‹ Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la révolution française (volume 3)Chapitre 54 sur 86 · DE JANVIER A JUIN · texte numérisé non relu

DE JANVIER A JUIN

556. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° Deux femmes, se tenant habituellement sur la terrasse nationale, ne cessent de crier après les membres de la Convention, qu'elles traitent de coquins, de scélérats; comme leurs discours ne produisent pas tout Peffel qu'elles en attendent, elles traitent les citoyens de poltrons, de lâches ; si on leur représente que, parmi les députés, il y en a d'honnêtes et de patriotes, elles huent ceux qui leur parlent de la sorte et les exposent à être assassinés par les malveillants répandus autour de la Convention. Ces furies ont la figure et les lèvres toutes noires à force de crier conlre les patriotes et ceux qui ne le sont pas. Le bruit court que Petion n'est plus à Paris.

i" Les citoyens, qui approuvent le décret sur les blés, disent que la Convention doit maintenant s'occuper de faire diminuer le prix de toutes les marchandises.

3° D'après le rapporl de préposés à la Police, des voleurs et brigands coalisés tiennent comité secret à l'effet de découvrir les noms et demeures des administrateurs au Département dePolice et des membres du Comité de sûreté générale, ainsi que des employés dans les bureaux de surveillance, afin de les assassiner à la première insurrection , très prochaine , qui éclatera dans Paris. Plusieurs de ces scélérats s'assemblent tous les soirs au café du Petit Pavillon, Maison de TEgalilé, où ils se distribuent les différents postes en vue de leurs vols et de leurs assassinats.

4° On est surpris de l'arrivée d'une grande quantité d'étrangers de tous états au moment où les citoyens se disposent à partir pour la Vendée, on craint qu'on ne profite du moment où les patriotes ne seront pas en force pour allumer la guerre civile dans Paris. On se plaint de ce que la Commune et le Déparlement de Police ne veillent pas assez sur des objets d'une telle importance et ne cherchent pas à connaître d'oii viennent ces étrangers très suspects et quel est le motif qu'ils allèguent pour justifier leur séjour.

5° L'opinion publique se prononce de

152 CHAPITRE Ier. —

plus en plus pour que tous les militaires soldés quittent Paris, sans excepter les grands grenadiers de la Convention, attendu, dit-on, que si la nation paye des troupes, c'est pour combattre l'ennemi et non pour servir de vaine parade. On trouve aussi 1res mauvais que le général Santerre ait inséré dans l'ordre que de mauvais citoyens seuls peuvent avoir conçu l'idée de faire partir les troupes soldées.

G° Dans la plupart des sections, l'on a pris des arrêtés au sujet de l'enrôlement, les uns veulent que l'on tire au sort indistinctement, les autres entendent ne faire marcher que les célibataires et les veufs sans enfants. Des malveillants s'efforcent d'empêcher les garçons de partir, en alléguant que les gens mariés ont des propriétés et des enfants à défendre, et qu'ainsi il leur appartient plus qu'à tout autre d'aller combattre.

7° Les trois sections du Faubourg Saint- Antoine ont arrêté qu'elles ne fourniraient leur contingent que lorsque les volontaires parisiens partiraient en masse. L'on voit arriver dans ce faubourg des voitures chargées de ballots de linges d'autel, d'argenterie et de bijoux venant des armées du Nord et du Rhin, ce qui fait beaucoup murmurer les Sans-culottes.

8° Deux à trois cents jeunes gens, dont la mise annonçait l'aisance, se sont réunis dans l'après-midi au jardin du Luxembourg, pour discuter la question relative au mode d'enrôlement, le résultat de leur délibération a été qu'ils ne tireraient pas au sort, attendu qu'il y avait, tant à Paris que dans les départements, 24,000 hommes qui devaient aller combattre avant eux, et ils ont envoyé des commissaires dans les sections pour inviter les jeunes gens à suivre leur exemple et les convoquer à une réunion, demain à 8 heures, aux Champs- Elysées.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

4, 5 niai 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1470.

557. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que le Comman-

dant général continue toujours les préparatifs de départ et fera en sorte que le détachement de Paris ne manque de rien, il prie les commandants des sections de lui envoyer, rue Barbette, n° 13, les états, à mesure qu'ils seront prêts. Les réserves de chaque section seront portées à 50 hommes; les rassemblements qui pourront se produire seront dispersés par les patrouilles, nombreuses et fréquentes, que feront faire les commandants des sections.

Le mécontentement actuellement causé par le recrutement n'a rien de surprenant. Beaucoup d'ennemis profitent de ce moment pour répandre l'alarme, ils se gardent bien de dire que la guerre de la Vendée doit être terminée en 6 semaines, et que personne plus que Paris n'est intétéressé à la voir finie, les pays lui fournissant les bœufs, les chevaux ; d'ailleurs les révoltés n'en veulent qu'à Paris, de toutes parts on y envoie, les vainqueurs de la Bastille, au nombre de 700, et environ 2,000 hommes les tiennent en échec.

Partons, déclare Santerre, et que le surplus surveille un peu ici, cela ira bien.

D'après les rapports de la garde nationale, à une heure du matin, les réverbères des sections des Gravilliers et des Lombards étaient en partie éteints.

5 mai 1793.

Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.

558. — Rapport d'un observateur au ministre de l'intérieur, déclarant que la diversité des modes de recrutement proposés dans chaque section, la veille, y avait tellement échauffé les esprits que, dans presque toutes, il y a eu des scènes scandaleuses.

Ce qui se passait au dedans se passait au dehors dans des attroupements, où le sentiment dominant résidait dans le mode suivant, qui n'a été prévu ni proposé dans aucune section. Le contingent de Paris, fixé à 12,000 hommes, sera complété par des citoyens, librement enrôlés, sans tirage au sort, que, pour cet elfet, il soit annoncé que, sous la garantie de la Commune de Paris, chaque volontaire sera équipé aux frais de la nation, et, qu'au retour de sa campagne, qui ne peut être ni

longue ni pénible, il recevra 50 louis de gratification.

Cette somme, multipliée par 12,000, en forme une Je 14,400,000 qui, sans être répartie entre les 48 sections, sciait proportionnellement prélevée, en totalité, sur les riches citoyens de Paris, les fortunes ne devant pas moins que les subsistances, dans des circonstances forcées, devenir une propriété générale.

5 mai 1793.

Minute, A. N., V 36882.

559. — Lettre de l'observateur Du tard au citoyen Garât, ministre de l'intérieur, lui rappelant qu'il est entré en fonctions le dimanche 14 avril, le lendemain du décret d'accusation lancé contre Marat, et qu'il lui a fourni à cette occasion son premier article, où il disait que la Convention a dû se regarder comme juge de première instance, et considérer aussi les Jacobins comme juges en dernier ressort, déclarant que, comme c'est le-24 ou le 25 que le ministre lui a offert le poste qu'il occupe, il dépendra de lui de dater sa mission du 11 ou du 24 avril, que, depuis l'entrée de Garât au ministère, il a mangé cent écus de son argent, qu'il est sans bas, sans habits, sans chemises, logé dans un grenier où il commence à faire horriblement chaud, qu'il a un fusil, non de calibre, qu'il lui faut encore un sabre et des pistolets, car il aime mille fois mieux périr les armes à la main, que d'être en état d'arrestation seulement deux jours comme suspect.

5 mai 1793.

Original signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. SCHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 180.

560. — Rapport de l'observateur Dutard au ministre de l'intérieur, annonçant, à propos de l'arrêté de la Commune du 3 mai, par lequel elle ordonne l'arrestation de tous les membres de la Convention qui abandonneraient lâchement leur poste et de ceux qui, au moment du danger, donneraient leur démission, qu'il va suivre les opérations de la Convention, de la

Commune et des Jacobins, el en présentera tous les jours un aperçu.

5 mai 1793, 10 heures du malin.

Original signé, A. N., Flc III, Seine, 27.

561. — Rapport de l'observateur Dutard au ministre de l'intérieur, déclarant que, d'ici à 3 ou 4 jours, il n'y a rien à craindre, pane que la faction ne se croit pas en force et qu'au milieu d'une immense population, entourée d'écueils et de dangers, elle n'a ni assez d'habiles politiques, ni des observateurs assez adroits pour oser tenter la moindre entreprise, faisant connaître que, du Palais de l'Egalité aux Tuileries, de là aux Champs-Elysées, puis en rétrogradant par les quais, il est allé jusqu'à l'Arsenal, et partout il a trouvé le plus grand calme, qu'il ne voit plus ses factieux, sesaboyeurs habituels, même les femmes soldées de la terrasse des Feuillants ont disparu, cela l'étonné et lui donne à penser.

Le citoyen Varlet a fait à son ordinaire un sermon civique rempli de philosophie, vis-à-vis la terrasse, devant la Convention.

Ce matin des jeunes gens, que l'on dit être des commis de marchands, des clercs de notaires, se sont rendus aux Champs- Elysées, au nombre de 4 à 500, pour y délibérer; à 11 heures, un aide-de-camp de Santerre a passé devant eux, ils l'ont hué en criant que c'était le cheval blanc de Lafayette, ils ont rétrogradé, vers midi, ils ont fait une station entre le Pont au Change et le pont Notre-Dame, ont parlé assez vertement de la liberté et ont crié : .1;/ /'.. Munit! Marat à la guillotine! la garde est accourue pour en imposer aux mutins, un conflit s'est produit, quelquesuns ont été arrêtés, d'autres ont pris la fuite, on assure que l'un d'eux s'est jeté à l'eau et s'est noyé ; on croit que leur grand rassemblement, au nombre de 10,000, aux Champs-Elysées, est remis à demain.

Dans la crainte d'indiscrétions, l'observateur Dutard demande au ministre que, dans le cabinet mis à sa disposition, il y ait un bureau dont M. Garât aurait une clef et lui l'autre, il lui recommande de ne laisser un instant, sur sa table, aucun papier qu'il désirerait ne communiquer à

personne, il le prie de lui fixer également les heures auxquelles il devra lui remettre ses bulletins, et combien de fois par jour.

5 mai 1793, 7 heures du soir.

Original non signé, A. N., Fu' III, Seine, 27. Ed. An. SCHMIDT, Tableaux de la Révolution . française, t. I, ]>. 183.

562. — Rapport de l'observateur Dutard au ministre de l'intérieur, annonçant qu'un officier de garde, de la rue Dauphine, est venu au Conseil de la Commune, à 10 heures, pour faire connaître que, quelques instants auparavant Marat, en sortant des Cordeliers, avait été attaqué par plusieurs jeunes gens et que, sans le secours porté par quelques personnes, il serait resté sur place, ces mêmes jeunes gens ont dit que, demain, il I allait que les têtes de tous les anarchistes sautent.

Hébert a dit quelques paroles, mais on n'y reconnaît point la vigueur de jadis, il a dénoncé des circulaires qu'on répand, des affiches de Jérôme Petion.

Une députation de la section des Quatre-Nations a dénoncé ChaumeLle, Destournelles lui a fait une réponse sublime : « Les anarchistes seront punis, de quelque côté qu'ils soient. »

Il est à craindre qu'un parti de modérés parmi les jeunes gens n'aille réclamer ceux qui ont été arrêtés aujourd'hui, il parait aussi qu'on en veut à Sanlerre. Les tribunes, bien garnies, n'ont donné aucun signe d'approbation. A Saint-Eustache, l'on s'est battu à coups de chaises, vers 9 heures, la garde a séparé les combattants.

(5 mai 1793, 11 heures du soir.) Original signé, A. N., F,c III, Seine, 27. Ed. An. Schmidt, Tableaux île la Révolution

503. — Rapport de l'observateur Dutard, au ministre de l'intérieur, dans lequel il déclare que les dangers menaçants du côté de la Vendée sont, sans contredit, l'une des bases principales de l'espèce de tranquillité qui règne en ce moment à Paris, au milieu de l'anarchie; les sansculottes, les modérés, les aristocrates, tous craignent un peu pour leur vie, et ils y regarderont à deux fois avant de faire un

pas décisif, de plus, ils ont pour la plupar une propriété, un mobilier quelconque, et tiennent à conserver ce qu'ils ont; depuis deux jours, il s'est produit un certain rapprochement entre l'aristocrate et le modéré, entre le modéré et le sans-culotte, qui par des revues, des patrouilles multipliées, entrent en relations, il n'en faut pas davantage pour que tous ces hommes vivent en frères, même lorsqu'ils s'assomment à coups de chaise, il est clair que l'aristocrate qui se rencontre avec son tailleur, son cordonnier, s'en fait bien vite un ami, s'il donne à ces braves gens une poignée de main, une prise de tabac, si par hasard il boit avec eux une bouteille de bière.

Le grand obstacle, c'est que la Convention, par sa maladresse, a donné trop d'empire aux factieux. Le moment le plus difficile sera celui ofi le recrutement sera fini, où l'avarice des uns, l'insouciance des autres, fera rentrer chez eux, pour n'en plus sortir, au moins 40,000 hommes qui sont én l'air, sur le qui-vive. A ce sujet, Dutard déconseille au ministre de répondre à l'appel qui pourrait lui être adressé pour participer au tirage au sort, et assure Garât que son nom est plus ignoré à Paris, depuis qu'il est ministre, qu'il ne l'était auparavant, il attribue ce silence à l'affectation à la fois des aristocrates et des Jacobins, de ne pas le prononcer.

Les nouvelles qui arrivent des années entretiennent l'esprit public, mais elles ne produisent pas une impression bien vive ; le peuple est depuis longtemps désabusé sur la manière dont on les lui transmet. Hier, il y avait dehors une population immense, les groupes étaient nombreux, les marchands de chansons, les charlatans distraient le peuple, l'amusent et font plus de bien qu'on ne pense, il y en avait beaucoup sur les places; Dutard ajoute qu'il est resté près de 6 heures en observation et a étudié les physionomies. L'arislocrale a été, ces derniers jours, plus raisonnable qu'à l'ordinaire, le modéré est revenu et d'un grand sang-froid, le sans-culotte ressemble à l'animal que l'on a fait tourner sur lui-même et qui, à force

d'agitation, voit tourner autour de lui l'horizon et ne sait plus où il on est, tel est le tableau de Paris.

Ce matin, on m'a appris, ditDutard, que, la veille au soir, la section Mauconseil en est venue aux mains, celle de Sainl-Eustache a brisé les chaises et s'est retirée sans lion délibérer; celle des Halles a arrêté que lorsque les Sans-culoLles n'y seraient pas en force, ils abandonneraient la place et iraient se joindre aux Sansculottes d'une autre section, il est remarquable que cette section a été l'une des plus enragées pendant toute la Révolution.

Depuis 15 jours Paris est agité par l'approche et les dangers d'un recrutement forcé, qui aura grand' peine à se faire, la très grande majorité ne voulant ni s'enrôler, ni tirer au sort, encore moins se battre, si elle est atteinte par le sort. Les chaises ont été brisées dans la plupart des sections, ce qui a fourni l'occasion au parti modéré d'essayer ses forces,' mais ce jeu ne peut durer longtemps.

Il existe dans la classe enragée une espèce d'hommes qui sortent de la Pitié et qui, après avoir parcouru une carrière désordonnée, Unissent par retomber à Bicètre, en vertu d'un adage reçu dans le peuple : De lu Pitié à Bicétré; cette espèce d'hommes n'a aucune conduite, vit au jour le jour, mangeant tout et n'ayant jamais rien. Depuis la Dévolution, celte classe a beaucoup soulfert, c'est elle qui a pris la Bastille, qui a fait le 10 août, c'est elle qui a garni les tribunes des Assemblées, fut des motions. Beaucoup de ces personnages en ce moment doivent au boulanger, au boucher, au marchand de vins, personne ne veut leur prêter davantage, ils ont une femme dont ils sont dégoûtés, des enfants qui crient la faim, lorsque le père est aux Jacobins et aux Tuileries ; le moyen de s'en débarrasser, c'est d'offrir à ces braves gens une prime d'enrôlement et d'ouvrir dans chaque section un double registre d'enrôlement et de souscriptions civiques, en formant une masse de façon à ce qu'il y ail uniformité dans les sections, si l'on fixe à 200 livres la prime d'enrôlement, on aura des soldats tant qu'on voudra.

I.a section de la Halle-au-Blé a pris un arrêté ordonnant à tout propriétaire, au moindre coup de tambour, de descendre armé sur le bas de sa porte, d'en défendre l'entrée et la sortie, et de faire ainsi dans toute la section une double haie dans chaque rue.

Dutard termine en parlant du sieur Dayroland, armurier, de la rue J.-J. -Rousseau, enragé contre les Jacobins, qu'il veut faire sauter, qui lui a donné rendezvous à 11 heures, à la Commune, où il doit discuter les friponneries de la Commune du 10 août.

0 mai 1793 (matin).

Original signé, A. JV., Plc III, Seine, 27. Ed An. SÇHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 186, 189.

564. — Rapport d'un observateur de police, faisant connaître que le rassemblement de jeunes gens, qui devait se porter dans les sections pour y troubler les délibérations sur le mode de recrutement, a eu lieu le '.'> mai, à 10 heures du malin, aux Champs-Elysées, mais ayant appris la suspension de ces délibérations par ordre de la Convention ils se sont dispersés et ajournés à la décision du Comité de salut public, qui, en ce moment, ne cesse de fixer l'attention de tout Paris, et d'être pareillement le sujet continuel des attroupements et conversations, dans lesquels on remarque beaucoup plus de femmes que d'hommes, et dans une telle exaltation, qu'il est difficile de définir leurs intentions.

La différence frappante et toule opposée des sentiments manifestés dans les journaux de Marat et de Corsas sur les événements journaliers et les affaires politiques, occasionne dans les esprits une si grande fermentation par la diversité des opinions, qu'il serait à désirer qu'on ne s'abusât point davantage sur le défaut d'harmonie et les troubles dont on est journellement inquiété.

Minute, A. JV., 1" 3688-*.

5G:>. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel leCommandant

général répond aux critiques que plusieurs sections ont faites au sujet de l'état du casernement, dressé de quinzaine en quinzaine, il expose qu'en ce qui concerne les gendarmes de la rue Saint-Victor, s'il n'en a marqué que 30, c'était exact, mais sur le désir, exprimé par eux, de partir pour la Vendée, 300 devaient y être expédiés et formés en compagnies; celui qui a recruté les gendarmes en a porté par erreur 5 à 700, censés rue Saint-Victor, en réalité il n'y en a que 330 qui aient les qualités requises par la loi, les autres appartiennent aux sections. Il n'en est pas de même de l'Ecole militaire, où il y a 480 hommes, quoiqu'un contingent ait déjà été fourni. Rue du Bouloi, on a déclaré 25 hommes le 1er mai, ce sont les canonniers des Feuillants, il est possible que le nombre s'augmente journellement, ainsi qu'à l'Estrapade. Au reste, il a toujours été convenu que toutes les troupes disponibles partiraient. L'état des officiers qui doivent accompagner le Commandant général n'est pas encore prêt, tous n'ayant pas encore fourni leurs certificats de civisme.

