ACTE 1!, SCÈNE
Et quoique l’on m’ordonne un silence discret, je sens bien que pour vous je n’ai point de secret.
Je soutiens avec peine un fardeau qui nie lasse.
VA1ÈRE
A la t ntation succombez donc , de grâce.
LISETTE
C’est le meilleur moyen de m’en guérir , je croi :
Mais si je vais parler j vous vous rirez de moi.
VALÊn E.
Quoi ! vous pouvez. . .
LISETTE
Jurez que, quoi que je vous dise.
Tous n’en raillerez point.
J’en jure.
LISETTE
t Ma franchise,
Ou , si vous le voulez , mon indiscrétion ,
Exige de ma part cette précaution.
Au surplus, vous pourrez m’éclaircir sur un doute Qui me tourmente fort. Or, écoutez.
VAL ÈRE
J’écoute.
LISETTE
Ce bon-homme m’a dit... Vous allez vous moquer ? VALÈRE.
Eh non ! vous dis-je , non.
LISETTE
Avant de m’expliquer, Valère, permettez que je vous interroge.
Répondez franchement, et surtout point d’éloge.
Voyons.
LE GLORIEUX
VAL £11E
LISETTE
Me trouvez-vous l’air de condition Que donne la naissance et 1 éducation?
Et croyez-vous mes traits, mes façons, mon langage ; Propres à soutenir un noble personnage ?
VAL ÈRE
TJn amant sur ce -point est un juge suspect:
Mais vous m’avez d’abord inspiré le respect,
Xa vénération. Qui les a pu produire ?
Votre rang? votre bien? Plût au ciel I Je soupire Lorsque je vois l’état où vous réduit le sort :
Mais pour vous abaisser il fait un vain effort ;
Et de quelques parents que vous soyez issue ,
Chacun remarque en vous , h la première vue ,
Certain air de grandeur qui frappe , qui saisit ,
Et ce que je vous dis , tout le monde le dit.
LISETTE
Ce discours est flatteur ; mais est-il bien ûncère ?
VALÈRE
Oui 5 foi de galant homme.
LISETTE
Apprenez donc , Valère ,
Ce qu’on vient de me dire, et ce qui m’est bien doux. Parce que son effet rejaillira, sur vous.
Par de fortes raisons qu’on doit bientôt m’apprendre, On m’a caché mon rang. J’ai l’honneur de descendre D une famille illustre et de condition ,
Si l’on n’a point voulu nie faire illusion.