ACTE II, SCÈNE IV. 1G
Isabelle.
Eh bien ?
LISETTE
Il m’estime à tel point ,
Qu’il feroit son bonheur de m'obtenir pour femme.
Ensuite ? Tous rêvez ! Je vous ouvre mon âme En toute occasion, Lisette, imitez-moi.
Que lui répondez- vous ? Parlez de bonne foi.
LISETTE
Eh î mais je lui réponds Vous êtes curieuse
A l’excès.
ISABELLE
Poursuivez.
LISETTE
Que je serois heureuse Si j’étois un parti qui lu: pût convenir.
Voilà tout.
ISABELLE
Je le crois. Mais je crains l’avenir ;
Votre amour vous rendra malheureux l’un et l’autre. LISETTE.
Vous avez votre ide'e, et nous avons la nôtre.
ISABELLE
Comment donc ?
LISETTE
Quelque jour j éclaircirai ceci.
Sur votre frère enfin n’ayez aucun souci.
IYe vous alarmez point de ce que je hasarde ,
Et venons maintenant rh ce qui vous regarde.
ISABELLE
V olontiers.
LE GLORIEUX
LISETTE
De mon cœur vous connoissez l’état ; Parlons un peu du votre. Inquiet, délicat,
Aux révolutions il est souvent en proie.
Comment se porte-t-il?
ISABELLE
Mal.
Il est donc bien épris !
Qu’il le sera toujours.
LISETTE
J’en ai de la joie.
ISABELLE
Oui , Lisette ; si bien
On 1 ne jurons de rien.
ISABELLE
J’en ferois bien serment.
LISETT E.
Le ciel vous en préserve !
ISABELLE
Pourquoi donc?
LISETTE
Votre esprit a toujours en résen e Quelques si , quelques mais, qui, malgré votre ardeur, Pénètrent tôt ou tard au fond de votre cœur.
J.e comte est sûrement d’une aimable figure ;
Son mérite y répond , ou du moins je l’augure :
Mais vous ne le voyez que depuis quelques mois,
Vous le connaissez peu. C’est pourquoi je prévois Qu’avant qu’il soit h uit jours , croyant le mieux ccnnoître Quelque défaut en lui vous frappera peut-être.