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, faisant connaître que, la veille, la tranquillité a été parfaite, le peuple ayant vu qu'il agirait pour les aristocrates et n'ayant même pas pris le change sur l'opinion que le Commandant avait fait tirer sur lui et voulait son malheur, déclarant, au sujet des propos tenus par des malveillants dans les cafés à la maison d'Egalité, suivant lesquels le Commandant général ne pouvait pas souffrir les canonniers, comme ils l'avaient dit il y a 15 jours de la cavalerie de l'Ecole militaire, qu'il n'avait de préférence pour aucun corps, mais que les républicains, qui comme ceux des bataillons de Paris, les chamborans, les canonniers, servent la patrie avec le courage de Français et de républicains, sont ses amis, pour lesquels il se passionne, que ses ennemis, il ne les hait pas, mais qu'il abhorre ceux de la République, ordonnant la continuation des patrouilles de 8 heures 1/2 du matin à 10 heures 1/2 et depuis 1 heure 1/2 de relevée jusqu'à 3 heures 1/2, prescrivant de dissiper le moindre attroupement, en engageant les citoyens à se séparer, et en cas de résistance d'envoyer un exprès à l'état-major.
5 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AFIV 1470.
447. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, signalant, dans la 2e légion, l'arrestation de 2 soldats la nuit, envoyés h l'Abbaye et refusés faute de place; dans la 4e légion, annonçant que la section du Mail a fourni différents détachements pour renforcer ceux qui faisaient la visite des maisons de jeux dans celle d'Egalité, que le citoyen Duplessis, brave vétéran blessé au service de la
L'ESPRIT PUBUQ a PARIS PB JANVIER A JUIN ffl%
République I <5 Lé attaqué la veille, dans la nuit, par plusieurs particuliers, que la sentinelle des Elèves du poste de la Messagerie, ayant entendu le cliquetis des épées, a crié aux armes, le poste est sorti, les faux braves se sont sauvés et l'on n'a pas pu les rattraper.
5 mars 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A.N., AF'M470.
448. — Extraits des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la l'olice, donnant les renseignements suivants :
l°En dépit des malveillants, Paris commence à redevenir tranquille, d'après un faux bruit en circulation, il y aurait eu un attroupement de femmes, dans la journée d'hier, sur le boulevard Montmartre ; ce qui donna naissance à ce bruit, c'est que 250 citoyennes de la section des Piques se sont présentées à l'Assemblée générale de la section pour demander que le citoyen Grandoire, tailleur, continuât à être dépositaire des draps destinés à l'habillement des soldats. D'après certaines informations recueillies, des ouvriers paveurs, maçons et blanchisseurs doivent former un rassemblement considérable, probablement dimanche prochain, pour demander la diminution du prix des denrées.
2° La plupart des canonniers de service aux différentes prisons étaient, le 4 mars, dans un tel état d'ivresse, que l'officier commandant le poste de la Conciergerie fut obligé de faire battre le rappel, pour leur faire quitter les cafés et cabarets, ce qui dissipa les groupes qui se formaient devant les prisons.
3° Dans la plupart des sections, l'on est bien décidé, si le nombre des volontaires pour les armées n'est pas suffisant, à prendre le parti de tirer au sort, pourvu que les riches ne soient pas exempts et ne puissent se faire remplacer.
4° Les aristocrates et les émigrés sont aux abois et quand ils osent ouvrir la bouche, disent encore plus d'absurdités qu'autrefois, un ancien municipal (le sieur Grouvelle), aurait tenu cet étrange propos : « On s'empresse d'arrêter tous les émigrés,
les prêtres réfractaires et autres suspectés d'arislocrutie pour les livrer aux mêmes assassins des 2, 3 et 4 septembre derniers ».
5° La présence à Paris du ci-devant duc de Lau/.un ayant été signalée, des ordres ont été donnés pour le découvrir cl se saisir de sa personne.
6° L'Assemblée générale de la section de lion-Conseil du 4 mars a été très orageuse, par suite des efforts du parti aristocratique pour l'emporler sur les patriotes, un ci-devant avocat, qui ne se montrait jamais à l'Assemblée, s'y rend depuis quelques jours à l'effet d'y fomenter des troubles et a été si turbulent, si insolent hier soir, qu'on s'est vu obligé de le mettre au violon jusqu'à la fin de la séance, quand elle fut levée, plusieurs citoyens de sentiment opposé se battirent dans la rue à coups de canne.
7° La conduite des dragons de la République, casernés à l'Ecole militaire, est de plus en plus repréhensiblc, ce sont, pour la plupart, des distributeurs de faux assignats et des voleurs, on est reçu dans ce corps dès qu'on s'y présente, et les cavaliers découchent quand ils veulent, ce qui prouve que les chefs sont indignes de la place qu'ils occupent. Vendredi dernier, l'un de ces dragons arracha le cordon de la montre d'un citoyen; lors du pillage chez les épiciers, un autre a volé la montre d'un gendarme.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
5, 6 mars 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1470.
449. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Etat-major général de la garde nationale, au lieu et place du Commandant général, indisposé, au Conseil exécutif, l'avisant qu'il n'y a rien à signaler en dehors de la nomination de trois commissaires, Boivin, Moulin et Leroux, pour le recrutement de la ville de Paris, et de l'assassinat d'une femme, rue Saint-Germain-de-l'Auxerrois, par un militaire de la légion Hosenthal, qu'on n'a pu arrêter, que, du reste, les
JOURNÉES HISTÔRiQUES DE LA REVOLUTION
rondes et les patrouilles se sont faites très exactement et tout a été bien calme.
6 mars 1793.
Original signé, A. N., AFIV 1470.
450. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, fournissant les renseignements suivants :
1° Les fâcheuses nouvelles arrivées, le b mars, de l'armée de la Belgique, concernant l'interruption du bombardement de Maestricht, l'évacuation d'Aix-la-Chapelle, et même la retraite des troupes occupant Liège, ont consterné les patriotes et singulièrement réjoui les aristocrates, qui recommencent à tenir dans les cafés leurs propos atroces d'incendiaires. A les entendre, les Autrichiens auraient surpris l'avant-garde de l'armée française et auraient tué 12,000 hommes, tandis que les Prussiens se seraient emparés d'Aix-la- Chapelle, et dans un mois la Belgique serait évacuée, vu l'impossibilité de tenir la campagne à cause du dégoût des volontaires.
2° Dans le café de la buvette de la Convention l'on se récriait beaucoup contre Dumouriez et d'autres généraux, traités d'ambitieux et ne suivant que par force ou politique le parti de la Révolution, ces propos étaient appuyés par des domestiques, espions des émigrés, qui à l'instant furent mis à la porte.
3- Les généraux Servan et Custine se sont trouvés, la veille, au Comité de défense, avec Pétion, Brissot et Beurnonville, lequel paraissait fort inquiet, ce qui a fait supposer qu'une deuxième lettre des commissaires de la Belgique, encore plus alarmante que la première, était arrivée, et qu'on n'avait pas osé la rendre publique ; on soupçonne que celle letlre contient une injonction à Dumouriez de se rendre auprès des commissaires pour prendre des dispositions au su jet de la position critique des troupes, et l'on croit que les commissaires eux-mêmes sont sur le point d'être obligés de s'enfuir.
4° A l'occasion des calomnies répandues contre le maire de Paris par un certain Amant, banquier de jeux prohibés et de
biribi, on dit qu'il le déchirera encore davantage, lorsque la surveillance du maire et des administrateurs de Police aura fait saisir et murer tous les tripots de Paris, réceptacles des filous, des voleurs et des émigrés.
5° Le peuple espère beaucoup des mesures adoptées par les sections et leurs commissaires, chargés d'aviser, avec le maire de Paris, aux moyens les plus efficaces de découvrir les émigrés cachés dans Paris.
0° La section de Beaurepaire, qui se propose de porter Roland au poste d'officier municipal, a arrêté de procéder à un recensement nouveau pour compléter le contingent de volontaires, et d'ouvrir un registre pour inscrire les noms des patriotes qui leur viendront en aide.
7° La vente de l'argent était, dans la journée de la veille, l'objet de conversations très animées, les uns disaient que, si l'on interdisait cette vente, la Trésorerie serait forcée d'acheler l'argent beaucoup plus cher en pays étranger, d'autres soutenaient que c'était la Convention qui avait fait hausser le prix des denrées, des marchandises et de l'argent, parce que, lorsqu'elle avait eu besoin de drap, de toile, de numéraire, de vivres pour les armées, elle avait offert de payer tous ces objels bien au-dessus du prix courant.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
C, 7 mars 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. A\,
451. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nalionale, reproduisant : 1° un arrêté du Département de Police du 6 mars 1793, qui prévient les commandants et adjudants de sections de n'accorder aucuns congés absolus aux tambours des sections armées de Paris qui se disposent à partir aux frontières, la Municipalité s'occupant de procurer d'autres tambours que ceux de la garde nationale aux compagnies de volontaires qui vont rejoindre l'armée; 2° un autre arrêté du Corps municipal, du 5 mars, qui interdit
à tous cavaliers Je manœuvrer dans le jardin du Luxembourg, arrêté en vertu duquel le Commandant général fait les plus expresses défenses à tous cavaliers de manœuvrer, et même de traverser à cheval aucun des chemins du jardin du Luxembourg et enjoint d'envoyer les délinquants à P Abbaye.
Le Commandant général "donne avis du départ de Paris pour Orléans, fixé au 9 mars, d'un convoi d'artillerie, escorté par 4 gendarmes, qui comprendra 20 pièces de canon de 28, en fer, montées sur des chariots, avec 20 affûts, et invite les citoyens, non seulement à ne pas entraver, mais encore à proléger ce départ.
7 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AFV 1470.
452. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, signalant, dans la lre légion, l'arrestation d'un porteur de faux assignats, écroué à la Conciergerie ; dans la 2", le poste de la Trésorerie nationale, à minuit, très incomplet et sans officiers; dans la 3e, l'extinction des réverbères à 2 heures dans la rue Notre-Dame -des -Champs ; l'arrestation , dans la section du Luxembourg, du domestique de la citoyenne La Galissonnière, qui emportait Ô plats d'argent.
7 mars 1793.
Extrait, signé de Santerre et deClément, A .N., AF1V 1470.
433. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les détails suivants :
1° Les observateurs qui ont parcouru les cafés, les différents quartiers de Paris, les groupes, la terrasse dé la Révolution, les cabarets, les faubourgs, mais qui n'ont point été dans les maisons de jeu ni de débauche, parce que la modicité de leur salaire ne leur permet pas d'y faire une certaine dépense pour y être admis, ont remarqué que tout est fort tranquille, quoiqu'il y ait encore des gens qui ne respirent que le désordre et le pillage, et malgré les discours tenus par les malveillants, notamment au sujet de visites domi-
ciliaires pour enlever l'argenterie chez les citoyens.
