mai
Original signé, A. N ., C 355, n° 1868.
630. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Mairie, signalant les faits suivants : 1° La différence des opinions et l'agitation qui en est la suite nécessaire n'offre encore rien d'inquiétant. La désunion entre quelques membres de la Convention, d'un côté, l'excessive cherté des denrées, de l'autre, sont les principales causes de la fermentation du peuple, qui se lasse de se plaindre à mi-voix et qui finirait par se débander, si la Convention n'apportait un prompt secours à ses maux, et on ne peut se dissimuler que le soulèvement ne soit inévitable et très prochain, si l'on ne prend les mesures les plus efficaces pour soulager le peuple.
2° La lenteur du recrutement est due en majeure partie aux scélérats qui ont égaré les hommes de bonne volonté en leur inspirant de la méfiance; ce moyen n'a cependant pas réussi, puisque les volontaires, assemblés hier 23, sur la place des Piques, pour leur départ, répondaient aux monstres qui se glissaient dans leurs rangs pour les décourager : Nous partons pour nous battre et exterminer les traîtres.
3° On murmure de ce que les volontaires, casernés à l'Ecole militaire depuis S semaines et tous habillés, ne soient pas encore armés et partis.
4° Les agitateurs et marchands d'argent commencent à reparaître, mais on les surveille exactement.
5° On a vu plusieurs volontaires, nouvellement enrôlés, vendre leurs souliers, guêtres, bas et chemises, ce qui ferait présumer l'intention de ne pas partir, on désirerait un arrêté de la Commune qui interdit à tous marchands d'acheter d'un volontaire quoi que ce soit de son équipement.
6" L'arrêté de la section des Champs- Elysées, tendant à dissoudre les autorités constituées, a généralement été accueilli avec indignation par les autres sections.
La motion d'un membre de la Convention, tendant à casser la Municipalité et mettre le Maire en état d'arrestation, a éprouvé le même sort.
Cette feuille de rapports, du 23 au 24 mai, est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
23, 24 mai 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., A.F" 45, n" 351.
631. — Rapport de l'observateur Dutard à Carat, ministre de l'intérieur, rendant compte d'une visite qu'il a faite aux Sans-Culottes du Faubourg Saint-Antoine, qu'il n'avait pas vus depuis 8 mois, et dont il a reçu le meilleur accueil; l'un de ceux avec lesquels il s'est entretenu, un brave fabricant de petits souliers d'enfants, à propos de l'envoi d'un arrêté de la section des Tuileries relatif à la sûreté de la Convention, a pris la défense du peuple des faubourgs, dont, à son avis, il n'y a rien à craindre, qui ne compte que des braves gens, tous gueux, mais d'une droiture éprouvée, et de Marat, ce pauvre cher homme, qui leur a bien prédit tout ce qui est arrivé et qui, depuis 15 jours, a 3 fois failli être assassiné. Loin de le regarder comme un gueux, la classe du petit peuple a partagé les sentiments de Marat sur bien des points, mais, quoiqu'il le regarde comme un peu fou, ses prédictions, suivies de quelques réalités, sa résistance continuelle aux divers partis que le peuple haïssait, enfin l'idée que le peuple s'est faite de son intégrité, lui ont fait des partisans et valu l'amour, la protection du petit peuple. Dutard reconnaît lui-même que souvent Marat a raison, plus conséquent que les grands raisonneurs, il est toujours resté avec le peuple, c'est ainsi qu'il disait dans une de ses feuilles que la suppression projetée du traitement des prêtres constitutionnels serait le comble de l'infamie, parce que l'on ne ferait plus aucune différence entre le réfractaire et le constitutionnel. Généralement , l'on est trop fondé à croire que les hommes du peuple sont incapables de raisonnement, tandis que le peuple, dans sa petite sphère, raisonne quelquefois plus sainement que
les gens les plus éclairés, que, dans la révolution, le peuple s'est montré généralement plus sensé que le parti éduqué. A propos de certaine affiche, qui resasse des rapsodies archi-connues et qui respire un air d'aristocratie insupportable, Dulard déclare que la dignité, la franchise, la popularité, voilà ce qui convient au peuple, et il donne un échantillon du langage qu'il conviendrait de lui tenir; dans un modèle de proclamation qu'il soumet au ministre, Dutard exerce sa verve au sujet de l'affiche de Drouet, placardée dans Paris, qui parle du scandale causé par le représentant Penières, lequel avait reçu des coups de bâton du sieur Lacroix, pour avoir refusé de se battre en duel au bois de Boulogne, et estime que le sieur Penières devrait être traduit au Tribunal révolutionnaire. Dutard assistait à la séance de la Commune, dans laquelle Chaumette avait lu et paraphrasé un article du journal d'Etienne Feuillant, touchant une dénonciation faite par la section de la Fraternité, et proposé le renvoi au Comité de police de cette feuille et de l'arrêté de cette section, » afin de poursuivre les auteurs du complot dénoncé, s'il y avait lieu, ou poursuivre les dénonciateurs comme prévenus de calomnie » ; le Conseil général de la Commune décida de se rendre en corps à la Convention pour demander communication de la pétition ; Chaumette fit à Dutard fimpression d'être vivement ému et presque désarçonné, et sembla vouloir, à son ordinaire dans les momenls d'orage, se mettre tout entier sous l'égide de la Convention. Dutard donne avis au ministre d'un symptôme grave, c'est que les marchandises allaient bientôt manquer, que l'eau-de-vie en tonneau valaiL 3 livres 4 sols, au lieu de 34 et 36 sols qu'elle valait, il y a 6 mois, que la mercerie menaçait également de manquer, qu'alors tout irait mal, attendu que la classe commerçante s'entendra pour faire manquer tout à la fois. Dutard rapporte, en terminant, qu'au café du Caveau, le malin, un orateur, que quelques modérés écoutaient avec délices, s'est plaint d'être plus dans l'esclavage qu'il y a 5 ans et de ne plus pouvoir exprimer librement son opinion, tous ré-
pondaient en chu'ur : « C'est vrai, il faut absolument terrasser les anarchistes. »
Dutard a été tenté de répliquer : Où est donc votre sabre?
24 mai 1793, 10 heures du matin.
Original non signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed- An. Schmiot, Tableaux de la Révolution
française, t. I, p. 282.
G32. — Lettre de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, lui exposant qu'il croit ne pas s'écarter du plan qu'il s'est tracé en lui faisant connaître des sujets honnêtes et capables, qu'on peut employer utilement suivant leur caractère et leurs talents, et lui adressant un mémoire en faveur d'un gendarme, qui esta même de rendre quelques services, faisant partie d'un corps particulièrement destiné pour l'intérieur.
2i mai 1793. Original signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. SciIMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 288.
633. — Billet de Garât, ministre de l'intérieur, au citoyen Champagneux, chef de la lre division à l'intérieur, le priant de donner une mission d'observateur, pour Paris, à Jacques La Tour La Montagne, porteur dudit billet, avec le signalement de La Tour, âgé de 38 ans, résidant à Paris, rue de la Corderie, au Marais.
24 mai 1793.
Autographe, A. N., F,c III, Seine, 27.
63't. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance, donnant les renseignements suivants :
1° La fermentation est générale et touche à son comble. Les agitateurs du peuple se multiplient tous les jours et sous toutes les formes. Les femmes sont les instruments dont ils se servent et n'en sont que plus dangereux, on désigne comme tel un nommé le Petit Gautier.
2° L'aristocratie se prononce hautement et annonce de grands événements. Son triomphe apparent provient de l'égoïsme de la majeure partie des citoyens qui, fatigués de leur agitation continuelle, n'ont pas assez de courage pour persévérer.
3° Les prêtres réfractaires et les ci-
devant nobles, qui fourmillent dans Paris, font tous les jours de nouveaux prosélytes. Les premiers continuent leurs assemblées aux ci-devant Missions étrangères, rue du Rac, on n'y entre que par billets 2 ou 3 fois la semaine. Passy et ses environs paraissent contenir plusieurs rassemblements d'émigrés et d'aristocrates.
4° On néglige trop l'exécution de l'arrêté du Conseil général de la Commune, qui exige l'inscription des noms des propriétaires et locataires sur la porte de chaque maison. On a la certitude que certains propriétaires sont payés pour substituer de faux noms. Un exemple rigoureux serait extrêmement nécessaire.
5° La tranquillité, qui parait régner dans Paris, sera bientôt troublée, si les objets de première nécessité ne diminuent pas très promptement. Les femmes sont toutes prêtes à recommencer la scène du 25 mars, et cette circonstance sera le signal de la guerre civile.
Cette feuille de rapports, du 24 au 25 mai, est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
24, 25 mai 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. JV., AF" 45, n° 351.
