‹ Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la révolution française (volume 4)Chapitre 59 sur 97 · juin · texte numérisé non relu

juin

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AF'v 1170.

673. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, annonçant que, d'après les ordres du ministre de la guerre, il partira, le 9 juin, pour l'armée de la réserve, 6 pièces de canon de 4 et 2 caissons id. pour Brest, destinés au 3« bataillon de Seine-et-Oise.

Le Commandant général adjoint (Recordon) fait connaître qu'il manque dans les ateliers et fonderies de canons des tourneurs et foreurs, et invite les citoyens qui voudront y travailler à se transporter à la barrière d'Enfer, chez le citoyen Bresin, où il y a 60 pièces de canon. Ce même défaut d'ouvriers retardant les envois de canons pour la Vendée, où le besoin en est urgent, les sections sont invitées à donner une de leurs pièces; les sections qui ne craindront pas de faire ce sacrifice à la patrie, à l'exemple de celle de la Croix-Rouge, qui a cédé les siennes, enverront des commissaires chez le même citoyen Bresin, pour en marquer une de celles qui y sont et qui leur sera remise, aussitôt qu'elle sera finie.

8 juin 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'V 1470.

674. — Rapport de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, l'informant que le marché de Poissy, parait-il, fut très bien approvisionné la veille, que la place de la Révolution était remplie de bœufs en provenant, ce qui faisait espérer une diminution du prix de la viande. Une femme fit remarquer à ce propos que la diminution ne serait que pour ces coquins de bouchers, que le pauvre peuple

L'ESt»WT tUBtlC A PARIS DK JANVIER A JUIN 1793

Ui

ne s'en ressentirait point, à quoi un houclier répliqua que, tous les objets de première nécessité étant augmentés, pour eux comme pour le reste du peuple, il fallait bien que le prix de leur viande se trouvât affecté de cette augmentation. Perrière raconte qu'il assista, le 7 Juin, à 10 heures du soir, à un charmant concert sous les arbres du jardin des Tuileries, où un chœur de femmes, toutes jeunes d'après l'accent, lit entendre la fameuse chanson des Àlarsi'illais, hymne à jamais cher de la guerre et de la liberté; ces voix douces et pénétrantes lui rappelèrent les chœurs de jeunes et charmantes jeunes filles, qu'il entendit si souvent dans les assemblées des non-conformistes en Angleterre. Perrière rapporte que, dans l'un des groupes du Palais- Egalité, certain garde national , les cheveux coupés en rond, l'air audacieux, la ligure blême et tirée, avec un grand sabre à ses côtés et 2 pistolets à la ceinture, s'échauffait beaucoup à propos de l'arrivée prochaine de 10,000 Bordelais armés, qu'on disait en marche sur Paris, pour réclamer leurs députés arrêtés, et s'écriait : << Ils n'en sauteront pas moins le pas, et c'est par des Hordelais même comme lui, qu'ils seront exécutés. » Ce spadassin faisait l'apologie des journées de septembre et ne regrellait qu'une chose : c'est que le massacre eiît été aussi court, mais donnait à entendre qu'il recommencerait avant quinze jours.

Le monstre était visiblement désavoué par les regards de ceux qui l'entouraient, quoique leurs liouches restassent muettes.

Qu'on aille me dénoncer, si l'on veut, à la Convention, ajouta cet homme, enhardi par ce lâche silence, mon nom estMamain. « Si c'est Mamain, dit l'un des assistants, il est de Bordeaux, en effet, et le Comité révolutionnaire de la ville le compte parmi ses membres. «

Perrière en conclut que la liberté est à la merci du premier scélérat qui voudra s'en emparer, qu'avec de pareilles dispositions moutonnières, les peuples sont toujours à la veille de la perdre.

8 juin 1793, 7 licures du matin.

Original non signé, A. N., F*« III, Seine, 27. Ed. Al). Sf.HMIur, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 14.

673. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, déclarant qu'il n'y a rien eu de particulier à l'ordre général, non plus que dans les rapports de la force arjtiée, sinon un rassemblement à la place aux Veaux, chez un boucher, dans la cave duquel l'on a trouvé un veau corroini)u et gdté, on y a envoyé, sur-lechamp de la force armée, l'attroupement s'est dissipé, cl tout était tranquille à 9 lieures du soir.

9 juin 1793.

Extrait, .signé de Clément, secrélaire de l'Etatmajoi-, A. N., AF'v 1470.

676. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, faisant connaître que les citoyens de l'Ecole militaire, qui ont tiré hier des coupj^ de fusil par les fenêtres, ont été punis de la prison, et que, s'ils récidivent, on convoquera un conseil de guerre pour les juger selon la loi, cette mesure sera la même pour tout militaire, caserne ou non caserne, à la solde de la République; que les ouvriers, qui travaillent aux afiûts et caissons, sont invités à s'occuper de préférence des affûts, dont le besoin est le plus urgent.

D'après les rapports de la force armée, l'on a conduit au Comité de surveillance de la section de l'Observatoire un particulier qui voulait vendre un fusil, et qui a annoncé en avoir déjà vendus et en avoir encore d'autres à vendre.

Le commissaire de police de la section de l'Unité a été requis pour un particulier, ((ui, après avoir donné 7 coups de couteau à sa femme et s'être frappé luimême do plusieurs coups, s'est précipité, dans la rue Saint-Sulpice, par une fenêtre du 3' étage. L'on a conduit à la .Vlairie le sieur Ednie Antheoul," se disant lieutenant-colonel du 90' régimeni, n'ayant pas de carte civique, et étant venu demander au poste de la section de la Buttedcs-.Moulins de la force armée pour arrêter un particulier qui tenait, disait-il, des propos dans un des cafés de la Maison Egalité. L'on a arrêté dans la section des Quinze-Vingts un chari;elier conduisant une voiture chargée de cuivre pour la fonte, n'ayant pas de lettre de voiture.

Le commissaire de police de la section du Louvre est venu requérir main-forte, au Palais national, pour aller poser des scellés dans une maison de Jeux. Entre 10 et H iieures du soir est venu un ordre, au poste de la rue des Matliurins, de faire garder, par 3 sentinelles, le citoyen Reliourt, dans son domicile, bâtiment des Mathurins, et ne l'y ayant pas trouvé, le commandant du poste en a rendu compte à l'Assemblée générale de la section de Beaurepaire; à minuit est venu un second ordre de ne laisser entrer ni sortir qui que ce soit de ce bâtiment, ce qui a été exécuté.

10 juin 1793.

Extrait non signé, A. N., A.V" 1470.

677. — Rapport de l'observateur Perrière k Garât, minisire de l'intérieur, signalant un fait singulier. Samedi soir, dil-il, les Champs-Elysées étaient remplis de moutons qui paissaient l'herbe de ces belles promenades, ce qui lui suggère certaines réflexions, d'abord au sujet des dégâts qu'ils peuvent causer aux arbres ol aux jeunes rejetons, ensuite au sujet du prix de plus en plus élevé de la viande de boucherie, ([ui n'est pas en rapport avec cette abondance. D'après le témoignage de la femme d'un capitaine de canonniers de l'armée du Nord, ce qui a contribué cà faire renchérir la viande, c'est l'accaparement des bœufs par un certain nombre de bouchers, qui envoyent leur viande «alée en pays ennemi ; ce commerce infâme a été découvert dans une affaire que nos troupes eurent de ce côté avec l'ennemi, elles s'emparèrent de 200 bœufs, dont la moitié fut expédiée sur-le-champ à Paris. Hentabole a dénoncé à r.\ssemblée les manœuvres de plusieurs marchands de be.sliaux, ([ui ont accaparé les fourrages pour nourrir leur bétail et en faire augmenter le prix par la rareté des objets nécessaires à sa subsistance; tous ces complots une fois déjoués, le peuple a le droit d'attendre la diminution des objets de |)remièrc consommation, et s'il venait à être déçu dans ses espérances, ie gouvernement devrait intervenir entre lui et les marchands. C'est ainsi que des citoyens, snr le pont de la

Tournelle, s'étant réunis, achetèrent un veau, dont la distribution se fit à 9 sols la livre, au lieu de 22 sols qu'on voulait la vendre, ce fait a été signalé au Conseil général de la Commune, à l'effet de fixer un prix maximum.

Perrière dit avoir lu, la veille, une affiche de la Société d'Arcis-sur-Aube, qui applaudit aux mesures de rigueur prises par la Commune contre les traîtres de la Convention; il lui tarde de voir les 22, les 12, Clavière, Lebrun et Roland, traduits devant le Tribunal révolutionnaire et payer de leurs' têtes leurs attentats contre la liberté. A ce propos, Perrière fait observer que ce n'est ni par le nombre, ni par le genre des signatures qui suivent une adresse, qu'il faut la juger, mais bien par elle-même et par les principes qu'elle contient; Levasseur, en traitant ce sujet à la Convention, s'amusait à éplucher les caractères et à marquer les limites de l'écriture aristocratique et de l'écriture démocratique, comme s'il n'y avait pas de l'injustice à supposer, d'une part, que les riches sont toujours aristocrates, d'autre part, que les Sans-culottes sont toujours assez éclairés pour connaître ce qu'ils signent ou ce qu'ils manjuent d'une croix, et si l'on avance que les riches ne consultent jamais que leur intérêt, ne peut-on pas également supposer que les Sans-culottes sont sans cesse trompés par ceux qui les mènent et qui se prétendent leurs amis? Perrière en conclut que le peuple français sera toujours à la merci d'une poignée d'intrigants, ({u'il prendra des scélérats pour ses amis, jusqu'à ce qu'il soit frappé par la verge d'un nouveau despotisme, qu'il se fera un commerce infâme des opinions, que les gouvernants et les gouvernés ne pourront plus s'entendre; que lorsqu'on dira, le peuple français veut, ce ne sera qu'une poignée d'individus, qui prendront des mesures qu'ils croiront nationales, et la Nation entière se soulèvera, et il se demande : lesquels plaindre le plus alors, les gouvernants ou les gouvernés.

10 juin 1793, 11 heures du matin.

Original non signé, A. N., F'' III, Seine, 27. Ed. Al). ScHMIDT, Tableaux de la Révolxttion française, t. II, p. 15.

L'KSIMUT PUBLIC A PARIS DE JANVJKH A JUIN 1793

678. — Lettre de l'observateur La Tour- La Montagne à Garât, ministre de l'intérieur, déclarant qu'un orage terrible se forme, et que tout annonce une secousse capable, sinon d'anéantir, du moins d'ébranler la République entière, s'élevant contre la proposition faite à la Convention par Raréro, au nom du Comité de salut pulilic, d'envoyer dans les départements, dont les députés ont été mis en état d'arrestation, un nombre égal de députés, choisis parmi les patriotes de la Montagne en qualité d'otages, mesure qui lui parait non seulement insuffisante, mais encore contre-'-évolutionnaire, injurieuse pour les départements, flétrissante môme pour Paris, estimant que le jour où la Convention nationale aurait décrété celte fatale mesure, elle aura solennellement proclamé la guerre civile. La Tour-La Montagne propose d'envoyer dans les départements des patriotes, étrangers à tous les partis, à toutes les factions, qui peindront sous ses véritables couleurs une révolution dont ils ont été à la fois les témoins et les acteurs; il s'offre lui-même pour se rendre dans son département, afin d'éclairer ses concitoyens sur les derniers événements.

Il ira dans les sociétés populaires, dans les sections, sur les places publiques, et fera entendre la vérité, il espère que sa voix sera écoutée dans une ville où il compte autant d'amis que de citoyens.

10 juin 1793.

Original signé, A. N., h''" III, Seine, 27. Ed. .\D. SCHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 18.

679. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, d'après lequel le Commandant général adjoint (Recordon) invite tous les bons citoyens à continuer leur activité dans le service, seul moyen de déjouer les eflorts des ennemis de l'intérieur, la perfidie de ces scélérats employant toutes sortes de manœuvres pour ruiner la République et énerver le patriotisme. L'ordre du jour porte qu'il sera délivré, ce jour, sinvant les ordres du ministre de la guerre, deux pièces de canon au 10' bataillon de Paris, caserne à Rueil, ainsi que 2 caissons. Il partira aussi, le

même jour, pour Tours, 2 autres pièces et 2 caissons pour le 2» bataillon.

U juin 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'^ 1470.

680. — Rapport de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, rétablissant la vérité des faits en ce qui concerne la vente des veaux sur le pont de la Tournelle, vérité qui est restée enveloppée d'une certaine obscurité. D'après le récit d'un habitant de ce quartier, tous les bouchers de Paris s'étaient donné la main pour ne payer les veaux que tant, les marchands s'obstinèrent de leur côté, si bien qu'ils tuèrent eux-mêmes leurs veaux et les distribuèrent au peuple, à 6 ou 7 sols la livre, tandis que les bouchers vendaient leur viande 22 sols la livre et ne voulaient la payer que o. Perrière appelle l'attention du ministre sur cet incident, qui montre au peuple que jusqu'ici il a été volé de l.ï sols par livre, et que le gouvernement doit contraindre et punir les bouchers, les bouchers de tous les genres ayant été jusqu'ici ménagés. Que du moinsla partie de la Convention, qui tient les rênes, se montre juste et ferme, que Legendre oublie sa classe pour sa patrie, qu'il provoque lui-même la punition de ses confrères, «' qu'il donne l'exemple de livrer la viande à son vrai prix et qu'il n'y ait plus lieu de tenir ce propos calomnieux : que les patriotes ne cherchent qu'à s'enrichir comme tous les autres. Les volontaires de la section du Panthéon, partis pour la Vendée, ayant appris par des lettres de leurs femmes que l'on ne se mettait nullement en peine de leur payer, pour elles et pour leurs enfants, ce qui leur avait été promis avant le départ do leurs maris, firent notifier par un capitaine de volontaires que si l'on continuait à manquer à ces engagements sacrés, sur la foi desquels seuls ils sont [)artis, ils vont tous reprendre la roule do Paris. Ces volontaires doivent être d'autant plus irrités, il est d'autant plus scandaleux de réduire à la misère les femmes des défenseurs de la patrie, que des soldats arrivés de ces cantons répandent que Santerre vil là-bas dans un luxe asiatique,

qu'il a les plus belles voilures, les meilleurs cuisiniers, les plus jolies femmes, ([u'il a toujours soin de se tenir à )0 lieues de l'ennemi, et, pour braver les accusations, il fait ce qu'ont fait tous les généraux, il flatte ses armées par des largesses et par le relâchement de la discipline.

Au Palais Egalité, Perrière a vu grand nombre d'exemplaires d'une affiche de Pache, en réponse au rédacteur du Journal de Paris, où il déclare que l'emprisonnement de iO, 000 personnes, dénoncé à la Convention par Fonfrède, se réduit à l'arrestation de 10 personnes, et il a entendu dissiper l'équivoque qui semble exister entre l'emprisonnement et l'arrestation. Le maire de Paris, dans cette même affiche, met en demeure Thiébault, évoque de Saint-Flour, qui a dit que le Comité révolutionnaire de la Ville comptait des banqueroutiers et des fraudeurs, de les nommer, et il l'accuse de répandre des mensonges ayant pour but de fomenter l'esprit de parti, les haines et les divisions, au moment où la République est menacée d'un prochain déchirement. L'on a objecté que, s'il fallait mettre en arrestation tous ceux qui parlent par ouï dire dans l'intention de fortifier leur parli, combien n'en faudrait-il pas arrêter dans chaque camp? Perrière ne voit qu'un ou deux hommes sincères dans les chefs des deux partis, et encore peut-être sont-ils circonvenus par leurs partisans, aveuglés par leur affection. Les groupes du même Palais Egalité peignent les mouvements de Bordeaux sans les désapprouver, désirent la Constitution nouvelle et disent beaucoup de bien de celle de l'Angleterre.

11 juin 1793, 10 heures du matin.

Original non Bigné, A. N., V" III, Seine, 27. Ed. Ad. Scuuiut, Tablenux de la liévoliUion françnUe, t. II, p. 22.

