‹ Répertoire général du théâtre françaisChapitre 183 sur 280 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

LE COMTE, a Lijcandre.

Eh quoi ! dans cet état osez-vous vous montrer ? LïCANDRE.

Superbe , mon aspect ne peut que t’honorer.

Mon arrivée ici t’alarme et t’importune ;

Mais apprends que mes droits vont devant ta fortune. Rends-leur hommage, ingrat,, par un plus tendre accueil LE COMTE.

Eh ! le puis-je au moment. . .

( Baron de Montorgueii ,

C est donc là ce superbe et brillant équipage Dont tu faisois tantôt un si bel étalage ?

lycandue, a Lisimoti .

D'état où je parois , et sa confusion,

D’un excessif orgueil sont la punition.

( Au comte, )

Je la lui réservois. Je bénis ma misère,

Puisqu’elle t’humilie , et qu’elle venge un père.

Ah ! bien loin de rougir , adoucis mes malheurs.

Parle ; reconnais-moi

Isabelle, à, Lisette,

Vous voilà toute en pleur»,

Lisette ?

Lisette, à Isabelle.

Vous allez en apprendre la cause.

lycandbe, au comte.

Je vois qu’à ton penchant ta vanité s’oppose ; Mais je veux la donner. Redoute mon courroux, Ma malédiction , ou tombe à mes genoux.

LE COMTE

Je ne puis résister Ü ce ton respectable.

25o le glorieux.

Eh bien î vous le voulez? Rendez-moi méprisable. Jouissez du plaisir de me voir si confus.

Mon cœur, tout fier qu’il est, ne vous méconnoît plus# Oui , je suis votre fils , et vous êtes mon père.

Rendez votre tendresse h. ce retour sincère.

( II se met aux genoux de Lycandre .}

Il me coûte assez cher , pour avoir mérité D éprouver désormais toute votre bonté.

lis im o N, h Lycandre,

Il a , ma foi , raison. Par ce qu’il vient de faire,

Je jurerois, morbleu, que vous êtes son père.

lycandre relève le comte , et l’embrasse ,

En sondant votre cœur , j’ai frémi , j’ai tremblé :

Maïs , malgré votre orgueil , la nature a parlé.

Qu’en ce moment pour moi ce triomphe a de charmes! Je dois donc maintenant terminer vos alarmes ,

Oublier vos écarts qui sont assez punis.

Mon fils , rassurez-vous. Nos malheurs sont finis.

Le ciel enfin pour nous devenu plus propice ,

A de mes ennemis confondu la malice.

Notre auguste monarque, instruit de mes malheurs,

Et des noirs attentats de mes persécuteurs ,

Vient, par un juste arrêt, de finir ma misère.

R me rend mon honneur; à vous, il rend un père, Rétabli dans ses droits, dans ses biens, dans son rang, Enfin dans tout l’éclat qui doit suivre mon sang.

J’en reçois la nouvelle, et ma joie est extrême De pouvoir à présent vous l’annoncer moi-même.

LE comte.

Qu'entends-je? Juste ciel ! Fortune, ta faveur Au mérite, aux vertus, égale le bonheur;

Page 1