635. — Rapport de l'observateur Rutard à Garât, ministre de l'intérieur, annonçant qu'il vient de monter la garde de la nuit à la réserve de sa section, que dans son corps-de-garde il n'a remarqué que 2 enragés, l'un d'eux, tailleur pour femmes, qui, ayant voulu pérorer sur Marat, fut combattu par Dutard, lequel, tout en couvrant Marat d'éloges, prouva qu'une certaine catégorie de gens adoptaient aveuglément tout ce que Marat avait de plus mauvais dans ses systèmes, et tendit à démontrer que le plus sûr moyen d'établir une bonne organisation sociale et de mettre fin à toutes dissensions, serait de faire occuper toutes les places par des hommes domiciliés à Paris depuis 10 ans au moins, gens établis, pères de famille, de bonne vie et mœurs, et âgés au moins de 40 ans, lesquels connaîtraient mieux la manière de traiter, de gouverner, de conduire les hommes. Dutard insiste
de nouveau auprès du ministre au sujet du langage qu'il convient de tenir au peuple, il faut, dit-il, lui parler comme on parlerait à Sieyès et Condorcet, prendre soin de ne pas blesser son orgueil, son amourpropre, éviter les abstractions, les longs discours et les raisonnements scientifiques; il rappelle l'affiche dérisoire d'un ministre de la guerre, cherchant à prouver que les piques valaient mieux dans un combat que les fusils, affiche qui fut accueillie par cette réflexion cent fois répétée : On se f... de nous. Aujourd'hui, ajoute-t-il, l'aristocrate s'est rapproché du modéré , le modéré influence toute la classe sans-culottiére : du vin, de la bière, bonne humeur, une poignée de main, voilà ce qu'il faut aux Sans-culottes. Dutard entendit, la veille au" soir, Varlet pérorer pendant une heure sur la terrasse du château, sans grand succès; l'on apprend que lui et 0 autres sont en état d'arrestation. Voilà, d'après ce que recueillit Dutard, ce que le peuple dit à l'égard de ces aboyeurs subalternes. « Eh bien, tant mieux, ils nous embêtent, on fait fort bien de les f... dedans; si on les y mettait tous, peut-être qu'ils nous laisseraient tranquilles et que les affaires en iraient mieux. » L'esprit du peuple est des meilleurs, encore faut-il frapper avec mesure, éviter le sang. Dutard trouve qu'il importe de laisser [subsister la Commune, le Département et les Jacobins, mais que la Convention devrait dès aujourd'hui établir une Commission pour surveiller les opérations des 48 Comités révolutionnaires et de la Commune, attendu que dans les sections les meilleurs citoyens ont encore peur d'être emprisonnés et désarmés; la même Commission serait chargée de se transporter dans les sections, où il s'élèverait des divisions, pour les mettre d'accord. Un autre point essentiel serait de faire en sorte d'avoir pour Commandant provisoire l'un des six chefs de division que l'on croira le plus honnête et le plus capable, lequel ne pourra qu'être bien accueilli et fera taire tous les partis, on peut tout faire dans ce moment, les sections ne contrediront pas. Il importe de faire choix d'un Commandant général et d'en
L'ESPRIT PUBLIC A PAHlS DE JANVIER A JUIN 1793
donner avis dans toutes les sections, il serait bon d'établir un point de ralliement dans chaque section, dont "les opérations seraient réglées par 12 imitateurs, ayant pour mission de convoquer les propriétaires sur lesquels on peut compter.
Dutard rappelle à Garât que la Fête-Dieu approche et que c'est à pareille époque que Petion fut accueilli à coups de pierre par les sans-culottes des Arcis, pour avoir déclaré, dans une ordonnance, qu'on serait libre ce jour-là de travailler ou de ne pas travailler, que Manuel fut menacé du même sort, pour avoir osé imprimer qu'on serait libre ou non de tapisser, que, d'une part, le peuple veut unanimement une chose à laquelle il est attaché, et que, d'autre part, ses représentants prennent à tâche de contrarier ses goûts et ses penchants, que si la Convention ne restaure pas celte solennité, il est à craindre que le 2 septembre ne se renouvelle contre elle.
25 mai 1793, 10 heures du matin.
Original non signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 297.
636. — Lettre de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, signalant l'apparition d'un nouveau journal, intitulé : VAmi véritable du peuple, qui paraît écrit en opposition à. la feuille de Marat, et substitue à la dénomination d'hommes d'Etat, employée par Marat, celle d'hommes de proie, mais le style de cet antagoniste semble n'avoir ni la force, ni la précision, ni l'amertume dévorante de la plume de Marat, aussi cette nouvelle feuille ne peut guère être opposée en force à celle de Marat. Perrière rapporte que, hier, un homme s'élevait avec beaucoup d'énergie, mais avec plus de fureur encore que de raison, contre le décret ordonnant que la Convention sera gardée, il était accompagné de gens qui, par la férocité de leurs regards, avaient l'air de vouloir contraindre l'opinion des auditeurs; ils désignaient sans se gêner ceux des membres de la Convention qu'ils réservaient à leurs couteaux. Le prédicant prétendait que l'état de la France était pire qu'au 10 août, il pressait le peuple T. IX.
de se lever, soutenant que dans 15 heures il serait trop tard.
25 mai 1793.
Original non signé, A. N., Flc III, Seine, 27.
637. — Lettre de l'observateur Haumier a Garai, ministre de l'intérieur, le remerciant d'avoir songé à lui pour la mission vraiment philanthropique que doivent remplir les commissaires observateurs, mais exprimant le regret de n'avoir pas eu pour destination un autre département que celui de Paris, l'étude particulière à laquelle il s'est livré au sujet de toutes les parties de l'économie rurale et politique, lui faisant désirer de porter ses observations sur l'agriculture, seule et unique source de la richesse publique, et sur le commerce, son principal agent, or, Paris n'est point un département agricole et commercial, mais un département mercantile, agioteur et tinancier, objet de son mépris, demandant en conséquence à être envoyé dans un autre département, ou, s'il devait se résigner à rendre moins de services, déclarant que dans le plan qu'il s'est tracé, l'instruction occupe la première place, convaincu que c'est en éclairant les hommes, qu'on les rend dociles au mainlien de l'ordre public, exposant enfin au ministre les besoins pressants auxquels il est en proie, avouant que sans son collègue et ami Desrenaudes, il n'aurait même pas su où prendre de quoi dîner tous ces jours-ci, un état si critique ne pouvant lui laisser, ni le repos d'esprit, ni les forces nécessaires pour vaquer aux devoirs qu'exige sa nouvelle mission, et sollicitant la remise de quelques avances.
25 mai 1793.
Original signé, A. JV., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 304.
638. — Déclaration du citoyen Noël- Marie Robert, ingénieur et maître de forges, député extraordinaire de la Charité-sur- Loire, demeurant à Paris, hôtel d'Angleterre, portant qu'il y a un quart d'heure, passant dans la rue aux Ours, il a entendu deux hommes causer ensemble, et l'un
d'eux dire à l'autre : « On va enlever cette nuit les canons des sections et s'en emparer. »
25 mai 1793.
Original signé, A. N., F1 36882.
039. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que tous les adjudants des sections auront soin de faire fournir par chaque capitaine de compagnie le nom de tous les citoyens qui monlent journellement, soit au Temple, soit à la Convention, soit à la Mairie, soit à la réserve à la Maison commune, afin que le commandant de chaque détachement partiel puisse représenter l'état exact des hommes qui sont de service aux chefs de ces postes pour en faire l'appel nominal.
Tous les commandants de postes particuliers seront tenus d'adresser aux commandants en chefs un rapport exact de tous les événements qui auraient pu se passer pendant leur garde, afin que par ce moyen les commandants en chef puissent faire leur rapport général.
Les rapports de la garde nationale ne mentionnent rien d'extraordinaire.
640. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, contenant les renseignements suivants :
1° Les esprits sont entièrement divisés, les deux partis sont prononcés, le moment de l'explosion n'est pas éloigné, à moins que l'on ne prenne les plus grandes mesures; l'arrestation des citoyens Hébert et Varlet n'a pas peu contribué à la fermentation qui existe. On a vu avec beaucoup de peine la manière dont la Convention a reçu la députation du Conseil de la Commune relativement à la pétition à présenter pour la mise en liberté des citoyens Hébert et Varlet. On s'étonne de ne pas voir la même rigueur contre les libellistes à gages, qui propagent par leurs écrits incendiaires la haine des départements contre Paris.
2° <>n se plaint de l'indiscrétion, pour ne pas dire plus, des personnes qui dëcachètent les lettres du ministre de la guerre. Un citoyen Saintin donne plus
particulièrement lieu à de justes soupçons par ses principes d'aristocratie, qui lui font trouver injuste notre Révolution.
3° Les murmures contre la cherté des denrées vont chaque jour en augmentant, et cette circonstance paraît devoir devenir l'un des motifs des événements qui se préparent.
Cette copie de la feuille de rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
Copie conforme, signée Lafosse, et original signé (2 pièces), A. N., AF11 45, n° 351.
041. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, mentionnant un arrêté du Corps municipal, du 24 mai 1793, concernant l'enregistrement à la Mairie, dans un bureau spécial, des soldats qui auront besoin d'aller prendre les eaux et qui devront être munis d'un certificat de médecin ou chirurgien d'hôpital, et déclarant qu'il a été convenu, entre les chefs de légions, que le service des canonniers serait commandé par les adjudants généraux d'artillerie, afin d'établir de l'uniformité dans ce service et éviter par là les inconvénients qui se sont produits jusqu'à ce jour, en conséquence, toutes les compagnies de canonniers ne recevront dorénavant l'ordre- de service que desdits adjudants d'artillerie, en outre, toutes les fois que les pièces de canon sortiront d'une section, le commandant en sera toujours prévenu pour délivrer la permission. D'après les rapports de la force armée, le poste du Pont-au-Change a arrêté, cette nuit, la voiture des ministres de la justice et de l'intérieur, qui allaient à la Mairie, comme ils n'avaient pas de carte civique, un caporal de ce poste est monté dans la voiture pour s'assurer du fait, ce qu'il a attesté vrai à son retour de la Mairie. L'on a arrêté et mené au poste de la Trésorerie un citoyen accusé de faire le commerce d'argent sur le perron.
25 mai 1793.
Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.
642. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de
tgs
la Police du 20 au 27 mai, donnant les indications suivantes :
1° Tous les esprils sont agités de manière à faire regarder un grand mouvement comme très prochain. Les groupes sont plus multipliés que jamais, et l'on ne peut se dissimuler que l'on touche au moment d'une nouvelle insurrection, à moins que les mesures que se proposent de prendre les sections n'aient leur efficacité.
2° Le décret qui ordonne la clôture des sections à 10 heures est vu défavorablement, hon nombre de citoyens se plaignent do ne plus pouvoir prendre part aux délibérations, parce qu'ils ne quittent leur journée qu'à 9 heures.
3° Les citoyens mis en état d'arrestation par la Commission des Douze sont la matière de toutes les conversations et l'objet de toutes les discussions des sociétés populaires et des sections. On traite le mode à employer pour engager la Convention à rendre la liberté à ces citoyens, et aujourd'hui 27, il y aura un parti pris qui sera peut-être extrême, si la Convention persiste à refuser d'entendre les pétitionnaires.
4° La section de l'Arsenal a éprouvé hier la plus grande rumeur, les chaises ont étéjetées à la tète.
l>° On se plaint de ce que les canons du poste du Temple ne sont fournis d'aucunes munitions.
