‹ Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la révolution française (volume 3)Chapitre 52 sur 86 · DE JANVIER A JUIN · texte numérisé non relu

DE JANVIER A JUIN

garde nationale, en dehors de l'arrestation de beaucoup de citoyens, sans cartes civiques, pour la plupart conduits à la Mairie.

30 mars 1793.

Original, signé deClément, A . N., AFIV 1470.

Î9">. — Extrait des rapports et déclarala Police, signalant les faits suivants :

1° On découvre à chaque instant des preuves de l'inexactitude et de la négligence avec laquelle certaines sections ont procédé à la recherche des armes et des suspects, on n'a point été dans tous les hôtels garnis, toutes les rues n'ont pas été gardées au moment de la visite, en sorte qu'il était bien facile de passer d'un domicile dans un autre sans être arrêté; quelques sections étaient si peu d'accord sur la manière de procéder aux visites domiciliaires que l'on s'est battu à ce sujet dans l'Assemblée générale de la section de la Réunion; celle de la Maison-Commune a désigné des commissaires à l'effet de protester contre la nomination du fils de la dame de Sabran au commandement d'un corps d'armée.

2° Hier, 29, se répandit le bruit d'un attroupement considérable à Vincennes, qu'on y arborait la cocarde blanche, aussitôt 200 patriotes y coururent, ils ne trouvèrent que des valets du ci-devant, qui avaient tenu des propos incendiaires, et que les habitants de Vincennes avaient déjà corrigés.

3° L'arrivée de Miranda à Paris excite une grande fermentation, il est un traître aux yeux des patriotes, mais on craint vivement qu'il ne soit innocenté par l'Assemblée conventionnelle, on disait hautement que si cela arrivait, il faudrait que le peuple se fil justice lui-même. D'autres assurent que le général La Noue, avant d'êlre interrogé à la barre, avait eu un entretien de 3 heures avec le ministre de la guerre. Les propos continuentsurle comple de Dumouriez, qu'on accuse d'avoir l'intention secrèle de se faire nommer dictateur et d'avoir dans Paris des affidés, qui le préviendront 24 heures à l'avance, si la Convention porte contre ce général un décret d'accusation, car alors il prendrait

la fuile, emportant avec lui les trésors qu'il a enlevés en Belgique.

4° On prétendait dans les groupes que les administrateurs du Département de Police avaient relâché un grand nombre d'émigrés, de banquiers de jeux prohibés et de voleurs, on allait jusqu'à dire que parmi ces officiers municipaux, il y avait des contre-révolutionnaires.

5° Le matin, le pain a manqué chez plusieurs boulangers et les marchés n'ont pas été garnis comme de coutume; des garçons boulangers, qui portaient le pain à leurs pratiques, ont été arrêtés dans la rue, et on leur a enlevé ce qu'ils portaient, les malveillants en profitent pour publier que bientôt l'on va éprouver la disette, qu'elle existe naêrae dans quelques cantons. Les boulangers disent hardiment qu'ils veulent eux-mêmes acheter les farines, déclarant que la Municipalité les trompe et que la plupart d'entre eux ne cuiront pas, tant qu'elle sera à la tête de l'administration des Subsistances.

6° Les mêmes brigands, qui se sont déjà portés chez le sieur Maury, rue Neuvedes-Petits-Champs, sous prétexte qu'il tenait un jeu de biribi, y sont revenus le 28, ayant à leur tête un pseudo officier de hussards de la Mort, autrefois chirurgien, demeurant rue Neuve-Saint-Marc.

7° L'état de Paris n'a rien eu d'inquiétant toute la journée, le peuple est très satisfait de ce qu'il y a un décret d'arrestation contre Dumouriez, et de ce que des commissaires de la Convention sont partis pour aller le mettre à exécution, il ne faudrait plus que l'interdiction de la vente de l'argent, mesure qu'il désire avec tant d'ardeur.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

30, 31 mars 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. A'., AFIV 1470.

406. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Elat-major général de la garde nationale parisienne, au ministre des affaires étrangères, le prévenant qu'il n'y a rien à l'ordre du jour, en dehors des ordres donnés par le Commandant général à la force

armée de Paris d'arrêter et de désarmer tout gendarme rentrant à Paris et venant des frontières, en vertu d'une lettre du ministre de la guerre à la Municipalité.

31 mars 1793.

Original, signé de Clément, A.N., AFIV 1470.

497. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° L'opinion publique était beaucoup plus satisfaisante, le 31 mars, on ne voyait que des gens paisibles et gais, au lieu de figures suspectes, mais, vers le soir, la chance a commencé à tourner. Dans le jardin de l'Egalité, des brigands ne parlaient que de couper les têtes des accapareurs, des marchands, des signataires de pétitions modérées, même de quelques membres de la Convention; il fallait, disaient-ils, s'y porter en foule et la forcer, les armes à la main, de rendre les décrets demandés depuis longtemps par les sections, touchant la vente du numéraire, la taxe des blés et des comestibles. Il est dangereux de combattre l'opinion de ces gens-là, qui se mettent aussitôt à crier qu'il faut se débarrasser d'un tas de modérés, aujourd'hui les mêmes suspects demandent encore plus hautement l'épuration des députés hostiles. Dans les sociétés populaires, on menaçait d'un grand coup, pour le soir du 1er ou du 2 avril, on disait même que le tocsin allait être sonné pour se porter aux prisons et massacrer tous les prisonniers; le bruit s'était répandu en même temps que, le 30 mars, Brissot s'était présenté aux barrières et qu'on l'avait empêché de sortir, mais que le Maire avait donné des ordres pour que ce député eût le passage libre, ce qui mécontente le public.

2° Les déserteurs que l'on a transférés, ce matin, de l'Abbaye à la Maison commune, donnaient à entendre qu'ils n'avaient quitté leurs corps que parce que Dumouriez était un scélérat et qu'ils venaient s'en plaindre à la Convention. On assure qu'il a passé à l'ennemi, que Chambéry et Lille sont en insurrection, que celte dernière ville avait été mise au pillage par les soldats de la République. On trouve

L'ESPRIT l'Ulîl.IC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1703

fort mauvais que Hcurnonville ait été choisi pour aller examiner l'état îles armées île la Belgique, lui qu'on regarde comme un traître, et l'opinion publique lui serait très défavorable, s'il remplaçait Duniourie/. dans le commandement de I armée du Nord.

3° Plusieurs particuliers ont longtemps parlé, sur le terrasse * 1 e la Convention, de la nécessité de mettre à prix les tètes des souverains coalisés contre la République française. Le public se plaint de voir fourmiller dans Paris des soldats de toutes les couleurs, et principalement des gendarmes, qui, depuis plue de ('< mois, sont payés sans avoir rendu aucun service à la patrie ; on signale aussi plusieurs agents secrets des émigrés, tenant très bonne table.

4° Une députation de la section des Droits-de-l'Homme s'est rendue dans celle de la Maison-Commune, à l'effet de nommer des commissaires qui se réuniront, le 1er avril, à l'Archevêché, afin de délibérer sur les moyens à prendre pour sauver la patrie.

5° Les boulangers des environs de Paris, qui apportaient du pain à la Halle et aux différents marchés, menacent de cesser ce service jusqu'à ce qu'il leur ait été alloué une indemnité, le pain étant beaucoup plus cher dans leurs cantons.

0" On murmure beaucoup contre les bouchers, qui, d'un commun accord, ont augmenté la viande de 2 sols par livre, ce qui, avant peu, donnera sujet à quelque émeute, si l'on n'y prend garde ; on n'ignore pas que le bétail est cher et qu'une grande partie est détournée pour l'armée, mais on voudrait que la Police s'occupât de cette branche urgente des subsistances el qu'elle mit des bornes à la cupidité des bouchers.

7° Le citoyen maire ayant été instruit, d'heure en heure, de l'étal de Paris et de l'opinion publique, ce serait tomber dans des répétitions inutiles que de revenir sur ce sujet; il suffira de dire en peu de mots que la masse du peuple, travaillée par les malveillants, s'est tenue ferme et tranquille, malgré les propos, relentissanl de toutes parts, que l'on était trahi et qu'il

fallait couper un grand nombre de té tes. Cependant, il est bon de se tenir sur ses gardes, ne serait-ce que pour empêcher les brigands, rassemblés dans Paris, de tirer le canon d'alarme et de sonner le tocsin.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du inaire de Paris au Conseil exécutif.

31 mars, Ie' avril 1793.

Extrait et original signé, (2 pièces), A. N., AF'v 1470.

i!)S. — Lettre du commandant général Santerre, général de brigade de la 17e division, au citoyen Grouvelle, annonçant qu'il va donner des ordres nouveaux pour continuer l'envoi quotidien de la copie de l'ordre général, que, selon toute apparence, la seule raison de la suspension de l'envoi des feuilles journalières vient de ce qu'on fait passer une copie de l'ordre à chaque ministre, mais assurant que cet oubli va être réparé.

Original signé. A. N., AF1V 1470.

499. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Etat-major général de la garde nationale parisienne, au Conseil exécutif, l'informant qu'il n'y a rien d'extraordinaire à l'ordre du jour, saut 2 lettres, l'une de l'adjudant général Saint-Fief au Commandant général, qui annonce le départ, pour mercredi, d'un convoi île canons et de caissons pour Rennes et Orléans, l'autre du maire de Paris, louchant la mise à exécution des décrets de la Convention sur les déserteurs et gens sans cartes civiques, faisant connaître la continuation des réserves de 50 hommes dans chaque section, dont moitié à la place des Piques, et moitié au chef-lieu respectif, pour faire des patrouilles et se porter au premier ordre partout où besoin sera.

2 avril 1793.

Original signé, A. N., AFIV 1470.

.">00. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, déclarant que les bons citoyens ont plus que jamais besoin d'être unis et de se tenir en garde contre tous les propos que répandent,

clans les marchés, dans les rues, les malintentionnés, qu'il faut surveiller sans cesse, en raison des idées criminelles qu'ils propagent contre la République et les dépositaires de la confiance du peuple, recommandant de nouveau l'exactitude et la ponctualité, si Ton parvient à obtenir la tranquillité à Paris, rien n'est à craindre avec les ressources dont on dispose, les réserves devant toujours continuer le même service; enjoignant aux chefs de légions, commandants et adjudants de sections, de suivre de près l'instruction des officiers et sous-officiers, et de faire un rapport sur ceux qui manqueront aux exercices, invitant les citoyens qui ont des talents militaires à se faire inscrire dans leurs sections, afin de pouvoir faire choix d'hommes instruits, ayant du civisme, pour former les phalanges. Les rapports de la garde nationale signalent l'arrestation de beaucoup de déserteurs et de suspects sans cartes civiques, ainsi que l'absence d'officiers aux postes des Tuileries et de la rue des Filles-Saint-Thomas.

3 avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AF1V 1470.

501 . — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :

1° Dans les moments de crise et de consternation où l'on se trouve, on entend dire de toutes parts que le mal vient de la Convention elle-même, et qu'il vaudrait mieux perdre la vie que la liberté; cependant la terrasse de la Convention était remplie de brigands et d'aristocrates, qui cherchaient à répandre l'alarme et à décourager les patriotes, mais leurs efforts u'obtiennent pas le résultat désiré; un homme d'un certain âge ayant voulu prendre la défense de Dumouriez, on se jeta sur lui pour le plonger dans l'un des bassins du jardin des Tuileries, et l'on eut beaucoup de peine à le conduire au corps-de-garde; le bruit courait que les commissaires de la Convention, partis pour arrêter Dumouriez, étaient passés avec lui dans le camp des ennemis.

2° La section des Halles a décidé le désarmement de plusieurs particuliers d'un incivisme notoire; on dénonce la présence, à Paris, des ci-devant duc et duchesse d'Aiguillon, celle-ci déguisée en petite ouvrière, allant même au spectacle aux places de 12 sols, la dame Pinard, de leur intimité, a dit à son mari que, s'il n'était pas si patriote, elle lui confierait bien des choses, et que, pour l'empêcher d'être assassiné, elle lui donnerait sous peu une médaille àl'efligiede Louis Capel.

> Il existe dans l'enclos de l'Abbaye, rue Childebert, une maison dans laquelle S religieuses vivent en communauté et où chaque matin, à 4 heures et demie, vient un prêtre non assermenté pour dire la messe.

4° La dame Amaranthe, tenant un jeu dans la Maison Egalité, s'est vantée d'échapper à toute saisie, grâce à ses relations très particulières avec plusieurs officiers de paix, qui la préviendront en temps utile, elle aurait gagné plus de 100,000 écus depuis quelques jours ; un certain Lousset, ex-receveur des finances, arrivant d'Angleterre et de Hollande, aurait ponté d'un seul coup 24,000 livres, et tous les assignats étaient faux.

5° Plusieurs propriétaires et principaux locataires inscrivent les noms et qualités de ceux qui logent dans leurs maisons en caractères si menus et les placardent dans des endroits si peu apparents, qu'à peine peut-on les lire ; d'ailleurs, dans différents quartiers, l'on se permet de les déchirer ou d'ajouter à la suite des noms la mention : modères, ou bien : aristocrates, ce qui pourrait devenir très dangereux, on en conclut que la tenue par les sections de registres analogues à ceux des hôtels garnis serait préférable. Dans la journée de Pavant-veille, l'église de Saint-Jacquesdu-Haut-Pas a été tendue de noir au sujet d'un enterrement contre les principes de l'égalité.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

3, 5 avril 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AF1V 1470.

L'ESPRIT PUBLIC A PARIS l>E JANVIER A JUIN 1793

502. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, portant: l°Que les commandants des postes el patrouilles laisseront passer librement les députés à la Convention nationale, munis de leurs cartes de dépulé, qui remplacent la carte civique ; 2° que les postes et patrouilles tiendront la main à l'exécution du décret du 3 avril, qui enjoint l'arrestation de tous officiers et soldats revenant des années, même avec des passeports ou billets d'hôpitaux, el de tout citoyen sans cocarde tricolore, faisant connaître l'état de l'artillerie se trouvant à l'Arsenal, savoir : 250 canons, tant de 24 que de 10, 12 et 8, sans les 123 canons qui sont déjà dans les sections et à poste fixe; 110,400 boulets de différents calibres, 2,400 bombes et 700 obus, 12,472 gargousses à boulets et mitraille, 19 caissons garnis, 00,000 cartouches, et, tant à Paris qu'à Essonnes et Meaux, dont partie est en route, 63 milliers de poudres, 552,818 livres pesant de balles de plomb faites, environ 90,000 piques, 112,000 chaussetrappes et des balles à mitraille, de quoi faire 2,000 gargousses. Avis est donné de l'arrivée prochaine de 9,000 fusils pour les magasins de Narbonne, La Rochelle et Rennes, qui seront déposés provisoirement à la Villette, chez le sieur Simonet, entrepreneur de transports militaires.

Les canons partis, la veille, pour la Vendée, sont arrêtés à Versailles, afin de les faire revenir, si les événements le permettent; on annonce l'envoi de 68,000 chausse-trappes pour Douai, Lille et Valenciennes, envoi accompagné d'une division de chevaux d'artillerie de la compagnie Wii.ter. Le général d'Ayat écrit de Fonlenay-Ie-Peuple à Sauterie qu'il commence à avoir des forces imposâmes pour marcher contre les rebelles, dont 4 ont été guillotinés le 28 mars.

Un 2e ordre du jour, à G heures du soir, fait observer que dans l'ordre d'arrestation de tout militaire, il est sous-enlendu, s'il n'a mission du ministre.

De cette loi sont exceptés les gendarmes qui ont des cartes, savoir ceux à cheval du citoyen Hé m art, ceux des ports du citoyen Louvet, ceux de la cavalerie du

Luxembourg du citoyen Prévôt, ceux des tribunaux du citoyen Du Mesnil. et ceux qui se recrutent, rue Saint-Victor, du citoyen Réaux. Rien n'est encore décidé sur la force à former, le service sera continué comme la veille, on aura soin d'arrêter vers les barrières les soldats qui arriveront sans permission ni congé.

4 avril 1703.

Extrait non signé, A. N., AF1V 1470.

ii03. — Extrait des rapports et déclarala Police, signalant les fails suivants :

1° Autant les esprits ont été échauffés, autant ils sont redevenus calmes et tranquilles, cependant les malveillants ont fait tout leur possible pour soulever le peuple et allumer la guerre civile dans Paris; les instigateurs disaient qu'avant de marcher contre Dumouriez, il (allait massacrer les aristocrates et tous' les scélérats enfermés dans les prisons, battre à l'instant la générale, sonner le tocsin et mettre tout en combustion, aussi était-il à craindre que le peuple ne se portât à des extrémités dont les suites auraient été terribles et difficiles à arrêter; heureusement que les suggestions ont paru manifestes, et les nouvelles effrayantes répandues, trop absurdes pour qu'on puisse facilement y ajouter foi, comment se persuader qu'une armée de Français pût seconder les projets d'un général révolté, et, réunie à 30,000 Autrichiens et Prussiens, marcher sur Paris pour y faire couler des flots de sang?

2° On faisait croire qu'un prince étranger avait pénétré au Temple jusqu'à Antoinette et avait reconnu le ci-devant Dauphin pour roi de France, en lui prêtant serinent de fidélité au nom de Monsieur et des émigrés.

3° Dumouriez avait rempli Paris de ses affidés, notamment du sieur Thierry, l'un de ses aides-de-camp, que Beurnonville vient de nommer colonel d'un régiment de hussards ; la dame Vauréal, que fréquente le dépulé Osselin, était aussi au nombre de ses agents, d'Eprémesnil. y dînant le dimanche précédent, s'était écrié :

fis CHAPITRE I'r. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION

» Malgré Robespierre, Danton et Marat, nous aurons un Roi. »

4° L'argent se vend aujourd'hui cent pour cent et un louis d'or vaut jusqu'à 55 livres. On enlève les blés et farines à 20 et .30 lieues, sous prétexte d'approvisionner Paris, les habitants d'un canton, curieux de suivre une voiture, lui ont vu prendre au bout de quelques lieues une route toute différente de celle qu'elle devait parcourir.