2° Au café Chrétien, en face du théâtre de l'Opéra-Comique, un particulier soutenait qu'il se formait un parti assez semblable à celui du temps de Lafayelte ; dans le jardin de l'Egalité, plusieurs personnes prétendaient qu'avant peu, le ci-devant Dauphin serait proclamé roi.
3° D'après un bruit mis en circulation par le sieur Labalue, la cour de Madrid avait fait offrir à l'ambassadeur de France, en route, de reconnaître la République française à condition de faire passer en Espagne loule la famille de Louis Copet.
4° Le dénument des volontaires aux frontières a dégoûté beaucoup de citoyens, ceux qui en sont revenus ne veulent y retourner que lorsque les riches marchands partiront, parce que ceux-ci veulent, disent-ils, faire périr les jeunes gens et les petits bourgeois pour dominer à leur fantaisie ; aussi demande-t-on le ti rage au sort pour tous, et, parait-il, beaucoup de nouveaux enrôlés sont des mauvais sujets, dont la plupart ont été marqués et fouettés. La section de Saint-Lazare ne compte que 9 enrôlés volontaires.
5° Une députation de dragons de l'Ecole militaire s'est rendue chez Beurnonvillc pour dénoncer le sieur Boetidoux, connu comme un coquin, le ministre répondit qu'il n'avait fait que suivre le travail du citoyen Pache et montra les pièces de recommandation, à quoi les dragons répartirent qu'on ne leur faisait voir que les pièces qui justifient, mais non celles qui accusent.
6° D'après des rapports d'observateurs qui tenaient le renseignement de députés de la Convention, la dame Clavière ne cessait d'écrire à plusieurs membres de la Montagne pour les engager à dîner chez elle, beaucoup relusent cette invitation, mais quelques-uns acceptent et se rendent à ces banquets politiques.
7° La section des Halles projette défaire le recensement de tous les habitants.
8° Suivant les bruits sourds mis en circulation, il est à craindre qu'il n'y ait, dimanche ou lundi prochain, de nouvelles émeutes au su jet de la cherté des denrées.
Cet extrait est accompagné d'une lettre
04 CHAPITRE Ier. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION
d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
7, 8 mars 1793.
Extrait conforme et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1170.
454. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, contenant l'injonction aux adjudants de ne recevoir aucuns remplaçants pour les postes de la réserve à la Maison commune, à la Convention nationale, aux Caisses et au Temple, et portant que la liste des gardes nationaux manquants sera imprimée et affichée, alin que l'on sache ceux qui sont mauvais citoyens, lesquels seront de plus poursuivis rigoureusement, enfin, prévenant le Conseil exécutif que tout a été tranquille et qu'il n'y a rien d'extraordinaire dans les rapports, si ce n'est l'arrestation, la nuit, de quelques soldats envoyés à l'Abbaye, l'extinction à 2 heures des réverbères de la rue Neuve-Cuillemin et des Quatre- Vents, et la rébellion d'un marchand de vin, rue du Petit-Lion.
8 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AFIV 1470.
455. — Extrait des rapports et déclarations faits au Rureau de surveillance delà Police, montrant le peu d'empressement des jeunes gens pour s'enrôler comme volontaires, en raison des souffrances endurées cet hiver, malgré la prime offerte par les sections, telles que la section Heaurepaire, qui donne 5 livres a tout volontaire s'inscrivant et 30 livres au moment du départ, signalant le patriotisme d'une mère de famille qui a fait arrêter son fils, au café duCommerce, rue Saint-André-des- Arts, pour s'être couvert d'infamie en quittant son bataillon aux frontières, dénonçant le retour du sieur Turgot et de la duchesse de Hrancas, émigrés, les accointances des sieurs Contant de l'Isle, ancien procureur au Parlement, et Lagarde, auditeur des Comptes, avec les émigrés, auxquels ils donnent asile, et la connivence encore plus repréhensible de la Police avec la dame Robineau, tenant une maison de jeu rue de Richelieu, qui recevait à diner les commissaires de police des seclions Poissonnière et de la Hutte-des-Moulius,
ainsi qu'un officier de paix, ce qui a rendu illusoire la descente de police faite le 7 mars, où l'on est entré dans le salon de jeu en faisant enfoncer la porte par un serrurier, quoiqu'on ait trouvé toutes les preuves du délit.
Les cochers de Sacre détiennent ûe plus en plus insolents et prétendent avoir le droit d'augmenter le prix de leurs courses, attendu que tout est fort cher, et ne pouvoir être forcés à marcher, quoique se trouvant sur la place, à l'exemple des marchands qui étalent leurs marchandises et ne vendent qu'à ceux qui leur en donnent le prix qu'ils exigent, exemple, un cocher n'ayant jamais voulu conduire pour 30 sols un militaire de la place de la Maison commune à la barrière d'Enfer, pas à moins de 40 sols.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
8, 9 mars 1793.
Copie conforme et original signe (2 pièces), A. N., AFIV 1470.
456. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, arrêtant les mesures nécessitées par les circonstances pour le départ des volontaires et des semeslriers, qui devront se rendre rue Rarbelte, au bureau du recrutement, ordonnant notamment l'arrestation de tous les citoyens enrôlés dans les volontaires à cheval, qui, après avoir été habillés et payés, ne parlent pas, déclarant qu'en ce moment d'alarmes, on ne peut se dissimuler que les intrigants, répandus dans Paris, et qui sont tous coalisés avec les ennemis extérieurs, vont faire tout ce qu'ils pourront pour amener des divisions et exciter des soulèvements, et recommandant l'union de tous les citoyens pour déjouer les aristocrates; rappelant que les citoyens qui se présentent pour s'enrôler ont besoin d'être surveillés, quand ils ne sont pas connus, parce que beaucoup se font inscrire dans plusieurs sections à la fois, et que l'on ne devra pas recevoir les hommes trop petits ou trop faibles, avec invitation aux commissaires des sections, chargés des enrôlements, d'apportet le plus grand soin et la plus grande célérité à procurer l'ha-
billemont, l'équipement et l'armement nécessaires aux citoyens enrôlés.
Suivant un nouvel ordre du jour envoyé à T> heures de relevée, les réserves ne devaient se retirer qu'à minuit, de fortes et fréquentes patrouilles devaient se porter dans tous les endroits où il y aurait des rassemblements, et, dans le cas où l'on ne parviendrait pas à les dissiper, on devait prévenir de suite le Commandant général à l'Etat-major ; à partir du lundi suivant, les réserves devaient être portées à 100 hommes jusqu'à midi, et réduites alors à lit) humilies.
9 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., Af 1570.
4.'>7. — Extrait des rapporta et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :
1° Les t listes nouvelles apportées à la Convention nationale par l'un de ses commissaires, dans la Belgique, sont l'objet des conversations dans tous les lieux publics, beaucoup de personnes attribuent ces revers à la trahison et font planer les soupçons sur plusieurs fonctionnaires publics ; au milieu des propos tenus sur la terrasse de la Convention, un citoyen
étant avisé de dire que l'on était plus heureux sous l'ancien régime, fut pourchassé par les femmes patriotes, mais ayant exhibé sa carte de membre de la Société des Jacobins, fut considéré simplement comme un discoureur imprudent.
2° Les aristocrates répandent le bruit que Liège et Bruxelles sont pris, ainsi que tous les magasins et trésors enlevés aux émigrés, aux royalistes du Brabant, que deux généraux ont émigré, que l'avant-garde française, composée des meilleures troupes, avait été trahie, surprise et taillée en pièces; d'autres cherchent à dégoûter les volontaires de partir pour les frontières, en prétendant que les choses iront mal, tant qu'on ne verra pas les Jacobins se mettre à la tête des bataillons, qu'on ne sera jamais sûr que les troupes seront bien approvisionnées, que les 300,000 hommes qui vont partir ne trouveront ni magasins, ni étapes prêtes.
3° On ne parle pas moins que de punir tous les traîtres, de purger Paris des aristocrates qui fomentent des troubles, on blâme le pouvoir exécutif d'avoir rappelé auprès de lui les généraux des armées du .Nord, tandis qu'ils n'auraient pas dû quitter leur poste en présence des ennemis.
i° La Convention elle-même n'est pas épargnée, des députés, envoyés par elle à la section de la Maison-Commune, y fui ent accueillis par les plus vifs reproches, auxquels se joignait l'expression du mécontentement qu'inspiraient le ministère et les corps constitués, la Convention était, leur dit-on, influencée par le parti Bolandiste et Brissolin, et tant qu'il y aurait des ci-devant nobles à la tête des armées, on serait toujours trahi, enfin l'on avait destitué un ministre patriote pour le remplacer par un chevalier du poignard; la Municipalité fut dans cette section l'objet des mêmes reproches, on l'accusa de n'avoir pas d'ordre dans son administration et de n'avoir point fait part à chaque section du chiffre du contingent à fournir.
5° Cependant la plupart des sections, éleclrisées par les circonstances actuelles, montrent le plus grand patriotisme, les dons de bienfaisance en tout genre y sont offerts. La section de la Butte-des-Moulins et plusieurs autres ont décidé la réunion des capitaines des compagnies pour aviser aux moyens les plus efficaces «le faire inscrire tous les habitants, jeunes ou vieux, logés en garni ou autrement, et de provoquer des cotisations individuelles chez tous ceux qui n'auraient pas le dessein de s'enrôler, pour subvenir promptement aux besoins de leurs frères d'armes.
0° D'après certains rapports, les marchands de vieux habits seraient gagnés pour se porter aux prisons, dans l'intention de massacrer ceux qui y sont renfermés, mais en réalité pour les faire tous évader.
7° Les prisonniers paraissent instruits de quelque complot en leur faveur ou contraire à l'ordre public, une lettre de l'un d'entre eux témoigne qu'on ne peut concevoir quelles sont les personnes qui font passer tant d'argent dans les prisons, destiné aux bombances perpétuelles qui s'y
font, mêlées d'imprécations et de menaces contre la patrie.
Cet extrait est accompagné d'une lettre du maire de Paris au Conseil exécutif.
9, 10 mars 1793.
Extrait conforme et original signé (2 pièces), A N. , AFIV 1470.
458. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, signalant la présence, dans différents quartiers, de déserteurs des frontières, mauvais sujets, factieux, qui se plaisent à semer des bruits décourageants dans les endroits publics, entre autres dans un petit café, rue de l'Arbre- Sec, mettant en garde les citoyens contre les pièges qu'on leur tend, en leur faisant prendre des eminagasinements pour des accaparements, de façon à anéantir le règne populaire, le règne de l'égalité, et exposant le système des aristocrates qui est en ce moment de faire croire que le peuple veut un roi, veut Egalité, veut son lils pour Commandant général, à l'effet de provoquer une loi martiale, sous le prétexte qu'on veut détruire la République, tandis que ce serait pour anéantir les sociétés populaires, la liberté, l'égalité et la République ; déclarant qu'il faut tirer parti des revers éprouvés et voler au secours de ses amis dont la situation est si critique, qu'il est encore besoin d'une forle surveillance et de beaucoup d'exac- Litude, que les réserves de 100 hommes dans chaque section resteront jusqu'à ce qu'elles soient relevées et seront continuées jusqu'à nouvel ordre, et que l'appel de ces réserves devra être fait plusieurs fois par jour, invitant les commissaires des sections à donner avis aussitôt qu'il
aura apparence de rassemblement, et donnant des instructions pour les tambours, qui ne devront battre que l'ordonnance, sans varier et sans confondre leurs batteries, attendu que cela occasionne des méprises.
10 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N'., AEIV 1470.
459. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la
police, donnant connaissance des renseignements suivants :
1° Plusieurs sections, notamment celle des Droits-de-l'Homme, avaient décidé un recensement général des célibataires et veufs sans enfants de 18 à 40 ans, opération qui s'est effectuée trèsponctuellement, mais qui est de nature à occasionner des troubles fort dangereux, en raison de la faculté de se faire remplacer laissée par la Convention, qui ne peut être avantageuse qu'à la classe des riches et révolte celle des pauvres, laquelle refuse de partir tant que cette disposition ne sera pas abrogée.
2° Les esprits sont revenus des alarmes qu'avaient d'abord occasionné les tristes nouvelles de la Belgique, et les moins incrédules refusent d'ajouter foi à ce que l'on publie des événements de Bruxelles et de Liège, mais on blâme la Convention d'avoir trop tardé à faire la levée des 300,000 hommes qui devraient déjà être partis, et l'on trouve qu'elle devrait se mettre à la tête des armées, puisque les ci-devant rois s'y mettaient bien euxmêmes; l'opinion publique est tout à fait défavorable au général Dumouriez, qu'on qualifie hautement de traître.
3° D'après cerlains rapports, des malveillants ou des égarés menacent d'attenter à la vie des citoyens Beurnonville, Gorsas, Pelion, Barbaroux, Vergniaud, Roland, Brissot, etc.
4° Le 9 mars, se fit aux Champs-Elysées un rassemblement assez considérable, composé de volontaires de plusieurs déparlements, réunis dans un club de défenseurs de la République, ayant à leur tête le nommé Eournier, jeune homme connu de plusieurs citoyens de la Police ; ils dînèrent dans plusieurs auberges et complotèrent vaguement de se porter dans plusieurs imprimeries aristocrates, mais, sur le soir, ils se dispersèrent.
5° Les marchands épiciers sont plus durs et plus insolents que jamais envers les acheteurs, au lieu de paraître touchés d'êlre contraints de vendre fort cher des marchandises qu'ils ont eux-mêmes payées un prix beaucoup plus élevé qu'autrefois, ils disent d'un ton arrogant que, sous peu,
L'ESPRIT PUBLIC A PARIS l>E JANVIER A JUIN 1793
ils vendront infiniment plus cher, et que même il serait impossible de trouver à aucun prix la plupart des denrées de première nécessite.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
11 mars 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. A'., AF,V M70.
460. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, où le Commandant général manifeste quelqu'inquiétude en voyant que, d'après certains bruits en circulation, on voudrait se porter contre quelques membres de la Convention, affirmant que les aristocrates seuls, qui veulent la dissolution, sont assez audacieux pour oser avancer de pareilles friponneries, et déclare aux citoyens patriotes que si, par négligence, ils manquent de venir aux réserves et que la Convention soit attaquée, il ne sera plus temps le lendemain de repousser leurs ennemis, qu'abandonnés aux hasards, battus par une tempête furieuse, leurs efforts seront superflus; il entend que les réserves soient complètes et exactes, et la République sera sauvée, et il annonce que le 12 mars, le citoyen Duvergior, chef de la 4e légion, fournira 100 hommes au poste attenant le Département,dont moitié ira au poste de la cour des Feuillants, el en outre, 50 hommes au Ponl-ïournaut et fi 0 autres au corps de garde de la grande cour des Tuileries, au surplus, que les réserves de 100 hommes par section resteront jusqu'à ce qu'elles soient relevées, et seront continuées jusqu'à nouvel ordre.
1 1 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. A'., AF'V 1470.
431. — Lettre du Commandant général de la garde nationale au Conseil exécutif, le prévenant qu'il vient de commander de forts détachements de gendarmerie à pied et à cbeval au Pont-Tournant, dans l'intérieur du jardin près du bassin, au Carrousel, à la place Vendôme, cour du Manège, el le long du jardin des Tuileries, du côté de la rive, relativement à des rap- T. IX.
ports faits au Maire et que cependant il croit sans fondement.
1 1 mars 1793.
Original, signé de Santerre, A. A\, AFIV
462. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, contenant les renseignements suivants :
1° Dans les groupes, cabarets et cafés, il n'était question ces deux derniers jours (11 et 12 mars), que d'une insurrection générale et prochaine, parce qu'il fallait, disait-on, une nouvelle journée du lOaoùl, afin de purger la République de tous les traîtres qui la trahissent; les auteurs de ees discours incendiaires, les provocateurs au meurtre, au carnage, sont en grande partie les fédérés composant la Société dite des défenseurs réunis de la République, siégeant aux Jacobins; ils se rendirent, parait-il, le 9, au Club des Cordeliers, alin de provoquer la fermeture des barrières, faire sonner le tocsin et tirer le canon d'alarme, au même moment, plusieurs de ces fédérés proposaient aux citoyens se trouvant au café des Feuillants de se joindre à eux pour aller briser les presses aristocratiques, notamment celles de Rrissot, et massacrer plusieurs Conventionnels; les principaux chefs de ces complots sont les sieurs Langlais, ci-devant attaché à la surveillance de la Police et ensuite à celle du Comité de sûreté générale, Fournier, dit F Américain, Peyre, homme île loi, Toussaint, .Jourdan, dit Coupe-Tcie, frère du fameux Jourdan d'Avignon, enfin le sieur Vincent, ci-devant cbef de l'un des bureaux de la guerre, qui, dans le Club des Cordeliers, a soutenu les projets de celte troupe égarée ; ces meneurs n'ont pas peu contribué à ralentir l'ardeur des citoyens qui prennent les armes; on remarque, d'ailleurs dans plusieurs groupes, surtout au Jardin de l'Egalité, des volontaires soi-disant revenant des armées, qui font une peinture exagérée des maux qu'ils ont soufferts, et finissent par jurer qu'ils n'y retourneront plus, attendu qu'on avait, disent-ils, promis d'adoucir la misère de leurs lemmes,
98 CHAPITRE Ier. — JOUHNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION
de -leurs enfants, et que l'on n'en a rien fait; cependant le contingent de toutes 'les sections s'est constitué sans peine et quelques-unes l'ont même doublé.
2° A en juger par les Anglais suspects que l'on rencontre fréquemment dans différents quartiers, la Cour de Londres a dû répandre dans Paris un grand nombre d'émissaires et d'espions.
3° Chabot a été remarqué dans le café Beauquai're, prenant vivement le parti de Beurnonvilie, mais convenant qu'il n'était pas propre à la place de ministre; parmi les protégés indignes de la bienveillance de ce ministre, on cite un colonel de hussards, repris de justice pour vol de portefeuille au Théâtre-Français.
4° D'après une prétendue lettre de Dumouriez à Brissot, ce général aurait déclaré que s'il ne réussit point dans ses desseins secrets, et s'il n'est pas soutenu par ses amis de la Convention, il entrera dans le Luxembourg; suivant une note, Ihimouriez n'a passé en Hollande, à la tête de 20,000 hommes, que pour affaiblir d'autant son armée et faciliter à l'ennemi le passage de l'Escaut; un militaire ayant voulu prendre sa défense dans un café, en fui chassé honteusement.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
11, 13 mars 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. N., AF1V 1470.
463. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que la journée de la veille s'est passée assez tranquillement, que pourtant il y a toujours eu des agitateurs aux abords de la salle de la Convention, que leur projet serait, paraît-il, de faire arrêter quelques Conventionnels, dans l'espoir que les départements, ne voyant plus de point central assuré, se laisseraient détourner, coup préparé depuis longtemps. Si l'on en croit le bruit public, les intrigants réfugiés en Angleterre cherchent à corrompre les départements a voisinants, et se livrent aux même mano'uvres du côté de la Suisse, de sorte que si l'unité de La République cessait, il s'en suivrait des malheurs incalculables;
si l'on porte atteinte à un seul membre de la Convention, la puissance de l'Assemblée devient illusoire et imaginaire, et les départements effrayés peuvent s'égarer et se diviser, aussi tous les braves citoyens doivent-ils se rallier pour détourner un pareil orage, et réunir tous leurs efforts pour sauver la République. Rien d'extraordinaire n'est signalé dans les rapports de la garde nationale, à part l'arrestation d'un particulier, rue St-Jacques, accusé de l'assassinat d'un autre dans les carrières, et l'annonce du prochain embarquement de 40 pièces de canon, prises à l'Arsenal pour la défense du Havre et des côtes avoisinantes.
12 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF1V 1470.
404. — Lettre de Santerre, commandant général de la garde nationale, au citoyen Grouvelle, secrétaire du Conseil exécutif, se plaignant de ce que ses employés ne sont pas payés, ce qui n'est pas encourageant pour des citoyens qui travaillent, el déclarant que l'on ne peut faire rétroactivement d'observations sur le mode de payement qui a lieu depuis 3 mois, et que rien ne doit s'opposer au payement de ce qui est dû.
12 mars 1793.
Original signé, A. N., AF1V 1470.
465. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale , portant réduction des réserves à 25 hommes, ordonnant des patrouilles moins nombreuses mais fréquentes, et annonçant pour le dimanche suivant, l'essai de différents boulets de canon à la bulle Montmartre. Il est à remarquer que la surveillance et l'activité des citoyens ont déjoué les malveillants, qui se reportent actuellement dans les marchés, où l'on voit beaucoup île domestiques et de cuisinières de gens riches agir sur l'esprit public à l'instigation probablement de leurs maîtres. Il y a lieu d'espérer qu'à l'avenir l'on emploiera au service domestique plus de femmes que d'hommes, alin qu'elles aient plus de ressources pour vivre, et que l'on rende à la culture des terres et à l'armée une classe
d'hommes grands et forts, qui vivent souvent dans l'oisiveté. Les rapports île la garde nationale ne signalent que l'arrestation de quelques soldateet déserteurs, envoyés à l'Abbaye, de 2 cochers de fiacre bruyants et refusant de marcher, conduits à la Mairie, enlin la hop prompte extinction des réverbères dans les petites rues de la section de Molière et La Fontaine.