081. — Rapport de l'observateur Dutard à (iarat, ministre de l'intérieur, constatant que les bourgeois de Paris, les marchands, les |iropriétaires, en un mot, persévèrent dans leur avarice, dans leur insouciance, dans leur égoïsme, ne s'occupant que de leurs affaires particulières et rarement des ulTaires publiques; les marchands de vin,

notamment, qui sont presque tous aristocrates, dans le sens oti on l'entend dans ce moment, ne vendent jamais tant que les jours de révolution ou d'insurrection du peuple, et ces jours-là, ne quitteraient pour rien au monde leurs pratiques. Dutard fait observer que les insurrections I>artielles, comme celles qui ont eu lieu, sont toutes fondées sur la crainte de l'oppression, de la servitude etsur celle du rétablissement de l'ancien régime, aussi dès que l'aristocratie fait mine de réapparaître, on lui court sus pour lui faire baisser pavillon. On reproche à la section du Contrat-Social de s'être toute aristocratisée, le côté gauche s'étant réuni au côté droit, pour no former qu'une seule et même assemblée; il n'y a plus que le Comité révolutionnaire, aidé de quelques brigands, pris dans d'autres sections, qui fasse contrejioids, on esta même de voir dans cette section le bien qui peut résulter du rapprochement de partis extrêmes; par le seul fait de monter la garde ensemble, les plus enragés deviennent modérés et raisonnables. L'avant-veille, les sept sections réunies, ou soi-disant telles, ontvoulu faire mettre en arrestation plusieurs personnes, mais se sont heurtées à l'opposition formelle de Julio, chef de légion, qtii a dérfaré qu'il consentirait plutôt à se mettre lui-même en état d'arrestation. Dutard raconte que, la veille, il avait dîné à côté de 4 nègres, l'un d'eux, domicilié sur la section de 1792, très bel homme, raisonnant avec esprit, et au cours de la conversation, l'un des convives ayant dit qu'il avait été proposé au sein de la Convention de faire faire au peuple un carême poIiti<|ue, le nègre en question répliqua : « Vous verrez (|u'avant peu ils seront forcés aussi de prier le peuple pour le faire aller à la messe »; sur ces entrefaites arriva un marmiton, que ces mangeurs de soupe interpellèrent en le qualifiant de citoyen, ce qui amena une vive protestation du marmiton, qui voulut être traité de monsieur. Certain jacobin, rencontré par Dutard au Palais-Royal, lui exposa ses théories, il reconnaît que les hommes de la faction sont des scélérats, mais déclare qu'ils le sont moins que les

L'KSPRIT PURr,ir, A PAUIS DE JANVIER A JUIN 1793

Rrissolins, parce que les Jacobins sotU conséquents cl que les Rrissolins ne le sont pas. Les Rrissolins ont voulu établir une aristocratie de riches, de marchands, de propriétaires, sans réfléchir que ces hommes sont les (léaux de l'humanité, qu'ils ne pensent et ne vivent que pour eux, toujours prêts à tout sacrifier h leur égoïsrae et à leur ambition, que si on lui en donnait le choix, il préférerait l'ancien régime, oi"i les nobles et les prêtres avaient quelques vi^rtus et pouvaient leur opposer une barrière, tandis que dans le nouveau régime, ils n'ont point de limite à leur ambition et feraient mourir de faim le peuple; aujourd'hui, il n'y a qu'à leur opposer les Sansculottes, qui ne Veulent pas leur faire de mal, mais veulent forcer tous ces mod<''ré> à s'unir à eux, à vivre avec eux, à vider leurs coll'res pleins et à \endie les marchandises moins cher. Dutard cite, comme exemple caractéristique, l'achat par lui fait, ces Jours passés, d'un vulgaire pot de chambre, qu'il a payé 30 sols et qui, il y a 2 ans, lui aurait coûté 15 sols, il ajoute que des magasins sont pleins de marchandises, etl'on ose invoquerlacherté, l'augmentation de prix. Cinq artisans, que Dutard a rencontrés au café, lui ont paru fort inquiets sur les affaires actuelles, et traitent de brigands tous Ifs Comités révolutionnaires et autres motionneurs de la même trempe. Dés 5 heures du matin, le bruit s'était répandu aux Halles que Custine avait perdu à peu près toute son armée, et qu'il ne lui restait que 4,000 hommes.

11 juin 1793, 10 heures du matin.

Original non signé, A. A'., F'= III, Seine, 27. Ed. Al). ScKMIDT, Tableaux de lu Révolution /■(■.mçaisp, t. If, p. 19.

082. — Extrait de l'ordre du jour do la garde nationale, invitant, conformément à une lettre du Maire au Commandant général, tous les ouvriers qui voudront travailler aux réparations des armes, à s'adresser aux citoyens Drouas et Rolland, à l'Arsenal de Paris, ces ouvriers devront être munis d'un certificat de leur section, attestant qu'ils sont en état de travailler aux réparations des armes et qu'on peut

leur en confier. Le Commandant général adjoint étant venu, le H juin, réclamer auprès de la Commune une suspension momentanée de service pour les canonniers, eu égard à la mulliplicité des postes dont ils sont chargés, le Conseil général de la Commune, en applaudissant de nouveau au zèle des canonniers, a prié le Commandant général de les engager à continuer leur service, et qu'il allait solliciter auprès de la Convention une indemnité pour ce service extraordinaire.

Les commandants de sections, capitaines des différentes compagnies et des canonniers, tiendront un contrôle exact des armes de tout genre qu'ils ont délivrées aux citoyens de leurs compagnies respectives, et deviendront responsables de la perte des armes qui pourrait se produire.

Les rapports de la force armée ne signalent que l'accident d'un particulier, qui s'est jeté ou est tombé d'une croisée dans la place de Thionville, et est mort de sa chute.

11 juin 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'V 1470.

683. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, rendant compte d'une séance du Conseil général de la Commune, à laquelle il a assisté, et où Real a péroré longuement et avec force en faveur de l'envoi d'une adresse à la Convention, pour accélérer l'établissement de deux canaux, k l'effet d'occuper des bras; Real a été interrompu par Lubin et par d'autres, qui criaient à tue-tête qu'il lallait s'occuper uniquement de la guerre, et a été appuyé par Chaumelle, qui a parlé en révolutionnaire et en républicain avec une certaine dignité et philosophie. Dutard, à ce propos, analyse le caractère et les vues de Chaumette, qui aspire, dit-il, à devenir le chef de la faction et à réunir les fractions jacobite et cordelière, qu'il a tenues divisées jusqu'ici, parce que, pour un coup de main, il comptait plus sur les Cordeliers, aux bons bras bien poilus, que sur les Jacobins, c'est ce que l'on a vu dans la dernière insurrection, où il était tacitement défendu Ji aucun Jacobin depro-

poser aucune mesure de modération, sous peine d'être regardé comme suspect et d'être à l'instant destitué ; Tinsurreclion une fois passée, Chaumette a cherché à rallier les Jacobins, un peu divisés d'opinion entre eux, en intimidant les uns et en rassurant les autres, il voudrait actuellement, par la crainte ou par l'inlérêl, réunir tous les partis, pour prouver aux départements que la dernière insurrection a été le fruit de l'indignation de tous les citoyens de Paris. En résumé, conclut Dutard, <i ce petit bonhomme-là ne manque pas de talent, du moins il s'entend fort bien en révolution ». Des commissaires de la section du Mail étant venus au Conseil apporter une adresse relativement au désarmement des. citoyens, désignés sous le mot vague de suspects, Chaumette a pris la défense de ces commissaires et de leurs commettants, déclarant qu'il espérait que sous peu la section du Mail serait l'une des plus enragées de Paris, si l'on peut appeler de ce nom les sections qni sont bien patriotes. Hanriot est venu donner sa démission et a prononcé un bref discours, qui, en d'autres temps et en d'autres circonstances, aurait pu paraître beau, il a reçu les applaudissements du tiers du Conseil et des tribunes. Destournelles l'a chaudement félicité pour le patriotisme dont il a fait preuve et, en terminant, avec un enthousiasme républicain, s'est jeté dans les bras d'Hanriot, et a même proposé au Conseil général de mentionner au procès-verbal que c'était au nom du Conseil qu'il avait donné l'accolade fraternelle à Hanriot. Chaumette a fait la motion, et le Conseil a arrêté que, le lundi suivant, les sections seraient convoquées pour procéder ù la nomination d'un Commandant général provisoire, et que néanmoins Hanriot continuerait ses fonctions jusqu'à son remplacement effectif.

Dutard donne son avis sur rétablissement projeté d'un canal de la Marne à la Marne et d'Orléans à Paris; il est certain que, quoique l'ouvrier en ce moment gagne à Paris beaucoup plus qu'on ne lui offrirait à gagner dans le travail qu"on propose, il en viendrait toujours un grand nombre, que d'ailleurs les gargotiers, les marchands

d'eau-de-vie, les spéculateurs du pelilgenre y accourraient en foule, beaucoup d'ouvriers, qui viennent à Paris, s'arrêteraient en route et, une fois rassemblés, ne seraient pas extrêmement difficiles à contenir, pour peu qu'on déployât autour d'eux une force militaire. D'un autre côté, la faction peut y trouver son compte, attendu que les partis qui lui sont contraires n'ont jamais eu et n'auront jamais d'autre énergie que celle de parler et d'écrire; cent mille ouvriers se trouvant ainsi rassemblés en peu de temps de toutes les parties de la France, si on les arme chacun d'une pique, il y a, semble-til, de quoi trembler, Dutard dit que, à la place des gouvernants, non seulement il ne tremblerait pas, mais il voudrait avant peu faire complètement la loi à cette horde de brigands.

12 juin 1793, 11 licures du matin.

Original non signé, A. N., F'<= III, Seine, 27. Ed. Ad. SCHMffiT, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 25.

684. — Rapport de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, déclarant que, la veille au soir, dans les groupes des Tuileries, l'on s'élevait beaucoup contre la friponnerie des bouchers, mise en évidence par l'affaire du marché aux Veaux, contre leur effronterie, puisqu'ils avaient vendu encore 18 sols, le lendemain de cette aventure, contre la faiblesse ou l'insouciance de la Convention, qui ne faisait point un exemple de ces brigandages avérés. Legendre, disaiton, qui est le patriote éminent de la Montagne, vise-t-il moins que ses confrères à affamer le peuple ? tous ces patriotes sont comme les autres, ils ne cherchent qu'à s'enrichir. L'un disait du maf de Santerre, l'autre de Hanriot, qui l'avait remplacé. On disait de ce dernier qu'il avait été commis aux barrières, et que c'était là une belle pépinière pour y aller prendre les patriotes, qu'au début de la Révolution, il n'avait pas de culottes, et qu'il venait d'acheter un bien de 60,000 livres, sans préjudice d'autres marchés, qu'il avait été faire le Brutus à sa section, en y dénonçant sa propre mère comme aristocrate fieffée, beaucoup moins par patrio-

|;ESPRIT public a PAKIS UE janvier a juin 1793

tisnie que pour se dispenser de la soulager. On rappelait à ce sujet les riches bijoux trouvés sur les prêtres assommés h Saint- FiriTiin, quartier général du bataillon des Sans-Culottes, et les riches prises de calices et de rouleaux de louis dans les visites domiciliaires nocturnes. Enfin, l'on donnait des nouvelles des succès obtenus par les rebelles de la Vendée, de la prise do Saumur avec 60 pii'ces de canon, de la retraite de l'armée de Santerre. D'autres disaient que le coup le plus contre-révolutionnaire que l'on eût pu frapper, était l'arrestation illégale et forcée des 32, que les nombreux succès des rebelles n'étaient dus qu'a cet acte liberlicide, qu'une partie des départements ne reconnaissaient plus la Convention, que son intégrité étant entamée, la dissolution ne tarderait pas à s'ensuivre et qu'à sa place l'on verrait un Roi.

Perrière signale et analyse une adresse de Barbaroux <à ses collègues, sur les bruits calomnieux répandus au sujet du dernier courrier de Marseille, adressé à la députation de celte ville ; au dire de Barbaroux, celte correspondance, au moins en ce qui le concerne, ne renfermait que les instructions de ses commettants, les inquiétudes de sa famille, tout au plus les injures d'un sien ami contre certains membres de la Convention, injures qu'il désavouait comme étrangères a son style. La lettre qui peut le plus servir à ses ennemis est celle d'un certain Dominique Girard, commandant du bataillon de Marseillais, dernièrement à Paris, qui avait découvert un complot tendant à dissoudre la Convention, mais avait refusé de le divulguer, et qui, voyant Barbaroux décliner dans l'opinion publique et celle des Marseillais, n'avait pas manqué de dire beaucoup de mal de lui, à Lyon et à Marseille, mais depuis, craignant que ce député ne lui fit perdre sa place de sergent de port, il l'adulait bassement dans cette lettre et lui disait que si son compatriote pouvait obtenir la levée d'un batailbm de Marseillais pour Paris et l'en faire nommer commandant, il viendrait se venger de tels ou tels membres de la Convention qu'il désigne. Barbaroux le dénonce comme un lâche et refuse toute

amnistie des centumvirs de la Convention, comme il a refusé celle de Capet et du juge prévôtal de Marseille; quant aux otages proposés pour les déparlements, les Marseillais, pas plus que lui, ne se payent de cette monnaie.

Perrière entretient également le ministre d'une affiche de Prudhomme, de laquelle il résulterait que c'est par suite des indignes manœuvres et des vengeances particulières de Lacroix, dont il avait récemment signalé les turpitudes, qu'il a été incarcéré 48 heures, le scellé mis sur ses papiers, et sa porte refusée à sa femme enceinte, revenant de la campagne avec ses 4 enfants, spectacle qui avait provoqué le sourire de Lacroix ; mais c'est moinspour répondre à un ennemi aussi méprisableque Prudhomme prend la plume, que pour détruire les interprétations malignes auxquelles pourrait donner lieu une letlre saisie dans ses papiers, letlre d'introduction que Roland lui avait donnée auprès de Dumouriez, et qu'il n'avait pas utilisée, D après Perrière , celte adresse dénote beaucoup de force, on reconnaît le style de l'auteur des Révolutions.

Perrière ajoute, au sujet de l'adresse de Barbaroux, qu'ayant voulu la relire, il l'avait trouvée déchirée, là où il l'avait vue ainsi que dans beaucoup d'autres endroits, ce qui lui a fait grand peine, ces sortes de lacérations marquant l'esprit de parti et non de justice, c'est mettre la main sur la bouche d'un homme qui parle, la devise des Républicains doit être : Voyons et entendons, tandis que dans les Révolutions, ce n'est pas la raison qu'on veut, c'est le nombre, et l'on ne s'informe pas si tel fait est vrai, mais par combien de monde il est cru, une Révolution, c'est la mort de la philosophie.

Perrière parle enfin des adresses des départements, ou plutôt des villes, et encore en bien petit nombre et contraires les unes aux autres, deux partis sont en présence, la niasse de la Nation se lèvera tout à coup quelque jour pour écraser l'un ou l'autre, et peut-être tous les deux; le gros d'une nation est l'ours, et les partis qui la travaillent sont les singes turbulents ([ui montent et jouent sur son dos.

■2\H GHAPITHE I«'. — JOURNÉES HISTORIQUES DE l,A RÉVOLUTION

Dernière nouvelle. L'on criait, ce matin, la fuite de Barbaroux.

lî juin 1793, 5 beures du soir.

Original non «igné, A.N., F'^ III, Seine, 27. Ed. Ad. SciiMiUT, Tableaux de (a Révolulion française, t. II, p. 27.

685. — Rapport de l'observateur Julian de Carentan à fiarat, minisire de l'intérieur, déclarant que l'esprit public à Paris, si l'on envisage la classe des Sans-culottes, est au degré nécessaire, que tons veulent la Constitution et sont persuadés que la Montagne travaille à la leur donner, ils se porteraient à des excès, si la Montagne était menacée. C'est en vain (jue les modérés, les aristocrates et les salariés de la Prusse et de Cobourg fontcourirle bruit que 3.'? départemenls marchent contre Paris, ils en rient cl n'en deviennent que plus fulieux contre le côlé droit de la Convention.

Quant à la classe dite modérée, elle ne compte que des hommes indifférents à la chose publique, qui ne cherchent que leurs plaisirs; elle s'est associée les soi-disant honnêtes gens et peut-être, sans le savoir, les ennemis de la Révolution, ([ni prennent le masque du modérantisme, divisent les patriotes, arrêtent leurs elTorls, et souvent empêchent les meilleures mesures; celle classe d'ennemis se tait toutes les fois que la Montagne a le dessus, mais se lève contre les Sans- culottes, dès que l'on essuie quelques revers et que le parli de l'opposition a du succès. A la vérité, observe Julian de Carentan, l'on est tranquille dans ce moment, mais il ne faut presque rien pour exciter une grande tempête, tout y est préparé. Le môme trace en quelque sorte une ligne de conduite au ministre, il importe, dit-il, qu'il jettelesyeux sur les différentes classes de la société, et qu'il n'employé pour agents que des hommes éclairés, probes et vraiment républicains, et qu'il paraisse au moins s'inquiéter du sort des mallieureuses familles dont les chefs sont aux armées, enfin qu'il surveille l'éducation, point important. Les collèges sont dans le plus misérable état, peu d'écoliers, peu de soins de la part des principaux, les professeurs, il est vrai, font leur devoir, mais ne sont pas se-

condés, on pouvait craindre qu'il ne fût resté parmi eux des ennemis de la République, qui, loin de former des jeunes gens pour la patrie, auraient pu leur inculquer de tout autres principes, mais l'on est tran(|uille de ce côlé, et il y a lieu de favoriser cette classe d'hommes si précieux pour l'Etat. Si l'éducation venait à péricliter, du même coup tomberaient les lettres, les sciences, les arts, enlin l'esprit public, cette décadence amènerait la barbarie, et de la barbarie la France tomlierait dans la servitude. Les collèges, remarque Julian de Carentan, constituaient pour Paris une branche de commerce, et les ouvriers de la Montagne-Sainte-Geneviève, ainsi que les indigents, tiraient de là leur subsistance; aujourd'hui, ces deux classes se plaignent, l'une fera des mécontents, l'autre des mendiants, il faut éviter ces inconvénients.