5° Le secrétaire-greffier de la section du Temple étant entré dans un café des Tuileries avec le sieur Bottot, juge de paix de cette section, fut remarqué par un individu, qui lui dénonça celui-ci comme très suspect et invita le secrétaire-greffier à l'accompagner au Comité de sûreté générale.

<i° Certain sieur Chasselou, porteur d'ordres des administrateurs de Police pour arrêter différents voleurs, est convaincu de mettre à contribution les fripons qu'il est chargé de poursuivre, et, voleur lui-même, est muni d'un pouvoir à entête de la Commune de Paris, qui doit être faux.

7° Le 2 avril, une boutique de bijoutier, Maison de l'Egalité, n° 26, fut dévalisée; le coup fut préparé par une femme qui avait loué un entre-sol au-dessus de ladite boutique, les voleurs pratiquèrent un trou dans le plafond et pénétrèrent ainsi dans la boutique.

8° Dans un hôtel garni de la rue des Marmousets, un domestique, au cours d'une dispute très vive avec son maître, l'assassina, et. de désespoir, se suicida d'un coup de pistolet.

Copie, A. N., AFIV 1470.

504. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, par lequel le Commandant général invite ses concitoyens à ne pas donner dans le piège tendu par les malintentionnés, qui insinuent auprès des sections qu'elles doivent se partager les fusils qui doivent arriver à la Villetle, il appelle également leur attention sur l'instruction relative au maniment des armes et aux manœuvres,

d'une nécessité absolue, et croit devoir faire observer que ceux qui, par insousiance ou par incivisme, négligent de s'instruire, y seront contraints, cette instruction étant nécessaire à tous pour résister d'une manière invincible et conformément aux droits de l'homme, à l'oppression tant particulière que générale.

Le Commandant général s'empresse également d'annoncer que, sans cesse, les citoyens de Versailles et de Saint- Germain admirent les travaux de ceux de Paris, leur vouent un attachement inviolable et fraternel, et leur offrent leurs services pour concourir au salut de la République. Parmi les nouvelles portées à la connaissance des Parisiens figurent l'arrestation d'un espion de Dumouriez, l'attaque très vive contre le général Custine et une affaire où le général Biron, malgré la neige, a obtenu un succès complet et fait plusieurs prisonniers, entre autres deux amenés par le collet par un grenadier. Les offres de service, le zèle, le courage qui se montrent partout permettent de croire que jamais les tyrans ne pourront ravir aux Français leur liberté, un moyen de contribuer à ce résultat, c'est de maintenir la tranquillilé dans Paris et de se tenir en garde contre les propos que l'on répand ; c'est ainsi que, dans une lettre interceptée, il était question de faire courir le bruit que Dumouriez était arrêté et enfermé à Lille, bruit qui en effet a été propagé dans les groupes par plusieurs individus déguisés en ouvriers. Il paraîtrait aussi que plusieurs de ces scélérats ont pour marque de ralliement une plume noire surmontée de jaune, comme celle des aides de camp, beaucoup d'autres sont sans cocardes. Les bons citoyens sont invités à surveiller de très près tous ces particuliers, qui paraissent avoir, tantôt une marque de ralliement, tantôt une autre; ils ont aussi quelques cafés attitrés, où il est nécessaire que les bons citoyens exercent leur surveillance, même recommandation pour les barrières.

5 avril 1793.

Extrait non signé, A. N.. AFIV 1470.

505. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de

la Police, donnant les iiulicalions suivantos :

1° On dit partout qu'il est impossible que le traître Dumouriez ait formé son plan de contre-révolution sans avoir mis dans la confidence une partie de la Convention, l'indignation contre lui est générale, il n'est question que du genre de supplice qu'on lui fera subir, on murmure beaucoup de ce que là majeure partie des députés patriotes sont envoyés dans les déparlements, ce qui assure le triomphe de l'esprit de parti. Suivant des propos très absurdes, il aurait été question d'élire pour roi des Français le duc d'York en le mariant avec la fille d'Egalité.

2° L'indignation se manifeste également contre les marchands en général, ainsi que contre les riches, que l'on accuse de ne pas vouloir de République, on crie qu'il faut absolument les faire marcher aux frontières.

3° Marat prend dans l'opinion publique un ascendant très marqué, quand il sort de la Convention, il est entouré et suivi d'une foule, qui ne cesse de l'applaudir, quelquefois jusqu'à l'une des portes des Tuileries.

4° L'emprisonnement de Beurnonville est commenté de diverses façons, les uns disent qu'il était d'intelligence avec Dumouriez, d'autres doutent du rapport de l'aide de camp, préparé pour indigner davantage le peuple contre ce général, qui trouve encore des défenseurs dans des groupes sans doute bien payés; quand ils ont épuisé leur rhétorique en faveur de Dumouriez, ils ont coutume d'ajouter que, depuis que l'on a renversé la Constitution, l'on n'a eu que des malheurs, et que sans nul doute la Convention n'est composée que de scélérats, qui sont la cause de tous les maux.

5° Des malveillants, selon toute apparence pour discréditer les assignats, ont demandé à plusieurs marchands de leur donner 30 sols en numéraire pour un assignat de 5 livres, en disant qu'ils n'avaient que faire de ces chiffons de papier.

(i° Il s'est dit dans quelques groupes, et l'on a discuté dans plusieurs sections, qu'il faudrait que chaque citoyen fit son ser-

vice en personne, afin de mieux surveiller les ennemis en grand nombre dans cette ville.

7° Aujourd'hui, les groupes et les lieux publics ont été fort tranquilles, l'état de Paris n'a rien d'alarmant, on se console presque de l'émigration de Dumouriez à la tête de 4,000 hommes et de son élatniajor, parce que c'est un bonheur pour la République d'avoir hors de son sein 4,000 traîtres de moins.

B° Le décret qui oblige d'arrêter tous les militaires venant des armées, quoique munis de cartouches, de passeports, etc., cause beaucoup d'embarras, aux administrateurs de Police et remplit de soldats la maison de la Mairie d'une manière qui peut devenir dangereuse, par le trop grand nombre de prévenus réunis dans un même endroit, dont il serait facile de forcer la porte.

Cet extrait, ainsi que celui du 4 avril, est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

5, G avril 1793.

Extrait et original signe (2 pièces), A. JV., AF'v 1470.

500. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général ordonne à tous les postes et patrouilles de visiter toutes les voitures de place, roulantes ou arrêtées sur les places et dans les rues, de 11 heures du soir à 6 heures du matin, et de conduire chez les commissaires de police celles ou l'on trouvera des paquets, et il prescrit d'arrêter aussi tous les porteurs de paquets à pied, à ces heuresdà.

Conformément au décret de la veille, il sera levé pour le Nord une armée de 40,200 hommes, savoir : dans les 30 départements voisins de celui où est l'armée, mille hommes pour chacun, et Paris fournira 10,200 hommes, savoir, 2, 300hommes de troupes à cheval, soit 700 hommes de la légion Rosenthal, 700 hommes de celle de Lamothe, 700 hommes de la 3e division de l'Ecole militaire à Péronne, et 200 hommes de la gendarmerie de Prévôt et Hémart ; 7,900 hommes de troupes â pied, soit 800 hommes de la légion Rosenthal,

G00 hommes de gendarmerie à pied, recrues de Paris 1,700 hommes, sections de Paris, 4,800 hommes. D'après le plan proposé par Santerre, ce contingent ne devait servir qu'un mois et être renouvelé, les 15 et 31 de chaque mois, les officiers et sousofficiers restant les mêmes; tous ceux qui, après avoir servi un mois comme soldats, voudraient continuer celle carrière, seraient inscrits pour concourir aux places d'officiers, suivant leurs talents et leur civisme, à condition de suhir un examen public ; ce mode de service pendant un mois présentant l'avantage de faire passer tout le monde tour à tour, et d'indiquer exactement à chaque citoyen le temps qu'il sera absent de sa famille et de ses affaires, chaque citoyen payerait cetle dette avec satisfaction, surtout si le décret qui assure la subsistance des familles reçoit pleine et entière exécution; la composition et la paye seraient celle de la garde nationale, on ne serait fourni que de souliers et l'on n'aurait pas d'uniforme, les citoyens composant cette armée n'auraient jamais plus de 30, 40 à 50 lieues à faire.

D'après une décision prise, les 6,000 fusils se trouvant à Paris, destinés à l'armée du Var, devaient y rester jusqu'à ce qu'on eût examiné s'ils ne seraient pas pins utiles à celle du Nord.

Le Commandant général recommande aux amis de la République de ne pas perdre inutilement une seule cartouche, pas même pour l'exercice à feu, la quantité énorme qu'il en faut ne permettant pas ces exercices, de même les canonniers à l'école de division pourront en user 3 charges, il n'y aura que les volontaires prêts à partir pour l'armée à qui il sera permis de tirer à poudre.

Dans l'armée en préparation aucune femme ne sera admise, pas plus dans les camps que dans les casernes, une juste et nécessaire sévérité sera observée ; l'un des malheurs des armées actuellement existantes, c'est qu'il y a à la suite une quantité immense de femmes qui, non seulement détournent les soldats de leurs devoirs, mais encore embarrassent les charrois, étant toujours sur les voitures et consommant inutilement les vivres.

Le Commandant général termine par cette exhortation : Union, fraternité et amour de la pairie, et la liberté est sauvée, puis renaîtra le bonheur que le peuple doit attendre et avoir.

ii07. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Rureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° D'après une déclaration de la section des Tuileries, quelques soldats se seraient vantés d'avoir deux cocardes, l'une nationale, en évidence à leurs chapeaux, et l'autre blanche, cachée sur leur estomac, afin de s'en servir selon les besoins de la cause, on craint que de pareilles dispositions ne soient prises par beaucoup d'individus des sections. Suivant un bruit accrédité, nombre de négociants, de rentiers et de riches propriétaires ont obtenu des billets et des médailles de sauvegarde ou de sûreté, ces médailles portent d'un côté l'effigie de Louis XVI, et de l'autre une devise caractérisant ce tyran comme un martyr.

2° Il existe, dit-on, des lettres écrites par Dumouriez à Rrissot, recommandant de tâcher d'envoyer, en qualité de commissaires dans la Relgique, Robespierre et Marat, parce que c'est le seul moyen de s'en défaire.

3° La veille, sur la terrasse de la Convention, un individu, par des discours oratoires et bien faits, engageait les citoyens à la plus exacte surveillance, à dénoncer tous ceux qui auraient des principes contraires à la Révolution et qui auraient l'air de prendre le parti et de pallier les crimes du traître Dumouriez, à les arrêter sur le champ et les conduire à la section la plus voisine, pour s'enquérir de leur civisme.

4° On a fait circuler le bruit que Dumouriez a été tué en traversant une rivière à la nage, le vœu général est de voir renouvelé complètement l'état-major des armées et de ne le composer que de bons républicains, de vrais sans-culottes ; le public s'intéresse peu à Reurnonville, on dit dans presque tous les groupes que c'est un chevalier du poignard, et que co

ne serait pas une grande perte s'il eût été tué.

5° L'ancien curé de Sainl-Sulpice, très connu par son incivisme, se cache, paraît-il, dans une maison, rue de La Harpe, près de la place Saint-Michel.

6° On commence à murmurer conlre le Tribunal révolutionnaire, qui, depuis son nstallation, n'a encore rendu aucun jugement, tandis qu'il y a tant de criminels

juger, on craint qu'il ne devienne illusoire comme celui d'Orléans.

7° Après de grands débals, au sujet de a dénomination à donner au nouveau Comité qu'elle va établir, la section de Beaurepaire a rejeté celle de révolutionnaire et préfère celle de Comité de surveillance.

8° Les garçons boulangers se coalisent depuis deux jours, pour faire la loi aux citoyens chez lesquels ils sont occupés, et les mettre à contribution, menaçant de ne plus travailler, il est urgent que l'administration de Police s'occupe de cet objet.

Cet extrait est accompagné d'une leltre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., A-F'v 1470.

508. — Exilait de l'ordre du jour de la garde nationale : 1° portant à la connaissance des citoyens deux lettres du citoyen Saint-Fief, du 6 avril, qui prévient le Commandant général des expériences sur une nouvelle poudre de guerre qui se feront, mardi prochain, à l'Arsenal, pour que l'on ne soit pas surpris ni inquiet de la détonation, et qui demande que les ouvriers des sections, chargés par adjudication de construire des affûts de bataille du calibre de 12 et de 8, accélèrent leur travail, annonçant en même temps la remise à la fonderie du Faubourg Saint-Antoine de 15 pièces de canons de calibres irréguliers, et le départ d'un convoi de 12 caissons chargés de boulets pour l'armée du général Berruyer.

2° Le Commandant général fait connaître qu'enfin, l'armée est délivrée du traître et ralliée, mais que rien n'est encore décidé pour le mode de recrute-

ment ou pour le mode de ralliement, il critique les entraves apportées par les Comités de la Convention, qui lui ont déjà fait perdre 4 jours, priant ses concitoyens de considérer plutôt ses intentions que ses actions, et déclare que s'il se trouvait encore des circonstances aussi pressantes, autorisé indirectement comme il l'a été par la Convention, il requerrait, agirait et ferait en sorle qu'on ne le promène pas, comme on le fait depuis 4 jours ; le peuple et la Convention, comptant sur tout son zèle, ne verront en lui, s'il ne prend pas ce parti, que des fautes qui sont des crimes, et le peuple aura raison de le comparer à Dumouriez, mais il ne négligera rien pour l'organisation des moyens de défense nécessaires, néanmoins, les modérés des sections, qui sont formalistes, ne manqueront pas de dire (et le peuple a été assez trompé pour le croire) que, puisque jusqu'à présent les patriotes n'ont rencontré que des traîtres, c'est à son tour de les trahir. « Cette crainte, s'écrie Santerre, ne me découragera pas, elle est inséparable des hommes en évidence, parvenu sans intrigue, né dans le tiers état et n'en étant jamais sorti, sans-culotte toute ma vie, ainsi que toute ma famille, 40 ans de vie sans reproche, ayant femme et enfants, que j'ai élevés moi-même, ayant été par mon commerce au-dessus du besoin, sans ambition ni orgueil, voilà mon titre, voilà ma défense ».

3° D'après un résumé des rapports de la garde nationale, le feu a pris, la veille, à 11 heures du soir, à l'hôtel du ministre de la justice, la garde y est accourue aussitôt; les prisonniers casernes au Faubourg du Temple ayant voulu se révolter contre la garde, on y a envoyé du renfort et le calme s'est rétabli ; toujours beaucoup d'arrestations de militaires et d'autres particuliers, les uns envoyés à la Mairie, d'autres dans les sections et d'autres en prison.

7 avril 1793.

Extrait non signe, A. N., AFIV 1 470.

509. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° La dame Vauréal, qui correspondait

avec Dumouriez, et le .sieur d'Eprémesnil ont été affètëë l'avant-veille et conduits au Comité de sûreté générale, qui les a gardés de minuit à 4 heures du matin et les a renvoyés absous, mais, dès leur arrestation, ils avaient fait prévenir le député Osseliu, l'un des commensaux de la maison Vauréal.

2° Le général Custine commence à être suspect, considéré comme traître par les uns, d'autres soutenant qu'il est calomnié. Le ci devant duc d'Orléans a singulièrement perdu dans l'esprit public, maintenant on croit beaucoup plus volontiers qu'autrefois qu'il n'a contribué à renverser la royauté que dans son propre intérêt, depuis son arrestation l'aristocratie paraît déconcertée.

3° Au milieu des différents partis qui occasionnent de l'agitation, Paris est parfaitement tranquille, cependant les grandes mesures qui viennent d'être prises rassurent à peine le peuple, d'autant plus que les prêtres et les aristocrates, qui espéreront triompher jusqu'au dernier moment de leur destruction, se Battent encore de quelques succès prochains et, afin d'en accélérer l'époque, répandent le bruit que, malgré les moyens employés par les Jacobins pour faire lever le peuple, celui-ci montre assez qu'il est las d'une guerre, qui opprime le pauvre pour favoriser l'ambition du riche. C'est en faveur de ce dernier que les lois sont laites, exemple les décrets sur les passeports des ci-devant nobles ; des émigrés, entre autres M. de Ségur, trouvent le moyen de quitter Paris et d'obtenir à prix d'or, des municipalités de leurs campagnes, de faux certificats de résidence, où ils se font encore qualifier d'excellents citoyens, mais leurs efforts sont en pure perte, la République s'affermira de plus en plus.

4° D'après les nouvelles de Bayeux, les Anglais auraient fait une tentative de débarquement, promptement repoussée.

!j° Un patriote aussi bizarre que zélé, qui tient a la bus un bureau d'écrivain public, un cabinet d'avocat et un musée d'auteur, rue Saint-Honoré, près des Petites-Ecuries, annonce en outre l'ouverture d'un cours de motions.

6° Certains particuliers vendent à la Bourse de l'or et de l'argent en lingots, sous prétexte que ces matières sont reconnues marchandises, mais ce commerce est abusif et en quelque sorte autorise les voleurs.

7° Un abus d'un autre genre, non moins repréliensible, c'est le droit que s'arrogent les receveurs des impositions de fermer leurs bureaux à 2 heures, parfois à 1 heure, souvent même ils ne reviennent plus dans l'après-dînée ; on fait observer à cet égard, qu'un fonctionnaire salarié par la nation doit être toute la journée à son poste, est-il juste qu'un contribuable perde un temps précieux à aller et venir, lorsqu'il apporte son argent au Trésor national ?

8° Une descente de police effectuée dans la nuil, Maison de l'Egalité, n° 50, dans un jeu prohibé, n'a produit aucun résultat, en raison, disent les préposés de la Police, de la connivence des trois officiers de paix, chargés de cette opération, avec le banquier du jeu, la force armée ne s'étant point rendue directement à l'endroit désigné, mais s'étant promenée dans le jardin de l'Egalité, ce qui a permis d'avertir les intéressés; au rapport des agents de la Police, lesbanquiers de biribi, depuis que les officiers de paix sont chargés des saisies, déclarent qu'ils ne craignent plus les visites de police et sont sûrs de n'être point saisis.