La copie de cette feuille de rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
26, 27 mai 1793.
Copie conforme et original signé (2 pièces), A. N., AF» 45, n" 351.
043. — Rapport de l'observateur Dulard à Carat, ministre de l'intérieur, sous la rubrique Bulletin de Paris, l'informant que, la veille, sur la terrasse du château, il avait été le témoin de nombreuses motions plus ou moins incendiaires ou modérées, qu'on s'y entretenait beaucoup de la résistance qu'avait montrée la Convention pour recevoir les pétitionnaires des sections et pour admettre à défiler un bataillon de volontaires de la Croix-Rouge et
des Quatre-Nations ; d'autres prêchaient la modération et représentaient le danger qu'il y aurait à se diviser et surtout à sévir contre 1rs représentants du peuple. La veille au soir, un Provençal de 40 ans, homme éduqué, haranguait le peuple dans un groupe avec toute la vivacité d'un jeune homme, et déclarait que jamais la contrerévolution n'aurait lieu, tant que la Provence, le Dauphiné et le Roussillon existeraient. Dutard ajoute qu'après avoir passé à sa section, où l'on délibérait sur l'admission d'une députation des Cordeliers, il s'était rendu à la Commune, où il trouva (oui en désarroi et entendit un rapport de M. Cûbièrês sur la façon dont étaient traités Hébert et Varlet, qu'on avait mis dans un grenier à tous les vents, où 2 grabats étaient occupés par des généraux Éraîtresj c'est-à-dire des scélérats, et les 2 autres par Hébert et Varlet, soit dés honnêtes gens.- Do là, Dutard courut à la section de l'Arsenal, où tout le monde était en gaieté, des coups de chaises donnés, plusieurs blessés, dont un capitaine emporté dans un fauteuil, mais enfin les saule-ruisseaux, courtauds de boutiques, avaient fui et les Sans-Culottes étaient restés les maîtres, des patrouilles de plusieurs sections, accourues, avaient rétabli l'ordre. Dutard se retira à minuit précis, après le départ des commissaires de la Commune.
27 mai 1793.
Original non signé, A. N., F1* III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 312.
644. — Rapport de l'observateur Dutard à Carat, ministre de l'intérieur, déclarant que, dans son sentiment la Convention, à l'heure actuelle, ne saurait user de trop de circonspection, qu'elle (levait épargner les chefs de factions en se contentant, pour le moment, de leur rogner les griffes ou les ailes, que, par conséquent elle devait s'attendre à être forcée de relâcher Hébert et aviser d'avance aux moyens par lesquels elle pourrait, sans se déshonorer, le remettre en liberté, faisant observer que l'établissement des Comités révolutionnaires avait porté l'effroi chez tous les habitants de Paris, et que la Con-
vention devait s'attacher à établir à Paris une police douce et indulgente, se défendant du reproche que Garât lui adresse de penser comme la Commission des Douze et de prôner aucune des absurdités que cette Commission croit appuyées sur de grands principes, que, quant à lui, il est parfaitement d'avis que la Commission des Douze a commis une grave imprudence en procédant à l'arrestation d'Hébert, mais pourtant, si la Convention est prudente, cet embastillement doit produire plus de bien que de mal, que la" Convention ne fera nullement preuve de lâcheté en lui rendant la liberté, à condition de le faire transférer à sa barre et de l'acquitter purement et simplement.
Dulard retrace des incidents de la séance île la Commune du 25 mai, où Chaumette a traité les journalistes de mouchards de la faction brissotinc, a pleuré, s'est débattu, a donné des pieds et des mains, ce qui a laissé le peuple froid. En outre, il a eu la sottise d'afficher qu'il a été mousse et non moine, et pour prouver qu'il n'est pas un fripon et qu'il n'a pas prévariqué dans la place qu'il occupe, il a ajouté que depuis qu'il était en place, il s'était borné à payer des dettes qu'une honorable indigence lui acait fait contracter, enfin, le soir de l'arrestation d'Hébert, il a exposé que celui-ci n'était pas fortuné, qu'il avait femme et enfant, s'il avait osé, il aurait demandé des secours provisoires pour un homme occupant une situation importante et qui gagne au moins 12,000 livres.
27 mai 1793, 10 heures du matin.
Original non signé, A. JV., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. SchMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 31 3.
645. — Lettre de l'observateur Perrière à Carat, ministre de l'intérieur, annonçant qu'il a traversé la veille Paris, et qu'il l'a trouvé fort tranquille, qu'il a pris plaisir à écouter un ménétrier qui débite des chansons fort piquantes, dont il est souvent l'auteur, et dit de très bonnes choses et en très bon style, sans jamais s'écarter des principes sains, donnant quelques détails sur les rassemblements qui s'étaient formés la veille, aux Tuileries, aux Jacobins et au
Faubourg Saint-Anloine. Celui des Tuileries consistait surtout en femmes, politiquement mises en avant par les mâles, qui n'osent eux-mêmes proposer ou risquer les coups, ces femmes avaient soif, et c'était surtout dans les crânes de Ruzot, de Brissot et de leurs partisans qu'elles voulaient boire; la masse du peuple reste immobile, probablement par le sentiment réfléchi de ses devoirs et de ses intérêts, plutôt que par le défaut d'argent et des moyens ordinaires employés pour le soulever. Un bataillon, entier, mais sans armes, se dirigeait vers les Jacobins, ils paraissaient fort pressés et ne répondaient pas à ceux qui leur en demandaient le motif.
Quant au rassemblement du Faubourg St- Antoine, Perrière ignore de quels éléments il était composé et de quel esprit il était animé. Perrière annonce qu'il va s'occuper de se faire reconnaître dans sa nouvelle section et poursuivre la délivrance de son certificat de civisme, continuer ses fonctions chez le ministre de la justice, et donner des leçons jusqu'à la fin du mois, suivant les engagements qu'il avait contractés, pour pouvoir se consacrer tout entier à ses nouvelles occupations qu'il aime et qui sont dans ses goûts. Dans un billet, Perrière s'excuse du retard mis à rendre au ministre le papier que celui-ci lui a confié, parce qu'il voulait s'entretenir en même temps avec le ministre, ce qui lui a été impossible, en raison de l'affluence des visiteurs.
27 mai 1793.
Originaux signés (2 pièces), A. N., F1' III, Seine, 27.
Ed. An. Schmidt, Tableaux de la Révolution
garde nationale, faisant connaître qu'il doit partir, le jour même, d'après les ordres du ministre de la guerre, de Paris pour Péronne, 10 pièces de canon de 4 de bataille et 2 pièces de 6, toutes avec leurs affûts, avant -trains et caissons approvisionnés, et donnant les instructions suivantes :
Les postes de la Caisse de l'Extraordinaire et de la Trésorerie seront toujours composés de 36 volontaires, avec un officier,
un sergent, 2 caporaux el un tambour.
L'adjudant général de la légion veillera à ce que ces postes soient toujours bien complets. Les adjudants généraux de légions feront de même pour les postes de toute l'étendue de leur légion.
Les commandants et adjudants des casernes recommanderont aux chefs des différents détachements qui y sont casernés de faire l'appel, à 10 heures du soir, et de ne plus laisser sortir personne après cette heure-là.
Toutes les patrouilles auront soin que les cabarets, cafés et restaurateurs soient fermés à 11 heures précises du soir.
Les commandants des sections dont les compagnies de canonniers sont parties ou doivent partir pour la Vendée, ou qui ne seraient pas complètes, sont invités à prendre les moyens les plus prompts pour les compléter et les organiser, afin de soulager celles qui restent.
On ne saurait recommander trop de surveillance et trop d'exactitude dans le service, seuls moyens d'assurer la tranquillité publique.
27 mai 1793.
Extrait non signé, A. N ., AF1V 1470.
647. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, signalant les particularités suivantes :
1° Le mouvement qui avait été annoncé dans la feuille du 27 a eu lieu et a produit son effet. La majorité des sections, qui voyaient avec amertume la liberté des citoyens compromise et la sûreté des personnes violée par des actes qu'elles regardaient comme arbitraires, cette majorité s'est levée par la même impulsion, et les armes neuves de la section de la Butte-des-Moulins, de celle de 1792 et de celle du Mail n'ont pu empêcher les mesures que les autres sections ont cru devoir prendre pour obtenir de la Convention ce qu'elles avaient demandé inutilement depuis quelques jours.
2° Les groupes présentaient hier un ensemble prononcé, les agitateurs s'en étaient écartés, le peuple délibérait dans le calme, et si quelques tètes échauftées
par les circonstances proposaient des moyens extrêmes, ils étaient rejetés.
3° On a remarqué avec peine que plusieurs officiers de la garde nationale manifestaient dans les alentours de la Convention des principes aristocratiques, et remémoraient les rôles qu'ils avaient joués au temps de La Fayette.
4° On a observé à la Halle-au-Blé que plusieurs particuliers achètent beaucoup de grain le jour et le transportent la nuit hors de Paris, on craint encore les accaparements.
5° Des patrouilles multipliées ont maintenu l'ordre et la tranquillité, et la journée d'hier s'est terminée par la satisfaction de voir anéanti un tribunal inquisitorial, dont les coups d'essai avaient été des coups de maître.
La copie de cette feuille de rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
27, 28 mai 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. N., AF" 45, n° 351.
048. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, lui rendant compte de ce qui s'est passé dans la journée du 27, déclarant que, la veille au soir, après être sorti de chez le ministre, il est revenu aux Tuileries et a rencontré au Carrousel M. Boulanger, commandant général provisoire, qui lui a paru fort intrigué et fort animé, et un peu plus loin un jeune homme de 30 ans, qui se plaignait de la réponse faite par le président Isnard, qui avait calomnié la ville de Paris; devant le château, la troupe était rangée en haie, partout des groupes, où quelques aboyeurs étaient entourés par un nombre décuple de modérés. A ce propos, Dutard fait observer que, sans les modérés et les aristocrates, le rassemblement eût été absolument nul, et prétend que ce sont les modérés qui font tout le mal, qui entourent les enragés, les écoulent attentivement, et paraissent par gestes et par signes approuver tout ce qu'ils disent, sans oser les contredire; les désœuvrés d'abord accourent, puis les motionneurs, enfin les ouvriers quittent leur ouvrage,
198 CHAPITRE Ie'. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION
et le rassemblement se fait en un clin d'oeil. D'après Dutard, ta Convention a couru hier (27 mai) de plus grands risques qu'on ne pense, car si une ou deux sec- Lions s'étaient portées en force à la Convention, il n'en fallait pas davantage pour l'anéantir, parce qu'elles auraient attiré Loute la populace.