Copie conforme, signée de Clément, À. N.,
460. — Extrait des rapports et déclaralions remis au Bureau de surveillance de la Police, signalant les laits suivants :
1° Des médailles d'argent qui circulent dans Paris et ont été envoyées même aux députés de la Convention, représentent d'un côté l'effigie du ci-devant Boi avec la date de sa naissance à Versailles, et de l'autre, celle de son supplice ou martyre à Paris, place de la Dévolution. Certain libraire de la rue Saint-Jacques, nommé Laurent jeune, se permet aussi de vendre une brochure contre-révolutionnaire, où l'on déplore la mort tragique du ci-devant Roi, imprimée, dit-on, au nom de ISO communes d'un département de la ci-devanl Normandie, et l'on a trouvé- chez ce libraire un ballot rempli de brochures encore plus dangereuses que celle-ci.
2° Un soldat, vélu d'un habit bvun à parements verts, ayant voulu sur la terrasse de la Convention parler en laveur de Dumouriez, vanter son habileté dans ses opérations militaires, et déclarer qu'il était incapable de trahir la nation, lui très maltraité par les auditeurs, à coups de pied, à coups de poing, et fut très heureux de pouvoir prendre la fuite.
3° Dans plusieurs clubs ou sociétés de jeunes gens, on considère comme une tache le fait de ne pas voler aux frontières et l'on regarde comme des lâches les volontaires qui ne rejoindraient pas leurs drapeaux ; on constate beaucoup d'élan, surtout dans la section du Mail, mais, par contre, quantité de mauvais sujets s'enrôlent dans plusieurs sections, reçoivent le prix des engagements et disparai ssenl.
4" Le renchérissement des vivres s'accentue, les bouchers veulent vendre la viande jusqu'à 14 sols la livre el répondenl ii ceux qui s'en plaignent qu'ils la payeront encore plus cher par la suite ; il n'y a pas jusqu'au 1er dont le pris n'ait doublé', autrefois le cent pesant valait à peine 28 livres, actuellement certains marchands le vendent 40 livres.
5° Les jeux prohibés reprennent avec une nouvelle audace, dès le lendemain de leur saisie, ce qui prouve qu'il faut y retourner souvent, jusqu'à ce que la punition répétée effraye et force à fermer. Lorsqu'on s'est porté chez la dame La tour, Maison de l'Egalité, les gendarmes reçurent plusieurs billets de cent sols du chevalier Dejean et d'un officier de hussards, pour qu'on les laissât évader, un émigré du nom de Vaudreuil, qui se trouvait dans ce repaire, réussit à sortir sans être aperçu, ou plutôt en payant grassement ceux qui auraient pu le retenir; la même dame Latour, donna encore, dimanche dernier, un grand dîner dans sa maison de campagne, où se trouvèrent des commis de la Mairie et de la Munieipalilé. On annonce l'ouverture d'un nouveau jeu prohibé à la Chancellerie d'Orléans, rue des Bons-Enfants, il s'y perd des sommes considérables el l'on y joue fort avant dans la nuit.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
13 mars 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. A"., AFiv 1 470.
garde nationale, renouvelant l'invitation à tous les citoyens, notamment aux brocanteurs, de faire arrêter les volontaires qui vendent leurs effets, annonçant le départ des gendarmes, vainqueurs de la Bastille, pour le 21. l'embarquement de canons de 18 pour la défense des eôles, et d'un convoi d'artillerie de campagne pour Caen, interdisant à tous les recruteurs de l'armée de continuer leurs opérations, et déclarantque le recrutement des volontaires qui, les premiers jours, avait produit peu de monde, commence à bien aller, el que
ce qu'il y ;i de rassurant, c'est que ceux qui partent sont pleins de courage et animés du plus grand zèle pour défendre l'unité de la République.
A l'occasion des plaintes contenues dans le procès-verbal de l'assemblée des officiers de la force année de la section de 1 792, qui déclarent que le grand nombre des fonctionnaires publics, dans cette section, empêche de fournir les postes détachés, le Commandant général, ne pouvant statuer sur celte difficulté, prie les sections d'exprimer leurs vues à ce sujet, et observe seulement que tous les employés aux caisses et autres bureaux pourraient n'être regardés que comme fonctionnaires publics indirects, et, attendu que plusieurs de ces Messieurs font mépris de la garde nationale et se réjouissent des malheurs du pays, il serait bon de s'arranger pour les faire mouler, par quart ou par sixième, ils recevraient aux corps-de-garde des sections des leçons de morale dont plusieurs ont besoin, les bons citoyens étant même invités à déposer ce qu'ils entendront d'eux dans les maisons civiques, k l'effet de le joindre à leurs certificats de civisme, ajoutant enfin que les rondes et les patrouilles se font toujours avec la même activité, jour et nuit, et que tout a été tranquille, à part l'insulte faite à des patrouilles par des joueurs et des buveurs se trouvant, à 3 heures 1/2 du matin, chez un marchand de vin, rue Galande, au coin de la rue Saint-Julien-le- Pauvre.
14 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AFIV 1470.
4CH. — Extrait des rapports et déclarations fuits au Bureau de surveillance de la Police, signalant les parlicularités suivantes :
1° L'opinion publique manifeste un mécontentement général contre la Convention nationale, dont les membres ont encore employé les journées d'hier et d'avant-hier à se dénoncer mutuellement, la Montagne et les Jacobins commencent à perdre l'estime qu'ils avaient obtenue.
Les départements, à ce qu'on prétend, ont 1res mauvaise opinion de la conduite des
Législateurs et songeraient à former une nouvelle Convention, à raison de 2 membres par département; il y a toujours un projet formé secrètement contre plusieurs membres de la Convention, qu'on ne saurait trop surveiller; c'est ainsi que le nommé Jourdan, dit Coupe-Tête, aurait demandé, lundi matin, à emprunter 2 pistolets au sieur Boissat, quartier-maître du corps armé des Allobroges. parce qu'à l'entendre il fallait absolument qu'il se défit dans la journée des traîtres à la patrie.
2" Les sections de Paris ont fait assembler les capitaines de chaque compagnie, pour organiser une quête dans tous les quartiers en faveur des volontaires qui vont combattre les ennemis du dehors; malheureusement, parmi ces braves citoyens, il se glisse des voleurs et des brigands qui vendent leurs habits et leurs armes, ce qui ne se pourrait, si le Corps municipal renouvelait -son arrêté, interdisanl aux fripiers et brocanteurs d'acheter des uniformes et des armes, et au Mont-de- Piété de prêter sur nantissement de pareils effets; c'est à cette catégorie qu'appartenaienl sans doute les 3 particuliers qui entrèrent chez un épicier, rue de la Cordonnerie, soi-disant pour acheter une pipe, brisèrent le comptoir et commirent beaucoup d'autres dégâts.
3° Le peuple désire vivement le départ pour les frontières de toutes les troupes suidées de Paris.
4° Certaines daines Sainte-Amaranthe, Robineau et Latour (qui tiennent des tripots) ne cessent de répéter qu'elles n'ont rien à craindre de la surveillance de la Police, en raison de leurs intelligences avec la Mairie.
5° L'émeute arrivée, le 13 mars, à la Halle au Blé, à l'occasion d'une prétendue disette de farines et de l'augmentation de 13 livres par sac, alléguée par les boulangers, a failli produire de graves inconvénients, surtout par l'imprudence du juge de paix de la section ; les bons citoyens se réunissant au café du Caveau en ont été dupes, ils ont dit que cette cherté ne pouvait être occasionnée que par une mauvaise administration de la Municipalité, qui ne dédommageait point
I ii I
les boulangers de leurs pertes, sur les 4 millions qui lui ont été délivrés à cet effet, que l'on pourrait comparer à une pelote de beurre passant par plusieurs mains.
(>° Quand le bruit de la pétition imprudente des boulangers se fut répandu aux abords de la Convention, il se tint un grand nombre de propos relatifs à l'inquiétude qu'elle a occasionnée. Oo a remarqué que certaines femmes criaient avec le plus d'opiniâtreté, et que ce sont les mêmes qu'on voit toujours sur la terrasse des Feuillants, et qui, sans doute, sont payées pour propager les troubles.
Au reste, la Malle au Blé a été suffisamment garnie de farines, et tout y était, le soir et le malin, tranquille.
7° La section des Piques a été vivement alarmée par la conduite des garçons boulangers, qui voulaient 50 sols par jour, avec une bouteille de vin, et qui menaçaient de se retirer, mais les boulangers ayant cuit comme de coutume, le pain n'a nullement manqué.
8° Il est toujours important de surveiller les prisons, attendu qu'il y a un complot de s'y porter au moment où l'on s'y attendra le moins.
9° M. de Chabrillan, mort il y a 10 ou 12 jours, laisse ses deux lils, émigrés en Angleterre, après leur fuite de Maestricbt, dans le dénùment le plus absolu, mais il possède 00,000 livres de rente sur des biens près de Montélimart, dont il est juste que la République se saisisse.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
14, 15 mars 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. A7., APiv 1470.
169. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant qu'il n'y a rien d'extraordinaire dans les rapports, eu dehors de l'envoi de canons et affûts a Caen, que les rondes et patrouilles se sont faites très exactement, et que le calme continue toujours.
15 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AFIV 1170.
470. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :
1" L'aspect de Paris est tranquille, malgré différentes causes de sourde agitation. On discutait dans les groupes avec beaucoup de chaleur, on y disait que les seclions devaient absolument lever l'étendard de l'insurrection, pour faire diminuer les denrées, et surtout pour empêcher l'augmentation des farines, mais avant que les sections prennent ce parti, il faut qu'elles établissent un Comité d'insurrection raisonné; on ajoutait que la cause première de tous les maux venait de la Convention nationale, dont la plupart des membres ne sont occupés que de leurs intérêts personnels et n'ont nullement l'intention de faire le bonheur du peuple.
2° La rentrée de Beurnonville au ministère provoquait aussi beaucoup de discours, on s'écriait que si le peuple ne prenait plus tôt des mesures vigoureuses, le parti royaliste de la Convention profiterait de l'absence des députés patriotes, envoyés dans les départements, pour rendre des décrets liberticides, afin de replonger la France dans l'esclavage.
3° Le sieur Fournier a encore fait une motion très insidieuse aux Cordeliers, proposant la réunion de toutes les Sociétés populaires au Champ de Mars, pour y prêter le serment de maintenir et soutenir la République démocratique, une et indivisible; ce projet excita de violents débals, et les bons citoyens eurent bien de la peine à le faire l'envoyer à une séance ultérieure.