(> Peu s'en est fallu, le samedi 6, que le pain n'ait manqué chez beaucoup de boulangers. Le prix de la viande occasionne de fréquents murmures; on attribue cette augmentation aux riches qui voudraient que la viande devint si chère que le pauvre ne pût s'en procurer, et que ce fût l'occasion d'un soulèvement dont ils croient pouvoir profiter.

10° La veille au soir, entre 9 et 10 heures, Je feu a pris chez le ministre de la justice par une lumière négligée qui a enflammé des papiers, ce qui a causé la perte de plusieurs pièces précieuses.

11° Dans la même nuit, un volontaire de l'armée de Duniouriez, malade et sans moyens de se procurer un asile, s'est présenté au poste de la section de la Buttedes-Moulins, il a été amené au Comité

I/ESPRIT PUBLIC A PARÎS DE JANVIEU A JUIN 1 793

permanent, qui l'a l'ait conduire à la Mairie.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

7, 8 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N.,

510. — Lettre de Clément, secrétaire de ['Etat-major de la garde nationale, au Conseil exécutif, déclarant qu'il n'y a rien d'extraordinaire à l'ordre du jour ni dans les rapports, sauf la levée du cadavre d'une vieille femme, qu'on a trouvée fendue en deux, au coin de la rue du Ilurepoix, sur le quai de la Vallée, annonçant qu'on se plaint, dans plusieurs sections, de ce que les marchands de vin et limonadiers gardent du monde chez eux passé minuit et qu'ils insultent souvent même les patrouilles, que la section de la Buttedes-Moulins a fourni 20 hommes à deux de ses commissaires pour une expédition secrète, que des individus sans caries civiques, arrêtés dans la section des Quatre- Nations, ont été relâchés, parce que le commissaire de police n'était pas chez lui.

8 avril 1793.

Original signé, A. N., AFIV 1470.

511. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, contenant les renseignements suivants :

1" La plus grande tranquillité a régné, la veille, dans tous les lieux publics, le peuple a la sagesse de ne manifester son mécontentement que par des discours ; il se plaint qu'on n'envoie des troupes qu'à la dernière extrémité et qu'on les met aussitôt dans des postes périlleux où elles sont écrasées, et de ce qu'on laisse aux jeunes gens riches la faculté de se faire remplacer, cause de désorganisalion. On murmure également de l'impunité dont jouissent les citoyens placés dans les ministères, les administrations et à la lêle des armées, qui en sont quittes pour donner leurs démissions, quand leurs malversations et trahisons sont connues, de même ceux qui sont Iraduits à la barre de la Convention, qui sont assurés de l'impunité.

2° Le général Custine commence à être rangé parmi les traîlres, il écrivait, il y a quinze jours, qu'il avait suffisamment de troupes et de cavalerie, et qu'il s'était Fortifié de manière inexpugnable, aujourd'hui il est, dit-il, dépourvu de tout, et donne sa démission. Pour obvier à tant de malheurs, on observe qu'il faut, plus que jamais, se tenir en garde contre les nouveaux projets des Brissot, des Roland.

3" Dans lous les groupes, Marat est porté aux nues, tout en le comblant d'éloges, on dit qu'à tout prix il importe au salut de la République que la Convention chasse de son sein tous les Brissotins, les Rolandistes, qu'il faut rapporter le décret déclarant le numéraire marchandise, et que si la Convention refuse toujours d'avoir égard au vœu général, il n'y a qu'à assommer les marchands d'argent.

4° Le maréchal de Mouchy est venu à Paris, il y a quatre jours, avec sa bellefille, la duchesse de Duras, dans l'espoir d'une contre-révolution, mais, voyant la trahison reconnue et déjouée, ils sont repartis en toute hâte, après avoir renvoyé leurs domestiques patriotes.

5° Plusieurs colporteurs criaient hier sur la terrasse de la Convention : Lettre de l'Egalité aux départements de la République, par laquelle il demande à être Roi. Ces colporteurs hués par la foule furent obligés de prendre la fuite.

6° Le dimanche précédent, il y avait aux barrières des Faubourgs Saint-Martin, Saint- Denis et du Temple une garde nombreuse qui empêchait de sortir, mais, les petites barrières des côtés étant libres, ceux qui avaient été refusés à une barrière se présentaient à une autre et venaient ensuite narguer la garde qui s'était opposée à leur passage, de telle sorte que plusieurs des volontaires, indignés de se voir inutiles, quittèrent leurs postes.

7° La section de la Maison Commune vient de décider que toutes personnes, pourvues de grades militaires ou de places quelconques, dont le civisme serait jugé suspect, seraient soumises à un scrutin épuratoire, de plus, qu'aucun certificat de civisme ne serait délivré sans être accom-

pagné du signalement, en raison de la bassesse de particuliers qui demandent des certificats pour les vendre.

8° La viande étant très chère et le prix augmentant toujours, le peuple crie, se désespère et menace les bouchers.

9° La loi qui enjoint aux propriétaires et principaux locataires d'afficher aux portes des maisons les noms des habitants ne s'exécute point avec exactitude, à peine voit-on des affiches sur le quart des maisons. On prétend qu'il se fait de faux certificats de résidence par des témoins gagnés dans la section du Mail.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFV 1470.

512. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que, le jeudi suivant, 12 caissons devaient partir de l'Arsenal pour l'armée de Berruyer, et incessamment 150 sabres pour le 26e régiment de cavalerie à Valenciennes, en outre des chariots vides pourRouen,afin de rapporter des munitions, annonçant, au sujet de la demande de canons pour compléter ceux des sections, que la fonderie qui fonctionne présentement ne peut souffrir aucune interruption dans les travaux dont elie est chargée pour la défense générale. Le commandant Santerre espère que, dans la journée, il aura le décret qu'il poursuit depuis huit jours et il le transmettra le lendemain à ses concitoyens; il recommande la même exactitude dans le service, ce qui maintient Paris, le modèle et le point de ralliement de tout, « car, ajoute-l-il, Arnold Dumouriez aurait bien voulu qu'on violât la Convention, pour servir ses scélérats projets ». Le Commandant général recommande, au nom de la patrie, de pousser l'instruction ; les citoyens adjudants, avec de l'exactitude, peuvent se rendre très utiles.

9 avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AFIV H70.

513. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, prescrivant aux adjudants

des sections de lire et d'afficher dans les corps de garde deux décrets de la Convention relatifs aux soldats de l'armée de la Belgique, qui ont quitté leurs drapeaux, et annonçant la prochaine distribution de canons dans les sections, la difficulté est que certaines sections ne pourront pas remiser les grosses pièces, en outre, chaque section va recevoir son complément de deux pièces de 4.

En ce qui concerne la mise à exécution du décret de la Convention, rendu il y a 4 jours pour le doublement de la garde du Temple, le local ne le permettant pas et beaucoup de sections n'ayant pas assez de fusils, le Commandant général a cru devoir envoyer au Temple 25 hommes de la légion Rosenlhal, sous les ordres du chef de légion, parce qu'ils sont bien armés et bien disciplinés, que, d'ailleurs, ils ont fait aux barrières, à la réserve, aux expéditions extérieures, un service palriotiquement exécuté et approuvé.

Plusieurs citoyens ayant réclamé, en se basant sur ce que la garde du Temple ne devait être confiée qu'aux citoyens non soldés, le Commandant général a fait part de ces réclamations à la Commune, afin qu'elle avise aux moyens de procurer un local permettant le doublement de cette garde, qui est cependant déjà de 300 hommes, et de lui donner ses ordres au sujet de l'emploi des hommes de la légion Rosenthal, pour qu'il les relire sur-le-champ, si cela ne lui convient pas, ou si cela contrecarre en quelque chose les bonnes inlenlions des citoyens. Le Commandant général les ayant employés même à la conduite de Louis Capet, n'a pas eu l'intention de nuire au bien général. Il a recommandé, et ne saurait assez le répéter, qu'il recevra toujours les avis de ses concitoyens, dont il a besoin plus que jamais, pour l'avantage de la République.

10 avril 1793.

Extrait lion signé, A. N., AFIV 1470.

lions reçus au Bureau de surveillar.ee de la Police, relatant les faits suivants :

1° La prise du camp de Maulde jette

I2ÎS

dans la consternation tous les patriotes et fait crier de nouveau à la trahison.

2° On ne cesse de répéter que c'est une injustice inouïe d'envoyer à Marseille la famille des Bourbons, surtout le citoyen Egalité et sa sœur, qui ont toujours t'ait beaucoup de bien aux pauvres; au surplus les bons patriotes pourraient bien s'opposer à leur translation, d'autant qu'il est prudent de conserver à Paris ces otages.

:î° On s'entretient avec chaleur de la vente du numéraire, et l'on va jusqu'à dire que la République est perdue, si la Convention ne rapporte pas le décret qui déclare l'argent marchandise.

4° Le public soutenait hier sur la terrasse de la Convention que, pour avoir une cavalerie formidable, chaque municipalité, ou chaque maître de poste, n'avait qu'à fournir un homme et un cheval.

5° Un patriote très connu a dit, il y a 2 jours, au citoyen Lebrun, ministre des affaires étrangères : Vous êtes un mannequin ou un scélérat.

6° Le citoyen Santerre perd beaucoup dans l'estime de ses concitoyens du Faubourg Saint-Antoine. On prétend l'avoir vu sortir plusieurs fois, à 4 heures du matin, de chez le citoyen Egalité. On lui reproche de fréquenter un grand nombre de femmes aristocrates et des joueurs, de recevoir à sa table un nommé Huguenin, homme suspecté d'abus de confiance, qui aurait dépecé à son .profil plusieurs ornements en broderie d'or et d'argent, et de mener un train au-dessus de son état. Il vient en dernier lieu de louer un appartement de 6,000 livres par année.

7° Les affiches à la porte des maisons occasionnent toujours beaucoup de plaintes; on prétend qu'il se commet bien plus de vols et d'assassinats depuis qu'un décret a prescrit cette mesure, el l'on estime que l'envoi d'un tableau circonstancié, à chaque mutation de locataire, serait suffisant.

8° Plusieurs boulangers ont fermé leurs boutiques, un dans la rue Saint-Bon et deux autres rue Mouffetard ; ils ont le front d'alléguer que la Municipalité ne leur paye point les indemnités qu'elle leur a promises.

9° L'hôpital de la Salpêtrière est on ne peut plus mal tenu, surtout pour ce qui concerne les bonnes mœurs. Le libertinage y est poussé à un point étonnant.

L'économe ne peut contenir les femmes et les filles qui l'habitent, son aulorité y est méconnue. Les canonniers des environs, enlre autres, y viennent faire des orgies, el la garde est souvent insuffisante pour les faire retirer à l'heure où les portes doivent être fermées.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

10, Il avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N.t AF™ 1470.

515. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, faisant connaître que, d'après l'ordre du Comité de salut public, tous les fusils, qui ont été arrêlés et remis à l'Arsenal, partiront pour leur destination, qu'il sera délivré à l'Arsenal : 1° 90 paires de pistolets au ciloyen Bougon, chef de l'escadron de cavalerie légère du Calvados, pour armer son escadron aux frontières; 2° 87 fusils au bataillon de la Côted'Or aux frontières; 3° qu'il partira, le lendemain et jours suivants, de l'Arsenal, 30 milliers de matières de vieux canons, envoyées chez les citoyens Brezin, Thury et aulres, pour les fondre en canons de bataille; qu'il y aura essai à la gare d'une pièce de canon de quatre.

Le Commandant général, ne pouvant se dispenser de rendre justice à la bonté des principes des canonniers casernés à la Sorbonne, doit rendre public leur arrêté qui témoigne de leur satisfaction d'avoir vu punir un mauvais ciloyen qui se trouvait dans leurs rangs, que, s'il s'y en rencontrait encore, ils le livreraient euxmêmes à la justice, qu'ils voulaient vivre en républicains et mourir en défendant la Bépublique.

11 avril 1 7 U 3 .

Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.

516. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :

I" Un particulier, qui semblait d'accord avec 3. ou (i femmes bien mises pour avilir la Convention nationale et les ministres, répéta plusieurs fois sur la terrasse des Tuileries ces propos diffamatoires : « La moitié de la Convention nationale est composée de scélérats et de conspirateurs », les femmes ajoutèrent : Qui, il nous faut leur (rte, ainsi que celles des ministres. Le général Dampierre ne fut pas épargné, on lui prodigua les épithètes les plus injurieuses, en soutenant qu'on ne lui avait donné le commandement de l'armée du Nord que pour la livrer à l'ennemi; des préposés à la Police suivirent ces gens suspects, afin de découvrir leur domicile, mais ils leur échappèrent à la faveur de la nuit.

2° Suivant le témoignage d'un aubergiste de Sainl-Denis, les conducteurs des charrois de l'armée ne donnaient à leurs chevaux que le tiers de la nourriture nécessaire, ce qui les faisait périr en peu de temps.

3° Dans l'Assemblée générale de la section des Droits-de-l'Homme, la commune de Melun fut dénoncée pour accaparer chez les armuriers de Paris et acheter, à n'importe quel prix, tous les fusils.

4° On signale l'existence, rue de Bussy, d'un café allemand, où se trouvent toutes les gazettes allemandes, remplies de l'aristocratie la plus outrée, on débite dans ce café mille horreurs contre les patriotes, la maîtresse de l'établissement a même dit qu'on prendrait les mesures nécessaires pour fonder une pompe funèbre à l'occasion de la mort de Louis Capet.

o° Le nommé Cappy, ancien officier de paix, l'un des agenls du ci-devant ehùteau des Tuileries avant le 10 août dernier, ne cesse de fréquenter quelques officiers de paix, et, même quand il ne les trouve pas chez eux, il se transporte à la Mairie pour les voir et s'informer de ce qui se passe. Un autre officier de paix, le sieur Burlandeux, a déclaré qu'il fallait absolument que ses collègues fissent casser tous les préposés à la Police, et qu'il était impossible que ces deux corps puissent subsister ensemble.

Cet extrait est accompagné d'une lettre

d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

11, 12 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AF™ 1470.

517. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que la garde du Temple montera sans drapeaux et sans chef de légion, qu'elle sera réduite de moitié, lorsque le mur de clôture commencé sera achevé, et que la légion de Rosentbal cessera de fournir au Temple ; 2° que la garde de la Maison commune montera avec un drapeau, se rassemblera au chef-lieu de la légion et se rendra avant midi à la Maison commune, sur la place, afin que la garde descendante soit relevée à midi précis ; 3° que la garde aux barrières sera retirée et les réserves réduites à 25 hommes, qu'on fera des patrouilles aux barrières et vers la Maison commune; les commandants et adjudants étant avertis pour la dernière fois qu'ils seront responsables des manquements au service ainsi que des événements qui pourraient en résulter, et qu'ils seront punis, si les réserves ne sont pas au complet et si les citoyens quittent leur poste sans être inscrits, les chefs de légion devront monter alternativement à la Convention deux fois par jour.

A l'occasion de la nomination d'un Comité de 9 membres par la Convention, le Commandant général se justifie d'avoir dit, dans son ordre du jour du 7 avril, qu'il y avait 7 patriotes, ce qui avait permis d'insinuer que ces seuls étaient patriotes, il déclare que les deux membres nommés depuis ne le sont pas moins, et que le Comité ne peut pas être plus heureusement composé pour le salut public.

L'ordre du jour annonce, pour le dimanche suivant, une fête en l'honneur de la translation des archives des Liégeois à la salle d'Egalité, de plus que le recrutement va se poursuivre de nouveau et que les volontaires seront mis dans les casernes pour s'exercer ; le Commandant général invite les citoyens des sections à ne point s'en offusquer, car l'on saisit toutes les occasions de les soulever pour

1/ESPKIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN IT'.Ci

les tromper, la discipline des casernes penl employer leur courage et leur civisme avec avantage, et leur réunion sous les ordres de la Commune et du Commandant général ne peut que coopérer au bien général avec les citoyens des sections.

Au reste, tous avis des sections et individuels seront toujours reçus et employés d'accord avec la majorité par le Commandant général, sans avoir besoin de porter ses plaintes au Comité de surveillance, comme l'a fait, la veille, une section au Temple pour la légion Rqsenthal, qui n'y montera plus, d'après un ordre de la Commune.

12 avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AF1V 1 170.

1118. — Extrait des rapports et déclaralions reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les Faits suivants :

1° L'esprit public est assez tranquille, mais les sections se disposent à présenter à la Convention nationale une pélition pour demander la taxe des denrées et subsistances ; plusieurs députés, dans la séance de la veille, ont invectivé Marat et lui ont adressé des menaces outrageantes, à quoi il répondit fièrement : « que le plus làcbe d'entre vous vienne m'assassiner ». On assure qu'aujourd'hui deux membres de la Convention devaient se battre au pistolet.

2" Ee bruit court que l'on a arrêté dans l'hôpital de la Chanté des émigrés, déguisés en frères servants, et qui, pour mieux se cacher, soignaient réellement les malades.

3° Ea police, dans le jardin des Tuileries, se fait avec une extrême négligence, dès que la nuit est venue, les patrouilles y circulent à peine, aussi hier, vers 8 heures du soir, un aristocrate et un patriote s'y sont battus au sabre.

4° Le décret interdisant la vente du numéraire n'a pas été plutôt rendu, que tous les agioteurs du perron et de la place des Victoires nationales se sont hâtés de disparaître.

a0 Des voleurs, au nombre de 15, dont 5 revêtus de l'écharpe municipale et les autres représentant la force armée, ont fait irruption de nuit dans une ferme à

ltueil, sous prétexte d'y perquisitionner des taux assignats, ils se firent livrer tous les objets précieux, ensuite feignirent d'avoir des recherches à faire dans les caves, y conduisirent les gens de la maison, les y enfermèrent et prirent la fuite avec le produit de leurs vols.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

12, 13 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1470.

519. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, annonçant, pour le lendemain, la célébration de la fête de l'hospitalité, conformément a l'arrêté de la Commune, et arrêtant les dispositions suivantes :

Chaque section fournira 50 hommes et son drapeau, soit 400 hommes par légion, sans compter les ofiiciers, les première et seconde légions se rendront sur le quai Pelletier, avec chacune leurs 10 tambours, les 3° et 4e légions seront rangées sur la place de la Maison commune, la 5" légion sur le quai de la Grève, en se prolongeant vers le Port au blé, la 6e légion sur le Port au blé.

Chaque légion fournira 16 canonniers, commandés par un officier, les Elèves de la Patrie se placeront sur le Port au blé, les Vétérans dans la cour de la Maison commune; ces détachements seront rendus le lendemain, à 9 heures du matin, aux endroits indiqués.

Les rapports de la garde nationale mentionnent l'extinction des réverbères, à 2 heures 1/2, dans différents quartiers, ainsi que l'arrestation d'individus sans cartes civiques, notamment, dans le café du Lycée et au jardin de l'Egalité, de deux particuliers, qui soutenaient le parti de Dumouriez et qui ont été conduits au Comité de surveillance de la section de la Butte-des-Moulins.

13 avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AFIV 1170.

52<i — Extrait îles rapports et déclaralions reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° La plupart des esprits sont i ndi <' s contre la Convention nationale des dénonciations perpétuelles dont ses membres se déshonorent perpétuellement, ainsi que des scènes scandaleuses qui se passent dans son sein.

2° Marat avait hier tous les groupes disposés en sa faveur, un jeune élève en chirurgie étant venu, sur la terrasse de la Convention, demander avec une extrême chaleur : Avcz-vous lu Marat'.' c'est un furieux, c'est un coquin, on se jeta sur lui, il reçut force coups de poing et de pied avant qu'on pût parvenir à le conduire à la section des Tuileries et de là à la Mairie. Aujourd'hui les avis sont partagés sur le compte de Marat, les uns prétendent qu'il est la pierre d'achoppement qui cause la plupart des divisions dont la Convention est agitée, d'autres soutiennent que, si la Convention ne rapporte pas son décret de mise en arrestation, 1-e peuple paraît disposé à une insurrection, qui pourrait devenir dangereuse, d'autant plus que l'on est persuadé que les mauvais députés cherchent à éloigner un Argus aussi pénétrant, qui dévoile tous leurs perfides desseins, qu'il a souvent déjoués.

3° Vers midi, un individu se mit à crier d'une voix très forte que, pour sauver la République, il n'y avait pas d'autre moyen que de faire mettre tous les députés dans des maisons vastes et commodes, telles que le Palais Bourbon, les y garder à vue et faire siéger provisoirement leurs suppléants, en attendant que les Assemblées primaires aient remplacé ceux qui ont prévariqué dans leurs fonctions par de vrais sans-culottes, connus par leur patriotisme el leurs lumières.

i" Un cx-lieulenant de volontaires dans l'armée du traître Dumouriez a déclaré que plusieurs sections voulaient se lever en sa faveur, entre autres celle des Aniisde- la-Patrie.

Il" En divers endroits on se plaint amèrement de ce qu'on n'a pas encore trouvé le moyen de faire monter la garde personnelle à tous les citoyens, les patriotes seuls étant sous les armes, et les indifférents, égoïstes et désorganisateurs jouissant de l'impunité.

6° Dans la section des Droils-de-l'Homme, on a dénoncé les papetiers, surtout ceux de la Maison de l'Egalité, comme vendant presque tous des papiers fleurdelisés.

7° Dans celle de la Maison-Commune, on a signalé la formation, à Paris, de plusieurs légions sous différents uniformes, composées, pour la plupart, d'étrangers, qui affectent le plus profond mépris pour la garde nationale. Oncile comme exemple l'un de ces soldats qui, au Tribunal révolutionnaire, cria chapeau bas à quelqu'un qui se trouvait en faction et qui lui en lit la remarque, à quoi le légionnaire répondit, en parlant de la pique du garde national : Je ne voyais pas votre bâton. D'ailleurs, le public est mécontent de voir ces troupes étrangères bien armées, tandis que les citoyens n'ont que des piques, et voudrait savoir au juste quels sont ces genslà, pourquoi ils n'ont point de cartes de civisme et s'ils sont vraiment dignes de la confiance qu'on leur témoigne.

8° Le commissaire de police de la section du Marais prétend que les administrateurs de Police ne devraient point charger de l'exécution de leurs mandats les préposés à la Police, et employer de préférence des gendarmes, qui sont bien plus des fonctionnaires publics, ajoutant que des sections en avaient marqué du mécontentement et qu'il fallait espérer que cet abus finirait bientôt.

0° Les boulangers forains n'ont pas garni les marchés d'autant de pains que de coutume, ceux de la ville n'en ont pas été tous dépourvus, de sorte que cet approvisionnement s'est fait avec assez de tranquillité.

10° Les groupes autour de la Convention ont été bien moins nombreux qu'on n'avait lieu de s'y attendre.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil executif.

13, 14 avril 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1470.

521. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale , notifiant le départ de plusieurs convois, pour qu'ils n'éprouvent aucun obslacle, savoir : 1° de 150 mous-

L'ESPRIT PIBLIC A PAHIS DE JANVIER A JUIN 1793

quêtons et 150 sabres, destinés à l'armement de la compagnie de chasseurs éclaireurs de la Meuse, à Rar-sur-Ornain ; "2° de tous les fusils déposés à l'Arsenal à destination des armées des Pyrénées et des Côtes; 3" de 10 caissons chargés de plomb en bulles pour Metz, conduits par des chevaux d'artillerie de l'équipage de Lenchère.

11 avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AF1V 147(1.

■622. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :

1° Les murmures recommencent au sujet de la conduite inconcevable de la Convention, dont les membres, au lieu de prendre des mesures vigoureuses pour prévenir les malheurs dont on est menacé, continuent à se dénoncer, à se dégrader d'une manière outrageante aux yeux de toute l'Europe ; jamais l'Assemblée conventionnelle n'avait été aussi orageuse que ces jours-ci, il semblait à chaque instant qu'on allait s'y égorger, les témoins de pareilles scènes avaient peine à en croire leurs yeux et à modérer l'indignation qu'ils ressentaient de voir des représentants du peuple se conduire de la sorte.

2° L'opinion publique désapprouve aussi fortement le décret lancé contre Marat, on prétend qu'il n'a d'autre but que de soulever le peuple, parce que les intrigants, se voyant démasqués, cherchent à susciter une insurrection. Des patriotes zélés disent aussi qu'il faut s'emparer de la cabale de Brissot, et que 4 à oOO citoyens armés devraient monter sans relâche la garde autour de la maison de Marat, afin d'empêcher tout événement fâcheux.

3° Hier, vers 11 heures du soir, au café de Beaucaire, plusieurs citoyens s'écrièrent : « Il est temps d'acheter des nerfs de bœuf et de se porter à la Convention pour en chasser les Brissotins. »

4° Le bruit du rassemblement de chevaux dans certaines maisons aristocrates, à l'effet, croyait-on, de servir à l'enlèvement de quelques grands personnages, est dénué de fondement, il s'agit du passage par T. IX.

Paris de chevaux de remonte venant du dépôt de Marcoussis.

5° D'après la déclaration du secrétairegreffier de la section de Bon-Conseil, un boulanger de la rue Montorgueil voulait fermer sa boutique, attendu qu'il lui était dû par l'administration des Subsistances de forles indemnités, mais, à la sollicitation des membres du Comité civil de la section, il a promis de continuer la cuisson.

6° Les habitants de la banlieue, en revenant de vendre leurs denrées, emportent dans leurs voitures 7 à 8 pains chacun, d'autres jusqu'à iO et 50, une voiture de cette espèce, chargée de pains, fut arrêtée au sortir des barrières par la section du Luxembourg.

7° Aucun tumulte ne s'est produit à la porte des boulangers, les commissaires de police ont promis de les surveiller et de les engagera cuire, attendu qu'ils ne manquent pas de farine. Le Comité civil de la section du Roule a reçu la déclaration d'un boulanger, portant qu'il a chez lui 88 sacs de farine, qu'il n'en consomme que 3 par jour, mais qu'il va en employer 4, le Comité lui a donné acte de son civisme.

8U Les environs de la Convention ont été tranquilles, et la surveillance de la Police annonce que, dans le moment actuel, il ne se prépare aucun mouvement en faveur de Marat.

Cet extrait est accompagné d'une Iet're d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

14 avril 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N. AF1V 1470.

523. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, reproduisant la teneur d'une lettre du maire de Paris, qui se plaint de ce que beaucoup de voitures sortant de Paris emportent du pain, et demande des mesures pour l'arrestation, aux barrières, de toute voiture contenant plus d'un pain, et ordonnant l'exécution de cette mesure, bien que la provision de Paris soit assurée pour 3 mois, prescrivant également à chaque section d'envoyer sa réserve, à 2 heures précises, sur

130 CHAPITRE Ier. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION

la place île la Réunion, Ci-devant du Carrousel, pour l'exécution uV Blanchelande, enjoignant aux adjudants de section de faire tous les jours un rapport sur l'exercice et l'école de théorie, de ceux qui y viennent et des progrès qui s'y l'ont, et aux adjudants généraux de faire connaître le choix du local destiné à l'exercice de l'artillerie, afin d'y mettre les pièces et agrès nécessaires.

Le dimanche suivant, à 9 heures du matin, le Commandant général passera la revue de la ire légion, sur le boulevard du Montparnasse, el celle de la 4e légion, à 5 heures précises du soir, aux Champs- Elysées, avec injonction à chaque adjudant d'apporter le contrôle de son bataillon, et à chaque capitaine de représenter celui de sa compagnie, ainsi que la liste des exempts, dressée et signée par le président e1 le secrétaire greffier de chaque section, sans quoi le capitaine sera puni sévèrement et déclaré incapable de servir la République. La 3e légion devra fournir les postes extraordinaires de la lre légion, et la garde du Temple sera fournie après la revue.

15 avril 1793.

Extrait conforme, A. N., AFIV 1470.

la Police, signalant les faits suivants :

1° Le décret contre Marat donne lieu aux motions les pins incendiaires, ses partisans ne parlenl pas moins que de couper des milliers de têtes. L'aristocratie est au comble de la joie, et voit avec plaisir qu'insensiblement les Jacobins et autres sociétés populaires vont se détruire eux-mêmes.

2° Deux femmes passant dans l'église de Saint-Sulpice se mirent à crier, en voyant une vierge d'argent, qui y avait été transportée du couvent des Carmes : Voilà une Vierge qui retournera bientôt dans sa nouvelle demeure. On se saisit de ces deux femmes, on les mena à la section, et l'on constata que ce sont deux ci-devant religieuses.

3" Malgré les ordres du Maire et des administrateurs de Police, beaucoup de

boulangers n'ont pas cuit autant qu'ils auraient dû le faire. Ce matin, il y avail a la porte de presque tous nombre de femmes qui tenaient des propos séditieux, allant jusqu'à dire : // faut nous transporter à la Mairie, à la Convention, ce sont eux qui occasionnent celte disette.

4° Comme l'on sait qu'il ne manque point de farines à Paris, on attribue à plusieurs causes cette disette factice. lre cause : Les boulangers se plaignent de ce que la Municipalité ne leur rembourse pas les indemnités dues, ou ne leur donne que des acomptes modiques, et ajoutenl que la Municipalité n'a qu'à payer régulièrement cette indemnité, et qu 'alors le pain ne manquera point. .2e cause : Le pain étant plus cher dans les campagnes des environs de Paris, les paysans qui apportent leurs denrées en enlèvent le plus qu'ils peuvent en s'en retournant de grand matin, ce qui fait que, dès 7 heures, les citoyens de la ville n'en peuvent plus trouver ; la mesure à prendre serait d'interdire la sortie d'un seul pain par les barrières, mais comme elles ne sont plus gardées, on proposerait de distribuer dans chaque section des caries sans lesquelles on ne pourrait point acheter de pain, qui serait réservé aux seuls domiciliés. 3e cause : Réside dans la frayeur chimérique de manquer de pain, qui engage beaucoup de personnes à tripler leur approvisionnement et diminuer d'autant la quantité suffisante pour chaque jour. 4e cause : Des porteurs d'eau et des indigentes retournent plusieurs fois chez le même boulanger, ou vont chez 5 ou 6 dans la matinée, et se procurent ainsi 4 à 5 pains, qu'ils revendent; des boulangers même en emportent plusieu rs voitures, qu'ils vont vendre au dehors. 3e cause : Selon toute apparence, c'est de celte dernière cause que dérivent toutes les autres; les boulangers ne cuisent pas autant qu'ils devraient, ou cuisent en moindre quantité, pour forcer la Commune à les laisser acheter eux-mêmes chez les fermiers les blés et farines et taxer le pain à leur fantaisie, ce qui le porterait bientôt à 16 et même 24 sols les 4 livres. Pour satisfaire leur sordide intérêt, plusieurs boulangers

ne craindraient pas de mettre la famine dans Paris.

.">" La section de la Maison-Commune, considérant que la pénurie du pain est occasionnée en partie par l'enlèvement qu'en font les gens de la campagne, et que le pain de 4 livres revient à la Municipalité" à 16 et 17 sols, qui seront pris sur les sols additionnels des contributions, a décidé l'envoi d'une nouvelle adresse pour obtenir réponse au sujet des mesures par elle proposées il y a un mois, el demande en attendant que le Corps municipal fasse surveiller les barrières et visiter les voilures, afin d'empêcher la sortie du pain.

0° On se plaint plus fort que jamais de l'extrême cherté de tous les comestibles et de ce que personne ne surveille les poids et mesures.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

13, 16 avril 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AFiv 1170.

525. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, aux termes duquel le Commandant général annonce qu'une compagnie de garde nationale devait être envoyée par le département du Cher dans celui de la Vendée, mais ces braves patriotes, ayant appris que les révoltés étaient vaincus et que la ville de Paris était menacée par le traître Dumouriez, se sont dirigés sur-le-champ vers Paris, comme le lieu le plus périlleux, et y arriveront dans la journée de demain. Santerre appelle l'attention sur la question des subsistances, qui, d'après le rapport des administrateurs, ne doit pas causer d'inquiétude, l'approvisionnement étant assuré pour 3 mois, cette branche d'administration traverse, il est vrai, des moments difficiles, en raison des hauts prix du blé hors1 Paris, qui fait sortir de la capitale une certaine quantité de pains. 11 n'y aurait aucun inconvénient à craindre, si les braves citoyens, au premier bruit répandu, ne doublaient pas leur provision, de telle sorte que des pères de famille manquaient

du nécessaire, tandis que d'autres laissaient gâter du pain.

Citoyens des sections! ajoute le Commandant général, ne pouvez-vous veiller par des commissaires à ce que, quand il ne reste pas de pain le soir chez les boulangers, on fasse cuire par ceux qui sont le moins occupés quelques sacs pour supprimer toute crainte de disette el soulager la ( lasse pauvre ; cette question importante est l'objet de toute la sollicitude du Maire, qui mérite tous les éloges; Santerre se met personnellement à la disposition des citoyens pour porter secours à ses frères, car c'est servir la République et ôter un prétexte aux méchants que d'éviter des malheurs.

Dix-sept sections n'ont qu'une pièce de 4, le ministre a promis de leur en donner aussitôt qu'il en aurait. Dans les fonderies de Paris et de Chaillot, on s'occupe à en fondre continuellement.

C'est avec déplaisir que le Commandant général a constaté que la section des Tuileries, en descendant la garde du Trésor, avait emmené une pièce qui devait y rester à poste fixe, d'après un arrêté de la Commune; il invite la section à faire ramener celte pièce le jour même, rien ne devant être exécuté sans ordre.

Les rapports de la garde nationale signalent beaucoup de bruit pour le pain chez les boulangers de la section de la Halle-au-Blé. Dans la section du Faubourg- Montmartre, la foule s'est portée chez les boulangers sur les 5 heures du matin, la garde y est allée sur-le-champ, partout où elle a été requise.

A minuit, trois citoyens sont venus au poste de la section de Molière et La Fontaine prévenir que deux boulangers emportaient du pain, l'officier de paix leur a reproché de ne pas les avoir arrêtés.

On a trouvé le gardien de l'équipage de la guerre, rue de Charonne, endormi dans sa loge, la grande porte du couvent de Trenelle étant ouverte.

16 avril 1793.

Extrait non signé, A . N., AF'V 1470.

526. — Extrait des rapports et déclarations remis au Bureau de surveil-

lance de la Police, signalant les faits suivants :

1° On disait la veille, dans plusieurs cafés, qu'avant peu éclaterait une insurrection, causéeparla mésintelligence entre les membres de la Convention. Le bruit se répand de nouveau que 6,000 Marseillais sont en route pour Paris, afin de favoriser l'insurrection qui se prépare, regardée comme très patriotique. C'est un courrier extraordinaire, envoyé aux Jacobins, qui, le 1S de ce mois, apporta la nouvelle de l'approche des Marseillais.

2° Aujourd'hui 16 avril, la même inquiétude, ou la même malveillance, a fait porter une foule considérable à la porte des boulangers, dès 5 heures du matin, plusieurs commissaires de police ont eux-mêmes distribué le pain, et la garde nationale a mis partout le bon ordre. Un boulanger de la rue Saint-Honoré a été presque entièrement pillé, la garde du poste de l'Oratoire n'étant pas arrivée assez tôt. On a arrêté, le matin, des gens qui avaient acheté plusieurs pains à la fois et qu'on a reconnus pour des habitants de la campagne. Dans le Faubourg Saint-Denis, des mères de famille sont obligées d'aller jusqu'à la Villette chercher du pain, qu'on leur vend 5 à 0 sols plus cher qu'à Paris. Les lemmes suspectes qui assiègent la porte des boulangers se répandent en invectives et en menaces, elles disent hautement : Qu'on nous donne un Roi, pourvu que nous ayions du pain.

3° On assure que, sur la route de Paris, des particuliers arrêtent les farines qu'on y transporte, les payent le prix exigé et les font changer de destination, il serait nécessaire d'empêcher un délit aussi grave, qui tend à affamer cette immense cité.