D'après une lettre écrite, il y a un mois, à un aristocrate de Dijon, qui dit : Si le 4 mai vient à manquer, nous sommes perdus ; ce serait leur reste, les patriotes doivent redoubler de surveillance et d'exactitude. Les réserves de 50 hommes seront continuées et feront de nombreuses et fréquentes patrouilles, les chefs feront serrer les rangs et empêcheront que qui que ce soit ne parle sous les armes, ni ne les charge sans commandement, il faut de la douceur, de la fraternité, de la sévérité. L'ordre du Commandant général improuvé par la section des Droits-de-l'Homme, qui lui retire sa confiance, est faux.

Ce matin, vers six heures, il y a eu, comme la veille, un attroupement de jeunes gens, mais on leur a fait entendre raison, et ils se sont retirés. Cependant, on ne peut se dissimuler que si un rassemblement de celle nature n'était pas éteint dans sa source, les malveillants feraient beaucoup de mal , partout le peuple demandant à fondre sur eux, et ces dangers, qui ne paraissent pas consi-

dérables, le deviendraient à l'instant. Demain aura lieu une épreuve des canons à Montmartre. D'après les rapports de la garde nationale, une patrouille de la section des Sans-Culottes a entendu, à une heure du matin, rue Saint-Victor, n° 935, tirer quatre coups de pistolet.

G mai 1793.

Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.

566. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, mentionnant les faits suivants :

1° Si une loi sur le mode de recrutement n'est pas bientôt décrétée, Paris ne tardera pas à entrer en insurrection. Les malveillants profitent des troubles qui régnent dans les sections et de l'insouciance à cet égard de la Convention nationale pour augmenter le désordre en aigrissant de plus en plus les esprits.

2° Alin de mieux cacher leurs complots liberticides, les aristocrates, qui excitent les jeunes gens à s'ameuter, avaient grand soin, la veille, de n'admettre dans le rassemblement des Champs-Elysées que des gens sans armes. Il est vrai qu'ils n'étaient pas tout à fait désarmés, puisque la plupart d'entre eux portaient des cannes à dard et sabre, qu'on leur a saisies le lendemain. Cent de ces jeunes gens attaquèrent le poste du pont Notre-Dame qu'ils voulaient enlever, plusieurs furent faits prisonniers, et l'un des complices se jeta dans la Seine, où il se noya.

3° La veille au soir, les sections étaient dans la plus violente agitation, l'on s'est battu dans celles des Lombards, de Bon- Conseil et du Contrat-Social ; il s'agissait du mode de recrutement, il paraît que l'opinion presque générale est que garçons et mariés, riches et pauvres tirent au soi t et partent indistinctement. La section de la Réunion n'aurait pas désapprouvé cette coalition de jeunes gens, et peu s'en est fallu qu'elle ne leur ait fourni ses canons ; par contre, celle des Quinze- Vingts a très mal accueilli l'adresse de ces manifestants et leur a fait dire que, s'ils continuaient à se rassembler, elle ne pouvait leur répondre qu'à coups de canon.

4° Le 6 mai, vers les 6 heures du matin,

environ 80 jeunes gens s'étaient déjà rendus ;iux Champs-Elysées, le général Sanlerre y arriva quelques instants après avec a aides de camp et 50 cavaliers, lit investir ces jeunes gens, dont quelques-uns furent arrêtés, les autres se retirèrent quatre à quatre. Vers les 7 heures, le jardin de l'Egalité, la place des Piques, celle du Carrousel étaient couvertes de groupes de jeunes gens de toutes les professions.

5° Santerre est assez généralement délesté, on le suppose l'agent secret d'une nouvelle trahison. L'un de ses aides de camp a tenu, la veille, ce propos : « Le 20 de ce mois, Paris contiendra 20,000 hommes de troupes soldées, qui appuiront une expédition importante. »

6° Ce matin, au jardin de l'Egalité, un volontaire du bataillon de Mayenne-et- Loire, estropié d'un bras à l'affaire d'Aixla-Chapelle, se plaignait amèrement du ministre de la guerre, qui lui avait refusé tout secours, et assurait qu'il n'avait rien mangé depuis 24 heures ; les jeunes gens qui l'entouraient dirent alors : Voilà ce que l'on gagne à se sacrifier pour lu République. L'on a arrêté, sur le ci-devant pont de Louis XVI, un aide de camp du traître Dumouriez, qui était, dit-on, à Paris pour espionner ce qui se passe.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

6, 7 mai 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N. , AFIV 1470.

567. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, déclarant que, pour le départ de la Vendée, il faut 12 compagnies de canonniers, au nombre de 60 hommes au moins chacune, et invitant les canonniers, désireux de partir, à se faire inscrire chez leurs capitaines, ou rue Barbette, n" 13, annonçant en outre que la section du Louvre portera désormais le nom de Muséum.

L'ordre du jour contient des instructions pour les citoyens de service à un poste; ils doivent, est-il dit, protection à tout le canton qui l'entoure, plusieurs pensent que si une rue n'est pas de leur section, ils ne doivent pas s'y porter, ils

ont tort; tout délinquant doit être arrêté cl conduit chez le commissaire de la section sur laquelle il a commis le délit; si le poste qui l'arrête est un peu Irop éloigné du commissaire, il peut garder au corpsde-garde le délinquant, en envoyant une ordonnance au poste de la section où s'est passé le délit.

D'après les rapports de la garde nationale, à une heure du matin, la plupart des réverbères étaient éteints dans la seclion du Théâtre-Français.

7 mai 1793.

Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.

1)08. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant connaissance des renseignements suivants :

1° Les arrestations d'un grand nombre déjeunes gens oui satisfait la plupart des sections. On désire que le choix à faire pour la Vendée, dans la crainte de l'arbitraire, ne soit confié ni à des commissaires de Comités révolutionnaires, ni aux adjudants et capitaines de compagnies.

2° L'on attend avec impatience le décret de la Convention qui doit fixer le mode de recrutement, et l'on se plaint de sa lenteur dans une occasion aussi importante. Il paraît que, tandis que les sections sont partagées sur ce mode, les jeunes gens, décidant la question à leur avantage, voudraient que tout le monde tirât sans distinction, mais ceux en petit nombre qui les approuvent, désirent que l'on ne donne aucun grade aux clercs, ni aux garçons marchands.

3° Les clercs d'avoués et de notaires se proposaient de venir délivrer leurs confrères, mis en état d'arrestation à la Mairie, et ils ont dû s'assembler aujourd'hui à Saint-Denis.

4° Plusieurs sections ont décidé d'enregistrer librement les citoyens qui s'offriront pour aller combattre les rebelles, et de recevoir les souscriptions de ceux qui seront jaloux de contribuer de leur bourse à la défense de la République. La section de Beaurepaire, entre autres, a arrêté qu'on ne tirerait point au sort, mais que l'on s'enrôlerait volontairement sur

un registre ouvert à cet effet, que chaque particulier contribuerait à sa volonté, mais que les riches y seraient contraints, et que l'on prendrait soin des femmes et des enfants de ceux qui partiront; la même section avait déclare, il y a 8 jours, que tous les citoyens, mariés ou non, seraient tenus de tirer au sort. Celle des Piques, considérant que la voie du sort est indigne de la majesté d'un peuple libre, donne 100 livres aux volontaires qui partent, et promet à ceux qui reviendront 400 livres, que l'on distribuera aux parents de ceux qui perdront la vie.

5° La veille, dans l'Assemblée de la seclion de l'Unité, l'on a failli en venir aux mains, comme il y avait deux partis bien tranchés, l'on a mis les canons sous la sauvegarde du principal poste, l'un des deux se montrant disposé à les enelouer.

6° Plusieurs personnes qui sont revenues de Saint-Denis n'y ont pas vu plus de rassemblement que dans le bois de Roulogne, et l'on disait qu'il s'y en formait de dangereux; mais elles assurent que les volontaires, blessés aux frontières, qui se trouvent en dépôt à Saint-Denis, n'ont que trop sujet de se plaindre de la manière dont ils sont traités, ils couchent sur la paille presque pourrie, et sont extrèment négligés des chirurgiens.

7 mai 1793.

Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.

509. — Rapport de l'observateur Dulard au ministre de l'intérieur, s'excusant de n'avoir pu lui envoyer de bulletin, la veille au soir, ni ce matin, en raison d'uni' garde de 27 heures qu'il vient de monter au Mont-de-Piété, annonçant que, le soir d'hier, il est allé faire un tour aux Tuileries, et qu'il a trouvé partoul le peuple assez tranquille, mais a rencontré sur les promenades beaucoup moins de modérés qu'à l'ordinaire, ce qui prouve qu'ils sentent le besoin de se réunir.

Un boucher, revenant de la foire deSiau (Sceaux), débitait que les bouchers de Paris n'y avaient trouvé en tout que 400 bœufs, au lieu de 7 ou 800 jusqu'à 1,000, qu'il y avait ordinairement, si l'on en retranchait 200 pour l'armée, il en restait, disait-il,

200 pour Paris, quantité dérisoire; aussi, la semaine prochaine, la viande sera à 30 sols, déjà beaucoup de petits bouchers ont été forcés de fermer boutique.

Dutard rapporte qu'il fut témoin à sa section d'une discussion sur un arrêté de la section du Pont-Neuf, portant sur deux points, le premier ayant pour objet de demander 1'élnrgissement des jeunes gens arrêtés aux Champs-Elysées, le second, à l'effet de déclarer que Santerre avait perdu la confiance; sur celle-ci, l'Assemblée a passé à l'ordre du jour, mais sur la première question, après un vif débat, où la majorité était d'avis de demander la liberté des révoltés, la question resta en ballotage, quoique les modérés fussent de 40 plus nombreux que les enragés. Le président, nommé Guiraut, était un confrère d'Hébert; à la sortie, les modérés se déclarèrent très satisfaits et s'engagèrent à redoubler d'assiduité.

Aux Tuileries, les nouvelles de la Vendée excitaient des murmures et une sourde fermentation, plusieurs y déclaraient que le canon d'alarme serait tiré aujourd'hui, que la chose avait été décidée par la Montagne. Dutard y a reconnu plusieurs agents du pouvoir exécutif, qui déploient une certaine activité et dont les discours sont plus conformes aux circonstances. L'aristocratie est absolument muette, ses agents ne soufflent mot, quelques particuliers seulement dissertent, les uns accusant les Cirondins, les autres, les brigands de toute espèce.

Le moment étant singulièrementeritique, l'observateur Dutard croit devoir recommander au ministre : 1° de prendre grand soin que les subsistances ne manquent pas à Paris, c'est là un écueil formidable ; 2° de faire en sorte que la viande ne devienne pas plus chère qu'elle ne l'est en ce moment, qu'au contraire elle diminue d'un ou deux sols; la question intéressanl les bouchers et les traiteurs d'abord, ensuite toute la petite classe du peuple (car Paris est très carnassier), et la plus légère augmentation pourrait produire les plus grands maux; 3° si les nouvelles de la Vendée deviennent plus alarmantes, d'en suspendre la publication jusqu'après le

L'ESPRIT PUBLIC A PARtS DE JANVIER A JUIN 1793

départ des troupes et de consulter surtout à ce sujet les observateurs ; 4° de veiller au départ des troupes et de savoir s'il se fera divisémenl ou simultanément, il faudrait pour cela connaître le plan adopté et comment en général sont composées les recrues, mais il pense que, pour la tranquillité de Paris, il serait très avantageux de faire partir les recrues à mesure qu'elles seront formées en troupes, sauf à fixer un lieu de rassemblement à quelque distance de Paris.

Dutard se montre surpris de ce que la Convention n'ait pas adoplé tout à la fois le plan du Faubourg Saint- Antoine et celui de la Municipalité'.

7 mai 1793, 8 heures du soir.

Original non signé, A. N., F1* III, Seine, 27. Ed. An. SCHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 192.

570. — Rapport de l'observateur Dutard au ministre de l'intérieur, affirmant que la classe marchande travaille à faire manquer à Paris les subsistances ou du moins les marchandises de première nécessité'; plusieurs épiciers n'ont plus de savon, cl les gros marchands qui, pour la plupart, ont relégué leurs magasins aux environs de Paris, refusent de leur en vendre, sans faire attention que c'est un des grands moyens (ju'ils réservent à la faction, qui connaît bien ces magasins (car Chaumetle le disait dernièrement), de faire une insurrection générale, quand elle le voudra. Les courtiers subalternes, c'est-à-dire des femmes qui achètent par livre et quarteron, sont en train de racler le peu qui reste; une partie de ces femmes travaillent pour les gros marchands, et l'autre pour la faction, en moins d'une demi-heure, 4 sont venues chez un épicier où lui Dutard se trouvait. Pourquoi la Convention n'ordonne-t-elle pas le recensement, la visite et l'inventaire de ces magasins? Pourquoi le peuple ne dit-il rien de l'augmentation rapide de ces marchandises? c'est que d'un côté les pillards sont encore pourvus, et de l'autre les Sansculottes, tranquilles, attendent tout de la Vendée.

Les canonniers des sections du Con-

trat-Social et des Halles sont tombés au sort; on trouve parmi ces derniers 5 frères, tous fils d'un même père, tous pères de famille. Le père, la mère, toute la famille en sont désolés, et ces braves sans-culottes eux-mêmes ne partent qu'à regret.

Hier, à la Crève, un charlatan avait donné à ses quatre musiciens un costume ressemblant à 1 uniforme des Suisses, quelques personnes ont trouvé cela extraordinaire et le charlatan a pris le parti de s'en- aller. Hier, observe Dutard, l'on a fait une proclamation pour le recrutement dans sa section (à ce propos, il demande s'il doit tirer au sort et comment fera-t-il pour se soustraire à la réquisition, si elle est adoptée). Il était curieux de voir une soixantaine de propriétaires, serrés les uns contre les autres, et le Comité de surveillance au milieu.

La veille au soir, Dutard se trouvait encore, vers G heures, aux Tuileries et aux Champs-Elysées, l'affluence des propriétaires lui a paru moins grande que d'ordinaire.

(8 mai 1793.) Original non signé, A. N., FIc III, Seine, 27. Ed. An. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 195.

571. — Extrait de l'ordre du .jour de la garde nationale, portant que le ministre de la guerre a remis au Commandant général l'ordre pour 2,800 fusils, savoir : 2,400 pour les citoyens qui partiront aux frontières, ce qui fera 50 fusils par section, et les 400 autres pour 400 gendarmes, tant de la caserne de la rue Saint-Victor, que ceux nouvellement admis, qui au lieu de se diriger le 2 mai sur Valenciennes, ne sont pas partis, conformément à leur zèle et à nos besoins, mais partiront demain avec les grenadiers de la Convention et une compagnie de canonniers de la ligne, lesquels auront 2 canons et 3 caissons, ce qui fera 657 hommes, tous anciens militaires. La liste des officiers qui doivent accompagner le Commandant général a été envoyée au Comité de salut public, afin que le Comité et le pouvoir exécutif vérifient leurs talents et leur civisme; aussitôt la liste acceptée et revenue, elle sera mise à l'ordre, ainsi que

ir,o

l'état du casernement, tous les quinze jours. Le ministre ayant ordonné le départ de tous les citoyens casernés et qui ne servent pas, conformément au décret de la veille, il est urgent que les bataillons se forment, le recrutement ne peut plus être différé, le Commandant général attend qu'il y ait un bataillon de prêt pour le faire partir et escorter l'artillerie, les autres bataillons suivront immédiatement, ainsi qu'il y a lieu d'espérer les besoins étant urgents, si l'on ne veut pas se laisser couper la gorge à Paris. La section de la République a fourni hier son contingent pour la Vendée, celle de la Butte-des- Moulins a déjà enrôlé 74 hommes pour le sien.

Les rapports de la garde nationale mentionnent : 1° l'extinction de beaucoup de réverbères, à 3 heures du matin dans la section du Contrat-Social, et, à 2 heures, dans les rues du Sentier et du Cros-Chenet, section de Molière et La Fontaine; 2° l'arrestation, à minuit et demi, du citoyen Semonville, ambassadeur de la République française à la Porte Ottomane, qui a été conduit au poste de la section des Cardes- Françaises, où, ayant été reconnu, il a été relâché sur-le-champ ; 3° la contravention commise par des vidangeurs qui, travaillant rue Frepillon, jetaient la matière et de l'eau ensuite dans le ruisseau de ladite rue, ce qui causait une infection horrible, ainsi que sur le Pont aux Biches.

572. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

\" Les rassemblements étaient moins nombreux dans la journée d'hier et les motions bien inoins emportées au sujet de l'enrôlement; la nuit a été aussi fort tranquille et de fréquentes patrouilles ont été sur pied jusqu'au jour. Cependant les sentiments sont toujours fort partagés; les uns veulent que les hommes mariés partent, les autres demandent que ce ne soit que les jeunes gens; ceux-ci soutiennent que les riches trouveront toujours moyen de se mettre à l'abri ; d'autres désirent

que l'on envoie en Vendée touthommequi ne peut justifier de moyens d'existence, attendu qu'alors les bons citoyens n'hésiteront pas à marcher contre les rebelles, mais on a toujours des craintes sur la conduite que tiendront les malveillants et les scélérats, lorsque les patriotes se seront éloignés de Paris; les malintentionnés, ne sachant plus quel ressort faire jouer pour répandre le trouble et la discorde, sèment de faux bruits, des nouvelles absurdes, parlent d'un rassemblement imaginaire des garçons perruquiers. Un fait très vrai, c'est que les jeunes gens se plaignent beaucoup de l'arrestation de leurs camarades.

2° Les sections se calment un peu, quelques-unes sont encore agitées, mais la plupart demandent que le recrutement se fasse le plus tôt possible. La lettre du maire de Paris à ses concitoyens et celle du ministre de la justice aux sections ont produit un excellent effet en tranquillisant les esprits.

3° Les députés regardés comme suspects continuent d'être vus d'un mauvais œil par le public. Un pamphlet, qui se vend de toutes parts , contribue singulièrement à les décrier, il est intitulé : Rendez-nous nos dix-huit francs. Le représentant Laplanche, de retour de la Vendée, a rendu hier un compte alarmant à la section des Tuileries sur ce département, il a annoncé que Poitiers tomberait bientôt au pouvoir des révoltés et qu'une insigne trahison se tramait, il a fait savoir enfin qu'aujourd'hui la générale serait battue dans Paris et qu'on y tirerait le canon d'alarme pour avertir les citoyens du danger imminent de la patrie. Dampierre et Cusline excitent de violents soupçons.