L'esprit public a besoin d'aliment, et il en manque en ce moment. Les Sans-culottes réclament un journal pour les renseigner. Ces bons ouvriers qui, après leur travail, courent les places publiques pour avoii- des nouvelles, cherchent dans les affiches de quoi fortifier leur républicanisme, mais ils n'y trouvent que des poisons, du feuillantisme ou de l'aristocratie, et plus d'une fois, l'observateur a été témoin de leur mécontentement, les a entendu murmurer et dire : pourquoi ne nous donne-t-on point un journal? donc conclusion, il en faut un et tout de suite.

12 juin 1793.

Original non signé, A.N., F'"^ III, Seine. 27. Ed. An. SCH.MIDT, Tableaux de la RévoUition française, t. II, p. 30.

686. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, notifiant le décret do la Convention nationale, qui rapporte celui du 3 mai, lequel substituait 6 sols par lieue pour chaque volontaire rejoignant les armées, à la loi qui leur accordait 3 sols par lieue et l'étape, et décide que dans le cas où les volontaires, pour accélérer leur marche, passeraient une étape, elle leur serait payée en assignats sur le pied fixé, sans préjudice de celle qui doit leur revenir à la fin de leur journée de marche. D'après les ordres du ministre de la guerre.

2in

il (levait partir, le lendemain, pour Vi'.ronne, 2 pièces de canon de 4, deux affûts de 8, dix caissons de 4, chargés de 4,000 briquets, et 8 caissons do 4, chargés en guerre ; par les mêmes ordres, il partira, le 26 de ce mois, pour Strasbourg, 4 alTiUs de 4, avec leuis avant-trains, et dix-huit caissons de même calibre, cliargés de ciiausse-lrappes. Les réserves et patrouilles continueront toujours do même.

13 juin 1793.

Extrait noa signé, A. .\'., AF'^' 1470.

G87. — Rapport de l'observateur Dularil à (iarat, ministre de l'intérieur, l'informant qu'il sort du Palais-Rojal, que, là et dans 'd'autres endroits, on y annonce la défaite d'Egalité, à Marseille, on le dit même guillotiné et partout l'on y applaudit ; aux yeux du peuple, c'est le plus grand acte de justice que de le délivrer d'un monstre, qui a méconnu en même temps les liens sociaux et les droits de la nature. Potion subirait le même sort, que toutes les classes du peuple y applaudiraient également, après avoir été l'idole du peuple, il est considéré aujourd'hui par lui comme l'un de ses oppresseurs ; on prétend que la fameuse adresse de la ville de Chartres, portant adhésion à l'insurrection du 31, est l'œuvre de l'aristocratie; cette aristocratie, même subalterne, ne s'intéresse en rien au sort des 32; l'on répète souvent le iliscours tenu à Pelion par d'Eprémesnil, lorsqu'on le rouait de coups sur la terrasse des Feuillants. « C'est ce même peuple qui me portait en triomphe, il y a 2 ans, qui m'assomme aujourd'hui.»

Depuis 2 jours, on fait courir le bruit que Santerre a émigré. » Le général mousseux, dit-on, a eu si peur dans une action très vive, qu'il a disparu. On ne sait s'il a émigré, ou s'il s'est envolé en fumée. » Est-ce donc ainsi que le peuple décerne des lauriers aux bravos défenseurs de la Liberté? celui qui s'est si distingué, dans les journées d'aoflt et de septembre, terminerait-il ainsi malheureusement sa carrière en ce mois do juin ? La plus .saine partie, celle qui aime Santerre, s'accommode à dire qu'il n'est que blessé.

La veille au soir, à la scclion des Halles,

on a beaucoup discouru sur les événements de la Vendée et sur Santerre ; on veut que le peuple se lève encore, mais il lui faut des canons, c'est avec cet instrument qu'il a remporté une grande victoire au 10 aoftt, qu'il a pu faire reculer les Prussiens; si on ne lui laisse que des fusils, au diable les batailles.

Depuis 2 jours les groupes ont repris, enragés et modérés ne peuvent se contenir dans leur peau. Les enragés paraissent vouloir qu'on fasse le procès aux 32, mais à condition qu'on les guillotinera, autrement ils se feront justice eux-mêmes.

Les bouchers de Paris sont dénoncés à l'opinion publique, pour s'être entendus aux fins de vendre très cher la viande, trois d'entre eux ou marchands de bœufs auraient, paraît-il, été amenés à la Conciergerie. Dutard rapporte qu'il s'est trouvé chez un perruquier avec plusieurs bouchers de la section des Halles, et fait remarquer que tous ceux qui sont à leur aise sont désignés pour la proscription, il y a entendu dire que les domestiques étaient de vilains animaux, même comblés de bienfaits, ils déblatéraient contre leurs maîtres. Aux yeux de Dutard, le parti modéré est bien plus nombreux et bien plus fort que le parti enragé, du gros banquier au boutiquier détaillant, du boutiquier à l'artisan et au rentier, il s'est fait une graduation qui forme une barrière insurmontable pour la faction ; dans les sections les plus enragées, le modérantisme y domine tellement, que les modérés l'emportent chaque fois qu'ils veulent s'en donner la peine; si l'on objecte le 10 août, on peut répondre que, le 10 août, tous ces gens-là étaient contre le tyran, comme ils sont aujourd'hui contre les factieux.

Un fait caraclérisli(|ue, c'est que le peuple en masse a un certain respect pour la représentation nationale, comme point de rallieiuent, mais il a peu d'égards pour ses membres, pris individuellement, de manière qu'il verrait avec indifférence tomber le glaive judiciaire sur la tête du plus honnête ou du plus coquin de la Convention. Guadet, Petion, Brissot et autres ne trouveraient pas trente personnes à Paris qui prissent leur parti ou qui vou-

lussent même faire la moindre démarche pour les empêcher de périr. Le peuple monlrerail autant d'indifférence pour Marat et les autres, seulement ces derniers ont un parti décidé de 4 à 6,000 individus, qui au moins feraient tous leurs efforts pour les sauver, tandis que les constitutionnels n"ont que leur vertu et l'aristocratie pour les défendre, et encore l'aristocratie ne demande qu'à les voir guillotinés.

Dulard dit qu'il a aperçu, la veille et l'avant-veille, au Palais-Royal et ailleurs, beaucoup de nouvelles ligures, des gens arrivant des déparlements, et assure que si l'on ne prend pas de promptes, grandes et vastes mesures, il ne donnerait pas une pipe de tabac de la peau des 32, ainsi que de leur chemise.

Une question très délicate qili se pose, est celle de savoir s'il convient que les déparlements nomment une nouvelle représentation nationale, qui ira siéger ailleurs, ou s'ils doivent simplement venir à Paris pour y protéger la liberté de celle existante. Dutard trouve qu'il y aurait trop d'inconvénient d'éloigner la Convention de la capitale, ce qui pourrait provoquer une scission ruineuse et très périlleuse. Toute la classe propriétaire se verrait forcée de se réunir à la faction, qui commanderait avec une baguette de fer, et la propagande départementale commencerait le jour même où la scission s'effectuerait; aussi Dutard insiste sur les procédés par lui déjà proposés poursauver lachose publique, c'est d'employer les citoyens qui ont le plus d'intérêt à son maintien, et de retenir » Paris le plus que l'on pourra des modérés de la province; c'est le plus sûr moyen d'intimider les factieux de Paris, de rassurer les modérés et d'empêcher les insurrections, les Parisiens ayant singulièrement d'égards pour les gens qui viennent des déparlements.

Pour montrer les progrès de l'esprit populaire, Dulard doime comme exemple ce qui s'est passé depuis 1790 pour la vente de l'argent; les banquiers et les gros marchands ont donné le branle, ils envoyaient chez les épiciers échanger un billet de 50 ou 100 livres pour l'achat d'un

ou 2 pains de sucre, et gagnaient plus sur l'argent que les épiciers sur le sucre; les détaillants, s'apercevant qu'ils étaient dupes, se mirent à vendre leur argent eux-mêmes, et pressurèrent inhumainement le peuple, mais les gens du peuple, petits merciers, marchands de petits gâteaux, de tisane, se mirent à leur tour h vendre des écus, de la monnaie, bientôt des gros sous, c'est ainsi qu'a commencé l'arislocratie des marchands boutiquiers.

Il en est de même pour les motions et les places, et l'intérêt a été juste la mesure du patriotisme des uns et des autres, depuis que les porteurs d'eau, portefaix et autres font grand fracas dans les sections, la gangrène du dégoût a gagné les fruitiers, limonadiers, tailleurs, cordonniers,

etc.

13 juin 1793, 11 heures du malin.

Original non signé, A. N., F'« III, Seine, 27.

Ed. Ad. SCH.MIDT, Tabîeaii.x de la Bévolution française, t. II, p. 35.

688. — Rapport de l'observateur Perrière à Garai, ministre de l'intérieur, passant en revue diverses adresses et autres documents à l'ordre du jour : 1° une adresse de Petion aux Parisiens, écrite avec le style et suivant les principes de ce député ; 2« un état des prisons de Paris, au 6 juin, publié par les administrateurs de Police, et indiquant le chiffre de 1,300 détenus, la plupart voleurs, fabricateurs de faux assignats et contre -révolutionnaires, terme prêtant à l'équivoque et faisant craindre que ces arrestations n'aient encore plus servi des haines particulières que l'intérêt de la patrie; 3" une adresse émanée de Boursault père, secrétaire du Comité révolutionnaire de la Ville, où il recommande de laisser crier à l'infraclion et au renversement des lois, attendu qu'il est des circonstances où un peuple ne doit prendre avis que de lui-même; 4°un autre de Hanriot, commandant de la garde nationale, qui déclare qu'il s'attendait bien à voir la calomnie répandre sur lui ses couleuvres et ses poisons ; Periière lui objecte que c'est sa vie privée et même publique qui doit répandre la lumière sur son caractère et ses intentions, c'est à tort qu'il s'est plu à rappeler qu'il ne fal-

lait jamais juger l'homme public par l'homme privé, c'est le contraire qui est exact, ainsi l'homine, plontrti dans la volupté, s'aimera toujours plus lui-même qu'il n'aime sa patrie; quiconque manque àdesenjîagementsprivés.ne respectera pas davantage des engagements publics, s'il y voit le môme profit et la môme sûreté; celui qui aura trompé sa maîtresse ou son ami, agira toujours d'après les mêmes ressorts de son cœur, pourcethomme,lamesuredeson danger personnel sera le seul contrepoids qu'il fera entrer dans la balance de ses crimes; 5° Perrière signale ensuite une adresse des Marseillais aux habitants de Toulon, par laquelle ils les invitent à imiter l'heureux changement de leur ville, en comparant ce qu'ils étaient sous le despotisme proconsulaire et ce qu'ils sont aciuellement sous les notions de la vraie liberté, et déclarent qu'ils ne s'effrayent nullement de l'écrit dirigé contre eux, sous le nom du club de Toulon, suivi de 1,300 signatures; à Marseille, ils sont 30,000, armés pour les vrais principes.

Perrière montre l'empire exercé encore actuellement par la religion, à l'occasion de prêtres revenant de remplir un triste ministère, avec leur croix, qui furent heurtés par un crocheteur ivre, lequel interpella celui qui portait la croix, et, en réponse à un camarade qui lui avait imposé silence, en disant que c'était le bon Dieu, avait répliqué qu'il n'y en avait plus, mais maints individus, qui l'avaient précédé, s'étaient découverts et avaient fait le signe de la croix, en marmottant des prières.

Dans les groupes du Palais-Egalité on disait que les sections refusaient de se défaire de leurs canons en faveur des « fuyards » de la Vendée, que l'on cachait la vérité au peuple, et qu'il valait mieux la lui dire. Les opinions se trouvent partagées sur le compte des 32, mais toutes réunies contre les divisions de la Convention ; on blâmait les noms de Jacobins, de Feuillants, de Montagne, de Plaine, c'étaient là des signes de ralliement plutôt que des marques de vérilé, c'était bon pour des armées, mais au milieu d'une nation qui discute ses intérêts, il n'en faut point

d'autres que ses yeux et ses oreilles, mais qui peut arrêter la fureur des hommes assemblés? ce sont des brûlots qui s'allument par la simi)le chaleur des haleines.

Aujourd'hui, ajoute Perrière, dans les groupes des Tuileries, l'on s'entretenait des revers essuyés en Vendée, qui excitaient encore plus le soupçon que le mécontentement. Les patriotes manquaient d'armes, on venait d'envoyer de faibles recrues qui ne savaient pas les manier ; on envoyait les forces par chiquets, au lieu de faire rouler tout à coup une force imposante, les généraux ne savaient plus faire la guerre.

L'on a entendu avec transport quelques nouveaux articles de la Constitution décrétés ou projetés; on disait le duc d'Orléans convaincu d'avoir aspiré à la royauté et guillotiné à Marseille.

13 juin 1793, 7 heures du soir.

Original non signé, A. N., F'« III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tablcaïuv de la Révolution française, t. II, p. 39.

689. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale : 1" invitant les citoyens qui voudraient être placés comme conducteurs d'artillerie, à s'adresser au commissaire général Rolland, à l'Arsenal, avec promesse de paye honnête et l'étape de cavalerie ; i" renouvelant aux ouvriers l'invitation pressante de s'occuper plutôt des affûts que des caissons ; 3° notifiant l'envoi, au premier jour, de 10,000 piques pour Cambrai, destinées à l'armée du Nord ; 4° donnant coimaissance d'une lettre de l'adjoint de la ."i" division du ministre de la guerre au Commandant général provisoire, en date du 13 juin 1793, pour la mise à exécution du décret de la Convention qui décide le départ de 1,000 canonniers de Paris, joints aux hommes du recrutement, pour se porter contre les rebelles, et afin que les mesures à prendre n'éprouvent aucun retard, adressant au commissaire supérieur du recrutement, qui devra se concerter avec le Commandant général, différents ordres de route en blanc pour Tours, dont il se servira pour faire marcher les hommes.

A ce propos, le Commandant général

adjoint (Recordoii) déclare que, pour pouvoir faire la guerre avec avantage aux despotes, il faut beaucoup et de bons canonniers, et enjoint, eu conséquence, aux adjudants et instructeurs des canonniers de se paitager entre eux les postes des légions, surtout ceux pourvus de canons, pour les faire exercer tous les jours, au moins une demi-heure, dans chaque poste. 11 engage aussi les volontaires, de garde à ces mêmes postes, à se joindre à leurs frères d'armes, les canonniers, afin de s'instruire en même temps de la manœuvre du canon. Il espère que ses concitoyens s'empresserontd'adopterces mesures utiles à la République et qui, d'ailleurs, ne les fatigueront, ni ne les dérangeront de leurs occupations, puisqu'ils sont de garde. Les capitaines des compagnies des sections sont pareillement invités à rassembler tous les jours, soir et matin, pour faire l'exercice, surtout les dimanches et fêtes, tous ceux des volontaires de leurs compagnies qui voudront, ou pourront s'y trouver. Les réserves et palrouillcs continueront de ■ même.

14 juin 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'^ 1470.

690. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, faisant connaître que, toute la journée de la veille, il a aperçu les membres de la faction et leui-s émissaires fort intrigués, actifs, se déplaçant souvent, mais que les groupes étaient un peu moins nombreux que l'avant-veille et un peu moins agités. Vers 7 heures, Dutard, passant sur la terrasse du château , entendit annoncer l'arrestation de 2 voitures couvertes, à la barrière de Neuilly, dans lesquelles se trouvaient plusieurs dames et des hommes habillés en femmes; c'étaient, paraitil, des députés de la Convention qui sortaient de Paris, on ajoutait que ces voitures venaient d'être conduites à la Convention, ce qui n'était pas exact. Dutard rend compte ensuite de la conversation qu'il a eue avec un franc cordelier, l'un des persécuteurs do Blanchelande, qui lui a parlé des assemblées nocturnes qui se tenaient à Paris dans plusieurs endroits, et du mouvement des aristocrates, et lui a appris que

l'on avait perdu 42 pièces de canon eu Vendée, et que ce ne pouvait être que par trahison.