4° Le commissaire de police de la section de l'Arsenal a fait un rapport très clair et très méthodique sur les boulangers de son arrondissement et sur les abus qu'il soupçonne; 40 fournées entre 9 boulangers ont produit, le 14, 3,147 pains de 4 livres, donnant 12,588 livres de pain, de sorte que si les 47 autres sections ont eu une cuisson pareille, il a dû en résulter, pour le 14 seulement, loi, 056 pains, formant 604,224 livres de pain; d'après

ce calcul fort juste, ajoute cet excellent commissaire de police, il est impossible qu'il n'y ait pas un abus considérable dans les subsistances.

5° L'exécution de Blanchelande avait attiré plus de spectateurs qu'il n'y en avait à celle de Louis Capet, la foule prodigieuse qui se portait sur toutes les rues de son passage, l'accablait de malédictions et criait qu'il méritait un supplice cent fois plus cruel que celui de la guillotine.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

10, 17 avril 1793.

Extrait et original signe (2 pièces), A. N., AFIV 1470.

.">27. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, faisant connaître qu'en vertu des plaintes portées au Commandant général par le ministre de l'intérieur sur la mutilation des chefs-d'œuvre de sculpture, qui se trouvent dans le jardin des Tuileries et autres lieux publics appartenant à la République, et du décret du 12 avril, qui punit de 2 ans de détention les coupables de ce délit, le Commandant général ordonne à tous les commandants des postes et factionnaires voisins des Tuileries d'y faire de fréquentes patrouilles et d'arrêter tous ceux qui se permettraient cette scandaleuse violation de l'honneur national et de l'intérêt de la République, et de les conduire au Tribunal de police.

L'ordre du jour notifie également l'organisation d'un nouvel arsenal au ci-devant Palais Bourbon, où seront mis deux canons en fer existant à la caserne de Babylone, avec des boulets, et où sera installé le second magasin à poudre et d'artillerie ; en conséquence, la 3e légion fournira un poste de 12 hommes, en supprimant celui des Invalides.

Le Commandant général annonce le départ pour Meaux de deux canons et d'un caisson pour continuer l'instruction des canonniers, qui s'y rendent les 17 et 18 avril, savoir : de la Sorbonne, les l'<\ 3e, 4e et 6e compagnies, et celles de quelques sections.

Les commandants, dont les sections

I/KSPHIT PTBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793

bordent les barrières, sont invités à y organiser de fréquentes patrouilles et à arrêter ceux qui emporteront plus de pain qu'ils n'en mil hesoin, attendu que c'est un commerce usuraire que ces personnes font, et nuisible aux intérêts de la Commune, qui s'impose le sacrifice de tenir le pain au-dessous du cours des environs de Paris, ce qui aurait pour résultat d'affamer la capilale.

Les rapports de la garde nationale annoncent que le feu a pris, la veille au soir, à l'une des cheminées de l'Hôtel-Dieu, mais que de prompts secours en ont empêché le progrès ; que les sections ont envoyé de la garde chez tous les boulangers pour assurer la tranquillité et maintenir le bon ordre dans la distribution du pain, enfin que l'on a arrêté quelques gens suspects sans cartes et sans cocardes.

17 avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AF,V 1470.

tions faits au Bureau de surveillance de la Police, signalant les incidents suivants :

1° Depuis les premiers jours de la Révolution, l'on ne s'était pas encore permis les propos que l'on tient actuellement sur la Convention nationale et sur les autorités constituées. Le public est étonné de voir que le décret ordonnant une levée de 40,000 hommes n'est pas encore exécuté, on en conclut qu'il y a toujours des traîtres pour entraver les opérations essentielles, que l'on veut différer jusqu'à l'écrasement ou la mise en déroute des armées, tandis qu'il serait instant de leur envoyer des renforts, attendu qu'elles sont accablées de fatigues, de contre-marches et des batailles qu'elles ont livrées.

2° L'opinion publique est satisfaite de la manière dont la Convention a reçu la pétition des 48 sections, on espère que l'énergie des Parisiens , applaudie par les départements, sauvera encore une fois la patrie.

3° Des volontaires de la cavalerie se plaignent hautement de la difficulté qu'ils éprouvent à avoir des chevaux, afin de se rendre aux frontières, tandis qu'il y en a

une quantité à 20 lieues de Paris, dont on ne fait aucun usage.

4° Le pain continue à paraître fort rare, bien qu'il y en ait suffisamment, l'une des principales raisons de cette pénurie vient, à ce que l'on assure, de ce que les boulangers des environs de Paris ne cuisent pas du tout et ont fermé boutique. L'augmentation d'approvisionnements que font plusieurs personnes et les terreurs paniques de la famine y contribuent aussi beaucoup, dans les visites que les sections ont fait faireà ceteffet, l'on a trouvé jusqu'à24pains chez certains particuliers. Les voitures de pain, arrivées dans les places et marchés ce jour, venaient probablement des faubourgs, elles étaient en très petit nombre, et encore quelques-unes d'entre elles ont été pillées avant d'atteindre leur destination, entre autres une à la Halle, l'autre dans la rue Saint-Antoine.

5° A l'occasion de la dénonciation lancée contre un particulier s'inlitulant patriote zélé, tenant tout à la fois un bureau d'écrivain, un cabinet d'avocat et le Musée des auteurs, et annonçant un cours de motions, l'Administration de Police a envoyé savoir quel était cet individu, l'on a trouvé dans une misérable échoppe, rue Saint-Honoré, près des Petites-Ecuries, un homme de lettres, connu par quelques bons ouvrages, mais tombé dans la plus profonde misère, très vieux et presque infirme, et qui consacre les restes de son talent à faire pour le public des plaidoyers, des vers et motions patriotiques.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

17, 18 avril 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N. AI«v 1470.

Îi29. — Extrait des rapports de la garde nationale, signalant les plaintes de l'adjudant général de la lre légion de ce que, dans la section de l'Observatoire, où il y a 9 postes, il ne s'y est fait que deux patrouilles, avec demande d'un service plus exact, l'arrestation dans la section des Halles d'un baquet chargé de 4 pièces de vin sans conducteur, l'arrestation dans la section de la Croix-Rouge, de 4 particuliers se

disant marchands de vins et aubergistes, qui emportaient 26 pains, à eux livrés par un boulanger de la rue de Sèvres, l'arrestation d'un particulier et de sa femme, donnant à jouer sur le Pont-Neuf, et, dans la section de 1702, chez un boulanger, de deux particuliers pour avoir tenu de mauvais propos, annonçant qu'on a conduit à la section des Invalides un individu accusé d'accaparer le pain ; qu'un cocher, ayant requis la garde pour se faire payer de sa course, n'a plus trouvé à son retour ni particulier, ni voiture, ni chevaux ; qu'on a retenu au corps-de-garde des Elèves, poste de la Messagerie, un gendarme de la 29e division pour avoir voulu forcer trois fuis et brutalement la consigne du factionnaire et entrer avec une pipe ; que prochainement partiront pour CaeniOO sabres, 2,000 pour Rennes et 1,000 pour Cherbourg.

18 avril 1793.

Copie, A. A'., AF1V 1470.

530. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Rureau de surveillance de la Police, relatant les faits suivants :

1° On a dénoncé à la Police un individu qui, depuis 4 mois, se fait conduire en cabriolet à Versailles et emporte chaque fois 18 à 20 sabres.

2° Il y a des plaintes très vives contre le concierge de l'Ecole militaire, qui loue à son profit les appartements en dépendant et vend les denrées des jardins.

3° Le pain devient moins rare, et il est à présumer que la disette factice va enfin cesser.

4° Les sections limitrophes ont grand soin de garder les barrières pour empêcher que les gens de la campagne n'emportent chacun plus d'un pain. Cette précaution, exigée impérieusement par les circonstances, fait b.eaucoup murmurer les habitants des municipalités voisines ; ils menacent, si les Parisiens continuent à leur refuser du pain, d'arrêter toutes leurs subsistances au passage, ils disent qu'ils seront forcés de prendre cette mesure, leurs boulangers ayant presque tous cessé de cuire, à cause de l'extrême cherté de la farine.

5° Des malintentionnés disent aux habitants de la région voisine de Paris, jusqu'à 20 lieues, que la Convention nationale accorde 1 million pour que les Parisiens mangent le pain à bon marché, et que cette préférence est le comble de l'injustice, qu'il y a assez longtemps que les représentants du peuple siègentà Paris et qu'ils devraient se transporter dans les départements, afin que ceux-ci puissent se ressentir à leur tour des privilèges qui semblent attachés au séjour des délégués de la nation.

6° Les boulangers prétendaient encore hier soir qu'ils avaient toujours la plus giande peine à se procurer de la farine, et que, le mercredi précédent, 19 d'entre eux furent obligés, à la Halle, de tirer au sort 5 sacs de farines ; ils continuaient à se plaindre de la Municipalité, qui ne leur payait point les indemnités promises, que son dessein est de ruiner les boulangers pour enrichir quelques-uns de ses membres, ils soutiennent que la Commune est cause de la cherté du blé par la prime qu'elle a accordée, le marchand qui a le plus d'argent accaparant le grain dans les marchés pour gagner le plus de primes. Comme l'un de ces boulangers criait le plus contre le non-payement des indemnités, il fut prouvé qu'il avait reçu le jour même 800 livres, un autre qui se plaignait qu'il lui était dû 2,000 livres, on démontra qu'il ne tenait qu'à lui d'être payé sur-le-champ.

7° La mesure prise pour la distribution du pain chez les boulangers, afin d'éviter la foule et le désordre dans plusieurs sections, ne peut que produire un très bon effet; il leur est enjoint de commencer la première distribution à '6 heures du matin, pour cpie les ouvriers puissent s'approvisionner avant d'aller à leurs ateliers. A 8 et à 11 heures, deux autres distributions, et le commissaire de police, ainsi que les commissaires des sections, sont tenus d'assister à toutes.

8° Les 48 sections ont décidé qu'il sera célébré, dimanche 21 courant, une fête des Sans-Culottes au Champ de la Fédération, pour apposer les signatures individuelles aux fameuses pétitions de la Halle-au-Rlé et de Ron Conseil.

La copie de la feuille des rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

18, 20 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1470.

'131. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, faisant connaître, d'après un avis du commissaire des guerres, faisant fonction d'auditeur de la 17° division, que c'est à la maison d'arrêt de la Cour tille, et non aux Récollets, qu'il faut conduire tous les militaires prévenus de désertion et arrêtés par les sections. A l'occasion de l'ordre du Commandanl général, du lii avril, menace de destitution les capitaines négligents, deux sections de la 4e légion, qui doit être passée en revue le dimanche suivant, celles des ci-devant Petits-Pères et Filles-Saint-Thomas ont protesté par un arrêté contre cet ordre; dans la première légion, qui comprend le Faubourg Saint-Marcel, et qui doit également être passée en revue, aucun arrêté ne fut j nis par les sections, afin que les capitaines puissent faire marcher beaucoup de citoyens d'une insouciance criminelle. L'un des arrêtés rendus contre l'ordre du la avril fut présenté à la Commune, dont le procureur-syndic, connu cependant depuis 0 mois pour bon patriote, donna dans le piège qui lui était tendu par les sections en question, où il n'y a de bon que les Sans-culottes, de telle sorte que l'ordre du Commandant général, sur le réquisitoire du procureur de la Commune, fut improuvé et annulé, le procureur syndic prétendant que le Commandant général est mal entouré, ce qui esl inexact, car il ne compte comme faisant partie de son entourage que ses aides-de-camp, ses secrétaires et commis, et nullement les officiers servant auprès de sa personne, qui sont nommés par les sections.

Dans celte occurrence, le Commandanl général, persuadé que son service qui, actuellement, est plutôt militaire que municipal, la Commune ayant arboré le drapeau qui déclare la patrie en danger, et les citoyens armés déclarés par décret en

état de réquisition permanente, persuadé que les 46 autres sections n'improuveront pas la sévérité, stimulante et nécessaire, de son ordre du 15, persiste clans cet ordre, jusqu'à ce que le Conseil général ait pris connaissance du présent ordre, et s'il continue son iniprobation, il voudra bien faire passer au Commandant général ses instructions à ce sujet.

Dans le cas où le Conseil général ne voudrait pas écouler les observations du Commandant général, qui n'a pas été entendu et contre lequel le Conseil n'a prononcé que d'après le dire d'une section et les conclusions du procureur syndic, fondées sur une équivoque, le Commandant général déclare que cet arrêté est contraire au bien qu'il veut faire et lui ôte la possibilité d'exécuter les ordres de la Convention et de la Commune.

Les rapports de la garde nationale ne mentionnent que la saisie, à 9 heures 1/2 du soir, d'une voiture qui était devant la porte d'un boulanger et dans laquelle il y avait du pain, qu'on a porté au Comité de la section de Beaurepaire, et l'arrestation de quelques soldats, gens sans aveu et voleurs.

19 avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.

532. — Exlrait des rapports et déclarala Police, signalant les faits suivants :

1° A l'occasion de la pétition des sections, qui demandent la destitution des membres suspects de la Convention nationale, plusieurs citoyens publient que le renvoi de ces députés sera le signal de la guerre el engagent leurs auditeurs à refuser leurs signatures.

2° Quelques Anglais, qui sont tolérés à Paris, ont l'ingratitude de tenir contre la République de fort mauvais propos, et cela dans un des cafés de la Maison de l'Egalité; ils disent, en conversant entre eux, que la majeure partie de la nation préférerait un roi constitutionnel à un nombre de députés qui font d'un aréopage respectable un lieu de scandale et d'horreur, et parviendront à renverser une Constitution, plutôt faite pour des anges que pour des diables,

3° Le sieur Lanchère, entrepreneur des charrois de l'artillerie, demeurant rue de Seine, Faubourg Saint-Germain, a donné, la nuit du 18 au 19 avril, un grand souper, auquel assistait Guadet, dans lequel aurait été décidée la formation d'une armée de contre-révolutionnaires, qui marcheraient sur Paris, soutenus par les royalistes de cette ville. Le parti Lanchère ou Guadet compte soulever les habitants des campagnes, en leur insinuant qu'il faut corriger la municipalité parisienne, qui acc apare tous les grains et fait mourir de faim une partie des départements, l'on a même envoyé à cet effet des courriers en Normandie.

4° On annonce que Marat se présentera sous peu de jours au Tribunal révolutionnaire, et qu'il doit en prévenir le public la veille. On croit que la Convention, en le décrétant d'accusation, a eu deux motifs, le premier, de casser le Tribunal, s'il en est absout, le second, s'il est déclaré coupable, de provoquer les excès de ses partisans, qui enlèveront Marat et assommeront les juges. On se plaint de ce que le Tribunal révolutionnaire ne s'occupe que de petits coupables, tandis qu'il laisse tranquilles les grands criminels.

5° Sur les 7 à 8 heures du soir, au café de Chartres, le 18 courant, s'est élevé un tumulte considérable, occasionné par quatre particuliers, revêtus de l'uniforme national et ayant des épauleftes d'officier, qui, de leur autorité privée, ont arraché les cravates de soie que quelques petits maîtres portent au cou en sautoir; ils alléguaient pour prétexte que cette manière affectée de se parer pouvait être un signe de ralliement, la garde est accourue, de prétendus amis de l'ordre ont été arrêtés, entre autres les sieurs Mamin et Filhol, ci-devant du Club des Fédérés, qui font de grandes dépenses depuis quelques jours, et disent que l'on verra sous peu une nouvelle carmagnole. On les soupçonne, en dépit de leur patriotisme exalté, d'être des agitateurs payés par les ennemis du bien public, pour allumer la guerre civile dans Paris.

0° Il est actuellement facile d'avoir du pain, il n'y a plus de foule à la porte des

boulangers, l'on a la satisfaction de voir leurs boutiques bien garnies.

7° L'affiche de la Municipalité sur l'étal des subsistances a tranquillisé les esprits et mis en défaut les malveillants ; avant le rétablissement du bon ordre, c'est-à-dire pendant les 3 jours de disette factice, on avait imaginé, dans plusieurs sections, de ne délivrer du pain qu'à ceux qui montraient leur carte civique. Le bruit a couru, peut-être sans fondement, que, comme en 1789, l'on avait trouvé beaucoup de pain dans les filets de Saint-Cloud. Il est très question de demander la fixation du prix de toutes les denrées.

8> Les rues sont toujours fort malpropres et encombrées pour la plupart. Selon toute apparence, les commissaires de police négligent de faire leurs tournées, tous les malins, ainsi que cela se pratiquait autrefois.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

19, Î0 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFîv 1470.

533. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que, le 19, sur le réquisitoire du procureur-syndic, qui s'est restreint à censurer le Commandant général, le Conseil général a converti en arrêté le réquisitoire, en conséquence, les capitaines qui ne feront pas leur devoir, conformément à l'ordre du 13 avril, ne seront pas déclarés incapables, et comme cela ne permettra pas de passer deux revues dimanche, le Commandant général prévient ses concitoyens qu'il n'y aura qu'une revue, celle de la première légion, et il compte la passer, malgré l'arrêté de la section des Sans-Culottes, auquel a adhéré celle du Panthéon-Français, qui dispense tous les citoyens de la revue de dimanche, parce qu'il ne veut pas manquer à son devoir, et ce n'est pas une revue de parade, mais bien une revue d'instruction, qu'il entend passer. A ce sujet, Santerre entre dans des explications sur les motifs qui l'ont déterminé à donner son ordre du 15 avril, il ne voit aucune raison de ne point frapper les capitaines qui ne

feraient pas leur devoir, et il a voulu exciti'i', et mémo forcer à une émulation ulile, aussi, dans le moment présent, le Commandant général, pour répondre à la confiance dont on l'honore, doit agir encore plus sévèrement pour meltre Paris en état de défense, il en connaît le besoin par expérience; ce n'est pas pour lui, Santerre, qu'il pense que cela est utile, puisqu'il n'a accepté le commandement que pour 6 semaines, et qu'il ne cesse de répéter que, s'il n'y avait plus de guerre, il ne faudrait plus de Commandant général, que même les C chefs de légion pourraient alternativement faire ce service.