4" La section du Pont-Neuf a envoyé, le 7 mai, aux 47 autres sections un arrêté déclarant que Santerre a perdu sa confiance et invitant toutes les sections a le destituer. Hier soir, au Club des Cordeliers, il a été dit que le maire de Paris serait mandé aujourd'hui à la barre de la Convention pour y recevoir l'ordre de faire tirer le canon d'alarme, afin d'émouvoir les habitants de Paris et de les engager à porter

de prompts secours dans les départements maritimes de l'Ouest.

5° La fermentation parait augmenter au

sujet de la Cherté des vivres, la viande coûte 20 sols la livre et pourrait bien monter à :îu, si la Municipalité n'y met ordre. La classe indigente jette les hauts cris.

6" Les vols se multiplient journellement , il est urgent de mettre un frein à l'audace des voleurs, en ayant parmi eux une mouche qui les décèle et les fasse prendre sur le fait, mais il faudrait une loi qui statuât des punitions plus rigoureuses que celles qui leur sont infligées.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

8, 9 mai 1793.

Extrait et original signes (2 pièces), A.N., AF1V 1470.

573. — Rapport de l'observateur Dutard à Carat, ministre de l'intérieur, lui rendant compte du langage qu'il a tenu, la veille au soir, dans sa section (celle du Contrat-Social), au sujet du mode de recrutement, rappelant que les sections, riches pécuniairement, ne sont pas celles qui, dans la Révolution, ont donné l'exemple du courage , que les sections des Quinze- Vingts et des Cobelins, qui sont pauvres, ont fourni beaucoup de défenseurs a la patrie, tandis que celle du Contrat-Social, qui est riche, s'est toujours montrée récalcitrante, proposant que les sections riches fournissent de l'argent aux sections qui n'ont que des bras et, qu'à cet effet, il soit établi un mode uniforme dans la répartition des indemnités qui seront allouées aux volontaires qui voleront au secours des patriotes en Vendée, et qu'il soit fait une masse générale de toutes les collectes.

Après une discussion de a heures, qui aboutit au rejet du tirage au sort, remplacé par la réquisition, Dutard, ayant fait remarquer que ce procédé était vexatoire, offrit de s'en remettre aux députés de la Convention, qui formulèrent 4 propositions, dont 3 émanaient de lui, lesquelles furent adoptées.

Dutard appelle ensuite l'attention du ministre sur l'arrêté de la Commune du T. IX.

0 mai, où il trouve entièrement l'esprit de, Chaumetle et une émanation de ses grands projets avortés, suivant lesquels il faisait résider la véritable représentation nationale, non dans la Convention, mais dans les autorités constituées.

Si la faction, observe Dutard, fait quelque tentative, ce sera, à coup sûr, un jour de dimanche ou de fête, comme cela s'est passé pour l'orgie du Champ de Mars; le meilleur moyen de déjouer ces intrigues, c'est de redoubler de zèle et d'activité, les dimanches et fêles, si les factieux se trouvaient en force ces jours-là, les seclions pourraient prendre des arrêtés de nature à produire les plus funestes effets.

Comme preuve de l'empire que la religion conserve encore sur le peuple de Paris, Dutard rapporte le trait suivant : Ce matin, un prêtre in habitu a porté le viatique à un malade devant chez lui, il était surprenant de voir ce même peuple, qui persécute les ministres du culte, accourir de toutes parts pour se jeter à genoux et en adoration, tous, hommes et femmes, jeunes et vieux.

Sans date (9 mai 1793).

Original non signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 196.

574. — Lettre de l'observateur Dutard à Carat, ministre de l'intérieur, se répandant en considérations philosophiques et déclarant notamment que, dans la politique révolutionnaire, peu d'hommes ont vu l'ensemble et les vrais rapports qui existent entre les diverses classes formant le corps social, qu'il lit rarement les productions du temps, parce qu'il craint que l'éloquence des Guadet, des Vergniaud, des Gensonné ne le détourne d'admirer les sottises de tous, qu'il aime mieux conserver à son esprit les transports de l'ivrogne Chaumette que de savoir par cœur l'histoire philosophique, observant que les Jacobins ont été complètement trompés par les Jacobins eux-mêmes, et que La Fayette, Roland et Dumouriez n'ont atteint leur apogée que parce qu'ils étaient Jacobins, et se résumant en ceci, qu'il abandonne toute lecture, toute étude, jus-

qu'à ce que l'horizon, encore trop nébuleux, soit un peu éclairci, et qu'il n'entretiendra le ministre d'autre philosophie que de morale sans-culottière.

9 mai 1793.

Original non signé, A. N., F,c III, Seine, 27. Ed. Ad. SCHMIDÏ, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 198.

57'i. — Lettre d'e Garât, ministre de l'intérieur, priant le citoyen Champagneux de confier au citoyen Terrasson l'une des missions d'observateur pour Paris, accompagnée d'instructions, portant que Pierre- Joseph Terrasson, âgé de 43 ans, dont on donne le signalement, est chargé de prendre, au nom du pouvoir exécutif, dans la ville et le département de Paris, tous les renseignements propres à y maintenir la tranquillité et la paix, ainsi que d'indiquer les moyens de procurer une occupation utile aux citoyens indigents et oisifs, de faire des établissements favorables au commerce, aux manufactures et aux arts, avec réquisition aux autorités constituées de seconder de tout leur pouvoir le citoyen Terrasson, pour l'exécution de sa mission.

9 mai 1793.

Original signé, A. N., Ftc III, Seine, 27.

îi7G. — Rapport de l'observateur Terrasson au ministre de l'intérieur, déclarant que, dans l'étal de fluctuation où sont les esprits, on doit penser que le peuple est fortement travaillé dans des sens opposés. Ce matin, dans l'une des tribunes de la Convention, avant la séance, un particulier a tenu des propos inciviques, on s'est contenté de le chasser; cette après-midi, dans le jardin des Tuileries, un autre en a tenu contre l'enrôlement et a été fort rudoyé, mais n'a reçu aucun coup, un seul garde, sans uniforme, mais ayant son baudrier, a suffi pour l'arracher à la tourbe, il y avait cependant dans la mêlée plusieurs frères patriotes, on a parlé de le mener au Comité de salut public, mais cette proposition n'a pas été goûtée, le Comité ne semble pas être en grande vénération.

Marat a passé vers :> heures aux Tuileries, on s'est rangé en haie sur son pas-

sage, et aux cris de : Vive Marat! on l'a accompagné, le sabre nu à la main, jusqu'à l'escalier de la terrasse, vis-à-vis l'entrée de la Convention, là il a dit de rengainer le sabre.

L'enrôlement se fait assez bien, la section du Mont-Blanc a fait une telle collecte que chacun des 140 hommes que fournit cette section aura près de 1,000 livres, à cet égard, l'esprit public est à tel point qu'il ne faudrait qu'un mouvement pour produire les résultats les plus heureux, mais, si l'on ne se hâte de profiter de cette disposition, les esprits retomberont dans la stupeur.

9 mai 1793.

Original signé, A. N., F,c III, Seine, 27. Ed. An. SchmIDT, Tableaux de la Révohttion française, t. I, p. 201.

577. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :

1° Il règne encore une grande fermentation dans les esprits sur le mode de l'enrôlement. On s'est battu dans quelques sections vers les 4 heures du matin, notamment dans celle des Amis-de-la-Patrie. La section de Bon-Conseil y envoya plusieurs de ses membres afin de mettre d'accord les dissidents, ils réussirent si bien dans cette honorable mission qu'ils reçurent et donnèrent le baiser fraternel, et que la paix et l'union furent entièrement rétablies.

La section du Louvre a arrêté, de même que celles des Tuileries et du Théàlre- Français, de faire une proclamation solennelle, promettant aux volontaires qui se présenteront dans les 3 jours, 200 livres lors de leur départ pour la Vendée, 400 à leur retour et, en cas de blessures, 400 livres de rente viagère, réversible sur la tête des femmes et des enfants de ceux qui mourront en combattant pour la patrie, mais pour ceux qui se présenteraient au bout des 3 jours, ces sommes seraient diminuées de moitié. S'il arrivait que le contingent ne fût pas au complet à l'expiration du délai de 3 jours, des mesures de rigueur seraient prises.

L'ESPUIT PUBLIC A PAHIS DE JANVIER A JUIN 1793

2° L'on assurait hier, au café Beaucaire, qu'une partie des jeunes gens du rassemblement avait un chapeau rond avec une cocarde, au milieu de laquelle se trouvait une marque distinctive, beaucoup de jeunes gens, qu'on voit sans cesse dans les cafés et dans le jardin de l'Egalité, en ont de pareilles en cas d'insurrection; d'autres la portent, moitié passée dans le cordon de leur chapeau, et appellent cela une cocarde nationale à l'cclipse.

3° Le sieur Lanchèrc, individu très suspect, passe pour être l'agent secret des conlre-révolutionnaires, on assure que les rebelles de la Vendée lui ont écrit pour lui demander le moyen de leur faire passer de la grosse artillerie. On prétend q\ie pour l'exécution de ce projet, quand les.convois d'artillerie seront en route pour les départements maritimes de l'Ouest, les chefs qui les commanderont ont promis de les livrer à l'ennemi.

4° Le bruit public court qu'il y a dans Paris quantité d'Anglais, agents de l'itt, chargés d'accaparer les gros sols, qu'ils achètent jusqu'à cent pour cent, et d'espionner tout ce qui se passe dans la République ; ils se logent dans de grands hôtels qu'ils louent dans le Faubourg Saint-Germain, ou dans des maisons de campagne aux environs de Paris, afin d'être moins découverts.

> Les compagnons tailleurs de pierre, les charpentiers et autres ouvriers paraissent décidés à faire la loi à ceux qui les emploient; ils veulent que leurs journées soient fixées, savoir ; celles des tailleurs de pierre à 3 livres 10 sols, celles des charpentiers à 4 livres. L'extrême cherté des denrées est le prétexte qu'ils invoquent.

Celte copie est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

9, 10 mai 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1470.

578. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que, d'après les ordres du ministre, il partira : 1° 000 fusils en poste pour Tours; 2° demain, pour Metz, 20 caissons, contenant ensemble

36 milliers pesant de plomb en balles; 3° demain, pour Versailles, 5 voitures d'artillerie, à l'effet d'y aller chercher 150,000 cartouches à balles pour l'armée de la Vendée; annonçant que le recrutement va bien dans beaucoup de sections, qu'au Gros-Caillou, les célibataires n'ont pas voulu que les hommes mariés tirent au sort, le contingent est formé, les hommes mariés leur donnent une gratification et leur offrent aujourd'hui le dîner fraternel.

L'Assemblée nationale prenant possession aujourd'hui de la nouvelle salle du Palais national, la garde y restera 24 heures et sera relevée tous les jours, à midi précis, il y aura parade et musique.

10 mai 1793.

Extrait non signé, A. N., AF1V 1470.

579. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, exposant ses idées de tactique révolutionnaire, et déclarant que, s'il était jacobin, il mobiliserait 100 sans -culottes dans chaque section et, qu'à 7 heures du soir, il ferait tirer le canon d'alarme, sonner le tocsin et battre la générale dans les faubourgs, arrêter dans les maisons tous les suspects, fermer les boutiques, forcer la Convention de livrer les 22 au Tribunal révolutionnaire, qu'il formerait à Paris une première armée de 100,000 hommes, qui ne manqueraient de rien, et une seconde armée de 100,000 dans les villes des environs de Paris, et enverrait 100,000 hommes contre les rebelles de la Vendée, et des autres 100,000 hommes 50,000 pour la frontière du Nord.

En réponse à l'objection qui lui est faite que la faction ne se décidera jamais et ne risquera pas une semblable entreprise, parce que les départements se soulèveraient, que les troupes ennemies en proliféraient pour envahir la France, et que le Faubourg Saint-Anloine combattrait cette démarche, Dutard déclare que l'on aurait le temps de tuer, de massacrer avant que les départements soient à Paris, qu'au contraire, beaucoup se réuniraient aux Parisiens; quant au Faubourg Saint-An toine, il faut établir une distinction entre

un temps calme et le moment de l'insurrection; dans le calme, on le gouvernera facilement, mais dans une insurrection, tous seraient de la partie.

Dutard rapporte que, la veille au soir, dans sa section, les modérés avaient demandé l'élargissement du citoyen Roucliarot, condamné par le Comité de surveillance de la section à 1 mois d'emprisonnement à l'Abbaye, pour avoir brisé quelques chaises sur le dos des enragés, cette motion fut accueillie par l'ordre du jour: les modérés, quoique en majorité, ont crié à l'injustice, se sont levés et se sont retirés en foule, en jurant, en pestant, en maugréant, on^i voulu les retenir, mais en pure perte, par ce trait, vous pouvez juger combien il y aurait lieu de compter sur les propriétaires de Paris, il faudrait les enchaîner tous les uns contre les autres pour pouvoir en tirer quelque chose.

Au sujet de la loi sur le recrutement, il sera difficile, observe Dutard, de faire contribuer les citoyens de Paris, si l'on n'adopte pas un mode coercitif, et si l'on ne suspend pas les travaux de construction et de pavage qui occupent beaucoup d'ouvriers. Le plus sûr moyen de mettre tout le monde à l'aise, ce serait de rendre l'enrôlement volontaire et la caisse permanente, il faut donner de bonnes récompenses, chaque fois qu'il part un sans- culotte, c'est une plume que l'on arrache à l'aîle de la faction.

Les conseils énergiques de Dutard ne furent point goûtés du ministre Garât, qui inscrivit de sa main cette note en tête du rapport : « Toute mesure pour ramener l'ordre, qui suppose une violation des lois qu'elle emploie ou une force sans droit, ne peut être mise en usage par un ministre patriote ».

10 mai 1793, 7 heures du matin.

Original non signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. SCHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 202.

S80. — Rapport de l'observateur Terrasson à Carat, ministre de l'intérieur, l'informant qu'on vient de faire aux Jacobins la motion de se porter à l'imprimerie de Brissot, même d'écraser les journalistes

aristocrates, de suite plusieurs personnes sont sorties sans avoir l'air trop échauffé, les tribunes néanmoins ont beaucoup applaudi. L'un de ceux qui sont sortis est entré chez le pâtissier voisin, disant que les marchands avaient fait la Révolution pour eux, qu'il fallait enfin la faire pour soi. La garde s'est rendue chez ce pâtissier. Terrasson engage à aviser les journalistes, mais ajoule-t-il, il croit pourtant que ce ne sera qu'un feu de paille, quoique, lorsque l'orateur a dégainé son sabre, il y ait eu une sorte d'applaudissement unanime.

10 mai 1793.

Original signe, A. N., F1' III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 202.

581 . — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, notifiant que, d'après les ordres du ministre de la guerre, il partira de Paris 200 sabres de gendarmerie pour armer le 2e régiment de dragons cantonné à Valenciennes, et pour le département d'Indre-et-Loire 60,000 piques, annonçant également que, ce jour, toutes les compagnies de canonniers s'assembleront au chef-lieu de leur légion respective, pour décider entre elles quelle compagnie partira, ou arrêter tel autre mode qui leur conviendra; invitant les citoyens à détacher 8 sapeurs par compagnie, armés de haches et de pistolets. Le Commandant général donne ses instructions en vue du départ des volontaires. On trouvera, dit-il, rue Rarbette, n° 1.3, des adjudants généraux pour se former en bataillons, on réunira les compagnies qui se connaissent, et elles nommeront de suite des colonels, on leur adjoindra aussi d'anciens militaires et instruits. Il est à désirer, ajoute Santerre, que nous partions dimanche, ne fût-ce que 8 bataillons. Versailles a trois bataillons armés qui se tiendront prêts demain à marcher avec leurs frères de Paris. Toute la garde nationale sera mise en réquisition et va s'organiser pour inarcher l'une après l'autre, en 4 divisions, si cela est nécessaire.

Tous les départements nous attendent avec impatience, notre présence et notre courage anéantiront les rebelles, la Bas-

L'ESPRIT ITIîl.lC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793

tille était plus difficile que cela pour les Parisiens, partons, mes amis, s'écrie Santerre, ceux qui tarderont, rougiront de ne pas avoir concouru avec nous à notre victoire et au salut du peuple.

Extrait non signé, A. N., AF1V 1-170.

1182. — Premier rapport de l'observateur Terrasson à Garât, ministre de l'intérieur, conseillant de l'aire partir, même en détail, les volontaires destinés pour la Vendée, dût-on leur indiquer en route un point de ralliement, où attendraient les premiers partis, car l'on travaille le peuple pour tenter un coup avant le départ, et plus on le retardera, plus la fermentation augmentera ; pour fermer la bouche aux malveillants qui disent que les volontaires ne font que deux lieues par jour, on pourrait faire imprimer leur marche en ne la traçant que jusqu'à Tours.

On a pris tous les chevaux qui ont conduit les voitures à l'Opéra, des malveillants voudraient qu'on prit ceux des fiacres, opération trop hasardeuse, à moins de nécessité majeure, et encore faudraitil charger les cochers de conduire leurs chevaux, parce qu'ils ne pourraient, ni se plaindre, ni exciter des troubles.

On crie contre la disposition des tribunes dans la nouvelle salle de la Convention, mais à mesure qu'on en prendra l'habitude, le bruit se dissipera, d'autant qu'il n'y a pas encore de côté marqué, ni pour les tribunes, ni pour les groupes, cela même ralentirait les opérations séditieuses, s'il y en avait de projetées.

On criait à 2 heures, aux Tuileries, contre la Convention, mais grâce à l'intervention de l'observateur Terrasson, qui éclaira les esprits, la femme qui pérorait n'obtint aucun crédit.

Cependant Robespierre perd la confiance à cause, dit-on, de sa pusillanimité.

Original signé, A . N., FleIH, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 208.

583. — Second rapport de l'observateur Terrasson à Carat, ministre de l'intérieur,

annonçant que plusieurs membres de la Société fraternelle font faire des poignards. Cette Société se propose de demander à la Convention nationale l'expulsion et un décret d'accusation contre les membres dénoncés: Brissot, Guadet, Vergniaud, Pelion, etc., et de faire justice, si on ne lui donne pas satisfaction, mais, tout bien considéré, c omme les faubourgs sont bons, en surveillant doucement et sans mouvement les faiseurs de poignards, il n'y a rien à craindre. L'état actuel de la Vendée est à l'ordre du jour de tous les groupes.

L'observateur Terrasson signale à l'attention du ministre le livre du comte Corani, intitulé : Lettres sur la Révolution française, où l'auteur s'attache à prouver que la Révolution française a été amenée par les abus de l'ancien régime, et Terrasson conjure le ministre de le faire imprimer et de le répandre dans le peuple ; la lettre au Pape notamment est un chefd'œuvre d'habileté.

Les sections n'ont pas l'air de s'entendre, aussi quelque bruit qu'on y fasse, cela ne fera de mal qu'aux auditeurs.