Au café d'Argence, dutard entendit un jeune homme, fort instruit, accuser la Convention de ne pas avoir mis eu pratique, contre les factieux, les moyens politiques mis en œuvre par ceux-ci, lors des journées de septembre; dans ce même café, un protestant crut devoir insinuer que le général Ligonnier, dont un ancêtre s'était réfugié en Angleterre, lors de la révocation de l'édit de Nantes, et y avait occupé des postes importants, ne pouvait qu'être suspect et devait être renvoyé àCharlres, dans son pays. Au café du Caveau, à H heures du soir, un aristocrate est venu annoncer la nomination de Beauharnais et de Destournelles comme ministres, en donnant à ce dernier surtout des éloges absolument déplacés dans sa bouche. Dutard, lui aussi, vante ses qualités et déclare qu'il doit être regardé comme l'un des meilleurs révolutionnaires et comme un parfait honnête homme; il considère la nomination de Destournelles comme un triomphe pour Garât, parce qu'elle montre le crédit que ce ministre conserve à la Convention, surtout d'après les explications données sur le compte de Destournelles à propos d'Hébert et de la Commission des Douze. Dutard rapporte ensuite qu'il est entré à r.Xssemblée de sa section, où présidaient les enragés aux bonnets rouges, semblables à des échappés des enfers, l'assemblée était peu nombreuse, une députation de la section des Halles vint proposer la nomination de commissaires, à l'effet de porter à la Convention une adresse demandant le retrait du décret qui nomme Heauharneus ministre de la guerre, et la destitution de tous les nobles en place, conformément à la délibération du Club des Cordeliers. Un brodeur du nom de (ienli lit une motion tendant à mettre en demeure la Convention de déférer immédiatement à ce vœu, déclarant qu'autrement la ville de Paris se regai'derait de nouveau en insurrection, et qu'il serait permis à tout citoyen de tuer et d'cyoryer tous les ennemis du bien public, cette motion fut applaudie; M. Gcnli et M. Gui^

rault furent désignés comme commissaires, ce dernier manifesta son étonnement.

D'après ce que Dutard a recueilli, les Jacobins comptent encore sur des succès, malgré la scission de la faction Cordelière ; les premiers veulent user de grands moyens politiques, coalition, fédéralisme et propagande, mais les Cordeliers ne reconnaissent que les poignards, il y a un rassemblement des uns et des autres, qui comptent 600 hommes bien décidés. Dutard rappelle au ministre qu'il lui avait dit pouvoir répondre de Paris pour !■; jours, et lui déclare qu'il court tout droit à sa perte, qu'elle est inévitable ; il pronostique ce qui va se passer. La Convention décrétera ou ne décrétera pas ce qui lui est proposé par les Cordeliers, qui se regardent déjà comme proscrits, ils feront une insurrection, le tocsin, le canon d'alarme, la générale, rien ne sera épargné, les sections se mettront sur pied, on emprisonnera, on massacrera, on violera, et tous les riches se cacheront; puis une partie des riches étant massacrée, l'autre sera mise en avant et forcée de marcher, les Cordeliers et les Jacobins ne feront plus qu'un, la réunion des sociélés populaires, des départements et des municipalités voisines s'effectuera sans difficulté, elle serait déjà faite, si les Cordeliers étaient les maîtres. Dutard conseille au ministre de faire fermer dans les sections toutes les boutiques,.et se demande pourquoi la partie riche, la classe marchande, ne s'enrôle-t-elle pas et ne formc-t-elle pas un corps, qui, bien équipé, bien exercé pendant 8 jours seulement, résisterait facilement à toute tentative de désarmement, à euxsejoindraientlous les gendarmes, ceux des tribunaux, la cavalerie et les milliers de militaires se trouvant à Paris, et qui autiement lâcheront pied, toutes les fois qu'ils verront la multitude. Dutard ajoute, en terminant, qu'au milieu de tant d'écueils, il regarde comme un miracle que le ministre n'ait pas péri mille fois, et l'exhorte à sortir de son apathie.

14 juin 1793, 10 heures du malin.

Original non signé, A. N.,V^'=l\\, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Ta6/eaiuc de (a Révoluiion française, t. II, p. i3.

691. — Extrait des rapports et déclarations reçus an Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° La fermentation va tous les jours en augmentant, et les esprits sont extrêmement agités. L'inquiétude au sujet de la marche des troupes départementales, les violents soupçons contre les généraux intérieurs et extérieurs, et particulièrement contre Custine, l'indignation contre la lâcheté et la mauvaise conduite des troupes parties dernièrement pour la Vendée, l'excessive cherté des denrées de première nécessité, tout enfin contribue à faire craindre un dénouement affreux.

2° Il paraît certain qu'on projette de renouveler très prochainement les scènes de pillage. On parle du recrutement, à Paris, d'une armée contre-révolutionnaire qui, étant en force,se joindrait aux troupes départementales. On voit avec beaucoup d'inquiétude des canons partir de Paris, on craint qu'ils ne soient pas remplacés assez tôt et de se trouver sans défense, si l'on vient à être attaqué.

3° On demande que tous les comptoirs et boutiques soient fermés, sauf pour les denrées de première nécessité, et que tous les citoyens indistinctement contribuent, soit de leur personne, soit de leur fortune, à rétablir le calme dans l'intérieur. On se plaint continuellement de la stagnation des armées, on dit que la belle saison se passera sans succès, et que les généraux, qui n'osent pas trahir ouvertement, le font secrètement, en fatiguant le soldat et en minant les ressources de la République.

4° On renouvelle la demande d'un arrêté du Conseil général, qui interdise aux marchands la faculté de créer des bons de 1, 2, 3 et même 4 sols. On demanderait aussi que toutes les anciennes pièces de 2 sols fussent réduites â 6 liards, cela éviterait une infinité de contestations qui ne font qu'aigrir les esprits.

0° On réclame la déportation de tous les Anglais, se trouvant à Paris et qui, depuis leur arrivée, n'auraient pas rempli exactement les fonctions de citoyens. Cette mesure paraît la seule efficace pour dé-

concerter la correspondance de Pitt et de ses agents.

6° Les groupes ne se montrent pas avec autant de hardiesse, ceux qui existent ne sont même que modérés, mais les rassemblements dans les maisons proscrites sont bien plus nombreux, et les dépenses qui s'y font par des gens qui n'ont rien, prouvent l'abondance des guinées.

Cette copie de la feuille des rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

14, 15 juin 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AFiv 1470.

garde nationale, déclarant que, par ordre du ministre de la guerre, le citoyen Drouas est autorisé à prendre 10 milliers de poudre dans celles arrivées d'Essonnes ù Paris, pour garnir les caissons du convoi d'artillerie, qui va partir pour la Vendée. D'après les ordres du même ministre, il partira aujourd'hui, pour l'armée des Pyréiiées-Orientales, dix caissons de 4, 6 et 8, et six de 12, tous chargés en guerre. Ce convoi sera conduit à Perpignan par les chevaux de la compagnie Masson.

Le citoyen maire prévient les sections que le citoyen Drouas, commandant de l'artillerie, est chargé par le ministre de la guerre d'envoyer prendre un canon dans les sections, conformément au décret, à la charge de remplacement, que le garde-magasin en délivrera un récépissé qui sera visé par le citoyen Drouas, dont le double sera envoyé au ministre, afin qu'il soit pourvu au remplacement.

Suivant la demande réitérée du Maire et du Département, les capitaines des compagnies de canonniers enverront, dans la journée ou dans les 24 heures au plus tard, à l'Etat-major général, les noms de tous les canonniers disposés à partir pour la Vendée.

Le Commandant général adjoint (Recordon) invite ses concitoyens et frères d'armes à ne rien relâcher de leur exactitude dans le service.

15 juin 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470.

693. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, rendant compte de la séance tenue aux Jacobins, la veille au soir, où M. de Robespierre a discuté la grande question, agitée dans le Club des Cordeliers, à savoir si, dans le moment présent, le peuple de Paris doit ou ne doit pas faire une pétition à la Convention, pour lui demander le déplacement et la destitution de tous les nobles qui sont dans les armées. La discussion de Robespierre a été applaudie par la majeure partie de l'assemblée et des tribunes, quoiqu'elle fût contraire aux délibérations de la faction Cordelière, les citoyens présents, aux yeux de Dutard, semblaient bien « étoffés « et beaucoup plus réfléchis qu'à l'ordinaire; le sens de son discours était que le peuple, dans la Révolution du 31 mai, avait fait ce qu'il devait et ce qu'il pouvait faire, et qu'il ne fallait pas risquer de perdre le fruit d'une sainte insurrection par une démarche inconséquente, qu'il fallait attendre les vœux des départements et leur laisser ratifier tout ce que l'on avait fait-pour le salut du peuplé. Vincent et Hassenfratz demandèrent ensuite la parole, le premier prenant pour thème ces deux questions : Qui avons-nous à combattre? des nobles et des prêtres. Par qui sommes-nous commandés? par des nobles. Quant à Hassenfratz, il veut que lès adjoints au ministre de la guerre aient le droit de signer, comme le- ministre luimôme. Legendre est monté à la tribune, mais a paru moins animé qu'à l'ordinaire, et les tribunes n'ont fait aucun mouvement pour demander qu'il fût entendu. De cette discussion ressortent les points suivants : 1° qu'il existe une scission de fait entre les Cordeliers et les Jacobins; 2° que Robespierre et ses partisans ont une tendance à imiter Petion; 3° que la faction Cordelière en convient et sent elle-même que, si elle se retire des Jacobins, elle restera isolée et ■ sans soutien aucun ; 4° elle espère que l'assemblée Jacobite parviendra à s'épurer, à chasser tous les intrus, et que les patriotes les plus /.élés se joindront à elle.

Dutard a observé que, dans une des tribunes collatérales, l'on a conservé saine

et sauve une croix de bois, bien exposée à la vue de toute la tribune, et cela non sans dessein.

Dutard raconte qu'il est allé à Neuilly, pour respirer l'air, et que tout ce canton, y compris le bois de Boulogne, ressemble entièrement à un désert, qu'il apprit à Neuilly et à Courbevoie que les boulangers étaient revenus, la veille, de la Halle de Paris sans rien rapporteret, qu'en conséquence ils avaient mis le pain à 26 sols les 4 livres. Il est à remarquer que ceux qui ont quelque chose pensent mûrement, et que ceux qui n'ont rien sont très enragés, mais que tous, patriotes, aristocrates, modérés, pauvres et riches, convoitent surtout la tête de Brissot ; aussi Dutard songe-t-il souvent que la représentation nationale sera peut-être forcée de s'exéculer elle-même pour satisfaire le peuple. Dutard estime que le malheur des Français a daté du jour, non pas oîi Louis Capet a été guillotiné, mais de celui où l'on a décrété qu'il serait jugé ; mais, que pouvait-on en faire? le laisser au Temple, il avait à lui seul plus d'influence sur l'esprit du peuple que n'en a jamais eu toute la représentation nationale.

Dutard observe avoir vu, le matin même, chez un épicier, un courtier qui demandait le sucre à 4 I. 10 s. la livre, avoir vu également vendre de l'argenterie à 18 1. l'once, le triple de ce qu'elle valait jadis. Enfin il dit être entré, la veille au soir, dans l'assemblée de la section des Champs- Elysées, composée d'ouvriers, mêlés avec quelques bourgeois, tous paraissant d'un bon accord, il n'a jamais vu d'assemblée aussi réjouie et aussi riante que celle-là.

15 juin 1793, 10 heures du matin.

Original non signé, A. N., F'<^ III, Seine, 27. Ed. Ad. Sciimidt, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 52.

094. — Rapport de l'observateur Perrière à Carat, ministre de l'intérieur, faisant connaître que, la veille, le marché aux Veaux fut gardé par une force, composée d'un détachement de chaque compagnie du bataillon de la section des Sans-culottes dans laquelle il est situé ; les bouchers étaient parvenus à faire em- T. IX.

prisonner le plus résolu des marchands de veaux, et celui qui avait donné l'exemple de tuer et vendre au peuple en détail; des officiers municipaux l'ont tiré de prison et ramené au marché, sur le serment prêté par les bouchers qu'ils ne lui feraient aucun mal ; c'est là-dessus qu'il faut compter aujourd'hui et non sur les canons, toutes les fois qu'il sera question de faire entendre raison au peuple. Le marché était bien pourvu, tout s'est passé avec tranquillité, les veaux se vendaient 20 et 30 écus les plus beaux, mais on ne peut se baser sur ces sortes de prix, qui diffèrent sur la place et au cabaret. Vers le soir, le marché était dépourvu, et ce ne fut que sur les 7 heures qu'arrivèrent 2 voitures de 12 veaux chacune. Les femmes accouraient avec leurs enfants et avaient grande envie de voir se renouveler la scène du vendredi précédent.

Au café Procope où, avant la journée du 31 mai, un parti dominait l'autre violemment, les deux partis se font entendre librement, ce changement, paraît-il, est dû au projet avorté de la Montagne, on croyait mettre Paris aux prises, et chaque section, se tenant en armes sur son territoire, au lieu de servir aucun parti, a formé un cercle redoutable autour de tout ce qui avait voulu se montrer l'ennemi des personnes et des propriétés, ainsi un projet de sang s'est terminé par le respect de l'ordre et des lois. Comme Perrière voulait élever des doutes sur ce prétendu projet, en disant que cette manie de voir partout des projets était la maladie des peuples en révolution, on lui répondit que cette manie de n'en voir nulle part appartenait au modérantisme; c'est ainsi qu'il s'est vu taxé de modéré par les deux partis, de sorte que bientôt tous les sentiments généreux vont être bannis de notre société comme aristocrates. Un jeune homme, <[ui s'attacha aux pas de Perrière, au sortir du café Procope, engagea avec lui une discussion et chercha à démontrer que les hommes de la Convention, qui n'avaient jamais voulu entendre parler de Constitution, se hâtaient de faire ces lois populaires et d'achever cette Constitution qu'ils avaient jusqu'ici écartée, pour mettre le

peuple de leur côté et légitimer l'arrestation des 32, en lui faisant croire qu'eux seuls s'opposaient au grand ouvrage de la Constitution. A peine Perrière eut-il laissé ce jeune homme, qu'il fut accosté, au Palais-Egalité, par un autre qui jetait les hauts cris au sujet de l'arrestation arbitraire de 4 des plus honnêtes citoyens de la section du Louvre, réclamée par des commissaires du Comité révolutionnaire de la Ville, et surtout au sujet de la manière dont cette mesure avait été arrachée à leur assemblée générale, envahie par tous les crocheteurs de la section, qui avaient formé la majorité, de telle sorte que les 4 citoyens furent désarmés et emprisonnés, et avec eux quelques personnes qui avaient parlé en leur faveur.

Perrière analyse une adresse des canonniers de la section de 1792, au nom de tous les canonniers de Paris, protestant contre les anarchistes et faux modérés, et déclarant ne vouloir reconnaître que le drapeau de la République, le drapeau tricolore.

Les députés de la ville de Lyon ont apporté au Comité de salut public la nouvelle que, par un arrêté général de toutes les autorités constituées de Lyon, les pouvoirs du commissaire national Robert Lindet venaient d'être méconnus et rejetés, avec la liberté pour le commissaire de rester dans cette ville ou d'en sortir.

Les queues commencent à se former chez les boulangers, ils ne peuvent plus, disent-ils, avoir de farine à la Halle, et Perrière se demande si les menaces faites par quelques députés, de couper les ponls voisins et d'intercepter l'approvisionnement de Paris, ne commenceraient pas à

se réaliser.

15 juin 1793, midi.

Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. Il, p. 49.

69a. — Rapport de l'observateur Du tard à Garât, ministre de l'intérieur, rendant compte de ce qui s'était passé, la veille, à la section du Contrat-Social et à celle de la Bulte-des-Moulins. Dans la première de ces sections, l'on y délibérait sur la nominiition de six nouveaux commissaires,

pour aider le Comité révolutionnaire dans ses travaux, on y accusa l'un des membres d'impéritie, de turbulence, de nullité. Dutard dit qu'il a été scandalisé, ironiquement parlant, de le voir ainsi vilipendé par ses dignes collègues, attendu qu'il a mille titres qui lui donnent droit à la gestion de la chose publique : 1° Il est marchand de vins et il est presque toujours saoul ; 2° Il a été l'un des commissaires de la Commune du 10 août et, sinon l'un des acteurs, du moins l'un des instigateurs des journées des 2 et 3 septembre; 3° Ce citoyen David, sans esprit et sans moyens, parlant très mal le français et l'écrivant encore plus mal, est toujours à la tribune, fait des motions, plus incendiaires et plus désorganisatrices les unes que les autres ; 4° Ce David a un certain jargon, se sert d'expressions qui offrent l'avantage d'amuser les auditeurs, c'est ainsi qu'en parlant de Boucher-René, il disait: Mcliezvous de cclhommc, noire président est fraitc du collier comme un cheval qui recule. Ce M. David allait répondre, lorsqu'une députation assez nombreuse de la section de Bon-Conseil est venue annoncer que, dans une autre section, les patriotes étaient opprimés; une nombreuse délégation a été dépêchée à l'instant pour s'adjoindre à celle de Bon-Conseil, et s'est transportée à la section de la Butte-desMoulins ; en entrant, quelques-uns des membres de la députation ont fait entendre des propos durs et grossiers, avec menaces contre les citoyens de la section de la Butte-deg-Moulins; le sieur Genti, brodeur, prenant la parole au nom de la section du Contrat-Social, a dit que le but de leur venue était de fraterniser avec leurs frères de la section de la Bulte-des-Moulins, et qu'ils avaient pensé être reçus en frères. Il lui fut répondu avec un tel laconisme, que la députation se retira. On fit courir le bruit que la section de la Butte-des-Moulins avait déclaré que si les 2 sections du Contrat- Social et de Bon-Conseil s'y présentaient à l'avenir, elle soufflerait les chandelles, aussi les deux sections s'accordèrent pour y aller avec des torches allumées. Dutard donije son opinion sur le secrétaire de la section de Bon-Conseil, qui resta jusqu'à

minuit à celle du Contrat-Social, un petit vieux, mal fagoté, mal rasé, la figure un peu véroli'e, apparemment un petit fiuitier, (jui avait servi à boire à ceux qu'il cherchait à opprimer aujourd'hui. Ce secrétaiie présenta des considérations morales sur l'incivilité de laButte-des-Moiilins. AprèslaJustilicationde.M. David, par lui exposée longuement en termes plaisants, M. Ouirault prit sentencieusement la parole, pour dire que bientôt l'on serait forcé d'inviter les aristocrates à revenir parmi eux avec un fouet pour donner une correction manuelle aux patriotes et les mettre d'accord. Il s'est fait une scission complète entre les dO ou 12 meneurs de la section. Dutard reproduit une discussion soulevée entre l'un des meneurs et un Jeune aristocrate lettré, au sujet du choix de Destournelles comme ministre par les patriotes, cachant "des menées et intrigues secrètes; à entendre ce jeune particulier, il était un homme d'excellente éducation, très cultivi', mais dont il fallait se délier, malgré « ses belles dictions », véritable aristocrate; son interlocuteur prit la défense de DeStourncUes, qui, d'après lui, s'était toujours montré chaud patriote, et avait fait preuve de beaucoup de courage. M. Guirault déclara qu'il fallait absolument et sous peu organiser l'armée révolutionnaire , que cette mesure avait dû être discutée et décidée aux Jacobins, le jour même.