Les rapports de la garde nationale mentionnent qu'à 2 heures du matin, une patrouille de la section du Panthéon- Français a trouvé, dans la rue Clopin, un homme mort, paraissant avoir été jeté ou être tombé d'une fenêtre.

20 avril 1793.

Extrait non signé, A. JV., A1?IV 1470.

lions reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° Les sentiments sont très partagés au sujet de la pétition de la section de la Halle-au-Blé, concernant le renvoi de plusieurs membres de la Convention , l'on prétend que les départements n'y adhéreront point, et que les sections de Paris ne veulent que favoriser un parti.

2° Lue réunion de commissaires des sections, provoquée par la section de la Maison-Commune, est convoquée pour le 20, à l'Evêché, afin de savoir du Comité de salut public les chefs d'accusation contre Maràt, pour qu'il soit promptemenl jugé par le Tribunal extraordinaire.

3° Un certain Dillon (surnommé le Beau), a dit au Club de Valois qu'on voulait lui confier le commandement d'une armée, mais qu'il ne l'accepterait qu'à la condition que Fournie)-, dit l'Américain, connu par son fanatisme patriotique, serait son major général, ajoutant, si la contre-révolution a lieu, je suis perdu, mais si l'on veut s'entendre, jamais les ennemis n'entreront sur le territoire de la Bépublique,

4° L'opinion publique se déclare en faveur do la paix, ou tout au moins d'une trêve de 4 ans. Il y a beaucoup trop de militaires dans Paris, qui ont Pair martial et au fait du service, tandis que l'on envoie aux armées des citoyens ayant grand besoin d'être exercés.

5° Plusieurs habitants du faubourg Saint-Antoine, reçus dans les gendarmes, avec une paye de 45 sols par jour, ont trouvé moyen de se dispenser de partir pour les frontières, en alléguant de prétendues blessures, leur lâcheté excite l'indignation des bons citoyens.

6° Les nouveaux Marseillais, attendus dans Paris, y occasionnent par avance beaucoup d'inquiétudes chez les uns et de satisfaction chez les autres; on espère, d'une part, que ces chauds patriotes changeront la face des affaires, et l'on craint, d'autre part, qu'ils ne signalent leur arrivée par des actes arbitraires de nature à diviser les Parisiens en 2 partis et amener la guerre civile.

7° Le peuple commence à être satisfait des travaux du Tribunal révolutionnaire et applaudit à son activité'.

8° Le nommé Mamin et ses complices, arrêtés dans le café de Chartres, Maison de l'Egalité, où ils arrachaient les doubles cravates que portaient quelques jeunes gens, sont connus pour être les auteurs de toutes sortes de vexations, de querelles et de tumulte dans la Crotte flamande, au théâtre du Vaudeville et au sujet de l'Ami des Lois; ils sont les chefs de l'insurrection qui eut lieu chez l'imprimeur de la Chronique et chez Corsas. Il serait bon d'établir une grande surveillance dans la Maison Egalité, remplie de voleurs, notamment dans les grottes où l'on danse, qui ne cessent d'être le théâtre de rixes particulières, dégénérant souvent en querelles sanglantes.

9° L'opinion publique paraît désirer la taxation du prix des blés et farines dans toute la Bépublique, seul moyen de remédier aux accaparements.

10° Le prix énorme de la viande, qui vaut 15 à 10 sols la livre, fait jeter les hauts cris, et l'on parle d'exterminer les bouchers; on demande l'interdiction de

138 CHAPITRE Ier. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION

la vente des vaches et des veaux dans les marchés, pendant quelque temps, pour empêcher la diminution des hêtes à corne.

11° Les charcutiers de Paris se sont assemblés, le 19 courant, dans la maison du sieur Darme, rue des Vieux-Augustins, à l'efï'et de présenter au Conseil général de la Commune une demande d'indemnité, faute de laquelle ils assurent ne pouvoir continuer à vendre du porc frais, ni salé.

12° Les plaintes contre l'entrepreneur du nettoyage des rues se renouvellent plus que jamais, on l'accuse de s'enrichir, tout en négligeant de s'acquitter des obligations qu'il a contractées.

20 avril 1793.

Copie, A. N., AF'v 1470.

535. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, dans lequel le Commandant général rend compte de ce qui se passe louchant le service, relativement surtout à son ordre du 15 avril, reproduit le texte d'une délibération de l'Assemblée générale de la section de la Cité, qui improuve cet ordre, le dénonce à la Commune et déclare exemptés de la revue les citoyens de la section, et donne également la teneur d'un arrêté de la section de Bon-Conseil, adoptant à l'unanimité l'ordre en question. Mention est faite du prochain départ, pour Toulouse et pour Rennes des fusils déposés à l'Arsenal, de 450 chevaux de la Compagnie Winter en :i divisions, pour l'armée du Nord, avec 40 caissons de balles tirés de l'Arsenal. L'ordre du jour enregistre les dispositions prises par le Commandant général pour assurer le bon ordre et la tranquillité, pendant et après l'exécution de ce jour, sur la place de la Réunion, afin d'empêcher les voilures d'y arriver dans l'intervalle, jusqu'à ce que la foule ait diminué.

Les rapports de la garde nationale mentionnent la descente d'un officier de la section du Louvre, avec la garde, au jardin de l'Egalité, et la saisie de jeux.

21 avril 1793.

Extrait non signé, A. N,, AFIV 1470.

536. — Extraits des rapports et déclarations reçus au Rureau de surveillance de la Police, donnant connaissance des faits suivants :

1° On se plaint de ce que les memhres de la Convention continuent à être divisés et à perdre un temps précieux en dénonciations et haines particulières, en présence de la coalition des ennemis.

2° On voit aussi avec peine l'armée s'épuiser en petits combats, les braves volontaires placés dans les postes les plus dangereux, épuisés de fatigue ou exterminés, sans que les affaires prennent une tournure décisive, au lieu que, si les troupes formaient une masse importante, elles pourraient présenter un front inexpugnable ou livrer une grande bataille, qui ferait peut-être triompher la République en la couvrant de gloire.

3° Le public est généralement indigné de la conduite de la Convention à l'égard des députés de la Commune, jamais séance n'a offert un spectacle où les passions se soient plus déchaînées, l'on crie surtout beaucoup contre Louvet, qui a montré le plus d'acharnement pour attaquer la municipalité de Paris.

4° On est très coulent de l'ajournement de la fête proposée au Champ de la Fédération, pour le 21; la première légion armée de Paris devait passer, ce même jour, la revue du général, mais trois seclions s'y sont refusées, en alléguant que dans ce moment les soldais parisiens n'avaient que des piques, qui ressemblaient assez à des bàlons, et que des citoyens sans armes ne doivent point passer de revue militaire.

5° On veut vendre maintenant jusqu'à 24 sols la livre de chandelles, aussi, dans toutes les boutiques de chandeliers, n'entend-oii que des plaintes et des menaces.

Cet extrait est accompagné d'une lettre du maire de Paris au Conseil exécutif.

21, 22 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AF1V 1470.

537. — Extrait de l'ordre du jour de la -aide nationale, portant que l'ordre du 15 avril, mal interprété, a dérangé la

revue du 21 avril. Le Commandant général comptant, en effet, sur la présence de !') sections sur les 8 de la première légion, se rendit sur le terrain à 'J heures, et, à 9 heures 3/4, dans l'incertitude de leur venue, il partit, envoyant deux adjudants prévenir les cinq sections que l'heure était passée et qu'il n'y aurait pas de revue, attendu que ces sections n'avaient pas envoyé sur le terrain un seul homme pour avertir le Commandant général qu'elles viendraient plus lard. L'un des adjudants dépêchés dans les sections fit courir après lui et lui lit savoir que les citoyens armés de la section de Marseille étaient prêts à passer la revue, et qu'ils l'attendraient jusqu'à midi sur le terrain. Le Commandant général y revint, et, « sensible au zèle des citoyens de la section de Marseille, il reçut d'eux le baume de la consolation, qui ranima son courage, et envers lesquels sa reconnaissance ne cessera jamais ».

Si le Commandant général avait pu espérer que les citoyens de la section du Finistère auraient pour lui les mêmes égards et les mêmes intentions, il les eût attendus, ne s'étant pas rendus sur le terrain à une heure, ils auraient dû au moins y envoyer un homme.

Il n'en peut en dire autant de l'arrêté de la section du Panthéon-Français, dont copie a été envoyée aux 47 autres sections, arrêté qui porte que le Commandant général ne doit pas se servir de l'ordre pour faire le bien, c'est-à-dire pour parer à toutes les calomnies déversées conLre lui. Cet arrêté n'est pas l'expression de la section, mais de deux ou trois pédants de collège, qui croient traiter un citoyen comme leur esclave. « Non seulement le Commandant général est républicain, mais encore fier de sa liberté, et ses réponses ne sont pas des diatribes indécentes et déplacées. 11 invite à son tour, non pas la section, car il la respecte, mais les séditieux qui trompent les braves citoyens de cette section, à ne pas traiter ainsi le Commandant général, qui n'est pas fait pour l'endurer, qui mettra toujours à l'ordre ce qu'il croira nécessaire au bien général, et qui passe à l'ordre du jour sur cet arrêté, ne

le regardant pas comme le vœu général de cette section, d'autant plus qu'il n'a jamais eu qu'à se louer des marques de fraternité qu'il en a reçues.

L'ordre annonce que, le dimanche suivant, la 2e légion passera la revue du Commandant général, à 9 heures précises, aux Champs-Elysées.

22 avril 1793.

Extrait non signé, A. IV., AF,V 1470.

. 538. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, donnant connaissance des faits suivants :

1° Suivant ce qui se dit dans les groupes et lieux publics, la majeure partie des sections et des citoyens s'est déclarée en laveur de Marat et ne soulfrirait pas tranquillement qu'il fût porté la moindre atteinte à ses propriétés, ni à sa personne. Plusieurs sections môme ont pris des ar- . rêtés pour lui accorder une protection signalée, d'autres veulent que son procès lui soit fait, afin de mettre en cause ses dénonciateurs. L'imprimerie de ce député serait, paraît-il, dans le ci-devant couvent des Cordeliers, au bout du cloître, et Marat lui-même serait logé dans le Club des Cordeliers, sous la protection immédiate de la section de Marseille.

2° Le discours énergique du procureur de la Commune, au sujet de la pétition do la section de la Halle-au-Blé, fait beaucoup de bruit parmi les patriotes et ajoute à la gloire civique de ce citoyen. Ils se plaignent hautement de l'improbation qu'y donne la Convention nationale, influencée, disent-ils, par quelques mauvais députés, qu'il faut extirper de l'Assemblée.

3° On signale l'absence de sentinelles à l'Arsenal, dans le local où l'on fabrique des cartouches à balles, de sorte qu'on pourrait en détourner une très grande quantité et en fournir aux ennemis cachés dans Paris, afin d'exciter la guerre civile.

4° On a amené, le malin, 22 émigrés, saisis avec beaucoup d'or et d'argent, et qu'on a dispersés dans différentes prisons.

5° Quoique le décret permettant la vente de l'argent ait été rapporté, el qu'il y ait G ans de fers pour ceux qui en verniront,

ou se permettront d'en acheter, les agioleurs continuent toujours de s'assembler; le lieu de rendez- vous des gros marchands est au café Conti, et les petits marchands, qu'on voyait autour du perron, se tiennent au Café Anglais, l'un et l'autre dans la Maison de l'Egalité.

6° Le bas du Pont-au-Change, du côté du Chàtelet, est obstrué par un grand nombre de marchands de denrées, qui attirent autour d'eux la foule, il en résulte que les voitures sont chaque jour dans le cas d'y blesser ou écraser quelques citoyens. L'on accuse les inspecteurs des places de fermer les yeux sur ces graves inconvénients et de préférer leur intérêt au bon ordre et à la sûreté publique.

7° Des commissaires de sections ont dit que dans peu les Comités révolutionnaires feraient eux-mêmes la police, et qu'il serait plus à propos que les sommes que coûte actuellement l'administration de Police, fussent divisées entre chaque Comité.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

22, 23 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N.. AFIV 1470.

539. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que les chefs et un adjudant général de chaque légion se trouveront à la revue de la secomle légion, dimanche prochain, à 9 heures précises ; les citoyens de toutes armes devront être placés les uns avec les autres, celte revue ne devant servir qu'à la vérification de l'instruction et de l'exactitude. Le Commandant généra] ne doute pas qu'il n'y ait autant d'exactitude dans la seconde légion qu'il y en a eu dans la section de Marseille, où des hommes n'ayant qu'un bâton à la main étaient rangés, apportant la plus grande attention. Le chef de la lre légion estcbargé de s'informer si les sections de sa légion désirent passer la revue, auquel cas on lui assignerait un dimanche. Le Commandant général exprime le regret de n'avoir point passé la revue de la section du Finistère, qui était prête et dans la meilleure tenue, ce qu'il aurait fait avec empressement, s'il

avait été prévenu. L'ordre du 15, qui a causé du schisme dans les opinions, n'en a plus fait dans celle des citoyens de la section de Marseille, lorsqu'il a été expliqué ; plusieurs raisons étaient de nature à jeter de la défaveur sur cet ordre, parmi les citoyens, les uns croyant qu'il étaitqueslion de signer une pétition, les autres de s'y opposer, c'est ce que le Commandant général a appris depuis. Il observe qu'il a toujours élé ferme dans ses principes, a toujours défendu son opinion, qu'il a toujours combattu celles des autres qui lui paraissaient contraires au bien général. Il ne saurait trop répéter qu'il n'a jamais été et ne sera jamais d'aucune cabale, ni faction, mais bien le défenseur de la République, une et indivisible.

Les rapports de la garde nationale annoncent que l'on a conduit, le matin, chez le commissaire de police de la section des Tuileries, le citoyen Restout, gardien du Garde-Meuble. L'officier commandant le poste de la section de la Fontaine-de-Grenelle se plaint de ce que son Comité de surveillance s'est servi de 4 de ses volontaires pour une expédition secrète sans l'en prévenir.

23 avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AF1V 1470.

540. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant connaissance des ren seignements suivants :

1° Tous les patriotes font des vœux aidents pour que les membres de la Convention, sans distinction de parti, de côté, de Plaine, de Montagne, cessent enfin d'être divisés et concourent ensemble au même bul, celui de donner à la République une bonne constitution, seul moyen de déjouer les complots des ennemis du dedans et du dehors. On désirerait aussi que les 30,000 hommes de cavalerie fussent prêts, ainsi que le camp de 40,000 hommes d'infanterie.

2° Les colporteurs, en criant le journal de Marat sur la terrasse de la Convention, affectaient de dire aujourd'hui : « Voyez, citoyens, comme Marat démasque le scélérat Petion , les Brissotins, les Girondins, les Rolandins et loule la clique in-

L'ESPRIT PUBLIC A PABIS DE JANVIKl! A JUIN 1793

i il

fernale. » Marat s'est définitivement constitué ce soir prisonnier à la Conciergerie, il a même déjà comparu par-devant lé Tribunal révolutionnaire.

3° Rulledge, homme de lettres très connu, a déclaré à un préposé de la Police que le ministre de la marine actuel avai^ été l'intermédiaire des correspondances échangées entre la ci-devant Reine et un abbé île Saint-Evesnan,

4° On remarque avec inquiétude, dans les endroits publics, des particuliers dont le costume change tous les jours, tantôt on les voit en hussards avec des moustaches, tantôt en fantassins sans moustaches, leur grade varie aussi chaque jour, aujourd'hui colonel, demain sergent-major, aussi va-t-on les surveiller et les suivre.

a° Un perruquier de la rue de la Vieille- Bouclerie a la façade de sa boutique couverte de Heurs de lis; dans la même rue, près celle de la Huchelte, l'enseigne d'un épicier blesse les yeux des républicains par ces mêmes signes de royauté, l'administration de Police va donner des ordres pour les faire effacer.

(j° Le 22, à 6 heures du soir, l'on a arrêté un particulier à la porte du Théâtre- Français, qui, depuis plusieurs jours, vendait de faux billets de comédie.

7° Les marchands de bois et de charbon, pour la plupart, trompent le public dans les mesures dont ils se servent ; il a été constaté, par le commissaire de police de la seclion de la Maison Commune, qui en a dressé procès- verbal, que la membrure d'une demi-voie de bois était trop petite d'un quart. Il serait à désirer que la Municipalité remédiât à de telles friponneries et qu'elle nommât des inspecteurs pour vérifier dans les marchés voisins le prix des bœufs et des cochons, afin de pouvoir taxer le prix en détail de ces marchandises, dont la cherté progressive finira par occasionner du désordre.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris- au Conseil exécutif.

23, 24 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFiv 1470.

541. — Exilait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant invitation du Commandant général à la section des Tuileries, à l'eflet de rendre la pièce de canon de la Trésorerie nationale, qu'elle a emmenée, et qui n'est pas encore restituée ; la section de la Halle-au-Blé n'a qu'une pièce, elle fournit ses canonniers et ne veut point fournir de canons, la section des Tuileries montera en même temps, on rendra la pièce, en attendant que chaque section puisse en avoir deux. Les commissaires des sections sont invités à faire recueillir à proximité d'eux les seaux de cuir pour les incendies, car, dernièrement, le feu prit dans une maison et l'on fui trois quarts d'heure à ramasser des seaux de bois, on ne put savoir où étaient ceux de cuir.

24 avril 1793.

Extrait, en quadruple exemplaire, un pour le Conseil exécutif, un pour le ministre de la guerre, deux autres pour ceux de l'intérieur et de la justice (4 pièces), A. N., AFIV 1470.

•>42. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les indications suivantes :

1° Les esprits, la veille, n'étaient pas tranquilles sur l'affaire de Marat, pan e qu'on craignait que le jugement à intervenir ne causât des troubles, attendu que la majeure partie du peuple de Paris s'était déclarée en sa faveur. On ne doutait point de son innocence, on était certain qu'il ne resterait pas longtemps en prison, et chacun se flattait qu'il dénoncerait beaucoup de traîtres, en sorte que ses accusateurs seraient confondus. On assurait que les Sociétés populaires devaient se porter en force au Tribunal révolutionnaire, lors de l'interrogatoire de Marat.