Demain, Terrasson se propose de voir les guinguettes, car c'est là qu'est le peuple, qu'on le trouve tout entier et que les plus adroits se démasquent in vino.

Original signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. An. Schmidt, Tableaux de la Révolution

584. — Rapport de l'observateur Terrasson à Garât, ministre de l'intérieur, annonçant qu'un groupe de femmes s'est formé dans la section du Finistère et doit se grossir de celles des autres sections ; la veille du départ des volontaires pour la Vendée, elles iront en masse demander aux autorités constituées de mettre en arrestation tous les suspects, et à la Convention un décret d'accusation contre les députés dénoncés, engageant en conséquence le ministre à prendre les précautions les plus sages, dans le cas où la Convention refuserait de décréter d'accusation les députés en question, car il y a beaucoup de fermentation à cet égard, néanmoins l'esprit public est bon, et l'on est plus occupé

d'activer le recrutement que de s'insurger. Les faubourgs, sont debout, pour écraser les personnes suspectes, si elles remuent, mais nullement contre la Convention. Les faubourgs ne participent point au recrutement, parce qu'ils savent qu'ils sont plus nécessaires à Paris qu'en Vendée ; ils laissent les autres plus riches aller à la guerre, eux veillent ici et ne comptent que sur eux pour garder Paris.

12 mai 1793.

Original signé, A. N.,Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 210.

585. — Rapport de l'observateur Terrasson à Garât, ministre de l'intérieur, déclarant que les physionomies des aristocrates laissent voir qu'ils cachent certains desseins, ils paraissent en public en moins grand nombre, les efforts de ceux qui cherchent l'agitalion du peuple redoublent, mais les sections semblent se rapprocher et ressentir le besoin d'union, dans plusieurs, les aristocrates qui avaient eu le dessus, ont maintenant le dessous, et cependant l'on est loin, et très loin de la crise, et même le moindre avantage de la République en Vendée retarderait l'éruption du volcan, à moins que quelque circonstance particulière ne survienne et ne fasse pencher la balance.

12 mai 1793.

Original signé, A. N., F1' III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 211.

58G. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° La section du Pont-Neuf donne 1,000 livres à chacun de ses volontaires partant pour la Vendée, celle du Panthéon-Français, qui fournit 500 hommes, n'alloue que 300 livres à chacun. Il serait à désirer que les 48 sections fissent le même avantage à leurs volontaires pour éviter les difficultés qu'éprouvent nécessairement celles qui sont moins riches en argent qu'en hommes. Plusieurs des volontaires qui vont en Vendée disent que, si Santerre commande, ils ne lui obéiront

pas, attendu qu'ils ont très peu de conliance dans son habileté.

2° Les malveillants ne savent qu'imaginer pour occasionner des troubles dans Paris. La veille, vers 8 heures du soir, des malintentionnés s'avisèrent d'insulter quelques citoyens, sous prétexte qu'ils portaient des chapeaux ronds, qui dénotaient, disaient-ils, de véritables aristocrates, la dispute fut poussée si loin que, si la garde n'était promptement accourue, elle aurait pu avoir des suites fâcheuses.

3° Beaucoup de loueurs de carrosses se sont assemblés pour aviser aux moyens de conserver leurs propriétés, en raison delà saisie de plusieurs de leurs voitures; ils s'obligent, à ce que l'on prétend, à prêter leurs chevaux, si le cas l'exige, mais s'opposent à ce qu'on les mette en réquisition.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

12, 13 mai 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AF!V 1470.

587. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que les 16 compagnies s'assemblent aujourd'hui pour se former en bataillons, la seule difficulté qui retarde un peu le départ est le manque de fusils; les citoyens doivent sentir l'importance qu'il y a à faire partir le contingent et doivent être assurés que la raison, la justice, tout enfin veut que les fusils soient rendus à ceux qui les prêteront, il en existe beaucoup à réparer et qui sont en route pour Paris, sans cela il ne serait pas possible d'en promettre. Si les citoyens qui ont des fusils acquis par eux, veulent les livrer, les sections sont autorisées à les acheter, le ministre leur donnera une instruction et des fonds à cet effet.

Chaque jour de retard augmente les dangers, le Commandant général espérait partir dès hier, mais l'ajournement des départs retarde le sien. Il espérait aussi faire connaître la liste des officiers choisis par lui, mais elle n'a pas été adoptée, et comme ceux qu'il proposait étaient additionnels, cela a souffert des difficultés au Co-

I/ESPKIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1 70:i

mité, il faut un décret qu'il pense obtenir aujourd'hui.

Les rapports de la force armée mentionnent un feu de cheminée au collège d'Harcourt, l'arrestation d'un gendarme excitant ses camarades à ne point partir, à moins qu'on ne leur accorde un mois d'avance, lequel a été mis à l'Abbaye, l'arrestation dans la section de l?onne-Nouvelle de 2 citoyens, se disant président et secrétaire du Comité révolutionnaire de la section de la Héunion, porteurs de cocardes, l'une de drap doublé en carton blanc, l'autre de rubans doublés de blanc, avec cette inscription derrière : Fabrique du citoyen A. fils, imenteur des cocardes nationales. D'après l'ordre du général, le poste de Sainte-Marguerite a fourni un détachement au citoyen Alais, aide-de-camp, et au citoyen Blondel, lieutenant, pour une expédition dont ils étaient chargés.

13 mai 1793.

Extrait, en double, pour les minisires de la marine et de l'intérieur (2 pièces), A. JV., AFIV 1470.

588. — Rapport de l'observateur Dulard à Garât, ministre de l'intérieur, annonçant qu'à peine relevé d'une attaque de fièvre, il a parcouru la Grève, les quais, le Palais de l'Egalité, les Tuileries, les Champs-Elysées, et que partout il a constaté le plus grand calme, le meilleur esprit public et le peuple résigné, et que son impression doit concorder avec celle de tous les observateurs, expliquant les craintes qu'il avait manifestées, lorsqu'il avait déclaré, la veille au soir, que le moment éjait terrible et ressemblait beaucoup à ceux qui ont précédé le 2 septembre, racontant ce qui s'était passé dans sa section (celle du Contrat-Social), où les modérés en nombre avaient demandé et obtenu que le Comité de surveillance fût tenu, 2 fois par semaine, de rendre compte de ses opérations ; les Sans-culottes, se voyant en minorité, se sont portés à la section Mauconseil pour demander du secours, celleci a levé sa séance et s'est rendue en masse au Contrat-Social, là ils ont cassé le commissaire de police et pris tous les arrêtés révolutionnaires qu'ils ont voulu. Cet exemple prouve que, si la faction ne

comptait pas sur ses ressources, sur l'espoir qu'elle a de les augmenter, et surtout sur l'ineptie du parti constitutionnel, elle eût profité de ce moment pour faire une insurrection et la victoire lui était assurée.

La Commune n'a pas tenu de séance, parce que Chaumette sait bien que le Corps municipal est en majeure partie composé de propriétaires, de pères de famille, qui voudraient au moins sauver la peau, s'ils ne sauvent la chemise.

Dulard se demande si les enragés du Contrat-Social et de Mauconseil, joints à ceux de la Halle-au-Rlé, des Halles, de la Réunion et des Arcis, avec les clubs et les sociétés populaires et tous les mauvais sujets qui accourraient en foule, tentaient un mouvement insurrectionnel, quelle force on pourrait leur opposer, et il répond : aucune, absolument aucune.

Le peuple veut généralement la paix, un parti nombreux de propriétaires est résigné et disposé à faire tout ce qu'on voudra, mais on le laisse dans l'inaction, isolé, sans appui, sans soutien. II- y a au moins 10,000 commis dans l'administration, plus de 15,000 chez les marchands, 20,000 propriétaires; chacun de ces propriétaires, s'il le voulait, pourrait, dans 3 jours, doubler le nombre, en appelant de ses parents des campagnes ou villes voisines. Les gendarmes parlent ouvertement contre la Révolution, jusqu'à la porte du Tribunal révolutionnaire, dont ils improuvent hautement les jugements. Tous les vieux soldats détestent le régime actuel. Si le ministre avait sous la main La Fayette, dans deux jours il mettrait la faction au point de ne plus savoir oii donner de la tête, il est urgent de s'assurer de quelque bonne tète pour les mesures d'exécution.

Si on laisse prendre aux Comités révolutionnaires leur ancien empire, qu'en résultera-t-il ? c'est que l'on fera tomber entièrement l'esprit public. C'est que le parti propriétaire lui-même se livrera à la merci des hasards. Sans nul doute, si l'on décidait par l'appel nominal la question de guillotiner tous les membres de la Convention, il y aurait contre eux au moins les 18 vingtièmes.

tes

« Vous faites deux pas en avant, dit en terminant Dutard, et vous reculez de 4; renvoyez vos avocats Vergniaud, Cuadet à leurs sacs et à leurs pièces, ils n'y entendent rien, absolument rien. »

13 mai 1793.

Original non signé, A. N., F1' M, Seine, 27.

Ed. Ad, ScHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 217.

' 589. — Rapport de l'observateur Terrasson à Garât, ministre de l'intérieur, l'informant que les groupes diminuent et sont plus tranquilles, cependant les agitateurs redoublent de fureur, les sections sont travaillées par les riches et redeviennent apathiques, néanmoins leurs commissaires à l'Archevêché s'occupent sérieusement de la chose publique et doivent prendre des mesures de sûreté générale, ils paraissent déterminés à presser la Convention de se déclarer pour l'unité de la République et pour l'arrestation des suspects, mais partout l'on reconnaît la nécessité de procéder avec une sorte d'authenticité qui légitime les opérations ; le peuple commence à être instruit, ainsi il faut s'attendre à ce qu'il soit ferme, il réclamera hardiment, mais sans insurrection, et les petites incartades n'auront point de protection, l'on a refusé de se réunir à la Halle au Blé.

Mai 1793.

Original signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révotution

590. — Rapport de l'observateur Terrasson à Garai, ministre de l'intérieur, déclarant que l'on fait tout ce qu'on peut pour acquitter Miranda, mais que le peuple immense qui est dans le Palais et ses alentours ne parait pas disposé à accueillir un tel jugement avec tranquillité; la séance de la Société des Jacobins va être chaude, elle le fut hier, mais sans suites, aujourd'hui l'on pourrait bien proliter de la circonstance de Miranda pour se déterminer à quelque mouvement, car il y a véritablement un projet, et plusieurs tètes sont marquées.

13 mai 1793.

Original signé, A. N., Flc III, Seine, 27.

Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 218,

S91. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, lui rappelant qu'il disait dimanche que le grand calme régnant dans Paris était le signal certain, ou d'un grave événement prêt à éclater, ou d'un grand complot à éclore, que les mesures révolutionnaires étaient à l'ordre du jour, et que le jour, l'heure et le moment oii l'insurrection générale aurait lieu, serait celui où la faction verrait pouvoir tenter cette entreprise sans courir les plus grands dangers, indiquant au ministre le moyen de se préserver de trois écueils menaçants : 1° prévenir l'insurrection instantanée; 2° donner assistance et protection aux propriétaires et les corroborer le mieux possible ; 3° couper tous les fds de la coalition dans la ville de Paris.

Quels sont les moyens pour éviter l'insurrection? Premier point: Dutard montre comment procède la faction elle-même dans presque toutes les sections. Ce sont les Sans-Culottes qui occupent les Comités de surveillance, qui ont à leurs ordres Il ou 6 espions, salariés à 40 sols, qui vont d'une section à l'autre demander mainforte, la faction a réussi à faire décider, au mépris de la loi, que tous les suspects seraient désarmés, si bien que tous les fusils, au nombre de plus de cent mille à Paris, passeront entre ses mains. Pour contrebalancer ces menées, il est indispensable d'avoir des hommes forts dans les sections, non pour attaquer, mais pour battre au besoin, envoyer sous les galeries du Palais Egalité des gaillards résolus, comme ceux qu'y envoient les Sans-culottes.

Deuxième point : pour revivifier les propriétaires, il importe d'abord de veiller à l'observation de la loi, puis de rajuster les propriétaires, de manière qu'ils ne se séparent pas, et de faire en sorte qu'ils ne désertent pas les assemblées des sections ; mais tout cela restera inutile, si la Convention nationale ne réprime pas l'abus que les Comités de surveillance font de l'autorité qui leur a été confiée. La faction s'entend beaucoup en révolution et se concerte infiniment mieux que la Convention. La Convention fait de grandes phrases, s'en remet toute entière aux dé-

partements, dans 4 jours, voici ce qui va lui arriver : La faction vient de former un Comité central des commissaires des 48 sections, ijui doivent se réunir à l'Evëche, pour correspondre avec les sections et la Commune de Paris. Les Comités de surveillance vont désarmer un à un tous les suspects, c'est-à-dire la moitié de Paris, et seront les maîtres de la situation. Une partie de son mal, c'est la Convention qui l'a fait elle-même en établissant les Comités révolutionnaires, qui ne sont remplis que de jeunes gens et d'étrangers. Si la Convention laisse substituer à son autorité celle des Comités de surveillance, elle est perdue, elle n'en a pas pour 8 jours. Le coup de force déployé dans la section du Contrat-Social, où l'on a cassé un commissaire de police, et les coups donnés hier au Palais-Royal, ont cloué la bouche à la moitié de Paris.

Troisième point : La coalition s'établit de 2 manières, par les Comités révolutionnaires et par la force armée. Si l'on vient à former l'armée révolutionnaire proposée par Robespierre, c'est certainement bien établir une coalition. La voir commencée, ou la voir complétée, c'est pour la faction à peu près la même chose, car si elle parvient à avoir 10,000 hommes, il ne lui sera pas plus difficile d'en rassembler 500,000, attendu les moyens véhéments et extraordinaires dont elle ferait usage.

Dans le sentiment de Dutard, il n'y a pas beaucoup à craindre des nouveaux enrôlés, plusieurs de ces compagnies sont composées de beaucoup d'enfants, de vieillards décrépits, de quelques bourgeois que l'on aurait crus aller à la guillotine, cela constitue une bien triste armée.

Dutard a aperçu plus de 60 officiers des troupes de ligne, la plupart déguisés, toisant des yeux les localités, examinant les passants, tous jouant le rôle d'observateurs, ceux de la faction seuls n'osent plus se montrer.

14 mai 1793, 8 heures du malin.

Original signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. SCHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 112.

598. — Rapport de l'observateur Tisset au ministre de l'intérieur, déclarant que Paris est agité plus que jamais par les inquiétudes et appréhensions, et particulièrement par la diversité des sentiments qui s'y propagent.

Hier, 13 mai, sur les 9 heures du soir, le Palais de la Révolution était rempli de groupes contraires. Le chef des Marseillais, à l'occasion d'une motion équivoque, tira son sabre et poursuivit celui qui l'avait faite, mais heureusement sans l'atteindre, cette vivacité déplut généralement, néanmoins le tout s'apaisa par la retraite précipitée de ce Marseillais, qui cria imprudemment que dans quelques jours on les mettrait à la raison.

Cette menace a produit d'autant plus d'effet que dans la journée il s'était répandu un bruit très alarmant pour la classe des nobles et des riches, quoique dénué de toute probabilité, mais néanmoins très inquiétant.

Ont été arrêtés et conduits au Comité de sûreté générale quelques individus soupçonnés de recruter pour les révoltés de la Vendée, ce qui est faux, mais il est vrai que les malveillants se communiquent entre eux un signe de ralliement pour se défendre en masse en cas d'événement, et dont l'époque, suivant eux, doit être celle de la réception de la première nouvelle désavantageuse de la Vendée.

La modération et l'insouciance des autorités constituées augmentent journellement la classe des personnes suspectes dans les cafés, promenades et places publiques, et les moyens insuffisants qu'elles emploient ne peuvent mettre les observateurs à même d'épier celles qui ne fréquentent que le bois de Boulogne, les spectacles et les jeux de 31.

14 mai 1793.

Original signé, A. N., F7 36882.

593. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, annonçant : 1° que la 6e légion a fourni son contingent en canonniers, que les deux compagnies sont celle de la Maison commune, partie hier, et celle du Nord, prête à partir; 2° que jeudi matin, à 8 heures, à Vincennes, l'on

fera, en présence des commissaires nommés par le Conseil exécutif, des expériences comparatives des poudres de guerre du citoyen Weyland Stahl et de celles de l'Arsenal ; 3° que le ministre vient de mettre à la disposition de la Commune 4,700 fusils, dont 3,000 ont été éprouvés, et la distribution s'en fera aux sections à l'effet d'armer le contingent des volontaires partant pour la Vendée, en proportion du contingent de chaque section, les 1,700 autres seront délivrés de même après leur épreuve , ces livraisons sont indépendantes des 50 fusils qui se distribuent à chaque section, à l'Arsenal; 4° qu'il partira, aujourd'hui ou demain, pour la Vendée, 1,000 fusils alin d'armer les volontaires se trouvant à Tours, et que le Commandant général va envoyer à Orléans des adjudants généraux pour former en bataillons les compagnies qui seront parties seules.

L'ordre du jour se termine par les réflexions suivantes de San terre : « Les ennemis de notre Révolution répandent le bruit que le départ de 24,000 hommes et du Commandant général est attendu pour pouvoir faire un soulèvement à Paris. S'il y a à craindre un soulèvement, rien ne pourra l'empêcher de se manifester, mais les Sans-culottes et les femmes sont capables de l'éteindre, nous ne sommes pas ici dans la Vendée, le fanatisme ne servira pas la cause des rebelles, il est donc visible qu'ils craignent le départ, partons donc, nous qui partons, soyons tranquilles, il n'y a point de doute qu'au moindre appel nos amis seront debout et étoufferont tout germe de guerre civile. »

14 mai 1793.

Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.

594. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les indicalions suivantes :

1° L'esprit public est toujours agité au sujet du recrutement, des malintentionnés cherchent à réfréner l'ardeur des jeunes gens qui voudraient partir.

2° L'Assemblée générale de la section de Bon-Conseil a été troublée, le 13 mai, par les célibataires qui vinrent en grand

nombre, la forcèrent de rapporter son arrêté, qui décidait de tirer au sort pour compléter son contingent, et la mirent en demeure de demander à la Convention nationale un emprunt de 150,000 livres, à l'exemple de la section du Panthéon-Français. Au milieu de ces agitations vinrent à l'Assemblée une députation de la section du Contrat-Social et une autre de la Fraternité séante aux Jacobins, l'une et l'autre furent interrompues à chaque instant par les vociférations de l'aristocratie ; l'on arrêta 4 des plus emportés, trois, n'ayant pas de carte civique, furent conduits dans les prisons de l'Abbaye.

3° La section du Louvre n'a pas encore pu compléter son contingent, malgré le traitement avantageux qu'elle assure aux volontaires qui partiront. La difficulté qu'elle éprouve vient de ce qu'elle ne veut recevoir que des citoyens connus de son arrondissement, comme il lui en manque encore 110, les garçons ont offert de tirer au sort. Le contingent de la section du Mail est rempli, elle en a même 19 de plus, la masse de ses dons se monte à 80,000 livres, encore beaucoup de ses concitoyens n'ont-ils pas donné.