D'après les informations recueillies par Dutard, les marchands de beurre qui passaient par Caen,pourveniràParis, avaient été arrêtés par les habitants de celte ville, et le département du Calvados arrêtait les sulisistances envoyées à Paris.

Une lettre de Pache aux sections les a instruites que, la veille, les malveillants avaient cherché à faire manquer le pain à Paris, en le faisant enlever par des femmes chez les boulangers, mais quiil n'y avait rien à craindre, parce que les magasins étaient bien approvisionnés.

Dutard termine en racontant qu'il s'est rendu, la veille, aux Invalides et à l'Ecole militaire, et que sa surprise a été extrême, lorsqu'il a aperrii là des troupes indisciplinées et indisciplinables ; il lui semblait que la Convention avait déclaré, dans un

de ses décrets, que la cavalerie était troupe choisie.

une

IG juin 1793, 9 heures du malin.

Original non signé, A. IV., F'": III, Seine, 27. Ed. Au. SCHMIDT, Tableaux de la Udvolution française, t. II, p. 55.

090. — Rapport de l'observateur La Tour-La Montagne à Garât, ministre de l'intérieur, lui dénonçant un fait regrettable dont il vient d'être témoin, il a vu l'un des volontaires, enrôlés pour l'expédition do la Vendée, céder pour 40 sols une paire de souliers tout neufs, puis entrer dans un café des boulevards, où s'est établi un jeu de loto, et, dans un quart d'heure, perdre son urgent, sortir désespéré et dans l'intention, sans doute, de vendre quelque autre pièce de son équipement.

Ce jeu, proscrit par les lois, est le piège le plus dangereux et le plus funeste qu'on puisse tendre à la classe indigente, c'est laque l'ouvrier va porter son salaire, sans s'inquiéter de sa femme et de ses enfants, c'est là que le citoyen, qui s'est voué à la défense de l'Etat, perdant de vue son noble ministère, enfouit chaque jour le prix dont la République a payé son généreux dévouement. La Tour-La Montagne ajoute qu'il s'est introduit chez un grand nombre de citoyens, qu'il a vu presque partout le tableau d'une misère affreuse, qui doit en grande partie être attribuée à l'existence de ces maisons de jeu. La modicité de la mise est un nouveau piège, en permettant aux plus pauvres de hasarder leurs faibles épargnes; ceux qui sont à la tête de ces établissements désastreux gagnent au delà de 100 livres par jour, tous frais payés, et cet énorme impôt n'est supporté que par les citoyens les plus pauvres et les plus utiles.

On fait circuler depuis plusieurs jours, avec; plus de profusion qu'à l'ordinaire, un journal ayant pour titre : l'Observateur de l'Europe. Quoique bien persuadé que la liberté du peuple est fondée sur la liberté de la presse, et que l'on ne peut sans tyrannie interdire à un citoyen le droit de manifester ses opinions politiques, quelque absurdes qu'elles puissent être, néanmoins, comme le droit de guérir n'est pas

celui d'empoisonner, de même, tout écrivain, qui, au lieu d'éclairer ses concitoyens, essaye de les tromper, et au lieu de les inviter à s'unir, cherche à les armer les uns contre les autres, est indigne, à son avis, des faveurs et de la protection de la loi. Le rédacteur de cette fouille est évidemment un homme de parti. La Commune de Paris, la Montagne, les Jacobins y sont peints sous les couleurs les plus affreuses. On y exalte les vertus de ceux qui professent d'autres opinions, et lorsqu'on ne devrait songer qu'à réunir des hommes qui ne se haïssent déjà que trop, on ne cherche qu'à les rendre encore plus ennemis. D'ailleurs les événements, les opinions, tout y est tronqué, dénaturé.

Cette feuille, dans les circonstances actuelles, paraît à l'observateur La Tour-La Montagne extrêmement dangereuse, et si elle circule dans les départements, elle ne peut qu'y propager l'incendie que la discorde y a déjà allumé. L'espèce de fureur avec laquelle on se l'arrache, prouve à quel point cette feuille échauffe et exalte certains esprits.

Le peuple, depuis quelques jours, paraît concevoir des inquiétudes sur les subsistances; dans certains quartiers, on se porte encore en foule ehez les boulangers, on cherche à épouvanter le peuple. La Tour- La Montagn(^ a entendu dire, le matin même, que la famine sérail dans Paris avant lu jours, il a eu le plaisir de désabuser les honnêtes citoyens qui l'entouraient, de calmer leurs alarmes et de leur faire sentir l'absurdité des bruits que les malveillants se plaisent chaque jour à répandre.

En tête du rapport se trouve cette note : Dénoncer ce fait cl les suites désaslieuscs de ce jeu à l'administration de la Police de Paris.

16 juin 1793.

Original .xigné, A. N., 1"'= III, Seine, 27. Ed. Ad. ScH.\nDT, Tableaux de la Rcvolulwn française, t. II, p. 58.

697. — Extrait de la feuille des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, du 10 au 17 juin, donnant les renseignements suivants :

1° Depuis quelques jours, les boulan-

gers jettent l'alarme et sèment des inquiétudes, qui ont produit l'agitation qu'on remarque à la porte de tous les boulangers. Les uns disaient que la Municipalité ne leur avait pas payé ce qu'elle leur devait et qu'ils ne pouvaient acheter de farines, les autres, qu'on ne leur donnait pas la quantité de farines dont ils avaient besoin, parce qu'il n'y en avait pas assez. On ajoutait que les approvisionnements pour Paris étaient interceptés; toutes ces nouvelles, débitées et par les boulangers et par les malveillants, ont ell'rayé le peuple, et, soit par crainte de manquer de pain, soit pour provoquer une disette réelle, les femmes vont chez tous les boulangers de leur voisinage prendie 1 , 2 et mémo 3 pains, si ellespeuvent, de sorte que les boulangers ne peuvent plus suftire. C'est une circonstarfce d'autant plus fâcheuse, qu'elle ajoute au mécontentement extrême et général résultant de la cherté des denrées. 11 est temps de s'occuper essentiellement de parer aux suites de cette agitation, en rassurant le peuple et en détruisant ses inquiétudes.

2° Les environs de Paris manquent de boulangers, de sorte qu'ils envoient s'apl>rovisionner à Paris, notamment la Chapelle, Saint-Denis, le Bourg-de-l'Egalité, Passy et autres, où le pain se vend 20 et 22 sols les 4 livres.

3" Parmi les volontaires qui sont aux casernes de Rueil et de Courbevoie, il s'en trouve qui volent et assassinent dans les environs; un meunier et toute sa famille, en prenant l'air, en ont été victimes ces jours derniers. A toute heure de nuit, ils sont rencontrés sur la route par les voituriers qui apportent les provisions, les uns ivres, les autres avec l'intention d'insulter et d'attaquer les passants. Les plaintes, déjà multipliées contre cette troupe, se renouvellent avec plus de force que jamais.

4° On voit toujours avec le même étonnement les volontaires enrôlés des sections se divertir aux cabarets de la Courtille et dans les cafés des boulevards, on en voit aussi beaucoup dans les billards des Champs-Elysées, cet abus révolte même les patriotes.

5° Plusieurs plaintes sont portées contre la négligence des boueux, qui laissent ki rnoitit; du balayage et qui, sur les représentations qu'on leur en fait, se montrent exlrôniemcnt insolents; ce sont les boinmes de l'entrepreneur, et les plaintes sont dirigées contre la Police.

6" Les niarcliiinds d'argent sont plus hardis qu'avant le décret, ils sont soutenus par une force quelconque, disant qu'ils ne craignent pas les recherches ; toutes les sections désirent qu'on déployé la plus grande rigueur contre cette espèce de commerce, qui n'est exercé que par des hommes suspectés des plus grands crimes.

7» Au surplus, l'esprit public est bon, la masse est saine, le républicanisme étend plus de racines que ne paraîtrait le permettre l'exécrable fermentation, et les agitations partielles ne découragent pas.

Cette copie de la feuille des rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

16, 18 juin 1793.

Extrait et oiiginal signé (2 pièces), A. N., AF'V 1470.

698. — Extrait de l'ordre du Jour de la garde nationale, portant à la connaissance (lu public une lettre du commissaire ordonnateur de la 17" division militaire, du lii juin, aux termes de laquelle les déserteurs étrangers, se trouvant à Paris, devaient se faire inscrire au lîureau des subsistances militaires, rue Grange-Ratelière.dans l'ancienne caserne des Suisses, et indiquer leurs noms et demeures. D'après les ordres du ministre de la guerre, devaient partir de Paris, le 17, deux pièces de canon de 4, deux caissons de même calibre, chargés, et SOO piques, avec ou sans hampes, ce convoi avait pour destination le département d'Eure-et-Loir; suivant les mêmes ordres, devait partir, le lendemain 18, un convoi de 12 pièces de 4, et 12 caissons de même calibre, chargés; ce convoi, destiné à l'armée des Côtes de la Uochelle, devait être conduit par les chevaux de l'équipage Chuiseau.

Le Commandant général, conformément aux demandes réitérées du ministre de la guerre, insiste sur la nécessité d'accélérer

le complément des mille hommes, et particulièrement des canonniers nécessaires pour la Vendée. Tous les citoyens doivent sentir combien il est urgent d'opposer promptement une force imposante aux rebelles, qui feront des progrès, si on les laisse plus longtemps sans leur résister. « Nos frères, qui sont dans ces départements, attendent avec impatience des secours, il est donc indispensable que tous les citoyens usent de tous les moyens en leur pouvoir pour compléter les mille hommes demandés.

Le Commandant général prie ses concitoyens de mettre la plus grande discrétion dans les demandes de cartouches et autres fournitures d'artillerie, attendu que les quantités qui ont été délivrées sont exorbitantes, sans qu'on en ait fait aucun usage, et il deviendra impossible d'en fournir d'ici à quelque temps, afm de satisfaire aux besoins pressants de nos armées.

Les réserves et patrouilles continueront de même et exerceront la plus grande surveillance dans leur arrondissement respectif.

17 juin 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470.

099. — Rapport de l'observateur Dutard à Carat, ministre de l'intérieur, commentant l'expression dont s'était servi Robespierre dans sa discussion du vendredi précédent, au sujet de l'opinion publique qu'il fallait laisser se composer, se former d'elle-même, déclarant qu'en effet cette opinion se compose, mais dans un sens peu favorable à la faction, quoique le peuple, pris en masse, aurait peine à se séparer de ce qu'il appelle révolution ou liberté. A chaque instant, les hommes du peuple pleurent sur les malheurs publics, et ces malheurs résident dans la cherté do toutes les marchandises, dans le peu de confiance dont jouit le papier-monnaie, enfin dans la crainte que les subsistances ne viennent à manquer à Paris.

Pour ce qui est des subsistances, la famine paraît inévitable, s'il ne vient des secours d'ailleurs; plusieurs communes limitrophes de Paris, comme Saint-Ger-

main et Saint-Cloud, sont venues demander des farines, bientôt, l'on doit s'y attendre, elles accourront toutes, Paris sera forcé d'ouvrir ses magasins et de partager avec plusieurs ce qu'il entendait garder pour lui seul. Paris peut donc manquer de farines d'ici à la récolte, mais il me parait difficile qu'il puisse absolument manquer de vivres. Il y a à Paris des ressources à l'infini, que les autres villes n'ont pas, une grande quantilé de pommes de terre et de vin, du riz, des légumes, des eaux-de-vie, du laitage, du beurre, du fromage, des chevaux, etc., Paris, en un mot, avant d'en venir aux dures extrémités auxquelles se sont vus réduits les habitants de la Creuse, a amplement des vivres pour 6 mois. 11 y aurait plutôt lieu de craindre que la Commune de Paris, si elle a ses magasins pleins, comme on l'assure, se servit de ce moyen pour forcer les communes voisines à se fédéraliser avec elle, c'est du reste à cela qu'elle tend depuis longtemps.

Le peuple se tait entièrement sur le compte des 32, la faction elle-même semble les avoir oubliés, les aristocrates voudraient les voir déjà à la guillotine, Brissot et Petion sont ceux surtout à qui l'on en veut le plus, néanmoins le danger qui menace les aristocrates eux-mêmes, les réduit presque au silence, au sujet de la défaite des représentants du peuple. Un jacobin, avec lequel Dutard dit avoir dîné, lui a fait l'énumération des communes qui ont adhéré à l'insurrection du 31 mai, et il espère que toutes les communes de France vont se réunir à celle de Paris, comptant peu sur les administrations de départements et de districts, toutes composées d'aristocrates.

Plusieurs ouvriers travaillant chez des artistes de la section du Contrat-Social, qui ont été obligés de se cacher pour se soustraire aux poursuites du Comité révolutionnaire et qui se proposent de quitter Paris, ont pris la défense do leurs maîtres, mais les ouvriers subalternes, comme les domestiques, voient avec plaisir la déconfiture de leurs maîtres. Un écueil bien dangereux, d'après Dutard, provient du peu de confiance qu'ont les marchands,

ainsi que les autres classes du peuple, dans le papier-monnaie au type de la République, tous donnent une préférence bien marquée aux corsets, aux billets de 30 et de 100 livres, qui portent la figure du traître Louis, c'est un fanatisme monélaire qu'il sera bien difficile de guérir, on ne voit plus absolument de billets de cent sols. Dutard lui-même, voulant acheter des chemises, présenta un billet de 400 livres dans plusieurs boutiques sans pouvoir l'échanger; plusieurs marchands lui ont assuré que, lorsqu'ils avaient des marchandises à faire venir de la province, ils étaient obligés d'envoyer, ou des corsets, ou des billets à la face du Roi, qu'autrement ils ne recevraient rien.

Depuis 2 jours, les murs de Paris sont couverts d'affiches nouvelles, la plupart portant adhésion à l'insurrection du 31, émanant de communes et sociétés affiliées, qui les adressent à la Commune de Paris ou aux Jacobins; la Normandie aurait des tendances séparatistes.

Dulard annonce qu'il a vu passer, la veille au soir, à la Grève, 8 ou 10 pièces de canons et encore plus de caissons, par le Pont au Change, envoyés, parait-il, à Orléans, et d'autres venant de la place Louis XV.

Sur le Pont au Change se tenait un marchand de cantiques en l'honneur de saint Alexis, sainte Julienne et sainte Geneviève. Dutard resta plus d'une heure à voir l'effet que produirait sur le peuple cette nouveauté, beaucoup de gens du petit peuple, surtout des femmes, s'étaient arrêtés, prenant plaisir à entendre chanter des airs du temps passé, mais une grande partie de l'auditoire s'enfuit, offusquée par le couplet consacré à Geneviève de Rrabant, comtesse de grande noblesse.

Reaucoup de monde circulait sur les promenades publiques, mais les promeneurs étaient dispersés de côté et d'autre, il régnait une sorte de désordre qui tenait à la confusion et à l'abattement où sont tous les esprits; les groupes étaient assez nombreux, mais peu actifs, peu chaleureux. M. Vergniaud disait que la mort du tyran était le sommeil du peuple, mais on peut lui dire à son tour que sa défaite est aussi le sommeil des factieux.