Dutard se rendit à sa section vers 6 heures, on y battait le rappel, il engagea plusieurs de ses connaissances à se mettre sous les armes et à rejoindre leurs sections respectives. L'un de ses amis, marchand, s<' porta avec S ou 6 autres marchands à la section des Halles, où ils se trouvèrent près de 300. Les femmes des Halles, les voyant passer, s'écrièrent : « Les voilà, les gros marchands, ils courent tous, ils ont peur qu'on ne leur donne les étrivières. » Dulard ayant proposé aux sans-culottes de sa maison de l'accompagner, ils refusèrent en alléguant qu'il n'y avait que de la peine et de l'embarras à gagner. La section des Halles tint une séance, où il y avait comme présidents de l'assemblée, du Comité révolutionnaire et pour juge de paix les trois plus mauvais sujets de la section; l'assemblée s'était déclarée en permanence et se proposait de passer la nuit. Dulard recommande au ministre de redoubler de zèle, d'activité et de prudence, pour ne pas perdre le prix de la grande rictoirc remportée la veille, et il préconise, pour contrecarrer la faction, l'établissement d'une douzaine de meneurs dans chaque section, dont (> soient prêts à fairele coup de main, à dénicher de chez eux des jeunes gens qui ne pensent qu'a la bagatelle, en les forçant à s'exercer, surtout au jeu de bâton, car, ajoute-t-il, il n'est rien que les Sans-Culottes craignent autant que le bâton, et il faut vivre avec les Sans-Culottes pour déterrer des expédients de ce genre.
28 mai 1793.
Original non signé, A. N., F'c III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 322.
t>49. — Lettre de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, lui mandant qu'il avait entcndudire dans un groupe
que l'on n'avait besoin, dans un Etat libre, que d'ouvriers et de cultivateurs, et qu'il fallait piller et détruire tous les marchands, tous les artistes, tous les banquiers, tous les gens d'affaires, l'insensé ne voyait pas qu'anéantir le commerce, c'était anéantir la majeure partie des ouvriers. Le groupe en question paraissait n'obéir qu'à cette antique haine du pauvre contre le riche, on peut s'apercevoir à mille symptômes que ces deux ennemis naturels sont rangés en bataille et n'attendent plus que le signal ou l'occasion. Les hommes d'esprit et les propriétaires ont cédé aux autres les assemblées de sections comme des lieux où la poigne de l'ouvrier triomphe de la langue de l'orateur, ils leur ont abandonné la place, moyen prompt d'être dominé, enfin par indolence ou par lâcheté, ils se tiennent dans leurs foyers, c'est un mauvais calcul ; cependant, parait-il, ces hommes, qui peuvent être dégoûtés des manières et des procédés des assemblées de leurs sections, se sont tous rassemblés, bien armés, et ne craignent pas de montrer un front serré à leurs ennemis. Perrière a remarqué que, dans ces groupes, comme dans toute assemblée, il est impossible de se garantir de la surprise des passions en discutant, car l'on s'échauffe nécessairement, et plus l'on s'échauffe, plus l'impartialité diminue.
Le ci-devant Palais-Royal, ce centre ordinaire des fermentations, n'a présenté ce matin que 2 ou 3 petits groupes très sages.
Une lettre d'un marchand d'Orléans, que cite Perrière, fournit quelques indications intéressantes sur le prix des denrées, c'est ainsi que l'eau-de-vie, sans compter la commission, le port et le profit du marchand, vaut 3 livres 4 sols, le sucre, 3 livres 6 à 7 sols, le café, 2 livres 14 sols, l'huile fine, 2 livres 4 sols et le riz, 15 sols.
Toujours des placards touchant les disputes personnelles des députés Delacroix et Penières, celui-ci traité de lâche, se battant comme deux chiens que l'on ne peut séparer, rien d'étonnant à cela, la popularité d'un député (et c'est pour la soutenir qu'ils font gémir la presse) lui est
L'ESPRIT PUBLIC A PAlîIS DE JANVIER A JUIN 1793
plus chère que la confection des lois et par elle le bonheur de la République.
Mais les murmures d'indignation qu'excitent ces indécentes querelles parmi le peuple fout l'éloge du bon esprit qui l'anime et prouvent à l'Europe, que si la France n'a pas de Constitution, ce n'est pas la faute aux Français.
28 mai 1793, 4 heures de relevée.
Origiaal non signé, A. N,, F1c III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 327.
650. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, du 29 au 30 mai, donnant les renseignements suivants :
1° Plus le moment des grandes mesures projetées approche, plus l'aristocratie s'agite, plus les menées contre-révolutionnaires augmentent.
2» L'élargissement des citoyens emprisonné* par la Conunission des duodécemvirs a produit la plus vive sensation ; on les a revus avec l'enthousiasme qu'excite dans l'âme du patriote le triomphe de l'opprimé, mais les scélérats qui veulent un maître n'en sont que plus irrités. Chaque section en renferme dans son sein, et ils ne négligent pas un moyen de prévenir le coup. Ils ont réveillé cette nuit presque tous leurs pareils, en les engageant à courir aux armes et à se réunir. Cette mesure a été prise plus particulièrement dans la section du Contrat-Social ; on s'occupe en ce moment de la réprimer.
3° Le commandant de la section de 1792, qui a fait enchaîner les canons, est menacé d'être puni, s'il ne donne pas sa démission.
4° Le curé de Saint-Nicolas-des-Champs, entre autres, a requis la force armée de la section des Gravilliers et de celle des Amis-de-la-Patrie pour l'accompagner en armes, on ne connaît pas le pouvoir de ce nouveau commandant.
5° Une nouvelle cause de désorganisation dans nos troupes contre les rebelles de la Vendée est vue avec beaucoup d'inquiétude; les volontaires qui y arrivent, amplement munis d'habits et d'argent, sont en proie à la jalousie et à l'animosité
de ceux qui en sont dépourvus et qui ne marchent, disent- ils, que pour l'honneur. Ces différences de situation occasionnent des querelles, qui finissent par des duels extrêmement fréquents.
Cette copie de la feuille de rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
29, 30 mai 1793.
Copie conforme et original signé (2 pièces), A. N., A. » 45, n" 351.
651. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, reproduisait le récit, qu'il a entendu de la bouche de Cubières, lors de la séance de la Commune, dans laquelle Hébert a été reçu après sa mise en liberté et qui a excité le délire de l'enthousiasme, informant Garai qu'il a lu ce malin une affiche dans laquelle Hébert se plaint beaucoup des inquisiteurs de la Commission des 12, qu'il appelle les duodécemvirs, il y rapporte son interrogatoire, et enfin appelle tout le peuple dans son cachot pour se rendre compte des souffrances qu'il a endurées, tout en avouant que les visites de ses amis ont diminué de beaucoup ses peines et ses tourments. Dutard déclare que les Sansculoltes de Paris ont généralement improuve le projet mis en avant de porter atteinte à la représentation nationale, et, à ce propos, montre par des exemples qu'il lit clairement dans l'esprit des Sans-Culottes, et que tous, ou en majeure partie, ont. quelque chose, et que chacun s'attache à conserver ce qu'il a ; Dutard cite un relieur de la Montagne-Sainte-Geneviève, fort honnête homme, très rangé et très laborieux, qui était du parti jacobin, c'està-dire aimant souverainement la liberté et la révolution, mais qui s'est élevé avec force conlre le projet de mêler toutes les fortunes, et trouve scandaleux que l'on veuille substituer aux bourgeois tous les ouvriers de l'église Sainte-Geneviève, qui se sont formés en clubs et se réunissent en dehors et après l'assemblée de la section. Un autre vrai sans-culotte, chez lequel Dulard dit avoir soupé la veille, du côté de la cour Saint-Martin, tint le même langage, la femme ne se gênant pas pour
dire : « que les autres gardent ce qu'ils ont, moi, je veux garder le peu que j'ai », elle éconduisit un peu vertement un commissaire sans-culotte, qui était venu lui demander une contribution, s'écriant :«Veuxlu me f. le camp, si je prends le manche à balai, comme je t'en donnerai. »
Dutard raconte qu'il a assisté à la proclamation, par la section des Tuileries, de la dernière loi relative à la sûreté de Paris et à la police des sections, qui s'est faite en appareil imposant, et il ajoute à cet égard : « Les Sans-Culoltes eux-mêmes aiment l'ordre et surtout détestent ce qui représente la misère. » Dutard revient à son idée favorite, l'emploi du bâton, non seulement à l'égard des Sans-Culottes, mais encore des modérés et des aristocrates, et explique ses intentions. Il est de fait : 1° que 20 modérés entourent quelquefois trois aboyeurs, et que les premiers sont forcés d'applaudir aux motions les plus incendiaires; 2° que tous les rassemblements sont composés en grande partie d'aristocrates et de modérés, qui ne se séparent que lorsque l'affluence de la populace leur fait craindre d'être mis en jeu ; 3° que l'on peut donner de bons coups de bâton sans exciter la guerre civile, tandis qu'un coup de lance la déterminerait infailliblement; 4° qu'un aboyeur sera très circonspect à côté d'un ou 2 hommes en veste et en pantalon, alors qu'une patrouille, armée de fusils, ne fera que l'aigrir et lui servira de prétexte pour s'enhardir davantage. Dutard termine en racontant comment il a empêché le pillage d'une boutique d'épicier, s'étant mis en travers de la porte et ayant soutenu l'assaut des manifestants pendant 2 heures, montrant par là l'utilité des bâtons.
29 mai 1793, 9 heures du matin.
Original non 9igné, A.N., F,L' III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 330.