4° Les femmes, qui fréquentent le café Beaucaire et les abords de la Convention, affectent un patriotisme exalté, elles ont dit que les volontaires pour la Vendée ne devaient partir qu'après les signataires des pétitions des 8,000 et des 20,000, et une partie des membres de la Convention du côté droit, déclarant que, s'ils ne suivaient pas leurs conseils, on les mènerait à la boucherie, où ils périraient tous. De leur côté, les femmes de la Halle se proposent de faire une pétition pour que les prisons soient purgées avant le départ de leurs maris et de leurs enfants, il est à craindre que ce dessein se réalise, si l'administration de Police ne continue à surveiller avec le plus grand soin.

5° L'arislocratie s'est ralliée dans Paris avec l'espoir que les révoltés de la Vendée parviendront à s'en approcher; lorsque, dans les assemblées des sections, quelques orateurs tonnent en faveur de la liberté, les malveillants leur imposent silence par leurs clameurs.

ni

0° Les gens casernes à Bercy sont très suspects, notamment le sieur Tellier, leur inspecteur, on prétend que la plupart d'entre eux étaient valels des ci-devant nobles et princes ainsi que de la ci-devant Reine, on les soupçonne d'avoir formé le complot de livrer tout ce qu'ils pourront aux ennemis.

7u On recommence à craindre que les aristocrates et modérés, qui sont en grand nombre dans Paris et dont aucun ne part, ne profitent de l'éloignement des patriotes pour exécuter leurs sinistres projets et n'égorgent tous les amis de la Liberté. En raison de ces vives alarmes, répandues peut-être à dessein, on demande de prévenir le coup dont on est menacé pendant que l'on est encore en force, ou du moins de séquestrer sous bonne et sûre garde ceux qui sont connus.

8° 11 y avait, ces jours passés, au Comité de sûreté générale, 6 enrôleurs pointes émigrés, qui ont été incarcérés.

9° Les cabriolets publics qu'on trouve dans la cour des Fontaines et qui n'ont point de numéros, malgré les règlements de police, à cet effet, sont attelés de chevaux de luxe appartenant à des émigrés, et ils servent surtout aux ennemis de la chose publique; pour en être facilement reconnus, ils sonls peints en rouge avec des bandes noires, d'autres en ont de bleues en signe de royalisme.

10° Trois compagnies de gendarmes refusèrent, hier, de partir, parce que le commissaire ordonnateur ne leur payait point à chacun cent et quelques livres qui leur revenaient, ils ont dû les toucher ce matin.

11° Les commissaires de la Convention sont généralement blâmés au sujet de Custine, on dit qu'ils cherchent à dégoûter nos meilleurs généraux.

12° On se plaint aussi que depuis quelques jours il sort quantité de sucre et de savon de Paris, quoique ces objets y soient fort rares et presque de première nécessité. Les propriétaires de cafés et certains épiciers mettent en circulation des bons de 2, 3 et 4 sols et accaparent ainsi la monnaie ; au café, appelé la Côte d'Or, au bas du perron de la Maison de l'Egalité,

le commerce de l'argent se fait avec une impunité révoltante, d'autant plus que le sieur Cornu, qui en est le propriétaire, s'entend avec les infracteurs de la loi et leur donne des ebambres particulières pour terminer tranquillement Imrs infdmes traités. D'après une dénonciation envoyée au maire, dans la Halle aux toiles, les marchands ont voulu vendre à prix d'argent, et pour de l'argent seulement, les marchandises exposées.

13° Toute la surveillance de la Police, qui a parcouru aujourd'hui Paris et ses environs, n'a vu aucun vestige de rassemblement, ni aucune cocarde portée à droite en signe de ralliement.

La copie de cette feuille de rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

14, 15 mai 1793.

Copie et original Signé (2 pièces), A. N., AF1V 1470.

595. — Rapport de l'observateur Dutard à Carat, ministre de l'intérieur, déclarant tout d'abord qu'il craignait une insurrection, mais qu'elle n'aura pas lieu, parce que les citoyens propriétaires, depuis quinze, jours, ont fait assez bonne contenance et qu'ils continuent à la faire, parce que le peuple sans-culottier s'est montré atterré, abattu, résigné, parce que enfin la faction manque elle-même de courage, donnant ensuite des nouvelles de l'état de Paris. Tout a été parfaitement tranquille dans la journée d'hier; l'on a discontinué, dans la plupart des sections, le recrutement sur les places, parce qu'elles ont à peu près toutes leur contingent, et que celles qui ne l'ont pas en approchent de beaucoup.

La veille au soir, à sa section, l'assemblée était moins nombreuse, tant de la part des Sans-Culottes que de la part des propriétaires, tant par crainte de réquisition que d'attentat aux propriétés. Ce qui a pu aussi dérouter les propriétaires de sa section, c'est l'espèce de fédéralisme établi entre les enragés qu'elle contient et ceux de la section Mauconseil. Avanthier, les modérés prévalaient dans cette dernière, les enragés ont demandé se-

172 CHAPITRE Ie'. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION

cours à ceux du Contrat-Social, le président de notre Comité de surveillance y a rétabli l'ordre et y a parlé d'emprisonnement, de Tribunal révolutionnaire et de la guillotine, en effet, le Comité de surveillance de sa section en a fait emprisonner 5 ou 6 à cause des derniers troubles.

Dutard, à ce propos, fait remarquer qu'il n'est rien qui frappe aussi rudement, aussi cruellement le peuple qu'un emprisonnement quelconque, surtout arbitraire, et que si Louis XVI, ou son Conseil, pour lui, avait eu un peu de tète, et surtout de bons observateurs, froids, impassibles, il aurait vu que pour faire la contre-révolution, qu'il désirait tant, il suffisait d'employer les juges de paix qui emprisonnaient, fort joliment, les Droits de l'homme à la main, les factieux. En sens inverse, on peut dire que les Comités de surveillance ou révolutionnaires ont remplacé les juges de paix de ce temps-là, par conséquent il imporle de les surveiller sérieusement.

D'après Dutard, il n'est pas moins important d'éviter un écueil, les excitations dont le peuple est l'objet de la part de certains bavards, à la solde des factieux, qui vont, répétant que les prisons sont toutes pleines, qu'on ne sait où placer les voleurs et les contre -révolutionnaires, d'où l'on en conclut qu'il faut s'en défaire.

Un deuxième moyen, employé par la faction, consiste à désarmer les modérés.

Troisième moyen, s'assurer de faire manquer les marchandises de première nécessité à volonté, c'est pour cela qu'il importe également de ne pas perdre de vue les magasins de sucre, de calé, de savon surtout, de fromage, de chandelles, tous ces articles disparaissant peu à peu de chez les détaillants, il faut en ordonner l'ouverture et la visite, car si par malheur le peuple s'y portait de nouveau, le mal serait sans ressource.

La veille au soir, les nouvelles de la Vendée ont un peu ragaillardi la faction subalterne, l'aristocratie se lait absolument, ou ne parle qu'en bien, à 7 et 8 heures les places publiques étaient pres-

que dégarnies, il y avait très peu de groupes. La translation de la Convention dans sd nouvelle salle a entièrement dérangé l'harmonie des groupes. Au manège, sur la terrasse des Feuillants, î>0 hommes faisaient nombre, actuellement 200 paraissent isolés sur la vaste terrasse du château, et trop éloignés de la salle.

On parlait beaucoup, la veille au soir, de 3 embaucheurs pour la Vendée, arrêtés au Palais Marchand (Palais de Justice).

Plusieurs personnes faisaient, aux Tuileries, un pompeux étalage du civisme du général Biron, qui n'avait qu'un défaut, disait-on, celui d'aimer les femmes.

Les enrôlés de la section de Dutard ont exigé le payement immédiat de l'argent qui leur avait été promis, et on dut leur donner un acompte.

15 mai 1793 (9 heures du matin).

Original non signé, A. JV., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution

garde nationale, notifiant : 1° qu'il y aura, le lendemain 16, à midi, au Collège de pharmacie, rue de l'Arbalète, une expérience de nouvelles pièces d'artillerie, de l'invention du sieur Barthélémy, que la même expérience aura encore lieu, samedi, à la même heure, aux Chartreux; 2° que, d'après les ordres du ministre, il partira aujourd'hui de Paris, avec les chevaux de l'équipage du citoyen Choiseau, 2 pièces de canon de 4, avec 2 caissons chargés, pour la légion du Nord II arrive beaucoup de soldats de cette légion, leur uniforme est bleu céleste, revers et parements rouges, petits boutons blancs. Les commandants des postes et patrouilles sont autorisés à les arrêter et à les faire conduire chez leur colonel, rue Neuve-des- Petits-Champs, hôtel des Petits-Champs, vis-à-vis la rue Chabanais.

Les rapports de la garde nationale mentionnent l'arrestation, par les Elèves, de garde à la Mairie, du citoyen Caffin, sous la prévention d'entretenir un commerce extérieur avec les prisonniers, lequel a été conduit à la Force, et un incendie, à 8 heures du matin, rue des Grands-Au-

gustins, n° 81, chez le citoyen Franchet, orfèvre, incendie rapidement éteint.

15 mai 1793.

Extrait non 6igné, A. N ., AFIV 1470.

tions faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les indications suivantes '•

1° Le contingent do la section Beaurepaire est complet, elle a même refusé, hier 14 mai, des citoyens de son arrondissement (jui venaient pour s'enrôler.

2° L'Assemblée générale de la section des Piques, appelée à délibérer sur un arrêté du Conseil général de la Commune, qui convoque pour jeudi prochain, dans une salle de l'Evêché, les 48 présidents des sections et les membres des Comités révolutionnaires, à l'effet de fixer la somme .|ue chacun doit payer à l'emprunt forcé, a passé à l'ordre du jour, attendu qu'elle a des moyens de remplir tous les engagements qu'elle a contractés, défendant à son président et aux membres de son Comité révolutionnaire d'obtempérer à cet arrêté. Le président de la même Assemblée générale ayant fait part d'un autre arrêté du même Conseil, relatif à la vente du charbon, plusieurs membres ont protesté, attendu que cet arrêté n'établit aucune taxe pour le charbon et qu'il ne fixe pas la somme que les acheteurs doivent payer aux porteurs.

3° Si les gendarmes et troupes soldées qui sont encore à Paris ne partent pas, il est à craindre que le peuple ne se porte contre eux h des mesures violentes, les esprits sont très disposés à une insurrection prochaine.

4° Dans tous les lieux publics, certains particuliers vantent beaucoup l'humanité des révoltés de la Vendée, lorsqu'on met bas les armes devant eux.

5° Les chasseurs casernés à l'Observatoire vendent leurs bonnets d'uniforme 50 sols, bonnets qui coûtent 12 francs à la République.

6° Une \oiture, chargée de piques, passait hier sur la place de Grève, quatre jeunes gens, qui paraissaient des enrôlés, se dirent entre eux : « Le pouvoir exécutif va nous faire partir, lorsque nous serons

arrivés dans la Vendée, on nous armera de ces piques pour nous faire égorger, parce que l'on prétend que les fusils manquent et qu'il est de la politique des traîtres de nous faire marcher sans armes ». On entend à ce sujet dire dans différents groupes que depuis longtemps la Nation sait le besoin qu'on a d'armes, qu'elle dépense des sommes prodigieuses pour d'autres objets, qu'elle peut donc en dépenser autant pour cette partie, qui est de nécessité urgente.

7° Les citoyens des sections, qui doivent donner leurs armes à feu, disent, d'autre part : Quand nous serons absolument démunis, comment opposerons-nous une forte résistance aux ennemis qui viendront tout à coup nous attaquer. On assure qu'il y a dans cette grande cité beaucoup d'émigrés, surtout des femmes de qualité, déguisées en hommes, tandis que quelques-uns des ci-devant se cachent sous des habits de femmes.

8° Une jeune femme de la rue de Grenelle-Saint-Germain revenait, la semaine dernière, de souper en ville, accompagnée de son mari et d'un voisin, ils parlaient ensemble patriotisme, lorsque, près de leur porte deux hommes, en lévite, assénèrent un furieux coup de bâton sur la tête du mari, en disant : Voila pour l'apprendre à être patriote, et ils s'enfuirent.

9° L'un des inspecteurs de police a rencontré, hier, un particulier affublé d'une grande houppelande, ayant une cocarde à son chapeau du côté droit, lequel est entré au Collège de l'Egalité, rue Saint- Jacques, il le croit professeur dans ce collège.

10° Il y a eu au Palais national, dans la cour ci-devant Royale, une espèce d'émeute occasionnée par des femmes, soi-disant d'une Société populaire, au sujet des cartes d'entrée à la Convention; l'une des femmes, encore plus mutine que les autres, fut arrêtée , la foule voulut l'arracher des mains de la garde nationale, qui parvint néanmoins à la conduire au Comité révolutionnaire de la section, cour de Marsan, où la suivit une affluence prodigieuse afin d'embrasser sa défense.

11° Quoique la course des voitures de

place soit taxée à tant par heure, les cochers veulent toujours faire la loi.

12° Un compagnon serrurier de la rue d'Anjou, Faubourg Saint-Germain, a reçu une lettre du Cap français, du 28 mars, signée d'un sieur Poupard, ainsi conçue : « Nous avons ici appris la mort du Roi avec une douleur générale. La France nous abandonne et nous avons 300,000 nègres à combattre; ils pillent, ils brûlent les habitations, si on ne nous envoie au plus tôt des secours de France, nous attendons les Anglais et nous leur tendrons les bras ; nous mourrions de faim, si quelques vaisseaux américains ne nous apportaient des vivres.

13° La fameuse Théroïne a été fouettée aujourd'hui, sous le vestibule de la Convention, par les femmes qui, depuis quelques jours, s'y attroupaient en grand nombre, et elles l'ont conduite au Comité de sûreté générale de la Convention, où elles ne l'ont laissée en liberté que, parce que Marat a déclaré qu'il la prenait sous sa protection, elles prétendaient que cette citoyenne était une fausse patriote.

14° Ce n'est point l'arbre de la Liberté qui a été abattu à Charenton, comme on en a fait courir le bruit, mais on en a arraché une couronne civique, que le curé, peu aimé de ses paroissiens, venait d'y faire attacher par les premiers communiants.

La copie de cette feuille de rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

15, 16 mai 1793.

Copie et original signé (1 pièces), A. N., AF™ 1470.

398. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° Les femmes qui s'ameutent autour de la Convention avaient placé hier un détachement d'entre elles aux portes des premières tribunes, dès 9 heures du matin, pour empêcher les femmes favorisées par les députés de passer avec des cartes d'entrée, elles l'ont fait avec toute l'insolence possible ; elles sont vraisemblablement soudoyées pour occasionner du dé-

sordre, car elles semblaient peu fortunées et hors d'état de passer des journées entières sans rien gagner. L'incident suivant confirme ce soupçon : vers 5 heures du soir, un particulier vint au milieu de ce groupe s'informer de ce qu'il y avait de nouveau, on l'en instruisit et l'une des observatrices ajouta : Vous avez 20 sols à me rendre: le particulier s'exécuta en disant, à mi-voix : II faut vivre. Là citoyenne Théroigne, fouettée par ces sortes de mégères, leur avait dit qu'elle leur ferait mordre la poussière, tôt ou tard.

2° Les esprits sont fort échauffés au sujet de Miranda, que l'on regarde comme très coupable, et que l'on croit devoir être innocenté par le Tribunal révolutionnaire; au moment où des témoins le justifiaient, plusieurs personnes s'écrièrent : Ce sont des scélérats à qui il faut couper le col. Les choses sont poussées au point que, si ce général est mis en liberté et qu'il soit rencontré dans Paris, il sera certainement massacré.

3° Le mode de recrutement adopté n'est généralement pas approuvé, on dit qu'il eût mieux valu recourir à la voie du sort, parce que l'on aurait eu des citoyens de tout état, plus forts, plus à même de se défendre, au lieu que le mode suivi, favorable aux riches et aux aristocrates, a fait acheter des mauvais sujets qui déserteront au premier moment, et a humilié les sections moins riches, qui ne sont pas à même de payer leurs volontaires aussi cher que leurs voisines; il eût été préférable de former une masse des sommes recueillies dans toutes les sections, afin qu'au retour les volontaires reçussent une récompense proportionnée à leur courage et à leurs blessures, et réversible sur les têtes des femmes, pères et enfants de ceux qui auraient péri.

4° Hier fut mise en discussion, au Conseil général du Département, la nécessité de ne point faire de levée trop considérable à Paris, attendu que cette ville est le centre de la Révolution, le siège de la Convention, et qu'il importe qu'elle soit gardée, dans la crainte, que si elle était trop dépeuplée, elle ne devint le tombeau des patriotes et n'amenât le bouleverse-

ment de la République. La décision de cette question importante a été remise au dimanche suivant, afin que chaque membre puisse communiquer ses réflexions et trouver un mode d'indemniser les citoyens pauvres qui feront le service.

5° Les plaintes redoublent sur ce qu'on ne fait pas partir les chasseurs en uniforme vert et bleu, on en conclut que cette négligence a pour but de sacrifier les volontaires de la Vendée et qu'elle est une nouvelle preuve de trahison.

6° Plusieurs sections se sont engagées à donner à leurs volontaires de la Vendée 50 livres par mois, tant que durera l'expédition; celle des Arcis a décidé un emprunt de 80,000 livres sur les propriétaires et les loyers au-dessus de 200 livres à raison de 5 0/0.

7° Deux inspecteurs de police ont aperçu, aux Champs-Elysées, quelques jeunes gens qui portaient leur cocarde du côté droit, mais ils s'occupaient de jeux et ne paraissaient nullement faire partie d'un rassemblement suspect; peut-être sont-ce des surveillants qui ont mis leur cocarde à droite, afin de se lier aux malveillants, qui la portent de cette façon, et pouvoir les faire arrêter.

8° Des troupes venant des armées du Nord et allant en poste en Vendée, traversent à chaque instant Paris. Environ 12,000 soldats, tout à la fois, montés sur des chariots, ont passé hier sur les boulevards et à la place de la Révolution. Les cris de : Vive la Nation! se sont fait entendre partout sur leur passage. Le public a remarqué avec peine que ces soldats étaient fort mal habillés.

10 mai 1793.

Copie, A. A7., AF" 45, n° 351.

599. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, déclarant que le peuple est si bien disposé, la faction est tellement abattue, dans ce moment, que s'il avait 6,000 hommes, avec un valet d'écurie de La Fayette pour les commander, il voudrait se rendre maître de Paris en 8 jours et sans coup férir, et s'il parle d'un valet d'écurie de La Fayette, c'est que l'aristocratie est tellement - in-

fatuée de ses privilèges, de ses sottises, qu'un aristocrate, mis à la tête d'une pareille expédition, révolterait toutes les âmes. Dutard avoue franchement au ministre qu'en combinant et ses moyens et les mesures dont il fait usage, on ne peut savoir où il veut aboutir. Il semble dire à la faction : « Nous allons créer 48 Comités de surveillance dont nous vous établirons les chefs; par ce moyen, vous vexerez tous les honnêtes citoyens de Paris, nous vous autoriserons à désarmer tous les gens qui vous paraîtront .siwpec^mais ne touchez pas à nos personnes sacrées, sous peine de déchaîner des vengeances dans tous les départements. »

Dutard proclame qu'il est nécessaire d'arrêter le sang, l'anarchie, les progrès d'une guerre civile, qui doit amener notre perte. Que vous importe ce que pourront faire les départements déchaînés l'un contre l'autre, lorsque vous ne serez plus.

Sous le titre de : Bulletin de Paris, le 16, Dutard rend compte de la situation actuelle : Paris, dit-il, est abattu et ressemble beaucoup à un désert, le peuple ne parle même pas des trahisons. L'un des canonniers de sa section, qui est tombé au sort, a le dessein bien arrêté de ne pas partir et prétend que personne ne peut le forcer, le président de Saint-Eustache, observe-t-il, leur a fait un discours charmant, bien flatteur, il parle bien, ce bougre-là, mais cela ne le fera pas partir. La section des Halles, qui s'était acharnée pendant quelques jours à faire signer la pétition contre les 22, l'a jetée au feu, à la sollicitation des signataires qui avaient peur.

Aux Tuileries, aux Champs-Elysées, il n'y avait presque personne eu égard à la quantité habituelle des promeneurs. On y parlait, comme partout, de la Vendée ; sur la terrasse du château, dans un groupe, trois aristocrates se plaisaient à agacer le peuple, en assurant que Bouillé, Condé, Lambesc étaient à la tête des révoltés, avec 2 ou 3 des meilleurs régiments de France d'autrefois, Royal et Royal-Roussillon. En général, cependant, on laisse croire au peuple que les révoltés sont en petit nombre, mal disciplinés, sans armes,

et qu'ils vont être dissipés en peu de temps. Dutard ajoute qu'il s'attache à suivre certain observateur, fort habile à saisir l'esprit public et à le faire cadencer avec les circonstances, gros homme de bonne mine, dissertant avec esprit, mais qui n'est pas Saint-Huruge.

Au Café Procope, tout y était dans le silence, Dutard n'y a pas aperçu un seul des o ou 6 émissaires des Jacobins qui en étaient les habitués.

Au Palais Marchand, l'affluence n'était pas aussi considérable qu'à l'ordinaire, Miranda devait être sur le fauteuil à 7 heures. Le peuple paraissait assez bien disposé pour lui ; personne n'osait dire qu'il fût insolent, mais on trouvait qu'il avait de l'esprit et qu'il se défendait bien. En sortant, Dutard entendit l'une des femmes qui vendent son interrogatoire dire tout haut à l'une de ses connaissances qui passait : Ma foi, je crois qu'il s'en lavera. Une douzaine de cette espèce lui feront du bien.

1G mai 1793, 10 heures du matin.

Originaux non signés (2 pièces), A. N., Flc III, Seine, 27.

Ed. Ad. SCHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 233.

600. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, annonçant que la journée de la veille a été fort tranquille, les groupes peu nombreux et les promenades presque désertes; l'on serait tenté de croire que le peuple sort d'un long sommeil, l'esprit public paraît entièrement changé, et tant les faiseurs de motions à gages que les non gagés semblaient avoir abandonné le métier. Dutard rapporte les propos qu'il a entendus auPalaisMarcliand, où il attendait Miranda vers 6 heures, avec l'un des agents des Jacobins maratistes, mentionne notamment le langage tenu par un vieux bonhomme au sujet des patriotes du 10 août, langage qui a été très goûté par la majeure partie du peuple; les discours attribués à des habitants du Faubourg Saint-Marceau, au sujet des enrôlements et des primes payées aux volontaires. Dutard raconte également que, la veille au soir, dans un groupe aux Tuile-

ries, une espèce d'ouvrier, raisonnant assez et dissertant bien, s'attaqua aux hommes en place, dont il fixait le traitement maximum à mille écus; que dans un autre groupe une marchande de gâteaux, nommée la Mère Duchêne, déclamait contre Miranda, qu'elle qualifiait de traître, de complice de Dumouriez, un petit courtier l'ayant menacée de la faire arrêter et de l'envoyer au Tribunal révolutionnaire, la Mère Duchêne parut interloquée, mais un enragé en haillons prit sa défense, déclarant qu'il était un canonnier qui avait assisté au siège de Maestricht et avait servi sous Miranda, que ceux qui parlent contre lui sont des J. f., des fauteurs de désordres. Ce langage fit impression, et à ce propos Dutard observe que ceux qui ont été aux frontières ont un ascendant particulier sur le peuple, et qu'une centaine de ces hommes, un peu bavards, mais bien intentionnés, suffiraient pour régler l'esprit public a Paris. Il remarque aussi que ces volontaires sont, tous, les ennemis des anarchistes et des aboyeurs des sections, et leur font trembler l'âme dans le corps, quand ils leur parlent. Ils paraissent aussi lâchés de ce qu'on a fait mourir le Roi ; à cause de cela seul, ils égorgeraient tous les Jacobins. Les aboyeurs, qui avaient été témoins du triomphe de Miranda, se répandirent dans les groupes, ils disaient par ironie qu'il fallait le faire généralissime, une espèce de grisette criait beaucoup contre lui, parlant de ses bo témoins. Dans un groupe, un jeune homme mal vêtu, mais narrant fort joliment, mit la conversation sur nos succès en Vendée, s'expri niant en ces termes : « On leur a coupé le piissagc, ils ne peuvent plus communiquer avec les Anglais qui leur fournissaient des vivres; on va les cerner de tous les côtés, ils seront obligés de se rendre»: il semble que le peuple renaisse, lorsqu'il entend des discours semblables. Dutard termine en disant que, le soir, il va aux Jacobins.

17 mai 1793, 8 h. 1/2 du matin.

Original non signé, A. A7., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 237.

601. — Rapport de l'observateur Tisset au ministre de l'intérieur, faisant connaître que l'inquiétude et le mécontentement sont à leur comble, la justification de Miranda, d'une part, l'extrême modération des autorités constituées, de l'autre, jointes à l'attaque prochaine et générale des ennemis du dehors, paraissent en ce moment le résultat de la combinaison des menées perfides d'une cabale contre-révolutionnaire. Des deux partis en opposition, autant l'un se refroidit, autant l'autre se réchauffe, et jamais la morgue des malveillants n'a été aussi scandaleuse. Jamais la surveillance n'a peut-être été aussi urgente et néanmoins aussi négligée, soit en raison de l'incapacitédes sujets employés, ou de l'insuffisance des moyens. L'observateur signale comme exemple d'individus dangereux à surveiller un certain Pascal, neveu du ci-devant Beaumont, archevêque de Paris, qui est « l'homme le plus pern ici eux à la chose publique et le plus à suspecter par toutes ses intrigues et menées, mais en même temps le plus fin, le plus rusé et le plus en règle de sa section ».

Beaucoup de troupes de ligne et autres ont traversé Paris par les portes Saint- Denis, Saint-Martin, se dirigeant vers celles d'Enfer et Saint-Jacques, leur état de dénûment a inspiré aux citoyens une infinité de réflexions désagréables.

17 mai 1793.

Original signé, A. N., 36882.

602. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :

1° Malgré le triomphe de Marat, plusieurs personnes n'approuvent pas ses fréquentes dénonciations; elles disaient hier, dans le Jardin national, qu'il y avait de quoi dégoûter le plus zélé fonctionnaire public, et qu'il n'était pas étonnant que Custine demandât sa retraite.

2° La veille au soir, suivant une dénonciation reçue à la section de Bon-Conseil, l'on devait égorger tous les patriotes, la nuit suivante; ce qu'il y a de certain, c'est qu'on paraît craindre dans la huitaine que l'aristocratie ne frappe un grand T. IX.

coup, qui s'exécuterait de la manière suivante : Les brigands égorgeraient les patriotes les plus connus, tandis que 6 hommes bien armés garderaient l'issue de chaque rue.

3° Un certain Maston, négociant, Maison de l'Egalité, n°s 162-163, que l'on croit avoir aussi une maison de commerce à Bordeaux1, est soupçonné d'accaparement, il a dit à plusieurs personnes que tout allait bien, qu'il ne manquait plus qu'un chef pour terminer le grand coup.

4° Quantité d'armes seraient cachées à Bellevue et à Saint-Cloud , même dans les serres chaudes, l'arrestation de l'exmarquis de Ségur, déguisé en charretier, montre les intentions des chefs du charroi militaire, principalement de la Société Winter, à Bercy, souvent dénoncée par la surveillance du patriotisme.

5° Sur la place de Grève, une femme que tout dénotait comme allemande, disait aux volontaires parlant pour la Vendée, qu'ils étaient des coyons d'aller s'exposer. — On se plaint de ce que l'on ne met pas assez de promptitude à faire partir les gendarmes casernés rue Saint-Victor. — Il y a toujours des femmes aux portes de la Convention, qui veillent à ce que personne n'entre avec des billets.

6° La majorité du peuple, lors du blanchissage de Miranda, a paru fort indignée, il sortit cependant du Tribunal sans être insulté. Ce qui a fait le plus de peine, c'est qu'il demandait au Tribunal d'interpeller les témoins qui parlaient à son avantage, s'ils n'avaient pas connaissance de tels ou tels faits, après qu'il les avait détaillés lui-même. Quand il fut justifié, on dit dans les groupes qu'on s'attendait bien à cela, parce que, s'il avait été condamné, les Brissot,les Buzot, les Vergniaud l'auraient été eux-mêmes. Lorsqu'on sut aux environs de la Convention que le Tribunal révolutionnaire avait acquitté Miranda, plusieurs personnes dirent qu'il fallait aller ouvrir les prisons et mettre en liberté les détenus, parce qu'ils étaient moins coupables que ce général, que ses vues avaient été corrompues par l'or des royalistes. Des femmes s'écrièrent qu'il fallait faire sauter 1,800 têtes, pour que les

choses aillent bien. Le sieur Baillemont, qui vient d'être arrêté comme contre-révolutionnaire, assurait s'être trouvé, hier matin, dans une maison où l'on avait apporté 60,000 livres destinées à corrompre les juges de Miranda, et que cette affaire avait coûté plus de 50,000 écus, non à Miranda. qui était sans argent, mais à ses amis dont il avait tiré de grands services. La dame Rochechouart, très connue par son aristocratie, a dit que ce général ne tarderait pas à se venger de tous les affronts que lui avaient fait subir les scélérats sans-culottes, et que Biron trouverait bien moyen de les mettre à la raison.

7° Les membres du Département, de concert avec les administrateurs des Subsistances, ont consacré une séance jusqu'à 11 heures du soir, pour aviser aux moyens les plus sages, à l'effet de fixer le maximum du prix des grains, demandé avec instance par les départements voisins, qui ont déjà fixé le leur, ce qui les prive de grains dans leurs marchés, vu que les fermiers trouvent plus d'avantage à les conduire à Paris, où le maximum n'est pas encore fixé.

8° La nuit du 15 au 16, il y a eu un vol considérable à la Tourelle de Vincennes, avec effraction, assassinat et des atrocités qui font frémir.

9° La séance de ce jour, à la Convention, a été des plus orageuses, le président s'est couvert 3 ou 4 fois, toutes les issues de la salle devaient être fermées, ce matin, par un ruban tricolore, afin d'ôter aux membres le prétexte d'être troublés dans leurs délibérations. Les femmes de la Société fraternelle se sont fait inscrire pour y monter journellement la garde en armes.

La copie de cette feuille de rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du Maire au Conseil exécutil.

17, 18 mai 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AF» 45, n» 351.

603. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, rendant compte de ce qui s'est passé, la veille

au soir (17 mai), à la séance des Jacobins, où il a trouvé, comme partout, à l'ordre du jour : l'insurrection instantanée, les moyens de diminuer les forces de la Convention et d'accroître celles de la faction. Dutard était placé au milieu de l'une des tribunes, à l'extrémité de la salle. Après un rapport de Desfieux sur l'affaire de la Gironde, Thuriot est monté à la tribune et a déclaré qu'on ne saurait trop user de circonspection et de prudence, son langage mesuré n'eut pas le don de plaire aux gens des tribunes. Legendre combattit Thuriot avec violence, avec de grands gestes, et fut accueilli par des applaudissements frénétiques des mêmes tribunes.

Ensuite Dufourny et un député extraordinaire de la ville de Tours donnèrent les meilleures nouvelles de la Vendée, où les révoltés, assuraient-ils, ne disposaient que de 25,000 hommes, dont la plupart n'avaient , m fusil ni sabre. L'impression ressentie par Dutard est que le saint enthousiasme de la liberté d'autrefois, du patriotisme, s'est métamorphosé en une fureur d'enragés, qu'il n'est plus possible de maîtriser que par la force, du reste, c'est surtout le peuple bâte qu'il a remarqué, beaucoup d'anciens domestiques qui, pour avoir lu les Quatre fils Aymon, ont cru y voir un traité complet de politique.

Varlet, que l'excès de son civisme a fait expulser des Jacobins, reçut un soufllet dans la cour, et un garde national lui ayant dit : « Vous êtes donc bien lâche, lorsqu'ayant un sabre au côté, vous ne vengez pas à l'instant l'affront qui vient de vous être fait», se borna à répondre : ce Je suis bon patriote, et un bon patriote doit savoir supporter une injure. »

Dutard laisse à entendre que les Jacobins sont divisés en deux partis bien distincts et séparés, qu'il appelle la Chambre haute et la Chambre basse, d'un côté les gens instruits, propriétaires, qui pensent un peu à eux, de ce nombre sont Santerre, Robespierre et une bonne partie de la Montagne, de l'autre les anarchistes, qui reposent en partie aux Jacobins et principalement aux Cordeliers, dont Marat est le chef; les premiers sont des modérés et

L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JLlIX 1793

pour peu seraient des aristocrates. Quant au peuple anarchiste, il s'attachera toujours à celui qui paraîtra le suivre davantage dans ses dérèglements, il n'aime Marat et Robespierre qu'autant que ceuxci lui diront : Tuons, dépouillons, assommons, et n'en resterait- 1- il qu'un seul de toute la société (Chaumette, par exemple), ce serait assez pour conduire celle horde de bandits.

Sur la terrasse du château, la veille au soir, les groupes semblaient vouloir reprendre vigueur, plusieurs femmes, plusieurs aboyeurs commençaient à s'échauffer, et les gens sensés, qui ne pensaient pas comme eux et ne parlaient pas de même, étaient insultés. Les premiers accusaient la Convention d'avoir l'ail construire la salle de manière que les tribunes ne pouvaient rien entendre, de manière même que dans la salle les patriotes ne pouvaient pas se séparer des noirs, mille malédictions accompagnaient toutes ces allégations.

Un aristocrate soutint avoir entendu dire à un député, en sortant : «Oh! on réduira Paris, les gens de la Vendée vont venir»; comme on allait l'interroger tout de bon, il fila tout doucement.

Dutard conclut, en déclarant au ministre qu'il avait les sections pour grande ressource à Paris, mais que ce moyen était impuissant et devait être corroboré, la faction n'osait pas remuer en ce moment, elle remuerait encore moins, lorsqu'il y aurait 4,000 hommes de force armée, et 10, et 15 et 20, il fallait absolument un rassemblement.

18 mai 1793, 9 heures du matin.

Original non signé, A. N., FJc III, Seine, 27. Ed. Ad. Sghmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 242.

604. — Rapport de l'observateur Tissel au ministre de l'intérieur, faisant connaître que depuis quelque temps on voit beaucoup de nouvelles figures d'Anglais, en costume français, et ce qui semblerait les rendre suspects, c'est qu'ils se plaisent à ne fréquenter que les endroits où se tiennent habituellement les aristocrates.

Depuis la suppression des maisons de 31,

il se tient beaucoup de conciliabules, nommément dans les spectacles. J.es cafés sont plus que jamais circonspects en motions, mais on y remarque des serrements de mains et des attitudes significatives. Il y a beaucoup d'activité chez les personnes soupçonnées d'aristocratie ; elles vont et viennent, et se rencontrent partout d'une manière surprenante. Quant h la classe des citoyens, elle tombe absolument dans une apathie qui annonce le découragement. La nouvelle de la prise de Condé et de Maubeuge affecte d'autant moins les esprits qu'ils paraissent préparés à des événements encore plus fâcheux.

18 mai 1793.

Original signé, A. N., F7 36882.

605. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, portant qu'il n'y a rien eu que l'extrait de la nomination, par le Conseil général de la Commune, du citoyen Roulanger, commandant en second de la section de la Halle-au- Blé, au grade de Commandant général provisoire, pendant l'absence de Santerre, et l'annonce de l'expérience d'une nouvelle poudre de guerre, de l'invention du citoyen Weyland-Stabl, comparative à celle de l'Arsenal, qui aura lieu, le 19 mai, à 8 heures du matin, à Vincennes, dans un mortier d'ordonnance, par les ordres du ministre.

18 mai 1793.

Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.

606. — Extrait, des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, signalant les particularités suivantes :

1° L'esprit public. sans inquiétude au sujet de l'ennemi du dehors, ne craint que ceux de l'intérieur, mais les forces imposantes envoyées contre eux donnent lieu d'espérer aux plus timides que la République en triomphera facilement ; les propos contre la Convention, qui avaient paru se ralentir pendant quelques jours, se sont tout à coup réveillés, plus forts que jamais, on regrettait que les événements récents eussent empêché de s'occuper de la pétition ayant pour objet de purger le Corps lé-

gislatif, on jugeait dangereuse la présidence dTsnard, taxé d'aristocrate, qui donnait la parole à 12 députés de son parti, tandis que les patriotes s'égosillaient inutilement pour l'obtenir. On attendait le décret sur les contributions volontaires ou forcées, qui n'a point été rendu, et l'on demandait d'imposer aux propriétaires d'exactes déclarations de leurs biens et de procéder à la confiscation des possessions non déclarées, pour les Irais de la guerre.

2° Au milieu du tapage affreux qui eut lieu, le 17 mai, à la Convention nationale, quelques habitants du Marais traitèrent les gens des tribunes de scélérats, alors un coup de sifflet partit de l'une de ces tribunes, ce qui redoubla le tumulte.