L'ESPRIT PllHMC A PARIS DE JANVIER A JUIN 1793

Cil ai'islocrato débitait que les rebelles de la Vendée avaient de très bonnes troupes, bien disciplinées, mais que, pour gagner les paysans, ils s'étaient babilles comme eux. Suivant le récit de l'un des commissaires de la Commune, lorsque nos volontaires se replièrent sur Tours en battant la générale, les habitants de cette ville sortirent sur leurs portes avec gaieté, comme si l'approche des rebelles les eût réjouis; c'est ii cette indifférence des habitants de Tours que l'on attribue la désertion dont se plaint Santerre.

D'après les renseignements recueillis au Palais-Royal, la section de l'Unité avait envoyé une députation de 100 personnes à la section de la Butte-des-Moulins, qui n'a pas eu de succès, lorsqu'elle s'est avisée (l'appliquer la qualification de royaliste à cette section. A la section de la Croix- Rouge, un adjudant a été cassé pour avoir osé parler contre la procession de Saint- Sulpice. Dutard dit avoir été témoin, dans le quartier des Halles, des marques de respect données à un prêtre portant le viatique, que six bons Sans-culottes en armes ont accompagné, tout le monde s'est mis à genoux sur son passage. Dutard signale beaucoup de placards, entre autres celui intitulé: Jérôme Petion aiix Parisiens, qu'il a jugé laconique, bon, analogue aux circonstances, et qui montre bien que Pétion est un révolutionnaire; ceux qui émanent des autres « reclus » légitiment en quelque sorte les actes qu'ils qualifient d'attentatoires à la souveraineté nationale.

Dutard raconte que, la veille au soir, en sortant de la Commune, il est entré dans une tabagie, rue Aubry-le-Boucher, pour y prendre un verre de bière, et y a rencontré l'un des facteurs ou intendants d'Hébert, à demi-saoul, avec un de ses camarades, aboyeur des rues, qui lui a fait les plus curieuses confidences, se van tantd'avoir prêté au Père Duchône une paire de culottes pas bien bonnes, mais qui valaient mieux que les siennes, avec une paire de souliers pour aller à l'Assemblée, et Dutard lui ayant demandé combien l'on vendait à peu près de feuilles du Père Ducltme, cet individu lui répondit qu'il a tiré jusqu'à 9,000 et que jamais il n'a autant vendu que depuis

son affaire, que le ministre de la guerre en prend toujours 3,000 pour envoyer aux armées, aussi Dutard ajoute n'être pas étonné d'avoir entendu Hébert faire une pompeuse apologie de Bouchotte. Sur ces entrefaites, entra un petit officier de la Légion Batave avec un grand sabre, auquel le camarade Duchône a dit être enrôlé dans cette légion; l'officier, d'un ton résolu, lui a répondu : Ce n'est pas vrai, vous êtes un menteur ; l'autre ayant déclaré qu'il s'y était présenté et qu'on n'avait pas voulu le recevoir: Vous êtes encore un menteur, a repris l'officier. Les deux Duchêne sont devenus tout tremblants.

17 juin 1793, 10 heures du malin.

Original non signé, A. N.,F''I1I, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 59.

700. — Rapport de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, l'entretenant d'abord de la question des subsistances et de la difficulté d'avoir du pain, les premières fournées étant enlevées de très bonne heure et les autres attendues avec impatience. Le pain seul de 4 livres manque, probablement parce que les paysans en enlèvent beaucoup, et que les boulangers préfèrent faire des pains de 2 livres, l'abondance de ces pains étant un obstacle aux accaparements et un moyen pour les boulangers de s'indemniser, s'il est vrai qu'ils vendent à perte, car les deux pains de 2 livres coûtent 14 sols.

D'après les informations recueillies par Perrière, la section de Bondy aurait pris un arrêté, en vertu duquel, si les départements se portaient sur Paris, tous les habitants, sans armes, les corps constitués à leur tête et les juges de paix, avec des rameaux d'olivier à la main, iraient à 10 lieues les recevoir et les embrasser, bien résolus à ne donner, ni aux ennemis du dehors, ni à ceux de l'intérieur, la douce satisfaction de voir couler le sang français, et à laisser plutôt les chefs de partis se dévorer entre eux que de se battre pour un seul. Cet arrêté, porté à toutes les sections de Paris, a été reçu avec transport, on serrait les commissaires en pleurant.

Après des considérations personnelles, Perrière parle du Siège de ThionviUe, regrettant de n'y avoir assisté qu'à l'Opéra, et rend compte de cette représentation, qui a excité un enthousiasme inouï, lorsqu'un hussard apporte la nouvelle qu'il n'y a plus de roi en France.

« Nous n'avons plus de roi, nous n'avons plus de maîtres !

« Du tyran, le règne est fini !

« Nous n'avons plus de rois, la France est République !

a Le sceptre est brisé pour jamais ! »

Et le mot Egalité, lorsque les citoyens et les citoyennes entourent l'autel de la Liberté pour l'y graver, quelle douce impression il a produit dans l'assemblée, sur les femmes surtout, apparemment que, nées esclaves des hommes, elles ont le plus grand intérêt à son règne, par un mouvement spontané, elles ont joint leurs voix à celle des acteurs dans le chant de l'hymne qui lui est adressé.

<i Viens habiter dans nos contrées,

'< Aimable et douce Egalité ! »

S'il était doux d'entendre les femmes de toute la salle se mêler au chant de cet hymne, il fut noble et glorieux de voir le même mouvement chez les hommes, lorsque les habitants et la garnison de ThionviUe, après le discours de Wimpfen, se montrent de plus en plus résolus à soutenir le siège, et que le commandant entonne le premier couplet de la chanson des Marseillais, les voix mâles de la salle soutenaient celles du théâtre.

Perrière parle ensuite du jeu des acteurs, notamment de celui de Danticharnp, qui a très bien rempli le rôle de traître, mais a été hué, ce qui prouve qu'à de telles pièces, le Français est encore plus citoyen que spectateur. A. l'impression produite sur le public par la représentation de cette pièce, on peut juger qu'il n'est pas une ville en France oCi l'on ne fût disposé à soutenir le même siège.

Perrière ajoute que cette représentation dramatique a été pour lui une source trop féconde d'observation de l'esprit public, pour qu'il ne prie pas le ministre, à titre d'ami et d'observateur, de lui fournir le plus souvent possible l'occasion d'assister

à ces spectacles, en le gratiOant de billets. Dans Iphigénie en Tauridr, qui a précédé le Siège de ThionviUe, tout ce qui avait trait à l'assassinat et à l'esprit de parti a été fortement iraprouvé, ce qui démontre puissamment que le Français est bien déterminé à ne laisser couler son sang que sous le fer ennemi ou sous le glaive de la loi.

17 juin 1793, midi 1/2.

Original non signé, A. N., F'' III, Seine, 27.

Éd. Ad. SCH.MIDT, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 64.

garde nationale, annonçant que les revues des tambours des six légions se feront, les vendredi et samedi suivants, à 9 heures du matin, et reproduisant le texte d'une lettre du Maire au Commandant général, à l'effet d'empêcher l'écoulement du pain au dehors de Paris, et pour que les corps-de-garde ou patrouilles, qui font le service aux extrémités de la Ville, s'opposent à ce que des voitures, chargées de pain, en sortent, et qu'il soit rais une garde aux coches d'eau ou galiotles, afin d'empêcher qu'on y fasse des emmagasinements de pain destinés à être transportés au dehors. En conséquence de cette lettre, le Commandant général ordonne à tous les commandants de postes et patrouilles de visiter et arrêter toutes voitures chargées de pain qui sortiraient de Paris, qu'ils feront conduire chez le commissaire de police le plus proche.

D'après les rapports de la force armée, les tambours de garde à la Convention ont battu, à minuit, la retraite datis la rue Saint-Honoré et aux Tuileries, ce qui a in(iuiété les citoyens.

18 juin 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470.

702. — Rapport de l'ob.sorvateur Dutard à Carat, minislrc de l'intérieur, le mettant au courant de ce qui s'était passé, la veille au soir, à la Commune, où il entendit le rapport des commissaires envoyés au ministère de l'intérieur pour être renseignés sur la nouvelle, qui s'était répandue et même accréditée, de la reprise de Saumur par le général Biron, nouvelle exagérée

el plus qu'invraisemblable, qui avait fait grand plaisir aux habitants de Paris et surtout aux habitués des tribunes ; lorsque l'un des commissaires a pris la parole pour dire que cette nouvelle n'avait rien d'officiel et n'était pas confirmée, la pâleur el la tristesse s'est répandue sur tous les visages. Ce malin, au contraire, l'on a débité que les rebelles s'étaient rendus maitres d'Angers et des villes voisines, et que les voilures publiques n'allaient plus à Angers. Au bureau des diligences, d'après les informations recueillies par Dutard, les rebelles se trouvaient à 4 lieues d'Angers, ils occupaient Ancenis et Varadcs, entre Nantes et Angers, et les voitures ne se hasardaient plus sur la route.

L'un des membres de la Commune avait déclaré, la veille au soir, que, suivant une lettre d'Orléans, les habitants de celle ville attendaient à bras ouverts les rebelles, ce qui provoqua de la part du président, M. Lubin, cette observation : que des nouvelles de cette nature ne devaient pas se produire. A propos de Lubin, on remarque une grande différence entre sa manière de présider el celle de Deslournelles, qu'on aurait dû, de l'avis de Dulard, laisser à la Commune.

La section du Luxembourg est venue prévenir le Conseil général qu'il se formail à Paris des rassemblements nocturnes, qu'il était important de surveiller les hôtels garnis et surtout les maisons d'émigrés. Sur le réquisitoire de Chaumelte, le Conseil a arrêté que, pour obtenir une carte blanche, il faudrait êlre domicilié depuis un an à Paris et déclarer si l'on entendait fixer son domicile à Paris.

La Commune a renvoyé au 18 juin la nomination du Commandant général. La veille au soir, à 9 heures et demie, Dulard se trouvait à sa section, où il fut question de nommer un commissaire pour la Vendée, le cfllé droit voulait nommer M. Guirault, elle parti enragé voulait le retenir au Comité révolutionnaire. Après deux épreuves, M. Cuiraull fut nommé à une forte majorité, el on lui donna comme suppléant M. Balestier, espèce de jeune philosophe, mais paraissant très enragé.

Les assemblées des sections pour la no-

mination du Commandant général étaient convoquées pour le soir à 4 heures, le parti modéré portail M. Rafl'et, de la Bulte-des- Moulins; dans la section de Sainte-Opportune, le scrutin ayant été ouvert dans les formes prescrites, lorsque le parti enragé s'aperçut que son candidat n'aurait pas la majorité, il déchira le scrutin et décida que la nomination se ferait à scrutin ouvert. A ce propos Dutard répèle que l'on ne peut attendre des riches que lâcheté et bassesse, c'est ainsi que dans la section du Contrat-Social, sur 1,200 modérés, il n'y en avait guère plus de cent présents ; aussi, si l'on procède par scrutin nominal, il faut bien compter à ce qu'une dizaine de factieux tout au plus feront la loi à toute la section. Dulard ajoute que, lors même que l'on obtiendrait la majorité, la Commune ne respecterait point celte majorité; puisqu'elle avait fait des lois, le 3), elle en ferait encore, et il est singulier que la Convention ait l'air de faire des lois pour un peuple qui n'en veut pas, et qu'on semble dans les sections agir d'après la loi, quand c'est l'arbitraire qui domine.

Dulard dit au ministre (jue, s'il pouvait avec lui visiter les 3 ou 4,000 marchands de vin et autant de limonadiers, leurs 15,000 commis, les 114 notaires, les habitués des cafés, les 2 ou 300 imprimeurs, les journalistes, il ne tarderait pas à être édifié sur leur compte. Si l'on parvenait à réunir, sur b0,000 modérés, seulement 3,000, il en serait bien étonné, cl si sur ces 3,000 on en trouvait seulement 500 qui fussent d'accord et assez courageux pour énoncer leur opinion, il en serait encore plus surpris, ceux-là, par exemple, doivent s'attendre à être septembrisés.

Dulard fait remarquer au ministre qu'il doit lui paraître tantôt aristocrate, tantôt modéré, et quelquefois septembriseur, à dire vrai, comme il n'est d'aucun de ces partis, il lui en coûte peu de prendre toutes les attitudes. Être attaché à la loi, rester fidèle à ses amis, vivre en paix avec tous, c'est le parti d'un honnête homme, et c'est celui qu'il a adopté, mais le ton rude de ses écrits lient beaucoup à la manière dont ils ont été accueillis dans les premiers temps, el surtout . à

l'espèce de défiance manifestée par le ministre au sujet de sa bonne foi.

1S juin 1793, 10 heures du matin.

Original non signé, A. N., F''in,Seine, 27. Ed. Ad. SCHMIDT, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 68.

703. — Rapport de l'observateur Perrière à Garât, ministre de l'intérieur, revenant au Sièf/e de Tldonville, qui a captivé son attention. Il analyse de nouveau cette pièce. Au moment où les Autrichiens se disposent à monter à l'assaut et sont accueillis par une décharge épouvantable des Français, soldats et habitants, qui sortent de la ville et fondent sur les ennemis, Perrière, dans son enthousiasme, paraphrase ce vers d'Horace : Ditlce et décorum est pro patriâ mori, et entre à ce sujet dans de longues considérations philosophiques.

Perrière décrit avec force détails un admirable tableau, qui l'a vivement frappé et lui a causé une forte impression, il s'agit de la visite des cachots de la Bastille au moment de la prise de cette forteresse. Après une description enthousiaste de ce tableau, Perrière se demande, qui brisera les fers, qui délivrera les victimes des nouveaux tyrans, appelées à naître même sous le règne de la liberté, une révolution n'étant à ses yeux qu'un changement de maîtres.

Perrière signale ensuite la réponse de la section de l'Unité (ci-devant des Quatre- Nations) à l'adresse de Prudhomme, où règne un esprit tout difl'érent de celui qui animait cette section avant le 31 mai. On y traîne Prudhomme dans la boue et l'on venge Lacroix de tous les traits lancés contre lui par ce journaliste, la conduite du Comité central révolutionnaire y est désavouée. Ce qui étonne Perrière dans cet écrit de la section de l'L'nilé, c'est que, dans les journées qui suivirent celle du 31 mai, le Comité révolutionnaire central, ayant donné ordre aux sections de faire arrêter tous les suspects et les journalistes anti-patriotes, le commandant Hanriot renouvela la dernière partie de cet ordre, qui ftit exécuté, tandis qu'une motion à ce sujet, faite à la Convention les jours précédents par Robespierre et Fabre d'Eglantine,

avait été écartée, apparemment en raison de l'impossibilité de déterminer par qui ces journaux seraient déclarés anti-palrioliques, et ((uelle serait la mesure de cette conviction , car aujourd'hui les mômes hommes qui réclamaient la liberté illimitée de la presse, veulent lui prescrire des limites, et, d'un autre côté, ce qui est patriotique pour un parti, peut ne pas l'être pour l'autre. A ce propos, Perrière se pose cette question : Sont-ce les partis ou les règles de l'éternelle raison qui doivent décider du patriotisme d'un journal? sont-ce les intentions vagues de l'auteur, ou ses principes, ses expressions bien déterminées, que l'on doit juger?

Perrière parle également d'une adresse delà section de la Butte-des-Moulins, où elle manifeste ses vrais sentiments révolutionnaires, si souvent « calomniés «; il n'est en effet aucun article de cette profession de foi politique, qui ne soit d'un bon et vrai républicain, notamment ces expressions :

1' respecter la représentation nationale, et empêcher de toutes ses forces qu'il ne lui soit donné aucune atteinte ». Ce principe politique, juste en soi, par la manière dont chacun l'entendra, sera l'éternelle pierre d'achoppement des deux partis, tous deux, sans doute, veulent servir la patrie; mais, s'il y a du danger à ne pouvoir écarter de son sein des traîtres reconnus, y en a-t-il moins à exposer de vrais patriotes à la vengeance d'une faction qui s'élèverait pour opprimer la liberté? On peut répondre à cela qu'il peut exister un moyen d'écarter et de punir les traîtres ailleurs que dans les mains de la Convention, tandis qu'il serait dangereux de laisser une partie de la représentation nationale libre d'opprimer l'autre.

Dans les groupes du Palais-Egalité, le grand ordre du jour réside dans la cherté de la viande et la friponnerie des bouchers; à côté de cela, plaintes affectées des femmes, qui ne reçoivent, disent-elles, qu'une très petite partie des secours qui leur avaient été promis, lors du départ de leurs maris sur les frontières; comparaisons insidieuses de la situation du peuple sous l'ancien régime et de celle actuelle, une joie mal dissimulée des succès des

ar.

rebelles, mais une partie de tout cela victorieusement combattue par de bons esprits.

18 juin 1793, 11 heures Ju matin.

Original non signé, A.N., ¥" HI, Seine, 17: Ed. Au. ScHMiDT, Tableaux de la Révolution française, t. 11, p. 71.

704. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que, d'après les ordres du ministre de la guerre, il partira au premier jour, pour Blois, un convoi de deux pièces de 4, deux caissons, 200 fusils réparés, 400 à réparer et 1,000 cartouches d'infanterie, accordés au département de Loir-et-Cher et conduits par hîs chevaux d'artillerie de la compagnie NVinter.