652. — Lettre de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, annonçant qu'il a traversé, le matin, plusieurs places, plusieurs marchés, le Faubourg Saint-Marceau, que tout lui a paru plus tranquille qu'à l'ordinaire, il a seulement recueilli des propos atroces attribués au
commandant du bataillon de la section des Sans-Culottes, Hanriot, partisan effréné de la Montagne et de la Municipalité, de tout parti extrême et violent, qu'il avait souvent eu l'occasion d'entendre et de combattre, lorsqu'il demeurait sur sa section. Cet Hanriot, s'adressant d'une voix rauque à un ouvrier du port Saint- Bernard, lui dit qu'on aurait bientôt besoin de son concours, que, cette fois, ce ne serait pas avec des piques que l'on travaillerait les b...res en question, mais avec, des barres de fer. Un autre jour, interpellant l'un de ces hommes, assis dans son tombereau, et lui demandant s'il avait de l'ouvrage, lui fit entendre qu'il lui en donnerait de meilleur dans quelques jours, que ce n'était pas du bois, mais des cadavres qu'il transporterait dans sa voiture, à quoi l'autre, à moitié ivre, répondit : « C'est bon, nous ferons comme nous avons déjà fait le 2 septembre, cela nous fera gagner des sous. »
A midi et demi, au ci-devant Palais- Royal , Perrière constate que les cafés étaient presque vides, l'enceinte du jardin réduite à 2 ou 3 petits groupes, qui raisonnaient affaires militaires et parlaient tout au plus de la trahison de Dumouriez. Les citoyens paraissaient lire avec intérêt une affiche de R. Marcandier, intitulée : Récompense civique à décerner aux vrais citoyens. C'était une sorte d'appel au peuple de la majorité de la Convention contre la minorité, invitant les citoyens à se défier de toutes les résolutions extrêmes, de toutes les démonstrations affectées de patriotisme, et de toute démarche qui serait un empiétement sur li s fonctions de la justice, rappelant surtout au peuple de quelle manière une partie de la Convention le trompa, lorsque, lui promettant de voir avec la tête du tyran tous les rois de l'Europe à ses pieds et les denrées à bas prix, l'Europe entière s'était au contraire tournée contre nous, et tous les objets de la vie avaient augmenté dans une effrayante proportion.
29 mai 1793, 1 heure de relevée. Original signé, A. A'., F" III, Seine, 27. française, t. I, p. 334,
653. — Lettre de l'observateur La Tour- La Montagne à Carat, ministre de l'intérieur, l'instruisant de quelques propos recueillis au milieu d'un groupe, dans le Jardin de la Révolution, quoiqu'il soit convaincu que la représentation nationale est hors de toute atteinte et que la confiance et l'amour même du peuple environnent plus que jamais les membres de la Convention : Un particulier, revêtu de l'uniforme de la garde nationale, s'élevant avec beaucoup de chaleur contre le rapport du décret qui casse la Commission des Douze, a dit : « Les demi-mesures ont toujours perdu le peuple, on n'a que trop épargné le sang, la journée du 10 août reste encore à faire, nous n'avons fait que changer de tyrans. Le despotisme règne encore dans le palais des Tuileries, il faut une bonne fois que tout cela finisse et que les nouveaux tyrans et leurs satellites tombent une seconde fois sous le fer du peuple, il faut que la moitié de Paris meure, s'il le faut, pour sauver l'autre et le reste de la République, il a ajouté qu'il ne doutait pas que la fin du mois ne fût pour beaucoup de gens la fin du monde. »
Ce discours, toutefois, n'a point paru produire toute l'impression que son auteur en attendait. Une femme seulement a fait observer que les citoyens de la section de la Rutte-des-Moulins étaient véritablement de nouveaux Suisses, mais qu'ils auraient bientôt le sort des autres.
La Tour-La Montagne termine par l'éloge de la conduite et du patriotisme de Garât, auquel le peuple rend justice, ainsi qu'à son zèle pur et désintéressé.
29 mai 1793.
Original signé, A- N., F1» III, Seine, 27. Ed. Ad. SCHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 336.
654. — Rapport de l'observateur Dutard à Carat, ministre de l'intérieur, déclarant qu'il n'a jamais trouvé le métier d'observateur aussi pénible qu'il l'est dans ce moment, car il voit actuellement : 1° un peuple mécontent, qui hait la Convention et l'ordre de chose actuel; 2° les uns, qui détestent la Convention, comme l'auteur de tous les maux qui ont affligé la
Fi ance, les autres, qui ne haïssent qu'une partie des représentants, parce qu'une confiance aveugle leur fait espérer de la Montagne un meilleur ordre de choses; 3" les événements qui vont fondre sur nous, et qui obligeront le peuple à se défendre ou à se replier; 4° la très grande majorité qui déplore d'avoir trop de maîtres, prétendant qu'il vaut mieux n'en avoir qu'un au lieu de 700; 5° les marchandises qui sont près de manquer dans tous les genres de commerce, ce qui ferait éclater l'indignation universelle contre la classe administrante et provoquerait l'attroupement du petit peuple, auquel s'adjoindraient les fripons, les brigands de toute espèce. Pour parer à toutes ces difficultés, Dutard estime qu'il faudrait à Paris une force auxiliaire et trouve le ministre souverainement condamnable de ce que cette force n'est pas encore dans les murs de Paris; 10,000 hommes de bonnes troupes, dont la moitié serait placée au centre de Paris, tiendraient en respect tous les habitants, ce n'est qu'à l'aide d'une force auxiliaire qu'il sera possible de résister plus longtemps aux assauts qu'on fait éprouver à l'autorité.
Il convient de s'attacher surtout à remonter la discipline militaire, attendu que le service se fait mal dans presque toutes les sections, et qu'à la Convention même la réserve n'est presque jamais bien fournie, faute d'allouer aux volontaires la juste indemnité qui leur est due; un autre défaut, c'est qu'à la Convention rien n'annonce une assemblée de représentants du peuple, tout y est pêle-mêle, les officiers, les volontaires quittent la réserve pour aller dans les groupes y faire des motions, les avenues et l'entrée sont très faciles, et la tenue des députés n'est pas toujours irréprochable. La guerre civile, que beaucoup redoutent, ne serait possible que si plusieurs sections se concertaient dans ce but.
La veille au soir, dans la cour du château, on parlait de dresser une liste des personnes qui se réuniraient au besoin pour prévenir et empêcher la guerre civile, moyen que Dutard trouve dangereux. Les nouvelles de la Vendée avaient
considérablement alarmé le peuple, la nouvelle répandue par un aristocrate, au café du Caveau, d'après laquelle la cavalerie de la Vendée aurait livré 50 pièces de canon, autrement tout un parc d'artillerie, a été révoquée en doute par un aide-decamp de La Fayette, comme invraisemblable.
Dutard donne son impression relativement aux processions qu'il a pu voir, notamment celle de Saint-Leu, qui s'est déroulée paisiblement au milieu d'une aflluence populaire très recueillie, toutes les citoyennes des Halles se sont prosternées sur son passage, et le corps-de-garde de la section de Ron-Conseil s'est mis sous le6 armes. Ce tableau a vivement frappé l'observateur Dutard, qui a pu constater tous les regrets que fait naître l'état actuel des choses, le peuplé de tous rangs, de tout âge, est resté honteux, silencieux, abattu. Au risque de paraître au ministre un homme hideux, insocial et même dangereux, Dutard critique la façon d'agir de Garât, au sujet des éloges qu'il décerne ouvertement à Destournelles, et lui conseille de prendre pour maxime constante de ne jamais donner d'éloges à aucun de ceux qu'il estime et de ne pas même prononcer leur nom; il le blâme également d'opiner publiquement en présence de ses domestiques, ces gens-là étant les juges les plus sévères de leurs maîtres, et cbez eux l'amour de la liberté, le patriotisme étant toujours plus fort que celui des maîtres, cette façon de traiter les domestiques était celle de l'ancien régime, et non pas celle de la Révolution.
30 mai 1793, 'i heures après-midi.
Original non signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 347,
655. — Rapport de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, l'informant qu'il a parcouru Paris dès le matin, qu'il a trouvé une grande tranquillité, beaucoup de maçons à l'ouvrage et pas la moindre apparence de procession, qu'il a même vu une affiche assez sage du curé de Saint-Germain-de-l'Auxerrois, où il annonçait à ses paroissiens que la pro-
cession accoutumée se ferait dans l'enceinte de son église, pour préserver la religion de toutes insultes et déjouer les complots des malveillants. D'après Perrière, on lisait avec un vif intérêt un placard du défenseur de Miranda contre Marat, qui prétend que ce général a été soustrait au glaive de la loi, résume avec clarté et énergie les preuves de son innocence et taxe Marat de calomniateur. Un autre placard, émanant d'un sieur Brisset, boucher, de la section de Bondy, présentait, comme seul moyen de faire baisser le prix de la viande, la promulgation d'une loi obligeant tout laboureur et cultivateur de nourrir deux veaux mâles par charrue.
Perrière dit que l'esprit public lui a paru bon dans les cafés qu'il a parcourus, et que l'on aspire après l'achèvement de la Constitution, parce qu'on en regarde chaque article comme le principe fondamental du traité de paix que les nations seront forcées de présenter à la France. Dans le sentiment de Perrière, l'anarchie lui semble toucher à sa fin, il se plaint d'être assujetti à des démarches rétrogrades qui l'épuisent, de l'esprit de tracasserie de la municipalité de Paris et de l'affectation de pouvoir qui lui est propre, dont il s'aperçoit par les tours et détours auxquels l'oblige la poursuite d'un misérable certificat de civisme, ayant été contraint, pour se procurer une formule timbrée, de s'adresser à un garçon de bureau de la Commission des certificats de civisme de la Municipalité, qui fait payer 15 sols ce qu'on payait 4 sols au bureau commun du papier timbré, et cela pour le seul certificat de la section ; lorsqu'on a passé par l'étamine de la Ville, celui qu'elle vous délivre coûte 40 sols.
30 mai 1793, 5 h. 1/2 de relevée.
Original, A. N., fu III, Seine, 27.
Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 353.