3° Des femmes, se disant de la Société fraternelle, se sont portées en foule aux Jacobins, pour exiger des députés patriotes la suppression, par la Convention, des places privilégiées dans les tribunes. La plupart de ces femmes sont armées de poignards et de pistolets cachés, aussi craint-on au premier jour quelque scène sanglante, et que de jeunes aristocrates ne se glissent parmi elles en déguisant leur sexe. On présume que des malveillants, sous le voile du patriotisme, ont excité ces héroïnes révolutionnaires à s'ameuter et à prendre les armes, afin de dissoudre la Convention et de faire couler le sang dans Paris.

4° Un particulier, pérorant dans les groupes du Jardin national, disait qu'il fallait prendre garde aux pièges tendus par les ennemis de la Révolution, qu'on allait sous peu faire une nouvelle levée à Paris de 12,000 volontaires, afin de lui enlever tous ses patriotes et de livrer cette ville au meurtre, au pillage et aux flammes.

b° On trouve impolitique, au moment où il s'agit d'engager les Parisiens à marcher sur la Vendée, de faire passer dans Paris des soldats revenant de l'armée du Nord, la plupart dans un accoutrement si misérable, que beaucoup de citoyens n'ont pu s'empêcher de s'écrier : Allez donc à la guerre chercher an sort pareil! Pourtant ces troupes de ligne, en équipagè si déla-

bré, qui se rendent en Vendée, paraissent fort joyeuses, elles chantent et se divertissent tout le long de la route.

6° Les administrateurs de la compagnie Winter à Bercy reçoivent, à ce qu'on rapporte, 1,000 livres pour l'achat de chaque cheval et n'en ont jamais payé au delà de :>00 livres et même de 200, aussi l'on peut juger quel secours l'artillerie pourra tirer de ces mauvais chevaux ; de même pour les émoluments payés aux capitaines en chef et en second, cette administration prélève une retenue de 5 à 600 livres, aussi devrait-elle être surveillée avec soin "?

7° La section de la Réunion, en raison de la détestable qualité des bas fournis aux volontaires partant pour la Vendée, a décidé de s'en procurer chez les bonnetiers de la section et de poursuivre ceux qui livreraient de mauvaise marchandise; elle doit envoyer chez le ministre 2 commissaires pour demander une avance de 20,000 livres.

8° La veille, des groupes de femmes se sont transportées à la Convention, arrêtant les personnes munies de cartes d'entrée, sous prétexte qu'il ne devait pas y avoir de privilège et que les tribunes devaient être publiques.

9" La section du Contrat-Social a demandé l'aide de celle de Bon-Conseil pour dissiper les troubles qui agitaient son assemblée; le président de cette dernière a levé la séance et les patriotes se sont portés à la section du Contrat-Social, où le calme a été rétabli sur-le-champ.

10° Le nommé Mignard et sa femme, qui s'étaient évadés de la maison d'arrêt de la Mairie, y ont été réintégrés, on croit que leur évasion a été protégée par un gendarme, que les voisins ont vu venir plusieurs fois, et que la femme Mignard a déclaré être son cousin.

Cette copie de la feuille des rapports, adressée au Bureau de surveillance de la Police, est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutil.

18, 19 mai 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. A'., AF11 45, n° 351.

fi07. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, ne signalant que des pa-

L'ESPRIT PUBLIC A PARIS l>K JANVIER A JUIN 1793

rouilles de surveillance pendant les fêles, et dans les rapports de la force armée faisant mention de l'arrestation, dans la section du Pont-Neuf, du gendarme Michel Désiré, pour avoir voulu passer un assignat faux.

19 mai 1793.

Extrait, signé de Clément, secrétaire de l'Etat-major, A. N., AFIV 1470.

008. — Rapport de l'observateur Dutard ii Garât, ministre de l'intérieur, faisant connaître que Paris respire un air de tranquillité qui tient à la lassitude où sont plongés les esprits des deux partis, en raison de l'espoir toujours renaissant, mais toujours inutile, de voir terminer les dissensions qui épuisent toutes les facultés, qu'il a appris ce matin, aux Halles, l'existence d'un complot ayant pour objet d'égorger tous les marchands et les pétitionnaires, lorsque Santerre serait parti, qu'il devait y avoir incessamment un coup terrible, et que c'étaient les femmes qui commenceraient la danse. Du reste, la veille au soir, Chaumette et Hébert avaient dit à plusieurs reprises que l'on méditait dans Paris un grand complot dont ils connaissaient les fils, et que les Sans-culottes déjoueraient celui-là, comme ils avaient déjoué tous les autres; Dutard, à ce propos, donne à entendre que l'insurrection éclaterait au moment où la faction croirait pouvoir utilement et sans risque mettre en jeu tous les brigands de Paris, c'est-àdire tous les voleurs que Paris recèle, et que la faction a enrôlés dans son parti, beaucoup d'anciens domestiques, des suppôts de jeu, de mauvais lieux, en un mot, toute la classe avilie. Dutard conseille au ministre d'exercer sans relâche une surveillance, d'ordonner des patrouilles, fréquentes et nombreuses, des réserves toujours prêtes. Le même observateur rend compte de la séance tenue par le Conseil général de la Commune, dans la soirée du 18, où Santerre présenta son successeur Boulanger, et où les sections de l'Arsenal et du Panthéon vinrent protester contre celte nomination, comme faite au préjudice du droit des sections. Boulanger demanda comme adjoint le citoyen Sepher,

commandant de la Hulle-au-Blé ; Dutard porte sur le nouveau Commandant général un jugement quelque peu sévère, il lui trouve un air un peu suffisant dans le genre sot, disposé à laire facilement le chien couchant auprès de quiconque lui promettrait de l'honneur et de la fortune. Chaumette, dans le discours qu'il prononça à cette occasion, applaudit à la nomination en question, mais déclara que le Commandant général devait marcher à la tête des Sans-Culottes, qui auront facilement raison des riches, de quelques hommes mous et sans courage, qui voudraient exciter la guerre civile, que ceux qui ont été victorieux, le 10 août, le seront encore, que, quant à eux, ils porteront leur écharpe, à l'effet de leur rappeler qu'elle doit servir à les pendre s'ils reculent. Un officier du 78e régiment vint fraterniser avec le Conseil général, et tout en faisant l'éloge des Parisiens, se plaignit du dénûment de ses braves frères d'armes, sans habits, réduits à l'état le plus déplorable. Le sursis à l'exécution du général Miaczynski provoqua nombre de commentaires sur la place Louis XV, où cette exécution devait avoir lieu, et sur la terrasse du château, où il y avait plus de monde qu'à l'ordinaire.

19 mai 1793, 1 1 heures du matin.

Original non signé, A. N., FlcIII, Seine, 27. Ed. Ad. ScHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 253.

009. — Extrait des rapporls et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :

1° Malgré la tranquillité apparente, les têtes continuent à fermenter. On voit avec inquiétude la lenteur des opérations de la Convention, quelques-uns de ses membres sont en butte à de l'animosilé, l'une des principales causes d'agitation est l'armement des citoyennes.

2° Le sursis accordé à Miaczynsky a été accueilli favorablement, l'on en espère d'intéressantes découvertes.

3° La proposition de Guadet a soulevé l'indignation et ne contribue pas peu à augmenter le mécontentement, en raison

de la discorde qui règne constamment au sein de la Convention, et il est à craindre que le feu qui couve ne finisse par une explosion.

\° On voit avec peine restée inexécutée la proclamation du ministre de la guerre, qui ordonne aux militaires de tous grades et de toutes armes de rejoindre leurs postes, île jeunes officiers particulièrement, continuent à afficher l'impudeur de l'ancien régime, et pourraient bien être contrainls à obéir à la proclamation.

:>° Sur la terrasse des Feuillants a été arrêt*5, sur la dénonciation d'un colporteur, un individu qui se trouvait au château le 10 août.

0° On continue à se plaindre des accaparements des marchands, qui reçoivent de la monnaie et n'en rendent jamais, on en conclut qu'ils la vendent, et cette circonstance, jointe au renchérissement excessif des denrées, augmente le mécontentement du peuple.

7° L'on a appris avec étonnement que l'armée des frontières d'Espagne n'était encore forte que de 8,000 hommes, au lieu de 40,000, on se plaint de la négligence du pouvoir exécutif.

8° L'on regarde la légion Batave comme composée en majeure partie de déserteurs et de mauvais sujets de Paris, on présume qu'elle doit être cantonnée aux environs de Paris, au lieu de se rendre aux armées.

La copie de cette feuille des déclarations et rapports faits au Bureau de surveillance de la Police est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

19, 20 mai 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AF" 45, n° 351.

610. — Rapport de l'observateur Dutard à Carat, ministre de l'intérieur, en réponse au reproche qui lui avait été quelquefois adressé d'avoir des principes contre-révolutionnaires et de vouloir verser le sang jacobin, déclarant qu'il serait souverainement impolitique d'envoyer Marat et Cliaumette lui-même à l'échafaud,

et exprimant la crainte qu'une faible lueur de victoire n'excite le zèle des Cuadet.des Vergniaud, et nelesporte à se livrer à de nouveaux écarts qui pourraient leur coûtercher ainsi qu'à la chose publique, se basant sur l'étude approfondie qu'il a faite des inclinations du peuple, de son ambition, de ses passions, sur la fréquentation habituelle des hommes de la faction; pour indiquer au ministre une ligne de conduite à suivre, il s'est demandé ce que ferait La Fayette, s'il était à Paris. Son premier soin serait d'appeler de 6 à 12,000 hommes de troupes de ligne ou de gardes nationaux, sous le titre de troupes de réserve, toujours prêtes à marcher; il ferait décréter l'établissement, sous les murs de Paris, d'un camp de 20,000 hommes, où tous les citoyens, de l'âge de 12 à 70 ans, seraient tenus par moitié de faire un service de 8 jours, meilleur moyen d'arracher les jeunes gens à leur insouciance, à leur ineptie et aux plaisirs de toute sorte; il accorderait une indemnité de 20 sols à tous ceux qui se trouveraient au camp, en établissant des exceptions pour les pères de famille dont la présence à la maison serait jugée indispensable, et pour certaines catégories d'ouvriers, tels que les boulangers; cette troupe serait occupée du matin au soir à des évolutions militaires et formerait en partie la garde de la représentation nationale. Dès cet instant, la faction serait abattue et perdrait tout son crédit, et il ne serait plus nécessaire, pour la détruire, de lancer, à l'instar des Guadet, des Vergniaud, des décrets d'accusation contre les factieux. La disparition de Marat, de Robespierre et de Cliaumette serait un acte immoral et impolitique ; bien plus si, par la fatalité du sort, Marat venait à ne plus exister, il faudrait choisir parmi les écrivains le plus gangrené, le plus hargneux, le plus anarchiste, et le charger de continuer le Pnbliciste et VUniversel d'Audouin. En résumé, Dutard estime que pour détruire la faction, il n'est nullement nécessaire de braquer sur elle le canon, ni de dresser pour elle la guillotine, il est préférable de prendre le peuple pour juge et de laisser tomber, comme d'ellemême, la faction, en la livrant au mépris

qui la poursuit et ne tardera pas à l'atteindre.

20 mai, 9 heures du matin.

Original non signé, A. JV., Plc III, Seine, 27.

611. — Rapport de l'observateur Dutard au ministre de l'intérieur, sous l'intitulé : Bulletin de Paris, déclarant, après avoir lu la déclaration d'Isnard, président de la Convention nationale, qu'il n'est qu'un sot, de plus que le peuple est généralement tranquille et permet qu'on lui parle ouvertement contre les factieux, les Jacobins, que quant aux aristocrates et modérés, ils sont entièrement déridés et se montrent assez les amis de la Convention. Dutard raconte qu'il a vu des ofliciers des troupes de ligne, au nombre de plus de 50, et qu'il a été frappé de voir combien cet air militaire, expression de la force, en impose au peuple, et il ajoute que lui-même s'est senti tout ému, lorsqu'il a entendu, la veille, au café de la Régence, i ofliciers Marseillais parler de leurs exploits dans les Deux-Ponts. Dutard explique le revirement qui s'est produit chez le peuple par la réquisition permanente qui a frappé rudement deux fois toutes les têtes, ceux ayant quelque courage sont partis et les poltrons sont restés, tous prêts à crier, à aboyer, à diffamer, mais nullement à se battre, aussi sont-ils tout disposés à fléchir le genou devant ceux qui ont fait preuve de courage. Certaine conversation entendue au café de Foy par Dutard, dans laquelle un homme de la province, en présence des velléités de la Commune de s'attribuer l'autorité nationale, montrait la Convention faisant venir à Paris les forces départementales, amena Dutard à expliquer comment il procéderait pour détruire la faction. Le lundi de la 3e semaine, il mettrait 10,000 hommes sur pied, dès 6 heures du matin, la Convention serait entourée par une troupe à toute épreuve, après avoir renforcé les postes, il enverrait 600 hommes s'emparer de la salle des Jacobins, dont l'accès serait interdit. Toute la rue Sainl-Honoré serait bordée, depuis la Place Vendôme jusqu'au Palais-Royal, d'une force armée, des milliers de pa-

trouilles circuleraient dans les rues, places et carrefours de Paris. Une proclamation, courte et énergique, tirée à 20,000 exemplaires et distribuée gratuitement, assurerait la liberté, l'égalité et le règne des lois, en ne parlant de la faction qu'en termes généreux, avec amnistie pour les délits d'opinion; le premier b... qui oserait remuer serait capturé, en épanjnant toujours les chefs. Dutard conclut en conseillant à Garai de prendre pour base de sa conduite les deux principes suivants : La discipline militaire, d'un côté, et celle qui émane de la loi, de l'autre, peuvent seules ramener le calme, l'ordre, la paix et enfin le règne des lois. C'est à cette condition, déclare Dutard, que le ministre pourra, dans le silence du cabinet, méditer profondément les bases d'une législation et développer ses grands principes.

20 mai 1793.

Original non signé, A. 2V. , Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 259.

6)2. — Rillet de Garât au citoyen Champagneux, chef de la lre division de l'intérieur, le priant de confier au citoyen Julian de Carentan (Drocon), porteur dudit billet, une mission d'observateur pour Paris, avec note donnant le signalement du sieur Julian, âgé de 29 ans, domicilié rue des Sept-Voies, au collège du Panthéon.

20 mai 1793.

Autographe, A. JV., F>< III, Seine, 27.

la Police, relatant les faits suivants :

1° Malgré la multitude des agitateurs, l'opinion publique se soutient, et si quelque circonstance trouble un peu le calme, ce n'est que passagèrement.

2° Les citoyennes qui s'opposent à l'entrée, dans le sein de la Convention, des personnes munies de cartes des députés, prétendent, d'une part, que ce sont les individus qui doivent applaudir, d'autre part, qu'elles exécutent la loi qui a décrété la Liberté et l'Egalité.

3° Les conférences au sujet de Miaczynski continuent, on désire que, si ses aveux

18V CHAPITRE Ier. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION

opèrent le salut de la République, sa récompense soit la vie.

4° La fermentation contre les membres de la Convention, qui pensent comme Barbaroux, augmente chaque jour, plusieurs projets sont concertés et rejetés tour à tour, sans rien offrir d'inquiétant.

5° Les nouvelles de la Vendée ont généralement déconcerté ceux qui désirent le succès des rebelles et qui, le matin, croyaient pouvoir lever la tête et regarder en face.

0° Un citoyen du nom de Colin, président de la section de la Butte-des-Moulins, a été dénoncé à la Société des Jacobins comme dirigeant un parti destructeur des autorités constituées.

L'extrait de ces rapports et déclarations est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

20, 21 mai 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. A7., AF»45, n° 351.

614. — Rapport de l'observateur Dutard à Carat, ministre de l'intérieur, lui rendant compte de ses pérégrinations à travers Paris, depuis le Palais-Royal jusqu'à la Crève, par les quais, puis à la Montagne Sainte-Geneviève, ensuite par le boulevard du Temple, aux Champs- Elysées et au Palais-Royal, où partout régnait le plus grand calme, et où l'on ne voyait presque pas de groupes. Au Palais' Royal, il a aperçu plus de 30 officiers des troupes de ligne et un essaim de Sans- Culottes en uniforme, paraissant nouvellement enrôlés, et s'étonne qu'on ne les fasse point partir. A l'occasion des fêtes de la Pentecôte, Dutard constate que le même peuple, qui persécute les prêtres, profane les temples, se joue de la religion, considère la Pentecôte comme une solennité, au point que toutes les boutiques de Paris sont restées fermées pendant 3 jours, et Dutard cite des faits qui démontrentle chômage observé par les Sans-Culottes, c'est ainsi qu'à la Montagne Sainte-Geneviève, deux maisons occupées par des relieurs, tous Sans-Culottes, étaient vides, ils étaient en compagnie de leurs femmes, parées de leurs plus beaux habits, à faire des

visites. Au carreau de la Halle, les revendeurs d'habits, qui sont presque tous ou Cordeliers ou Jacobins, ont chômé pendant les trois jours de fêle. Au cimetière des Innocents, les gargotiers qui débitent de la viande et des haricots, sous des parasols, ont également chômé, et cependant ce sont les plus enragés suppôts de la faction Cordelière ou Jacobine. Dutard en conclut que cette grande réunion, ce rapprochement résultant de la Pentecôte, vaut plus pour la chose publique que les deux réquisitions permanentes, et que les Assemblées législatives sont coupables d'avoir brisé tous les liens de l'association civile et politique.

Le décret du 20, ordonnant un emprunt forcé d'un milliard sur les riches, et les nouvelles de la Vendée, ont causé une certaine joie dans le peuple, on trouvait même que le mode d'emprunt adopté par la Convention était supérieurement bien imaginé. Au dire d'un publiciste, entaché d'aristocratie, la Convention songerait à casser la Municipalité et le Département, et a décrété d'accusation Chaumette, aussi est-il certain que les Jacobins perdent chaque jour de leur crédit. Dutard dit que, la veille au soir, à 8 heures, il a vu partir les volontaires de Saint-Roch, qui formaient un cortège charmant et composé d'une belle jeunesse.

21 mai, 9 heures du matin.

Original non signé, A. N., F,c III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 264.

6Ï5. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, mentionnant le départ, d'après les ordres du ministre de la guerre, de deux convois d'artillerie, l'un pour le Mans, l'autre pour l'armée de la réserve. Suivant avis du chef provisoire de la 2e légion, faisant le service à l'Etal-major pendant l'intérim, et conformément aux ordres éciuts du Maire, les 6 chefs provisoires des légions devaient faire le service, jour par jour, à l'Etal-major général pendant l'intérim, et à l'effet d'assurer un fonctionnement uniforme, les commandants des sections armées étaient invités à veiller à l'exactitude du service dans les postes de

L'ESPRIT PUBLIC A P.UUS DE .1 AN VI Kl! A JUIN 1793

leur arrondissement, attendu que plusieurs adjudants - majors de bataillons étaient partis pour l'armée. Les réserves de 2."» hommes par section continueront à être tenues au complet et viendront toujours se faire inscrire au secrétariat do l'Etatmajor général, où le chef de légion de service donnera ses ordres ultérieurs.