Le Commandant général (Hanriot) ordonne aux réserves des sections de faire (le fréquentes patrouilles, pour empêcher les tentatives des ennemis qui voudraient allumer la guerre civile. Ces patrouilles circuleront autour de l'Arsenal, du ci-devant Palais-Bourbon, des caisses et établissements publics et des prisons, elles ne quitteront le service qu'au jour. Le Commandant général invite ses camarades, les commandants des sections, à • veiller à ces objets plus que jamais.

D'après les rapports de la force armée, deux particuliers ont été arrêtés à 2 heures du matin, emportant 17 pains, ils ont été conduits chez le commissaire de la section de Popincourt, qui a confisqué les pains au profit des pauvres du bureau de secours.

19 juin no.'î.

Extrait non signé, A. N., AF'V 1470.

70"i. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'inLérieur, lui rendant compte d'une conversation qu'il avait tenue, la veille, dans l'après-midi, au café de Charlres, où il avait rencontré des tiens comme il faut, grands discoureurs, plus ou moins bons raisonneurs, qui parlaient avec un certain dédain des gens de la campagne, nos paijsann, qui devaient être bien fanatisés pour se battre avec autant de courage ; ce langage scandalisa fortement Dutard, qui répliqua que, si c'est par le courage que se reconnaissent

les fanatiques, il s'en trouvera très peu parmi les gens comme il faut, qui en général sont très lâches. Du Palais-Hoyal Dutard se rendit à la place ci-devant LouisXV, où il put constater que les gens comme il faut sont de bien tristes personnages, ils accouraient à toutes jambes, munis de lorgnettes, de crainte de manquer le spectacle de la scène tragique qui allait se passer,etn'auraient pour rien au mondequitté leur place. Dutard, monté sur une cliarrelte à S sols la place, vit, vers 3 heures, arriver le fatal cortège, où se trouvaient douze malheureux, notamment une mère de famille respectable, 2 demoiselles, l'une de 25 ans, l'autre de 15 ans, plusieurs hommes de la meilleure société; malgré l'impression cruelle qu'il ressentit, Dutard tint à assister jusqu'au bout à ce speclacle déchirant, il montre la gendarmerie s'avançant l'œil morne, le peuple ne disant rien, mais regardant attentivement l'attitude et les gestes de tous ces malheureux que l'on a fait descendre, bientôt l'on en a fait monter un qui s'est retourné pour saluer le peuple, puis trois ou 4 hommes ont précédé les femmes, en 10 minutes tout a été fini, il a été frappé de la résignation de ces infortunés. Du côté des spectateurs, il a cru voir beaucoup d'indifférence et de la curiosité, mêlée de pitié. Les gens comme il faut, en se retirant, péroraient longuement; les gens du peuple, surtout les femmes, taisaient des remarques, elles disaient, en parlant de la grande demoiselle : «Ah! comme elle avait une belle peau, comme elle avait les cuisses blanches », parce que son jupon s'était accroché, lorsqu'on l'avait jetée sur le monceau ensanglanté.

Dans le sentiment de Dutard, ces exécutions-là, en politique, produisent les plus grands etTets et calment les ressentiments du peuple pour les maux qu'il éprouve, c'est ainsi que s'exerce sa vengeance; l'épouse ^ui a perdu son mari, le père qui a perdu son fils, le marchand qui n'a plus de commerce, ou qui paye tout si cher que son commerce se réduit presque à rien, se consolent de leurs maux à la vue d'hommesplus malheureux qu'eux; mais les Jacobins se garderont bien, de

pousser les choses trop loin en ce qui concerne les 32, parce qu'ils auraient à redouter qu'il ne prit fantaisie au peuple, alléché par ces grands exemples, de les guillotiner à leur tour.

L'assemblée de la section de Dutard était fixée à 4 heures, mais les gens comme il faut trouvèrent à propos de ne s'y rendre qu'à sept heures, le scrutin fut lernié à 9 heures, il y eut plus de 100 retardataires, toujours des modérés, et qui, à 6 heures, n'étaient même pas fixés sur celui qui aurait leurs suffrages. Sur 300 volants, M. Julio, chef de légion, a obtenu 191 voix, M. Raflet, 131, et Hanriot, 31; il est à remarquer que la section de Bonne- .Nouvelle avait envoyé une dépulation pour inviter la section du Contrat-Social à ne pas nommer M. Raffet.

Dutard rapporte avoir monté la garde, la nuit précédente, en compagnie de gens fort distingués, qui ont dormi k merveille sur le lit de camp, au point que, de toute la nuit, il n'a pu avoir une place; il ajoute qu'en patrouille ils ont arrêté 2 volontaires, qui s'en allaient à Rueil et qui ont prétendu devoir partir le malin même pour la Vendée, paraissant réfractaires et insubordonnés ; ils en ont rencontré 3 autres qui venaient de Vendée, gens très décidés, qui ont déclaré s'en aller à Reims pour la formation d'autres bataillons.

Dutard fait part de l'impression que lui a fait éprouver une conversation suivie avec M' Julio, qui lui a paru un très honnête homme, mais nullement propre à occuper le poste de Commandant général, d'abord il n'est pas militaire et n'a jamais servi, de plus, n'a pas assez de moyens du côlé de l'esprit et de la dissimulation. M. Julio espérait, lui avait-il dit, que les Guirault et c"' ne feraient plus la loi etque l'on parviendrait à chasser tous ces inlriganls-là, et, à propos de l'aflaire du 31, il a déclaré à Hanriot, en présence de plus de 4-0 personnes, que celui-ci avait failli nous faire égorger tous. Dans Ta section du Contrat-Social, ajouta Julio, un tiers de ceux qui sont à môme de défendre la section sont à la campagne, un autre tiers se cache et le dernier tiers n'ose rien faire.

Dutard, la veille au soir, s'élant rendu

à la Commune, y vit Chaumette et Hébert, qui lui parurent soucieux et abattus plus qu'à l'ordinaire; on y procédait à la délivrance des certificats de civisme, tous les candidats, se trouvant sous l'inspection de Clavière, étaient ajournés à 3 jours, jusqu'à ce que Destournelles eût fourni des renseignements sur leur compte; Chaumette fit observer que piirmi les candidats se trouvaient beaucoup de domestiques des ex nobles, mais comme le Conseil général s'est aperçu que ce serait attaquer à peu près un tiers de Paris, surtout les factieux, plusieurs membres se sont élevés contre l'observation de Chaumette.

19 juin 1793.

Original non signé, ^ . JV. , F'"^ III, Seine, 27. Ed. Ad. Schmidt, Tubleaux de la Révolution française, t. II, p. 75.

700. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général (Hanriot) témoigne à ses fières d'armes sa satisfaction de leur exaclilude dans le service, et surtout de celle des patrouilles, et les engage à continuer cette même surveillance active, très nécessaire dans ce moment-ci. Il invite de nouveau ses frères d'armes à ne point faire battre la caisse après la retraite, à moins que ce ne soit par ordre des autorités constituées, pas même à la Convention, dans les Tuileries, lorsque la séance se prolonge passé 10 heures, afin de ne pas alarmer et troubler le repos public. Il renouvelle aussi l'ordre aux commandants des postes et patrouilles d'arrêter tous les militaires des différents corps, à la solde de la République, qui circulent dans Paris, et de les faire conduire rue Meslay, hôtel de la Gendarmerie, où leurs titres seront vérifiés.

20 juin 1793.

Extrait, signi' de Clément, secrétaire de l'EtiU-major, A. N., AF'V l/i70.

707. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général (Hanriot) déclare avoir vu avec plaisir, celte nuit, ses camarades d'armes faire le service avec exactitude, il faut continuer, dit-il, jusqu'à ce que les manœuvres des intrigants, des traîtres et

des conspirateurs soient déjouées, avec l'uniou, l'on évitera toute effusion de sang.

Les patrouilles se rendront toujours de môme près le magasin à poudre de l'Arsenal, et le génénil lui-même se joindra à ses frères d'armes pour y faire le service en personne.

Les rapports de la force armée ne signalent que quelques arrestations de soldats et de gens sans cartes.

Extrait non signé, A.N., AF'v 1470.

708. — Rapport de l'observateur Dulard à Garai, ministre de l'intérieur, commençant par déclarer que l'historique de Paris ne présente rien de remarquable depuis la veille, puis, faisant connaître d'une façon sommaire les principaux placards et affiches qu'il a aperçus dans Paris depuis plusieurs jours : 1° l'affiche de l'interrogatoire de M. d'Orléans et de son (ils, rectifié et rendant M. d'Egalité net et blanc comme neige; 2» une lettre ou adresse du maire Pache aux départements qui voudraient marcher contre Paris, dans laquelle il justifie l'insurrection du 31, et y dit tout ce que le factieux le plus enragé pourrait dire, mais, en même temps, y expose les vrais principes de la Révolution, elle est Vès bien faite , nefas pyopter fus ; 3" une adresse des canonniers de Paris à la Convention, et une adresse des mômes canonniers aux 48 sections, dans laquelle ils déclarent guerre ouverte aux aristocrates et aux anarchistes; ils se plaignent aussi de ce que la section de la Réunion es a calomniés, ils y étaient allés demander l'examen de l'alTaire du citoyen Caccile, commandant des canonniers, mis en état d'arrestation par le Comité révolutionnaire de cette section, mais la section a prétendu qu'ils y étaient allés pour forcer ses délibérations ; 4° un placard ayant pour titre : Un ami de la Liberté aux Parisiens, dans lequel l'auteur les invite à demander le rappel des 32,at(endu que la fermentation, qui agite les déparlements, tire sa source de cette dissolution de la représentation nationale; d'après Dutard, ce placard ne peut produire aucun effet, attendu que les mécontents commencent par être modé-

rés, puis aristocrates et presque en même temps contre-révolutionnaires, de sorte que ce n'est plus l'intégrité de la Convention que cette partie du peuple demande, mais bien un roi et le retour à l'ancien régime; aussi leur proposer de demander le rappel des 32, ce serait presque soumettre à leur avis, si la représentation nationale doit encore exister. Dans le cas où l'on ferait voter par appel nominal si les 32 doivent être guillotinés, les yens comme il faut accourraient de toutes les campagnes voisines pour exprimer leur vœu, et aucun de ceux de Paris ne manquerait à sa section. Si la représentation nationale reste encore saine, cela tient à ce que plusieurs des factieux ont baissé pavillon, à la vue des dangers qui menaçaient leurs familles, leurs femmes et leurs enfants, dans la Vendée et ailleurs. Cette question, celle du parti que doit prendre la Convention à l'égard des 32, est extrêmement délicate, et Dutard ajoute qu'elle fera désormais l'objet de ses réllexions. Une seconde question, plus délicate encore, c'est celle des mesures à prendre pour empêcher les rebelles de la Vendée de faire des progrès, que n'entrave nullement la Convention. Dutard prévoit ce qui va se passer. Les rebelles vont s'étendre, se renforcer et leur armée va se grossir, la famine est inévitable dans les deux tiers de la France, la guerre civile doit nécessairement la suivre, elle est commencée, mais deviendra générale ; les aristocrates disent actuellement que l'armée des rebelles porte le nom d'ormi'c royale et clirétienne, au lieu de celui qu'elle prenait auparavant, et qu'on ne dit plus la messe que les dimanches et jours de fête, aussi l'on prévoit que, dans moins de deux mois, Varmcc roi/alc aura parcouru les deux tiers de la France et que l'autre tiers sera réduit par la famine et les dissensions de toute espèce.

Les gens comme il faut commencent à se rendre à leur poste, ils y font en génélal assez laide grimace, surtout les vieillards, ils sont tout honteux de ne pas savoir manier leurs fusils, et ceux qui n'ont que des piques sont encore plus honteux. On les voit dans les corps de garde, tout

bouffis, rêveurs, dormeurs. Les jeunes gens, par exemple, surtout ceux qui ont sabre et fusil, paraissent bien contents de se voir ainsi chamarrés, et sont en général très gais. Les officiers de l'étatniajor, observe Dutard, sont bien condamnables d'accorder des exemptions et de permettre des remplacements, ils ne savent pas tout le mal qu'ils font à la chose publique.

Dutard avait appris, la veille au soir, que la section de Bon-Conseil avait donné la majorité à Hanriot, elle avait fait afficher à la porte de ses séances de ne point donner de voix à M. Ralîet, parce que, disait-elle, c'était un contre-révolutionnaire avéré. Dutard a entendu le peuple raisonner dans les groupes ; les Sans-culoltes et les enragés ne parlent rien moins que de dépouiller les riches, ce sont eux, parait-il, qui sont la cause de la cherté générale, il n'y a qu'eux qui peuvent donner bon marché, et, au lieu de cela, ils augmentent tous les jours les marchandises (une chandelle valant actuellement 7 sols). D'ici à Rouen, disait l'un d'eux, il y a plus de cent magasins pleins, enfouis dans la terre, qu'on rende un décret enjoignant à tous marchands d'avoir leurs magasins ouverts, sous peine de mort, alors il leur faudra des commis pour tous ces magasins, d'ailleurs, il serait bon de laisser le cours et le prix libres.

Les modérés cherchent à rallier tous les partis, mais le nombre en est bien petit, et les aristocrates ne désirent rien tant que la contre-révolution. D'après le récit d'un épicier, recueilli parDutard, certain particulier du nombre de ceux qui, désœuvrés, ont le talent de se procurer assez d'argent pour être toujours ivres, criait à tue-lôte,dans le faubourg Saint-Antoine : « Autrefois, le savon ne valait que 12 sols, aujourd'hui il en vaut 40, Vive la République ! Le sucre 20 sols, aujourd'hui 4 livres. Vive la République ! » Cet individu a été arrêté par les ordres du Comité révolutionnaire, c'est la même répétition d'un bout de Paris à l'autre.

21 juin 1793, 9 heures du matin.

Original non signé, A. N., F'' III, Seine, 27. Ed- Ad. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. II, p. 79.

709. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général adjoint (Recordon) renouvelle la requête, par lui déjà présentée, pourque le décret de la Convention qui demande 1,000 hommes, principalement en canonniers, soit promptement exécuté. Cette mesure est d'autant plus urgente que le sahit de la chose publique en dépend, et si chaque compagnie de section fournissait un seul homme, il y en aurait bientôt plus que le nombre demandé par le décret. Le Commandant général invite donc de nouveau les capitaines de chaque compagnie à engager un citoyen à partir, et à les faire enregistrer chez le commandant de la section, afin de connaitie bientôt le nombre de volontaires déterminés à partir pour la Vendée. Il engage aussi ses concitoyens à envoyer au commissaire de l'artillerie, à l'Arsenal, tous les charretiers en état de conduire, ils auront une bonne paye et l'étape de la cavalerie.

22 juin 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'V 1470.

710. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant qu'il partira, aujourd'hui, un convoi d'artillerie pour l'armée du Nord ; le lendemain 24, il en partira un autre, composé de bouches h feu et de munitions de guerre pour l'armée des Pyrénées-Occidentales.

Le poste de la place de la porte Saint- Antoine fournira, tous les jours, un factionnaire à la place au charbon do la rue d'Aval, l'adjudant général do la légion veillera à l'exécution de cet ordre.

Les rapports de la force armée mentionnent ce fait que, du poste du quai de l'Ecole on a porté à celui du Muséum, et de là au Comité de la section, un enfant de 9 à 10 ans, qu'on a trouvé noyé.

23 juin 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'v 1470.

711. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général (Hanriot) invite les comman^ danls de sections et capitaines à lui envoyer, le plus tôt possible, les noms des

L'ESPHIT PUBLIC A PARtS DE JANVIER A JUIN 1793

citoyens partis pour la Vendée, et qui en sont revenus avec ou sans congé.

24 juin 1793.

Extrait, signé de Clément, secrétaire de l'Etat-major, A. N., Apiv 1470.