056. — Lettre de l'observateur La Tour- La Montagne à Garât, ministre de l'intérieur, déclarant que tout ce qu'il voit, tout ce qu'il entend, semble présager un mouvement très prochain dont les suites seront incalculables; il règne un mécon-
L'ESPRIT PUBLIC A PARIS UF. JAINVIKIt A JUIN 1793
lentement général, qui annonce une explosion terrible, et il est à craindre que les ennemis de la liberté ne profitent de ces circonstances orageuses pour essayer eneoreunefoisd'anéantir cette même liberté.
Il n'est plus permis de se le dissimuler, ajoute Lu Tour-La Montagne, la Convention nationale, en se divisant, a divisé le peuple, et si par un rapprochement subit, que commande impérieusement le salut de la patrie, elle ne se hâte de calmer les trop vives et trop justes inquiétudes qui alarment en ce moment tous les citoyens, il n'est pas douteux que les partis sont sur le point d'en vénir aux mains et d'ensanglanter le sol de la liberté. La Tour- La Montagne rappelle au ministre l'exemple de Rome où, quand la patrie était en danger, le peuple et le Sénat, oubliant leurs querelles, éloull'ant tout ressentiment particulier, concouraient avec une véritable ardeur au salut de la chose publique. Que Paris suive l'exemple de Rome, et la patrie est sauvée. La Tour-La Montagne, à ce propos, signale au ministre l'excellente impression que son discours énergique à la Convention a opérée sur tous les esprits, tout ce qu'il observe depuis 2 jours le persuade de plus en plus de l'importance et de la nécessité de la mesure que (larat a proposée au Corps législatif. Quel spectacle touchant et auguste offriraient à l'Univers entier les représentants d'un grand peuple, tous réunis et confondus sans distinction de Plaine ni de Montagne , traversant avec majesté la capitale du monde, présentant la douée image de la concorde et forçant tous les citoyens à ne plus former qu'un peuple de frères et d'amis ! peut-être que le ministre, en se concertant avec le Comité de salut public, parviendrait à faire adopter cette mesure généralement désirée, et qui, d'après ses observations, lui parait seule capable de sauver la cliose publique des dangers dont elle est menacée.
31 mai 1793.
Original signé, A. N., F** III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Résolution française, t. I, p. 365.
Go*. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, faisant connaître qu'à
partir de ce jour les réserves seront portées à 50 hommes dans chaque section, les patrouilles, fréquentes et nombreuses, seront faites avec la plus grande surveillance, les ordonnances doublées à la Ville et surtout très exactes, de plus qu'il sera fait plusieurs appels à 6 beures.
Dans un second ordre du jour, à 6 beures du soir, le Commandant général provisoire (Hanriot), invite ses concitoyens à continuer toujours la môme vigilance et à conserver le même zèle dans le service.
Les rapports de la force armée ne mentionnent rien de particulier, en dehors de l'arrestation de soldats et de quelques suspects.
31 mai 1793.
Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.
658. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, annonçant que, d'après un arrêté du Conseil général de la Commune, du 31 mai, le citoyen Recordon a été nommé adjoint au citoyen Hanriol, commandant général provisoire, pour prendre de concert toutes les mesures qu'exigeront les circonstances. Attendu que, la veille au soir, beaucoup de détachements s'en sont retournés, tambour battant, la retraite battue, ce qui inquiète beaucoup les citoyens et trouble la tranquillité publique, le Commandant général provisoire invite ses frères d'armes à ne plus faire battre la caisse après la retraite, à moins d'en avoir un ordre par écrit. Les réserves, jusqu'à nouvel ordre, seront toujours de 50 hommes dans chaque section, le service des barrières se continuera de même jusqu'à nouvel ordre, les patrouilles de surveillance s'effectueront à l'ordinaire.
Les rapports de la force armée ne signalent aucun événement particulier, tout a été du plus grand calme, les rondes et patrouilles ont été faites exactement.
Ier juin 1793.
Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.
659. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, déclarant qu'il lui reconnaît deux qualités essentielles, un grand sang-froid, un esprit
qui se plie à toutes les idées des autres et des lumières plus qu'ordinaires, mais que ce qui lui manque, c'est lu fermeté et le courage, qu'en passant au café du Caveau, il a entendu un jeune liomme de beaucoup d'esprit qui reprochait au ministre le même défaut et, en parlant de la suppression de la Commission des Douze, s'était écrié : « C'est du Paclie, du Carat tout pur, des terreurs paniques !» Ce même je une homme affirmait que la Convention ne se tirerait d'affaire que lorsqu'elle aurait auprès d'elle 80,000 hommes, que quand elle aurait cassé la Commune. Dulard, abondant dans ce sens, soutient que 20,000, même 10,000 hommes suffiraient. Il ajoute que sa section a été généralement aflligée de l'humiliation qu'a fait éprouver à son commandant le Comité révolutionnaire, que lui-même, la veille au matin, a failli passer sa bayonnelte au travers du corps du propriétaire de sa maison, parce que, depuis deux heures, lui, Dutard, était à la réserve et qu'il ne s'y était pas rendu. C'est au zèle de quelques bons citoyens que l'on doit l'étal imposant de défense où Paris s'était Irouvé la veille, quoique 6,000 commis au moins, et autant de propriétaires, fussent restés dans leurs boutiques ou chez eux. A l'heure actuelle, tout Paris est tranquille. Dutard raconte plaisamment que les chiens et les républicaines révolutionnaires se sont aussi ressentis de la Révolution. Les volontaires postés sur la terrasse des Tuileries avaient formé sur la place un grand cercle infranchissable et s'amusaient, à mesure qu'il se présentait un chien, à lui barrer le passage sur tous les points de la circonférence en ne lui laissant d'issue que vers la grande place, mais les esprits étaient tellement disposés à la concorde que, contrairement à l'usage en vigueur dans ces sortes de jeux, aucun de ces chiens n'a reçu de coups de pied, ni de pique, et qu'ils en ont été quittes pour la peur. Dutard fait remarquer que les républicaines révolutionnaires qui portent cocarde, et qui sont toutes laides à faire peur, ont été fortement scandalisées de ce jeu, plusieurs même se sont fâchées, parce qu'on avait ainsi fait danser leurs chiens, mais les
jeunes gens les ont traitées, comme on traite ordinairement des femmes laides à prétentions. Les Jacobins, observe Dulard, n'entendent guère leur métier d'avoir acceptées femmes aussi laides pour défendre la Révolution, apparemment, n'ayant pas voulu admettre l'idée d'une armée de jeunes et jolies femmes pour seconder les biaves militaires.
1er juin 1793, 10 heures du malin.
Original non signé, A. N. , Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 372.
6G0. — Lettre de l'observateur Blanc à Garât, ministre de l'intérieur, exprimant le regret de ne pouvoir lui présenter en personne les observations qu'il a recueillies dans la semaine, se trouvant indisposé à la suite des revers essuyés, des dissensions affreuses dont il a été le témoin, des courses multipliées qu'il a faites pour ne rien hasarder, et une nuit passée à sa section, le priant de lui assigner un rendez-vous pour le mettre au courant d'une multitude de faits à l'appui de ses observations, et communiquer ses réflexions sur l'inertie, momentanée, il est vrai, mais totale, de l'esprit public, et sur les moyens d'y remédier, enfin à l'effet de s'assurer si sa correspondance remplit bien le but de la mission dont il est chargé.
1" juin 1793.
Original signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Al). SCHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 376.
661. — Rapport de l'observateur Blanc à Garât, ministre de l'intérieur, résumant ses impressions au sujet du triste et affligeant spectacle qu'a présenté Paris toute la semaine, où, de la Convention nationale aux sections, des moindres groupes aux plus forts rassemblements, partout a régné le même esprit, partout une dissension, une haine mortelle, les patriotes se détestant plus enlre eux que ne se sont jamais détestés les aristocrates et les démocrates, déclarant avoir vu des citoyennes attroupées auprès du poste qui examine les billets des tribunes, arracher les billets des mains du factionnaire, les
déchirer et renvoyer les personnes munies de ces billets avec des huées et parfois avec des mauvais traitements, et cela uniquement dans la persuasion que ces porteurs de billets sont Girondins, BHssotins. Dans les sections, le spectacle n'est pus plus consolant, dans presque toutes l'observateur Blanc dit avoir retrouvé la Montagne et la Plaine, chaque discussion n'est pas une dissertation, mais un combat, dans les deux partis, chacun veut le bien public, convaincu que seul il est capable d'y arriver. Presque tous les journaux alimentent cet esprit de discorde, enfin les placards ne parlent que du duel entre Lacroix et Penières, ou des querelles entre les différentes sociétés républicaines; sur les 40 qui peuvent avoir été aflichés dans Paris, à peine 4 ou 5 présentent des vues d'utilité publique. Les théâtres (dirent un tableau détestable pour un vrai patriote et montrent que l'égoïsme est poussé au point que l'on peut se livrer tranquillement à des divertissements frivoles, pendant que la patrie est en danger, mais ils prouvent aussi qu'il n'y a aucun plan de contre-révolution qu'on puisse attribuer aux riches, qui ne demandent qu'une chose, c'est qu'on leur laisse leurs anciens plaisirs et qu'on ne les force pas à aller à la guerre, dul-ou les assujettir à de plus fortes contributions.
(i« .juin 1793.) Original non signe, A.N., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 37G.
062. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que, d'après les ordres du ministre de la guerre, il partirage même jour, pour Versailles, 2 pièces de canon de i, deux caissons du même calibre, chargés, et 5,000 cartouches d'infanterie, accordés au 2e bataillon deSeineet-Oise, nouvellement levé et destiné pour Brest, que, sur la demande du même ministre, les deux compagnies de canonnieis qui ont l'intention de partir pour Perpignan, s'adresseront au Commandant général ; que tout tambour de la force armée de Paris, qui battra autre marche que celle prescrite par l'ordonnance, sera
sévèrement puni; les adjudants de section étant chargés de surveiller l'exécution du présent ordre. Aux termes du même ordre du jour, le Commandant général Hanriot déclare qu'il ne peut que remercier ses concitoyens du zèle et de l'exactitude qu'ils ont mis dans le service extraordinaire qui leur a été commandé ; il espère que, d'après les mesures sages que prendra le Comité révolutionnaire créé par le peuple souverain, la tranquillité renaîtra et confondra ceux qui ont paru jusqu'à ce moment méconnaître son autorité. Les services resteront toujours les mêmes, ainsi que les patrouilles de surveillance.