D'après les rapports de la garde nationale, des patrouilles avaient rencontré, la nuit, dans la section du Panthéon-Français, beaucoup d'individus armés de gros bâtons d'épine,qui se donnaient rendezvous pour le lendemain. Sur des avis et des craintes de quelques mouvements vers les prisons, de fréquentes patrouilles s'y sont portées, mais tout a été tranquille.

21 mai 1793.

Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.

616. — Extrait desrapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants:

1° Les esprits sont dans une inquiétude assez calme (sic), les groupes se continuent, mais la majorité se prononce pour le patriotisme et la tranquillité. Les troubles des sections se dissipent, les agitateurs, démasqués, commencent à s'en éloigner, particulièrement depuis les nouvelles de la Vendée.

2° Les volontaires enrôlés dans la section des Lombards se plaignent de la lenteur de leur mise sur pied, ils menacent de vendre leurs habits, si le contingent n'est pas formé vendredi, leurs plaintes visent surtout l'aristocratie mercantile de cette section, qui refuse les secours par haine de la chose publique.

3° On continue à murmurer conlre la compagnie Winter qui, dit -on, achète 20 écus des chevaux, hors d'état de faire le service, et qui sont conduits par des joueurs, des souteneurs de jeux et de filles, et notamment des ci-devant gardes du cidevant Roi.

4° La cherté des denrées es! la principale cause des agitations et des murmures. L'emprunt forcé a été accueilli. Les fiacres entendent par le mot liberté le droit de rançonner le public. Les plaintes, les batteries se multiplient à l'infini.

5° Un murmure contre la disculpation de Miranda. Quelques individus s'intéressent au sort de Miaczynski, parce que les déclarations qu'il avait annoncées ont persuadé que ce criminel réparerait en quelque sorte ses fautes par des aveux précieux pour la République.

Cette feuille de rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

21, 22 niai 1703.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AF" 45, n» 351.

617. - Rapport de l'observateur Dutard à Carat, ministre de l'intérieur, racontant l'exécution, sur la place de la Révolution, de Miaczynski, qui s'est montré lâche jusqu'au dernier moment, protestant de son innocence, essayant d'adresser la parole au peuple, lequel, trop pénétré de sa lâcheté, qui confine à la trahison, n'a pas voulu le laisser parler. Sur la terrasse du château on s'est beaucoup entretenu de ceMiaczynski, que l'on a dépeint comme un escroc, un maquereau. Dans plusieurs groupes, sur cette même terrasse, on faisait l'éloge de Custine, dont on a raconté un trait, qui a été fort applaudi, à propos d'un colonel, qu'il mit aux arrêts pour être venu à la parade avec des manchettes de Valenciennes, après les avoir coupées lui-même avec des ciseaux. Au Café Procope, où Dutard comptait retrouver des amis, il n'a vu que des aristocrates et des modérés, le rendez-vous des agents de la faction y était ordinairement à la nuit tombante, mais il n'a pu en reconnaître aucun. Du Café Procope, Dutard descendit vers 10 heures à la Commune, et rend compte de ce qui s'estpassé à la séance où Chaumette et Hébert prirent la parole, dans la discussion qui s'engagea au sujet d'un certificat de civisme demandé par un inspecteur de la voirie. Des députations de diverses sections vinrent, les unes approuver, les autres improuver la nomination de Boulanger, en qualité de Commandant général; la section de Molière et La Fontaine ayant déclaré, la loi à la main, que, en l'absence du Commandant général, c'étaient les chefs de légion

[se.

qui devaient faire le service, Hébert fit observer que ces lois étaient l'œuvre de La Fayette, et que le 10 août les avait toutes ensevelies dans l'oubli, mais qu'il espérait que l'insurrection qui se préparait les ferait toutes disparaître.

Les héroïnes de la liberté (républicaines révolutionnaires) étaient à la Commune à 11 beures et attendaient leur tour, pour donner leur adhésion à la nomination de Roulanger; la veille au soir Dutard en avait vu sur la terrasse du cbâteau une douzaine, qui lui racontèrent diverses particularités, notamment un colloque très vif avec un député de la Convention, à la porte d'entrée, où elles se tenaient pour empêcher qu'on ne passât avec des billets délivrés par les députés. D'après Dutard ces femmes, du genre de celles qu'il avait vues à la Commune, étaient ou des femmes de Jacobins de second ordre, ou salariées par les Jacobins, et du dernier commun, à son avis, la garde nationale n'avait qu'à leur résister avec prudence et raison, et elles n'oseraient tenter aucune entreprise. Dutard rapporte que les promenades étaient, la veille, passablement garnies, mais raftluence n'était pas grande, tout s'y passait tranquillement ; il vit défiler deux fois des volontaires des Gravilliers, qui s'étaient présentés à la Convention et qui paraissaient gais et contents. D'après Dutard, une insurrection générale serait extrêmement difficile, attendu que les poltrons prévaudront sur les courageux, et que tant d'hommes reculeraient qu'il serait impossible de les faire marcher ; deux mesures s'imposent, empêcher les suspects d'être désarmés autrement que sur l'ordre du ministre, et réprimer les Comités révolutionnaires par des emprisonnements. L'un des amis de Dutard, marchand aux Halles, lui disait à propos des femmes des Halles, qu'elles étaient presque toutes aristocrates, que l'ancien régime, le nouveau, ou tout autre leur était égal, qu'elles ne vendaient plus rien et se donneraient volontiers au premier qui leur promettrait l'abondance.

22 mai 1793, il h. 1 /2 du matin.

Original non signé, A.N., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmiivt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 207.

618. — Lettre de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, s'excusant de ne pouvoir, dans le moment présent, remplir sa mission avec tout le zèle nécessaire, en raison des besoins de sa famille, qui vont toujours croissants avec le prix des denrées et dépassent de beaucoup ses ressources, déclarant que la vue de l'esprit public le rend malade, car cet esprit n'est pas tel qu'un véritable ami de la liberté peut le désirer, la Nation ne sent pas assez que la loi est le seul rempart à opposer aux conséquences de l'esprit de parti et à la tyrannie respective des citoyens entre eux. Perrière donne comme exemple les propos qu'il a relevés, notamment ceux de l'un des volontaires enrôlés pour la Vendée, qui disait à l'un de ses camarades, lesquels, tous bons enfants, ne songeaient qu'à boire et à se promener : « Camarades, on veut mettre les Jacobins sur cul, il faut pourtant les soutenir;» ce n'est pas possible, répondirent les autres, qui paraissaient toujours vouloir revenir à leur innocente conversation ; plus loin, Perrière trouve deux ouvriers qui, en se réjouissant de la nouvelle des récents succès obtenus en Vendéë, souillaient cette joie en ajoutant (pue ce n'était pas tout, qu'il se préparait dans Paris un mouvement où il y aurait des tètes promenées au bout des piques; enfin, dans un Comité révolutionnaire il entendit un citoyen désigner à ses collègues un individu et dire : Vous pouvez marquer d'une croix le nom de cet homme, parce que c'était une figure à bureau. Tout cela, observe Perrière, sent furieusement la proscription ; la haine sourde du pauvre contre le riche se manifeste à chaque instant et pourra éclater d'une manière terrible.

Le même raconte que, traversant les Tuileries un peu matin, il fut témoin des murmures qu'excitait la consigne, qui était de laisser sortir, et non pas entrer, et à ce propos fut interpellé par une femme qui, le prenant pour un sans-culotte qu'il est, mais un sans-culotte qui n'en veut pas avoir aux dépens des riches, lui dit : (i N'est-ce pas mon 'ami, il n'y a que les sans-culottes de levés à cette heure-ci, les aristocrates, les gros marchands dorment

tranquillement sous leurs verroux, c'est pour eux que s'ouvrent les portes des Tuileries. »

Perrière termine en exprimant le vœu de voir les braves défenseurs de la patrie plus contents, beaucoup de gendarmes se plaignant de la retenue qu'on leur fait d'un argent qui leur est dû depuis longtemps, la Nation prend tout, disent-ils, et ne restitue rien.

22 mai 1793.

Original signé, A. N., F10 III, Seine, 27. Ed. Al). Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 273.

619. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les indications suivantes :

1° La fermentation est toujours la même, mais elle n'est que partielle et ne présente encore aucune apparence d'ensemble.

2° L'exécution de Miaczynski a occupé les oisifs, chacun en a parlé à sa manière, le peuple est toujours inquiet et agité, la cherté excessive des denrées le fatigue.

3° On se plaint de ne voir partir les volontaires enrôlés que par fractions et très lentement, l'on observe qu'étant payés à compter du jour de leur enrôlement, ils consomment cet argent en plaisirs et en débauches, au lieu d'être utiles à la patrie.

4° Les groupes se multiplient dans tous les quartiers, mais les motionnaires se contrarient, et l'on se sépare, faute de s'entendre. Les Tuileries et le Jardin de l'Egalité présentaient des rassemblements plus calmes qu'à l'ordinaire, le patriotisme ue paraît pas vouloir céder.

Cette feuille de rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

22, 23 mai 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AF"45, n» 351.

620. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, annonçant que, du côté des Halles et du Palais de l'Egalité, tout est d'une tranquillité parfaite, et que, la veille au soir, un conflit entre la Société des Cordeliers

et la section de la Hulle-des-Moulins, au sujet d'un complot dénoncé par cette So* ciété, avait provoqué un rassemblement assez considérable devant l'église Saint- Roch, dont une patrouille de 60 hommes bien décidés détendait l'entrée et divisait les groupes, déclarant que l'attitude de cette patrouille, composée de modérés, en avait imposé aux Jacobins, qui n'avaient fait aucune résistance et plus souillé mot, faisant remarquer que, sans contredit, on avait rendu un grand services aux modérés de Paris, de tous les rangs, de tous les âges, de leur faire monter par eux-mêmes leurs gardes; Dutard en cite plusieurs exemples caractéristiques : un apothicaire du Roi de la rue Saint- Martin, enchanté de monter sa garde et d'avoir à sa disposition un fusil avec 40 cartouches, un courtier de la section de la Trinité, qui disait que les Jacobins étaient f.... et qu'ils jouaient de leur reste, un garçon marchand de vin, que Dutard entendit, devant l'église Saint- Roch, discuter la question de la permanence des sections, qu'il analysa très bien. Dutard se demande si le parti modéré, pris partiellement et collectivement, n'est pas plus fort, plus vigoureux, plus nerveux et peut-être plus nombreux que celui des anarchistes; il a pu constater que, dans les tribunes des sociétés populaires, les aboyeurs des sections sont presque tous des lâches, pour la plupart de petits hommes, qu'un souftle modéré renverse, que nombre de marchands, d'artistes, pour la plupart originairement sans fortune, doivent à la force seule de leur corps celle qu'ils ont acquise, que les demoiselles de Paris arrêtent ordinairement leur choix sur des hommes vigoureux, et que ce sont généralement ceux qui ont du bien. Dutard aborde une question dont on parlait la veille à demi-mot, celle des projets prêtés à la Convention de vouloir supprimer la Municipalité et le Département, et d'établir 6 municipalités à Paris, il trouve que la Convention doit rélléchir que la Municipalité s'est mise presque en opposition avec elle, l'a heurtée presque de front, que par les empiétements sur l'autorité que la Convention

188 CHAPITRE Ier. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION

a lolérés, elle a presque semblé reconnaître la légitimité de sa conduite, et qu'il est temps de savoir si c'était à la Municipalité ou à la Convention que le peuple devait obéir, mais que vouloir frapper un grand coup, ce serait risquer le certain pour l'incertain, qu'il est d'avis de laisser, partout et pour tout, faire et agir les sections, qu'on y dénonce et qu'on y improuve Robespierre, Maral, Lbuillier et Chaumette, leurs personnes devant toujours être sacrées, de plus qu'aucune tentative ne sera possible que le jour où une force départementale sera à Paris et qu'elle demandera elle-même ce que l'autorité désire à ce propos. Dutard ajoute que la fédération générale serait une belle occasion et qu'il laisse à Carat le soin d'examiner si elle doit être convoquée pour le H juillet, afin de prendre à temps des mesures pour ne pas tomber dans l'écueil où est tombé M. Roland.

Une autre question que Dutard soumet à l'examen de Carat, est celle de savoir s'il convient que la Convention assiste en corps ou par députation à la procession de la Fête-Dieu, l'un des plus sûrs moyens, suivant Dutard, de se réconcilier avec le peuple et de rallier de plus en plus tous les citoyens.

23 mai 1793, 9 h. 1/2 du matin.

Original non signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Au. Schmidt, Tableaux de la Révolution

621. — Billet de Carat, ministre de l'intérieur, à Champagneux, chef de la lre division à l'intérieur, le priant de donner au citoyen Baumier (Jean-Baptiste) une mission d'observateur pour Paris, avec le signalement dudit Baumier, âgé de 44 ans, demeurant à Paris, rue du Croissant, n° 0.

23 mai 1793.

Autographe, A. N., Flc III, Seine, 27.

622. — Rapport des observateurs Hugot et Bicbet, informant qu'en plusieurs endroits où ils s'étaient transportés, la conversation roulait sur Lacroix, Chanibon, et l'on disait : « Voyez comme se comportent nos mandataires, si l'on D'était

pas plus unis qu'eux, les affaires iraient bien mal. » Dans d'autres groupes on parlait de l'affaire de Cusline et l'on accusait de trahison le commandant de l'aile qui a va il fléchi.

A 9 heures 1/2 du soir, à la section des Lombards, on en est venu aux mains, des femmes ont crié : aux armes, on se bal, la section d'Arcis s'y est portée, mais tout s'est calmé aussitôt, l'auteur de la rixe, arrêté immédiatement, fut conduit au Coin i lé révolutionnaire.

I/observateur Bichet ajoute que la section des Champs-Elysées a envoyé aux 47 autres sections un arrêté tendant à supprimer les autorités constituées, dans les 24 heures, en attentant à la liberté du Maire et en provoquant une révolution à la Convention. La section de la Maison-Commune a passé à l'ordre du jour, en vouant cet arrêté au mépris, et a nommé des commissaires à l'effet d'inviter les sections et les sociétés populaires à se réunir et à témoigner à la section des Champs- Elysées tout le mécontentement et tout le mépris que l'on a pour son arrêté.

23 mai 1793.

Original signé, A. N., C 355, n» 1868.

623. — Bapport de l'observateur Goisier, faisant connaître qu'il a parcouru différents quartiers, entre autres ceux du Jardin des Plantes et du Luxembourg, et qu'il n'a rien vu de préjudiciable à la loi, ni à la République, cependant la plupart des groupes demandent la dissolution de la Convention.

23 mai 1793.

Original signé (en double), A. N., C 355, n° 1868.

624. — Rapport de l'observateur Cordebar, déclarant que tout était fort tranquille là où il avait passé, la femme lieutenant, dont il avait parlé dans un précédent rapport, sert dans le régiment de Berge chasseur, 10e compagnie, l'observateur Cordebar annonce qu'il est à la poursuite de M. d'Hareourl, conjointement avec le citoyen Rertremieu, l'aîné.

23 mai 1793.

Original signé (en double), A. N., C 3ï5. n" 1868.

L'ESPRIT FLIItLK : A PARIS i)E JANVIER A JUIN 1793

025. — Rapport de l'observateur Simon, faisant connaître qu'une petite femme, habillée en amazone uniforme, jointe à d'autres particuliers, empêchait encore la veille le passage des personnes munies de billets rouges à l'entrée des écrivains de la Convention, et allait causer de la rumeur, sans le factionnaire qui a mis toute la fermeté d'un bon citoyen pour en arrêter les suites, celle femme est suspecte d'être soldée par quelques partis. Le public a beaucoup applaudi à ce que la Commune de Paris ne soit point divisée, comme le demandait Musseau, il était attendu par de bons citoyens pour le huer, comme il l'avait déjà été à la Convention. La tranquillité se manifeste dans la capitale au sujet des frontières et de la Vendée, l'espoir des forces qu'on leur oppose satisfait le public, qui s'attend à d'heureux succès.

23 mai 1793.

Original signé (en double), A. N., C 355, no 1868.

626. — Rapport de l'observateur Le Roy, marquant qu'au désir des intentions du citoyen Lafosse, chef de leur bureau, ils se sont portés au lieu du supplice du général Miaczynski, pour savoir si tout y était calme et tranquille ; on a observé que sur la place, et aux alentours il y avait un peuple immense qui se comportait d'une manière admirable, la satisfaction était peinte sur tous les visages, et l'on entendait ce peuple dire avec enthousiasme : « Voilà donc un scélérat qui va subir la peine que mérite sa complicité. »

L'observateur Le Roy déclare être revenu du côté de la Convention, où il y avait beaucoup de monde, mais qui se comportait on ne peut mieux, il monta dans la tribune du côté du Faubourg Saint- Germain, qui était pleine, ainsi que toutes les autres, le peuple semblait tranquille, mais les législateurs étaient fort agités, il était alors question de la justiiication des commissaires envoyés pour découvrir les trames du ci-devant duc d'Orléans. Se trouvant trop à l'étroit dans le local où il était, l'observateur sortit avant la justification, dans l'après-dinée, il parcourut une grande partie des boulevards du Temple,

le Faubourg Saint-Martin et plusieurs rues, et put constater que tout était calme et tranquille.

23 mai 1793.

Copie, A. N., C 355, n" 1868.

627. — Rapport de l'observateur Dôrléans, faisant connaître qu'après avoir parcouru plusieurs quartiers de Paris, il n'y a rien vu de contraire aux lois ni à la tranquillité publique, et n'a rien entendu dire qui puisse nuire au bien commun, qu'à 2 heures, il se rendit à la Convention, où tout était calme et tranquille, ainsi qu'aux environs; il y avait peu de monde dans la tribune où il se trouvait, on y murmurait contre plusieurs députés que l'on voyait dormir de côté et d'autre et montrer ainsi le peu d'intérêt qu'ils prenaient à la chose publique, et l'on disait dans la tribune : « Ils ont gagné leurs 22 livres facilement et sans peine. »

23 mai 1793.

Original signé, A. N., C 355, n° 1868.

628. — Rapport de l'observateur Legrand, annonçant qu'il a employé la journée du 21 au 22 mai à prendre des informations, que, le 23, il a parcouru une grande partie des boulevards, les Champs-Elysées, les environs de la Convention et le Palais de l'Egalité, et a remarqué que dans beaucoup de conversations les citoyens témoignaient leur mécontentement des députés de la Convention, auxquels ils imputaient tous les maux et une cause de désunion, ce qui dans peu de temps mènerait à un nouveau 10 août pour égorger tous les traîtres.

(23 mai 1793.) Original signé et copie (2 pièces), A. N., C 355, n" 1868.

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