712. — Rapport de l'observateur Dutard à Garai, ministre de l'intérieur, expliquant que, s'il ne lui a point donné de bulletin la veille, c'est qu'il se proposait d'assister à la fête (civique des Champs- Elysées). 11 raconte ensuite qu'à 11 heures du matin, il s'est rendu à la place de Crève, oti il a vu descendre de l'Hôtel de Ville une quantité prodigieuse de monde, chacun se mettant en rang pour former le cortège, mais la foule n'était pas considérable, le peuple ne se précipitant plus pour voir les fêles, tout était calme et silencieux. Par un détour, Dutard devançant le cortège, se plaça en tête de la cavalerie, et s'achemina par la rue Saint-Honoré au Palais-Royal et au Carrousel. Dans la rue Saint-Honoré, il y avait très peu de monde, tous, pauvres et riches, hommes et femmes, étaient calmes et paraissaient dégoûtés, pas un cri de Vive la Nation ou Vive la République ; le peuple voyait passer le cortège, • comme il regardait jadis passer un convoi funèbre. Dès le début, une femme déguenillée, grosse Margot, du nombre de celles qui portent les hottes à la Halle, s'était mise à la tête du cortège derrière la cavalerie, les gendarmes en ont ri beaucoup, mais n'ont eu garde de la déplacer, parce qu'elle avait une cocarde et un gros bouquet, et quoiqu'un jacobin, costumé comme un coupeur de tètes, qui faisait la police, eût voulu l'évincer, cette femme, au nomde VEijalité, resta à son poste. Arrivé au Carrousel, Dutard s'est appliqué à examiner Hanriot, et en trace ce portrait, peu llatté : « C'est une espèce d'artisan de bas étage, qui semble avoir élé soldat, qui a une ligure très dure, grimacière et faisant des grimaces qui dénotent un vilain homme, coléreux par caractère, un peu réfléchi et très grossier. Quand il parle, une voix sépulcrale sort de sa bouche, ou plutôt il vocifère, et, quand il a parlé, sa figure ne reprend son équilibre qu'après des contractions. Il m'a paru, ajoute Dutard, n'a-

voir fréquenté que des hommes désordonnés, je suis sur qu'on trouverait en lui l'amour du jeu, du vin, des femmes, et tout ce qui peut constituer un mauvais sujet. » Le cortège défila devant le général Hanriot, qui reçut force salutations de la part de petits artisans, sortant des rangs, voulant à tout prix montrer qu'ils connaissaient M. Hanriot, lequel répondait en soldat en portant la main au front. Tous les chefs, en passant, ont fait le salut avec le sabre, trois entre autres, âgés, fort élégants et de très bonne mine, l'ont salué avec beaucoup de bonne grâce, par contre un jeune homme, de 24 à 25 ans, a refusé le salut et a défilé en reculant, et comme on lui faisait observer qu'il allait passer devant le général, il a répondu à sa troupe : Allez toujours. Après le cortège arrivèrent en foule, pêlemêle, les membres des autorités constituées, ils ressemblaient à des fous, tous ces magistrats du nouveau régime, devenus hommes d'importance. Si l'on juge le cortège dans son ensemble, le corps des canonniers est plutôt bon que mauvais, ce sont presque tous de gros marchands, ou des artistes aisés et, même, parmi ceuxci, des petits maîtres qui, à coup sûr, ne sont pas des Maratistes.

Aux Champs-Elysées on a fait des proclamations, Osselin, Dufourny et autres y ont péroré, mais le peuple y a gardé un sang-froid qui semblait tenir de l'ennui et de la lassitude, chacun rêvait à son art, à son commerce, à la cherté et à la disette des subsistances. On a crié à plusieurs reprises : Vive la Nation! Vive la République ! mais la très grande majorité, tout en levant son chapeau en l'air, ne disait mol et paraissait au contraire se moquer de la fête. Dutard, qui rencontra M. Rafl'et, donne l'impression qu'il lui fit : il lui a paru vieux soldat, fort réjoui et fort aimé de sa troupe, et de plus honnête homme, mais n'ayant ni beaucoup d'usage du monde, ni beaucoup d'esprit, c'est ainsi qu'il jasait avec ses soldats et (lu'en pariant d'Hanriot, il a dit que celui-ci se promenait pour se faire voir.

M. Hanriot a ras3emblé son état-major, et, avant de partir, il a donné des ordres

à un cavalier, auquel il a voulu serrer la main.

L'un des agents de la petite faction disait, la veille au soir, qu'il fallait que le peuple se levât en masse pour aller se Joindre aux communes restées fidèles à celle de Paris, et de là se porter contre les départements scissionnaires, c'est la dernière mesure de salut public, il faut en faire usage. A ce propos, Dutard estime qu'il ne doit pas rester dans tout Paris 3,000 révolutionnaires décidés.

D'après des renseignements recueillis à la Halle, les bouchers de l'une et de l'autre classe, haute et basse, sont aristocratisés; les femmes de la Halle, à part celles soldées ou dont les maris sont jacobins, jurent, sacrent, maugréent, mais n'osent pas parler trop haut, parce qu'elles craignent toules le Comité révolutionnaire et la guillotine. Au grand étonnement de Dutard, un calme absolu règne dans les Halles, les aboyeurs de la faction paraissent désirer l'abolition de la permanence des sections, sous prétexte que l'aristocratie y remplit partout les assemblées et qu'on n'y peut rien faire ; Dutard trouve que l'on a fait un très mauvais choix comme chef de la force armée, et que, par exemple au lieu de liaffet, il eût été préférable de prendre l'un des chefs de la gendarmerie.

On parle beaucoup du carême civique mais les Parisiens, en général très carnas. siers, n'en veulent pas. Dutard regarde pourtant cette mesure comme indispensable dans ce moment, parce qu'infailliblement la viande va encore augmenter et que bientôt elle manquera entièrement, si l'on n'adopte pas cet expédient, il pourra en résuller des scènes désastreuses dont les administrateurs porteraient tout le poids.

24 juin 1793, 10 heures du matin.

Original non signé, ^. N., F'» III, Seine, 27.

Ed. An. ScHMiDT, Tableaux de la Révolution /rançaine, t. II, p. 84.

713. — Rapport de l'observateur Dutard à Garât, ministre de l'intérieur, l'instruisant des propos tenus par l'un de ses amis, jadis aristocrate, devenu jacobin, au sujet du plan de conspiration formé par

Brissol et Pelion, qui ont figuré dans la coalition avec les puissances, qui ont attiré la guerre des puissances contre la France, et qui leur ont vendu la France entière, faits qui sont avérés, au sujet des 800 sociétés populaires qui ont juré fidélité à, celle de Paris, et qui ont donné leur adhésion à l'insurrection du M. Dutard fait connaître qu'il est allé, la veille, au Palais-Royal et que, sur dOO personnes distribuées en divers groupes, il n'a pas aperçu un seul patriote, qu'à son auberge, sur 12 personnes, il n'a vu que des aristocrates. L'un d'eux a donné des nouvelles de la Vendée, affirmant avoir lu une lettre du général Chabot à l'un de ses amis, où il lui disait que la cavalerie des rebelles était si bien composée et les troupes si bien disciplinées, qu'il était impossible de leur résister, si l'on n'avait à leur opposer que des volontaires. Heaucoup de ceux-ci, faits prisonniers par les rebelles et qui ont été relâchés, sont de retour à Paris; ils rapportent qu'ils n'ont pas été maltraités, qu'au contraire, on les a traités avec honnêteté, sur leur déclaration de renoncer au service et de s'en retourner chez eux, on leur a simplement coupé leurs cheveux et enlevé leurs parements, ils débitent tout cela et disent que, fidèles à leur serment, ils ne veulent plus servir contre l'armée des rebelles, ce qui n'amuse pas la faction, elle délibère en ce moment sur le parti qu'elle doit prendre à l'égard de ces volontaires.

La veille au soir, deux officiers municipaux sont venus à la section de Dutard, pour annoncer l'achèvement de la Constitution, ils ont invité la section à chanter l'hymne dos Marseillais et à illuminer, ce qui a été fait. Un certain Guerrier, artisan, ancien militaire, envoyé en qualité de commissaire dans la Vendée, a fait un rapport de ce qu'il avait vu, mais s'est très mal expliqué, il avait l'air fort agité, même indigné, il a prétendu qu'il y avait eu les plus grandes trahisons de la part des généraux, surtout à Sauraur; sans les habitants de cette ville, plus do 4,000 volontaires, faits prisonniers, seraient morts de faim. Le ci-devant marquis d'Autichamp a eu l'impudence de se chamarrer de son

cordon, comme sous l'ancien régime; le commissaire en question a conclu en demandant à l'Assemblée de prendre des mesures pour exclure et chasser tous les nobles existant aux armées, ce qui a été adopté. Un volontaire, relâché par les rebelles, a déclaré qu'en Vendée le peuple se trouvait beaucoup mieux depuis que les rebelles y étaient, le pain n'y vaut que 2 sols la livre. Dutard s'étant mêlé aux aboyeurs de sa section, a remarqué que Ja plupart d'entre eux étaient là pour semer la division et, qu'en réalité, c'étaient des contrerévolutionnaires.

• L'avant-veill* au soir, Dutard s'était trouvé en conllit avec l'un des assistants, l'un des beaux esprils, qui avait fait prendre un arrêté, portant que ceux qui manqueraient à leur service seraient privés de leurs droits civils'et politiques, tandis que Dutard avait proposé seulement de les mettre au violon pour 24 heures. Dutard dit que, le lendemain, il le frotta d'importance, et le molionnaire, sans oser convenir de ses torts, demanda qu'on revint sur l'arrêté précédent; par un nouvel arrêté il fut décidé que 4 volontaires iraient chercher chez eux ceux qui manqueraient au poste, et que, s'ils refusaient de s'y rendre, on les enverrait pour 3 jours à l'Abbaye.

Dutard termine par une remarque essentielle, c'est que le peuple, et surtout les artisans habitués des sections, hommes à gros poumons, sont humiliés en euxmêmes de s'être mêlés d'administration, et de s'en être aussi mal acquittés; leur proposer aujourd'hui de revenir en arrière, ce serait leur donner la mort, aussi c'est vraiment les tuer que de raisonner devant eux ou de parler le langage de la loi et des principes, tout ce que l'on peut faire, c'est de les laisser aller leur train.

25 juin 1793, 11 heures du matin.

Original non signe, A.N., F'"! III, Seine, 27. Ed. Ao. ScHMIDT, Tableaux de la Révolution fran(;aise, t. II, p. 88.

714. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :

T. IX

1» Plus on murmure contre la cherté des denrées, plus elles auf^mentent. Les marchands paraissent se plaire à annoncer qu'on paiera tout encore plus cher, de sorte que celte gent mercantile fait infiniment de mal, aigrit les esprits et porte les malheureux à maudire la Révolution.

On désirerait un exemple légal contre le premier marchand qui serait convaincu d'avoir annoncé une augmentation prochaine des denrées, qui ne sont déjà que trop chères et au-dessus des moyens de la majeure partie des vrais Sans-culoUes qui ont fait la Révolution.

2° On continue à se plaindre des troupes casernées dans les environs de Paris et en particulier de la compagnie des chasseurs du Midi ; on voit avec beaucoup de peine l'insouciance soit des ministres, soit du Conseil exécutif, relativement aux différentes dénonciations qui leur sont faites, et l'on cite un trait entre autres qui doit donner une idée affreuse de la manière dont sont composées ces troupes : Douze brigands, habillés en gardes nationaux, se sont portés au plus fort moulin de Gonesse, ont fait ouvrir, au nom sacré de la toi, ont attaché le meunier, sa femrfte et son enfant, leur ont bouché les yeux et ont enfoncé une armoire dans laquelle ils ont pris 7,000 livres en assignats, 8 couverts, Tine écuelle et trois timbales d'argent. Si ce vol restait impuni, ces scélérats renouveleraiènt leurs brigandages et les propriétés se trouveraient violées par ceux-là môme qui sont payés pour veiller à leur conservation.

3» Fi'on est sans crainte au sujet des ennemis de l'extérieur, et l'on commence à espérer le succès des troupes de l'intérieur, mais ces différentes circonstances ne font qu'irriter davantage les malveillants, qui agitent le peuple de mille manières. On dit que les gros marchands qui craignent le pillage, font sortir impunément leurs marchandises de Paris, ce qui, en dirçinuant la quantité, en augmente le prix. On jette l'alarme en annonçant que les passages des approvisionnements de Paris sont interceptés par les rebelles; on va jusqu'à persuader qu'il n'y pas de farine pour un mois. Par tous ces bruits

qu'enfante l'aristocralie, on fatigue le peuple, que l'on regrette de voir aussi calme.

4» L'achùveinent de la Constitution et la fêle à laquelle cette heureuse circonstance a donné lieu, a encore une fois déconcerté les royalistes, fédéralistes, modérés et autres animaux de cette espèce. L'opinion publique y a infiniment gagné, et l'espoir d'avoir bientôt des lois sages à exécuter accable ceux qui crient à l'anarchie.

5° Les marchands d'argent sont plus impudents que jamais à la Bourse, où est leur rassemblement considérable. On désirerait voir fondre sur eux en force, et l'on se persuade qu'on n'y trouverait pas un bon sujet.

Les louis se paient dOO livres.

En tête de cette feuille des rapports du 25 juin, se trouve la mention suivante :

« Cette feuille a été suspendue pendant quelques jours à cause de l'extrême stérilité des rapports, mais on est maintenant en état de lui rendre toute son activité et l'intérêt dont elle est susceptible. »

La copie de la feuille en question est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

25, 2G juin 1793.

Eïtrait et original signé (2 pièces), A. N., AF'V 1470.

~Vj. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, par lequel le Commandant général (Hanriot), invite ses concitoyens à mettre en état d'arrestation le nommé Roussel, s'il est vêtu de l'uniforme d'aide de camp de la force armée de Paris, ainsi que tous les faux patriotes qui pourraient s'en reyêtir.

Le Commandant général renouvelle l'invitation qu'il a déjà faite, pour que tous les charretiers aillent se faire inscrire chez le citoyen Rolland, commissaire général de l'artillerie à l'Arsenal ; les charretiers et conducteurs de l'artillerie sont invités à rentrer à 10 heures du soir à leur caserne, hôtel Soubiso,pour leur éviter le désagrément d'être arrêtés par les patrouilles.

Les officiers, sous-officiers et soldats volontaires, revenus de l'armée, seront conduits à la caserne de la Gourtille, les litres

dont ils seront porteurs seront reconnus par les commissaires des guerres, qui se rendront tous les jours à la caserne.

Le 28 de ce mois, partira de l'Arsenal un convoi d'artillerie destiné à l'armée du Nord.

Le Commandant général ne cessera de renouveler la demande qu'il a déjà faite pour le complément des 1,000 hommes pour la Vendée ; il a mis à l'ordre à cet effet, le 2;) juin, la lettre du commissaire ordonnateur pour en accélérer l'exécution, qui devient de plus en plus urgente.

26 juin 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'V 1470.

716. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, portant que les militaires, qui viennent de la Vendée ou des autres armées, seront arrêtés par la force armée et conduits à la caserne de la Courtille, où un commissaire des guerres leur donnera les instructions nécessaires et le départ. En conséquence, les postes ou patrouilles, qui arrêteront ces militaires, les conduiront directement à ladite caserne, sans les amener à la Maison commune. On recommande de nouveau la plus grande exactitude dans les réserves des sections, qui doivent être de 2a hommes. Les adjudants-majors de sections veilleront à ce qu'elles soient toujours bien complètes et les patrouilles fréquentes.

Les rapports de la force armée signalent, la veille au soir, un attroupement de femmes à la Grenouillère et au port Saint- Nicolas ; la force armée s'y est portée et le calme s'est rétabli. C'était pour un bateau de savon que l'on voulait piller. Ce matin, l'attroupement s'est reformé, mais il a été de même dissipé au moyen de la force armée. L'on a conduit, lu veille, dans la section des Récollcts, sous l'escorte de 4 fusiliers, un chariot attelé de 4 chevaux et très chargé, sa charge a été dénoncée comme suspecte par un citoyen de la Gourtille.

27 juin 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470.

717. — Extrait des déclarations et rapports faits au Bureau de surveillance de la

Police, du 27 au 29 juin, donnanL les renseignements suivants :

1° L'agitation est toujours la même, les malveillants sont un peu intimidés, mais leurs menées n'en sont que plus sourdes et plus dangereuses. Les femmes égarées, celles payées, ont toujours le môme acharnement et paraissent renoncer difllcilcment à leurs projets de pillage. Cependant l'événement du 27 a prouvé que ceux qui tiennent à leur serment sont encore plus nombreux que ceux qui ne connaissent rien de sacré.

2° L'inquiétude touchant les subsistances s'accroît chaque jour. Les bruits, répandus avec profusion, que les boulangers vont fermer, faute de farine, et que les approvisionnements sont interceptés, tout contribue à fomenter la fermentation, qui ne peut totaleme'nt s'anéantir que par une diminution sensible dans le prix des denrées de première nécessité.

3" On voit avec indignation les marchands en général, et ceux dos ports en particulier, insulter aux malheureux, on leur annonçant que toutes les marchandises renchériront encore^ et en attribuer la cause à l'établissement de la Uépulilique. On sait que cette classe en masse est la seule qui ail profilé de la Révolution. 4» Le nombre des lâches de la Vendée et des frontières, qui trouvent le moyen de se travestir, est considérable et s'augmente chaque jour, il en est de même des militaires de tons grades et de tous corps, qui, au mépris des ordres du ministre, restent à Paris et y mènent la vie la plus scandaleuse. On se demande s'il n'y a pas quelque moyen efficace et de rigueur de les contraindre à rejoindre leurs corps, en déclarant traîtres à la patrie et en poursuivant comme tels ceux qui, dans le délai de ;i jours, se trouveraient à Paris sans mission expresse de leurs corps.

5° La masse des patriotes ne diminue pas, quelques-uns faiblissent dans les circonstances diflicilcs, mais le plus grand nombre est immuable.

Cette copie de la feuille des rapports et déclarations faits au Rureau de surveillance de la Police est accompagnée d'une

letlre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif, en date du 30 juin.

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