2 juin 1793.
Extrait non signé, A. 2V., AFIV- 1470.
063. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, notifiant que, conformément aux ordres du ministre de la guerre, on fera, le mardi 4 juin, l'essai de 2 pièces de canon de 4, qui partiront ensuite pour Versailles avec deux caissons chargés, et iront joindre le bataillon de Seine-et-Oise qui part pour Brest, que les réserves seront toujours de 50 hommes, les patrouilles de surveillance à l'ordinaire, de même que la garde des barrières. Le Commandant général témoigne de nouveau sa satisfaction à toutes les sections du zèle que -ses concitoyens ont apporté dans le service extraordinaire qui a été commandé tous ces jours-ci.
Les rapports de la force armée mentionnent l'arrestation, à 9 heures du soir, d'une femme qui criait : Vive le Roi, la Reine et la famille royale! et qui a été conduite au Comité révolutionnaire de la section des Lombards, ainsi que la remise au poste de la Samaritaine, section du Muséum, d'une petite fdle de 4 ans, égarée.
664. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, faisant connaître qu'en vertu d'un arrêté du Comité central révolutionnaire, la garde des barrières a été supprimée cette nuit, à 3 heures du malin, et tous ses postes évacués, mais qu'il a été
impossible d'en prévenir, dans le moment, les chefs de légions, qu'ainsi cette garde n'aura plus lieu, et que les adjudants des sections auront soin de décommander les citoyens pour cette garde. Le Commandant général a la satisfaction d'annoncer à ses concitoyens que le plus grand calme règne dans Paris, quoiqu'en disent les agitateurs ; il réduit les réserves à 2'i hommes par section, maintient les patrouilles de surveillance et les ordonnances doubles jusqu'à nouvel ordre.
Les rapports de la force armée ne mentionnent que quelques arrestations, entre autres de voitures, remplies de monde, qui voulaient sortir par la barrière de la Courtille.
4 juin 1793.
Extrait non signé, A. N., AF1V 1470.
GG.'i. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général renouvelle l'ordre très exprès de ne plus battre la caisse après l'heure de la retraite, et enjoint aux différents détachements qui passeront devant les corps-de-garde de s'y laire reconnaître à la réquisition des commandants des postes; il maintient les ordonnances doubles, les patrouilles de surveillance, et réduit les réserves à 25 hommes dans chaque section. En même temps, le Commandant général invite ses concitoyens à conserver toujours la plus grande union, seul moyen de déjouer tous les complots et de maintenir la tranquillité publique.
5 juin 1793.
Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.
000. — Rapport de l'observateur Dulard à Carat, ministre de l'intérieur, déclarant que le peuple ne dit plus mot cl que les membres de la faction elle-même n'osent pas regarder comme une victoire acquise ce qui s'est passé dans la séance du 2, aussi que l'observateur n'a plus pour le moment qu'à se reposer, car il lui est impossible de rien donner de nouveau; le ministre doit certainement avoir connaissance de l'arrêté de la Commune, du 3 juin, par lequel elle ordonne l'arrestation de tous les membres de la Convention qui aban-
donneraient lâchement leur poste, et de ceux qui, dans ces moments de danger, donneraient leur démission, annonçant enfin qu'il va suivre les opérations de la Convention, de la Commune et des Jacobins.
5 juin 1793, 10 heures.
Pièce absente.
Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 4.
garde nationale, portant que, le poste de la réserve à la Maison commune étant très essentiel, il continuera d'y monter journellement un adjudant de section, qui sera chargé de faire plusieurs appels dans la journée et surtout après la retraite, afin de s'assurer que les citoyens sont à leurs postes. Il en rendra compte au commandant de service et prendra ses ordres pour ceux qui manqueraient; enfin cet adjudant veillera à ce qu'en tous temps ce poste intéressant soit toujours garni d'une force suffisante, pour pouvoir en disposer au besoin. Les capitaines de canonniers de service au Temple, à la Maison commune et à la Convention, remettront journellement le contrôle des canonniers sous leurs ordres au commandant de section de service à ces postes.
Les rapports de la force armée ne mentionnent qu'un incendie qui a pris, durant la nuit, dans une manufacture de chapeaux, rue Copeau, incendie qui n'a pas eu de suite, grâce aux prompts secours de la garde et des pompiers.
0 juin 1793.
Extrait non signé, A. N., AFIV 1470.
008. — Rapport de l'observateur Dulard à Carat, ministre de l'intérieur, l'informant de la tenue d'une séance extraordinaire, la nuit dernière, par la Commune, pour s'occuper d'une assemblée de financiers et gens riches, qui se réunit dans l'une des rues de Grenelle, et à ce propos, il s'élève contre l'aveuglement des philosophes, qui veulent tout gagner par la persuasion, et contre l'avarice des bons négociants, dont l'insouciance coupable risque de tout compromettre, et raconte que, Pavant-veille, sur la terrasse du château, il a
L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN 17'i.i
conversé avec un coupeur de têtes, l'un des acteurs de l'expédition de septembre, qui s'était vanté d'avoir été tout le temps à l'Abbaye et à la Force, et qui rspri .ui que bientôt il y aurait de l'ouvrage. Les grands raisonneurs, observe Dutard, ont la gueule béante et dissertent à perle de vue pour prouver que c'était iUëgàlèmeril qu'on avait mis en état d'arrestation les 32, d'autres se vantent de ne jamais pouvoir être désarmés, n'ayant jamais eu d'armes. Dutard fait remarquer qu'il y a 40,000 j. f. à Paris qui tiennent ce langage, et dit que pour opérer le désarmement, l'on commence par aller chez les personnes les plus paisibles, et que, quant à ceux que l'on craint un peu, on les met préalablement en état d'arrestation, mais qu'on se garde d'insister, pour peu que ceux qui sont l'objet de perquisitions montrent les dents ; ainsi d'après ce qu'on a raconté aux Halles à Dutard, un capitaine, à qui on était venu demander son fusil, reçut chez lui la force armée, son fusil se trouvait à côté de la porte, lui se tenait au travers de la table, sur laquelle étaient son sabre et une paire de pistolets, et il s'exprima en ces termes : « Mon fusil, vous pouvez le prendre, mais le premier qui porte la main dessus... » On se le tint pour dit el l'on se retira sans ajouter un mot. Dutard parle de la démission donnée par le commandant de la section du Contrat-Social, démission qu'on devrait l'obliger à retirer, si le parti constitutionnel n'avait pas le dessein secret de tout laisser à l'abandon; tel est le résultat des grandes mesures révolutionnaires prises par les constitutionnels, s'ils n'étaient eux-mêmes les dupes, l'on serait tenté de croire qu'ils s'entendent avec les factieux pour opprimer les honnêtes gens. Le matin même, aux Halles, Dutard vit pleurer une bouquetière en raison de la suppression des deux Fêtes- Dieu, il n'est pas de modistes, de marchands d'indienne et d'étoffes, de tapissiers, qui ne maudissent tous ceux qui ont concouru à cette suppression. D'après ce que l'on dit, les Rordelais viennent à Paris avec un plan de constitution qu'ils veulenf faire adopter, 800 hommes formant Privant-carde sont déjà en route. Bé'âtic6*tip
d'étrangers se trouvent à Paris, Dutard dit avoir même conféré avec plusieurs des députés de Marseille, avec un maire du côté du Havre, tous ennemis de l'anarchie. Dutard conseille au ministre d'en retenir le plus qu'il pourra à Paris et d'en mander le plus possible.
6 juin 1793.
Original non signé, A . N ., F1' III, Seine, 27. Ed. Ad Schmidï, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. f,
669. — Rapport de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, faisant connaître que dans les groupes, aux Tuileries, il y avait trois sujets de conversation : la religion, l'arrestation des 32 et la nature des différentes armes, que contre la religion on ne répétait que de vieilles rapsodies, mais que Dieu même avait été atlaqué d'une façon assez piquante par une femme qui dit à ce sujet: « On parle de Dieu, mais Dieu est de l'aristocratie »; c'est ainsi que l'idée de la divinité, d'abord liée à celle du despotisme et de la superstition, est maintenant attachée à celle de l'aristocratie. Malheureusement, observe Perrière, le peuple des départements et même une partie de celui de Paris, n'est pas aussi éclairé que les groupes ou peut-être seulement les orateurs des groupes des Tuileries. Le feu de la superstition, à peine éteint dans la Vendée, se rallume dans la Lozère et l'Auvergne; si les Auvergnats haïssent leurs seigneurs, ils aimaient et aiment encore leurs prêtres, qui boivent avec eux, qui leur vendent l'absolution, aujourd'hui ils sont divisés en deux classes, dont l'une a adopté les prêtres assermentés, et l'autre, la plus nombreuse, se tient obstinément à ses prêtres réfractaires. Perrière rapporte que, ce malin, des processions ont été faites dans les faubourgs, et que, d'après des assurances formelles, le Comité des Douze aurait en main des preuves indestructibles du projet d'assassiner les Vingtdeux, mais, suivant certains propos tenus dans les groupes des Tuileries, les Vingtdeux ne supposaient ce projet que pour appeler les départements contre Paris; ce sont eux qui ont fait battre la générale et
sonner le tocsin, c'était dans de criminelles intentions que Lanjuinais proposait de partager Paris en 0 communes. Perrière parle de la réponse, par accolade, du maire de Paris, aux griefs avancés contre cette ville par Lanjuinais, chaque article de celte accusation lui a paru victorieusement réfuté, sauf celui où Lanjuinais reproche au Commandant de la garde nationale, ayant lî>0,000 hommes sous ses ordres, de s'être caché pendant qu'on égorgeait, à quoi Pache se contenta de répondre qu'il n'est pas généreux d'attaquer un absent. Un placard de la section du Mail désavoue son adresse du 28 mai, comme l'effet de l'absence de la majorité, la majorité semble donc réclamer contre le plus petit nombre, tandis que dans le placard de la section de la Butte-des-Moulins, également fruit de la journée du 31, c'est simplement le Comité qui réclame contre l'Assemblée générale toute entière.