4° Les banquiers de .jeux de biribi, non contents d'enfreindre la loi, ne cessent de calomnier l'administration de la Police, en déclarant que les administrateurs sont de connivence avec eux: le sieur About, officier de paix, est, dit-on, payé par plusieurs maisons de jeux prohibés, un autre officier de paix, le sieur Leprince, exerce deux emplois, en contravention à la loi, il est employé par le ministre des Contributions publiques pour surveiller l'émission des faux assignats, et sera mis en demeure d'opter, sous peine d'être dénoncé par la section des Qualre-Nations.
102 CHAPITRE Ier. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION
5° D'après le rapport de l'Etat-major, les citoyens Garin et Cousin, administrateurs au Département des Subsistances, viennent de déclarer rju'ils craignent que des (rouilles n'éclatent ce soir, à lïi Halle au Blé, et dénoncent cinq boulangers, très mauvais sujols, notamment le sieur Roux, nie des Vieux-Augustins, qui prétend que, sous S jours, il faut un Roi, qu'autrement les eboses iront mal et que la disette sera dans Paris.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
15, 16 mars 1793.
Copie et original signé {'l pièces)) A. A'., AFIV 1470.
V71. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, dans lequel le Commandant général prévient ses coneiloyens que l'on affiche et distribue des imprimés perfides, l'un d'eux, de couleur jonquille, sous forme d'un placard bien aristocratiqUement fail. signé d'un faux nom et d'une fausse adresse d'imprimeur, qui couvre sa perfidie de manière à faire prendre le change à ceux qui ne sont pas instruits, invite les bons citoyens à se soulever contre les Jacobins, et reproche à Santerrc de ne pas organiser la force armée, afin d'écraser le peuple, tandis que tout le monde sait que cette force est organisée et qu'il ne lui manque que des règlements, dont s'occupent les commissaires des sections, mais, observe Sanlerre, « ce qui déjouera nos ennemis, c'esl que lous les complots dos scélérats, qui voulaient recevoir les ennemis en Brelagne et en .Normandie, sont découverts et que noire union les Lue >k
Rien d'extraordinaire dans les rapports n'est signalé, à part les plaintes de la première légion sur la mauvaise tenue, l'insubordination et la négligence dans le service de ses tambours.
1G mari 17'J3.
Extrait, signe de Clément, A.N., AFlv 1470.
472. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance .le la Police, donnant les renseignements suivants :
1° On est généralement méconlenl de ce que, depuis plusieurs jours, la Convention ne fait point lire les lettres qu'elle reçoit de Dumouriez, d'où l'on conclut que les nouvelles sont très mauvaises, on prétend que, dans ces lettres, Dumouriez parle en maître et prétend s'emparer de la Hollande pour y régner; on redoute aussi le départ de beaucoup de membres de la Monlagne pour les départements, et que le Marais de la Convention ne profite de l'absence des vrais patriotes pour tout bouleverser; l'entrée de Garât au ministère de l'intérieur ranime le courage des aristocrates.
2° Sur la terrasse des Eeuillants, un jeune homme qui s'est dit Jacobin et que des personnes désignent sous le nom de Varlet, paraissait beaucoup regretter dans ses discours que l'insurrection qui devail éclater du 9 au 10 mars n'ait pas été réussie, il parla longtemps au milieu d'un groupe fort nombreux et sa harangue se résuma, en dernière analyse, à ces points : 1° qu'il avait dit, le dimanche précédent aux Jacobins, que celte insurreclion était légitime et nécessaire, qu'il la désirait encore aujourd'hui, qu'au surplus elle n'était qu'ajournée ; 2° qu'il souhaitait maintenant que l'apathie des Jacobins fût remplacée par l'énergie des femmes des 5 et 6 octobre 1789, afin que la Convention nationale proscrivît la vente de l'argent, décrétât la peine de mort contre les agioteurs et accapareurs et fit tomber la tête de Roland, de Brissot, et qu'enfin, quand il y aurait une guillotine dans la cour du Manège, il faudrait bien qu'ils y passassent.
3° Les esprits sont toujours très agités pour la question des enrôlements ; dans l'Assemblée générale de la section de Beaurepaire, on donna lecture d'une adresse aux citoyennes, pour que la tendresse conjugale ne les entraînât pointa s'opposer au départ des braves volontaires ; dans celle di's Lombards, la veille, à 10 heures du soir, il y eut un violent tumulte occasionné par l'imprudence du président, qui s'avisa de dire que les garçons étaient des lâches de laisser partir les hommes mariés, il se forma alors deux partis, celui
des maris et celui des garçons* prêts à en venir aux mains, plusieurs officiers municipaux accoururent et s'efforcèrent de ramener le calme, mais Le président fut obligé de quitter le fauteuil.
4° Dans plusieurs sections, on inculpe la Convention de ne point sévir assez vite contre les traîtres, et l'on craint le renouvellement des affreuses journées des 2. 3 et V septembre dernier.
.">" Les trouldes excités par les boulangers vont toujours croissant, et la crainte de la disette fait que l'on double ou triple sa provision de pain ; des boulangers se sont présentés à l'Assemblée générale de la section de la Cité et y ont dit que le pain pourrait bien manquer au premier jour, vu qu'ils n'avaient pu acheter chacun qu'un seul sac de farine, tandis qu'ils en emploient trois journellement, et que la Commune de Paris non seulement ne leur donnait aucune indemnité, mais voulait même les forcer à faire toutes les avances.
6° D'après tous les rapports, les boulangers sont grandement coupables du tumulte qu'il y a eu à la Halle au Blé, ils se sont prêtés aux suggestions des malintentionnés et ont manqué de faire naître des événements très fâcheux, ils se plaignent des abus de sacs vides, qui pèsent de 7 à 8 livres au lieu de 4, ils demandent des avances, non des indemnités, mais sont-ce là des motifs pour chercher à occasionner une insurrection avec la famine et pour risquer de massacrer un officier municipal, un administrateur des Subsistances ?
7» On cite les propos d'une boulangère foraine, sur la place de la Maison de l'Egalité, qui disait à ses pratiques : » Croyezvous qu'on f... aux Parisiens le pain à 12 sols, tandis que nous payons une augmentation de 13 livres par sac; si mon mari m'avait cru, il n'aurait pas apporté de pain aujourd'hui. »
8° Dans la section de Bon-Conseil on a arrêté qu'il fallait vérifier l'approvisionnement des farines avant de répandre l'alarme, et l'on a dû envoyer des commissaires auprès du Maire, pour savoir au juste l'état des subsistances de la- ville de Paris.
9° La section de la Cité a également en-
voyé des commissaires dans son arrondissement, à L'effet de faire perquisition chez tous les boulangers et contraindre ceux qui auraient plus de 3 sacs de farine à partager avec leurs confrères moins favorisés.
10° Les rapports des observateurs signalent la présence, à Paris, d'un nommé Sabatier, agent de faux - monnayeurs, qui mel en circulation de faux louis d'or, et d'un fameux chef de voleurs, nommé Déruelle, maintes fois emprisonné et autant de fois évadé, qui ne cesse de commettre des vols tant à Paris que dans les environs, on est à sa poursuite. Une auberge, dite la Galiotte, sur le boulevard du Temple, est le point de rendez-vous des voleurs, qui viennent y partager leurs vols.
11° Les cochers de place ne veulent absolument marcher qu'à force d'argent et quand il leur plaît, ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'ils sont soutenus par le peuple, même par la force armée. Un détachement de volontaires étant accouru vis-à-vis de la Maison d'Egalité, à la réquisition d'un citoyen, pour mettre un cocher de fiacre à la raison, l'un d'eux s'écria qu'on ne pouvait forcer les cochers à marcher, attendu qu'il n'y avait pas encore de règlement à leur su jet.
La feuille des rapports de police est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
16, 17 mars 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AFn 1470.
473. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, par lequel Santerre prémunit les citoyens contre les malveillants qui continuent toujours à répandre de faux bruits pour jeter l'alarme et égarer l'opinion, et se livrent généralement à leurs manœuvres vers la lin de la semaine, afin que le lundi, qui est ordinairement le jour de repos des ouvriers et le jour qu'ils consacrent à leurs plaisirs, puisse favoriser leurs projets sinistres; il engage tous les bons citoyens à déjouer ces complots, en communiquant les connaissances qu'ils peuvent avoir des projets «le ces malintentionnés, qui ne
cherchent qu'à les désunir. Les réserves de 2b hommes par chaque section seront tenues au complet et continuées jusqu'à nouvel ordre, les chefs de postes et ad judants des sections feront des appels de 4 heures en 4 heures et enverront la liste des absents.
17 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A.N., AFIV 1470.
474. — Lettre de Pache, maire de Paris, au citoyen Grouvelle, secrétaire du Conseil exécutif provisoire, accusant réception de l'avis envoyé la veille au nom du Conseil, dont il a envoyé copie aux administrateurs de Police et au Commandant général, avec prière de prendre les mesures nécessaires, chacun en ce qui le concerne, et annonçant qu'il transmettra les réponses qui lui seront parvenues à cet égard.
17 mars 1793.
Original signé, A. N., AFIV 1470.
47b. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Rureau de surveillance de la Police, faisant connaître les particularités suivantes :
1° Un certain Pierre Rrémont, volontaire du 2e bataillon des Marseillais, connu comme intrigant et l'agent de plusieurs têtes chaudes, vient d'obtenir du ministre Reurnouville, par la protection de Barbaroux, une place d'inspecteur des vivres et fourrages de l'armée du Var, et une place analogue vient d'être accordée au sieur Laborde, officier de paix avant le 10 août, l'un des chefs des agents du ci-devant Roi, et en relations avec les nouveaux officiers de paix, dont il cherche à corrompre le patriotisme.
2° 11 y a lieu d'enregistrer le départ de nombreux volontaires, quoique dans certaines sections, notamment celle du Théâtre-Français, les jeunes gens montrent peu de /èle pour courir aux frontières, malgré une prime de 100 livres et une haute paye de 2 livres par jour, mais, dans toutes les sections, l'on s'occupe d'établir une caisse pour le soulagement des femmes et enfants des défenseurs de la patrie.
3° La conduite des boulangers est sévè-
rement jugée, outre les intentions qu'ils ont manifestées et celles qu'on leur soupçonne, ils soutiennent que tant que la Municipalité se mêlera des subsistances, le pain sera toujours cher et les farines peu abondantes. Il est certain que sans l'éloquence et la force des poumons du citoyen Audouin, il serait arrivé de grands malheurs à la Halle aux blés et farines, les boulangers, réunis à une troupe de femmes, vomissaient mille injures contre la Municipalité et voulaient absolument pendre le citoyen Garin, administrateur des Subsistances, qui eut beaucoup de peine à s'échapper de leurs mains. I.a présence et les discours du Maire contribuèrent aussi beaucoup à ramener le bon ordre et la tranquillité, ainsi que la promesse du citoyen Raudrais, administrateur de Police, de faire son rapport de tous les abus dont on l'informait. Le Maire crut devoir déclarer avec beaucoup de fermeté aux boulangers attroupés qu'il y en avait parmi eux de malintentionnés pour la chose publique et qui étaient incités à provoquer le désordre.