2° Lazowski, patriote exalté, qui avait voulu faire fermer les barrières, il y a un mois, et sonner le tocsin, a été assassiné dans la nuit du 22 au 23, en sortant des Jacobins, on soupçonne de ce crime les nommés Filhol, le grand Jourdan et quelques autres, avec lesquels il avait eu des altercations très vives.

3° Dans le haut d'un bâtiment, situé Cour des Ecuries, près du passage du

Manège, on remarqua des armoiries accompagnées de fleurs de lis; la section de la Réunion avait fait peindre des fleurs de lis, rue Montmorency, pour indiquer à chaque fiacre la place qu'il devait occuper, ce signe antirépublicain existe encore.

4° L'on est stupéfait de voir au Montde-Piété, chaque jour, des infractions manifestes à la loi, dans une des cours de cet étahlissement, on vend publiquement du numéraire et des gros sols.

5° Des particuliers achètent à tous prix les bœufs et les vaches, que l'on conduit aux marchés de Poissy et de Sceaux, et viennent les vendre très cher à Paris.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

24, 25 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1470.

543. — Lettre de l'observateur Dulard à Garât, ministre de l'intérieur, déclarant accepter la mission qu'il veut bien lui confier, et exposant sa manière de procéder, qui consistera à rendre compte plutôt de ce qu'il aura senti que de ce qu'il aura entendu, prenant comme exemple le fait très banal d'une querelle au Palais de l'Egalité, entre un hrissolin ou aristocrate et un jacobin, l'un d'eux ayant marché sur la queue du chien de l'autre, et retraçant le tableau de ce qui s'est passé sous ses yeux ; arrivé à 3 heures de l'aprèsmidi, au Palais de l'Egalité, il a vu à peu près 200 aristocrates, garnissant les allées du jardin ou les cafés, silencieux, rêveurs, ils paraissaient se concerter, les Uns engageaient le peuple à voler au secours de ses frères de la Vendée, d'autres invitaient les propriétaires à se jeter en masse dans les seclions pour y régler l'esprit public ; il y avait beaucoup de gens des départements, tant en uniforme qu'en habit bourgeois, tant brissotins que jacobins, chacun s'observait; à l'instant, un promeneur maladroit marche sur la queue d'un chien, le chien crie, le maître prend fait et cause pour lui, tout le monde accourt, le jacobin avait un grand sabre et l'aristocrate n'en

avait point, celui-ci fait d'abord bonne contenance, puis pâlit et s'excuse, cette scène forme tableau ; du vivant de Capet, le jacobin, en pareille occurrence, aurait été moulu ou du moins chassé. Si une douzaine de jacobins a fait peur à 2 ou 300 aristocrates, c'est que les premiers ont un point de ralliement, tandis que les autres n'en ont pas, et que les aristocrates sont divisés, tous crient contre les lueurs, quelques-uns des plus raisonnables veulent se réunir, à la partie saine de la Convention.

ha veille au soir, Chaumetle a proposé d'arrêter que tous les ministres seraient tenus de donner la liste des commis et employés qu'ils ont dans leurs bureaux; lors de la discussion de cette proposition, quelqu'un ayant parlé de la notifié? aux ministres. Chaumeltc a répliqué qu'il fallait plutôt la signifier : nous n'avons pas besoin, a-t-il ajouté, d'avoir tant d'égards pour des gens qui recèlent des aristocrates, des ennemis de la ebose publique, des gardes du corps.

Celte liste des commis et employés des ministres sera discutée au Conseil général de la commune, dont les commissaires seront chargés de demander aux chefs des bureaux quels sont ceux de leurs commis qui ont ou n'ont pas de certificats de civisme.

Clavière et Lebrun sont dénoncés pour avoir tous leurs bureaux composés de contre-révolutionnaires, le premier ayant nommé comme capitaine des ports un individu noté d'aristocratie.

Le Maire, arrivant du Comité de salut public, annonce au Conseil que les affaires en Vendée vont de plus en plus mal et que la Commune de Paris est instamment sollicitée d'aviser aux moyens de porter de prompts secours. Chaumetle a pris la parole, comme un enragé, les mots de sang et de carnage revenaient sans cesse, il faut, disait-il, que les prêtres nous servent d'holocaustes, du sang! citoyens, du sang! périssent quelques hommes, il faut couper les bras pour sauver le corps. Il a proposé une proclamation à faire ce malin dans tous les carrefours, pour appeler les citoyens aux armes. Le discours de

L'esprit piblic a paris de! janvier a juin 1793

Chauinetle a é Lé très applaudi, mais n'a pas eu pour effet d'inspirer la confiance.

Il est rare que .l'on soit effrayé d'un danger qui ne menace pas directement, et la Vendée est bien loin de Paris, de plus, le peuple est las d'être le jouet des partis, dégoûté d'aller se battre contre des gens égarés, la partie saine de Paris glace Malgré elle l'autre partie, ce qui fait un contrepoids terrible.

On se demande si l'on parviendra à recruter les 30,000 hommes requis, on répond que ce sera très difficile, à moins que la sans-Ctllotterie se transporte à grand fracas dans les sections et y enlève des compagnies entières, mais si l'on veut diviser les compagnies et prendre un sur 4, par exemple, il arrivera que tout le monde trouvera des excuses et que personne ne partira.

Y aura-l-il des massacres? Plusieurs raisons s'y opposent : 1° Le Tribunal révolutionnaire qui, jusqu'à un certain point, a satisfait le peuple; 2° les 48 sections délibérantes, qui ne peuvent spontanément arrêter le meurtre ou le massacre; 3° Santerre,qui fait assez, bonne contenance et que la faction voudrait savoir au diable. Il a été dénoncé, la veille au soir, aux Jacobins, par Deschamps, pour avoir passé la revue de dimanche au préjudice de la pompe funèbre de Lazowski.

30 avril 1793.

Original, A. N., F*c III, Seine, 27.

Ed. Ad. SCHMIDT, Tableaux de la Itévolulion française, t. I, p. 161, 163.

544. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Etat-major de la garde nationale, au Conseil exécutif, déclarant qu'il n'y a point d'événements particuliers dans les rapports de la garde nationale, à part quelques arrestations de soldats, gens sans caries et suspects, conduits, les uns en prison, d'autres dans les sections ou à la Mairie.

1" mai 1793.

Original signé, A. N., AF,V 1470.

M45. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

i" Les Membres de la Convention se sont injuriés dans la séance du 30 avril, non seulement d'une manière peu convenable pour des législateurs, mais encore propre à allumer la guerre civile dans les départements; Cuadet, en demandant que la Convention se transportât à Versailles, ajouta, dit-on, qu'il braverait la populace, le sabre à la main. Au moment où l'une des tribunes fut volontairement évacuée, l'indignation étail à son comble ; sur la terrasse nationale, beaucoup de personnes s'écriaient qu'il fallait tomber sur les membres suspects, que leur inviolabilité n'était qu'une chimère, cependant l'officier qui commandait le posle parvint, par de sages représentations, à calmer les plus furieux et à les engager .à se retirer. D'autres disaient que, si le Marais de la Convention quittait Paris, il n'y avait pas d'autre parti à prendre que de les assommer.

2° D'après certains rapports, Brissot aurait envoyé des millions à Philadelphie, cette assertion se trouve confirmée par 3 témoins qui, le 30 avril, ont déposé contre Brissot et Cuadet, au Tribunal révolutionnaire.

3° Indépendamment des Conventionnels décriés dans l'opinion publique, l'on soupçonne presque tous les agents du ministre de la justice, qu'on voudrait voir en état d'arrestation pour être interrogés.

4° On blâme beaucoup la Convention d'avoir incorporé des volonlaires dans les I coupes de ligne, sous prétexte qu'ils ne sont pas au fait des mameuvres militaires comme de vieux soldats, et d'avoir détruit deux superbes bataillons complets, de 900 hommes chacun, avec une très belle artillerie, on demande le retrait de ce décret, la suppression des troupes de ligne et le renvoi des ci-devant qui sont placés à la tête des armées.

'.]" On croit généralement que, dans le département de la Vendée, nos pertes ont été si considérables, qu'on craint d'en informer le public.

6° Au sujet de la proclamation de la Municipalité sur la levée des volontaires dans chaque section, l'on pense qu'il faut faire partir tous les citoyens indistincte-

ment, "luxer les subsistances, prendre soin (1rs femmes et des enfants de ceux qui ne sont pas fortunés et raarcheronl à l'ennemi, ou succomberont, et surtout que l'on maintienne en vigueur le Tribunal révolutionnaire, afin de détruire tous les conspirateurs par le glaive de la loi, tandis que les braves soldats extermineront les rebelles de la Vendée; on demande aussi l'arrestation de tous les parents des émigrés, des nobles, des prêtres insermentés.

7° Plusieurs sections ayant décidé que les hommes de 15 à 50 ans tireraient au sort, cette décision est blâmée, attendu que les pères de famille sont nécessaires pour nourrir leurs femmes et leurs enfants; la meilleure mesure, semble-t-il, serait de procéder au recensement des individus logés en garni, venus à Paris pour se soustraire à la réquisition.

8° Les murmures redoublent, parce que les gendarmes et autres troupes soldées ne quittent point Paris. Les propos incendiaires, les accusations vagues reprennent une nouvelle activité, on va jusqu'à dire qu'on empoisonne les détenus dans les prisons, notamment à la Conciergerie.

9° L'énorme cherté des denrées de première nécessité, à laquelle la Convention ne remédie point, fait dire que plusieurs de ses membres sont commerçants, que les uns font le négoce des toiles, des draps, les autres, des bestiaux, des avoines, de la paille, chose inconciliable avec leurs fonctions. Cette cherté prodigieuse, jusqu'ici sans exemple, et qui augmente chaque jour, menace de causer sous peu une vinlente insurrection, qui pourrait bien être funeste, surtout aux marchands.

10° Les marchands de vins en gros sur les ports refusent de vendre par petites quantités, de sorte qu'ils encouragent ainsi les accapareurs.

11° La députation des Sans-culottes du Faubourg Saint-Antoine, qui est venue demander la diminution et la taxe de toutes les denrées, s'est bien conduite jusqu'à la levée de la séance de la Convention, mais alors plusieurs, en sortant, ont été insultés, poussés, même maltraités, et une partie de la députation de Versailles, venue pour le même objet, presque toute

composée de femmes, s'est emparée de la salle, y a siégé et s'est permise tous les propos que lui inspirèrent le mécontentement et la colère.

1" mai 1793.

Copie, A. N„ AFIV 1470.

546. — Rapport de l'observateur Du tard au ministre de l'intérieur, faisant connaître que, la veille, à deux heures, deux officiers municipaux sont venus aux Halles pour y faire la grande proclamation : Parisiens, levez-vous! l'une des marchandes de poisson présentes s'est écriée : Oh ! le diable 1rs èlrangle, si le mien ira (elle parlait de son mari). Certains faisaient main les réflexions en disant : on nous demande 20,000 hommes, dans peu, ce sera 10,000 autres, de façon à tout enlever, pourquoi n'envoie-t-on pas les 2,000 gendarmes se trouvant à Paris au lieu de faire partir les pères de famille ? D'autres, parlant des volontaires revenant des frontières, tenaient ce langage : que ne fait-on partir tous ces gens-là (plus de 00 avaient été arrêtés la veille à la barrière de Rondy)".' Bref, les officiers municipaux n'ont pas eu d'applaudissements, le peuple, au contraire, par un morne silence, leur a montré qu'il n'approuvait pas les mesures proposées.

Au Palais de l'Egalité et aux Tuileries, il n'y avait presque que des aristocrates ou des Brissotins, formanl des groupes de 20 à 30, mais beaucoup plus raisonnables que d'ordinaire, et, soit crainte, soit égards, ne parlant de la Convention qu'avec une certaine réserve. On comptait beaucoup de gens des départements au café du Caveau. Il y avait 4 Gascons et un originaire de Rayonne qui s'exprimaient assez librement sur le compte des massacreurs. Les Jacobins paraissaient écumer de rage, tous armés et ne demandant pas mieux que de faire un coup de main.

Aux avenues de la Convention, plusieurs des habitués, gens du commun, s'y étaient apostés,' déclamant contre les Rrissotins, qu'ils accusaient de vouloir perdre la République, et instruisant à leur manière 1rs nombreux curieux venus pour savoir au juste où en était le départ de la Convention pour Versailles.

La Commune a arrêté, vers 7 heures, que les sections fourniraient un homme sur 10; Chaumette y prit la parole à dix heures, et pérora trois quarts d'heure sur les dangers qui menacent Paris et sur le projet de départ prêté à la Convention, proposant au Conseil général de déclarer que si la Convention quitte Paris, Paris la suivra partout, se transportera à Versailles et ne se séparera jamais de la Convention ; une discussion s'engagea, à laquelle prennent part les nommés Laurent et Cayeux.

Héhert se lève pour demander que ce dernier soit rappelé à l'ordre ; la discussion est interrompue par l'arrivée de députalions des sections à 10 heures 3/4.

L'un des commissaires proclamateurs avait annoncé que, dans le Kauhourg Saint-Antoine, les Sans-culottes, heureux d'apprendre qu'on leur offrait des habits et des armes en toute propriété, s'étaient inscrits au nombre de 400, et dépassaient actuellement le chiffre de 2,000. Dutard termine son rapport par des réflexions sur la situation, il montre le Conseil général goûter peu Chaumette en raison de ses folles exagérations, il trouve que le parti jacobin a manqué son coup, qu'il aurait dû frapper après l'entreprise de Dumouriez, et déclare que s'il était Jacobin, il ferait à l'instant sonner le tocsin, tirer le canon d'alarme, mettre tout en l'aie, répandre dans les provinces la découverte de nouveaux complots, de liaisons avec La Layette, Dumouriez et Bouillé; malheureusement les Jacobins, au lieu de suivre leurs anciens plans révolutionnaires, se livrent à des méditations politiques. Pour obtenir un retour d'opinion et ramener les masses, l'aristocratie, au lieu de rester à l'écart, aurait tout intérêt à se réunir à la saine portion du peuple, car, à la moindre insurrection, elle serait moulue.

Les Jacobins espèrent beaucoup des révoltés de la Vendée, mais, en tout cas, il ne faudrait sévir que le moins possible sur leurs chefs, aurait- on en main de quoi abattre Marat et Robespierre, il faudrait les emprisonner et bien se garder de les faire périr. C'est une faute de la Convention nationale d'avoir livré Marat au T. IX.

Tribunal révolutionnaire, et on peut dire qu'elle l'a échappé belle.

(1er msj 1793.) Original, A. N., F1* III, Seine, 27.

Ed. Ad. ScHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 166.

547. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, invitant les adjudants qui voudront partir avec leurs sections à s'y faire inscrire, ainsi que chez le Commandant général, annonçant qu'il y a actuellement 3,000 hommes de troupes soldées à Paris, que les dispositions pour le départ se préparent à force et que les objets de campement partiront le jour même, que l'armée de Berruyer, paraît-il, a déjà assez de canons de 4, mais pas assez de 12 et de 8,1e complément sera expédié demain, on manque également de canonniers, il faudra encore des canons avec l'armée de Paris, le nombre en sera fixé par le Comité et par le ministre.

Ce jour, doivent partir, pour Bayonne, 12 canons et quatre compagnies de canonniers du camp de Meaux, le tout en poste, attendu que notre armée manque de canons contre les Espagnols. Il ne restera à l'Arsenal qu'une seule pièce de 4 montée, et 6 qui le seront sous deux jours, il y en a encore une trentaine presque finies ; les fonderies de Paris seulement peuvent en donner actuellement 200 pièces par mois. Toutes celles que les sections emmèneront avec elles de Paris, seront remplacées dans le mois, ainsi que le promettent le Comité de salut public et le ministre, à moins qu'il n'y ait des besoins nouveaux et extraordinaires. Les entrepreneurs d'affûts sont invités à faire conduire promptement les affûts fabriqués et à achever, le plus tôl possible, ceux qui sont en train.

2 mai 1793.

Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.

548. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, mentionnant les faits suivants :

1° Huit à dix mille bommes du Eaubourg Saint-Antoine s'étaient rendus, la veille, mais sans armes, aux abords de la Convention nationale, à l'effet de demander

la diminution du prix des denrées. Si leurs commissaires avaient été mis en état d'arrestation, ainsi que le désirait le Marais, ils étaient décidés à se porter aux dernières extrémités, se seraient saisis des 22 députés, qu'on regarde comme très suspects, se proposaient de les conduire eux-mêmes dans leurs départements respectifs, et de dire en les remettant à leurs concitoyens : Faites-en ce que voua voudrez. Ils ont été fort mécontents que la séance ait été levée, lorsqu'ils venaient d'en obtenir les honneurs. Lorsqu'elle fût finie, les pétitionnaires de Versailles, composés en grande partie de femmes, s'emparèrent de la salle et dirent qu'ils n'en sortiraient point que la Convention n'eût l'ait droit à leurs demandes. Cependant, on parvint à leur faire entendre raison, après que le Maire eût été les inviter à la modération, et que les sections voisines, ainsi que la Société des Jacobins, leur eurent offert fraternellement toutes les douceurs de l'hospitalité.

2° Les aristocrates se flattent toujours que l'armée des rebelles aura un plein succès, ils disent que ces scélérats sont commandés par un Lameth, par les cidevant bannis Du Fresnoy, et que leurs armées marchent sur Paris.

3° La plupart des charretiers, enrôlés pour les voitures ambulantes des hôpitaux de l'armée, se cachent au moment du départ, puis se dispersent dans les rues de Paris, sans carte civique. D'ailleurs, l'administration de ces convois est un monopole aux mains de plusieurs riches capitalistes, entre autres Sabattier, place des Piques.

4° L'Assemblée de la section de la Ilalleau-Iilé, délibérant sur la lettre du maire de Paru?, a arrêté l'envoi de commissaires aux 47 autres sections, a l'effet de se transporter, le vendredi suivant, salle de l'Egalité, à la Maison commune, et de là à la Convention, pour demander que les gendarmes et autres corps militaires, caséines et salariés par le Département, soient forcés de partir avant les citoyens de Paris. On répète de tous côtés que les volontaires parisiens ne quitteront leurs foyers, que lorsqu'ils seront assurés que

leurs femmes et leurs enfants auront de quoi vivre pendant leur absence, et quand le prix du pain et des denrées sera diminué.