G juin 1793, 3 heures de relevée.
Original non signé, A. N., Flc III, Seine, 27. Ed. Ad. SCHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 7.
670. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, l'informant que, d'après ce qu'on vient de lui affirmer, les processions se sont faites publiquement, la veille, dans la plupart des églises de Paris. A Saint-Eustaclie, l'on s'attendait, dès le malin, à voir sortir la procession, mais le Comité révolutionnaire intima défenses expresses au curé, vers 5 ou 6 heures, les dames de la Halle s'y portèrent en foule et exigèrent des explications, à la suite desquelles la procession sortit sans tambour ni musique.
Dans lé Faubourg Saint-Marceau tout était tapissé, et les Gobelins avaient étalé, comme à l'ordinaire, les chefs-d'œuvre de l'art, à l'exception des attributs de la royauté, mais les traits de l'histoire sainte, de nature à plaire aux masses, furent mis en évidence. Hors Paris, à Orléans notamment, le peuple ayant voulu faire ostensiblement la procession, la municipalité s'y opposa, avec le concours de la force armée, le lendemain, l'on trouva toutes les vignes gelées, fait qui excita l'in-
dignation populaire, et les proscripteurs de procession faillirent être précipités dans la Loire. Dutard en conclut que c'est l'excès de la folie de vouloir contrarier le peuple jusque dans ses habitudes les plus enracinées ; la veille au soir, il s'était entretenu avec un limonadier jacobin, qui, sentant le poids de l'âge, lui avait confessé qu'il éprouvait la nécessité de se consoler de son affaiblissement moral et physique en nourrissant l'espoir d'une autre vie. Dutard prévoit l'objection que lui fera sans doute le ministre, le rôle d'un observateur étant plutôt de rapporter ce que pense telle ou telle classe du peuple de l'arrestation des 32? quels sont les arrêtés pris par telle ou telle section? quels sont les complots que l'on médite? et il répond que, rappeler le peuple à ses anciennes habitudes, sera le meilleur moyen d'éviter les massacres, la guerre civile, les dissensions, qu'un Te Deum solennel, chanté dans toutes les églises de Paris, eut fait plus de bien à la chose publique qu'un travail de six mois. Chaumette, l'homme révolutionnaire par excellence, l'homme du peuple, qui étudie le peuple et rien que le peuple, avait si bien compris ses sentiments qu'il a voulu métamorphoser toutes les fêtes de l'Eglise en fêtes de la Liberté, de l'Egalité, de la Réunion, il a voulu des spectacles et des comédiens à l'usage du peuple et à la charge des gens riches. Aux yeux de Dutard le grand principe à préconiser consisterait à ne rien détruire, à ne rien déplacer; si un mauvais sujet est en place, il faut mettre à côté de lui un honnête homme, puis 2, puis 3; c'est ainsi qu'il a vu quelquefois Chaumette et Hébert modérantisés par Réal et Destournelles ; c'est ainsi que dans les clubs et sociétés populaires, à côté de la rage, une sorte de modération transpire toujours; c'est ainsi que le commandant Hanriot a été déconcerté par la présence de la multitude, qui assurément improuvait les excès qu'il se proposait de commettre en envahissant la Convention; l'on assure qu'une section avait tourné ses canons contre sa troupe, lorsqu'il avait braqué les siens sur la Convention. Dutard engage vivement le ministre à retenir à Paris les députés de
Marseille, d'Angers et du Havre, les ol'liciers <>u volontaires des départements, au moins tous ceux qui aiment l'ordre et la paix, devrait-on les payer 12 livres par jour. La grosse difficulté serait de savoir de quelle manière se présenteront les Bordelais et autres, si l'on était sûr de la troupe, le meilleur parti serait de les faire fédéraliser avec la Commune, en approuvant les mesures qu'elle a prises, mais il y aurait à craindre, si la Commune voit qu'elle ne réussira pas dans son dessein de mettre tous les départements dans son parti, qu'elle n'appelle les mauvais sujets des environs de Paris, pour former une troupe nombreuse et opposer une vive résistance. Toute la canaille des environs de Paris accourra au moindre coup de tambour, parce qu'elle espérera faire un coup lucratif; Dutard déclare avoir vu, tous ces jours, des gens de Versailles, de Neuilly, de Sainl-Germain-en-Laye, à demeure à' Paris, par l'odeur alléchés.
Le désarmement continue à se faire dans plusieurs sections, celle des Halles est celle qui a le plus désarmé, mais elle a décidé que le désarmement de chaque citoyen suspect serait discuté en Assemblée générale; l'un des membres les plus estimés de la faction a émis l'avis de faire revenir des frontières tous les volontaires pour composer la force armée de Paris.
La section de La Trinité a déclaré qu'il n'y avait point de gens suspects dans son arrondissement; plusieurs sections ont adopté des mesures contre le désarmement, celle de la Butte-des-Moulins a pris des arrêtés pour faire mettre en liberté plusieurs de ses capitaines se trouvant en état d'arrestation. Dutard dit avoir rencontré le sieur D'Ayroland, de la section du Contrat-Social, et le commissaire de police Monvoisin, de cette même section, dont la nomination avait été confirmée par la Municipalité, mais qui avait été destitué par les factieux dans la dernière crise ; le premier, plein de courage, se plaignait de n'être point secondé et reprocha même à Dutard de ne pas s'être joint à lui. Le même Dutard rapporte que, se trouvant au Palais-Royal, il fut invité par deux bas officiers des troupes de ligne à s'asseoir au T. IX.
milieu d'eux, lesquels se mirent à dire (en parlant de 4 volontaires de la nouvelle recrue, qui les dévisageaient) : « Voyez ces 4 petits foulriquets, ils nous regardent beaucoup, si nous passions auprès d'eux, vous les verriez s'éloigner à 4 pas pour nous laisser passer, parce qu'ils nous craignent. Reaucoup de nos officiers sont ici en habit bourgeois, nous les voyons tous les jours chez le ministre de la guerre. »
7 juin 1793, 9 heures du matin.
Original non sigr.é, A. A'., Flc III, Seine, 27. Ed. Al). SCHMIDT, Tableaux de fa Révolution française, t. II, p. 9.
671. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant qu'en raison de nouvelles plaintes, le Commandant général réitère l'invitation à tout commandant de patrouille ou de détachement quelconque, après la retraite battue, de se faire reconnaître, lorsqu'il passera devant un poste, ou un corps-de-garde, et lorsqu'il en sera requis.
Extrait non signé, A. N., AF,V 1 470.
672. — Extrait de la feuille des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :
1° L'on annonce des projets de troubles, qui seront occasionnés par la cherté des denrées. Le malheureux dit qu'il préfère mourir d'un coup de fusil que de mourir , de faim. Tous les jours l'animosité augmente, la fermentation s'établit, il y a lieu de craindre qu'elle n'éclate d'une manière violente, les bouchers et les épiciers en seront infailliblement les victimes.
2° L'événement du 9, au Marché aux veaux, a prouvé que les bouchers, en vendant le veau à 24 sols la livre, gagnent au moins 14 sols. Le peuple, las d'être dupe de cette exaction, est prêt à se faire justice. On sait d'ailleurs que la vache, qu'ils vendent le même prix que le bœuf, leur revient ordinairement à moitié moins.
3° Les individus suspects, qui paraissaient avoir abandonné leur promenade des Tuileries, y reparaissent en plus grand nombre, ils affectent un air de satisfaction qui avertit de se tenir sur ses gardes. On
Se plaint partout de la quantité de ci-devant et de prêtres réfractaires ou assermentés (ces derniers déguisés en redingotes d'uniforme), qui se rassemblent au Jardin de l'Egalité. On voit avec encore plus d'inquiétude les cabarets des Champs- Blysées garnis, tous les soirs et jusqu'à 2 ou '.i beures du matin, de gens en uniforme de toute espèce, et de jeunes gens dont la taille et la tournure annoncent les principes, le billard recèle les voleurs de nuit jusqu'à minuit.
4° On désirerait une plus grande surveillance de la part de la gendarmerie dans les bourgs de la Chapelle, la Villelle et du Bourget, on sait que beaucoup de voleurs de Paris vont s'y réfugier dans les cabarets ou chez leurs camarades qui y ont élu domicile.
5° La troupe de l'Ecole militaire paraît en général très mal composée, l'on est surpris de la voir encore à Paris, et la conduite de plusieurs de ces volontaires en donne la plus mauvaise opinion.
<>° L'on remarque que, sur les boulevards, sur les quais, chez tous les marchands de gravures, les figures du ci-devant Roi et de sa famille y sont reproduites avec abondance. On croit que c'est moins de la part de ces marchands une spéculation de commerce que l'envie d'intéresser au sort de ces tyrans.
7° On se plaint de la tolérance dont l'on use encore à l'égard des marchands d'argent. Ils reparaissent avec la même hardiesse qu'avant le décret. On dit même qu'ils se sont mutuellement promis de se défendre, dans le cas où l'on sévirait contre eux, la plupart marchent armés de pistolets.
8° L'on désirerait que chaque section fournit tous les jours une certaine quantité d'hommes pour la garde du parc d'artillerie du Pont-Neuf. On voit avec peine que la section de ce nom, dont les principes sont suspects, en soit seule chargée, puisque les canons appartiennent à toute la Ville.
9° Les processions du 8 et les coups de fusils et d'encensoirs mit été vus et entendus avec, la plus grande indignation.
Les prêtres assermentés veulent, dit-on,
maintenir les femmes et les imbéciles dans l'espérance de la contre-révolution. En général, l'esprit public est bon et ne demande qu'à être soutenu par les opérations utiles de la Convention, qui jouit d'une force à laquelle elle peut entièrement se confier.
Cette copie de la feuille des rapports et déclarations au Bureau de surveillance de la Police est accompagnée d'une lettre du maire de Paris au Conseil exécutif, du il juin.