‹ Répertoire général du théâtre françaisChapitre 146 sur 280 · LE COMTE, LISETTE · texte numérisé non relu

LE COMTE, LISETTE

LE COMTE

Vous restez donc?

LISETTE

Excusez mon audace ,

Et souffrez une fois que je me satisfasse.

Il faut que je vous parle ; on me l’ordonne ; et moi ,

J’en meurs d’envie aussi; mais je ne sais pourquoi. le Comte.

Votre ton familier m’importune et me blesse.

LISETTE

Vous n’étes occupé que de votre noblesse %

Mais en interprétant ce que l’on vous a dit,

Quand on fait trop le grand , on paroît bien petit, le comte.

Quoi ! vous osez...

LISETTE

Oui , j’ose ; et votre erreur extrême Me force à vous prouver à quel point je vous aime.

Vous vous perdez, monsieur.

Comment donc , je me perds ?

LISETTE

Votre orgueil a perce. Vos hauteurs, vos grands airs

LE GLORIEUX

Vous décèlent d’abord, malgré la politesse Dont vous les décorez, La gloire est bien traîtresse*

Le discours d’Isabelle étoit votre portrait,

Et son discernement vous a peint trait pour trait.

Dût la gloire en souffrir , je ne saurois me taire.

Je ne vous dirai pas , changez de caractère ;

Car on n’en change point , je ne le sais que trop. Chassez le naturel, il revient au galop;

Mais du moins je vous dis , songez à vous contraindre Et devant Isabelle efforcez-vous de feindre:

Paroissez quelque temps de l’humeur dont elle est, Et faites que l’orgueil se prête à l’intérêt.

Car , après tout , monsieur , l’éclat de la richesse Augmente encor celui de la haute noblesse.

Voilà mon sentiment. Profitez-en , ou non ,

Mon cœur *eul m’a dicté cette utile leçon.

Votre gloire irritée en paroît mécontente,

Je lui baise les mains, et je suis sa servante.

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