5° Les bouchers de la section de la Croix-Rouge vendent le boeuf depuis 16 jusqu'à 18 sols la livre, le mouton, 20 à 22 sols, le veau, 24 à 26 sols la livre, encore menacent-ils de fermer leurs étaux.

6° La veille, dans l'Assemblée générale de la section des Lombards, la différence et la chaleur des opinions furent cause que deux citoyens se crachèrent à la figure et se frappèrent à coups de pied.

7° Sur le port de la Tournelle, il se fait des accaparements de vins, destinés par terre pour la Picardie, et par eau pour la Normandie, jusqu'à Rouen.

8° En raison des troubles actuels et des vols qui se commettent journellement clans Paris, il serait urgent d'arrêter tout individu sans état et sans moyens d'existence; ce ne peut être qu'un voleur ou un brigand, soldé par les ennemis.

9° Paris a été plus tranquille ce jour qu'on n'avait lieu de l'espérer.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

2, 3 mai 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1470.

549. — Rapport des observateurs Hugot et Richet, déclarant que, dans plusieurs endroits, la conversation roulait sur Lacroix, Chambon. L'un des interlocuteurs disait : Voyez comme nos mandataires se comportent, si nous n'étions pas plus unis qu'eux, nos affaires iraient bien mal. Un autre accusait Lacroix d'avoir tué son adversaire par emportement; dans d'autres groupes, on parlait de l'affaire de Custine, que l'on attribuait à la trahison du coinmandant de l'aile gauche qui avait fléchi.

A 9 heures et demie du soir, à la section des Lombards, a eu lieu une bagarre, des femmes ont crié aux armes, on s'est battu, la section des Arcis est accourue, et cela s'est calmé aussitôt ; mais l'auteur de la rixe a été arrêté et conduit au Comité révolutionnaire, dix minutes après, il n'y paraissait plus.

L'ESPRIT PUW.IC A PAIUS DE JANVIER A JUIN 179:i

La section des Champs-Elysées a pris un arrêté qu'elle a envoyé aux autres sections, a l'effet de supprimer dans les vinglquatre heures les autorités constituées, en attentant à la liberté du Maire et en provoquant une révolution à la Convention. La section de la Maison-Commune a passé à l'ordre du jour et nommé des commissaires pour inviter les sections et sociétés populaires à se réunir et à témoigner à la section des Champs-Elysées tout le mécontentement et le mépris qu'inspire son arrêté.

2 mai 1793.

Copie, A. fi., G 355, n° 1808.

550. — Happorl de l'observateur Dutard à M. Carat, ministre de l'intérieur, déclarant que, la veille au soir, il s'est rendu aux Jacobins, où il n'a vu ni entendu personne, à la Convention, où la sentinelle l'a assuré qu'il n'y avait personne, de là à la section des Tuileries, par la rue Saint-Honoré, qu'il n'a pu reconnaître, et a dû coucher au corps-degarde de sa section ; le matin, à 4 heures, il a parcouru les Halles, est descendu jusqu'à la Grève et au Faubourg- Saint-Antoine el a trouvé partout le calme et la paix. Des femmes du Eaubourg disaient aux gens des Halles que leur faubourg s'était rassemblé au nombre de plus de 10,000, qu'ils étaient divisés on trois parlis, les uns criant : Vive la Nation ! les autres Vive la République ! d'autres enfin Vive le Roi! Est-ce qu'on ne leur a pas parlé de la guillotine ? a dit une de ces femmes. Oh! a répliqué l'autre, comment voulez-vous parler de guillotine à 400, 600 personnes qui se tenaient par le bras. Les bouchers ont annoncé que, la semaine prochaine, il n'y aurait plus de viande que pour les malades. Les femmes des Halles ne reçoivent presque plus de poisson, parce que des corsaires anglais ont arrêté 3 des pêcheurs habituels des Halles de Paris et que les autres n'osent plus s'exposer. 11 paraît que si ces femmes ne craignaient pas elles-mêmes la guillotine, elles crieraient aussi à l'unisson : Vive le Roi!

Des volontaires de retour des frontières.

que l'observateur Dulard a rencontrés chez son perruquier, lui ont paru modérantisés el ennemis jurés des aboyeurs, et l'on se demande comment feront les sections pour arracher de Paris 20,000 hommes.

Dutard raconte qu'il s'est trouvé à huit heures à la section des Tuileries, où l'on a tenu séance jusqu'à 2 heures du matin et où l'on a apporté du pain el du vin, à cette heure, les femmes assistant à la séance se sont couchées les unes sur les autres, et comme l'on se proposait de retenir des places dans les tribunes de la Convention, on déclara qu'il ne fallait réveiller les femmes qu'au moment de partir.

Un gendarme en faction présent eut communication d'un député, à 1 heure du matin, d'un projet de décret sur les subsistances, fort bien fait, semble-t-il.

Suivant l'impression ressentie par Dutard, le peuple, hier et aujourd'hui, lui a paru être dans la tiédeur, pour ne pas dire au-dessous; à ce propos, Dulard rapporte les propos d'un gros serrurier qui déclare se moquer des assignats et du fer qu'on pourra lui donner, et vouloir du pain.

La plupart des sections sont d'accord pour demanderque tous les militaires, qui sont à Paris, partent pour la frontière.

Dutard ajoute qu'il croit qu'il y a lieu d éli e tranquille, pour peu que la Convention soit prudente, mais qu'il faut redouter surtout les polirons, les Jacobins savent trop bien qu'on ne peut résister au peuple, quand on a besoin de lui.

2 mai 1793.

Original, A.N., Fu' III, Seine, 27.

Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 172.

551. — Exlrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général invite les canonniers, qui voudront partir pour la Vendée, à se faire inscrire chez leurs chefs de légions, après en avoir prévenu leurs sections, il engage également les sections qui auront formé leur contingent à l'en aviser, pour en arrêter l'organisation, de concert avec un officier municipal; quant aux instructions pour l'habillement et le départ, elles se-

ront données au bureau du recrutement, 13, rue Barbette.

Des ennemis de la patrie font croire qu'il y a à Paris 40,000 hommes qui doivent partir avant les citoyens, il est aisé de voir combien ce projet est perfide, ils espèrent que, quand les prisons, les ports, les caisses, le Trésor et les établissements publics seront dénués des forces nécessaires, ils soulèveront Paris. En fait de contingent disponible, il n'y aurait que partie de la garde à cheval, les autres étant trop âgés pour la plupart, et Paris ne pouvant s'en passer. La légion Rosenthal, à pied et à cheval, est partie. Il revient de Beauvais pour la Vendée, sur la demande du Commandant général, 500 cavaliers du 27e régiment, cantonné à Abbeville, 300 du 26e, environ 200 cavaliers de la légion de La Motte, qui est à Compiègne, plus de 200 de celle des Alpes, se trouvant à Fontainebleau, ensemble 1,200 hommes; le pays ne permettant pas, par ses diflicultés, beaucoup de cavalerie, il est donc inutile de presser les départs. L'on cherche toutes sortes de prétextes pour tromper les citoyens sur leurs intérêts, les uns le font par friponnerie, les autres pour flatter le peuple dans les Assemblées générales afin d'avoir des places, les seuls amis sont ceux qui disent la vérité. Le salut de la patrie exige un prompt départ. En peu de temps, si tous marchent à la fois, les rebelles seront bientôt anéantis, puisque déjà nos forces balancent les leurs. D'après les rapports de la garde nationale, à 2 heures du matin, beaucoup de réverbères étaient éteints dans la section de la Butte-des-Moulins.

3 mai 1793.

Extrait non signé, A. JV., AFIV 1470.

552. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, déclarant que ce qui s'est passé, la veille, à la Convention, au sujet des subsistances, est un coup préparé de longue date, que les femmes de Versailles étaient des personnages mis exprès en avant, et que derrière la toile était toute la faction désorganisatrice. La journée de la veille s'est passée assez tranquillement, une partie du

peuple est abattue par le mécontentement de cet ordre de choses, une autre partie affligée par l'approche du départ contre les rebelles, les Jacobins sont errants au milieu des craintes et des espérances. Dutard reproduit et commente les propos tenus à 8 heures du soir au Café Procope par un Jacobin soldé à plusieurs de ses camarades. Il était, dit-il, sur le point de s'enrôler, mais il a changé d'avis en voyant les aristocrates rester chez eux, et a préféré subir le tirage au sort, en outre, pour marcher contre les rebelles, il trouve qu'il ne faut les attaquer que lorsqu'on aura formé une masse de 40 à 50,000 hommes. Dans le sentiment de Dutard, les Jacobins, aussitôt en force, reviendront furtivement à Paris, s'empareront de tous les postes, des arsenaux ; la guillotine dansera juridiquement pour les Guadet. les Vergniaud, les ministres disgraciés ou retirés ne seront point épargnés, on trouvera chez eux des plans de conspiration, des correspondances avec Dumouriez surtout, des armes, du pain pourri; les malheureux guillotinés seront convaincus d'avoir médité des massacres, des incendies, et surtout de vouloir faire mourir le peuple de faim. Si les Jacobins n'ont pas risqué une attaque à Paris depuis la fuite de Dumouriez, c'est que la classe des mécontents est nombreuse, armée et pourrait opposer une vive résistance. Hébert disait, au sujet de la fête qui devait avoir lieu au Champ-de-Mars, que 20,000 contre-révolutionnaires seraient bien vite assemblés et pourraient s'emparer des postes intérieurs, des armes et des arsenaux, et proposait, si la fête devait avoir lieu, que les Sans-culottes ne sortissent point sans être armés, il est certain que même une résistance partielle aurait pour résultat d'amener la guerre civile.

Déjà l'on débitait hier, sur la terrasse des Feuillants, que Roland était accusé par plusieurs guillotinés d'avoir converli à son profit une partie des diamants du Garde-Meuble, on le considérait comme un grand scélérat. D'autres disaient que, avant trois jours, il fallait que la guillotine dansât pour Guadet, Vergniaud et tous les scélérats de leur parti.

Les nouvelles, bonnes et mauvaises, por-

tées à la Convention, n'ont produit que peu de sensation, le peuple ne rêve que de terrasser l'administration actuelle. Il a vu avec enthousiasme l'espèce do victoire qu'ont obtenue les femmes de Versailles. Elles sont sorties de la Convention sur les 6 heures, elles ont pris le long du château jusqu'à la grande allée, tous les groupes sesontdissous à l'instant, hommes, femmes, vieux, jeunes, aristocrates et Jacobins, c'est à qui courrait le plus pour les voir passer. Dutard déclare qu'il a eu honte de voir des gens comme il faut, de tout âge, de tout rang, arpenter les boues, sauter les petits lacs formés par la pluie pour voir passer une trentaine de femmes, mêlées de quelques hommes, ayant un mauvais tambour à leur tête. Celte réflexion n'empêcha pas l'observateur Dutard de courir comme les autres. Une belle Versaillaise, toute jeune fille, le saisit par le bras en lui disant : « Si vous n'êtes pas aristocrate, vous nous suivrez, nous nous ferez l'accompagnement. » Dutard se laissa persuader et suivit la troupe jusqu'à la barrière. Au Pont-Tournant, les côtés étaient garnis d'hommes et de femmes, il eut beau crier cent fois vive la République, ce cri resla sans écho, les polissons des rues ne firent même pas chorus. Devant une guinguette aux Champs-Elysées, la pluie y avait rassemblé au moins 00 personnes, sur le nombre, 40 aristocrates, qui ne riaient qu'à moitié et ne voulurent jamais crier vive la République, vive les Sans-culotles, vive les gens de Versailles. Arrivée à la barrière, la troupe fit balte, en signe de victoire, elle portait une inscription tracée en gros caractères et ainsi conçue : Nous vous apportons la taxation des grains. Lors de la halte, à la barrière, tous tombèrent dans les bras l'un de l'autre, il se fit une confusion civique et républicaine, Dutard reçut mille compliments et invitalions, et revint avec la fille d'un boulanger, âgée de 16 ans. qui, tout le long de la route, ne fit que l'entretenir des Jacobins, des séances que son père et sa mère ne manquaient point, de son désir de faire comme eux. Ayant rencontré deux Jacobins de sa section à mi-chemin, il leur offrit du tabac et 'céda sa femme adoptive

au plus ancien, de là il se rendit à la Commune, où il put constater un grand sangfroid, mais vit avec surprise désigner comme commissaires à l'armée de la Vendée un joaillier, Alexandre Minier, un mercier, François Millière, et un professeur de musique, J.-B. Félix.

3 mai 1793.

Original non signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Al). SCHMIDT, Tableaux de la ROvolulion française, t. I, p. 175.

553. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant connaissance des particularités suivantes :

1° L'esprit public est très animé contre certains membres de la Convention, il accuse tout à la fois leur patriotisme et leur probité, et désire que ceux qu'il regarde comme des mandataires infidèles soient obligés de restituer ce qu'ils ont reçu de la Liste civile et des dons patriotiques, à l'égard desquels ils n'ont rendu aucun compte depuis le 10 août.

2° Dans les cafés et ailleurs on s'accorde à dire, au sujet des rebelles de la Vendée, qu'il est très étonnant que le Comité de sûreté générale et le pouvoir exécutif n'aient pas opposé aux révoltés des forces imposantes, dès que les troubles ont éclaté.

3° La veille, l'Assemblée de la section de la Maison-Commune a adhéré à un arrêté pris par la section de la Cité, et apporti' par une dépulatïon, à l'effet de rédiger une pétition à la Convention, pour décréter d'accusalion les mandataires infidèles, décidé également que les chefs d'accusation seraient spécifiés, et que ces mandataires seraient traduits devant le Tribunal révolutionnaire.

4° Cette même section n'adhère point à l'arrêté du Conseil général relatif au recrutement pour la Vendée, et demande que les gens de bonne volonté se. fassent inscrire et que, par une proclamation, les riches soient invités à offrir des dons, afin de subvenir aux frais d'enrôlement et d'équipement, et de procurer des secours aux femmes et enfants de ceux qui vont aller combattre les rebelles. Ce qui choque

150 CHAPITRE I«r. —

le plus dans l'arrêté du Conseil général, c'est le droit attribué aux commissaires de faire partir arbitrairement qui bon leur semblera. Les uns préconisent le tirage au sort, les autres le trouvent préjudiciable et craignent que cette mesure n'allume à Paris la guerre civile, comme cela est arrivé dans plusieurs départements. Bien des sections ne veulent admettre aucun mode d'enrôlement, tant que les troupes soldées de toutes armes ne seront pas parties. Les sentiments sont également partagés au sujet de l'arrêté du département de l'Hérault, tandis que les uns l'adoptent avec enthousiasme, les autres prétendent que c'est un coup monté pour dégarnir les cités des plus excellents patriotes, afin de pouvoir plus aisément exécuter les projets liberticides.

o° Les aristocrates répandus dans les sections veulent y exciter des soulèvements, il y a déjà eu des rixes violentes dans plusieurs, notamment dans celle de la Réunion, où des femmes ont été blessées par les chaises que des citoyens se jetèrent à la tête, les aristocrates se flattant de l'espoir que les patriotes seraient les plus faibles, le citoyen Michel, administrateur au Département de Police, y fut même invectivé et insulté.

6° La section des Droits-de-l'Honnne a arrêté que son contingent pour la Vendée serait fourni par la voie du sort. Il existe sur celle des Halles un grand nombre d'enrôlés qui ne veulent point partir, quoiqu'ayant reçu de l'argent et des babils de différentes sections; ils se l'assemblent journellement chez les marchands de vin et dans les tabagies des environs des Halles et y tiennentdes propos inciviques. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'il s'agit des forts de la Halle.

7° Partout on n'entend parler que de misère et de l'impossibilité qu'éprouvera la classe indigente de pouvoir subsister par suite du renchérissement des denrées.

8° Le 1er mai, sur les 9 heures du soir, il y eut un tapage terrible dans la Crotte llamande, Maison de l'Egalité, où il se passe fréquemment des scènes tumultueuses et sanglantes. Dans les circonstances actuelles où tout est inquiétant,

celte rixe a causé une forte rumeur, les bons citoyens sont indignés de voir que l'on ne terme pas toutes ces lavernes, qui servent de repaires aux brigands.

9° L'on a arrêté aujourd'hui, rue Saint- Denis, 5 ou G00 pesant de gros sols, renfermés dans deux mannequins, qu'un marchand de soies de cette rue allait faire partir par la diligence.

10° L'agiotage qui se fait à la Bourse est plus fort que jamais, on y vend l'or et l'argent en lingots et en numéraire; les agioteurs correspondent avec les départements.

11° Paris est tranquille, malgré tous les sujets d'agitation, mais on commence à murmurer contre le décret concernant les blés, qui ne remédie encore à rien, dit-on, et fera longtemps payer le pain fort cher.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

Copie et original signé (2 pièces), A. N.,

534. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, aux termes duquel le Commandant général, attaché par principe et par reconnaissance aux intérêts du Département de Paris, croit devoir prévenir ses concitoyens qu'il aura l'honneur de marcher avec les volontaires partant de Paris pour la Vendée; avant de se déterminer, il a consulté les patriotes et le Comité de salut public, s'il n'eût consulté que son goût et son ambition à se porter aux plus grands dangers pour sa patrie, il y a longtemps qu'il eût demandé cette faveur, mais d'un commun accord, avec les amis de la patrie, il a pensé qu'il était nécessaire qu'on ne le séparât point d'hommes qui le connaissaient, auxquels il devait tant et pour lesquels il combinerait les opérations à faire conjointement avec les généraux qui sont en Vendée.

Dans ce but, il a l'ait choix de deux aidesde-carap, anciens militaires, chauds patriotes, et de quatre adjudants généraux, de plus il donnera aux officiers de chaque bataillon des adjoints de tous grades, en état de les aider.

Le Commandant général prévient ses

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