4° Dans plusieurs cafés, on disait qu'il serait nécessaire d'envoyer aux environs de Paris, afin de s'assurer si les fermiers font battre une assez grande quantité de blé pour que les marchés soient suffisamment pourvus, et atin de savoir s'il n'y a pas d'accaparements de celte précieuse denrée.
b° Les craintes manifestées au sujet d'un prétendu projet des vainqueurs de la Bastille, gendarmes nationaux, sont absolument dénuées de tout fondement; ils se sont assemblés aujourd'hui pour célébrer un service en l'honneur de Le Peletier de Saint-Fargeau et pour s'occuper de leur prochain départ; on rapporte seulement que parmi eux se trouvent quelques femmes déguisées en hommes, qui reçoivent la paye attribuée aux volontaires nationaux.
La feuille des rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
17, 18 mars 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1470.
470. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, consacré surtout à la réglementation du service, constatant que les commandants et adjudants de sections mettent beaucoup de négligence à avoir leur réserve complète, que plusieurs sections n'ont pas fournie, déclarant que ['appel doit être fait au moins trois fois par jour, et chargeant les chefs de légions et adjudants généraux de vérilier souvent les postes, afin de s'assurer de l'état des réserves, et comme la troupe soldée presque en entier quitte Paris, invitant les citoyens à être exacts, prévenant enfin les commissaires des sections! investis du recrutement, que passé' 2 heures après-midi, il ne sera plus fait de départs de recrues, attendu que les conducteurs rencontrent beaucoup d'inconvénients à l'entrée de la nuit.
18 mars 1793.
Extrait non signé, A. N., AFV 1470.
477. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, annonçant, pour la 2e légion, que les citoyens Grandremi, capitaine de canonniers, Bon, sergent, et Aubry, canonnier de la section de la Réunion, ont été consignés au poste du pont Notre-Dame, faute de place à l'Abbaye ; pour la 4e légion, que le citoyen Barrois, enrôlé dans la section du Mail, a été arrêté, comme il vendait son habit, et conduit à l'Abbaye, ainsi que trois autres militaires qui sabraient sur la place de la Victoire nationale tous ceux qui passaient; que l'of- Qcier de garde au poste de la Caisse de l'Extraordinaire a refusé de prêter main forte à 6 particuliers, dont l'un se disait municipal, décoré du cordon national, et un autre commissaire de section, pour aller saisir un jeu, d'autant plus qu'ils lui avaient fait des demandes suspectes, i t attendu qu'étant autorisés comme ils l'étaient, ils devaient plutôt s'adresser à des sections voisines, et qu'on ne doit pas dégarnir un poste aussi essentiel.
18 mars 1793.
Original, signé de Sanlene et de Clément, A. /V., Al'IV 1470.
478. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, relevant les particularités suivantes :
1" De violents murmures éclataient contre les députés de la Convention, que l'on accusait de rester dans l'inaction depuis longtemps, et d'avoir fait mourir LouisXVl pour prendre sa place, de façon à changer simplement de despotisme ; certains disaient qu'à moins d'immoler Brissot, Buzot, Petion et Roland, on ne pouvait espérer d'être heureux, parce qu'ils avaient juré sur leur tète d'opérer une contrerévolution.
2° Au milieu des groupes assemblés sur la terrasse des Feuillants, un colporteur vint crier la pétition d'une épicière qui réclamait 100,000 livres pour le sucre qu'on lui avait pillé le 25 février, les citoyennes, répandues sur la terrasse, s'écrièrent alors : «C'est dommage qu'elle n'ait pas donné son adresse, nous lui aurions porté son indemnité. »
3° Le projet d'expulsion des étrangers de Paris et de la France entière est désapprouvé, attendu qu'au moyen du Comité de sûreté générale de la Convention et du Comité de surveillance de la Municipalité, il est facile de s'assurer des malveillants, et que Paris n'est pas dans une situation assez prospère, pour qu'il soit d'une bonne politique de défendre aux étrangers d'y venir dépenser leur fortune.
4° Tous ces propos n'empêchent pas que l'on ne parle avec chaleur de la rareté des subsistances de première nécessité, au sein de l'abondance et des accaparements de toute nature.
5° D'après le rapport du citoyen Sarot à la section Beaurepaire, le sieur Garin, administrateur des Subsistances, aurait dit au secrétariat de la Commune que 12 boulangers avaient osé avancer que, dans 8 jours, il y aurait un roi de France, 4 commissaires de la section furent chargés d'éclaircir le fait. On se plaint, en général, que les boulangers font leurs pains au-dessous du poids, que ceux de 2 livres ne pèsent qu'une livre 3 quarterons et ceux de quatre 3 livres deux tiers.
0° Les épiciers de la rue Montorgueil
avaient tous fermé, le 17 mars, leurs boutiques, parce que leurs garçons s'étaient réunis pour s'occuper d'une pétition.
7° La plupart des marchands d'estampes vendent publiquement le testament de Louis Capet, surmonté de trois figurée en médaille, dont celle du milieu représente le ci-devant Roi, décoré du cordoa et de la plaque du Saint-Esprit, et les deux autres les enfants du tyran, l'un avec le litre de prince royal et l'autre avec celui de Madame de France; on observe à ce sujet que si les marchands ont la liberté de vendre toutes sortes d'images, ils sont cependant astreints à ne pas offenser les bonnes mœurs, et, à plus forte raison à ne point commettre d'infractions à la loi qui sert de base à la République, en osant accompagner l'effigie des ci-devant de titres qu'ils n'ont plus, infractions qui sont d'une extrême conséquence.
8° Dans le moment présent, tout Paris est plongé dans la consternation par ce que l'on raconte de l'assassinat commis à Orléans sur la personne d'un représentant de la nation, et à cause des nouvelles venues de quelques départements.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
18, 19 mars 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. A'., AFIV 1470.
479. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, portant que les citoyens de garde aux Caisses et établissements publics ne quitteront leurs postes sur aucune réquisition et fermeront les portes le soir à l'heure concertée avec les directeurs; les officiers municipaux et autres autorités constituées devant savoir que les sections seules sont dans le cas de prêter main forte, faisant observer que beaucoup de soldats s'enrôlent dans les sections, étant déjà enrôlés ailleurs, et priant instamment les sections de ne prendre d'hommes que ceux qui sont bien connus et dont il n'y a rien à craindre ; rappelant enlin que la prison de la Force est réputée militaire et que tous ceux qu'on arrêtera, une heure après la
retraite, y seront conduits, lorsqu'il n'y aura pas de place à l'Abbaye.
Extrait, signé de Clément, A.N., AFIV 1470.
480. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, aux termes duquel le Commandant général, au moment où les plus zélés patriotes courent à la défense des frontières, e! où les ennemis de la patrie veulent de toutes parts égorger les pal riides, rappelle à ses concitoyens, qu'attendu le besoin absolu d'une surveillance aelive, nécessaire à tous, il est en droit d'exiger un service strict et militaire de tous les citoyens, et qu'en cet instant où la pairie est en danger et où les modérés viennent servir par dérision aux postes, il punira militairement et sévèrement, en conséquence, infligeant 3 jours d'arrêt à l'Abbaye au citoyen Menou, (ils de l'ancien commandant de la section du Louvre, pour divers manquements à son service, notamment, pour, lorsqu'il était de faction, s'être l'ail apporter des huîtres pour déjeuner et avoir quitté son poste sans être relevé, attendu que ce n'est point par ignorance qu'il a manqué à son service ; infligeant également 3 gardes extraordinaires au citoyen Josse, fabricant de boutons, pour avoir refusé de monter sa garde, malgré les invitations fraternelles de l'adjudant et de son capitaine, ainsi qu'à d'autres, pour le même motif, et ordonnant au chef de la 3e légion de commander les patrouilles réclamées par le Directoire autour des Invalides et de l'Ecole militaire, et de les disposer de façon à ce qu'il y ail une surveillance continuelle de jour et de nuit ; le rapport des légions ne signale rien d'extraordinaire, à part l'extinction, entre 2 et 3 heures, de beaucoup de réverbères dans les sections de Molière et La Fontaine, des Amis de la Patrie et des Fédérés.
Extrait, signé de Clément, A.N., AFIV1470.
481. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, déclarant, pour la 3e légion, que l'adjudant général se plaint beaucoup de^l'in-
L'ESPRIT PURI.IC A PARIS DE .IA.WIF.lt A JUIN 1793
subordination des malades de l'hôpital militaire, la visite par lui faite avec le commissaire n'ayant produit aucun effet ; constatant, dans la 4e légion, que la seclion ilu Mail se plaint beaucoup des cochers de fiacre, qui rançonnent les citoyens à leur gré, et i|ue le réverbère, en face du poslc de la rue des Martyrs, était éteint à 3 heures, de même dans la (>" légion, ceux des rues Troussevaclie, .Marivaux et du carré Saint-Martin.
21 mars 1793.
Extrait, signé de Santone et de Clément, A.N., AFIV 1470.
482. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, mentionnant le changement des jours d'épreuves pour les canons, qui, au lieu de se faire les dimanches, comme auparavant, se feront à l'avenir tous les mardis, pour permettre aux ouvriers la visite des essieux, affûts et caissons, enjoignant aux postes des faubourgs contigus aux roules de l'arrivée tirs volontaires, obligés de revenir à Paris par suite de leurs blessures, de les diriger auprès du commissaire des guerres Truphème, chargé de les recevoir aux Crands- Auguslins, quai de la Vallée, annonçant l'mvoi, par le minisire de la guerre, des vainqueurs de la Bastille à Tours, en raison de nouveaux troubles et de rassemblement d'aristocrates, et en conformité d'un arrêté de la Commune, qui prescrit de faire placer des canons devant la Trésorerie nationale, l'Arsenal et la Caisse de l'Extraordinaire, chargeant de ce service la seconde et la 4e légions, en ce qui concerne la Trésorerie et la Caisse de l'Extraordinaire, enfin recommandant l'assiduité aux leçons de lactique et à l'exercice. Rien d'extraordinaire n'est signalé par le rapport des légions, en dehors de l'arrestation de quelques soldats et déserteurs, dont deux déguisés en femmes, et de la descente dans une maison de jeu, rue de Richelieu,
22 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. A'., AFIV 1470.
483. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, rendant compte d'une visite noclurne de la caserne de Ba-
bylone, ordonnée par h; Commandant général, à la suite de l'arrestation, par le Comité de police, de deux individus appartenant à celte caserne, quoique n'étanl pas en uniforme, pour avoir donné en
payement de lias de soie îles assignais faux de 200 livres ; le Commandant général, à la tête d'un détachementde 1,200 hommes, étant entré à la caserne, où il n'y avait ni colonel ni officier de poslc, procéda à une visite en règle qui n'amena la découverte d'aucun assignai , mais celle des bas de soie achelés avec un faux billet; la caserne se trouvait dans le plus détestable état, des tï lies partout, un capitaine et un lieutenant-colonel se permirent des propos séditieux, cherchant même à soulever le poste, le Commandant général leur ordonna de se taire, ce que lit le lieutenantcolonel, mais le capitaine ayant continué, le Commandant général le lit conduire à l'Abbaye pour 15 jours et infligea au colonel Oswald 8 jours d'arrêt, au lieutenant-colonel 8 jours, à l'officier du poste 15 jours, ainsi qu'au l'actionnaire. Comme au poste de Beaurepaire il n'y avait ni officier ni sous-officier, l'adjudant reçut l'ordre d'envoyer pour 3 jours à l'Abbaye les ofliciers et sous-ofliciers, sous peine d'y aller à leur place. Par le même ordre, le Commandant général prévient fraternellement les chefs et adjudants de légions que, s'ils ne tiennent pas la main [dus fortementàce que les réserves soient complètes et que les posles extérieurs n'aient pas de remplaçants, il mettra les chefs aux arrêts et les adjudants à l'Abbaye. Injonction est faite aux chefs de division des districts de Saint-Denis et du Bourg de l'Egalité de procéder à l'arrestation de tous les déserteurs et de vérifier avec soin les congés de ceux qui reviennent, personne ne devant revenir en ce moment.
23 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AEIV1470.
i8i. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, déclarant que jamais la sévérité dans le service n'a été [dus nécessaire, et (pue les événements de la Vendée montrent la nécessité d'une union
parfaite, que l'insurrection n'y a commencé que parce que l'on a persuadé au peuple qu'il fallait se lever, l'impulsion une fois donnée, les coquins par la (erreur obligent même les palriotes à marcher de force, mais on sait qu'à Paris, il n'y a qu'un moyen d'amener un soulèvement, c'est d'égarer le peuple sur les subsistances, en conséquence le Commandant général propose les mesures de salut public, qui entraveront les projets des scélérats dont le nombre est considérable dans la capitale. Il faut que, dans chaque section, les réserves soient prêtes à marcher, qu'au moindre rassemblement l'on arrête et l'on conduise chez les commissaires ou à la Police l'orateur qui parle contre la République et les lois, que le régime militaire domine pour le moment, enfin que la force armée soit obéissante. Le Commandant général n'ignore pas que, lorsque la tranquillité régne, que lorsqu'il n'y a point de dangers certains, les principes, dont l'application lui paraît indispensable aujourd'hui, seraient vexaloires et contraires aux Droits de l'Homme et à la liberté, mais il proclame qu'il sera inexorable sur les principes, en vain voudrat-on dire que c'est un système dictatorial, ses sentiments sont connus, et il déposera, lorsqu'on le jugera nécessaire, l'autorité que lui donne sa place et de laquelle il ne se servira que pour les intérêts du peuple.
24 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. A'., AFIV 1470.
48b. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, constatant les incidents suivants :
1° Les courriers arrivés la veille de l'armée révolutionnaire ont singulièrement affligé les bons citoyens, outrés de voir que l'on tolère les émigrés et les aristocrates, qui, arrêtés à la clameur publique, ont le talent de se faire relâcher de suite. Comme sous l'ancien régime, les gens litres n'ont jamais tort, aussi le nombre des émigrés et des malveillants augmentet-il tous les jours, on aperçoit dans les rues et lieux publics quantité de figures nouvelles et sinistres, les environs de la
Maison de l'Égalité et sans doute la maison elle-même sont remplis d'émigrés, dont beaucoup sont cachés dans les chambres des lilles publiques; on se plaint également de ce que les émigrés obtiennent trop facilement des certificats de résidence et de civisme, grâce à l'extrême faiblesse des sections; l'on est aussi très mécontent de voir les prisons et maisons d'arrêt pleines de prévenus, qu'on ne met jamais en jugement.
2° Les esprits échauffés se répandent en mille propos, où sont donc les bons patriotes? s'écriaient des femmes, seraient-ils endormis ou morts? Un particulier du nom de Tessier, qui se dit commis aux subsistances de la guerre, a failli être jeté dans l'un des bassins des Tuileleries pour avoir insulté un député de la Montagne.
3" Une bande de prétendus fédérés, ayant à leur tète un officier de hussards, a pénétré dans une maison de jeux prohibés, rue Neuve-des-Pelits-Champs, sous prétexte de pratiquer une saisie, mais en réalité pour la faire contribuer.
4° Suivant certains rapports, le procureur de la Commune aurait de fréquentes conférences avec les teneurs de tripots de biribi, de 30 et 40, et la plupart des commis travaillant sous ses ordres auraient des relations suspectes avec les teneurs de ces maisons de jeux prohibés ; d'autre part, un citoyen du nom de Piquais est, paraît-il, l'agent du Maire pour savoir ce qui se passe dans les grandes tables et les meilleures sociétés.
u° L'ancien officier de paix Laborde cherche toujours à corrompre les nouveaux et les plus honnêtes des officiers de paix, il rançonne la plupart des maisons de jeux eu disant qu'il est encore attaché à la Police.
G0 Les différents quartiers de Paris et lieux publics ont été hier fort tranquilles, il en fut de même sur la terrasse de la Convention jusqu'à près de 7 heures du soir, alors parurent plusieurs individus qui voulurent empêcher les bons patriotes de faire des motions, mais ils furent vigoureusement repoussés et contraints de prendre la fuite. Aujourd'hui, même Iran-
quillité, excepté que les groupes ont été fort agités au sujet de la lettre de Dumouriez, qui dit qu'il va rétrograder de la Belgique jusqu'à Valenciennes ; sans se donner La peine d'approfondir ses motifs, on le qualifié de traître et de scélérat.
7° On menace que les émigrés cachés dans Paris feront une explosion terrible, sous peu de jours.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
24, -2G mars 1793.
Extrait et original signés (2 pièces), A.N., AF1V 1 170.
isii. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, notifiant le dépari, mardi 2G, pour le département de la Vendée, d'un convoi composé do quatorze pièces de canon, avec leurs caissons, se plaignant de ce que les réserves ne sont pus fournies exactement, et que les commandants des postes ne marquent point les citoyens qui vont dîner, pas plus l'heure de leur sortie que celle de leur rentrée, prescrivant la continuation des patrouilles accoutumées par les réserves, et enjoignant aux adjudants généraux des légions d'envoyer, clans les 24 heures, à l'Etat-major, l'état des postes actuels de leurs légions et le nombre d'hommes qui y montent, avec lettre au ministre des affaires étrangères, l'avisant de l'arrestation de plusieurs émigrés et d'un prétendu gendarme, dans la section des Halles, et de celle du sieur Béliard, volontaire, portant à son chapeau un boulon large de 15 lignes, avec les armes de France, ainsi que des citoyens Morché et Léonard, dans la section de la Halle-au-Blé, et annonçant qu'un incendie a éclaté chez un pâtissier, dans une des maisons de la galerie d'Egalité, mais, grâce à de prompts secours, n'a point fait de progrès, et qu'aussitôt que les étals des postes de la force armée de Paris seront prêts, le Commandant général en fera passer un à chaque ministre.
25 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, AN., AF,V 1470.
487. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, enjoignant de
continuer les réserves, pour le 27 mars, à raison de 25 hommes, et d'en désigner 2o autres qui se tiendront chez eux, prêts à marcher, les 23 premiers devant rester au poste et faire patrouille, attendu que plusieurs factieux ont assigné ce jour à leurs complices, pour tenter un soulèvement, le Commandant général n'ajoute point foi à ces propos, mais il est obligé de se tenir sur ses gardes el d'exiger la plus grande exactitude.
2G mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AFIV 1 Î70.
488. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, reproduisant la teneur de deux lettres, la première du citoyen La Barrière, aide -de -camp du général Fiers, au ministre de la guerre, envoyée d'Anvers, le 29 mars, à l'effet de le prévenir de la défection totale des gendarmes de l'armée de Dumouriez, qui abandonnent leur poste en jetant sur leur passage les germes de l'insurrection, et de l'arrivée prochaine de cesdésorganisateurs. à Paris, où ils iront dans les sections porter l'agitation et le trouble, la seconde du citoyen Ferret, commandant de la place et du port d'Ostende, de même dale, au ministre de la guerre, à l'effet de se plaindre des gendarmes qui attaquent les officiers et volontaires, se permettent de leur arracher les épauleltes, ne parlent que de couper et de hacher, disant qu'ils ne reconnaissent aucun supérieur, sont à l'égalité et veulent agir a leur fantaisie, ceux qu'on envoie pour les arrêter étant menacés et poursuivis à coups de sabre et le pistolet à la main, au point qu'il faudra peut-être au premier jour faire prendre les armes à toute la garnison pour réprimer une pareille insubordination.
La seconde partie de l'ordre du jour est spécialement consacrée à l'état de Paris, qui, sans être troublé, est cependant inquiétant. D'après Santerre,les trois fléaux de la République sont la guerre aux tyrans, la guerre à l'opinion et celle au préjugé et à l'erreur. A son sens, le premier se guérit avec des hommes et du canon, le 2e se guérit en se servant du
H0 CHAPITRE — JOURNÉES Hl
temps, de la Logique et de La philosophie, ce snnl-là les vulnéraires et antiputrides qui seuls peuvent servir de remède; le 3e fléau comprend les préjugés et l'erreur, (•<• sont des maladies longues et difficiles à guérir, souvent même incurables, qui sont produites par l'amourpropre, l'ignorance et l'irréflexion. Certains individus qui, depuis 3 ans, flottent entre l'opinion républicaine et celle aristocratique, se trouvent aujourd'hui, depuis environ 3 mois, en apparence jacobins; les patriotes du li juillet les croient amis de la République, ces nouveaux jacobins, qui ont feint d'être patriotes et sont peut-être aristocrates, veulent aujourd'hui, sous le masque du patriotisme, faire croire que les patriotes de 89 sont changés. Si les patriotes qui ont eu de pareils sophismes à combattre contre les Feuillants, les modérés et les aristocrates, ne remédient pas à ce piège, la Vendée va se trouver à Paris, l'armée revient défendre ses foyers, et les patriotes irréfléchis, conjointement avec Brunswick et Ceorges, sur les débris de la liberté .naissante et morte, rétablissent le despotisme.
I.e seul remède aux maux qui menacent les citoyens est V union et force à la loi, en conséquence, tant que l'on n'aura pas retiré la confiance au Commandant général, les réserves seront de 50 hommes par section, savoir, 10 hommes de chacune dans le bâtiment des Feuillants, hors de la Convention, et 10 exactement à chaque section pour faire des patrouilles jusqu'à nouvel ordre, et le chef de légion de service près de la Convention commandera cette réserve.
Il est bon de savoir que les émigrés et aristocrates abondent à Paris depuis huit jours, et que la police vient de prendre une mesure prudente et nécessaire à ce sujet.
■11 mars 1793.
Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.
489. — Extrait des rapports et déclaralions reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :
1° Des malveillants, qui cherchent sans doute à diffamer la Convention nationale,
rORIQUES DE LA RÉVOLUTION
répandent le bruit que ses membres sont payés au Trésor en argent.
2° Les troubles des départements maritimes et ceux qu'on fomente dans Paris sont non seulement l'œuvre des prêtres réf lactaires , mais encore des émigrés rentrés en foule, qui ont su se procurer de faux certificats de résidence, en les payant très cher, et même des cartes civiques; d'après le témoignage d'une femme da C. de **), qui politiquement fréquente beaucoup les aristocrates et a rendu d'importants services à la République, ces émigrés seraient rentrés par la Bretagne et se seraient réfugiés dans des châteaux d'émigrés Bretons, et de là auraient gagné furtivement Paris, où ils disent ouvertement qu'une nouvelle journée du 10 août s'approche, mais qu'ils auront leur revanche, et qu'il existe un projet d'enlever du Temple la femme de Louis Capet et son fils. Quoiqu'il y ait des complots qui s'ourdissent, les agents de l'aristocratie ne se montrent plus avec autant d'audace qu'il y a quelques jours, on voit des particuliers qui arborent des cocardes où le blanc domine.
3° Un membre du Club des Cordeliers, envoyé en qualité de commissaire du pouvoir exécutif en Bretagne, ainsi qu'un de ses collègues, avaient instruit Roland de tous les rassemblements qui s'y faisaient et des suites funestes qui en résulteraient, mais ils ne reçurent jamais de réponse que de la dame Roland, et encore ne leur parlait-elle nullement de l'objet de leurs craintes.
4° La section de Bon-Conseil a dénoncé Dumouriez, Beurnonville etClavièrecomme autant de traîtres, et a décidé l'envoi d'une adresse à la Convention, afin d'apprendre des représentants si, dans les circonstances critiques où l'on se trouve, ils comptent sauver la République; toutes les sections vont nommer deux commissaires pour rédiger une adresse à la Convention nationale contre les généraux.
3° L'un des membres de l'Assemblée générale de la section de la Butte-des- Moulins a fait, le 26 mars, un fort beau discours tendant à disculper Dumouriez, qui, à l'entendre, aurait tout à perdre en trahissant la nation, et s'est résumé en
L'ESPRIT l'Ultl.IC. A PARIS DE JANVIKIl A JUIN 1793
déclarant que les sections no [levaient plus s'occuper de laux rapports, ni île ces dénonciations vagues <|ii'ou porte à la Convention, et qui ne l'ont que propager les craintes, entretenir l'effervescence des esprits et grossir le nombre des iusurgents.
0° Un marchand d'argenl a failli être massacré par trois soldats de la légion en uniforme brun; il est certain que si la Convention ne rapporte pas le décret déclarant l'argent marchandise, il arrivera des scènes tragiques.
7° Le fanatisme se réveille dans Paris, des prêtres insermentés célèbrent tous les jours la messe au ci-devant couvent dés Anglaises, rue du même nom, et la chapelle est tellement remplie de femmes, qui y accourent du faubourg Sainl-Cermain, que les personnes du quartier pe peuvent y trouver de place. En conséquence, il fut résolu de fouetter « toutes ces places tant désirées », ce qui eut été exécuté sans l'intervention de la forée armée.
8° Les groupes, les lieux publics ont été tranquilles aujourd'hui, les boulangers des marchés ont été bien fournis de pain.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
27, 28 mars 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. 2V., AFiv 1470.
490. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Klat-major général de la garde nationale parisienne, ail ministre des affaires étrangères, lui rendant compte qu'il n'y a rien d'extraordinaire à l'ordre général, ni dans les rapports de la garde nationale, à part la dénonciation faite par un inconnu au corps de garde de la section du Théâtre- Français, que l'on marquait dans la rue Saint-Honoré toutes les maisons occupées par des membres de la Convention nationale, et l'arrestation de quelques particuliers sans cartes civiques.
28 mars 1793.
Original signé, A. N., AFIV 1470.
491. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Hureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :
1° D'après un bruit répandu ce matin,
les portes des maisons où logent des députés de la Montagne auraient été marquées à la craie, les unes d'une potence,
les autres d'une roue; mais, quoique ce bruit ail quelque réalité, sans nul doute ceux qui le propagent n'ont d'autre but que de répandre des terreurs paniques et d'épouvanter les bons députés eux-mêmes ; des préposés de la Police ont vu, en i Ilot, plusieurs particuliers marquer des portes rue Traversière-Saint-Honoré, mais, n'étant pas les plus forts, n'ont pu les saisir et se sont bornés à les dénoncerai! poste de la Maison de l'Egalité, dont le commandant envoya aussitôt des patrouilles à leur poursuite.
2° Les dénonciations contre Dumouriez et Roland reprennent avec plus de force que jamais, on les peint comme des aristocrates pervers, on ajoute que Roland aurait engagé Dumouriez à se replier sur Paiis et à y faire la loi les armes à Fa main. Dumouriez est perdu dans l'opinion publique, au point que le temps et des circonstances plus heureuses pourront seuls le rétablir, si toutefois on le lui permet, car, jusqu'à présent, il n'y a qu'un cri, on veut sa tête et celle des généraux Miranda et Stenghem (Stengel), on fait également courir le bruit que Dumouriez a émigré, emportant 20 millions.
d° Le ministre de la guerre est inculpé d'avoir chassé de ses bureaux des commis patriotes et de les avoir remplacés par des gens suspects, celui des affaires étrangères est également vu de mauvais œil, depuis qu'il a fait mettre en état d'arrestation dans une des îles de l'Archipel le citoyen Sémonville.
4° Dans l'Assemblée générale de la section des Droits-de-l'Homme, on dénonça la destitution, par lieumonville, de 6 des ofliciers du 28e régiment de cavalerie formé dans la section Poissonnière, pour les remplacer par 6 de ses créatures; on parlait d'un duel entre ces 12 officiers. La même section, préoccupée du danger de la chose publique, a invité les il sections à désigner des commissaires pour former un Comité central et rédiger une adresse au peuple de Paris.
5° Dans la section des Quinze-Vingts, l'on
112 CHAPITRE l"-. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION
a découvert plusieurs mauvais sujels faisant partie de la compagnie de canonniers du village de Bercy, qui insultent les citoyens, menacent d'incendier les maisons, d'égorger les femmes et les enfants des environs de Bercy, il est vrai qu'ils ne tiennent ces étranges propos qu'en état d'ivresse, ils donnèrent lieu à la fausse nouvelle qui se répandit que nombre de rebelles avaient arboré la cocarde blanche près de Bercy.
6° On remarqua, le 27, dans le jardin de l'Egalité, deux jeunes gens dont le costume était bizarre, ayant des robes et des vestes à l'Arménienne, avec des pistolets à la ceinture, un bonnet de poil en queue de renard et des moustaches, ils se promenaient derrière les Galeries de bois, près des treillages qui forment de petits jardins, et s'amusaient à casser ces treillages avec leurs cannes, n'ayant tenu aucun compte des observations faites par l'un des propriétaires, ils furent arrêtés par la garde, conduits au poste et à la section, qui en aura fait bonne justice.
7° Le frère aîné de Louis Capet fait circuler à profusion un manifeste où il se déclare régent du royaume, le citoyen La Boissière, maître d'escrime, en a reçu un exemplaire par la poste.
8° La motion a été faite au Club des Cordeliersde mettre hors des prisons tous ceux qui sont détenus pour le pillage du sucre, du café et du savon; parmi les gros accapareurs, on désigne le sieur Paulet, fameux marchand de vins, rue de Sèvres, qui aurait acheté pour un million de vins provenant de la ci-devant Abbaye.
0° La journée de la veille a été tranquille dans tout Paris, les visites domiciliaires se sont faites avec calme, mais avec négligence dans quelques sections, le défaut d'ensemble a rendu cette grande mesure presque insuffisante. La surveillance de la Police a été très active, et, de demiheure en demi-heure l'administration était informée de l'état de Paris.
10° Un particulier arrêté sans carte, sans papiers, sans passeport, ayant été conduit au Comité civil de la section de l'Oratoire, au moment où on l'interrogeait,
ouvrit une fenêtre et se précipita dans la rue, où il s'est tué raide.
La feuille des rapports faits les 28 et 20 mars est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
28, 30 mars 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1470.
402. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Etat-major général de la garde nationale parisienne, au ministre des affaires étrangères, lui rendant compte, qu'il n'y a rien eu dans les rapports de la garde nationale en ce qui concerne les visites de la veille et de ce jour, que l'arrestation de beaucoup de citoyens sans cartes civiques, les uns renvoyés dans leurs sections, les autres dans différentes prisons, et annonçant que les rondes et patrouilles ont été fortes et multipliées.
29 mars 1703.
Original signé, A. N., AFIV 1470.
493. — Extrait des rapports reçus au Bureau de surveillance de la Police, dénonçant les faits suivants :
1° Dans les endroits où le peuple se rassemble pour s'entretenir de la chose publique, on remarque qu'en général il se plaint de l'impunité de ceux qu'il appelle les grands coupables. On observe aussi que Pache est très mal dans l'esprit d'un grand nombre de domestiques, apostés sans doute pour en dire beaucoup de mal, qui prétendent être 3,000, mais il a les bons citoyens pour lui ; dans l'ancien café Procope, actuellement Zoppi, on en parlait, il y a quelques jours, avec les plus grands éloges, à propos des inculpations dont il a été l'objet de la part de Dumouriez.
2" Ces visites domiciliaires ont été faites par les sections avec une extrême nonchalance, presque avec l'intention de prévenir les malveillants, plutôt que de les arrêter, on se plaint particulièrement de celle des Quatre -Nations, qui a laissé échapper un individu désigné comme émigré, qu'un volontaire s'empressait de faire arrêter au sortir de son domicile et qui fut même frappé et maltraité. Dans la sec-